FRANKENSTEIN (2004)

Le réalisateur Marcus Nispel et le producteur Martin Scorsese modernisent le célèbre mythe avec Vincent Perez dans le rôle du monstre…

FRANKENSTEIN

 

2004 – USA

 

Réalisé par Marcus Nispel

 

Avec Parker Posey, Vincent Perez, Thomas Kretschmann, Adam Goldberg, Michael Madsen, Ivana Milicevic

 

THEMA FRANKENSTEIN

C’est l’écrivain Dean Koontz qui est à l’origine de cette relecture inédite du mythe de Frankenstein. Avec son collaborateur Kevin Anderson, le célèbre romancier prévoit à l’origine une série télévisée. Tout se met en place pour un premier épisode sous forme de téléfilm ambitieux dont le producteur exécutif est Martin Scorcese en personne. Mais Koontz ne parvient pas à s’entendre avec la compagnie de production USA Networks et préfère tranquillement quitter le navire. Son idée ne reste pas inexploitée pour autant, puisqu’il en tirera une série de cinq romans entre 2005 et 2011 : « Le Fils prodigue », « La Cité de la nuit », « Le Combat final », « Lost Souls » et « The Dead Town ». Koontz autorise tout de même USA Networks à adapter l’idée initiale sous forme de téléfilm, à condition que son nom ne figure pas au générique. Scorsese reste alors attaché au projet et c’est Marcus Nispel qui hérite de la mise en scène. Le réalisateur a alors le vent en poupe, ce Frankenstein se situant exactement entre son remake de Massacre à la tronçonneuse et son audacieux Pathfinder.

Rien n’est gothique dans l’approche du film, ce qui constitue en soi une surprise. Nous sommes dans un cadre moderne et urbain. Alors qu’ils enquêtent sur les meurtres d’un tueur en série qui mutile et prélève les organes internes de ses victimes, deux enquêteurs de la police de la Nouvelle-Orléans, l’inspectrice Carson O’Conner (Parker Posey) et son partenaire Michael Sloane (Adam Goldberg), apprennent que Victor Frankenstein (Thomas Kretschmann), qui se fait désormais appeler Victor Helios, est toujours en vie.  Le savant a créé plusieurs créatures génétiquement modifiées dans l’intention de constituer une légion d’adeptes qui l’aideront à renverser l’ancienne race (autrement dit les humains). Sa toute première création, le monstre original (Vincent Perez), qui se fait désormais appeler Deucalion, est également en vie. « Je viens de corps récupérés dans un cimetière de prison », déclare-t-il. « Le cœur d’un voleur, les mains d’un étrangleur, les yeux d’un tueur à la hache et la force vitale d’un orage. » Or cette créature cherche à tuer l’homme qui lui donna vie, reprenant à son compte le fameux motif de l’apprenti sorcier et de ses travers.

« La nouvelle race »

L’intérêt majeur de cette nouvelle version est sa tentative de moderniser le récit de Mary Shelley en mixant l’atmosphère glauque de l’horreur urbaine à celle, beaucoup plus terre à terre, des films policiers. Comme toujours chez Marcus Nispel, la mise en scène est stylisée et la photographie extrêmement soignée, le directeur de la photographie Daniel Pearl ayant opté pour un tournage au format Super 16 mm. Sa caméra s’attarde volontiers dans les recoins de décors sinistres à souhait. L’idée de muer le docteur Frankenstein en savant génial mais mégalomane ayant donné naissance à une légion d’êtres « supérieurs » qu’il a baptisé « les siens » s’avère fascinante. Thomas Kretschmann est convaincant sous la défroque du démiurge et Vincent Perez nous surprend très agréablement dans la peau du monstre Deucalion. Dommage que le film se termine en queue de poisson sans dénouement digne de ce nom. Le syndrome du pilote de série TV saute aux yeux, mais ce premier film restera sans suite. Ironiquement, une mini-série consacrée à Frankenstein sera distribuée sur les petits écrans la même année, sous la direction de Kevin Connor, dans une version beaucoup plus « orthodoxe » et fidèle à la plume de Mary Shelley.

 

© Gilles Penso


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KINGSMAN : LE CERCLE D’OR (2017)

Matthew Vaughn donne une suite à son pastiche délirant du cinéma d’espionnage des années 60 en redoublant de folie et d’inventivité…

KINGSMAN: THE GOLDEN CIRCLE

 

2017 – USA / GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Taron Egerton, Colin Firth, Juliane Moore, Mark Strong, Halle Berry, Channing Tatum, Jeff Bridges, Pedro Pascal, Elton John

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I ROBOTS I SAGA KINGSMAN

Pour éviter le syndrome Kick Ass 2, une suite par bien des aspects indigne de son prédécesseur, Matthew Vaughn exprime très tôt l’envie de réaliser lui-même la suite de Kingsman à condition bien sûr que le premier film obtienne des résultats satisfaisants au box-office. Or l’accueil du public et de la critique s’avère particulièrement chaleureux. Dès le printemps 2015, le studio Fox annonce donc la mise en chantier d’un second opus. Mais un autre projet de Vaughn, une nouvelle adaptation à l’écran des aventures de Flash Gordon, ressurgit et pourrait bien l’empêcher de donner une suite à son Kingsman. Après plusieurs mois de suspense, les choses s’officialisent : Flash Gordon ne se fera pas et Vaughn repasse derrière la caméra pour Kingsman : le cercle d’or dont il coécrit le scénario avec sa fidèle partenaire de plume Jane Goldman. L’entame du film nous démontre en quelques secondes que le cinéaste n’a pas perdu la main. Une délirante poursuite en voiture permet en effet à ce second Kingsman de démarrer littéralement sur des chapeaux de roue. Virtuosité de la mise en scène, folles idées narratives, effets visuels spectaculaires, éléments science-fictionnels pleinement assumés, nous voilà immédiatement conditionnés. Sans temps mort ni demi-mesure, ce prologue plonge nos protagonistes au cœur d’une intrigue démentielle dont le seul maître mot semble être l’excès.

