LE CHEVALIER DU MONDE PERDU (1983)

Dans cet énième sous-Mad Max, un motard se joint à un mouvement de résistance pour renverser le régime fasciste qui règne sur le monde…

WARRIOR OF THE LOST WORLD / IL PREDATORI DELL’ANNO OMEGA

 

1983 – ITALIE

 

Réalisé par David Worth

 

Avec Robert Ginty, Persis Khambatta, Donald Pleasence, Fred Williamson, Harrison Muller, Philip Dallas, Laura Nucci, Vinicio Ricchi, Consuelo Maraccini

 

THEMA FUTUR

Le Chevalier du monde perdu est né de la fusion de deux idées. Il y a d’abord le producteur Edward Sarlui, qui essaie de lever des fonds pour un film post-apocalyptique inspiré de Mad Max 2, sans scénario mais avec un poster qui représente un motard masqué dans un paysage futuriste. Or les investisseurs se montrent frileux, sans doute parce que Sarlui n’a encore rien produit pour le cinéma. Parallèlement, le directeur de la photographie David Worth, qui vient alors d’enchaîner deux films avec Clint Eastwood (Bronco Billy et Ça va cogner), imagine le scénario d’un film qu’il aimerait réaliser lui-même, et qu’il définit comme une sorte de « Homme des hautes plaines à moto ». Mais ce projet non plus n’avance guère. C’est la rencontre des deux hommes qui va permettre au Chevalier du monde perdu de se concrétiser. Lorsque Sarlui tombe sur le scénario de Worth, il décide de se lancer avec lui dans l’aventure, à condition que son histoire soit retravaillée pour se dérouler dans le futur. Porté par un producteur débutant et un vieux routier du cinéma d’action, le film trouve enfin son financement. Pour le rôle principal, Worth choisit Robert Ginty, qui l’a beaucoup impressionné dans Le Droit de tuer. D’autres visages familiers lui donnent la réplique, comme Persis Khambatta (l’inoubliable Ilya de Star Trek le film), ce bon vieux Donald Pleasence (qui boucle le tournage de ses séquences en trois jours) et Fred Williamson (qui insiste pour jouer dans le film afin de prolonger son séjour en Italie).

Le film s’ouvre sur un interminable texte d’introduction qui nous donne le contexte post-apocalyptique et dystopique du récit. Nous sommes dans un futur peu reluisant dont le régime dictatorial Omega est mené par le tyran Prossor (Pleasence), tandis que des hordes de hors-la-loi et de marginaux végètent dans les parties les plus sauvages de la planète. C’est là que surgit « le motard » (Ginty), chevauchant sa bécane ultramoderne équipée d’un ordinateur baptisé Einstein. Après une série de poursuites et de fusillades qui paient ouvertement leur tribut à Mad Max 2, notre héros fonce tout droit vers une paroi rocheuse. L’accident devrait logiquement le laisser pour mort. Mais voilà qu’il se retrouve dans une sorte d’au-delà brumeux et bizarre. Nous apprenons qu’il a franchi « le mur de l’illusion », où des anciens sages en toge le soignent et lui donnent une mission : mener leur combat contre Prossor. Après cette parenthèse surnaturelle (qui dénote totalement avec le reste du film), le motard s’allie avec Nastasia (Khambatta), la fille d’un scientifique kidnappé, et pénètre dans le QG d’Omega. Nous nous retrouvons alors dans un univers proche de celui de THX 1138, avec des employés serviles, des décors aseptisés et des policiers casqués tout de noir vêtus. Les malheureux sujets qui sont jugés inefficaces y sont exécutés publiquement, dans une ambiance fasciste qui détourne l’imagerie nazie…

Des mutants, des punks et des karatékas

Noyé dans la masse abondante d’imitations du classique de George Miller qui pullulent alors sur les écrans du monde entier, Le Chevalier du monde perdu ne sort pas vraiment du lot. Certes, ses chassés croisés sur la route sont généreux, mêlant des voitures, des motos, des camions, des dragsters, un hélicoptère et même – clou du spectacle – un énorme véhicule blindé. Mais nous avons déjà vu tout ça ailleurs, et le choix de saturer la bande son de bruitages électroniques pseudo-futuristes (les voyants des tableaux de bord font « bip-bip », les pistolets « ptiou ptiou ») ridiculise les séquences d’action au lieu de les renforcer. En ce domaine, le pire vient sans doute d’Enstein, l’intelligence artificielle qui tente de nous faire rire avec sa voix cartoonesque et ses interjections enfantines. Pour varier les plaisirs, David Worth met en scène toutes sortes de guerriers improbables (des amazones, des karatékas, des camionneurs, des punks) mais aussi des mutants difformes aux allures de zombies ou les danseurs d’un club SM. C’est distrayant, certes, mais pas franchement mémorable. D’autant que même les acteurs n’ont l’air d’y croire qu’à moitié. Robert Ginty trimballe sa silhouette de baroudeur barbu en lâchant ses dialogues d’une voix incroyablement lasse, Donald Pleasence joue les méchants caricaturaux dans une tenue qui rappelle Blofeld dans On ne vit que deux fois, Fred Williamson reste sagement à l’arrière-plan et Persis Khambatta donne le sentiment de ne pas trop savoir ce qu’elle fait dans ce film. Et que dire de cette invraisemblable chanson finale, où tous les résistants se tiennent par les épaules en chantant la fraternité des hommes et l’amour de la Terre ? Reste un petit twist final amusant, ouvert vers une suite qui ne verra jamais le jour.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LA POUPÉE (2025)

Après une cruelle déception amoureuse, un homme se met en couple avec une poupée grandeur nature… qui soudain devient vivante !

