LE MONDE PERDU (1998)

Surfant sur la sortie du second Jurassic Park, cette relecture très libre du roman d’Arthur Conan Doyle exhibe de bien piteux dinosaures…

THE LOST WORLD

 

1998 – USA

 

Réalisé par Bob Keen

 

Avec Patrick Bergin, Jayne Heitmeyer, Julian Casey, David Nerman, Michael Sinelnikoff, Gregoriane Minot Payeur

 

THEMA DINOSAURES

Bob Keen s’est taillé une belle réputation à travers ses activités dans le domaine des effets spéciaux. Nous lui devons notamment les maquettes de La Guerre des étoiles, Superman et Alien, les maquillages spéciaux de Krull, Lifeforce et Hellraiser, les créations animatroniques de L’Histoire sans fin ou encore les effets visuels de Dog Soldiers. Beau palmarès, ma foi ! Ses travaux de réalisateur, en revanche, sont nettement moins prestigieux, comme en témoigne ce téléfilm anonyme inspiré du roman homonyme d’Arthur Conan Doyle, dont la mise en chantier fut motivée de toute évidence par le succès des deux premiers Jurassic Park (le second portant déjà comme titre Le Monde perdu). D’ailleurs, l’influence de Michael Crichton et Steven Spielberg est si prégnante que les espèces préhistoriques découvertes par les membres de l’expédition du professeur Challenger (Patrick Bergin) dans une jungle inconnue de la Mongolie se résument principalement à un tyrannosaure (dont les membres antérieurs sont bien plus gros que la normale) et à des vélociraptors. Les mêmes que chez Spielberg, donc.

Conformément aux techniques développées par les créateurs de Jurassic Park, les monstres préhistoriques sont tour à tour des images de synthèse (au design très évasif et à l’animation excessivement saccadée) et des marionnettes vaguement animatroniques (pour le moins basiques, la pire étant probablement cette énorme gueule crocodilienne qui surgit de sous la terre et claque mécaniquement pour effrayer nos héros). La faune antédiluvienne comprend également quelques nuées de ptérosaures (plutôt efficaces) et un brontosaure qui ne fait que passer (et dont la queue, bizarrement, est hérissée de quatre pointes comme celles des stégosaures). L’intrigue, pour sa part, ne réserve que peu de surprises aux connaisseurs de l’œuvre originale et accumule les clichés de toute aventure exotique qui se respecte : romances, trahisons, dangers variés, morts brutales…

« Peut-être ce monde perdu n’était-il pas destiné à être découvert… »

Soucieux de brasser large, les scénaristes canadiens Jean Lafleur et Léopold St Pierre lorgnent aussi du côté de King Kong, en particulier à travers les indigènes arborant des masques imitant les crânes des dinosaures qui capturent la blonde héroïne (Jayne Heitmeyer) pour la sacrifier à leurs dieux préhistoriques. Si quelques idées originales surnagent, comme lorsque le vénérable paléontologue Summerlee (Michael Sinelnikoff) est attaqué par un T-Rex qu’il visualise sous forme d’un squelette de musée animé, ou lorsque les héros utilisent un ballon dirigeable pour atteindre le haut plateau, ce Monde perdu génère plus d’ennui que d’intérêt, d’autant que son casting sans éclat contribue à l’affadissement général de l’entreprise. Les dialogues sont à l’avenant. « Peut-être ce monde perdu n’était-il pas destiné à être découvert, car l’homme n’y a pas sa place » lance ainsi la voix off pesante du journaliste Malone (Julian Casey). Tourné en Australie et au Canada, et censé se dérouler en 1938, le film multiplie de surcroît les anachronismes et s’achève sur un dénouement fort éloigné de celui imaginé par Arthur Conan Doyle. À vrai dire, on pense plutôt à Edgar Rice Burroughs et à son cycle « Caspak », d’autant que les derniers plans évoquent beaucoup ceux du Sixième continent de Kevin Connor.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LES GUERRIERS DE L’APOCALYPSE (1979)

Un groupe de soldats japonais en exercice se retrouve propulsé au 16ème siècle, face à des hordes de samouraïs belliqueux…

SENGOKU JIEITAI

 

1979 – JAPON

 

Réalisé par Kosei Saito

 

Avec Sonny Chiba, Toshitaka Ito, Jun Eto, Koji Naka, Isao Natsuyagi, Haruki Kadokawa, Hitoshi Omae, Kentaro Kudo, Mancho Tsuji, Shin Kishida

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Adapté d’un roman de Ryo Hanmura, Les Guerriers de l’apocalypse est le sixième long-métrage de Kosei Sato. Alors que nous suivons un groupe des forces de défense japonaises en plein exercice, sous la direction du lieutenant Yoshiaki Iba (incarné par le vétéran Sonny Chiba), le réalisateur saisit les tranches de vie furtives des soldats pour mieux ancrer son film dans un contexte réaliste : anecdotes, plaisanteries, petits tracas quotidiens. Mais il donne aussi un coup d’avance aux spectateurs en suggérant très tôt l’étrangeté, notamment à travers l’éclat lumineux anormal des phares ou des lampadaires. Puis l’insolite prend une tournure plus manifeste : la planète Venus semble avoir changé de place dans le ciel, toutes les montres s’arrêtent en même temps… Avant que nos militaires n’aient le temps de comprendre ce qui se passe, l’écran se gorge d’images déroutantes. Des nuées de mouettes saturent le ciel, des chevaux galopent au ralenti, un soleil immense se surimpressionne à l’horizon, les soldats s’immergent dans une lumière solarisante, les nuages défilent en accéléré, une pluie d’étincelles tombe sur un bateau menacé par de hautes vagues… C’est donc à travers un prisme poétique, déconnecté soudain de toute réalité, que Les Guerriers de l’apocalypse aborde le phénomène paranormal qui propulse sans explications ses protagonistes en pleine époque féodale, 400 ans dans le passé.

