FANTÔMES EN FÊTE (1988)

Richard Donner et Bill Murray réinventent le classique de Charles Dickens dans ce conte de Noël moderne et satirique…

SCROOGED

 

1988 – USA

 

Réalisé par Richard Donner

 

Avec Bill Murray, Karen Allen, John Forsythe, John Glover, Bob Goldthwait, David Johansen, Carol Kane, Robert Mitchum, Nicholas Philips, Michael J. Pollard

 

THEMA FANTÔMES I CONTES

Richard Donner hésita un moment avant de se lancer dans Scrooged, variante moderne et humoristique du fameux « Christmas Carol » écrit par Charles Dickens en 1843. Après avoir pesé le pour et le contre, le cinéaste décida finalement de s’embarquer dans l’aventure, histoire de varier les plaisirs entre L’Arme fatale et L’Arme fatale 2. Sollicité pour le rôle principal, Bill Murray se laisse lui aussi le temps de la réflexion, pas sûr de vouloir reprendre ses activités d’acteur après les quatre ans de pause qui suivirent S.O.S fantômes. Le scénario co-rédigé par Mitch Glazer et Michael O’Donoghue le séduit, mais il souhaite y ajouter son grain de sel et le fait entièrement retravailler. La présence du comédien dans le film pousse les distributeurs à capitaliser sur sa popularité gigantesque acquise grâce à Ghostbusters. Les posters américains annoncent donc fièrement : « Bill Murray est de retour parmi les fantômes, mais cette fois, c’est trois contre un ! » La France, quant à elle, choisit le titre Fantômes en fête pour évoquer le plus frontalement possible S.O.S. fantômes, quitte à oublier au passage toute référence au célèbre conte de Noël dont s’inspire le scénario.

Tout commence sur des chapeaux de roue. Après un plan aérien soutenu par des chœurs féerique à mi-chemin entre Beetlejuice et L’Étrange Noël de Monsieur Jack, nous assistons à une séquence de fusillade au cours de laquelle le Père Noël et ses lutins prennent les armes face à une armada d’assaillants, jusqu’à ce que Lee Majors (L’Homme qui valait trois milliards lui-même, dans son propre rôle) ne vienne leur prêter main forte. Cette séquence invraisemblable est extraite d’un des nombreux programmes absurdes que s’apprête à diffuser IBC pour la soirée de Noël. A la tête de cette chaîne de télévision, Frank Cross (Murray) est un président odieux, cynique, arriviste et âpre au gain. Pour couronner sa programmation, il décide de produire une version personnelle du « Christmas Carol » de Charles Dickens en y ajoutant tous les ingrédients racoleurs susceptibles d’attirer l’audience. Il ne se doute évidemment pas qu’il s’apprête à vivre lui-même les mésaventures du détestable Scrooge, héros du classique de Dickens. Trois fantômes sont en effet sur le point de lui rendre visite pour ouvrir ses yeux et sa conscience sur ses erreurs passées, présentes et futures…

En roue libre

Habitué jusqu’alors au travail d’équipe (pour le petit et le grand écran), Bill Murray se retrouve ici seul en tête d’affiche, ce qui le pousse à en faire des caisses, à surcharger le tournage d’une énergie dévastatrice, à improviser la majeure partie de ses répliques et finalement à épuiser Richard Donner. Car les deux hommes ont beaucoup de mal à s’accorder pendant le tournage. Le réalisateur n’a aucun contrôle sur sa star, l’acteur essaie sans cesse d’apporter de nouvelles idées pour tenter d’enrichir le scénario, et Fantômes en fêtes finit par ressembler à un produit hybride en quête d’identité. Alternant les passages cyniques et les moments gorgés de bons sentiments, sous-exploitant la présence pourtant toujours réjouissante de Karen Allen, le film cherche la bonne tonalité et finit par ressembler à une fausse bonne idée. Il y a pourtant de belles choses dans Scrooged : une partition lyrique de Danny Elfman, des spectres surprenants (dont l’impressionnant fantôme des Noëls futurs aux allures de grande Camarde dont les entrailles abritent des visages grimaçants et difformes, œuvre du maquilleur Tom Burman) et quelques gags qui font mouche (les sans-abris qui confondent le héros avec Richard Burton). Et puis il y a Bill Murray. Souvent agaçant, cabotin jusqu’au point de non-retour, il sait aussi se montrer irrésistible, drôle et même touchant, comme toujours. Modeste succès au box-office, Fantômes en fête s’est depuis mué en programme incontournable des fêtes de fin d’année, grâce à ses innombrables diffusions sur les chaînes américaines.

 

© Gilles Penso


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DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT 2 (1987)

Le jeune frère de l’assassin psychopathe du film précédent prend fièrement la relève, bien décidé à châtier tous les « vilains »…

SILENT NIGHT DEADLY NIGHT PART 2

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Lee Harry

 

Avec Eric Freeman, James L. Newman, Elizabeth Kaitan, Corinne Gelfan, Michael Combatti, Jill K. Allen, Darrel Guilbeau, Brian Michael Henley, Ken Weichert

 

THEMA TUEURS I SAGA DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT

Face aux résultats honorables de Douce nuit sanglante nuit, les producteurs souhaitent capitaliser sur ce petit succès mais n’ont pas le budget nécessaire pour la mise en chantier d’un nouveau long-métrage. Ils demandent donc au monteur Lee Harry de partir tourner quelques scènes avec le comédien Eric Freeman, dans le rôle d’un malade mental enfermé dans un institut psychiatrique qui raconterait les péripéties principales du premier film. L’idée initiale est donc de ressortir Douce nuit sanglante nuit dans un nouveau montage, comme une sorte d’« édition spéciale ». Mais Harry trouve cette proposition frustrante. À l’aide du micro-budget à sa disposition, il décide de tourner beaucoup plus de séquences que prévu, notamment une série de meurtres perpétrés par ce nouveau personnage et racontés sous forme de flash-back, et de mêler ce nouveau matériau avec de larges extraits du premier film. Le résultat – très étrange – est donc une suite officielle baptisée Douce nuit sanglante nuit 2. L’action prend place la veille de Noël dans la chambre d’un hôpital psychiatrique où sévit Ricky Caldwell (Eric Freeman). Un psychiatre flegmatique, le docteur Henry Bloom (James Newman), vient écouter son témoignage et l’enregistre sur un magnétophone à bande. Rick raconte alors son enfance et celle de son frère, puis les méfaits de ce dernier à l’âge adulte. Les quarante premières minutes du métrage ressemblent ainsi à une version accélérée du premier film, entrecoupée régulièrement de brefs dialogues entre le jeune homme et le médecin.