LA POUPÉE

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Sophie Beaulieu

 

Avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki, Mariane Basler, Adèle Journeaux, Souleymane Sylla, Ludovic Thievon, Eric Guerin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Praticienne du court-métrage depuis 2012, Sophie Beaulieu a l’idée de La Poupée en découvrant un reportage télévisé, situé aux États-Unis, dans lequel des hommes vivent en ménage avec des poupées en silicone hyperréalistes qu’ils considèrent comme leurs compagnes. Le sujet lui semble tellement incroyable – et en même temps si représentatif des maux de la société des années 2020 – qu’elle décide d’en tirer le scénario de son premier long-métrage. Mais l’idée n’est pas simple à vendre. Les éventuels investisseurs sont frileux, craignant de ne pas bien comprendre la tonalité du film. Un homme solitaire vivant avec une poupée qui devient autonome, ça n’est pas banal dans le paysage audiovisuel français. S’agit-il d’un drame social glauque ? D’une histoire de science-fiction ? D’un film d’horreur ? En réalité, Sophie Beaulieu n’envisage pas La Poupée autrement que comme une comédie romantique légère et décomplexée. Le projet finit par se monter grâce à la motivation de plusieurs producteurs indépendants, avec quelques aides publiques et finalement l’apport de Canal +. Désireuse d’inscrire son histoire dans un cadre où la nature est visuellement très présente, la réalisatrice choisit un décor montagnard – en l’occurrence au cœur du Jura -, ce qui contraste joyeusement avec le métier du personnage principal du film : un vendeur de gazon synthétique !

Rémi (Vincent Macaigne), la quarantaine, ne s’est jamais remis d’une rupture ayant bouleversé sa vie. Pour éviter de revivre une cruelle déception amoureuse, il a décidé de se mettre en couple avec une poupée grandeur nature qu’il a baptisée Audrey (Zoé Marchal). Grande, blonde, les yeux bleus, c’est à ses yeux la femme idéale. Il lui parle, dîne en sa compagnie, regarde la télé avec elle et lui fait l’amour. Ni ses collègues de travail, ni ses parents ne savent que la femme dont il vante sans cesse les mérites est en réalité un bel objet en plastique parfaitement inerte. Mais un soir, sans raison apparente, Audrey s’anime et devient vivante. Paniqué, Rémi ne sait pas du tout comment réagir. Faut-il prévenir la police ? En parler à sa famille ? La ramener dans l’usine qui l’a fabriquée ? Au même moment, Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue de travail, débarque dans son entourage et ne le laisse pas indifférent. Pour Rémi, la situation va devenir de plus en plus ingérable…

La femme objet

Le potentiel d’un tel scénario était énorme. Le problème, c’est que Sophie Beaulieu se contente d’enfoncer des portes ouvertes en restant sagement à la surface des sujets qu’elle aborde. Il eut pourtant été intéressant de profiter de cette métaphore pour explorer plus profondément les travers d’une société préférant la virtualité au réel, mais aussi le fossé qui sépare parfois les mentalités féminines et masculines, ou encore la question de l’identité de genre – très maladroitement et superficiellement amenée par le personnage de Domi (Adèle Journeaux), la sœur de Rémi. Autre souci : le film ne profite quasiment jamais des mille possibilités de comédie de situation qu’offre un tel concept. À peine a-t-on droit à une petite grimace de Gilbert Melki – terriblement sous-exploité en père bourgeois et conventionnel – lorsqu’Audrey évoque ses problèmes de menstruations avec un franc parler inattendu. Comme en outre le principe même de la réanimation inexpliquée de la poupée est traité volontairement par-dessus la jambe (comme si le scénario, sous prétexte d’une approche fantastique, s’autorisait tout et n’importe quoi), la suspension d’incrédulité du spectateur est sérieusement mise à mal. Fort heureusement, le casting choisi par la réalisatrice apporte une fraîcheur qui ferait presque oublier les faiblesses et les facilités du film. Vincent Macaigne excelle comme toujours dans le rôle d’un être distrait et inadapté, tandis que Cécile de France est plus pétillante et gouailleuse que jamais. Quant à Zoé Marchal, elle crève l’écran dans un registre pourtant pas simple. Dommage qu’avec de telles têtes d’affiches, La Poupée reste si tiède et si peu audacieux. Une belle occasion manquée, en somme.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

TARZAN ET LA FEMME LÉOPARD (1946)

Le seigneur de la jungle et sa petite famille sont confrontés à une secte d’hommes qui se déguisent en fauves pour agresser leurs semblables…

TARZAN AND THE LEOPARD WOMAN

 

1946 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Johnny Weismuller, Brenda Joyce, Johnny Sheffield, Acquanetta, Edgar Barrier, Dennis Hoey, Tommy Cook, Anthony Caruso, Robert Barron

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Lorsqu’il attaque Tarzan et la femme léopard, son dixième film dans la peau du seigneur de la jungle, Johnny Weissmuller a 41 ans et une forme olympique. Ceux qui avaient pu le trouver un peu ramollis dans les films précédents retrouvent ainsi notre homme singe au top de sa condition physique, grâce à l’entraînement intensif auquel il s’astreint au sein du Hollywood Athletic Club. Brenda Joyce réapparaît à ses côtés pour la deuxième fois consécutive dans le rôle de Jane – suite au départ de Maureen O’Sullivan après Les Aventures de Tarzan à New York – et Johnny Sheffield reste fidèle au poste sous le pagne de Boy. Le casting de ce nouvel opus s’égaye avec la présence d’Acquanetta, une actrice native du Wyoming, de son vrai nom Mildred Davenport, spécialisée depuis quelques années dans les personnages exotiques (Les Mille et une nuits, La Femme gorille, puis plus tard Le Continent perdu). Ici, elle incarne la grande prêtresse du « culte du léopard », un rôle qui lui va comme un gant et qui justifie pleinement le titre du film, dont elle demeure l’attraction principale. Produit pour un budget de 7 500 000 dollars, Tarzan et la femme léopard est tourné pendant 51 jours, majoritairement dans les décors de jungle édifiés sur les plateaux de la RKO et dans le jardin botanique du comté de Los Angeles.