Nous apprenons bientôt que tous les bureaux de l’agence Kingsman ont été anéantis. Les seuls rescapés de cette opération de destruction massive, Eggsy (Taron Egerton) et Merlin (Mark Strong), doivent désormais collaborer avec une agence des États-Unis. C’est l’occasion idéale de parodier les clichés liés à l’image que l’Europe se fait des Américains : des cowboys rustres buveurs de whisky et armés de lassos. Le choc culturel avec les Anglais, exagérément élégants et flegmatiques, n’en est que plus grand. La « super-vilaine » du film est Poppy Adams (Julianne Moore), qui vit au milieu de la jungle dans un repaire dont le design acidulé semble s’inspirer de l’imagerie de Grease et Happy Days. Flanquée de chiens robots agressifs et d’une androïde esthéticienne armée jusqu’aux dents, elle hache ses ennemis pour les transformer en hamburgers et retient Elton John en otage ! Après avoir contaminé des tonnes de drogue, Poppy fait chanter le gouvernement en exigeant la légalisation du trafic de stupéfiants pour pouvoir continuer à faire fructifier son business. Pour incarner ce personnage haut en couleur, Julianne Moore se serait laissée inspirer par le Lex Luthor joué par Gene Hackman dans Superman.

Absurdement vôtre

Une fois de plus, la saga James Bond reste la source principale d’inspiration, tout particulièrement la période Roger Moore, comme le confirment quelques clins d’œil à Vivre et laisser mourir, L’Espion qui m’aimait ou encore Moonraker. Les scènes d’action excessives, les cascades aux chorégraphies hallucinantes et les rebondissements impensables s’enchaînent sans la moindre retenue. Ici, tous les débordements sont permis et les invraisemblances scénaristiques ne sont jamais un obstacle au bon déroulement de l’intrigue. Au contraire, elles ont tendance à devenir la norme. Chaque idée, si abracadabrante soit-elle, est ainsi poussée dans ses retranchements et exploitée jusqu’à l’absurde. Comme son prédécesseur, ce second Kingsman nous offre son lot de combats ébouriffants, notamment au cours d’un climax en plan-séquence à couper le souffle. Drôle, décomplexée, audacieuse, la suite se montre donc digne de son modèle, avec une telle générosité que le montage initial dure presque quatre heures. Enthousiasmés, les cadres de la Fox proposent alors à Vaughn de tout garder pour en tirer deux films distincts. Mais le réalisateur préfère réduire son métrage de moitié et resserrer le rythme pour n’obtenir qu’un seul film de deux heures vingt. Le troisième opus, The King’s Man : première mission, ne sera pas une suite mais une prequel abandonnant la science-fiction pour se focaliser sur l’espionnage pur au cœur des tourments de la première guerre mondiale.

 

© Gilles Penso


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GODS OF EGYPT (2016)

Le réalisateur de Dark City et The Crow explore la mythologie égyptienne à travers une épopée fantaisiste et spectaculaire…

GODS OF EGYPT

 

2016 – USA

 

Réalisé par Alex Proyas

 

Avec Nikolaj Coster-Waldau, Gerard Butler, Brenton Thwaites, Chadwick Boseman, Elodie Yung, Courtney Eaton, Geoffrey Rush, Bryan Brown, Rufus Sewell

 

THEMA CONTES I MYTHOLOGIE

Alex Proyas a démarré sa carrière de cinéaste avec deux coups d’éclat qui ont fait date : The Crow et Dark City. Si la suite de sa carrière est moins marquante, elle compte quand même quelques œuvres fascinantes comme I, Robot ou Prédictions. Après ces deux longs-métrages ambitieux taillés respectivement sur mesure pour Will Smith et Nicolas Cage, Summit Entertainment lui propose Gods of Egypt, un projet de grande envergure écrit par les scénaristes Matt Sazama et Burk Sharpless. Proyas voit là l’occasion de proposer au grand public un blockbuster original et de renouer avec ses racines (il est né en Égypte avant de partir s’installer en Australie avec ses parents). Comme sources d’inspiration, le réalisateur cite une poignée de monuments du septième art, de Lawrence d’Arabie aux Aventuriers de l’arche perdue en passant par Les Canons de Navarone, L’Homme qui voulut être roi et les westerns de Sergio Leone. La production se frotte déjà les mains en espérant pouvoir créer à partir du film une nouvelle franchise susceptible de rivaliser avec les Star Wars et le « cinematic universe » de Marvel. L’idée initiale est de tourner Gods of Egypt dans le Sahara, avant que l’on opte pour le désert australien, jugé plus sécurisant. Et c’est dans cet environnement avec lequel Proyas est familier que se met en place cette relecture à grand spectacle du mythe d’Osiris.

Nous sommes dans une Égypte antique fantaisiste où les dieux (souvent hautains) cohabitent avec les hommes (à leur service). Alors que le vénérable Osiris (Bryan Brown) s’apprête à couronner son fils Horus (Nikolaj Coster-Waldau) pour lui léguer le royaume, Le belliqueux Seth (Gerard Butler) surgit avec son armée, assassine Osiris (son propre frère), aveugle Horus et se proclame nouveau roi. Désormais, l’humanité sera asservie et devra payer le prix fort pour son passage dans l’au-delà. Nous voilà donc face à une vision bien cynique du monde, puisque même face à la mort, les nantis et les démunis ne sont plus égaux. Si Coster-Waldau retrouve le charisme du Jaime Lannister qu’il incarnait dans Game of Thrones, Butler semble auto-parodier sa prestation de guerrier impitoyable dans 300, dont il reprend même des mimiques et des gestuelles. Il n’empêche que sa présence à l’écran reste toujours aussi impressionnante. Du côté des humains, on s’attache vite au jeune couple de héros pétillants qui sauront retourner cette situation aux proportions pourtant divines. Impétueux et insouciant, Bek (Brenton Thwaites) évoque irrésistiblement l’Aladdin de Disney, prêt à tout pour les beaux yeux de Zaya (Courtney Eaton). Les péripéties qui vont les lier tous deux au destin d’Horus sont rocambolesques et pas crédibles pour un sou, mais la suspension d’incrédulité liée à l’univers du film (un conte de fées dans un univers de fantasy pseudo-antique) nous permet de jouer le jeu sans trop rechigner.

