VENOM : LET THERE BE CARNAGE (2021)

Réalisé par Andy Serkis, ce second Venom a une vertu indiscutable : faire ressembler le film précédent à un chef d’œuvre !

VENOM : LET THERE BE CARNAGE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Andy Serkis

 

Avec Tom Hardy, Woody Harrelson, Michelle Williams, Naomie Harris, Stephen Graham, Reid Scott

 

THEMA SUPER-VILAINS I SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Le post-générique de Venom nous avait prévenus : le super-vilain du second opus sera le célèbre Carnage, un monstre écarlate créé à l’origine par le scénariste David Michelinie et le dessinateur Mark Bagley. En réalité, le réalisateur Ruben Fleischer envisage d’offrir à cet opposant un rôle plus important dans le premier film, avant de le reléguer finalement à un clin d’œil final en forme de bande-annonce. Le choix de Woody Harrelson pour l’incarner procède d’une double logique : Fleischer l’a fortement apprécié dans Tueurs nés d’Oliver Stone et l’a lui-même dirigé dans Bienvenue à Zombieland. Mais un conflit d’agenda empêche finalement Fleischer de réaliser le second Venom, puisqu’il est alors accaparé par la suite de Zombieland. Le studio Sony se tourne donc vers Andy Serkis, comédien popularisé par les créatures qu’il a incarnées via la technique de la motion capture (Gollum, King Kong, le singe César, Snoke) devenu réalisateur à l’occasion de Breathe et Mowgli: la légende de la jungle. Sans doute son expertise dans le domaine de la performance de créatures en images de synthèse a-t-elle joué dans ce choix. Mais ce n’est clairement pas Venom : Let There Be Carnage qui permettra d’apprécier ses talents de metteur en scène.

Sous prétexte de persister dans l’approche comique qui avait tant séduit le public du premier film, ce second Venom ne se réfrène plus dans l’’accumulation de séquences absurdes ou grotesques, quitte à en faire son moteur principal. Nous assistons donc médusés à une série de situations autant embarrassantes qu’improbables : Venom qui prépare un petit déjeuner, Venom qui regarde un soap opéra, Venom à la plage, Venom en boîte de nuit… Sans compter ces interminables disputes de vieux couples entre Eddie Brock et le symbiote qui se répètent inlassablement, dont l’une dans les toilettes d’un commissariat prévue sans doute pour provoquer l’hilarité. Tom Hardy a l’air de bien s’amuser, dans un registre éloigné de ses rôles habituels, comme s’il cherchait à conquérir le jeune public. Woody Harrelson, de son côté, semble totalement perdu dans le rôle du psychopathe Cletus Kasady qu’il joue en parfaite roue libre. Naomie Harris (la Monneypenny des James Bond période Daniel Craig) se retrouve dans la peau d’une super-vilaine qui ne sert strictement à rien (et qu’on pourrait retirer du scénario sans aucune incidence sur le cours des évènements). Quant à Michelle Williams et Reid Scott, ils se contentent de jouer les faire-valoir comiques.

 

Un carnage, c’est le cas de le dire…

Certes, Carnage est une impressionnante créature dont la morphologie changeante se conforme fidèlement aux dessins originaux de Mark Bagley. Mais le personnage n’a rien à défendre, se contentant donc de hurler et de se déployer en tous sens pour casser tout ce qui se trouve dans son champ de vision, au sein d’une titanesque orgie numérique qui devient rapidement indigeste. D’où un combat final brouillon et désordonné principalement conçu pour fournir à la bande-annonce de beaux plans iconiques. Le monstre rouge crie même « Let There Be Carnage » face à la caméra, ce qui peut toujours servir. Finalement, Andy Serkis n’aura pas apporté plus de personnalité à ce film que Ruben Fleischer au précédent. À vrai dire n’importe qui aurait sans doute pu réaliser ce second Venom, partagé entre des scènes d’action qui ressemblent à des animatiques 3D (sans point de vue, sans enjeu dramatique, sans choix de mise en scène) et des scènes de dialogue apparemment improvisées au fur et à mesure. Dans tout ce fatras, on note un petit vent de fraîcheur trop furtif : une courte séquence en animation qui raconte l’enfance tourmentée de Cletus. Calquant ses ambitions sur celles du Marvel Cinematic Universe, Venom : Let There Be Carnage multiplie les effets d’annonce pour bien nous faire comprendre que l’anti-héros à la langue pendante s’apprête à devenir un super-héros à part entière sous le nom de Lethal Protector. Quant à la scène post générique, elle s’ouvre vers un crossover qui serait prometteur si le film de Serkis n’était pas aussi incohérent.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

RETRO PUPPET MASTER (1999)

Comme son titre l’indique, ce septième opus de la saga Puppet Master nous offre un flash-back révélant les origines des célèbres poupées tueuses…

RETRO PUPPET MASTER

 

1999 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Greg Sestero, Brigitta Dau, Stephen Blackehart, Jack Donner, Guy Rolfe, Robert Radoveanu, Vitale Bantas, Sando Teodor, George Calin

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Ne sachant plus trop par quel bout prendre sa saga fétiche Puppet Master pour continuer à l’exploiter le plus longtemps possible, le producteur Charles Band décide de jouer la carte de la prequel, quitte à bouleverser un peu les faits racontés dans les épisodes précédents. Retro Puppet Master commence donc en 1944 et offre au comédien Guy Rolfe une ultime occasion d’incarner ce bon vieil André Toulon, qu’il joua déjà trois fois par le passé. Caché avec ses poupées dans un bar abandonné près de la frontière suisse, il attend l’occasion de pouvoir prendre la fuite. C’est une première aberration chronologique, puisque Toulon est censé avoir passé l’arme à gauche en 1939 (selon le premier Puppet Master) ou en 1941 (si l’on se réfère à Puppet Master III). Dans un moment de nostalgie, le vieil homme raconte à ses poupées l’histoire du magicien Afzel (Jack Donner) qui, dans l’Egypte antique, vola le « secret de vie » à une entité toute puissante nommée Sutekh. S’agit-il du démon monstrueux du même nom qui apparaissait dans Puppet Master 4 et Puppet Master 5 ? Nous n’en aurons jamais la confirmation. Toujours est-il que Sutekh ramène trois momies à la vie et les charge de lui rapporter son bien. Les créatures en bandelettes sont affublées d’un maquillage très approximatif dû à un malentendu pendant le tournage. L’équipe des effets spéciaux croyait jusqu’au jour J que la scène des momies avait été supprimée du scénario et dut donc se procurer en quatrième vitesse des bandages en pharmacie ! Voilà qui donne une idée des conditions dans lesquelles fut tourné Retro Puppet Master.