En tout début de métrage, nous apprenons que les membres d’une caravane de voyageurs, aux abords du Zambèze, ont tous été massacrés, apparemment victimes d’une attaque de léopards. Sur place, un commissaire demande à Tarzan d’enquêter sur cette affaire. Or notre homme singe, qui en a vu d’autres, doute immédiatement que des fauves soient à l’origine du problème. En entendant un oiseau reproduire le son que Boy tire d’une flute, il énonce tout haut un raisonnement digne de Sherlock Holmes : « Si un animal peut imiter l’homme, l’homme peut imiter un animal. » Puis Tarzan, Jane et Boy recueillent Kimba, un garçon qui prétend s’être perdu dans la jungle. Mais en réalité, Kimba est le frère de la reine Lea, grande prêtresse d’un culte voué aux léopards. Ce sont les membres de cette secte qui sont responsables de l’attaque de la caravane. Alors qu’elle a envoyé Kimba espionner Tarzan, Lea prépare une grande offensive aux côtés d’Ameer Lazar, un médecin qui veut éradiquer la domination occidentale sur la région…

Un super-vilain anticolonialiste

L’entrée en matière du film met d’emblée à mal notre suspension d’incrédulité. Il est en effet difficile de voir Tarzan, Jane et Boy se balader tranquillement en peaux de bêtes, au beau milieu du marché d’une ville moyen-orientale, sans esquisser un sourire incrédule. Tandis que les incontournables singeries de Cheeta sont ici liées au vol de la flûte d’un charmeur de serpent, le caractère « pulp » qui nimbait les meilleures scènes de Tarzan et les Amazones ressurgit ici lors des séquences de cérémonies du culte de la panthère. Nous y voyons Acquanetta brandissant son sceptre en forme de griffe, aux côtés d’une grande statue de félin, face à une assemblée de fidèles torse-nu lancés dans une étrange chorégraphie. Manifestement, Kurt Neumann – déjà réalisateur du film précédent – a une véritable affinité avec cette imagerie de péplum fantastique à mi-chemin entre la bande-dessinée et le serial. Cela dit, les discours enflammés de l’homme qui préside cette secte aux côtés de Lea nous laissent une impression étrange. Si les expressions faciales et les intonations de cet orateur dictatorial ne sont pas sans évoquer les mimiques d’Hitler, le fond de son argumentation – lutter contre le colonialisme et stopper l’emprise de l’Occident sur les peuplades locales – nous semble motivé par des intentions fort compréhensibles. Mais Tarzan et la femme léopard se garde bien de développer le moindre message politique, son objectif restant avant tout le divertissement exotique. D’où ces nombreuses scènes épiques, notamment la traque dans la jungle pour sauver les demoiselles en détresse, le positionnement de Boy comme un vrai guerrier enfin digne de Tarzan ou encore ce beau final spectaculaire à souhait.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

BLOOD BITCH BABY (2025)

La sanglante Elizabeth Bathory piège une jeune femme pour l’obliger à enfanter la progéniture du diable…

BLOOD BITCH BABY

 

2025 – USA

 

Réalisé par Donald Farmer

 

Avec Jessa Jupiter Flux, Angel Nichole Bradford, Mel Heflin, Joe Casterline, Claude D. Miles, Jessie Youngs, Fallon Vendette, Madilyn Paige, Ronnie George

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Il est difficile de ne pas être fasciné par la longévité presque insolente de la carrière de Donald Farmer. Actif depuis le début des années 70, ce cinéaste originaire du Kansas continue, de nombreuses décennies après ses premiers tours de manivelle, à tourner à un rythme effréné, enchaînant plusieurs productions par an avec une régularité qui force autant le respect que la curiosité. Farmer s’est aventuré dans à peu près tous les recoins du cinéma d’horreur, du plus trivial au plus absurde. Ancien journaliste dans le Tennessee, fondateur du fanzine Splatter Times, il s’est progressivement imposé comme une figure culte de l’underground américain, signant près d’une cinquantaine de films aux titres aussi évocateurs que Cannibal Hookers, Chainsaw Cheerleaders, Shark Exorcist ou Catnado. Blood Bitch Baby ne déroge évidemment pas à la règle. D’une durée inférieure à 70 minutes, le film aligne tous les marqueurs attendus de son cinéma : hémoglobine généreuse, nudité gratuite et intrigue réduite à sa plus simple expression. Farmer applique cette formule avec une fidélité presque artisanale, comme s’il s’adressait avant tout à un cercle de fidèles parfaitement conscients de ce qu’ils viennent chercher.

Annoncé comme une relecture à très petit budget de l’histoire de la comtesse Elizabeth Báthory, Blood Bitch Baby s’en éloigne pourtant très rapidement. Exit la figure historique de la noble hongroise accusée de bains de sang, puisque le film de Farmer bifurque vers un récit confus de satanisme et d’invocations démoniaques. Maltraitée par un petit-ami abusif et violent, Jenny (Angel Nichole Bradford) a désespérément besoin d’un boulot. Elle postule alors au premier job qui se présente, suite à une annonce passée par une certaine Elizabeth Bathory (Jessa Jupiter Flux). Celle-ci est à la recherche de quelqu’un pour s’occuper de sa sœur Suzan, handicapée mentale. Jenny accepte la mission, mais lorsqu’elle voit la sœur en question, qui grogne comme une bête en dévorant de la viande crue, elle se ravise. Or tout ceci n’est qu’un prétexte pour que Bathory livre Jenny aux appétits d’un démon, afin qu’elle puisse porter la progéniture du diable. Un professeur spécialisé en parapsychologie tente alors d’intervenir pour contrecarrer cette machination démoniaque…