Et voilà nos militaires du vingtième siècle plongés au sein d’un conflit médiéval opposant deux hordes de samouraïs belliqueux. Le lieutenant Iba finit par sympathiser avec un chef de guerre exubérant, Nagao Kagetora (Isao Natsuyagi), et décide donc de prendre fait et cause pour lui et son armée, au service d’un puissant seigneur nommé Koizumi. Entre les peuplades féodales et les soldats venus du futur, des liens complexes se nouent (l’amitié, la rivalité, l’amour, la trahison) et les vrais visages finissent par se révéler. Certains abusent de la situation, pillant et violant sans vergogne. D’autres cherchent à agir avec sagesse et clairvoyance. Bientôt se pose en substance la question de l’altération du cours de l’histoire. Peut-on décemment surgir au cœur d’une guerre du 16ème siècle avec des mitrailleuses, des blindés, un tank et un hélicoptère ? L’inévitable inquiétude liée aux conséquences inattendues d’une telle intervention alimente régulièrement les dialogues, mais le scénario refuse de traiter frontalement le sujet. Nous ne saurons donc jamais à quel point le fameux « continuum espace-temps » cher au docteur Brown de Retour vers le futur a été bouleversé.

Prisonniers du temps

Les Guerriers de l’apocalypse se donne les moyens de ses ambitions, sollicitant une très importante figuration en costumes d’époques, des chevaux, de la pyrotechnie à grande échelle, des cascades vertigineuses… Pour l’arsenal, les producteurs espéraient le soutien des Forces de Défense japonaises, mais ces dernières refusèrent de s’impliquer en apprenant que certains personnages, dans le scénario, ambitionnaient de déserter pour retrouver la vie civile ! Exit donc l’aide de l’armée. D’où l’emploi de véhicules et d’armes d’occasion et même la construction d’un char de A à Z. L’affrontement entre samouraïs et militaires modernes a quelque chose de délicieusement surréaliste, ponctué de morceaux d’anthologie comme l’attaque des archers cachés sous l’eau, le pugilat contre les guerriers camouflés dans les buissons, les combattants qui s’accrochent à l’hélicoptère au cœur d’une grande échauffourée ou encore cette titanesque bataille finale qui laisse imaginer sans mal les complexités logistiques liées à sa mise en scène. Le film démontre non sans ironie que malgré leur force de frappe et le pouvoir de destruction de leurs armes modernes, les soldats de 1979 ne font pas le poids face à l’art de la guerre médiéval. Parfois déstabilisants, les effets de style de Kosei Saito alternent la violence radicale (décapitation, égorgement, corps transpercés de flèches, éclaboussures sanglantes), les montages parallèles poétiques (la jeune femme du 20ème siècle qui attend en vain l’un des soldats sur le quai d’une gare) et la surabondance de chansons kitsch anachroniques ponctuant la majorité des séquences. Tous ces éléments disparates semblent chacun appartenir à un film différent. Les Guerriers de l’apocalypse reste mémorable pour son audace et son ampleur. Un remake sera réalisé en 2005 sous le titre Samurai Commando : Mission 1549.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

THE GREEN INFERNO (2013)

Des jeunes activistes s’aventurent dans une jungle d’Amérique du Sud pour sauver une peuplade en péril… et finissent au menu d’une tribu cannibale !

THE GREEN INFERNO

 

2013 – USA

 

Réalisé par Eli Roth

 

Avec Lorenza Izzo, Ariel Levy, Daryl Sabara, Kirby Bliss Blanton, Magda Apanowicz, Sky Ferreira, Nicolas Martinez, Aaron Burns, Ignacia Allamand, Ramon Llao

 

THEMA CANNIBALES

Eli Roth positionne The Green Inferno comme l’ultime volet d’une trilogie « tribale » dont les deux autres opus seraient Cabin Fever et Hostel. Les trois films adoptent en effet une mécanique narrative commune : un groupe de jeunes (plus ou moins écervelés et antipathiques) quitte sa zone de confort pour s’aventurer sur un territoire totalement étranger et se retrouve plongé dans un cauchemar horrifique primaire – déclinaison gore de l’expression « choc des cultures » en quelque sorte. Le concept est intéressant mais il fixe aussi les limites du cinéma d’Eli Roth. En s’intéressant à des protagonistes ne suscitant guère d’empathie et auxquels il s’amuse à réserver un sort funeste, le réalisateur se contente souvent d’exercices de style distrayants aux enjeux dramatiques très limités. D’autant que notre homme a des difficultés à sortir de l’ombre de ses aînés, laissant l’influence de Sam Raimi (Cabin Fever), Takashi Miike (Hostel) ou Ruggero Deodato (The Green Inferno) contaminer ses films. Les hommages semblent sincères, certes, mais ne laissent guère affleurer la véritable personnalité d’un cinéaste se bornant trop souvent à jouer les « sales gosses » provocateurs.