Toulon poursuit son récit et nous transporte dans le Paris de 1902, où il prit connaissance du fameux secret lui permettant de donner vie à des jouets. Une fois de plus, les habitués de la franchise sont perplexes puisque cette information contredit Puppet Master 2, où nous apprenions que Toulon découvrait cette formule magique dans l’Egypte en 1912. Avec l’aide de quatre assistants, le jeune André dirige dans ce Paris de la Belle Epoque un théâtre de marionnettes qui remporte un grand succès. L’artiste a désormais les traits juvéniles de Greg Sestero, futur co-producteur et co-vedette du légendairement calamiteux The Room de Tommy Wiseau. Après une représentation, André tombe amoureux d’Ilsa (Brigitta Dau), la ravissante fille de l’ambassadeur de Suisse. Mais le soir de leur rencontre, un homme est agressé devant le théâtre. Il s’agit du sorcier Afzel, que les hommes de mains de Sutekh (désormais tout de noir vêtu, affublés de lunettes de soleil et de chapeaux mous) font assassiner. Avant de trépasser, le vieil homme enseigne à Toulon l’art de placer l’âme d’un homme mort dans une chose inanimée pour lui donner vie. Voici comment Toulon devient le maître des poupées.

Poupées primitives

Tourné en 12 jours en Roumanie avec le concours du producteur local Vlad Paunescu, Retro Puppet Master est plus ambitieux et plus abouti que Le Retour des Puppet Master qui accusait trop visiblement son cruel manque de moyens. Reconstitution d’époque soignée, décors et costumes du début du siècle, belle photographie, cet épisode voit les choses en grand. Deux gros changements sont à noter par rapport au reste de la saga : Richard Band n’est plus en charge de la musique (remplacé par John Massari qui cligne de l’œil vers Bernard Herrmann avec les moyens du bord) et les équipes des effets spéciaux ont totalement changé. Cette fois-ci, Christopher Bergschneider et Jeffrey S. Farley sont en charge des poupées. Ces dernières présentent d’ailleurs une particularité surprenante : ce ne sont pas celles que nous connaissons mais plutôt leurs ancêtres, sous des formes plus primitives. Six coups, Blade, Pinhead et Tunneler nous apparaissent donc dans des versions « rétro », assorties de deux compagnons que nous ne connaissions pas : un cyclope en uniforme et un médecin à tête de mort. Privées de stop-motion, ces poupées s’animent avec plus ou moins d’efficacité selon les plans, mais les fils qui servent à les manipuler sont souvent très visibles à l’écran, ruinant du même coup toute leur crédibilité. C’est d’autant plus dommage que leur look est intéressant, notamment ce cyclope visiblement conçu en hommage Ray Harryhausen. Retro Puppet master marque donc un petit bond qualitatif par rapport à l’épisode précédent, même si le dernier tiers du film s’avère bâclé, multipliant les rebondissements improbables et s’achevant sur un combat théâtral et risible.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

MOURIR PEUT ATTENDRE (2021)

Dernier tour de piste pour Daniel Craig qui incarne une ultime fois James Bond face à une menace terroriste à très grande échelle…

NO TIME TO DIE

 

2021 – GB / USA

 

Réalisé par Cary Joji Fukunaga

 

Avec Daniel Craig, Rami Malek, Léa Seydoux, Lashana Lynch, Ralph Fiennes, Christoph Waltz, Ben Whishaw, Naomie Harris, Jeffrey Wright, Ana de Armas

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA JAMES BOND

Mourir peut attendre aura été une épreuve de patience pour les amateurs de l’agent 007. La presse ne mit d’ailleurs pas longtemps à s’amuser de l’ironie contenue dans son titre (surtout en français). Six ans séparent en effet cet épisode du précédent. Il faut remonter à Goldeneye pour qu’un tel écart ait été creusé entre deux aventures de James Bond. À l’époque, ce sont des questions juridiques qui marquèrent une pause dans la saga. Dans le cas de Mourir peut attendre, il s’agit d’un enchaînement de circonstances imprévues. Le premier réalisateur pressenti, Danny Boyle, quitta le navire en 2018 et remit donc les compteurs à zéro. C’est dommage, car nous sommes curieux de savoir à quelle sauce le réalisateur de Trainspotting et Slumdog Millionaire aurait mangé le célèbre espion britannique. Deuxième contretemps fatidique : la crise sanitaire du Covid 19 qui paralysa le monde et donc Hollywood. Sans cesse repoussée, la sortie de ce Bond était attendue de pied ferme. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne laissera personne indifférent. Car le scénario co-écrit par Neal Purvis, Robert Wade, Cary Joji Fukunaga et Phoebe Waller-Bridge réserve son lot de grosses surprises, tout en s’efforçant de fermer toutes les portes ouvertes par Casino Royale et ses trois suites. Contrairement à l’habitude établie entre 1962 et 2002, consistant à bâtir chaque film comme une entité autonome ne se référant qu’avec parcimonie à ses prédécesseurs, l’arc narratif de la période Daniel Craig se sera attaché à déployer sa narration avec continuité et cohérence. D’où le retour de plusieurs personnages majeurs de la saga telle qu’elle fut redéfinie en 2006.