Démons au rabais

S’il trahit immédiatement son cruel manque de moyens, Blood Bitch Baby s’ouvre sur une séquence onirique plutôt réussie, plongée dans une esthétique érotico-horrifico-chic évocatrice des univers de Chris Alexander et Lamberto Bava. Hélas, les choses se gâtent ensuite très rapidement. Il ne faut en effet que quelques minutes pour que l’amateurisme de l’entreprise nous saute aux yeux… et aux oreilles : mouvements de caméra maladroits, mise au point approximative, lumières surexposées très peu flatteuses, décors minimalistes, prise de son défectueuse, montage plein de faux raccords, musique synthétique minimaliste, jeu d’acteur pas du tout convaincant. Bref, difficile d’adhérer à cette histoire rocambolesque dans de telles conditions. Bathory elle-même, avec son look gothique, son collier en forme de chauve-souris et ses fausses dents pointues qui surgissent de temps en temps de sa grande bouche, déclenche plus de rires que de frissons. Les effets gore du film sont à l’avenant : exagérés, cartoonesques, grotesques, extrêmement maladroits. Tout ceci passerait si le film était à appréhender au second degré, comme un délire potache façon Troma. Mais Blood Bitch Baby nous semble la plupart du temps se prendre très au sérieux. Seule véritable distraction du film : le petit démon reptilien qui pointe de temps en temps le bout de son museau – une marionnette en latex retrouvant efficacement le charme des effets spéciaux old school des années 80. Mais cette sympathique bestiole ne suffit pas à maintenir notre intérêt en éveil. De fait, malgré sa courte durée, Blood Bitch Baby nous ennuie et nous exaspère bien plus qu’il ne nous distrait.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

KALÉIDOSCOPE (2016)

Un homme timide et discret accepte un rendez-vous avec une femme extravertie, mais elle disparaît bientôt sans laisser de trace…

KALEIDOSCOPE

 

2016 – GB

 

Réalisé par Rupert Jones

 

Avec Toby Jones, Anne Reid, Sinead Matthews, Tim Newton, Clare Perkins, Joseph Kloska, Andy Williams, Deborah Findlay, Karl Johnson, Cecilia Noble

 

THEMA TUEURS

Kaléidoscope est le premier long-métrage de Rupert Jones, qui démarra sa carrière avec plusieurs courts, des épisodes de séries TV, des clips et des programmes musicaux. Pour son passage au format long, il se pare d’un atout de poids : son frère Toby Jones, que le grand public connaît notamment grâce à ses rôles dans Captain America : First Avenger, Truman Capote ou la série Sherlock. Fils du vétéran Freddie Jones (un excellent acteur anglais qu’on a pu voir dans des films aussi variés qu’Elephant Man, Firefox, Krull ou Dune), Rupert et Toby se lancent donc côte à côte dans cette aventure aux allures de cauchemar éveillé. Plutôt porté sur la comédie, le réalisateur s’étonne lui-même du sujet de Kaléidoscope. « Je ne suis jamais vraiment sûr de l’origine de l’idée », raconte-t-il. « Il y en avait deux qui me sont venues à l’esprit, trop ambitieuses pour un premier film. L’une d’elles me trottait dans la tête de manière insistante : celle d’un homme qui se réveille et découvre un cadavre dans la salle de bain, sans savoir d’où il vient. Je pense que le moment où la mère apparaît en détective privé un peu folle est celui où le film a commencé à prendre forme. » (1) Et pour incarner cette mère, Rupert Jones choisit Anne Reid, une autre grande figure de la fiction britannique apparue dans une tonne de séries TV depuis la fin des années 50.

Ici, Toby Jones incarne Carl, un homme solitaire et introverti qui vient tout juste de retrouver la liberté après des années d’incarcération. Installé dans un appartement anonyme au cœur d’une tour HLM, il tente maladroitement de reprendre pied dans une vie normale. Jardinier discret, il mène une existence monotone, jusqu’au jour où il accepte un rendez-vous avec Abby (Sinead Matthews), abordée sur un site de rencontres. Encouragé par sa voisine (Clare Perkins), qui l’aide à se préparer pour l’occasion et lui prête même l’une des chemises hawaïennes criardes de son défunt mari, Carl accueille chez lui cette jeune femme à la personnalité libre et imprévisible. La soirée débute sous les meilleurs auspices, Abby cherchant à le sortir de sa réserve. Mais au matin, Carl se réveille sans le moindre souvenir de la nuit… et Abby a disparu. Bientôt, la police se met à enquêter dans le quartier sur le meurtre atroce d’une jeune femme retrouvée démembrée. Incapable de reconstituer les événements, Carl doute de lui-même autant que de sa propre innocence. Alors qu’il tente désespérément de recoller les fragments de sa mémoire, sa mère, Aileen, avec qui il avait coupé les ponts, s’impose à nouveau dans sa vie…

L’homme sans mémoire

A l’image du titre, le scénario de Kaléidoscope est un patchwork dans lequel il n’est pas simple de remettre en ordre les événements ni de départager la réalité de l’illusion. Le cinéaste joue d’ailleurs habilement avec les motifs symétriques, en filmant notamment avec beaucoup d’esthétisme la cage d’escalier vertigineuse de cet HLM dont les fenêtres minuscules s’étendent à perte de vue. Pour renforcer l’ambiance anxiogène du film, le directeur de la photographie Philipp Blaubach (Hush) compose des cadres oppressants qui s’apparentent presque à des prisons se resserrant sur Carl, tandis que le compositeur Albert Zabel joue avec les harpes et les sonorités bourdonnantes, tout en payant son tribut à certaines des partitions de Bernard Herrmann. Car Kaléidoscope n’est pas sans évoquer le cinéma d’Alfred Hitchcock, notamment les névroses obsessionnelles de Sueurs froides. Comme toujours, Toby Jones excelle dans le rôle de cet homme tourmenté chez qui une violence contenue semble susceptible d’exploser à tout moment. Mais tous ces atouts n’empêchent pas le film de se traîner pesamment. Le rythme s’y étiole en effet jusqu’à un final en forme de coup de théâtre qui s’efforce maladroitement de donner du sens à cette intrigue à tiroirs. La sensation de vacuité provoqué par le film ne retire rien à ses qualités formelles mais nous donne le sentiment d’une belle occasion manquée.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site Movies on Weekends en novembre 2017

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

VIVA LA VIE (1984)

Claude Lelouch s’essaie à la science-fiction avec cette histoire rocambolesque portée comme toujours par un casting prestigieux…

VIVA LA VIE

 

1984 – FRANCE

 

Réalisé par Claude Lelouch

 

Avec Charlotte Rampling, Michel Piccoli, Jean-Louis Trintignant, Evelyne Bouix, Charles Aznavour, Laurent Malet, Tanya Lopert, Raymond Pellegrin

