UN COSMONAUTE CHEZ LE ROI ARTHUR (1979)

Un employé de la NASA et un robot s’embarquent pour une mission qui les propulse dans l’Angleterre du moyen-âge…

UNIDENTIFIED FLYING ODDBALL 

 

1979 – USA

 

Réalisé par Russ Mayberry

 

Avec Dennis Dugan, Jim Dale, Ron Moody, Kenneth More, John Le Mesurier, Robert Beatty, Cyril Shaps, Pat Roach

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I ROBOTS

La fin des années 70 étant propice aux épopées spatiales stimulées par le succès de La Guerre des étoiles, le studio Disney décide de s’enfoncer dans la brèche tous azimuts. Quelques mois avant Le Trou noir (qui revisitera à sa manière 20 000 lieues sous les mers sous un jour cosmique), la maison de Mickey tente une variante très différente : une relecture du roman de Mark Twain « Un Yankee à la cour du roi Arthur » dans laquelle le héros du Connecticut imaginé par le célèbre écrivain est remplacé par un brave employé de la NASA. À vrai dire, seuls les principes du voyage dans le temps et du décalage humoristique entre les époques ont été repris de la prose de Twain, toute la charge satirique originale s’étant tranquillement évaporée au profit d’une aventure plaisante mais sans grande envergure. Le réalisateur choisi pour porter cette idée à l’écran, Russ Mayberry, est un spécialiste de la télévision (Ma sorcière bien aimée, L’Homme qui valait trois milliards, Marcus Welby, Kojak, Dallas), ce qui se ressent dans son approche visuelle très conventionnelle. Un cosmonaute chez le roi Arthur se donne tout de même les moyens de ses ambitions, sollicitant une grande figuration en costume filmée dans le château Alnwick, au Nord-Est de l’Angleterre,  et reconstituant de vastes décors dans les légendaires studios britanniques de Pinewood.

L’entrée en matière est amusante. On y découvre un vaisseau spatial qui entre dans le champ et avance lentement aux accents d’une musique aérienne de Ron Goodwin… et qui s’avère en réalité n’être qu’une maquette manipulée par un scientifique exalté, le professeur Zimmerman (Cyril Shaps). Devant une assistance perplexe, ce dernier annonce que la NASA est en mesure de mettre en place un voyage spatial habité à destination d’Alpha du Centaure. Mais le ministre de la défense refuse ce projet, qu’il juge trop dangereux. Zimmerman demande alors au jeune savant Tom Trimble (Dennis Dugan) de construire un robot capable d’effectuer le voyage à la place d’un humain. Tom fabrique cet humanoïde à son image, mais suite à un concours de circonstance il s’embarque dans le vaisseau avec son double artificiel et tous deux sont propulsés dans l’espace. Lorsqu’ils reviennent sur Terre, c’est pour découvrir qu’ils ont atterri dans l’Angleterre du VIème siècle.

Anachronismes

Si les visions anachronique de cet astronaute évoluant dans sa combinaison en plein moyen-âge ou de ces belligérants en armure croisant le fer à côté d’une navette spatiale possèdent une touche délicieusement surréaliste, on peut regretter que le comique de situation inhérent au concept du film soit finalement très peu exploité. Les nombreuses idées extravagantes déployée dans le scénario de Don Tait (le combat avec l’épée magnétisée, les joutes contre le robot, l’intervention du rover lunaire, le vol en jet-pack) sont elles-mêmes amoindries par une mise en scène sans inspiration et par des effets visuels souvent très maladroits. Côté casting, le constat est à peu près le même. Dennis Dugan est très sympathique mais pas charismatique pour un sou dans le double rôle du cosmonaute et de son alter-ego robotique (il sera beaucoup plus convaincant deux ans plus tard dans Hurlements) ; Sheila White est un peu fade sous les atours de cette jeune femme naïve persuadée que son père s’est transformé en oie ; quant à Kennth More, c’est probablement l’un des rois Arthur les plus mornes de l’histoire du cinéma. Les choses se rattrapent du côté des vilains, notamment avec Jim Dale, impressionnant dans sa composition de Sir Mordred au profil de rapace (il jouait le docteur Terminus de Peter et Elliott), et Ron Moody en magicien Merlin glacial et antipathique. Pas très folichon, ce Cosmonaute chez le roi Arthur sut pourtant distraire les jeunes spectateurs de l’époque qui lui réservèrent un bel accueil.