En début de film, James Bond jouit d’une retraite bien méritée. Bien sûr, ce n’est que l’accalmie avant la tempête. Il se voit en effet contraint de reprendre du service pour stopper les agissements d’un super-vilain ayant développé une arme de destruction massive conçue à partir d’une découverte génétique révolutionnaire. Mourir peut attendre (décidément le titre est bien choisi) est un James Bond qui prend son temps (près de trois heures de métrage) et s’attarde sur ses personnages et leurs états d’âme, quitte à désarçonner un peu les aficionados et à bousculer leurs habitudes. Pour autant, on sent ici une volonté de se réapproprier les codes jusqu’alors soigneusement écartés par l’ère Daniel Craig, comme pour cligner de l’œil vers les incarnations précédentes de l’agent 007. Les gadgets, les véhicules customisés, la science-fiction et même les mauvais jeux de mots accompagnant la mort des méchants sont donc de retour. Ce Bond avance ainsi en slalomant audacieusement entre la légèreté et la gravité. Signe des temps, le rapport de James avec les femmes a forcément évolué, sans pour autant édulcorer le magnétisme sexuel inhérent au personnage. Mieux : le scénario en joue en adjoignant à notre héros quatre excellentes Bond Girls : la mystérieuse Madeleine qui pourrait bien être l’élue de son cœur (Léa Seydoux), l’impétueuse Nomi qui profite de la retraite de l’agent 007 pour récupérer son matricule (Lashana Lynch), l’explosive Paloma qui nous gratifie d’une mémorable séquence cubaine (Ana de Armas, avec qui Craig s’était si bien entendu sur le tournage d’À couteaux tirés) et bien sûr l’indispensable Moneypenny (Naomie Harris).

Meurs un autre jour

Au titre des réserves, il faut bien avouer que le méchant campé par Rami Malek est décevant. L’ex-Freddy Mercury de Bohemian Rhapsody excelle pourtant dans le registre sirupeux et malsain, mais le scénario ne lui donne pas grand-chose d’intéressant à faire et ponctue même son comportement de choix bizarres. Les scènes d’action elles-mêmes sont inégales, Fukunaga alternant les combats difficilement lisibles ou au contraire un peu trop chorégraphiés avec quelques beaux morceaux de bravoure, notamment pendant un dernier acte volontairement déstabilisant. Le cœur d’un James Bond battant toujours au rythme de sa musique, il faut saluer le travail de Hans Zimmer dont les compositions mixent habilement le big-band jazzy, l’orchestre symphonique et les ostinatos électroniques, se fendant de plusieurs hommages directs à John Barry. On regrette bien sûr les audaces d’un David Arnold, mais aussi les vocalises puissantes auxquelles nous ont habitué les génériques d’ouvertures de la saga. Ici, c’est à peine si l’on entend le filet de la voix fluette de Billie Eillish, qui susurre son « No Time To die » du bout des lèvres. Mourir peut attendre est clairement un épisode de clôture, qui boucle définitivement l’arc en cinq actes amorcé avec Casino Royale et parvient même à faire vibrer la corde sensible en payant son tribut à Au Service secret de sa majesté. Ce n’est pas un hasard. Le film de Peter Hunt osait briser quelques règles pour humaniser son héros et en atténuer le caractère monolithique. Mourir peut attendre en fait autant, jouant sans cesse l’équilibre entre la tradition d’une franchise à l’incroyable longévité et son inévitable renouvellement. Une page se tourne, mais nous savons déjà – ce que nous promet comme toujours le générique de fin – que James Bond reviendra.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LES MAÎTRES DU MONDE (1994)

Dans cette adaptation d’un classique de Robert Heinlein, des entités extra-terrestres se greffent aux humains pour les contrôler…

THE PUPPET MASTERS

 

1994 – USA

 

Réalisé par Stuart Orme

 

Avec Donald Sutherland, Eric Thal, Julie Warner, Keith David, Will Patton, Richard Belzer, Tom Mason, Yaphet Kotto

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Adapté d’un classique du romancier Robert A. Heinlein, « Marionnettes Humaines », Les Maîtres du Monde est mis en chantier à l’initiative du producteur Michael Engelberg, grand amateur de science-fiction qui parvient à convaincre Hollywood Pictures de se lancer dans l’aventure. Le film s’ouvre sur la présentation de Sam Nivens (Eric Thal), un jeune agent du gouvernement qui se rend à Ambrose, petite bourgade perdue au fond de l’Iowa, sans savoir de quelle nature sera sa mission. Il ne sait pas non plus pourquoi son père, Andrew Nivens (Donald Sutherland), le puissant directeur de l’Office Of Scientific Intelligence, s’est déplacé avec Mary Sefton (Julie Warner), une brillante scientifique de la NASA experte en intelligence extra-terrestre. Ce qu’ils découvrent dépasse de loin le simple phénomène d’ovni dont il avait d’abord été fait mention. Car des créatures extra-terrestres sont en train d’envahir progressivement la région. Sans détruire les humains, elles s’accrochent à eux telles des sangsues et prennent le contrôle de leur cerveau, les réduisant à l’état de marionnettes.

Le refrain est connu. Ce postulat nous renvoie en effet directement à L’Invasion des profanateurs de sépultures, surtout dans cette scène où les « contaminés » distribuent les œufs extra-terrestres chez leurs congénères. Ces fameux œufs, lorsqu’ils s’ouvrent, rappellent Alien et, en s’accrochant au dos de leurs victimes, évoquent Hidden et même Terreur extraterrestre. Toutes ces réminiscences ne gâchent pourtant pas les qualités formelles du film, c’est-à-dire son interprétation fort convaincante et une mise en scène solide signée Stuart Orme (signataire de plusieurs clips musicaux, d’un grand nombre de programmes pour la télévision britannique et du long-métrage The Wolves of Willoughby Chase). Eric Thal et Julie Warner, en agents du FBI confrontés aux extra-terrestres, évoquent beaucoup les Mulder et Scully de la série X-Files, avec lesquels ils présentent de nombreuses similitudes (la série de Chris Carter était alors au sommet de sa gloire sur les petits écrans du monde entier). Quant à Donald Sutherland, qui était justement le héros de L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman, il crève l’écran, comme toujours.