L’entame de The Green Inferno parvient pourtant à nous captiver. Roth porte en effet un regard ambigu – et donc intéressant – sur un petit groupe d’activistes qui manifestent sur le campus de l’université Columbia de New York. Leur objectif : empêcher une entreprise pétrochimique de défricher une forêt d’Amérique du Sud et de déloger des tribus indigènes. C’est le charismatique Alejandro (Ariel Levy) qui mène ce combat d’une poigne de fer. En voyant ces manifestants de sa fenêtre, l’étudiante Justine (Lorenza Izzo), fille d’un éminent avocat travaillant pour les Nations Unies, est prise d’un sentiment de culpabilité. Pourquoi n’irait-elle pas les rejoindre, pour laisser une trace et donner un but à sa vie ? Il faut dire qu’elle n’est pas tout à fait insensible au charme ténébreux d’Alejandro. Justine se joint donc au groupe malgré quelques frictions et tous s’embarquent pour le Pérou. Mais rien ne va se passer comme prévu et la mission humanitaire va basculer dans le cauchemar…

Les dents de la jungle

Le film prend son temps pour révéler ses penchants horrifiques, laissant d’abord les spectateurs se familiariser – à défaut de s’y attacher – avec sa petite troupe de militants dont les motivations finissent par semer le doute. Sont-ils vraiment mus par un élan solidaire et une prise de conscience altruiste, ou ne vibrent-ils pas plutôt à l’idée de briller sur les réseaux sociaux avant de partir s’indigner pour une autre cause susceptible elle aussi de faire grand bruit ? Cette vision acerbe de l’activisme opportuniste est sans doute l’aspect le plus réjouissant du film, d’autant que la petite troupe devient à mi-parcours la victime de ceux qu’elle était censée protéger, autrement dit une tribu primitive aux forts penchants anthropophages. L’ironie du sort prend ici une tournure saignante. Gratinés et très réussis, les passages gore conçus par l’atelier KNB rendent bien sûr hommage aux « classiques » du genre (Cannibal Holocaust et Cannibal Ferox en tête) et s’assortissent de séquences de suspense haletantes. Mais le « méchant » qui tombe le masque en cours d’intrigue est trop caricatural pour convaincre, l’aspect « film d’aventure » voulu par Eli Roth (la fuite dans la jungle, le torrent déchaîné) n’a pas du tout l’ampleur souhaitée (même si la bande originale de Manuel Riveiro prend un caractère épique) et surtout le film ne raconte finalement pas grand-chose. Passée la salve « anti-twitteurs » du premier acte, l’intrigue se traîne maladroitement jusqu’à un dénouement bizarre où le comportement du dernier protagoniste se révèle parfaitement incompréhensible. Le bilan de The Green Inferno reste donc très mitigé. Eli Roth dirigera ensuite Lorenza Izzo (son épouse d’alors) dans le sulfureux Knock Knock.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

LA CITÉ DES ANGES (1998)

Nicolas Cage et Meg Ryan tiennent la vedette de ce remake hollywoodien des Ailes du désir de Wim Wenders…

CITY OF ANGELS

 

1998 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Brad Siberling

 

Avec Nicolas Cage, Meg Ryan, Dennis Franz, Andre Braugher, Colm Feore, Robin Bartlett, Joanna Merlin, Sarah Dampf

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Le concept des Ailes du désir était tellement fort qu’il aurait sans doute mérité une mise en forme moins ampoulée que celle adoptée par Wim Wenders. Un grand film restait manifestement à faire sur les anges déchus par amour. Toujours prompts à recycler les bonnes idées quand elles peuvent attirer les spectateurs en salle, les producteurs hollywoodiens se sont donc lancés dans un remake ouvertement conçu pour séduire le public le plus large. Afin de respecter ce cahier des charges, la scénariste Dana Stevens (Blink) a opté pour une approche moins cérébrale et plus sensitive que celle du film initial, même si la mécanique du récit demeure très similaire. S’évadant quelque peu des films d’action dans lesquels il était alors cantonné suite à son succès dans The Rock, Les Ailes de l’enfer et Volte/face, Nicolas Cage interprète Seth, un ange des temps modernes que la vie sur Terre tente de plus en plus. Il prend donc la relève de Bruno Ganz, qui incarnait l’ange Damiel dans Les Ailes du désir.

Drapé d’un long manteau noir comme tous ses collègues, Seth observe les humains et accompagne les trépassés vers leur destination finale. En rôdant dans un hôpital pour recueillir l’âme d’un opéré du cœur, Seth tombe amoureux d’une chirurgienne de renom, Maggie, à qui Meg Ryan prête ses jolis traits, sans se départir ainsi du rôle de gentille héroïne de comédie romantique qui lui colle à la peau depuis toujours. Pour entrer en contact avec elle, Seth se matérialise. Maggie peut désormais le voir et l’entendre, et elle est immédiatement séduite. Mais peu à peu, l’aura mystérieuse qui entoure cet homme, sa mélancolie et son détachement troublent quelque peu la jeune femme. Lorsqu’elle comprend enfin qu’elle a affaire à un ange, elle s’effraie, refuse d’y croire et décide de ne plus jamais revoir Seth. Ce dernier décide alors de faire le grand saut. Par amour pour Maggie, il renonce à ses privilèges angéliques, à son immortalité, à son invulnérabilité, et il se jette du haut d’un immeuble. Lorsqu’il atterrit, meurtri et ensanglanté, il s’est mué en simple humain, et part dès lors à la reconquête de Maggie…