Pour qui est déjà familier avec Douce nuit sanglante nuit, cette première partie n’offre donc qu’un intérêt très limité, si ce n’est les roulements d’yeux et les soulèvements de sourcil excessifs d’Eric Freeman. Mais à mi-parcours, les choses évoluent enfin. Le récit du jeune désaxé s’achevant sur la mort de son frère, il s’emploie ensuite à raconter ses propres méfaits. Traumatisé lui aussi dans son enfance par le meurtre de ses parents des mains d’un assassin déguisé en père Noël, martyrisé à son tour par la mère supérieure tyrannique d’un orphelinat, il a suivi le même parcours que son aîné. Sous ses allures de jeune homme bien comme il faut, Ricky s’est donc parfois laissé aller à des accès de folie meurtrière, s’en prenant à tous les « vilains » (brutes, malotrus, voyous) qui croisent son chemin. Cette croisade vengeresse prend une tournure encore plus inquiétante lorsque toute notion de bien et de mal finit par s’effacer dans son esprit malade…

« Ramassage des poubelles ! »

Les flash-backs de cette seconde partie sont bien sûr les éléments les plus réjouissants (toutes proportions gardées) du film, car leur exubérance n’a pas de limite. Le rouge excite Ricky comme un taureau dans une arène parce que cette couleur lui rappelle le Père Noël. De fait, dès qu’un rideau, une carrosserie ou un mouchoir écarlate traverse son champ de vision, le meurtre n’est pas loin. Il fait alors justice en criant « vilain ! » à tous ceux qu’il punit. Avant d’opter pour la hache comme le fit son frère, Ricky varie les plaisirs en matière d’arme du crime (l’assassinat au parapluie et le meurtre à la batterie de voiture sont gratinés !). Lorsqu’il bascule définitivement dans la folie, tirant sur tout ce qui bouge en ricanant et en lâchant des phrases absurdes (dont le fameux « ramassage des poubelles ! » qui a fait la grande joie d’Internet), Douce nuit sanglante nuit 2 devient un grand film comique involontaire. Si Eric Freeman n’est pas un acteur d’une grande subtilité, il faut reconnaître qu’il ne fut guère aidé par les indications contradictoires de l’équipe du film. Lee Harry le dirigeait comme s’il était Freddy Krueger, le co-scénariste Joseph Earle le poussait à en faire des tonnes. Le comédien, lui, penchait plutôt pour une approche taciturne et introvertie. D’où une prestation hybride du plus curieux effet. Le dernier acte du film reprend à son compte l’imagerie de Noël, quelque peu délaissée en cours de route, et nous offre un climax mouvementé dans la maison de la mère supérieure qui habite au numéro 666 ! La saga ainsi amorcée donnera suite à trois autres épisodes et un remake.

 

© Gilles Penso


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DON’T OPEN TILL CHRISTMAS (1984)

Panique dans la ville : tous ceux qui sont habillés en Père Noël sont sauvagement assassinés les uns après les autres, au grand dam de Scotland Yard…

DON’T OPEN TILL CHRISTMAS

 

1984 – GB

 

Réalisé par Edmund Purdom

 

Avec Edmund Purdom, Alan Lake, Belinda Mayne, Gerry Sundquist, Mark Jones, Kelly Baker, Caroline Munro, Kevin Lloyd, Pat Astley, Wendy Danvers

 

THEMA TUEURS

Don’t open till Christmas est le seul film qu’Edmund Purdom ait réalisé, et ce ne fut pas une partie de plaisir. Connu pour ses rôles dans des films aussi variés que Le Château de l’horreur (le préfet), Horrible (le père), Le Sadique à la tronçonneuse (le doyen) ou 2019 après la chute de New York (le président de la confédération pan-américaine), cet acteur charismatique alors quasiment sexagénaire accepte de jouer le rôle principal de Don’t open till Christmas si on lui en confie la réalisation. Le tournage commence en 1982 et ressemble à un parcours du combattant. Incapable de s’entendre avec la production, Purdom finit par jeter l’éponge et c’est le scénariste du film, Derek Ford, qui est chargé de le remplacer. Mais au bout de deux jours, Ford est remercié et remplacé par le monteur Ray Selfie. Le script est alors en grande partie réécrit par Alan Birkinshaw. L’acteur vedette n’étant plus là, l’intrigue est revue de fond en comble. Or Purdom décide finalement de revenir pour terminer le tournage et reprendre son rôle. Les prises de vues se seront donc étalées sur deux années, et l’on comprend mieux pourquoi le film peine à conserver sa cohérence jusqu’au bout. Cela dit, quand on connaît les conditions chaotiques de sa création, le fait que Don’t open till Christmas possède un début, un milieu et une fin tient déjà presque du miracle.