 

© Gilles Penso

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NI LA MER NI LE SABLE (1972)

Terrassée par la mort brutale de l’homme qu’elle aime, une femme le fait revenir d’outre-tombe par la force de ses sentiments

NEITHER THE SEA NOR THE SAND

 

1972 – GB

 

Réalisé par Fred Burnley

 

Avec Susan Hampshire, Michael Petrovitch, Frank Finlay, Michael Craze, Jack Lambert, Betty Duncan, David Garth, Anthony Booth

 

THEMA ZOMBIES

Ni la mer ni le sable : derrière ce titre imagé et poétique se cache une œuvre méconnue qui s’efforce d’aborder le thème du mort-vivant sous un angle profondément romantique. Le scénario est l’œuvre de Gordon Honeycombe, qui adapte là son propre roman, et la mise en scène est signée Fred Burnley. Monteur de formation (il travailla sur Le Pont de la rivière Kwaï en 1957), ce dernier signa quelques réalisations pour la télévision avant d’attaquer avec Ni la mer ni le sable son premier long-métrage destiné au grand écran. Ce sera aussi son film-testament, puisqu’il mourra trois ans après sa sortie sur les écrans. C’est l’histoire d’un amour fou, qui bafoue les lois naturelles de la vie et de la mort pour se prolonger envers et contre tout. Une belle idée, entravée cependant par beaucoup de maladresses et de naïvetés qui n’entachent pas totalement l’œuvre mais restreignent son impact et sa crédibilité. Par son déroulement, ses thématiques, ses rebondissements et son héros d’outre-tombe, Ni la mer ni le sable n’est pas sans évoquer Le Mort-vivant de Bob Clark, qui sortira sur les écrans un an plus tard et saura mieux convaincre les spectateurs.

L’intrigue prend place sur l’île de Jersey où une épouse troublée, Anna Robinson (incarnée par Susan Hampshire, l’héroïne de Malpertuis) s’isole volontairement pour prendre du recul et tenter de régler le tumulte de sa vie. Là, elle rencontre un gardien de phare, Hugh Dabernon (Michael Petrovitch) et s’éprend de lui. Ensemble, tous deux s’enfuient en Ecosse où leur idylle prend une tournure féerique. Mais un jour, après une scène d’amour torride sur la plage, Hugh court sur le sable et s’effondre brutalement, frappé par une crise cardiaque. Anna est tellement bouleversée qu’elle refuse tout net d’accepter le drame qui vient de survenir. Son déni est si fort qu’un soir, lorsqu’on cogne à sa porte, elle n’est nullement surprise de voir Hugh se présenter à elle. Par la force de son amour, elle l’a ramenée d’entre les morts. Mais il n’est plus vraiment le même. Muet, hagard, il n’est que l’ombre de l’amant qu’elle a connu. Et si une vie mécanique l’anime encore par miracle, le processus de décomposition semble ne pas avoir été enrayé…

D’entre les morts

Nous sommes tout disposés à embrasser cette love story d’outre-tombe et à plonger dans l’intensité des sentiments qui animent son infortunée héroïne. Mais même les moins cyniques auront sans doute du mal à appréhender sans sourire la première demi-heure du métrage. Truffé de dialogues naïfs dignes de la collection Arlequin, ponctué de séquences érotiques soft, accompagné d’une musique sirupeuse sans finesse, ce premier acte nécessite une certaine patience. Celle-ci est récompensée en partie après le drame. Quelques sursauts de mise en scène parviennent à piquer l’intérêt du spectateur et à le surprendre (la main brûlée, l’accident de voiture, le visage de l’amant qui prend soudain les traits d’un zombie avec une peau décomposée et des yeux noirs), même si l’ensemble demeure volontairement lent et contemplatif. Nous ne sommes décidément pas dans un film d’horreur traditionnel. Le dénouement, d’une beauté lugubre et nihiliste, s’achève sur un texte justifiant le titre du film : « Ni la mer ni le sable ne briseront leur amour. Un amour qui ne s’envolera jamais au gré d’une brise marine. » Inédit en France, Ni la mer ni le sable sera directement exploité en VHS chez nous.