Tombé du ciel

Nicolas Cage et Meg Ryan trouvent ici des rôles taillés sur mesure, le regard de chien battu de l’un et la frimousse gracieuse de l’autre s’accordant merveilleusement à l’écran. À leurs côtés, Dennis Franz, héros de la série NYPD Blues, prend le relais de Peter Falk et nous livre les séquences les plus drôles et les plus attendrissantes du film. Pour faire écho à la poésie inhérente au film de Wim Wenders, Brad Silberling collectionne dans La Cité des anges les moments de pur lyrisme, notamment les séquences de rassemblement des anges sur la plage, au soleil levant, leur noire silhouette se nimbant progressivement d’une lueur dorée du plus bel effet. Ces passages fort inspirés surprennent agréablement de la part d’un réalisateur dont le seul titre de gloire sur grand écran, jusqu’alors, était le très anecdotique Casper. Hélas, toutes ces belles intentions et cette conjonction de talents finissent par se noyer dans une intrigue qui emprunte sans finesse tous les lieux communs du mélodrame amoureux larmoyant. Le postulat fantastique s’efface ainsi progressivement derrière les clichés de la romance contrariée. Ce parti pris regrettable s’achemine vers un dénouement abrupt et grotesque, conçu manifestement pour activer les glandes lacrymales des spectateurs et pour émouvoir artificiellement le tout-venant. Dommage que La Cité des anges n’ait pas placé ses ambitions plus haut.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

BIONIC BOY (1977)

Un garçon de dix ans se fait greffer des membres bioniques et se prend pour une version karatéka de L’Homme qui valait trois milliards

THE BIONIC BOY

 

1977 – PHILIPPINES / HONG-KONG

 

Réalisé par Leody M. Diaz

 

Avec Johnson Yap, Joe Sison, Chito Guerrero, Danny Rojo, David McCoy, Ron Rogers, Ronny Diaz, Subas Herrero, Clem Persons, Omar Camar

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I SUPER-HÉROS

Un film aussi invraisemblable que Bionic Boy permet de mesurer l’impact qu’a pu avoir la série L’Homme qui valait trois milliards à travers la planète. Son réalisateur, Leody M. Diaz, est un vétéran philippin du cinéma d’action, avec alors à son actif une quarantaine de longs-métrages. Lorsque le producteur Bobby A. Suarez l’embarque dans Bionic Boy, c’est à la fois pour surfer sur le succès des exploits télévisés de Steve Austin et pour pouvoir mettre en scène Johnson Yap, un virtuose singapourien du Taekwondo à peine âgé d’une dizaine d’années. Flairant chez lui le potentiel d’une future vedette, les initiateurs du film mettent en place une co-production entre Hong-Kong et les Philippines et s’appuient sur un scénario rocambolesque écrit par Romeo N. Galang. Le prologue du film s’efforce de vanter les nombreuses vertus physiques et morale de Sonny Lee, le jeune héros incarné par Johnson Yap. Venu à Manille pour remporter haut la main un championnat international d’arts martiaux, il est interviewé par une télévision locale et révèle sa nature de petit génie. Excellent dans toutes les matières, capable de résoudre en direct des problèmes complexes de géométrie ou de citer des compositeurs classiques, il rêve de devenir policier. « Je veux protéger les innocents contre les méchants, arrêter les criminels et les envoyer à leur place : derrière des barreaux. » Un brave petit gars, quoi.

C’est alors que nous découvrons le grand méchant de l’histoire : Franck, un chef de gang habillé comme John Travolta dans La Fièvre du samedi soir dont le rêve est de contrôler tous les trafics de la zone asiatique. Or Johnson Lee, le père du petit Sonny, déjoue l’un de leurs plans – tuer le riche industriel Ramirez – et devient donc l’homme à abattre. Pour parvenir à ses fins, Franck n’y va pas par quatre chemins. Ses hommes tendent une embuscade à Lee et écrabouillent sa voiture avec un bulldozer. L’agent et son épouse ne survivent pas, et Sonny s’en sort grièvement blessé. Ramirez est prêt à dépenser des fortunes pour prodiguer les meilleurs soins à cet enfant entre la vie et la mort. Des pionniers de la science bionique s’associent alors pour mener une expérience d’avant-garde. Leur but : remplacer tous les membres blessés de Sonny par des contreparties artificielles extrêmement performantes. Et voilà notre héros transformé en cyborg karatéka !

Super Sonny

Version miniature et asiatique de L’Homme qui valait trois milliards, notre « garçon bionique » calque ses pouvoirs sur son aîné. Il court donc au ralenti, saute très haut, voit et entend très loin. Il peut soulever une camionnette, briser un bazooka à mains nues, arracher un mirador ou défoncer un mur, toujours accompagné par un bruitage synthétique gentiment ridicule qui a vocation de souligner chacun de ses exploits. Bardée des tics inhérents au cinéma d’exploitation des années 70, la mise en scène abuse des coups de zoom intempestifs, des fusillades aux ralenti, des cascadeurs qui sautent en hurlant tandis que leur torse est bardé d’impacts de balle sanglants, et bien sûr des mannequins qui prennent le relais pour chuter dans le vide. Sans oublier les gros plans des méchants qui ricanent longuement et bruyamment. De jolies maquettes permettent de visualiser les déflagrations diverses qui ponctuent le métrage (un avion, une plateforme pétrolière, une usine, un hélicoptère) aux accents d’une bande originale funky héritée des films de Blaxploitation. Bionic Boy se laisse aussi inspirer par la saga James Bond, avec son commando d’hommes-grenouilles et sa bataille finale explosive dans le repaire du vilain. Connu également en France sous le titre Le petit roi du kung-fu, Bionic Boy s’achève sur une note étrangement amère. Une suite lui sera donnée en 1979 : l’impayable Dynamite Johnson.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LE CADEAU DU DIABLE (1974)