La traversée du désert

Gods of Egypt se donne les moyens de ses folles ambitions. Panoramas gigantesques, foules innombrables et monuments titanesques s’affichent ainsi sur le grand écran Cinémascope. Sans compter toute une galerie de créatures fantasmagoriques : des scarabées géants qui servent de montures à Seth, des chasseurs aux allures de minotaures, des serpents cracheurs de feu gros comme des locomotives, un Sphinx immense et rocheux qui s’éloigne volontairement de l’imagerie classique, un démon dont l’infinité de crocs est enveloppée de volutes de nuages noirs… Les dieux eux-mêmes se métamorphosent en êtres hybrides cuirassés et volants. Toute cette générosité n’est pas sans revers. Plusieurs effets visuels accusent une certaine approximation (notamment les incrustations) et le jeu des proportions entre les humains et les dieux (les premiers étant environ deux fois plus petits que les seconds) donne à l’écran des résultats bizarres, presqu’involontairement comiques. Malgré tout, l’ampleur, l’audace et la richesse du spectacle sont follement enivrants. Autre atout majeur : la musique de Marco Beltrami qui parvient à nous faire revivre les grandes heures des 1001 Nuits et du péplum telles que les mettaient jadis en musique Miklos Rozsa et Bernard Herrmann (on pense aussi aux partitions flamboyantes de Lawrence d’Arabie, Stargate, Le Prince d’Égypte, Le Masque de Zorro ou La Momie). Hélas, l’échec critique et commercial du film sera vertigineux, au point de stopper abruptement la carrière hollywoodienne d’Alex Proyas.

 

© Gilles Penso

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FEMALIEN (1996)

Une entité extra-terrestre prend l’apparence d’une jeune femme pour partir à la découverte des sensations physiques des Terriens…

FEMALIEN

 

1996 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Venesa Talor, Jacqueline Lovell, Matt Shue, Kurt Sinclair, Taylor St. Clair, Brittany Andrews, Juan Carlos de Vasquez, Leena, Carlos San Miguel

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA FEMALIEN CHARLES BAND

Sous les conseils des grandes chaines de magasins commercialisant ses films à petit budget, le producteur Charles Band initia en 1996 le label Surrender Cinema pour alimenter les bacs vidéo de séries B érotiques avec des arguments fantastiques ou de science-fiction en guise de prétexte scénaristique. Après le galop d’essai de Virtual Encounters, qui rencontra un gentil petit succès, Band enchaîne avec Femalien dont il confie une fois de plus la mise en scène à Cybil Richards (alias Rick Bitzelberger). Le titre est un mot-valise habile, mixant joyeusement la féminité et les extra-terrestres, qui présente l’avantage d’annoncer immédiatement la couleur. L’argument du film est ramené à sa plus simple expression. Une race d’extra-terrestres a évolué au point de se transformer en pure énergie. Revers de la médaille : les expériences physiques leur sont désormais totalement inconnues. Pour pouvoir collecter un maximum de données sur le sujet, ils envoient sur Terre l’un des leurs sous l’apparence d’une ravissante jeune femme qui répond au nom de Kara (Venesa Talor). 

Le plan d’ouverture de Femalien, qui visualise l’espace, les vaisseaux spatiaux et les planètes avec des images de synthèse extrêmement sommaires, nous permet très tôt de mesurer les faibles moyens mis à disposition de la réalisatrice. Quelques secondes plus tard, Kara débarque les seins nus dans une maison sur Terre et observe un couple en pleins ébats sur un transat au bord de la piscine. Le ton du film est donc donné très tôt. À partir de là, Kara se téléporte d’endroit en endroit pour continuer à expérimenter : dans un studio photo où elle incite un couple de modèles à s’envoyer en l’air devant le photographe ; dans un magasin de lingerie où deux vendeuses en chaleur lui font un défilé de sous-vêtements qui se transforme en strip-tease ; dans une chambre à coucher où elle copule avec le serveur d’un café ; dans une salle de spectacle où se déroule un show érotique décadent ; dans un salon de massage où elle offre au masseur une expérience hors du commun ; dans une chambre de méditation où la séance zen vire à l’orgie…

Rencontres du troisième slip

La mécanique narrative de Femalien est la même que celle de Virtual Encounters, mais avec un résultat moins convaincant dans la mesure où l’argument de science-fiction est ici extrêmement tiré par les cheveux et ressemble trop ouvertement à ce qu’il est : un prétexte comme un autre pour dénuder et accoupler l’ensemble du casting. Pour ajouter un peu de fantastique à cette histoire filiforme, notre impudique extra-terrestre discute régulièrement avec Dak, une interface luminescente qui lui prodigue des conseils. Elle possède également un certain nombre de pouvoirs magiques évasifs justifiés vaguement par sa nature éthérée. Son toucher lumineux guérit ainsi les blessures, stimule la libido et déploie de l’énergie. Nouvelle venue à l’écran, Venesa Talor aurait accepté de jouer dans ce film en espérant connaître une carrière similaire à celle de Matilda May. Cette dernière fit en effet ses débuts dans le rôle d’une extra-terrestre entièrement nue dans Lifeforce avant de devenir une comédienne beaucoup plus « respectable » au registre varié et à la popularité accrue. Mais Femalien n’a définitivement pas l’étoffe d’un Lifeforce et notre actrice ne parviendra jamais à s’extraire du ghetto des séries B sexy conçues directement pour le marché vidéo. On la retrouvera naturellement au casting de l’inévitable Femalien 2 en 1998.