 

© Gilles Penso


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CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL (1978)

Le sinistre docteur Mengele a survécu à la guerre et se lance dans une expérience de clonage visant à remettre sur pied le IIIème Reich…

THE BOYS FROM BRAZIL

 

1978 – GB

 

Réalisé par Franklin J. Schaffner

 

Avec Laurence Olivier, Gregory Peck, James Mason, Lili Palmer, Michael Gough, Linda Hayden, Steve Guttenberg, Jeremy Black

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Dix ans après La Planète des singes, Franklin J. Schaffner met à nouveau en scène avec un réalisme troublant une histoire de science-fiction reposant pourtant sur un argument hautement fantaisiste. Il prouve une fois de plus à quel point il sait être à son aise dans ce genre d’exercice de style, se rapprochant ici des premières œuvres de Peter Hyams (c’est d’ailleurs la même compagnie de production britannique, ITC, qui produisit l’excellent Capricorn One l’année précédente). Dans le cas présent, c’est Ira Levin (« Un bébé pour Rosemary ») qui écrivit en 1976 le roman à la base du scénario. Le sinistre docteur Josef Mengele (Gregory Peck) s’est réfugié au Paraguay où il poursuit des expériences commencées pendant la seconde guerre mondiale, à l’époque où il était surnommé « l’ange de la mort ». Son portrait, tel qu’il est énoncé dans le film, fait froid dans le dos : « C’était le médecin en chef d’Auschwitz, qui tua deux millions et demi de personnes, fit des expériences sur des enfants, juifs et non juifs, utilisant principalement des jumeaux, injectant des teintures bleues dans leurs yeux pour les transformer en aryens acceptables, amputant des membres et des organes par milliers sans anesthésie… »

Ayant prélevé des cellules vivantes sur hitler avant sa mort, il entend bien en créer un clone parfait en injectant lesdites cellules à quatre-vingt-quatorze femmes sélectionnées sur le volet. Disséminées aux quatre coins du globe, celles-ci appartiennent à des familles catholiques du nord et sont mariées à des hommes plus âgés qu’elles. La folle idée de Mengele est de faire grandir ses futurs hitler dans le contexte familial le plus proche possible de celui de l’ancien dictateur. Dès que les enfants ont atteint les quatorze ans, leurs pères sont donc assassinés. Barry Kohler (Steve Guttenberg), un jeune Américain qui réside au Paraguay, découvre l’abject projet et contacte à Vienne Ezra Lieberman (Laurence Olivier), un célèbre chasseur de nazis. Incrédule, Lieberman va se rendre à l’évidence face au nombre important d’hommes de soixante-cinq ans qui meurent dans les mêmes étranges circonstances…

La führer de vivre

Ce point de départ aurait pu donner naissance à une de ces séries B excentriques dont raffolaient les années 50 et 60, mixant les savants fous nazis et la science-fiction comme dans On a volé le cerveau d’Hitler, Le Roi des zombies ou Le Commando des morts-vivants. Mais ici la crédibilité est de mise, accentuée par la sinistre véracité du personnage historique de Mengele (qui vivait encore à Sao Polo à l’époque où le film fut réalisé), et par le véritable avancement des recherches génétiques en matière de clonage. Le casting est à l’avenant, composé de géants comme Gregory Peck (échappant pour une fois aux rôles de héros qui firent sa gloire), James Mason et Laurence Olivier. Assez curieusement, ce dernier joue ici le chasseur de nazis (en s’inspirant d’un autre personnage réel, Simon Wiesenthal) alors qu’il fut un mémorable ancien docteur SS dans Marathon Man deux ans plus tôt, prouvant l’éclectisme de son immense talent. Quant à l’enfant choisi pour incarner hitler adolescent (Jeremy Black), il s’avère inquiétant à souhait et n’est pas sans nous rappeler le Damien de La Malédiction. A travers son regard glacial, c’est l’éternel mythe de l’apprenti-sorcier qui se décline une nouvelle fois, s’appuyant sur la réalité historique la plus abjecte pour mieux questionner notre futur. Un film choc, assurément.