Une drogue venue de l’espace

Les envahisseurs gluants et tenaces, œuvre de l’as des maquillages spéciaux Greg Cannom (Dracula, The Mask), provoquent une répulsion extrêmement efficace en s’inspirant partiellement de la morphologie des raies manta. Par ailleurs, de belles idées visuelles agrémentent le film comme ce frisbee aux allures de soucoupe volante ou cette porte qui s’ouvre sur une surface plane dans le repère du « Maître des Marionnettes ». La dernière partie du film, mouvementée en diable, rebondit au rythme de moult cascades en voiture et en hélicoptère dirigées avec beaucoup d’efficacité par un Stuart Orme à l’enthousiasme communicatif. Signe des temps, si le processus de contamination décrit dans le film s’inscrit dans une paranoïa proche de celle du roman d’Heinlein, la menace communiste évoquée dans le texte initial (publié en 1951, au cœur de la guerre froide) n’a plus cours au milieu des années 70. La métaphore s’est donc naturellement déplacée du côté du virus du sida, dans la mesure où les relations sexuelles sont un facteur très favorable à la propagation des entités extra-terrestres, mais aussi d’une drogue qui rend ses victimes dépendantes en altérant leur personnalité.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LA CHAMBRE DU FILS (2006)

Alex de la Iglesia met en scène les affres d’un jeune couple dont la maison abrite une présence mystérieuse et malfaisante…

LA HABITACION DEL NIÑO

 

2006 – ESPAGNE

 

Réalisé par Alex de la Iglesia

 

Avec Leonor Watling, F. Javier Gutierrez, Sancho Gracia, Maria Asquerino, Antonio Dechent, Terele Pavez

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I SAGA SCARY STORIES

En janvier 2007, le public espagnol découvrait avec joie une série de téléfilms d’horreur réalisés par des spécialistes locaux du genre, à l’occasion du programme Peliculas para no dormir (alias Scary Stories) supervisé par Narciso Ibanez Serrador et Julio Fernandez. Cette anthologie était en quelque sorte la réponse ibérique aux Masters of Horror des États-Unis. Alex de la Iglesia ouvrait le bal avec La Chambre du fils (à ne pas confondre bien sûr avec le long-métrage homonyme de Nanni Moretti). Après un prologue inquiétant à souhait – mais un peu déconnecté du reste de l’histoire – où un jeu d’enfants autour d’une vieille demeure tourne mal, La Chambre du fils nous présente ses deux personnages principaux : Juan et son épouse Sonia qui viennent d’avoir un enfant et s’installent dans une nouvelle bâtisse en cours de rénovation, au cœur d’un quartier bourgeois de Barcelone. Cinéaste fidèle, Alex de la Iglesia offre ainsi un rôle principal à F. Javier Gutierrez, qui jouait les seconds couteaux comiques dans Le Crime farpait, et à Leonor Watling, qu’il dirigera à nouveau deux ans plus tard dans Crimes à Oxford. Malgré l’animosité d’une famille revêche prompte à juger chacun de leurs choix, les tourtereaux mènent une vie de jeunes mariés parfaite. Sonia se demande même s’ils méritent une telle situation paradisiaque. « Voilà ce qui arrive quand on a une éducation religieuse » lui répond Juan, moquant ce sentiment de culpabilité typiquement chrétien. Chez Alex de la Iglesia, on le sait, les considérations religieuses ne sont jamais loin.

Or justement, ce calme « suspect » précède une tempête inattendue. Pour surveiller à distance la chambre du bébé, Juan fait l’acquisition d’un modèle dernier cri de « baby phone » qui permet non seulement d’entendre ce qui s’y passe mais aussi d’avoir accès à une surveillance vidéo à l’aide d’une petite caméra et d’un moniteur. Les jeunes parents peuvent donc dormir tranquilles en vérifiant que leur nouveau-né repose paisiblement dans les bras de Morphée. Mais une nuit, alors qu’il a du mal à trouver le sommeil, Juan jette un œil distrait sur le moniteur… et aperçoit un homme assis à côté du bébé ! Pris de panique, il s’y précipite mais personne d’autre que son enfant ne se trouve dans la chambre. Serait-ce une hallucination ? Le problème, c’est que cette situation se reproduit chaque soir. Alors que Sonia commence à s’inquiéter de la santé mentale de son époux, ce dernier bascule peu à peu dans un état de panique proche de la paranoïa. Et si la maison était habitée par une entité surnaturelle et malfaisante ?

Derrière les murs…

La Chambre du fils adopte un schéma classique qui – à l’instar des Innocents ou de Rosemary’s Baby par exemple – questionne le spectateur sur les perceptions de son personnage principal, lequel finit par s’isoler totalement de son entourage. Juan est-il réellement témoin de phénomènes surnaturels ou tout se passe-t-il dans son esprit ? Très rapidement, c’est la deuxième option qui a notre faveur, Alex de la Iglesia prenant soin de nous faire entrer dans la subjectivité du jeune père. Plusieurs séquences perturbantes jalonnent ce téléfilm, notamment lorsque notre protagoniste découvre un second pan de réalité derrière les apparences de sa maison et pend la mesure de la menace qui pèse sur lui. La virtuosité du réalisateur d’Action Mutante est donc intacte, mais on ne peut s’empêcher de regretter le grain de folie et l’insolence qui caractérisent habituellement ses films. En s’attaquant pour la première fois de sa carrière au genre horrifique de manière directe et frontale, sans y adjoindre une couche de comédie, d’ironie burlesque ou de nostalgie poétique, De la Iglesia sacrifie un peu sa personnalité pour entrer sagement dans les canons d’un téléfilm relativement formaté. Fort heureusement, son savoir-faire est toujours là, ses comédiens nous convainquent par la justesse de leur jeu et le scénario co-écrit avec Jorge Guerricaechevarria, le fidèle complice du cinéaste, parvient à maintenir la surprise et l’étonnement jusqu’au bout.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