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I POLITIQUE FICTION I RÊVES

Avec Viva la vie, Claude Lelouch tient à jouer jusqu’au bout la carte du mystère. En guise d’entrée en matière, nous avons droit à un panneau d’avertissement nous invitant à repérer où se trouvent les issues de secours les plus proches, puis à un enchaînement d’images quasi-apocalyptique au cours desquelles une foule en panique mue par l’énergie du désespoir sort d’un cinéma et se rue vers les abris anti-atomiques, et enfin à une annonce radiophonique s’attardant sur les effets d’un hypothétique cataclysme nucléaire. C’est ensuite Lelouch lui-même – dans une démarche à mi-chemin entre la mise en abyme vertigineuse et le nombrilisme assumé – qui apparaît dans son propre rôle pour répondre aux questions d’un intervieweur (Martin Lamotte, qui se joue également lui-même). Ce dernier l’interroge sur son nouveau film Viva la vie. Et le cinéaste d’expliquer que ce long-métrage appartient à la catégorie de ceux qu’il vaut mieux découvrir en sachant le moins possible de quoi ils parlent, pour préserver la surprise. Comme s’il voulait semer un peu plus le doute sur sa démarche, Lelouch fait énoncer au professeur de comédie incarné par Jean-Louis Trintignant trois catégories de cinéastes : ceux qui racontent des histoires, ceux qui refusent de le faire, et ceux qui expliquent comment le faire. Les trois exemples respectifs qu’il cite pour nourrir son propos sont Spielberg, Fellini et Godard.

Contentons-nous donc d’évoquer le point de départ de Viva la vie. Michel Perrin (Michel Picooli), important industriel, et Sarah Gaucher (Évelyne Bouix), comédienne renommée, n’ont a priori rien en commun et pourtant, ils disparaissent mystérieusement tous les deux le même jour, à la même heure. Et, surtout, ils réapparaissent trois jours plus tard comme si rien ne s’était passé, au grand dam de leurs conjoints respectifs (Charlotte Rampling et Jean-Louis Trintignant). Complètement désorientés, persuadés que cette absence n’a duré que quelques minutes, ils absorbent désormais des litres d’eau et sont sujets à des pertes de connaissance. Comment expliquer cette amnésie, ce comportement étrange et ces chutes de tension à répétition ? Les médecins envisagent la théorie d’un coma passager. Mais pourquoi eux deux, exactement en même temps ? Ce pourrait n’être qu’une troublante coïncidence, mais le phénomène se reproduit à l’identique peu de temps après…

Un cri de survie

N’en disons pas plus pour respecter la volonté de Lelouch. Précisons simplement que le scénario de Viva la vie nous donne le sentiment d’emprunter ouvertement la voie de la science-fiction et aurait même tendance à vouloir tutoyer le Steven Spielberg de Rencontres du troisième type, tout en emboîtant le pas du discours du Jour où la Terre s’arrêta. Mais rien n’est vraiment ce qu’il semble dans ce récit tortueux. Ce n’est pas le moindre atout de Viva la vie. Hélas, les tics et manies habituels du cinéma de Lelouch alourdissent souvent son film, notamment l’emploi d’une musique extrêmement datée – déjà en 1984 ! – signée ici Didier Barbelivien. On pourra aussi regretter le manque de finesse du message catastrophiste du scénario, mais aussi les invraisemblables rebondissements qui ne cessent de redéfinir les lignes du récit. Pourtant, la sincérité de la démarche du cinéaste n’est sans doute pas à remettre en cause. Les inquiétudes que soulève son film sont en effet conformes aux mentalités de l’époque, alors bousculées par les tensions Est-Ouest qui laissent craindre l’éclatement d’une troisième guerre mondiale. Nous sommes alors dans le sillage de films tels que Le Jour d’après ou Le Dernier testament, témoins glaçants des frayeurs d’alors. Mais Lelouch, en poussant son « cri de survie » (pour reprendre l’une des répliques de Michel Piccoli dans le film), échoue à nous sensibiliser, faute d’une narration convaincante. « Si tout ça pouvait servir à quelque chose », murmure Evelyne Bouix à mi-parcours du métrage. Nous nous faisons l’écho de cette phrase désenchantée, même s’il faut reconnaître au film son audace, son originalité et sa volonté de surprendre sans cesse les spectateurs.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

APEX (2026)

Charlize Theron s’investit à fond dans ce survival sauvage à mi-chemin entre Cliffhanger et Les Chasses du comte Zaroff

APEX

 

2026 – USA / GB / ISLANDE

 

Réalisé par Baltasar Kormákur

 

Avec Charlize Theron, Taron Egerton, Eric Bana, Matt Whelan, Bessie Holland, Aaron Pedersen, Rob Carlton, Duncan Fellows, Julia Ohanessian, Niam Hogan

 

THEMA TUEURS

Même si le mot latin « apex » – qu’on pourrait traduire par « sommet » – nous semble parfaitement approprié à cette aventure sauvage basculant lentement mais sûrement vers l’horreur, on ne peut s’empêcher de penser qu’un autre titre eut été préférable. Car Apex est déjà le nom d’un jeu vidéo très populaire et de plusieurs films de science-fiction. Toujours est-il que John Logan, scénariste de la série The Purge, concocte ici un récit tendu qui ménage son lot de rebondissements, même s’il emprunte un terrain déjà maintes fois balisé avant lui. Le sentiment de déjà-vu ne concerne donc pas uniquement le titre, mais le film tout entier. La mise en scène est confiée à Baltasar Kormákur, ce qui semble logique dans la mesure où ce cinéaste d’origine islandaise est familier des récits de survie en milieu hostile. Nous lui devons notamment Survivre, Everest, À la dérive ou encore Beast, dans lequel Idris Elba affrontait un lion particulièrement agressif. En tête d’affiche, Charlize Theron s’implique à fond. Non contente de tenir le premier rôle d’Apex et d’en assurer la coproduction, l’athlétique quinquagénaire tient à emboîter le pas de Tom Cruise en exécutant elle-même la majorité des cascades et des nombreuses séquences d’escalade du film. À cette occasion, elle s’entraîne intensivement avec la grimpeuse professionnelle Beth Rodden. Pour lui donner la réplique, le choix s’arrête sur Taron Egerton, dont l’éclectisme lui fit interpréter pêle-mêle l’agent secret de Kingsman, le Robin des Bois de 2018 ou carrément Elton John dans Rocketman.