C’est la nuit. Un homme en costume de Père Noël et une jeune femme se rejoignent dans une ruelle puis trouvent refuge sur la banquette d’une voiture pour se livrer à des ébats fébriles. Mais quelqu’un hors-champ les observe et respire fort comme Michael Myers dans Halloween, puis s’approche d’eux, accompagné d’une musique qui plagie le thème des Dents de la mer version synthétiseur des années 80. La caméra tourne autour de la voiture et les deux tourtereaux finissent poignardés. Cette introduction en plan-séquence, prometteuse, annonce la couleur. D’autres hommes déguisés en Santa Claus sont violemment assassinés au cours des journées suivantes, frappés par un tueur psychopathe qui cache son visage derrière un masque en plastique souriant et qui aime varier les plaisirs dans ses mises à mort, pourvu qu’elles soient inventives et spectaculaires. À New Scotland Yard, l’inspecteur principal Ian Harris (Edmund Purdom) et le sergent-détective Powell (Mark Jones) mènent l’enquête, notamment auprès de Kate (Belinda Mayne), dont le père fut l’une des victimes de l’assassin…

« Ne pas ouvrir avant Noël »

Le concept est assez amusant, dans la mesure où le film prend le contrepied des slashers habituels situés pendant la période des fêtes de fin d’année. Contrairement à Christmas Evil ou Douce nuit sanglante nuit, par exemple, le Père Noël n’est donc pas le meurtrier mais la victime. Tous ceux qui ont le malheur de revêtir la panoplie rouge et la barbe blanche (fêtards, vendeurs, poivrots) sont donc des cadavres potentiels. Brutaux, parfois même un peu gore, les meurtres obéissent à la mécanique définie par les sagas Halloween et Vendredi 13 et se complètent d’une enquête policière menée avec flegme par deux policiers « so british ». Les suspects possibles se profilent donc progressivement au fil d’une intrigue laissant la part belle à l’humour noir et à une pointe d’érotisme. Quelques scènes de poursuite se déroulent dans des décors très photogéniques – à défaut d’être vraisemblables – comme un sinistre « donjon de l’horreur » délicieusement gothique ou les coulisses d’une salle de spectacle sur la scène de laquelle se produit une chanteuse sexy incarnée par Caroline Munro. Le film souffre surtout de sa direction d’acteur approximative (le jeune couple joue sans une once de subtilité) et de l’absurdité des situations liées à des comportements souvent incompréhensibles (la fille à moitié nue sous sa cape de père Noël qui fuit la police dans la rue puis réagit de manière parfaitement invraisemblable face au tueur, ou encore l’assassin qui décide subitement d’agir à découvert et sans la moindre discrétion pour éliminer un témoin gênant). Les dernières séquences accusent la confusion dans laquelle le film fut réalisé, s’agençant sans logique et s’acheminant vers un final décevant expédié en deux coups de cuiller à pot.

 

© Gilles Penso


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SUPER NOËL (1994)

Un père de famille irresponsable et inconsistant provoque involontairement la chute du Père Noël depuis son toit… et doit donc le remplacer !

THE SANTA CLAUSE

 

1994 – USA

 

Réalisé par John Pasquin

 

Avec Tim Allen, Eric Lloyd, Wendy Crewson, Judge Reinhold, David Krumholtz, Paige Tamada, Peter Boyle, Larry Brandenburg, Jayne Eastwood, Kenny Vadas

 

THEMA CONTES

Après avoir circulé sur les bureaux de plusieurs studios hollywoodiens, le script de Super Noël, co-écrit par Steve Rudnick et Leo Benvenuti (auteurs d’un certain nombre de programmes télévisés et futurs co-scénaristes de Space Jam), tape dans l’œil des exécutifs de Walt Disney qui aimeraient en faire un véhicule comique pour Bill Murray. La star de S.O.S. fantômes et Un jour sans fin se laisse tenter, mais la lecture du script le refroidit, d’autant qu’après Fantômes en fête il craint d’être catalogué « vedette des films de Noëls ». Exit donc Bill Murray, place à Chevy Chase, deuxième choix sur la liste. Le héros de Fletch aux trousses et des Aventures d’un homme invisible aurait sans doute fait l’affaire, mais son calendrier l’empêche de s’engager. C’est finalement Tim Allen qui hérite du rôle principal. Le pari est osé, car si l’acteur est très populaire aux États-Unis, notamment grâce à la série Papa bricole, son expérience sur grand écran est alors quasi-nulle. Derrière la caméra, c’est aussi le jeu des chaises musicales. Disney aurait aimé confier la mise en scène à Chris Columbus, dont le carton Maman j’ai raté l’avion a fait bien des envieux. Mais le scénariste de Gremlins a d’autres projets en tête, en l’occurrence la comédie Madame Doubtfire. La réalisation de Super Noël échoit donc à John Pasquin, qui n’avait travaillé jusqu’alors que pour le petit écran. Disney se contente ainsi des seconds couteaux et des plans B, mais c’est une bonne pioche : le film va cartonner au cinéma.

Tim Allen incarne Scott Calvin, un vendeur de jouets qui a beaucoup plus de succès dans sa vie professionnelle que personnelle. Père divorcé, il doit s’occuper de son jeune fils Charlie (Eric Lloyd) le soir de Noël, au grand dam de son ex-femme Laura (Wendy Crewson) et de son nouveau mari Neal (Judge Reinhold), un psychiatre pédant adepte de pulls moches. La soirée est un fiasco : Scott brûle la dinde dans son four, raconte sans conviction une histoire à son fils pour l’endormir, et se réveille au milieu de la nuit en entendant des bruits étranges sur le toit. A leur grande surprise, Scott et Charlie découvrent que le Père Noël et son traîneau ont atterri au-dessus de chez eux. Mais le vénérable bonhomme en rouge glisse sur les tuiles et s’écoule au sol. Paniqué, Scott trouve sur ce bon vieux Santa une carte lui intimant d’enfiler son manteau. Lorsqu’il le fait, c’est pour découvrir qu’il vient d’accepter sans le vouloir une mission de la plus haute importance : il va devoir remplacer le Père Noël…