Une variante allemande sur le thème de la possession diabolique qui ajoute à l’influence de L’Exorciste une bonne dose d’érotisme…

MAGDALENA, VOM TEUFEL BESESSEN

 

1974 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Walter Boos

 

Avec Dagmar Hedrich, Werner Bruhns, Michael Hinz, Peter Martin Urtel, Rudolf Schündler, Karl Walter Diess, Günter Clemens

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Si les cinéastes italiens et américains s’engouffrèrent sans hésiter dans la brèche ouverte par L’Exorciste pour proposer illico leurs imitations à petit budget, l’Allemagne ne fut pas en reste avec ce Cadeau du diable fleurant bon le film d’exploitation des années 70. Tout commence dans une atmosphère à la « Jack l’éventreur ». En rentrant chez elle après une journée bien remplie, une prostituée arpente des ruelles nocturnes peu engageantes, se fait accoster par quelque poivrot de circonstance, puis fait une macabre découverte sur le seuil de son immeuble : un vieil homme a été assassiné et crucifié sur sa porte. La seule famille que l’on connaisse à l’infortuné macchabée est Magdalena, une orpheline fraîche et pimpante qui festoie innocemment dans le pensionnat où elle réside en compagnie de ses sympathiques camarades (dont un couple de lesbiennes se tripotant allègrement sous les jupons afin que le spectateur saisisse assez tôt le ton du film). La jeune fille ignore encore tout du drame, mais lorsque le cadavre de son grand-père est soudain pris d’un violent soubresaut à la morgue, le bourdonnement d’une mouche retentit dans le pensionnat et Magdalena est en proie à un accès de démence violente.

Dès lors, la pauvre vierge (oui car la belle n’a pas encore connu le loup) subit régulièrement des crises spectaculaires qui semblent étrangement familières à tous ceux qui ont déjà vu L’Exorciste : soudain dotée d’une force surhumaine, elle hurle dans des langues étrangères, gesticule dans tous les sens, déplace les meubles à distance, vomit des injures blasphématoires (dont le fameux « sale baiseur de nonnes » adressé à un prêtre dans son église), tente d’étrangler son entourage… et surtout se déshabille intégralement, exhibant le plus souvent possible son arrogante nudité à des spectateurs ébahis qui n’en demandaient pas tant. À l’horreur viscérale de William Friedkin, Walter Boos oppose donc un érotisme agressif, partant d’un postulat pour le moins trivial : une fille nue coûte moins cher que des effets spéciaux et attire tout autant les foules. Effectivement, Dagmar Hedrich est pour le moins photogénique, et l’atout majeur du film est bien la mise en contradiction de son visage angélique avec son attitude lubrique. Mais de là à ce que le film passionne les foules…

La sexorcisée !

Du Cadeau du diable, on retiendra surtout ce final absolument aberrant : alors qu’elle est victime d’une nouvelle crise, prête à découper à coups de hache tous ceux qui lui barrent la route, le médecin l’hypnotise et la force à réciter une prière. Aussitôt, un serpent noir surgit hors de la bouche de Magdalena (sans trucage, beurk !), rampe au sol et disparaît, tandis que le bon docteur déclare solennellement « il y a des choses entre le Paradis et l’Enfer » et que la possédée, enfin redevenue normale, s’enfuit bras dessus bras dessous avec son petit ami dans la campagne ensoleillée, aux accents d’une ritournelle guillerette ! Les distributeurs français exploitèrent d’abord le film sous le titre Magdalena l’exorcisée puis sous une appellation plus (s)explicite – Magdalena la Sexorcisée – avant de revenir au plus sobre Le Cadeau du diable au moment de sa diffusion en cassette vidéo, titre sous lequel il est plus communément connu désormais chez nous (avec une jaquette VHS pillant allègrement un visuel emprunté à Suspiria !).

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

PINOCCHIO (2022)

Robert Zemeckis retrouve Tom Hanks pour un remake en chair et en os (et en images de synthèse) du classique de 1940…

PINOCCHIO

 

2022 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Tom Hanks, Cynthia Erivo, Giuseppe Battiston, Kyanne Lamaya, Luke Evans, et les voix de Benjamin Evan Ainsworth, Joseph Gordon-Levitt, Lorraine Bracco

 

THEMA JOUETS I CONTES

Disney n’en finissant plus de recycler ses vieilles recettes en proposant des versions avec acteurs réels de ses dessins animés classiques, il était évident que le Pinocchio de 1940 (chef d’œuvre atemporel signé Hamilton Luske et Ben Sharpsteen) serait tôt ou tard en ligne de mire. La démarche fut sans doute freinée par les nombreuses autres versions « live » tirées des écrits de Collodi, mais le projet finit par s’enclencher en 2015. Le premier réalisateur envisagé est Sam Mendes (American Beauty), qui cède finalement le pas à Paul King (Paddington). Ce dernier propose à Tom Hanks de tenir le rôle de Geppetto mais ne trouve pas suffisamment de terrain d’entente avec Disney et quitte à son tour la production. C’est Hanks qui déniche lui-même le remplaçant : Robert Zemeckis. Pinocchio marque ainsi leur quatrième collaboration après Forrest Gump, Seul au monde et Le Pôle Express. Et c’est sur un scénario co-écrit par Zemeckis et Chris Weitz (auteur notamment de Fourmiz, La Famille Foldingue, A la croisée des mondes, du Cendrillon de Kenneth Branagh et de Rogue One) que se met en branle cette énième relecture des aventures du plus célèbre des pantins de bois – qui n’aura pas droit à une sortie en salles mais à une diffusion directe sur Disney +.