 

© Gilles Penso

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LA RÉVOLTE DES ZOMBIES (1936)

Une expédition se rend dans la jungle cambodgienne pour retrouver la formule capable de transformer les hommes en morts-vivants

REVOLT OF THE ZOMBIES

 

1936 – USA

 

Réalisé par Victor Halperin

 

Avec Dorothy Stone, Dean Jagger, Roy d’Arcy, Robert Noland, George Cleveland, Fred Warren, Carl Stockdale, William Crowell

 

THEMA ZOMBIES

Le réalisateur Victor Halperin et son frère producteur Edward avaient frappé très fort avec White Zombies (Les Morts-vivants), inaugurant de manière spectaculaire la très longue filmographie des zombies au cinéma en confiant à Bela Lugosi un rôle fascinant. Quatre ans plus tard, ils décident d’aborder le mythe sous un angle très différent, en se passant cette fois-ci des services de l’interprète de Dracula. De fait, contrairement à ce que son titre pourrait laisser entendre, Revolt of the Zombies n’est pas la suite de White Zombies mais une nouvelle relecture du thème des cadavres ambulants. Le film s’ouvre sur la frontière franco-autrichienne, en pleine première guerre mondiale. Le prêtre Tsiang (William Crowell), un aumônier cambodgien, y est emprisonné, pour la bonne et simple raison qu’il a le pouvoir de transformer les hommes en zombies, ce qui n’est guère apprécié par tout le monde. Cette idée scénaristique nous donne droit à une séquence surréaliste de guerre des tranchées où les occidentaux tirent en vain sur les poitrines indestructibles de soldats zombies asiatiques, avec en surimpression des yeux dominateurs qui sont d’ailleurs ceux de Bela Lugosi dans Les Morts-Vivants. Voilà une entrée en matière plutôt prometteuse.

Sur le point de brûler le parchemin contenant l’emplacement de la formule secrète de la vie éternelle, le prêtre est assassiné par le général Mazovia (Roy d’Arcy), qui compte bien s’en servir à son compte. Effrayés par les perspectives qu’ouvrent ces faits inquiétants, les gouvernements de toutes les nations se mettent d’accord pour partir en quête de la formule qui permet de créer des zombies et de la détruire une bonne fois pour toutes. On pense la trouver au Cambodge. La légende dit en effet que la somptueuse cité d’Angkor aurait été bâtie par des morts-vivants. La Révolte des zombies prend alors la tournure d’un film d’aventure exotique ne reculant pas devant les clichés d’usage. Un début d’idylle se noue ainsi entre Claire Duval (Dorothy Stone), la fille du chef de l’expédition archéologique, et Armand Louque (Dean Jagger), l’interprète. Les tourtereaux se fiancent, mais voilà qu’elle tombe dans les bras de son meilleur ami Clifford Grayson (Robert Noland). La romance mièvre et sirupeuse prend alors largement le pas sur l’intrigue fantastique.

Le troisième œil de Kali

L’intrigue rebondit enfin lorsque Louque, inspectant l’un des temples en pleine nuit, tombe sur une gravure semblable au parchemin de Tsiang et découvre un passage secret. Désormais en possession de la formule de création des zombies (le « secret du roi des Khmers »), il choisit son domestique Buna (Teru Shimada) comme premier cobaye. En émule du Bela Lugosi de White Zombies, l’amoureux éconduit assujettit dès lors les hommes en distillant un produit secret et en portant sa main sur son front, en souvenir du troisième œil de Kali. Du coup, le terme zombie semble un peu inapproprié pour décrire les créatures devenues ses esclaves, dans la mesure où il semble surtout s’agir d’hypnose et d’autosuggestion. C’est sans doute là que blesse le bât de La Révolte des zombies, dans son incapacité à bâtir une intrigue totalement cohérente malgré ses nombreuses idées originales et sa volonté d’inscrire le mythe des morts-vivants dans la grande histoire. Le spectateur se distrait tout de même grâce à des péripéties rocambolesques dignes d’un serial, de nombreux rebondissements et un final mouvementé, jusqu’à l’ultime retour au calme s’achevant sur une de ces phrases sentencieuses dont le cinéma de genre de l’époque avait le secret : « seuls les dieux peuvent détruire ce qu’ils ont créé. »

 

© Gilles Penso


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JUNGLE CRUISE (2021)

Dwayne Johnson et Emily Blunt s’embarquent dans une aventure fantasmagorique inspirée d’une célèbre attraction de Disneyland…

JUNGLE CRUISE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Dwayne Johnson, Emily Blunt, Jack Whitehall, Edgar Ramirez, Jesse Plemons, Paul Giamatti, Andy Nyman, Quim Gutiérrez