Santa barbera

The Santa Clause : le titre original du film, impossible à traduire en français, joue sur les mots pour évoquer la clause du contrat qui signifie l’accord tacite pour notre héros cynique d’endosser le rôle du Père Noël. Incapable de prendre la moindre responsabilité, ce protagoniste agaçant est bien sûr le candidat idéal pour la mécanique narrative classique qui le fera passer par toutes les étapes attendues : la surprise, l’incrédulité, le refus et enfin l’acceptation, à l’issue d’un parcours du combattant semé d’obstacles comiques exempts hélas de la moindre finesse. Car Super Noël (notons la subtilité du titre français) enfonce toutes les portes ouvertes, nous assénant frontalement sa cohorte de bons sentiments aux accents d’une bande originale gentiment sirupeuse signée Michael Convertino. Les idées absurdes abondent, comme la métamorphose physique de Tim Allen. Puisque le Père Noël est censé être ventripotent, Scott va grossir subitement pour pouvoir entrer dans le rôle (d’où quelques gags navrants à base de flatulences et de boulimie), puis voir apparaître sur son menton une belle barbe blanche. Il y a certes quelques situations amusantes dans le film (dont l’une, l’identification des Pères Noël suspects dans le commissariat, vient tout droit du slasher Christmas Evil), mais elles se comptent péniblement sur les doigts de la main. Super Noël sera pourtant un grand succès au box-office, générant deux suites (Hyper Noël en 2002 et Super Noël méga givré en 2006) et une série TV en 2022.

 

© Gilles Penso

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AUDREY ROSE (1977)

Robert Wise filme les tourments d’une petite fille de douze ans qui pourrait bien être la réincarnation d’une enfant au destin funeste…

AUDREY ROSE

 

1977 – USA

 

Réalisé par Robert Wise

 

Avec Anthony Hopkins, Marsha Mason, John Beck, Susan Swift, Norman Lloyd, John Hillerman, Robert Walden, Philip Sterling

 

THEMA MORT

Audrey Rose aborde avec un maximum de sérieux et de réalisme un cas clinique de réincarnation. C’est là son atout majeur et son intérêt principal. Son metteur en scène Robert Wise, dont le talent et l’éclectisme surent jaillir tous azimut à partir des années 40 (Le Jour où la Terre s’arrêta, La Maison du diable, West Side Story, La Mélodie du bonheur), était alors en fin de carrière. Si l’on sent sa virtuosité un peu en retrait, comme s’il cherchait à effacer sa mise en scène derrière le sujet, Wise a encore de beaux restes. Mais Audrey Rose souffre surtout d’un trop-plein de dialogues saturant des séquences qu’on aurait aimé plus visuelles. L’auteur de ce script bavard, Frank de Felitta (qui allait écrire plus tard l’excellent scénario de L’Emprise), adapte ici son propre roman publié en 1975, lequel s’inspire d’une expérience que l’écrivain aurait réellement vécu au sein de sa propre famille. « Supposez qu’un étranger vous dise que votre fille était sa fille dans une autre vie ? Supposez que vous commencez à le croire ? Supposez que c’est vrai ? » C’est en ces termes prometteurs que l’affiche d’Audrey Rose aguichait avec efficacité un public intrigué, avec en guise de sous-titre : « née en 1959, morte en 1964, née en 1964 ». L’enfant star Brooke Shields, qui avait servi de modèle pour la couverture du livre, a logiquement postulé pour tenir le rôle principal d’Audrey Rose, mais c’est finalement Susan Swift qui fut sélectionnée.

La toute jeune actrice incarne donc Ivy Templeton, une petite fille de douze ans que sa mère (Marsha Mason) conduit régulièrement à l’école. Or un jour, celle-ci se rend compte qu’un homme guette l’enfant matin et soir. Cet homme, Elliot Hoover (Anthony Hopkins), est persuadé qu’Ivy est la réincarnation de sa fille Audrey Rose, morte brûlée vive onze ans auparavant dans un accident de voiture. De fait, Ivy, en pleine nuit, a régulièrement des crises au cours desquelles elle revit l’accident d’Audrey Rose. Hoover, qui guette toujours la petite fille, est le seul à pouvoir arrêter ces crises. Mais les parents refusent d’admettre la thèse de Hoover. Un soir, mû par l’énergie du désespoir, celui-ci enlève Ivy et s’enferme dans une chambre d’hôtel. La police intervient, les parents portent plainte et l’affaire se termine au tribunal. La première partie du film s’efforce donc de faire adhérer le spectateur et le couple Templeton à la thèse de la réincarnation, aidée par le jeu efficace d’Anthony Hopkins et par quelques séquences de cauchemars nocturnes d’Ivy, notamment celle où elle se brûle les mains contre la vitre de sa fenêtre, comme jadis le fit Audrey Rose, prisonnière d’une voiture en flammes. Pour renforcer le réalisme du film, Wise n’hésite pas à laisser les acteurs recourir à l’improvisation, dans l’espoir de saisir quelques bribes de naturalisme inattendues.

« Il n’y a pas de fin… »

La seconde partie d’Audrey Rose intègre les mécanismes codifiés du film de tribunal. Les Templeton s’y opposent à Hoover, à grands coups d’avocats, de témoins et de médecins. C’est au cours du dernier acte que la science reprend ses droits. L’état de santé d’Ivy empirant et le juge ne parvenant guère à trancher, on se résout en effet à une séance d’hypnose régressive, afin de déterminer une bonne fois pour toutes si Ivy fut Audrey Rose dans une vie antérieure. Cette ultime séquence, éprouvante, laisse protagonistes et spectateurs sur les rotules. Car si d‘aucuns considèrent la réincarnation comme la perspective pleine d’espoir de survie de l’âme à son enveloppe corporelle, le film, lui, en donne plutôt la vision d’un fardeau terrible. Certaines critiques de l’époque taxèrent Audrey Rose de plagiat de L’Exorciste, mais il s’agit d’un procès d’intention étant donnée l’indéniable différence d’approche stylistique entre les deux œuvres. En guise d’épilogue, le film reprend l’ultime citation du roman de De Felitta, empruntée au « Bhagavad-Gita » : « Il n’y a pas de fin. Pour l’âme, il n’y a jamais de naissance ni de mort. Et, ayant été une fois, elle ne cesse jamais d’être. Elle n’est pas née, elle est éternelle, immortelle et primordiale. »

 

© Gilles Penso


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AVATAR, LA VOIE DE L’EAU (2022)