CRÉATURES CÉLESTES (1994)

Après trois films gore récréatifs, Peter Jackson montre une sensibilité insoupçonnée en nimbant un fait divers sanglant d’une poésie fantasmagorique…

HEAVENLY CREATURES

 

1994 – NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par Peter Jackson

 

Avec Melanie Lynskey, Kate Winslet, Sarah Peirse, Diana Kent, Clive Merrison, Simon O’Connor, Jed Brophy

 

THEMA RÊVES

Bad Taste, Les Feebles, Braindead : trois films plus fous, plus gore, plus bêtes et méchants les uns que les autres. Voilà le palmarès du cinéaste Peter Jackson en 1994. Son talent n’était alors plus à prouver, mais était-il sérieusement le réalisateur idéal pour porter à l’écran l’histoire romantique, tragique et véridique de Pauline Parker et Juliet Hulme, un récit sulfureux et vénéneux à mille lieues de ses débordements précédents ? Au vu de Créatures célestes, la réponse s’impose, évidente : non seulement Peter Jackson était l’homme de la situation, mais en plus on imagine mal un autre réalisateur adapter ce récit avec plus de justesse et de subtilité. Soucieux d’être le plus fidèle possible aux faits tels qu’ils se déroulèrent dans la réalité, Jackson tourne chaque fois que possible dans les lieux où se déroulèrent les événements. Même les voix off de la comédienne Melanie Lynskey reprennent mot à mot des passages du journal intime de Pauline Parker. Cette quête de réalisme est d’autant plus précieuse qu’il fera plusieurs fois basculer son film dans le fantastique pur en explorant l’imagination fertile de ses protagonistes. C’est justement la rupture entre ces échappées fantasmagoriques et la dure réalité qui font de Créatures célestes une œuvre si singulière.

Dans la Nouvelle-Zélande de 1952, Pauline Parker (Melanie Lynskey) est une adolescente solitaire qui fait un jour la connaissance de Juliet Hulme (Kate Winslet), une jeune Anglaise cultivée tout juste arrivée dans sa classe. Les deux filles, que tout oppose, deviennent très vite inséparables, excluant petit à petit tout le monde autour d’elles. Découvrant leur passion commune pour l’écriture, elles se lancent le défi de devenir romancières. Mais plus elles puisent dans leur imagination fertile, plus elles perdent pied avec la réalité. Leur relation exclusive finit par éveiller l’inquiétude de leurs parents. Le drame n’est pas loin. Mais l’effusion de sang choquante qui fit couler tant d’encre à l’époque dans la presse néo-zélandaise n’est pas la partie qui intéresse le plus Jackson. Le scénario qu’il co-écrit avec Fran Walsh s’intéresse avant tout à cette amitié absolue et exclusive. Que s’est-il passé dans l’esprit de ces deux jeunes filles pourtant à priori équilibrées ? Créatures célestes ne répond certes pas directement à la question mais nous offre la possibilité d’entrer dans leur cerveau pour y découvrir un jardin secret insoupçonné, terreau de la tragédie…

La clef du quatrième monde

La réussite du film repose en grande partie sur le choix de ses deux interprètes principales, éblouissantes de naturel. Toutes deux effectuent là leurs premiers pas à l’écran. Ce sera donc le pied à l’étrier pour les carrières de Melanie Lynskey (Mon oncle Charlie) de Kate Winslet (Titanic). Créatures célestes bascule dans le fantastique pur lorsqu’un jour Pauline et Juliet trouvent la clef de Borovnia, le « quatrième monde » médiéval imaginaire dans lequel elles rencontrent des licornes, des papillons géants, un magnifique château médiéval et des personnages en terre glaise, répliques grandeur nature des figurines qu’elles fabriquent et des héros qu’elles imaginent dans leurs romans. Au sein de leurs rêves éveillés, elles voient même Orson Welles surgir d’une projection du Troisième homme pour les poursuivre dans la rue, et jusque dans leur lit, où elles reproduisent en secret les ébats amoureux de leurs héros. Pauline et Juliet laissent volontairement l’imaginaire envahir leur quotidien. Le crime qui s’ensuivra, bien plus choquant que les débordements gores de Braindead parce que justement traité de manière terriblement sobre, découle de cette incapacité à vouloir distinguer le réel de l’irréel. Après ses trois escapades dans le gore, Peter Jackson fait ici preuve d’un étonnant éclectisme, salué par un Lion d’Argent au très prestigieux Festival de Venise. Personne ne le sait encore, mais il vient de paver la voie vers le projet de sa vie : Le Seigneur des anneaux.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SPIRAL (2019)

Deux hommes en couple s’installent avec leur fille adolescente dans une petite ville où l’atmosphère devient de plus en plus inquiétante…

SPIRAL

 

2019 – CANADA

 

Réalisé par Kurtis David Harder

 

Avec Jeffrey Bowyer-Chapman, Ari Cohen, Jennifer Laporte, Lochlyn Munro, Chandra West, Ty Wood, Paul McGaffey, Thomas Elms, Aaron Poole, Megan Tracz

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Kurtis David Harder est un cinéaste canadien indépendant, réalisateurs de spots publicitaires et de clips musicaux mais aussi producteur de nombreux longs-métrages, notamment un What Keeps You Alive très remarqué en 2018. Après avoir mis en scène Cody Fitz et Incontrol, il s’attaque à son troisième long derrière la caméra, Spiral, réalisé avec un budget modeste et tourné pendant trois semaines dans une petite ville d’Alberta. Spiral (à ne pas confondre avec le neuvième épisode de la saga Saw qui porte le même titre) inscrit l’épouvante dans un contexte réaliste et y mêle surtout des problématiques sociétales très concrètes. Ici, l’homophobie et le racisme ne sont pas de simples prétextes narratifs ou des « toiles de fond » permettant de cerner l’intolérance d’une bourgade nord-américaine bien-pensante (comme ce peut être le cas dans certains écrits de Stephen King par exemple) mais constituent l’essence même du scénario co-écrit par Colin Minihan et John Poliquin. Au départ, le couple homoparental et interracial que nous présente le film s’appuie sur un équilibre tranquille et des bases apparemment solides. Aaron (Ari Cohen), Malik (Jeffrey Bowyer-Chapman) et leur fille adolescente Kayla (Jennifer Laporte) roulent en direction de la petite ville dans laquelle ils ont choisi de s’installer. Mais dès les premières secondes, le pare-brise se fissure sans raison apparente. Il n’en faut pas plus pour que le malaise s’instille et pour que cette cellule familiale tricéphale connaisse sa première fêlure, si infime soit-elle.