Le prologue vertigineux d’Apex, situé dans les montagnes de Norvège, nous ramène à l’époque de Cliffhanger et Vertical Limits. En quelques minutes se met en place le trauma que trimballera notre héroïne tout au long du récit. Cette mécanique narrative a fait ses preuves dans une infinité de films catastrophe des années 90 et sert donc de point de départ à Apex. L’intrigue redémarre cinq mois plus tard en Australie. En direction du parc national de Wandarra, la grimpeuse Sasha a décidé de se vider la tête en s’adonnant à son activité préférée : le sport extrême. Sur place, un garde forestier l’avertit d’une série de disparitions dans la région. Cette information n’est pas sans importance, on s’en doute. Elle vit ensuite un moment tendu à la station-service du coin avec un petit groupe de chasseurs bourrins et machos qui la chahutent un peu. Mais Sasha ne se démonte pas et part installer son campement dans un recoin sauvage et isolé. La première journée est paradisiaque. Sa descente dans les rapides en kayak, loin de la civilisation, se révèle particulièrement revigorante. Mais le paradis ne va pas tarder à se transformer en enfer…

Randonnée pour un tueur

Le protagoniste étranger qui se jette dans la gueule du loup, en butte à des rednecks hostiles, est un motif que nous connaissons bien. De Délivrance à Razorback en passant par I Spit on your Grave, ce genre de confrontation ne nous est pas étranger. Son efficacité reste cependant intacte et installe efficacement un climat de malaise diffus. Lorsque se met en branle à mi-parcours la mécanique du slasher, l’une des sources d’inspiration majeures du film nous saute alors aux yeux, jusque dans l’emploi de l’arbalète meurtrière : Les Chasses du comte Zaroff. Car voilà Sasha soudain muée en proie dans un jeu sanglant qui s’apprête à mettre son endurance à rude épreuve. Un autre thriller primitif plus récent, La Rivière sauvage de Curtis Hanson, nous vient aussi à l’esprit. Et lorsque la psychopathie de l’antagoniste s’affirme enfin pleinement, c’est l’influence de Psychose qui affleure. Norman Bates n’est en effet pas loin. On l’aura compris, Apex croule sérieusement sous le poids de ses prestigieux aînés, et c’est l’une de ses faiblesses majeures. Ce qui ne retire rien à la mise en scène très solide – comme toujours – de Baltasar Kormákur, la pleine implication de Charlize Theron – qui ira jusqu’à se blesser sérieusement pendant le tournage –, la prestation très impressionnante de Taron Egerton et les superbes décors naturels australiens. Tous ces ingrédients ne suffisent pas à faire d’Apex un grand film, mais permettent au moins d’assurer un spectacle de qualité.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

ABCs OF DEATH 2 (2014)

Suivant le même principe que le film précédent, cette anthologie explore 26 univers monstrueux, drôles, horrifiques et macabres…

THE ABCs OF DEATH 2

 

2014 – USA

 

Réalisé par E.L. Katz, Julian Barratt, Julian Gilbey, Robert Morgan, Alejandro Brugués, Aharon Keshales, Navot Papushado, Jim Hosking, Bill Plympton, Erik Matti, Dennison Ramalho, Kristina Buozyté, Bruno Samper, Lancelo Imasuen, Robert Boocheck, Larry Fessenden, Hajime Ohata, Todd Rohal, Rodney Ascher, Marvin Kren, Juan Martinez Moreno, Jen et Sylvia Soska, Vincenzo Natali, Jérome Sable, Steven Kostanski, Julien Maury, Alexandre Bustillo, Soichi Umezawa, Chris Nash

 

Avec Eric Jacobus, Julian Barratt, Ian Virgo, Miguel Angel Muñoz, Dana Meinrath, Nicholas Amer, Sherry Lara, Julija Steponaityé, Pat Daniel, Aki Morita, Béatrice Dalle

 

THEMA MORT I MUTATIONS I MAMMIFÈRES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DIABLE ET DÉMONS I ZOMBIES I MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS I FUTUR

Face à l’excellent accueil reçu par ABC of Death, les producteurs Ant Timpson et Tim League remettent le couvert en sollicitant à nouveau des metteurs en scène venus du monde entier pour concevoir 26 histoires courtes associées chacune à une lettre de l’alphabet. Originaires des États-Unis, du Royaume Uni, de Cuba, d’Israël, des Philippines, du Brésil, de Lituanie, du Nigéria, du Japon, d’Autriche, d’Espagne, du Canada et de France, les réalisateurs sollicités travaillent dans une liberté totale. Au menu : de l’horreur, de l’humour, des trésors d’inventivité, et parfois même des esquisses de futurs longs-métrages. Les segments réalisés par Robert Morgan et Jim Hosking, par exemple, annoncent respectivement les folies de Stopmotion et The Greasy Strangler. Le générique décline l’imagerie des vieux livres d’éducation pour enfants. Les gravures y prennent des tournures macabres aux accents d’une sorte de comptine inquiétante. Après cette entrée en matière, le festival commence. Les deux premiers segments (la parodie de film d’action « Amateur » de E.L. Katz et le found footage « Badger » de Julian Barratt) nous offrent des éclats de rire qui permettent au film de démarrer sur les chapeaux de roue. Les gags visuels sont aussi au menu d’« Equilibrium » d’Alejandro Brugués (un triangle amoureux avec deux Robinsons Crusoé et une jeune naufragée) et du délirant  « Masticate » de Robert Boocheck, filmé en ultra-ralenti.