James Cameron plonge dans les profondeurs aquatiques de la planète Pandora pour nous offrir un second épisode époustouflant…

AVATAR : THE WAY OF WATER

 

2022 – USA

 

Réalisé par James Cameron

 

Avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Cliff Curtis, Kate Winslet, Joel David Moore, CCH Pounder, Edie Falco, Jermaine Clement

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FUTUR I SAGA AVATAR

L’univers décrit dans Avatar fusionnait avec tant d’emphase la somme des passions et des obsessions de James Cameron que le cinéaste ne pouvait se contenter d’un seul film pour en explorer tout le potentiel. Encore fallait-il que ce premier long-métrage soit un succès. Ce problème étant réglé (près de trois milliards de dollars au box-office), le père de Terminator put prendre tout son temps pour préparer la suite de cette saga protéiforme. Treize ans de réflexion, 1500 pages de notes, d’innombrables réunions d’écriture, une multitude de nouveaux tests techniques, et voilà non pas une mais trois suites mises en chantier par Cameron et son fidèle co-producteur Jon Landau. La franchise Avatar se déploie donc à très grande échelle, laissant entendre que le monde aperçu dans le premier film n’était que la partie émergée d’un iceberg à la richesse insoupçonnée. En attendant le troisième et le quatrième épisode de la saga, voici donc Avatar, la voie de l’eau qui permet à Cameron de retrouver l’un des motifs les plus récurrents de l’ensemble de son œuvre : l’élément aquatique. Déplacer l’intrigue en bord de mer puis au cœur de l’océan de la planète Pandora permet ainsi de tisser un lien avec d’autres films-clés de sa filmographie, notamment Abyss et Titanic vers lesquels plusieurs scènes et situations de ce second Avatar entrent en résonance. Ces entités marines fluorescentes, ces submersibles futuristes, ces naufrages dont les conséquences dramatiques font effet de révélateur sont autant de composantes de ce qu’il faut bien considérer comme le « Cameron Cinematic Universe ».

Le récit d’Avatar, la voie de l’eau prend place une décennie après les événements racontés dans le premier film. Jake Sully s’est tant intégré dans la société des Na’vis qu’il a fini par fonder une famille avec Neytiri. Voilà donc nos deux parents aimants à la tête d’une petite tribu turbulente et hétéroclite : les frères Neteyam et Lo’Ak, qui aspirent à devenir de fiers guerriers comme leur père, la petite Tuk et l’hybride Kiri qu’ils ont adoptée. L’équilibre de ce foyer sylvicole menace cependant d’être brisé par une nouvelle menace venue du ciel. Car les humains n’ont pas dit leur dernier mot. Après avoir tenté de piller les ressources minières de la planète Pandora pour alimenter une Terre moribonde, leur ambition prend désormais des proportions hégémoniques. Une nouvelle troupe de soldats armés jusqu’aux dents débarque donc dans les forêts paisibles de l’exolune pour y faire le ménage et préparer la colonisation. Jake Sully doit dès lors prendre une décision difficile. Doit-il mener une guerre brutale pour repousser l’envahisseur ou s’enfuir afin de protéger les siens ?

Les aliens titanesques des abysses

Les péripéties du film s’installent bientôt sur les rives de la peuplade Metkayina, qui vit en parfaite harmonie avec les océans. Dès lors, l’écosystème de Pandora s’élargit et prend une ampleur nouvelle, à tel point que James Cameron stoppe par moment le déroulement de l’intrigue pour mieux nous immerger dans cette partie aquatique de la planète que nous ne connaissions pas et nous faire découvrir sa faune, sa flore, ses interconnections, ses règles et son fonctionnement. Les passages magnifiquement contemplatifs s’alternent avec des séquences de batailles incroyablement épiques. Le tout nouveau bestiaire marin (notamment les cétacés Tulkun) se heurte ainsi à une armada guerrière inédite (en particulier d’étonnants exosquelettes en forme de crabes géants), comme pour nous offrir des variantes surdimensionnées du fameux affrontement final d’Aliens. Si la mise en scène des baleiniers appâtés par le gain permet de décliner la thématique de la sauvegarde de l’environnement qui faisait déjà battre le cœur du premier Avatar, un autre motif vient s’y greffer en charriant son propre lot de complexités : la préservation des liens distendus de la cellule familiale. Tout étant relié dans le monde de Pandora, les conflits existent à toutes les échelles et se répondent comme autant d’échos. La trajectoire du héros, quant à elle, prend une tournure inattendue. Pour assurer la sécurité de sa famille (ce qu’il estime être son rôle de père), il courbe l’échine, refuse le combat, évite les obstacles et accepte la régression. Vertigineux jusque dans les replis les plus subtils de sa dramaturgie, Avatar, la voie de l’eau trouve le moyen audacieux de réintégrer dans son casting Stephen Lang et Sigourney Weaver, offre un rôle savoureux à Kate Winslet (qui retrouve Cameron 25 ans après Titanic) et rend un vibrant hommage au regretté compositeur James Horner à travers une symphonie mi-orchestrale mi-tribale concoctée par son ancien collaborateur Simon Franglen.