L’installation au sein de cette petite communauté rurale se fait sans heurts. Certes, il y a bien quelques incidents gênants, comme cette voisine qui prend d’abord Malik pour un jardinier. Mais l’accueil est plutôt chaleureux et enjoué, personne ne semblant jauger d’un œil suspect cet homme à la peau noire en couple avec un quadragénaire blanc père d’une adolescente. Cette amabilité extrême n’est-elle d’ailleurs pas un peu suspecte ? Malik se fait sans doute des idées. Aaron, lui, n’a aucun mal à s’intégrer et enjoint l’homme qu’il aime à faire de même. Mais plusieurs détails finissent par concourir à créer un climat anxiogène. Le jour où Malik découvre un grand graffiti homophobe sur le mur de son salon, les souvenirs d’un traumatisme survenu dix ans plus tôt lui reviennent brusquement en mémoire : une agression violente dont il fut victime à cause de son orientation sexuelle. Une nuit, un vieux voisin erre dans leur jardin, donne à Malik un papier, lui fait jurer de ne parler à personne de cette rencontre nocturne et est retrouvé mort le lendemain. Le cauchemar ne fait alors que commencer…

Paranoïa ?

C’est par une série de petits détails bizarres que Kurtis David Harder fait monter crescendo cette atmosphère oppressante, sans que la menace soit palpable. Régulièrement, la caméra avance lentement vers le visage de Malik, la musique monte dans les aigus… et puis plus rien. Une fois, deux fois, trois fois, le procédé finit par devenir un peu lassant, d’autant que le réalisateur semble ne vouloir assumer que du bout des doigts le caractère fantastique de son film. De toute évidence, le traitement de ce qui prend la tournure d’une crise paranoïaque s’inspire de celui adopté par Roman Polanski dans Rosemary’s Baby. Fort heureusement, Spiral finit par avancer d’un cran, à mesure que son protagoniste découvre d’étranges signes en forme de spirale, puis assiste à une cérémonie nocturne insolite se tenant dans la maison en face de la sienne. Jusqu’au moment où surviennent les hallucinations, de plus en plus difficiles à dissocier de la réalité. Spiral bénéficie d’une excellente performance d’acteurs – c’est sans doute son atout majeur – et finit par prendre une tournure très inattendue, les tout derniers rebondissements s’avérant particulièrement troublants.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

VENOM (2018)

Le fameux super-vilain métamorphe et extra-terrestre a droit à son premier film solo, avec Tom Hardy mais sans Spider-Man…

VENOM

 

2018 – USA

 

Réalisé par Ruben Fleischer

 

Avec Tom Hardy, Michelle Williams, Riz Ahmed, Scott Haze, Reid Scott, Jenny Slate, Melora Walters, Michelle Lee, Sam Medina, Jared Bankens, Sope Aluko

 

THEMA SUPER-VILAINS I SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

C’est dans Spider-Man 3 que Venom, le célèbre « jumeau maléfique » de l’homme-araignée créé en 1984 par David Michelinie et Todd McFarlane, fait sa première apparition sur grand écran. Proche de son modèle dessiné, il peine cependant à se tailler le rôle qu’il mérite dans un long-métrage tiraillé entre plusieurs envies. Sam Raimi refusant de s’engager dans un Spider-Man 4, la franchise renaît de ses cendres avec le diptyque The Amazing Spider-Man. Sony envisage alors de ramener Venom sur le devant de la scène, pourquoi pas dans un épisode 2 ou 3. Mais une fois de plus, les choses ne se passent pas comme prévu. The Amazing Spider-Man : le destin d’un héros déçoit au box-office et les droits de Peter Parker et de son alter-ego rouge et bleu sont restitués au studio Marvel, qui peut enfin intégrer l’homme-araignée dans l’arc narratif des Avengers avec Captain America : Civil War puis Spider-Man Homecoming. Or Sony possède toujours les droits de Venom. Lui consacrer un long-métrage à part entière ressemble dès lors à une opération de la dernière chance, d’autant que ce super-vilain est intrinsèquement lié à Spider-Man. Or Spidey n’a plus sa place dans le « Sony Marvel Universe » (appelons-le comme ça). Qu’importe : les scénaristes Kelly Marcel, Jeff Pinkner et Scott Rosenberg trouveront bien un moyen de réinventer les origines du monstre sans solliciter Peter Parker.

Le principe même de ce Venom a donc de quoi faire grincer les dents de n’importe quel amateur des comics originaux. Mais bon, tentons de nous laisser porter par le spectacle en oubliant tout à priori. Cela ne semble pas totalement impossible dans la mesure où Tom Hardy parvient à nous séduire dans le rôle d’Eddie Brock, journaliste d’investigation au caractère bien trempé. Son éthique inébranlable lui a déjà valu bien des déconvenues, notamment le fait d’être renvoyé du Daily Globe à New York (petite allusion à son emploi de reporter pour l’acariâtre J. Jonah Jameson). Il habite désormais à San Francisco, file le parfait amour avec l’avocate Anne Weying (Michelle Williams) et continue à flairer les scandales… jusqu’à se frotter à trop fort pour lui, en l’occurrence le puissant industriel Carlton Drake (Riz Ahmed) qui est accusé d’utiliser des cobayes humains pour ses expériences scientifiques. Or Drake vient de ramener de l’espace dans le secret le plus total des entités extra-terrestres gluantes et voraces, les symbiotes, qu’il rêve de faire fusionner avec les humains pour une raison qui nous échappe (malgré ses grands discours exaltés sur l’avenir de l’humanité). Par un concours de circonstance totalement improbable, Eddie Brock parvient à s’infiltrer tranquillement dans le laboratoire de Drake, se retrouve « possédé » par l’un des symbiotes sans que sa santé semble fondamentalement altérée (tous les autres cobayes sont pourtant morts ou moribonds) et devient Venom, le super justicier aux grandes dents et à la langue pendante.