 

© Gilles Penso

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LES PASSAGERS DE L’ANGOISSE (1987)

Une famille d’extra-terrestre s’échoue dans la campagne texane et se voit contrainte de prendre en otage une jeune femme et sa grand-mère…

STRANDED

 

1987 – USA

 

Réalisé par Tex Fuller

 

Avec Ione Skye, Joe Morton, Cameron Dye, Brendan Hughes, Maureen O’Sullivan, Susan Barnes, Michael Greene, Gary Swanson, Harry Caesar, Kevin Haley

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Aujourd’hui, un film comme Les Passagers de l’angoisse passerait totalement inaperçu, perdu dans le marché abondant des petits produits « direct to video » ou « direct to VOD ». Mais en 1987, ce genre de long-métrage avait droit à une sortie en salles dans le monde entier et même à une campagne marketing digne de ce nom. Si le film a aujourd’hui sombré dans l’oubli, ceux qui le découvrirent à l’époque en gardent un souvenir mi-nostalgique mi-amusé. Derrière le nom du metteur en scène Tex Fuller se cache Fleming B. Fuller, qui n’a pas réalisé grand-chose auparavant (si ce n’est un documentaire et un épisode de série TV) et pas grand-chose non plus après (si l’on excepte le téléfilm Prey of the Chameleon). Depuis, il a totalement disparu de la circulation, tout comme le scénariste Alan Castle dont c’est le seul titre de gloire. Les Passagers de l’angoisse est donc l’œuvre de parfaits inconnus. Un seul nom ressort vaguement dans les crédits techniques, celui du maquilleur spécial Brian Wade, qui participa notamment à La Galaxie de la terreur, Piranha 2, The Thing, Starfighter, Dreamscape ou encore Terminator. Face à la caméra, des comédiens relativement obscurs côtoient des visages plus familiers, comme le spécialiste du cinéma d’action Joe Morton (Speed, Terminator 2) et surtout Maureen O’Sullivan, qui fut l’inoubliable Jane Parker des Tarzan avec Johnny Weissmuller.

Nous sommes en rase campagne dans le Texas. La jeune Deirdre Clarke (Ione Skye) coule des jours tranquilles avec sa grand-mère Grace (Maureen O’Sullivan) dans une ferme isolée. Mais le calme cède à la tempête lorsqu’une famille d’extra-terrestres s’écrase avec son vaisseau près de leur maison. Ces créatures d’outre-espace se sont échappées d’une planète déchirée par une guerre impitoyable et espèrent trouver refuge sur la Terre. Hélas, à la suite d’un malentendu, le petit-ami de Deirdre perd la vie. Aussitôt, la population locale (principalement des rednecks à la gâchette facile, comme il se doit) s’en prend aux extra-terrestres. La situation vire à l’émeute et les aliens se retrouvent contraints de prendre en otage Grace et sa petite-fille. Alors que les esprits s’échauffent dangereusement, le shérif Hollis McMahon (Joe Morton) s’efforce tant bien que mal de ramener un peu d’ordre dans ce chaos. Mais les événements deviennent rapidement incontrôlables…

Des kidnappeurs venus d’ailleurs

L’absence manifeste de prétention des Passagers de l’angoisse est l’un de ses atouts majeurs. Le postulat de départ semble certes vouloir emprunter les sentiers battus par E.T., et pourtant de nombreux partis pris originaux parviennent à nous prendre par surprise. La première singularité du film concerne l’aspect de ses créatures. Humanoïdes, le visage bleuté, le front haut, les cheveux blancs, elles ont des traits étrangement angéliques.  A leurs côtés se tiennent une créature hirsute et joyeuse ainsi qu’un redoutable garde du corps femelle. La seconde nouveauté consiste à traiter l’assaut de la maison comme une prise d’otage traditionnelle, avec tout ce que cela comporte de tensions et de dilemmes. Si les autochtones versent volontiers dans le stéréotype hargneux et intolérant, la situation dicte logiquement un tel comportement. Quant au manichéisme, il n’a pas vraiment droit de cité. Pas d’optimisme béat chez les détenues consentantes, pas de prise de position tranchée chez les policiers, pas de quête absolue de fraternité chez les aliens. Certes, l’idée intéressante selon laquelle l’expérience passée des extra-terrestres peut être communiquée à autrui par le biais d’un diamant lumineux aurait mérité d’être mieux exploitée (du double point de vue des enjeux dramatiques et du langage cinématographique). Mais Les Passagers de l’angoisse sait tenir en haleine. D’autant que l’intervention au cours du troisième acte d’un extra-terrestre prédateur déguisé en humain et armé d’un bras fusil dévastateur (une idée empruntée à Rayon laser ?) relance l’intrigue et la pousse vers son dénouement minimaliste et efficace.

 

© Gilles Penso


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WINNIE THE POOH : BLOOD AND HONEY (2023)

Et si le plus célèbre et le plus gourmand des petits ours se transformait en tueur sanguinaire et psychopathe ?