 

© Gilles Penso


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CHRISTMAS EVIL (1980)

Traumatisé par un souvenir d’enfance, l’employé d’une usine de jouets devient obsédé par le Père Noël et bascule dans la psychopathie…

CHRISTMAS EVIL

 

1980 – USA

 

Réalisé par Lewis Jackson

 

Avec Brandon Maggart, Jeffrey DeMunn, Dianne Hull, Gus Salud, Wally Moran, Joe Jamrog, Peter Neuman, Mark Chamberlin, Scott McKay, Peter Friedman

 

THEMA TUEURS

Lewis Jackson est un scénariste et réalisateur dont la carrière est restée très confidentielle. Par le passé, il avait réalisé deux longs-métrages obscurs, la comédie The Deviates en 1970 et la série B d’horreur The Transformation : A Sandwich of Nightmares en 1974. Christmas Evil est son troisième et dernier film, sans conteste le plus connu, même s’il n’a rien pour marquer durablement les mémoires. Sa genèse laisse rêveur. Lewis Jackson aurait en effet eu l’idée de départ de ce conte sanglant après avoir fumé de la marijuana une nuit dans les années 70 et avoir eu la vision effrayante du Père Noël brandissant un couteau dans sa direction ! Le projet s’appelle d’abord You Better Watch Out (« Tu as intérêt à faire attention ») puis Terror in Toyland (« Terreur au pays des jouets »), mais il ne se concrétise qu’après le succès inespéré de La Nuit des masques de John Carpenter. Le film trouve finalement son financement et porte son titre définitif de Christmas Evil. Certaines affichent inscrivent alors officiellement le troisième long-métrage de Lewis Jackson dans la vogue croissante du slasher en annonçant en lettres rouge sang : « d’abord vint Halloween, puis Vendredi 13, voici maintenant Christmas Evil ! ». Or lorsqu’on se penche sur son cas, on découvre que ce « Noël maléfique » ne doit pas grand-chose aux deux films cités précédemment, si ce n’est un flash-back d’ouverture traumatique, et construit sa propre atmosphère insolite loin des canons du genre.

Tout commence dans la banlieue de New Jersey le soir du 24 décembre 1947. Réveillé au milieu de la nuit, le tout jeune Harry Stadling est extrêmement choqué en voyant sa mère se faire tripoter par le Père Noël (en réalité son père costumé). Trente-trois ans plus tard, nous retrouvons Harry adulte, sous les traits de Brandon Maggart (aperçu la même année dans le Pulsions de Brian de Palma). Visiblement obsédé par les fêtes de fin d’année, il dort dans un pyjama rouge et blanc, vit dans un appartement saturé de décorations de Noël et espionne tous les enfants de son voisinage pour savoir lesquels sont sages et lesquels se comportent mal, informations qu’il consigne ensuite consciencieusement dans ses cahiers. La journée, il travaille dans une usine de jouets, chagriné d’être le seul à se soucier de la future joie des enfants lorsqu’ils recevront ces présents au pied de leur sapin. On sent bien que quelque chose cloche chez ce pauvre Harry, mais le trouble reste longtemps latent, entre deux eaux. Comme on pouvait s’y attendre, les choses basculent le soir du 24 décembre. Notre homme décide alors de s’habiller en Père Noël, de prendre le volant d’un van spécialement redécoré et de partir accomplir sa mission sacrée : distribuer des cadeaux aux enfants sages et préparer la punition des autres…

Bad Santa

Malgré son démarrage proche de celui d’Halloween, dans lequel se met en place le traumatisme d’enfance qui mènera à la psychopathie, Christmas Evil n’évolue pas selon les mécanismes hérités de John Carpenter. Le film prend son temps pour bâtir son ambiance glauque et décrire le quotidien de son héros pathétique. Pour autant, nous ne combattons pas non plus dans la même catégorie que le Maniac de William Lustig. L’horreur n’éclabousse d’ailleurs que très tardivement le métrage. Il faut d’abord subir de longues séquences erratiques qui semblent de mener nulle part et s’armer de beaucoup de patience. Et si les meurtres finissent par survenir à l’aide d’armes blanches (une hache), de jouets modifiés (un petit soldat à la baïonnette acérée) ou d’objets divers (une étoile de sapin tranchante), ils restent relativement périphériques à l’intrigue. Jackson a d’ailleurs toujours affirmé que son film n’appartenait pas à la catégorie des slashers, revendiquant plutôt l’influence de Frankenstein. Pour être honnête, cette référence ne saute pas aux yeux non plus, si l’on excepte le climax au cours duquel le paria prend la fuite devant une populace hystérique armée de torches. Quelques traits d’humour inattendus affleurent parfois, comme la confrontation d’une ribambelle d’hommes costumés en Père Noël dans un commissariat pour tenter d’identifier l’assassin, ou cette image finale poétique et savoureusement ironique. Christmas Evil aurait sans doute sombré dans l’oubli, comme les autres œuvres de son instigateur, si le cinéaste culte John Waters (Pink Flamingos, Cry-Baby) n’en avait pas fait publiquement l’un de ses films de chevet.

 

© Gilles Penso


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LE CALENDRIER (2021)

Une jeune femme fait l’acquisition d’un vieux calendrier de l’avent en bois dont chaque case renferme un secret terrifiant…

LE CALENDRIER

 

2021 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Patrick Ridremont

 

Avec Eugénie Derouand, Honorine Magnier, Clément Olivieri, Janis Abrikh, Cyril Garnier, Vladimir Perrin, Fabien Jegoudez, Jérôme Paquatte-Fremy

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Faire basculer la période festive de Noël dans l’horreur est une tradition connue dans le cinéma de genre, surtout depuis que les années 80 se sont amusées à ensanglanter les écrans avec des films tels que Black Christmas, Christmas Evil, Douce nuit sanglante nuit ou Don’t open until Christmas, pour n’en citer qu’une poignée. Mais l’un des éléments clés de cette imagerie gentiment sirupeuse avait jusqu’alors échappé aux radars des cinéastes amateurs de frissons : le calendrier de l’avent. 24 petites fenêtres s’ouvrant sur des surprises généralement sucrées, voilà autant de possibilités de faire fonctionner l’imagination des scénaristes pour transformer les promesses en cauchemars. Cette transgression d’une tradition germano-finlandaise qui semble remonter au 19ème siècle n’est pas l’œuvre d’un cinéaste anglo-saxon – une fois n’est pas coutume – mais d’un réalisateur, scénariste et acteur belge à qui nous devons la comédie dramatique Dead Main Talking mettant en scène François Berléand, son épouse de l’époque Virginie Efira et lui-même dans le rôle principal. Avec Le Calendrier, il change de registre et s’enfonce dans la brèche attrayante de la légende urbaine pour concocter un film d’épouvante surprenant s’appuyant sur les failles physiques et psychologiques de son personnage principal.