The Mask avec des tentacules

Même avec la meilleure volonté du monde, il est très difficile d’accorder le moindre crédit au film passé son premier acte prometteur. Visiblement incapables de trouver le ton juste, les scénaristes et le réalisateur Ruben Fleischer (Bienvenue à Zombieland) cherchent à faire plaisir au studio – qui veut bien sûr brasser le public le plus large – et jouent donc la carte de l’humour. Finis les tourments et le désarroi d’Eddie Brock absorbé par un Mister Hyde redoutable qui le transforme en monstre et noircit son âme. Ici, le symbiote agit comme le masque viking de The Mask. Eddie Brock se transforme en effet en personnage cartoonesque blagueur et turbulent qui perd le contrôle de son corps quand il ne se dispute pas avec son alter-ego intérieur en une série de « scènes de ménage » navrantes. Le film enchaîne alors les gags embarrassants (Tom Hardy qui entre dans l’aquarium d’un restaurant pour manger des homards), les scènes d’action absurdes (une poursuite entre des drones et une moto dans les rues de San Francisco) et les rebondissements grotesques (le pire étant probablement l’intervention furtive d’une « She-Venom »). Nous avons même droit à un « chien-Venom », nouvelle preuve que The Mask n’est pas loin. Tout s’achève par un affrontement peu palpitant entre des images de synthèse qui se livrent à une orgie visuelle qui nous laisse froid, jusqu’à l’inévitable épilogue post-générique annonçant l’avènement de Carnage. Voilà de quoi faire largement relativiser sur l’intervention décevante de Venom dans Spider-Man 3.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

OPÉRATION PEUR (1966)

Un médecin enquête sur une mort mystérieuse survenue dans un petit village qui semble victime d’une terrible malédiction…

OPERAZIONE PAURA

 

1966 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Giacomo Rossi-Stuart, Erika Blanc, Fabienne Dali, Piero Lulli, Luciano Catenacci, Micaela Esdra, Franca Dominici, Giovanna Galetti

 

THEMA FANTÔMES

Mario Bava s’était fait connaître du public en dirigeant de splendides œuvres d’épouvante gothique comme Le Masque du démon ou Le Corps et le fouet. Après des approches plus modernes du genre (Six femmes pour l’assassin, La Planète des vampires), il revient à ses premières amours avec Opération peur, produit dans des conditions très modestes. Aucune star internationale ne vient occuper le haut de l’affiche, le tournage est mis en boîte en une petite quinzaine de jours et le budget ne permet même pas d’embaucher un compositeur (d’où le recyclage de musiques préexistantes dans la bande son). Pire : la petite compagnie F.U.L. Films, qui finance le long-métrage, se retrouve à cours d’argent avant la fin du tournage et ne peut plus assurer les dépenses en cours. Mario Bava, son équipe technique et ses comédiens acceptent donc de finir leur travail tout en sachant pertinemment qu’il n’y aura plus de salaires au bout. La cohérence du film n’est pourtant pas entachée par cette production chaotique. C’est d’autant plus étonnant que Mario Bava avoue avoir beaucoup improvisé pendant le tournage, ne s’appuyant que sporadiquement sur le scénario qu’il a co-écrit avec Romano Migliorini et Roberto Natale pour se laisser porter par l’inspiration au jour le jour.

Le film accroche ses spectateurs dès son entame. Au milieu de la nuit, le silence est déchiré par un hurlement de terreur perdu dans le souffle lugubre du vent. Une femme paniquée prend la fuite, grimpe en haut d’un escalier puis, comme pétrifiée d’effroi, se jette sur une grille où elle s’empale. Au loin gambadent les pas innocents d’une fillette en robe blanche. C’est là que le titre surgit au milieu de l’écran : Operazione paura, Opération peur… Tout un programme ! La scène suivante sacrifie au classicisme et aux lieux communs du genre. Le docteur Paul Eswai (Giacomo Rossi-Stuart) débarque à Karmingen, un village sinistre de Transylvanie. Le cocher refuse d’aller plus loin, arguant que « cet endroit est maudit, oublié de Dieu ». Le médecin continue donc son voyage à pied, accueilli par une atmosphère sinistre que Mario Bava cisèle en quelques tableaux saisissants : l’ombre chinoise de quatre hommes portant un cercueil, des visages méfiants agglutinés derrière une fenêtre… Légiste, le docteur Eswai est venu autopsier le corps de la victime, ce qui provoque aussitôt un vent de panique auprès de villageois visiblement très superstitieux. L’étudiante en médecine Monica Schuftan (Erika Blanc) l’assiste, mais elle est bientôt en proie à de terribles cauchemars. Quand l’étrangeté s’immisce et suinte dans les rues du village, le surnaturel semble être l’explication communément admise. Comme lorsque cet aubergiste, face à une cloche qui sonne toute seule, affirme : « ce n’est pas le vent qui la fait sonner, c’est la haine ! ». Et si la mort de la malheureuse n’était ni accidentelle, ni criminelle ? Et si les racontars liés à la malédiction de la villa Graps étaient fondés ?