WINNIE THE POOH : BLOOD AND HONEY

 

2023 – GB

 

Réalisé par Rhys Frake-Waterfield

 

Avec Craig David Dowsett, Chris Cordell, Amber Doig-Thorne, Nikolai Leon, Maria Taylor, Natasha Rose Mills, Danielle Ronald

 

THEMA MAMMIFÈRES

Un film d’horreur avec Winnie l’ourson ? Comment cela est-il possible ? Tout simplement grâce à une opportunité que le réalisateur Rhys Frake-Waterfield a su saisir au vol. Avant d’être le héros ultra-populaire d’une série animée des studios Disney, Winnie est l’œuvre de l’auteur pour enfants Alan Alexander Milne qui lui donne naissance en 1946 en s’appuyant sur les dessins d’Ernest Howard Shepard. Or à partir du 1er janvier 2022, le premier livre consacré à l’ourson amateur de miel tombe dans le domaine public. Frake-Waterfield saute aussitôt sur l’occasion et développe son projet fou : Winnie the Pooh : Blood and Honey. Rien ne l’empêche désormais d’accommoder le sympathique ursidé et ses compagnons à la sauce qui lui chante, du moment qu’il ne reprend pas les designs de Disney. Amateur de concepts délirants que ne réfrène jamais l’anémie des budgets à sa disposition, l’audacieux metteur en scène avait déjà signé par le passé quelques micro-productions autant anecdotiques qu’improbables comme The Area 51 Incident (une histoire d’extra-terrestres), Firenado (un film catastrophe avec une tornade de feu) ou l’impensable Killing Tree (un slasher avec un sapin de Noël psychopathe !). Alors pourquoi pas un survival sanglant avec Winnie dans le rôle du croquemitaine ? Avec un budget inférieur à 100 000 dollars (la plus grosse enveloppe qu’il ait eu à sa disposition jusqu’alors), Rhys Frake-Waterfield s’installe pendant dix jours dans les forêts du Sussex avec sa petite équipe de tournage.

Un prologue à base de croquis animés nous raconte la genèse de cette histoire abracadabrante. Au début, tout va bien. Le jeune Christopher se lie d’amitié avec un groupe d’animaux anthropomorphes dans les bois : l’ourson Winnie, le cochon Porcinet, l’âne Bourriquet ainsi qu’un lapin et un hibou. La situation nous est familière. Mais l’enfant grandit et part à l’université, laissant ses amis livrés à eux-mêmes en cessant de leur rendre visite. Sans Christopher pour les nourrir ou les guider, Winnie et ses compagnons souffrent d’une famine extrême et sont réduits à tuer Bourriquet pour le manger ! Traumatisé par cet acte barbare, le petit groupe se met à développer une haine viscérale contre l’humanité en général et contre Christopher en particulier. Ils retournent à leurs instincts sauvages, décident de ne plus parler et se muent en assassins de la pire espèce. Ignorant tout du drame, Christopher décide un jour de revenir dans les bois avec sa fiancée, tout guilleret…

Laid comme un Pooh

On note d’emblée un saut qualitatif par rapport aux films précédents du réalisateur. La photo s’avère plus soignée, la mise en scène plus nerveuse, le rythme un peu plus serré. Le long prégénérique distille ainsi une atmosphère anxiogène efficace. Assez tôt, Rhys Frake-Waterfield assume l’une de ses références majeures, en l’occurrence Massacre à la tronçonneuse dont il convoque une grande partie de l’imagerie : le décor rural glauque, la station-service abandonnée, les crochets de bouchers, le grand marteau mué en arme, les squelettes, les carcasses, les restes humains… Même les silhouettes balourdes et primitives de Winnie et Porcinet évoquent Leatherface. Les designs de ces derniers laissent cependant perplexes dans la mesure où ils ressemblent exactement à ce qu’ils sont : des hommes en salopette avec des masques en plastique sur la tête. Jamais nous ne parvenons à les appréhender comme les créatures hybrides qu’ils sont censés êtres. Sans doute Rhys Frake-Waterfield aurait-il dû opérer un choix narratif tranché : en faire de véritables monstres semi-anthropomorphes (ce qui aurait nécessité des effets spéciaux beaucoup plus performants) ou alors de simples psychopathes humains se prenant pour des animaux (ce à quoi ils ressemblent en fin de compte). L’autre parti-pris bizarre du film – qui finit par jouer en sa défaveur – est son obstination à rester très sérieux, quitte à convoquer les grands sentiments, les traumas et même la psychanalyse. Un peu plus de gore exubérant (comme avec la scène de la voiture) d’idées visuelles originales (le selfie qui révèle la silhouette des monstres) et de second degré auraient été largement appréciables. En l’état, ce Winnie nous laisse un peu sur notre faim…

 

© Gilles Penso


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MEN IN BLACK : INTERNATIONAL (2019)

La franchise lancée au cinéma par Barry Sonnenfeld se décline avec un nouveau réalisateur et un nouveau casting…

MEN IN BLACK: INTERNATIONAL

 

2019 – USA

 

Réalisé par F. Gary Gray

 

Avec Chris Hemsworth, Tessa Thompson, Liam Neeson, Kumail Nanjiani, Rafe Spall, Rebecca Ferguson, Laurent et Larry Bourgeois, Emma Thompson

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA MEN IN BLACK

Certaines sagas devraient savoir s’interrompre à temps. Bien sûr, cette logique imparable entre en conflit avec la politique des studios qui préfèrent exploiter jusqu’à plus soif les franchises dont ils sont propriétaires, quitte à émousser progressivement l’intérêt des spectateurs. Men in Black aurait pu rester une trilogie, s’achevant sur le troisième épisode réussi que Barry Sonnenfeld réalisa en 2012. Il n’en est rien. Désormais, le concept s’élargit sur d’autres continents. En théorie, pourquoi pas ? Le principe d’autres agences dédiées au traitement des affaires extra-terrestres se tient. Encore aurait-il fallu un élan créatif suffisamment fort pour transformer cette idée en film digne de ce nom, et non en simple produit. Le réalisateur F. Gary Gray n’est pas seul en cause. Signataire de Négociateur, Braquage à l’italienne et Fast and Furious, il avait déjà eu l’occasion de succéder à Sonnenfeld en dirigeant Be Cool, la suite de Get Shorty. Pour Men in Black : International, il envisage un film ironique et très politisé, s’inspirant des débats réels concernant l’immigration sur le territoire américain. Mais le producteur Walter F. Parkes ne l’entend pas de cette oreille. Les conflits permanents entre les deux hommes ne vont cesser de ponctuer la fabrication de ce quatrième Men in Black, au grand dam des acteurs obligés de se réadapter à un scénario en perpétuelle réécriture.