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Le succès de Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl était inespéré. Un long-métrage tiré d’une attraction de Disneyland avait-il franchement de quoi captiver les spectateurs ? Il faut croire que oui, à condition que la mécanique empruntée au parc d’attractions ne soit qu’un prétexte autour de laquelle se construise un scénario original riche en rebondissements et en personnages pittoresques. En attendant qu’un second opus de la saga consacrée à Jack Sparrow n’entre en production, Disney plancha logiquement sur l’adaptation d’un autre de ses manèges, en l’occurrence « Jungle Cruise » imaginé par Harper Goff et inauguré à Anaheim en 1955. Ironiquement, cette croisière scénique le long d’un fleuve exotique est elle-même inspirée d’un film, African Queen  de John Huston. Le projet de tirer un long-métrage de « Jungle Cruise » date de 2004, mais il faudra attendre 2018 pour que les choses se concrétisent. En tête d’affiche, on trouve ce bon vieux Dwayne Johnson (dont le look s’inspire de celui d’Humphrey Bogart dans African Queen histoire de boucler la boucle) et Emily Blunt (qui tint le premier rôle du Retour de Mary Poppins). La séquence qui présente le capitaine incarné par « The Rock », piètre guide touristique menant dans son embarcation bringuebalante des visiteurs guindés à travers un fleuve de la jungle brésilienne où foisonnent une faune et une flore inquiétantes, prend littéralement la tournure de l’attraction dont le film s’inspire. C’est d’ailleurs là que le titre apparaît à l’écran, à un quart d’heure du début du métrage. Pas de doute, nous sommes bien dans Jungle Cruise.

Le film prend place dans une somptueuse reconstitution du Londres de 1916. Au sein de la très conservatrice Royal Society, le scientifique MacGregor Houghton (Jack Whitehall) et sa sœur Lily (Emily Blunt) s’efforcent de convaincre leurs pairs de l’existence des « Larmes de la Lune », des pétales poussant sur un arbre aux vertus extraordinaire qui permettraient de révolutionner la médecine et d’aider l’effort de guerre britannique. Les Houghton demandent donc l’accès à une pointe de flèche qui serait la clé pour localiser l’arbre. Lorsque l’association rejette leur demande, estimant que l’arbre est un mythe et qu’une femme scientifique n’est pas qualifiée pour rejoindre leurs rangs, Lily vole la pointe de flèche. Elle évite de justesse le prince Joachim (Jesse Plemons), un aristocrate allemand qui veut lui aussi localiser l’arbre, et prend la fuite en Amérique du Sud avec son frère. Sur place, ils louent les services de Frank Wolff (Dwayne Johnson) pour les mener dans les terres hostiles où pousse ce fameux arbre. C’est le début d’une odyssée périlleuse semée de phénomènes surnaturels…

Un film patchwork

Il n’est pas bien difficile de savoir où Jungle Cruise puise ses références cinématographiques. Dès l’intro mouvementée, au cours de laquelle Lily, chapeau d’aventurière sur le crâne, se livre à un parcours du combattant dans les archives de la vénérable société d’archéologie, l’esprit et la dynamique de la saga Indiana Jones et de La Momie de Stephen Sommers sont convoqués sans la moindre équivoque. Le compositeur James Newton Howard se laisse d’ailleurs plusieurs fois inspirer par les envolées épiques de John Williams. Plus tard, c’est bien sûr la franchise Pirates des Caraïbes qui nous vient à l’esprit, avec ces guerriers morts-vivants hybrides victimes d’une malédiction ancestrale. On pense aussi au Retour du Jedi (un village indigène très proche de celui des Ewoks) ou encore à Harry Potter (et ses serpents animés de mauvaises intentions). Bref, Jungle Cruise est un film-patchwork qui assume joyeusement ses influences avec une bonne humeur souvent communicative. Mais Jaume Collet-Serra (La Maison de cire, Esther) n’est visiblement pas à son aise pour mettre en scène les séquences d’action, alternant les plans agités trop serrés et les plans en plongée trop larges, là où des cadrages intermédiaires permettraient une meilleure lisibilité de ce qui se passe à l’écran. De fait, malgré leur caractère spectaculaire, les combats et les poursuites ne s’apprécient pas à leur juste valeur. On peut aussi regretter cette propension à utiliser systématiquement des images de synthèse pour montrer des animaux. Cette technique se justifie pour un affrontement entre une tarentule et un scorpion mais beaucoup moins pour les scènes mettant en vedette un guépard qui, malgré le talent des animateurs, manque singulièrement de véracité. Jungle Cruise est donc un divertissement sympathique mais anecdotique, conçu avec beaucoup de savoir-faire mais sans véritable vision.