Au début, nous sommes circonspects. Tous ces personnages en image de synthèse qui s’agitent à l’écran (Jiminy Cricket, le chat Figaro, le poisson Chloé, la mouette Sofia) ne possèdent ni le charme, ni la finesse des créatures des films Pixar dont ils semblent pourtant directement s’inspirer. Puis apparaît ce bon vieux Geppetto, dans la peau duquel Tom Hanks entre miraculeusement. Touchant dès son entrée en scène, le marionnettiste murmure un poème à l’attention de son défunt fils tout en sculptant un pantin en bois conçu à son effigie. C’est un petit moment de grâce dont le reste du film sera hélas souvent dénué. Il nous semble d’abord que l’un des partis-pris consiste à remplacer les sempiternelles chansons par des dialogues en rimes, une idée atypique et poétique. Mais lorsque survient la Fée Bleue, il faut se faire une raison : Pinocchio sera une comédie musicale. Le rôle de la bonne fée échoit d’ailleurs à Cynthia Erivo, qui fut saluée à Broadway pour sa performance dans la version musicale de La Couleur pourpre. Le sentiment mitigé qui nous étreint alors perdurera tout au long de ce long-métrage bancal n’échappant jamais aux conventions attendues malgré quelques trop rares pointes d’audace.

Clins d’œil et citations

Sans cesse partagé entre son envie de respecter son modèle et celle de donner des coups de coude complices aux jeunes (télé)spectateurs, Pinocchio multiplie les clins d’œil balourds, notamment à l’univers Disney/Pixar dans l’échoppe de Gepetto dont les innombrables coucous s’agrémentent de jouets à l’effigie du Woody de Toy Story, de la Reine maléfique de La Belle au bois dormant, de la chouette de Merlin l’enchanteur, de Blanche Neige et des sept nains, de Dumbo, de Donald Duck et même de de Jessica et Roger Rabbit (le temps d’une auto-citation du cinéaste). Ce jeu des allusions postmodernes (et bien d’autres comme l’évocation du nom de l’acteur Chris Pine) semble incongru dans le contexte du film. L’impertinence affirmée n’est en réalité qu’un calcul savant destiné aux fans. D’ailleurs, lorsqu’il a la possibilité d’être vraiment audacieux, le film joue au contraire la carte de la prudence. La scène de la transformation des enfants en ânes, par exemple, particulièrement horrifique dans le dessin animé original, aurait mérité un traitement digne des métamorphoses de Hurlements ou Le Loup-garou de Londres pour retrouver la saveur cauchemardesque du film de 1940. Mais l’approche choisie est cartoonesque, lisse et sans aspérité. Restent quelques créations réussies de la compagnie d’animation Moving Picture Company (un beau Pinocchio fidèle à son modèle dessiné, un titanesque Monstro hybride et très impressionnant), une bande originale riche en envolées symphoniques (Alan Silvestri donne souvent le meilleur de lui-même lorsqu’il est stimulé par la mise en scène de Zemeckis) et bien sûr la prestation de Tom Hanks. C’est déjà ça, même si le film n’entrera sans doute pas pour autant dans les mémoires. Hasard des calendriers, ce Pinocchio « live » aura précédé de quelques mois à peine la version en stop-motion réalisée par Guillermo del Toro et Mark Gustafson.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

L’EMPREINTE DE DRACULA (1973)

Victime d’une double malédiction, le fier Waldemar Daninsky, toujours incarné par Paul Naschy, se mue une nouvelle fois en lycanthrope…

EL RETORNO DE WALPURGIS

 

1973 – ESPAGNE

 

Réalisé par Carlos Aured

 

Avec Paul Naschy, Fabiola Falcon, Ana Farra, Maritza Olivarez, José Manuel Martín, Eduardo Calvo, Mariano Vidal Molina

 

THEMA LOUPS-GAROUS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Après avoir été réalisateur de deuxième équipe et assistant réalisateur sur une quinzaine de longs-métrages, y compris La Furie des vampires en 1971 où il jouait également un petit rôle non crédité, Carlos Aured est passé à la mise en scène à l’occasion du film d’horreur El Espanto de la tumba écrit et interprété par Paul Naschy. Les deux hommes enchaînent dans la foulée avec L’Empreinte de Dracula, sixième film consacré aux tourments du loup-garou Waldemar Daninksy. Contrairement à ce que laisse entendre son titre français parfaitement hors-sujet, le scénario de L’Empreinte de Dracula n’a rien à voir avec le comte buveur de sang imaginé par Bram Stoker. Les distributeurs hexagonaux nous avaient déjà fait le coup avec le premier opus de la saga, Les Vampires du docteur Dracula, qui avait au moins comme circonstance atténuante de mettre en scène un couple de vampires. Ce n’est même pas le cas ici. Nous serons donc tentés de préférer le titre original, El Retorno de Walpurgis, voire même celui choisi pour son exploitation sur le sol américain, Curse of the Devil, bien plus cohérent au regard du sujet du film. Une fois de plus, Paul Naschy fait fi de toute continuité en réinventant totalement les origines velues de son personnage fétiche, au fil d’un récit tarabiscoté enchaînant coup sur coup deux malédictions.