Men in Black : International s’intéresse à la branche londonienne de l’agence des hommes en noir, menée avec autorité par l’agent High T (Liam Neeson). L’un des employés modèles de ce bureau britannique est l’agent H (Chris Hemsworth), qui n’a pas son égal pour régler les problèmes aliens sans se départir de son bagout, de son charme et de son élégance. Alors qu’une nouvelle menace venue d’outre-espace se profile à l’horizon, une jeune femme fascinée par les extra-terrestres depuis son enfance, Molly (Tessa Thompson), s’introduit illicitement chez les Men in Black et se fait immédiatement intercepter. Mais son obsession pour la vie sur d’autres planètes, ses connaissances scientifiques et son absence de vie privée en font une recrue idéale. La voilà donc engagée comme stagiaire sous le nom d’agent M. Bien sûr, notre nouvelle venue va devoir faire équipe avec l’agent H pour affronter un double danger : une intrusion extra-terrestre malveillante et la présence d’une taupe au sein du bureau londonien des Men in Black…

L’épisode de trop ?

Pour assurer le lien avec les trois films précédents, Danny Elfman se trouve une fois de plus en charge de la musique (épaulé par Chris Bacon), Steven Spielberg et Barry Sonennfeld assurent le post de producteurs exécutifs, Emma Thomson reprend son rôle d’agent O et Tim Blaney prête une nouvelle fois sa voix à l’agent canin Frank. Si Will Smith et Tommy Lee Jones brillent par leur absence, un tableau les décrivant en train de lutter contre « Edgar-bug » trône fièrement dans le bureau anglais. A vrai dire, le changement de casting n’est pas le problème principal du film. Liam Neeson campe un patron d’agence très charismatique et le duo Chris Hemsworth/Tessa Thompson (déjà vu dans Thor Ragnarok) fonctionne plutôt bien. Mais les acteurs n’ont pas grand-chose à défendre, à tel point qu’Hemsworth se laisse rapidement aller en roue libre au numéro d’idiot sympathique et charmeur qu’il a rôdé en incarnant Thor pour Marvel. Incapable de trouver le ton juste, Men in Black : International tire tous azimuts : clins d’œil balourds (à Thor, à la trilogie Taken), suspense éventé, tragédie existentielle… Même l’approche visuelle est indécise, à mi-chemin entre l’exubérance dictée par Barry Sonnenfeld et une esthétique plus réaliste empruntée au cinéma d’espionnage. Si l’on ajoute à ce cocktail déjà peu digeste une tendance aux effets spéciaux 100% numériques nous privant des folles créations du génial maquilleur Rick Baker, on comprend aisément que ce quatrième Men in Black est l’épisode de trop. Le public et la critique lui réserveront d’ailleurs un accueil glacial.

 

© Gilles Penso

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VIRTUAL ENCOUNTERS (1996)

Pour venir à bout des inhibitions de sa petite-amie, un jeune homme lui offre une expérience virtuelle qui va bouleverser sa vie…

VIRTUAL ENCOUNTERS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Cybil Richards

 

Avec Elizabeth Kaitan, Taylor St. Clair, Rob Lee, Micky Ray, Lori Morrissey, Jim Caciola, Jacqueline Lovell, Tricia Yen, Brittany Andrews

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA CHARLES BAND

Au milieu des années 90, les petites productions de Charles Band inondent abondamment le marché de la vidéo, à travers les labels Full Moon (les films d’horreur et de science-fiction) et Moonbeam (les aventures fantastiques tout public). Pour rajouter une corde à son arc, Band se laisse convaincre par l’un de ses acheteurs principaux, la chaîne de magasins Hollywood Video. Cette dernière lui fait savoir que les titres qui se louent ou se vendent le mieux sont les films érotiques façon Playboy ou Penthouse. Pourquoi ne pas s’engouffrer dans cette brèche en produisant des séries B fantastiques ou de science-fiction intégrant généreusement des séquences de nudité ? « Ce n’était pas une idée particulièrement séduisante pour moi, mais je n’étais évidemment pas étranger à la présence d’un peu de contenu sexuel dans mes films », confesse Charles Band. « De plus, j’avais déjà fait des contes de fées musicaux érotiques par le passé. Et si on pouvait ajouter un peu de science-fiction… » (1) Ainsi naît le label « Surrender Cinema », dans la lignée de la collection Torchlight pour laquelle Band avait produit d’autres bandes érotico-fantastiques comme Les Créatures de l’au-delà. Le premier film de cette nouvelle série est Virtual Encounters, dont la réalisation est confiée à Cybil Richards (pseudonyme probable du producteur Rick Britzelberger).