Eva (Eugénie Derouand) est une ancienne danseuse, mais un accident l’a brutalement rendue paraplégique. Désormais clouée sur un fauteuil roulant, elle travaille dans un cabinet d’assurance pour un patron détestable, s’est éloignée de son père frappé de sénilité qui vit avec une femme odieuse et cupide, essuie régulièrement des remarques condescendantes, bref le tableau n’est pas très reluisant. Pour l’heure, ses rayons de soleil sont son chien fidèle Marvin et sa meilleure amie Sophie (Honorine Magnier). De retour d’un voyage en Allemagne, cette dernière a ramené à Eva un cadeau très spécial : un vieux calendrier de l’Avent en bois déniché par hasard sur un marché de Noël. Cet objet mécanique étrange, qui n’aurait pas dépareillé dans un film de Guillermo del Toro, annonce d’emblée trois règles immuables écrites en allemand. Règle numéro 1 : si on avale l’un des bonbons que contient le calendrier, il faut tous les avaler. Règle numéro 2 : il est impératif de respecter toutes les règles jusqu’à l’ouverture de la dernière fenêtre. Règle numéro 3 : il ne faut pas le jeter. La sanction en cas de non-respect des règles est simple : c’est la mort.

La 24ème porte

L’entame du Calendrier est très intrigante, dessinant rapidement les contours d’un motif classique du cinéma et de la littérature fantastique : le pacte avec le diable. En acceptant de respecter les règles de cette relique d’un autre âge dont les mécanismes n’en finissent pas de révéler leurs secrets enfouis, Eva découvre que tous ses souhaits, y compris les plus intimes ou les plus inavouables, finissent par s’exaucer. Mais de tels prodiges n’existent évidemment pas sans contreparties. Pour aller au bout de ce jeu malsain s’égrenant progressivement au fil de chaque journée du mois de décembre jusqu’au 24 fatidique, Eva sait qu’elle devra accepter des sacrifices de plus en plus difficiles. Ce dispositif narratif n’est pas sans évoquer celui de 13 jeux de mort (et de son remake 13 Sins) qui lui aussi faisait lentement glisser son protagoniste sur la pente d’une dangereuse descente aux enfers. La présence surnaturelle d’un être démoniaque répondant au nom sommaire de « Ich » (« Moi » en allemand) est d’emblée assumée par une série de plans furtifs révélant progressivement sa morphologie inquiétante qui semble tout droit échappée de Silent Hill. Reste à savoir si ce monstre est réel ou s’il flotte dans l’esprit fébrile d’une héroïne campée avec beaucoup de justesse et de sensibilité par Eugénie Derouand (vue dans la série Paris Police 1900). La solidité des acteurs est justement l’un des points forts du film, qui s’appuie également sur une mise en scène très soignée (jouant habilement sur ses cadres, ses focales, ses lumières et ses effets visuels discrets pour susciter le malaise). Le Calendrier est donc une variante très recommandable sur le thème protéïforme du Noël sanglant.

 

© Gilles Penso


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HELLPHONE (2007)

Un lycéen fait l’acquisition d’un téléphone portable qui semble posséder des pouvoirs étranges et commence à semer la panique…

HELLPHONE

 

2007 – FRANCE

 

Réalisé par James Huth

 

Avec Jean-Baptiste Maunier, Jennifer Decker, Vladimir Consigny, Baptiste Caillaud, Edouard Collin, Judith Chemla

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Dans la mouvance de Phone d’Ahn Byeong-Gi de La Mort en ligne de Takashi Miike et du futur Cell Phone de Tod Williams, James Huth, réalisateur du blockbuster Brice de Nice, décide d’apporter sa pierre à l’édifice de ce qu’il faut alors appréhender comme un nouveau sous-genre du cinéma d’épouvante : le film mettant en scène un téléphone portable maléfique ! Huth étant avant tout un spécialiste de la comédie, il s’attaque au thème sous l’angle du pastiche. Pour séduire la belle Angie (Jennifer Decker), Sid (Jean-Baptiste Maunier), un lycéen timide, décide d’acquérir un téléphone portable. Mais celui qu’il déniche dans un bazar chinois s’avère posséder des pouvoirs étranges. Chaque correspondant auquel il s’adresse n’est plus maître de sa volonté. Sid en profite pour concrétiser ses rêves les plus fous. Mais bientôt, ce cadeau empoisonné se retourne contre lui… La première partie du film, avouons-le, laisse peu d’espoir quant à l’intérêt du projet. Les jeunes acteurs y récitent sans conviction des dialogues pseudo-branchés qui sonnent faux, tandis que le ton semble osciller entre la gentille comédie familiale (façon Moi César) et le trash movie adolescent (à la American Pie) sans parvenir à se décider.

Ce mélange d’influences contradictoires donne lieu dans un premier temps à des séquences fades, aseptisées et prudemment manichéennes. Poursuites en skateboard, rivalités de vestiaires, prises de bec à la cantine, convocations chez le proviseur, aucun cliché lycéen ne nous est épargné et notre patience est soumise à rude épreuve. Heureusement, dès que l’argument fantastique s’immisce dans l’intrigue, le rythme s’emballe, les morts cartoonesques commencent à s’accumuler sans vergogne et les comédiens semblent enfin sortir de leur trop sage carcan. James Huth nous rappelle alors qu’il fut aussi le réalisateur du réjouissant Serial Lover. D’ailleurs, les nombreuses idées visuelles qui pimentent Hellphone sont l’un des grands atouts du film, agrémenté en outre d’effets spéciaux numériques particulièrement soignés.