Un véritable grain de folie nourrit aussi les films de Jim Hoskins (« Grandad »), Eric Matti (« Invincible ») ou Rodney Ascher (« Questionnaire »). Dans ce domaine, avouons un petit coup de cœur pour « Wish » de Steven Kostanski, où deux gamins se retrouvent propulsés dans l’univers de leurs jouets guerriers préférés – un monde beaucoup plus violent et trash qu’ils l’imaginaient, bourré d’effets spéciaux old-school. On salue aussi l’imagination fertile des cinéastes japonais Hajime Ohata et Soichi Umezawa qui nous offrent respectivement « Olochracy » (une femme traînée en justice par des zombies qui l’accusent d’actes de violence) et « Youth » (du body horror hallucinant qui sert de métaphore aux maux d’une adolescente délaissée par ses parents). Mais tous les segments ne prêtent pas à rire. La bigoterie et l’intolérance irriguent ainsi de manière glaçante « Capital Punishment » de Julian Gilbey et « Jesus » de Dennison Ramalho, tandis qu’Aharon Keshales et Navot Papushado nous content les absurdités de la guerre avec « Fallen ». De leur côté, Kristina Buozyté et Bruno Samper, futurs auteurs de Vesper Chronicle, confrontent une jeune femme à une incompréhensible vague de violence, tandis que Chris Nash nous décrit une grossesse épouvantable dans « Zygote ». Quant aux duettistes Julien Maury et Alexandre Bustillo, ils dirigent leur actrice fétiche Béatrice Dalle dans le très cynique « Xylophone » qui traduit l’attachement très particulier d’une grand-mère à sa petite-fille.

Le grand 8 de l’horreur

Nous avons également droit à deux courts-métrage d’animation mémorables : « Deloused » de Robert Morgan (de la stop-motion glauque et poisseuse à mi-chemin entre Mad God, Le Festin nu, Eraserhead et Hellraiser) et « Head Games » du génial cartooniste Bill Plympton (un baiser entre un homme et une femme qui prend une tournure apocalyptique et presque lovecraftienne). On se délecte aussi de la contribution de Vincenzo Natali (Cube, Splice) qui décrit avec « Utopia » un monde idéal dominé par la beauté et la perfection. Juan Martinez Moreno, de son côté, concocte avec « Split » un exercice de style virtuose à base d’écrans divisés montrant un effrayant « home invasion » suivi en direct par l’époux de la future victime. Bien sûr, tout n’est pas réussi dans ABC of Death 2. C’est le risque d’une anthologie aussi disparate. Le « Legacy » de Lancelo Imasuen (avec ses effets spéciaux ratés et son absence de chute) ou le « P for P-P-P-P Scary ! » de Todd Rohal (une absurdité rétro sans queue ni tête) se révèlent très anecdotiques. Mais la majorité des courts-métrages proposés ici sont d’excellentes surprises, nous embarquant dans un vertigineux grand 8 horrifique. Deux ans plus tard, Ant Timpson et Tim League joueront les prolongations avec The ABCs of Death 2 ½.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

ANIMAL DE COMPAGNIE (2016)

L’employé d’un chenil nourrit une obsession tellement forte pour une ancienne camarade de lycée qu’il décide de la séquestrer…

PET

 

2016 – USA / ESPAGNE

 

Réalisé par Carles Torrens

 

Avec Dominic Monaghan, Ksenia Solo, Jennette McCurdy, Da’Vone McDonald, Nathan Parsons, Janet Song, Gary J. Tunnicliffe, Denise Garcia, John Ross Bowie

 

THEMA TUEURS

Né à Barcelone en 1984, le réalisateur espagnol Carles Torrens pratique le court-métrage depuis le début des années 2000. C’est en 2011 qu’il s’attaque à son premier long-métrage, Emergo, un found footage qui s’attache à une équipe de parapsychologues enquêtant sur un immeuble supposément hanté. Le sujet est connu, le procédé aussi, et Torrens a donc du mal à sortir du lot. Mais son second long-métrage aborde une intrigue beaucoup plus singulière. Pet (que les distributeurs canadiens ont eu la prudence de rebaptiser Animal de compagnie pour éviter toute allusion malvenue aux flatulences du côté des spectateurs francophones !) a bien failli ne jamais voir le jour. Son scénariste Jeremy Slater, co-auteur des Quatre Fantastiques avec Simon Kinberg et Josh Trank, traîne ce script depuis longtemps et parvient à intéresser l’acteur Dominic Monaghan en 2008. Celui-ci, révélé par son rôle de Hobbit dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux, s’engage aussitôt et reste attaché au projet coûte que coûte, malgré la succession de réalisateurs qui sont envisagés à tour de rôle pour diriger le film. Lorsque Carles Torrens hérite de la mise en scène, Pet sort enfin des limbes de « l’enfer du développement ». Pleinement investi, Monaghan y incarne Seth, un homme solitaire et raté, avec beaucoup de justesse.

Seth est employé à l’entretien d’un chenil et vit selon un rituel morose qui se brise le jour où il rencontre dans le bus une jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Il s’agit de Holly (Ksenia Solo), ancienne camarade de lycée qu’il avait totalement perdue de vue. Pétrifié, Seth demande conseil à Nate (Da’Vone McDonald), un agent de sécurité, qui lui recommande d’avoir confiance en lui et d’aller l’aborder. Seth épluche alors les profils en ligne de Holly et tente de l’inviter à sortir, mais elle le repousse sans ménagement. Toutes les tentatives du malheureux pour l’aborder rivalisent de maladresse et de gaucherie, accentuant l’empathie que l’on éprouve pour ce personnage pathétique. Un jour, réfugié dans son travail, Seth découvre une trappe menant à une pièce située dans une aile abandonnée du chenil. Il entreprend alors de construire une cage en acier, de kidnapper l’élue de son cœur et de l’y enfermer…