Michael (Rob Lee) est frustré par les inhibitions de sa petite-amie Amy (Elizabeth Kaitan), qui refuse de passer à l’acte sous prétexte qu’elle ne se sent « pas encore prête ». Le jour de son anniversaire, alors qu’il est en déplacement au Mexique pour trois jours, il lui offre « la surprise d’anniversaire ultime », autrement une carte de membre d’un luxueux club des rencontres virtuelles. Perplexe, Amy découvre un équipement futuriste étrange constitué d’un fauteuil, d’un clavier, d’un écran, d’un casque et d’une combinaison complète. Après avoir été scannée des pieds à la tête, elle empoigne le casque et s’exclame : « Je ressemble à une figurante dans un film de science-fiction à petit budget ! ». Sitôt qu’elle l’enfile, l’expérience commence. Elle consiste, on l’a compris, à vivre ses fantasmes les plus secrets et à réaliser ses désirs cachés. Les séquences contemplatives érotiques s’enchaînent alors, dans toutes les positions possibles et imaginables et dans les décors les plus variés : forêt tropicale minimaliste, chambre à coucher éclairée à la bougie, environnement zen, club de strip-tease pour policiers, caverne préhistorique, donjon sadomasochiste…

« La surprise d’anniversaire ultime »

Tout au long de l’expérience, une voix masculine suave guide Amy pas à pas. Elle finit par lui livrer le fond de ses pensées, comme si ces séances virtuelles avaient de véritables vertus thérapeutiques. Simple spectatrice, elle devient de plus en plus entreprenante en essayant toutes sortes de situations, y compris celles où elle change de sexe. Car dans les univers virtuels, tout semble possible. Dans le monde réel, ses inhibitions finissent naturellement par disparaître. La mission est donc accomplie : Michael est heureux et le spectateur a eu sa dose de doux frissons. Évidemment, Virtual Encounters n’a rien de palpitant mais il présente l’avantage de ne jamais nous tromper sur la marchandise. C’est un petit show érotique sans prétention, une collection de séquences de charme à l’érotisme généreux mais toujours soft. L’argument de science-fiction n’est bien entendu qu’un prétexte, mais il n’est finalement pas très éloigné de ce que la réalité virtuelle pourrait offrir comme expérience interactive aux amateurs de sensations ardentes. C’est déjà ce qu’évoquait à sa manière, sous l’angle comique, l’une des séquences mémorables mettant en scène Sylvester Stallone et Sandra Bullock dans Demolition Man. Ce sera le premier pas d’une série de films fantastiques coquins produits à la chaîne par le boulimique Charles Band.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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DISTRICT 9 (2009)

Et si des migrants extra-terrestres s’échouaient sur notre planète sans autre possibilité que d’y résider au sein de ghettos insalubres ?

DISTRICT 9

 

2009 – NOUVELLE ZELANDE / USA / AFRIQUE DU SUD

 

Réalisé par Neill Blomkamp

 

Avec Sharlto Copley, Jason Cope, Nathalie Boltt, Sylvaine Strike, Elizabeth Mkandawie, John Sumner, William Allen Young, Greg Melvill-Smith

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Tout est parti de l’idée de porter à l’écran l’univers développé dans la série de jeux vidéo « Halo ». Ce projet naît dans la tête du producteur Peter Jackson et du réalisateur Neill Blomkamp, jusqu’alors signataire de plusieurs courts-métrages et de films publicitaires. Mais le travail de préproduction finit par s’interrompre faute de financements. Les deux hommes ne réfrènent pas pour autant leur envie de travailler ensemble et transforment finalement leur adaptation de « Halo » en autre chose. Ce sera District 9. Plusieurs designs sont récupérés du projet abandonné, déclinés d’abord dans le court-métrage Alive in Joburg, que Blomkamp réalise en 2005, puis réexploités à plus grande échelle dans District 9, dont le metteur en scène co-écrit le scénario avec son épouse Terri Tatchell. Ce récit s’inspire de nombreux éléments socio-politiques réels survenus pendant l’apartheid, notamment la création du District 6 du Cap, un quartier décrété « zone réservée aux blancs » duquel furent expulsés de force 60 000 habitants. En toute logique, Blomkamp choisit de tourner son premier long-métrage en Afrique du Sud, non seulement à cause du passé historique du pays mais aussi parce qu’il y est né. S’il se laisse influencer par plusieurs classiques musclés des années 80 (Aliens, Terminator, Predator, Robocop), District 9 développe un univers très personnel qui fera date dans l’histoire du cinéma de science-fiction.

En tout début de métrage, nous apprenons qu’un gigantesque vaisseau spatial extraterrestre a débarqué sur terre en 1982 (ironiquement l’année de la sortie de E.T.) pour rester suspendu dans le ciel au-dessus de Johannesburg. Plus d’un million d’extraterrestres en très mauvaise santé y sont découverts et parqués par le gouvernement sud-africain dans un camp terrestre baptisé District 9. Au fil des ans, cette zone se mue en bidonville insalubre et dangereux. Le gouvernement décide alors d’expulser manu militari toute cette population alien dans un nouveau camp à l’extérieur de la ville. L’idée d’une cohabitation forcée et banalisée entre une minorité migrante extra-terrestre et des terriens n’est pas nouvelle. Elle avait notamment été traitée dans l’efficace Futur immédiat de Graham Baker. Mais l’originalité de District 9 repose sur son approche ultra-réaliste favorisée par une mise en forme très originale qui détourne les codes du « found footage ». Dans un premier temps, toutes les images du film sont des assemblages de faux reportages, documentaires, vidéos amateur, images d’actualité ou rushes de caméras de surveillance qui, une fois assemblés, donnent à cet ensemble composite un parfum de crédibilité étonnant. Le naturalisme des acteurs, les prises de vues accidentées et le soin extrême apporté aux effets visuels renforcent ce sentiment troublant.