En dérangement

Dommage que le scénario manque singulièrement de rigueur, refusant de verrouiller les mécanismes dictés par son concept initial et papillonnant sans conviction d’une intention à l’autre. Ainsi, selon les moments, le téléphone agit-il de manière autonome et incontrôlable pour causer le malheur d’autrui, alors qu’en d’autres occasions c’est Sid, possédé par l’objet maléfique, qui passe lui-même les coups de fil fatals. S’agit-il d’ailleurs d’un artefact satanique en contact avec le diable, comme le laisse imaginer sa couleur, son aspect et son numéro constitué de plusieurs 6 ? A moins que l’appareil ne soit habité par une entité féminine jalouse, comme le laisse penser la voix off qu’entend son possesseur ? Là aussi, le scénario ne tranche pas, accumulant en vrac les idées éparses sans vraiment chercher à faire le tri. Sous ses allures de comédie opportuniste savamment calculée pour toucher le plus grand nombre, Hellphone semble malgré tout vouloir rendre hommage au cinéma fantastique des années 80, via des clins d’œil à quelques classiques du genre (Gremlins, Christine) qui ont de toute évidence bercé les jeunes années du réalisateur.

 

© Gilles Penso


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JABBERWOCKY (1977)

Le premier film solo de Terry Gilliam raconte les méfaits d’un redoutable dragon dans un monde moyenâgeux burlesque…

JABBERWOCKY

 

1977 – GB

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Michael Palin, Harry H. Corbett, John Le Mesurier, Warren Mitchell, Annette Badland, Max Wall, Deborah Fallender, Jerold Wells, Bernard Bresslaw

 

THEMA DRAGONS I CONTES

Membre discret des Monty Pythons, bien plus à l’aise derrière que devant la caméra, Terry Gilliam avait signé toutes les fameuses séquences animées agrémentant les sketches de sa troupe légendaire avant de passer à la mise en scène à grande échelle en co-réalisant Sacré Graal avec Terry Jones. Pour son premier long-métrage en solo, le trublion s’inspire d’un poème de Lewis Carroll pour reconstituer un monde médiéval duquel il évacue sciemment tout glamour. La photographie est délavée, les décors pauvres et noyés de brume, les personnages laids, sales et pétris de défauts. Voilà donc un tableau bien pathétique d’une humanité rustre que le cinéaste calque sur ses contemporains, le miroir déformant qu’il se plaît à tendre à ses semblables – ici et dans ses films suivants – n’ayant jamais été très flatteur. Jabberwocky est tourné à l’économie, avec un budget très modeste de 500 000 livres. Gilliam réutilise donc des décors conçus pour le Oliver de Carol Reed, recycle des costumes fabriqués pour Alfred le grand vainqueur des Vikings de Clive Donner, plante ses caméras dans plusieurs sites extérieurs du Pays de Galle et exploite au maximum de leurs possibilités les morceaux de château mis à sa disposition. Bref, il bricole avec les moyens du bord. Mais en ce domaine, Terry Gilliam s’est toujours montré surdoué.

Tout commence par la scène d’un braconnier récupérant son butin dans des bois brumeux. Soudain, une créature gigantesque (dont nous adoptons le point de vue sans la voir) s’empare de lui. Aussitôt, le malheureux s’élève dans les airs, la caméra s’accrochant à lui comme le fera plus tard Sam Raimi avec Bruce Campbell dans le prologue délirant d’Evil Dead 2. Puis son cadavre est rejeté sur le sol, la cage thoracique à l’air ! Au plus profond de l’âge des ténèbres que décrit Jabberwocky, un monstre carnivore ravage ainsi les domaines du roi Bruno le Douteux (Max Wall). Renié par son père pendant qu’il rend son dernier souffle, le jeune et innocent Dennis Cooper (Michael Palin), apprenti-tonnelier, décide de quitter la campagne pour tenter sa chance à la cour de Bruno, afin de revenir fortuné et de demander la main de sa bien-aimée, l’obèse et ingrate Griselda Fishfinger (Annette Badland) qui ne lui rend guère son affection. Mais lorsqu’il gagne le royaume, il se heurte à l’animosité générale de la population et aux appétits carnivores du gigantesque Jabberwocky…

Drôle de bête

Même si Terry Gilliam a toujours tenu à positionner ce film comme une création distincte de ses travaux collectifs avec les autres membres de son ancienne troupe, au point de faire retirer toute allusion aux Monty Pythons sur le matériel publicitaire, le sens de l’absurde hérité de ses frasques passées est toujours là. L’homme qui décrète dans les ruelles du château à quel moment débute l’heure de pointe ou les chevaliers qui jouent à cache-cache entre les tentes semblent ainsi s’être échappés du Monty Python’s Flying Circus. Il est donc difficile de ne pas penser aux autres films du groupe, et notamment Sacré Graal avec lequel Jabberwocky entretient de nombreux points communs. Mais la personnalité de Gilliam affleure malgré tout, ne serait-ce qu’à travers ses moqueries frontales de la bigoterie religieuse. Le dernier acte du film, au cours duquel Michael Palin chevauchant un âne devient l’écuyer du champion du roi pour l’aider à affronter le monstre légendaire, annonce quant-à-lui l’imagerie du Don Quichotte après lequel courra Terry Gilliam pendant une bonne partie de sa carrière jusqu’à en tourner enfin sa propre version en 2018. Lorsque le monstre s’offre enfin à la caméra, il déçoit nos attentes. Beaucoup moins grand qu’on l’imaginait et limité dans ses mouvements (c’est un acteur costumé qui l’incarne), c’est un bipède au design étrange muni de serres de rapace, d’un grand bec crochu et d’une tête encadrée de cornes de bélier, tandis qu’une troisième excroissance osseuse se dresse sur le sommet de son crâne. Ses ailes de chauve-souris abîmées se déploient et son long cou s’étire, mais sa morphologie exacte n’est pas facile à appréhender à cause de la pénombre et de la fumée qui nimbent la séquence. Ah, si seulement l’équipe du Dragon du lac de feu avait pu s’occuper de créer cette bête ! Mais le film souffre surtout d’un rythme languissant et d’enjeux mal définis, les saynètes drôles et absurdes concoctées par Gilliam ne suffisant pas à enrichir son intrigue filiforme. On note que le redoutable « Guerrier Noir » est incarné par David Prowse, qui jouait la même année Dark Vador dans La Guerre des étoiles.

 

© Gilles Penso

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