Tout commence par un duel entre deux chevaliers au beau milieu d’une campagne du XVIème siècle. L’un est un suppôt de Satan, l’autre un combattant du Bien répondant au nom d’Irineus Daninsky (interprété par Paul Naschy). Ce dernier tue et décapite son adversaire. Choquée, l’épouse du défunt, Elisabeth Bathory (Maria Silva), qui n’a rien à voir avec la fameuse « comtesse sanglante » malgré le nom dont l’affuble le scénario, organise aussitôt une messe noire express, au cours de laquelle elle sacrifie une jeune femme et boit son sang. Mais Daninsky et ses hommes surgissent, guidés par leur foi inébranlable, et exterminent les membres de la secte. Les sorcières sont pendues et Bathory est promise au bûcher. Avant de périr dans les flammes, elle jette une malédiction sur la descendance de Daninsky. Et nous voilà trois siècles plus tard. Dans les bois, le châtelain Waldemar Daninsky (Naschy toujours) chasse et tue un loup. Mais au milieu des fourrés, c’est le corps d’un jeune gitan qu’il trouve. Une sorcière Bohémienne (Elsa Zabala) mène alors une étrange cérémonie au cours de laquelle plusieurs filles nues s’accouplent à un homme caché sous une cagoule noire. L’une d’elles, Ilona (Ines Morales), est choisie pour « marquer Daninsky de la dent du démon ». Elle le séduit puis le blesse une nuit de pleine lune avec les crocs d’un crâne de loup. Dès lors, il est secoué par des cauchemars récurrents et se transforme en loup-garou…

Le tombeur de ces dames

Soucieux d’entretenir sa réputation de séducteur ténébreux auquel aucune femme ne résiste, Naschy met dans le lit de son personnage toutes les jolies actrices sollicitées par le film, notamment les sœurs Wilowa (Fabiola Falcon et Maritza Olivares) fraîchement débarquées de Budapest avec leur père ingénieur. La première lui fait les yeux doux et l’épouse. La seconde lui saute quasiment dessus (« Je suis entrée ici vierge, je ne repartirai pas comme je suis venue » lui dit-elle avant de se livrer à un strip-tease intégral). L’intrigue ajoute à ses péripéties déjà chaotiques un tueur psychopathe armé d’une hache. Le film vaut surtout pour les exactions du lycanthrope – toujours impressionnant sous son maquillage bestial – qui se livre même à un saut de l’ange de toute beauté du haut d’une rambarde ! Cédant parfois à des excès gore dignes d’un Lucio Fulci (gros plans de visages ensanglantés, massacre à coup de faux et de fourche, cadavre en décomposition), L’Empreinte de Dracula nous offre aussi une audacieuse séquence de transformation au cours de laquelle Daninsky se mue en bête pendant qu’il fait l’amour à une femme, la malheureuse passant violemment de vie à trépas. Quant au plan final du film, il se révèle savoureusement ironique.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

HARDCORE HENRY (2015)

Un film concept dans lequel les exploits musclés d’un homme transformé en cyborg sont filmés entièrement de son point de vue…

HARDCORE HENRY

 

2015 – USA / RUSSIE

 

Réalisé par Ilya Naishuller

 

Avec Andrey Dementyev, Sharlto Copley, Danila Kozlovski, Haley Bennett, Tim Roth, Svetlana Oustinova, Dasha Charusha, Oleg Poddubniy, Ilia Naïchouller

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I ROBOTS

Leader du groupe de rock indépendant russe Biting Elbows, Ilya Naishuller réalise pour les besoins de son « band » deux clips très remarqués, « The Stampede » et « Bad Motherfucker ». Tous deux sont conçus selon le même principe : ce sont des petits récits d’action filmés en caméra subjective du point de vue du héros, comme les jeux vidéo de tir à la première personne. Lorsqu’il découvre ces clips, le cinéaste Timur Bekmambetov (Night Watch, Wanted, Abraham Lincoln chasseur de vampires) tombe sous le charme et décide de produire un long-métrage qui reposerait sur le même concept visuel. Financé en partie par l’entremise d’une campagne de crowdfunding, Hardcore Henry est donc le premier long-métrage d’Ilya Naishuller. Et c’est un sacré baptême du feu, quand on tient compte du nombre de challenges techniques que représente sa mise en chantier. Bourré de cascades impensables, d’effets pyrotechniques démesurés et de trucages numériques audacieux, le film est intégralement tourné à l’aide d’une caméra Go-Pro embarquée sur une dizaine d’opérateurs se passant le relais pour incarner le Henry du titre, parmi lesquels le réalisateur lui-même, le cascadeur/caméraman Sergey Valyaev et le comédien Andrei Dementiev (ces deux derniers ayant été fort malmenés pendant les prises de vues, avec quelques blessures à la clé).

Amnésique et gravement blessé, Henry est mourant mais son épouse Estelle (Haley Bennett) le ramène à la vie. Qui est-il ? D’où vient-il ? Où est-il ? Il nous faudra un peu de temps pour recoller les morceaux, tout comme le personnage principal dans la peau duquel nous sommes plongés dès les premières secondes du film. Estelle « répare » son époux à l’aide de membres cybernétiques qui le transforment en émule de L’Homme qui valait trois milliards. Employée par Akan (Danila Kozlovski), un dangereux mégalomane aux pouvoirs télékinétiques à la tête d’une armée de mercenaires, Estelle est kidnappée par ce dernier. Livré à lui-même, Henry doit donc lutter dans les rues de Moscou contre une horde de sbires lancés à ses trousses et tenter de retrouver sa bien-aimée. Alors que tout semble perdu, il est secouru par Jimmy (Sharlto Copley), un individu bavard et bizarre qui semble posséder la capacité de ressusciter et de se multiplier à loisir…