La cage aux fous

Le huis clos consécutif à cette séquestration crée un rapport de force extrêmement tendu qui s’inverse progressivement pour emprunter des méandres scénaristiques inattendus muant le thriller psychologique en film d’horreur pur. Les incessants renversements de domination qui s’opèrent dans Pet finissent par nourrir une réflexion frontale sur la misogynie mais aussi sur l’hostilité envers les hommes. Et si les belles valeurs d’amour et de sacrifice semblent vouloir tout expliquer, nous savons bien que les choses ne tournent pas rond chez nos protagonistes et que rien ne justifie la confrontation malsaine qui s’offre à nos yeux. Peu à peu, via le minimalisme de son concept et l’épure de la situation, le film prend la tournure d’une fable contemporaine qui semble vouloir nous mettre en garde contre les désirs incontrôlables. Nous ne sommes pas loin non plus du dispositif théâtral, même si les codes du « torture porn » menacent régulièrement de s’inviter aussi dans le film. À plusieurs reprises, Pet est à deux doigts de crouler sous son trop-plein de rebondissements et de surprises, mais c’est aussi ce qui fait son charme. Quoique « charme » ne soit peut-être pas le mot le plus adéquat pour décrire un film suscitant autant le malaise. Le film de Carles Torrens fit en tout cas son petit effet lors de sa tournée des festivals du monde entier, ouvrant au réalisateur la porte de productions plus argentées, principalement pour le petit écran.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

RESONNANCES (2006)

Un groupe d’amis est pris en chasse dans une forêt nocturne par un psychopathe et un monstre extra-terrestre tentaculaire…

RESONNANCES

 

2006 – FRANCE

 

Réalisé par Philippe Robert

 

Avec Yann Sundberg, Vincent Lecompte, Patrick Mons, Romain Ogereau, Sophie Michard, Livane Revel, Marjorie Dubesset

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Tombé dans la marmite du cinéma de science-fiction et des effets spéciaux dès son plus jeune âge, Philippe Robert caressait depuis longtemps l’envie de réaliser son premier long-métrage. « J’ai voulu travailler dans le cinéma dès l’âge de cinq ans », raconte-t-il. « Lorsque j’ai vu La Guerre des étoiles en 1977, je suis tombé amoureux des effets spéciaux. Je me suis aussitôt mis à bricoler des trucages en super 8 dans le garage de mes parents. » (1) Cette passion mènera plus tard à la création de la société Explorer Films avec Jean-Claude Thibaut. Le duo se forge une solide expérience dans la publicité. Leur court-métrage Les Ailes de l’ombre marque une première reconnaissance internationale et confirme leur envie de passer au format long. Après plusieurs expériences comme cadreur sur des productions variées, Philippe Robert franchit le pas en 2002 et se lance dans l’aventure Résonnances. « Une fois le scénario écrit, j’ai recruté la quasi-totalité de mon équipe via Internet, par des petites annonces passées sur des sites spécialisés dans le cinéma », explique-t-il. « La plupart d’entre eux étaient des jeunes passionnés qui sortaient d’écoles de cinéma. J’ai ainsi formé une équipe de 15 personnes. » (2) Le tournage débute entre Paris et le Jura, avec un rythme extrêmement contraint. Très vite, les imprévus s’accumulent : départs de techniciens, remaniement complet de l’équipe, nuits blanches et gestion permanente des décors et de la régie. Sans se laisser démonter, Philippe Robert complète le tournage dans une forêt privée à Coulommiers… et réussit envers et contre tous à terminer son film.

Un samedi soir, un groupe de jeunes amis prend la route pour rejoindre une boîte de nuit nichée au cœur du massif du Jura. L’ambiance est légère, presque insouciante, jusqu’à leur rencontre avec un auto-stoppeur nommé Sébastien. Ils l’embarquent sans se douter qu’ils viennent de faire entrer « le loup dans la bergerie ». Quelques kilomètres plus loin, tout bascule : le véhicule quitte la route et plonge dans un ravin, s’écrasant violemment au milieu de la forêt. Miraculeusement, les survivants reprennent leurs esprits… pour découvrir aussitôt que Sébastien n’est pas un simple voyageur égaré. Il s’agit d’un psychopathe en fuite, activement recherché après son évasion d’un établissement psychiatrique. Alors que la tension monte brutalement et qu’une confrontation semble inévitable, un danger encore plus grand surgit des profondeurs du sol. Car une créature extra-terrestre tentaculaire, sensible au moindre bruit, émerge soudain de la forêt et prend en chasse les survivants…

Tentacules

Comment ne pas être soufflé par l’ambition d’un tel film, surtout lorsqu’on connaît les conditions précaires dans lesquelles il fut réalisé ? Dès la scène prégénérique, Philippe Robert nous transporte en plein moyen-âge pour raconter l’arrivée du monstre sur Terre et ses premières exactions anthropophages. Dès lors, les rebondissements s’enchaînent au pas de course, tandis que les scènes d’action (douze au total nous confirme le réalisateur) se déchaînent sur un rythme d’enfer. À mi-chemin entre les vers de Tremors et les entités millénaires de Lovecraft, la créature est l’attraction principale du film. Conçue en 3D – tout comme le château d’eau qui accueille une séquence de combat vertigineuse -, elle s’anime dans une quarantaine de plans spectaculaires. Mais le plus gros des effets visuels repose sur un usage intensif de maquettes et de décors miniatures : une forêt de vingt mètres carrés où sont filmés les déplacements souterrains de la créature grâce à un système de rail mécanique, un accident automobile reconstitué avec une New Beetle de soixante centimètres, un immense cimetière de voitures, un hélicoptère, une voie ferrée… Du côté de sa bande son, le film bénéficie en outre d’une touche finale surprenante : sa musique signée Richard Sanderson… oui, le chanteur de La Boum ! Alors bien sûr, Résonnances est loin d’être parfait. La maladresse et les manques de moyens sautent souvent aux yeux, l’image DV Cam n’est pas vraiment flatteuse, les acteurs ne nous convainquent pas beaucoup et l’intrigue reste basique. Mais comment ne pas souligner l’audace d’un tel film ? Dommage que Philippe Robert n’ait pas pu offrir à son long-métrage un circuit de distribution digne de ce nom, malgré sa sortie en DVD aux États-Unis et en Allemagne. Nul n’est prophète en son pays, dit-on…

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2006

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article