La fillette en blanc

Opération peur s’appuie moins sur la variété de ses péripéties, finalement réduites à peu de choses, que sur la construction d’une ambiance oppressante qui se déploie en même temps que la peur des autochtones, à la manière d’une maladie contagieuse. Une galerie de personnages insolites s’inscrit dans ce récit tourmenté : la sorcière qui prodigue aux autochtones des soins très peu catholiques (Fabienne Dali), l’étrange bourgmestre qui semble cacher un lourd secret (Luciano Catenacci), la vieille baronne qui porte le poids du chagrin sur ses épaules (Giovanna Galetti) et surtout le fantôme de la petite Melissa, au physique d’autant plus perturbant qu’elle est en réalité incarnée par un garçon (Valerio Valeri, le fils du concierge de Mario Bava, sélectionné après que le cinéaste ait été incapable de trouver une fillette adéquate). L’image récurrente de ce fantôme en jupette, ricanant hors champ et jouant avec un ballon blanc, est restée dans toutes les mémoires. Federico Fellini lui-même la recyclera dans le segment qu’il réalisera pour Histoires extraordinaires. Restrictions budgétaires obligent, Opération peur est économe en décors. Chacun d’entre eux est donc exploité au maximum de son potentiel suggestif : cimetière brumeux, manoir tapissé de toiles d’araignées, ruelles noyées dans le brouillard, crypte lugubre et labyrinthique. Tout semble à l’abandon depuis des siècles dans ce village pétrifié. Le temps semble s’y être figé. C’est d’ailleurs exactement le sentiment que provoque Mario Bava lorsqu’il promène sa caméra dans l’auberge où pénètre le docteur pour la première fois : les villageois sont tous immobiles, le regard dans le vide, comme perdus dans un repli du temps. Le réalisateur pousse encore plus loin l’exercice dans cette séquence folle où Eswai ouvre sans cesse une porte et traverse indéfiniment la même salle, jusqu’à courir après un double de lui-même. Ou dans cette vue plongeante sur un escalier en colimaçon, réminiscence de Sueurs froides, que Monica n’en finit plus de descendre. Opération peur est donc une perle vénéneuse et poétique qui mettra du temps à trouver sa juste place dans la filmographie prestigieuse du maestro italien.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

L’INDIEN DU PLACARD (1995)

Un enfant hérite d’un cadeau aux pouvoirs incroyables : un placard qui donne vie à tous les objets qu’on place à l’intérieur…

THE INDIAN IN THE CUPBOARD

 

1995 – USA

 

Réalisé par Frank Oz

 

Avec Hal Scardino, Litefoot, Lindsay Crouse, Richard Jenkins, Rishi Bhat, Steve Coogan, David Keith, Sakina Jaffrey

 

THEMA JOUETS I CONTES

L’argument de départ de L’Indien du placard, adapté par Melissa Mathison d’un livre pour enfants de Lynne Reid Banks, est d’une très grande originalité. Alors qu’il fête ses neuf ans, Omri se voit offrir trois cadeaux anodins : un petit placard, une vieille clef et un Indien en plastique. Omri place le petit Indien dans le placard qu’il ferme avec la clef. Au matin, il découvre que l’Indien en plastique de dix centimètres s’est transformé en Indien en chair et en os… de dix centimètres ! L’entrée en matière est donc des plus intrigantes. Cependant, passée la surprise, on ne peut s’empêcher de poser la fatidique question : pourquoi ? La seule explication qui puisse s’imposer est la magie. Or aucun des trois objets ne semble prédestiné à un pouvoir surnaturel. L’Indien apparaît à peine comme un gage d’amitié de la part de Patrick, simple camarade de classe. Le placard est cédé par un grand frère qui ne semble guère prêter attention à son cadet. Seule la clef est chargée d’affect, puisque l’arrière-grand-mère d’Omri l’a donnée à sa petite-fille faute de pouvoir lui laisser un héritage.

Le prétexte scénaristique est tout de même léger pour justifier un tel miracle. D’autant que ce dernier est systématique, n’importe quel jouet placé dans le petit meuble prenant vie. Cette idée permet d’ailleurs à l’équipe d’ILM, via une brève séquence, de ressusciter entre autres Dark Vador et le T-Rex de Jurassic Park pour un affrontement homérique à l’intérieur du placard. Mais ce genre d’inventivité visuelle ne transparaît pas dans l’intrigue. Car Frank Oz et Melissa Mathison ont choisi de démarrer sur une situation à tout prix originale mais l’ont progressivement simplifiée pour aboutir aux lieux communs : le cow-boy et l’Indien miniatures, après la haine et l’incompréhension, deviennent les meilleurs amis du monde ; l’enfant insouciant découvre peu à peu le sens des responsabilités ; Omri et Patrick se disputent avant d’être réconciliés par la voix de la raison, etc.

La sortie de l’enfance

Cela dit, le film soulève au moins deux problématiques passionnantes. La première est liée au jardin secret cher à toute enfance, ce monde parallèle que les têtes blondes cultivent intérieurement sans que l’adulte ne puisse y pénétrer. Rien ne nous empêche d’ailleurs de considérer l’histoire de L’Indien du placard comme entièrement imaginée par les enfants, pourquoi pas ? La seconde thématique concerne la sortie de l’enfance, évoquée ici sur trois niveaux. A neuf ans, Omri entre dans l’âge de la désillusion, où le Père Noël s’avère être un mensonge et les magiciens de simples manipulateurs. De son côté, Ours Rapide, l’Indien haut comme trois pommes, a été arraché à sa tribu en plein 18ème siècle, alors que les siens étaient sur le point de déserter de force les vastes plaines pour se retrouver parqués dans des réserves. Quant à Boone, le cow-boy miniature, il a quitté les siens vers la fin des années 1800, à l’aube d’un modernisme amené à balayer peu à peu la sauvagerie et la naïveté de la surface du globe. Riches et profonds, ces thèmes sont malheureusement à peine survolés par Frank Oz et sa scénariste, que l’on connut plus inspirés par le passé (en l’an de grâce 1982, le premier réalisa Dark Crystal et la seconde écrivit E.T.). Du coup, malgré son immense potentiel, L’Indien du placard restera surtout dans les mémoires pour la performance stupéfiante de ses effets visuels.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article