Frénésie en caméra subjective

Certes, Hardcore Henry n’est pas le premier film à jouer le jeu de la caméra subjective (citons notamment La Dame du lac de Robert Montgomery, La Femme défendue de Philippe Harel ou encore le Maniac de Frank Khalfoun), mais aucun jusqu’alors n’avait décliné cette technique de prise de vue sur un tempo aussi frénétique et vitaminé. Ébouriffant, bourré de morceaux de bravoure, riche en poursuites effrénées, en fusillades ultra-gores et en séquences de voltige vertigineuses, Hardcore Henry nous en met sans cesse plein la vue sans nous laisser le temps de souffler. Mais tout ce déploiement d’énergie se met hélas au service d’un scénario vide de sens. Sans enjeu dramatique digne de ce nom et sans possibilité d’identification au personnage principal, le film peine à sortir du registre du simple exercice de style. Les touches d’humour apportées par Sharlto Coplay sont poussives (avec même une séquence en comédie musicale !), le méchant incarné par Danila Kozlovski cabotine sans la moindre crédibilité (et sans que nous ne comprenions d’où lui viennent ses pouvoirs paranormaux), bref la profondeur du film se révèle inversement proportionnelle à la performance technique et à la virtuosité de sa mise en scène. En fin de compte, Hardcore Henry possède les qualités et les défauts de la majorité des longs-métrages de Timur Bekmambetov, preuve que l’influence artistique du producteur sur le résultat final fut sans doute déterminante.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

DANCE OF THE DEAD (2008)

Le bal de fin d’année d’un lycée américain tourne au massacre lorsque les morts d’un cimetière voisin se mettent à ressusciter…

DANCE OF THE DEAD

 

2008 – USA

 

Réalisé par Gregg Bishop

 

Avec Jared Kusnitz, Greyson Chadwick, Chandler Darby, Carissa Capobianco, Randy McDowell, Michael V. Mammoliti, Mark Lynch

 

THEMA ZOMBIES

C’est en 1998, avant que les films de zombie ne reviennent en force sous l’impulsion de 28 jours plus tard, L’Armée des morts et Shaun of the Dead, que Joe Ballarini écrit le scénario de Dance of the Dead. Avec seulement à son actif une poignée de courts-métrages, Ballarini centre son récit autour de la survivante d’un massacre perpétré par un professeur psychopathe qui, quelques années plus tard, fait face à une invasion de zombies dans son lycée. Emballé par le scénario, le réalisateur Gregg Bishop, signataire jusqu’alors d’un seul long-métrage, le thriller surnaturel The Other Side, se lance dans les préparatifs du film. Mais quelques semaines avant que le tournage ne commence, l’actrice principale se désiste. Au cours d’une session de casting précipitée, les deux hommes cherchent désespérément une remplaçante, en vain. Ballarini et Bishop décident alors de supprimer purement et simplement le personnage central de l’histoire, de réécrire le scénario et de resserrer les enjeux. Ce travail de peaufinage se fait dans l’urgence, mais il s’avère bénéfique. En réaménageant le script, tous deux constatent en effet que plusieurs incohérences ont disparu et que la tonalité générale a été améliorée. Les voilà enfin prêts à tourner, accompagnés d’une équipe de jeunes comédiens enthousiastes.

Nous sommes dans un lycée de Géorgie où se prépare le traditionnel bal de promo, comme dans tous les établissements américains à la même période de l’année. Les lycéens ont loué leurs smokings ou acheté leurs robes de soirée, la fête se prépare dans l’allégresse. Mais non loin, dans un cimetière situé à côté d’une centrale électrique, les cadavres se mettent brusquement à ressusciter. Les zombies envahissent bientôt le lycée et sèment le panique, affamés de chair humaine. Seuls les geeks, les nerds, les laissés pour compte et les exclus n’ayant pas trouvé de cavalier ou de cavalière pour le bal semblent être en mesure de sauver la situation, armés de battes de base-ball, d’outils de jardinage, de guitares et d’armes hétéroclites. La résistance s’organise bientôt autour de Jimmy (Jared Kusnitz), Lindsey (Greyson Chadwick), Steven (Chandler Darby) et Kyle (Justin Welborn)…

La musique adoucit les morts

S’il n’offre rien de révolutionnaire sur le thème maintes fois décliné de l’invasion zombie, Dance of the Dead assume très tôt ses modestes ambitions et s’y tient avec un enthousiasme communicatif. Un parfum « eighties » plane sans cesse sur le métrage, traînant dans son sillage tous les clichés inhérents aux films de lycéens de l’époque. Il n’est pas non plus interdit d’entrevoir à travers cette glorification des parias un clin d’œil à Breakfast Club. Une galerie cocasse de personnages tous plus excentriques les uns que les autres s’anime à l’écran, du club des fans de science-fiction aux cheerleaders en passant par le groupe de rock ou encore ce professeur de sport ancien militaire qui jubile à l’idée de pouvoir exhiber son arsenal et tirer dans le tas. Axé principalement sur la comédie sans s’interdire pour autant quelques passages gore, Dance of the Dead développe une idée singulière qui lui permet de varier les plaisirs : les zombies sont mélomanes et se laissent bercer dès qu’ils entendent une mélodie, une chanson ou quelques accords. La musique adoucit les morts, en quelque sorte ! Totalement séduits par ce film, Robert Tapert et Sam Raimi décident de le distribuer à travers le label Ghosthouse Underground, en partenariat avec Lionsgate, lui offrant un accès au public le plus large.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article