Aliénation

Les aliens, volontairement hideux, sortes de crustacés bipèdes au comportement vaguement anthropoïde (que les humains surnomment « crevettes »), sont conçus par le biais de la motion capture grâce au savoir-faire des artistes de la compagnie Weta Digital. Ce sont d’incroyables réussites, qui s’intègrent avec un naturel désarmant dans les prises de vues réelles. La grande force du film réside aussi dans son traitement plausible de cette situation complexe de flux migratoires incontrôlables, de ghettoïsation dans des taudis insalubres puis d’expulsions à main armée. Toutes ces images, bien que drapées d’une couche de science-fiction, sont terriblement familières. En s’appuyant sur ce terreau, le film peut progressivement intégrer un langage cinématographique de fiction pure et délaisser peu à peu les codes du « found footage » pour faire évoluer son intrigue vers une direction totalement inattendue. L’acteur Sharlto Copley livre ici une prestation étonnante, dans un registre complexe en perpétuelle évolution – ou plutôt en « mutation », puisqu’une métamorphose héritée de La Mouche finit par s’opérer. Car ici, la notion de tolérance inter-espèces est poussée plus loin que dans Futur immédiat ou Enemy Mine. Pour pacifier avec l’étranger, il ne suffit pas de le comprendre mais de littéralement devenir comme lui. La misanthropie apparente de District 9 nous renvoie une image bien peu reluisante de la nature humaine, même si ce pessimisme manifeste s’éclaire d’une ultime image désespérée, certes, mais très poétique…

 

© Gilles Penso


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MERIDIAN (1990)

Charles Band réinvente la Belle et la Bête avec l’une des stars de Twin Peaks et un costume de monstre « emprunté » à Francis Ford Coppola…

MERIDIAN: KISS OF THE BEAST / THE RAVAGING

 

1990 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sherilyn Fenn, Malcolm Jamieson, Hilary Mason, Charlie Spradling, Alex Daniels, Phil Fondacaro, Vernon Dobtcheff, Isabella Celani

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Meridian est un projet que Charles Band prépare depuis le lancement de sa compagnie Full Moon. C’est l’occasion pour lui de repasser derrière la caméra, deux ans après Future Cop, de profiter de son propre château italien pour bénéficier d’un décor gothique sur-mesure (expérience qu’il vient de tenter avec bonheur à l’occasion du Puits et le pendule de Stuart Gordon) et de s’essayer à un style un peu différent. « Ce n’était pas le menu typique des productions Full Moon », raconte-t-il. « Bien sûr, il y avait des monstres, de la magie et des seins nus. Mais Meridian était une romance gothique. Les romans de la collection Harlequin marchaient très fort à l’époque, et certains d’entre eux possédaient des éléments surnaturels. Pourquoi ne pas se positionner sur ce marché ? » (1) Le cahier des charges est très clair, et il sera suivi à la lettre. En plus de son château, Band installe sa caméra dans le « Parc des Monstres », un jardin bizarre, surréaliste et extrêmement photogénique situé dans les alentours de la ville de Bomarzo où des artistes du seizième siècle édifièrent d’immenses sculptures représentant des personnages, des animaux et des créatures fantastiques. C’est ce qui permet au film de démarrer sur l’image saisissante d’une sarabande de personnages pittoresques émergeant au ralenti d’une statue en forme de gargouille à la gueule grande ouverte d’où émerge une lueur surnaturelle, au beau milieu d’une forêt nocturne.

Sur le point de devenir une star grâce à la série Twin Peaks, Sherilyn Fenn tient le premier rôle de Meridian. Elle incarne Catherine Bomarzini, une italo-américaine qui vient prendre possession du château familial après la mort de son père. Lorsque sa meilleure amie Gina (Hilary Mason) la rejoint, toutes deux décident de s’encanailler un peu en visitant un carnaval local dont le beau magicien Lawrence (Malcolm Jamieson) ne les laisse pas insensible. Les jeunes femmes invitent toute la troupe au château pour le dîner, mais elles finissent par perdre le contrôle de la situation. Lawrence drogue en effet Catherine et Gina pour pouvoir abuser d’elles. La longue séquence qui suit nous laisse perplexes. L’imagerie des téléfilms érotiques soft est convoquée, avec son lot de ralentis, de filtres, de regards énamourés et de soupirs, le tout aux accents langoureux d’une musique au synthétiseur. Pour peu, on se laisserait gagner par le jeu de la séduction. Pourtant, il s’agit clairement d’un double viol orchestré par Lawrence et sa bande ! Malgré les râles de désir des filles (visiblement dans un état second) et les accords suaves du compositeur Pino Donaggio, nous ne sommes pas dupes. Pas certains de comprendre sur quel terrain Band cherche à nous transporter, nous assistons alors à la transformation subite du magicien en gros monstre velu. Nous voici donc en présence d’une relecture déviante et topless de La Belle et la Bête.

Les nuits fauves

Visiblement pas très à l’aise avec le sentimentalisme de la collection Harlequin qui lui sert de référence, le producteur/réalisateur brosse ainsi une histoire romantico-bizarre qui manque singulièrement de finesse et peine à nous convaincre. Quelques idées éparses – le fantôme d’une jeune femme qui hante le château, un jumeau maléfique, une peinture secrète cachée sous la couche d’une autre peinture, une malédiction ancestrale – tentent de s’imbriquer les unes aux autres, face au joli regard un peu lointain de Sherilyn Fenn, qui semble ne pas totalement comprendre ce qu’on attend d’elle (elle pleure et crie plus que de raison, mais paraît la plupart du temps un peu absente). Une fois n’est pas coutume, Charles Band ne sollicite pas John Buechler pour sa créature mais Greg Cannom. Habitué aux séries B (Terreur extra-terrestre, L’Épée sauvage), ce grand expert des maquillages spéciaux est en train d’entrer dans la cour des grands en signant les effets du Dracula de Francis Ford Coppola. Mais il n’a pas oublié le sens de la débrouille de ses origines et propose donc à Band une solution à bas prix pour son fauve amoureux : recycler le costume de loup-garou qu’il vient de créer pour Coppola (et qui n’est plus sollicité pour le tournage), le modifier légèrement, changer sa couleur, et le tour est joué ! La supercherie ne sera révélée que bien plus tard, sans que personne ne semble s’en être offusqué.

 

(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022).

 

© Gilles Penso

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