 

© Gilles Penso

 

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LA MALÉDICTION D’ARKHAM (1963)

Roger Corman dirige Vincent Price dans cette adaptation libre des écrits tourmentés d’H.P. Lovecraft

THE HAUNTED PALACE

 

1963 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Vincent Price, Debra Paget, Lon Chaney Jr, Leo Gordon, John Dierkes, Elisha Cook Jr, Frank Maxwell

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I LOVECRAFT I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Officiellement, La Malédiction d’Arkham s’inscrit dans le cycle d’adaptations d’Edgar Poe signées par Roger Corman, mais en réalité l’auteur du « Chat noir » n’est ici qu’un prête-nom, le film s’inspirant principalement de l’inquiétante nouvelle « L’Affaire Charles Dexter Ward » d’H.P. Lovecraft publiée en 1927. Le célèbre écrivain de Providence n’ayant à l’époque quasiment jamais été porté à l’écran, le film marque une première dans ce domaine. Toutes les qualités propres au cycle Poe/Corman sont réunies tout au long du métrage : de très beaux décors (la forêt embrumée, le château abandonné), de magnifiques matte paintings prolongeant les panoramas avec une irréalité surnaturelle (les arbres tordus, la forteresse dans la brume, les navires sombres surgissant dans le petit port) et une musique envoûtante de Ronald Stein. Nous sommes en 1765 à Arkham, une petite ville de Nouvelle-Angleterre touchée par d’étranges disparitions. Joseph Curwen (Vincent Price), expert en magie noire, est accusé de sorcellerie et condamné au bûcher. Sur le point de trépasser, il jure de se venger des villageois et de leurs descendants. Cent dix ans plus tard, Charles Dexter Ward (Price toujours), petit-fils de Joseph Curwen, et son épouse Ann (Debra Paget) prennent le chemin d’Arkham pour s’installer dans la maison de leur ancêtre, dont ils ont hérité.

Une atmosphère délétère s’installe d’emblée, les clichés d’usage alimentant ce climat putride : les villageois en colère armés de torches, les autochtones à l’accueil glacial réunis dans la « taverne de l’homme brûlé »… Lon Chaney Jr prête ses traits à Simon, un étrange serviteur qui fait découvrir au couple Ward la vieille bâtisse séculaire. « On s’habitue aux ténèbres dans ce château » leur déclare-t-il sur un ton énigmatique. Dès qu’il prend possession des lieux, Charles est troublé, notamment par le portrait de son ancêtre qui lui fait une forte impression. Il faut dire que la ressemblance entre les deux hommes est frappante. Peu à peu, son comportement change, et la dualité qui s’inscrit dans ce personnage hanté par son aïeul nous rappelle plusieurs moments forts de La Chambre des tortures où Vincent Price jouait déjà le double rôle de la victime et du bourreau.

L’appel de Chtulhu

Le film bascule dans le cauchemar lors de cette scène nocturne mémorable où Charles et Ann croisent dans les rues d’Arkham plusieurs habitants au visage partiellement effacé qui errent comme des zombies. Un avant-goût de cette étrangeté nous avait été donné avec la vision insolite d’une petite fille sans yeux déambulant sans but (la partie supérieure de son visage apparaissait lisse, via un maquillage approximatif qui n’en demeurait pas moins très frappant). Pour expliquer l’étrange phénomène, le médecin du village décrit ces pauvres hères comme « des êtres humains tous malformés, de pauvres hères d’une espèce mutante ». Selon les superstitions locales, Curwen se serait servi du célèbre Necronomicon, le livre maléfique, pour faire revenir à la surface de la Terre Cthulhu, Iog-Sothot et tous les autres, puis aurait accouplé des humains avec des démons pour créer les mutants qui traînent désormais dans les rues. Ni vraiment fidèle aux écrits de Lovecraft dont il reprend partiellement la mythologie, ni proche de la nouvelle « Le Palais hanté » d’Edgar Poe dont il se contente de reprendre le titre dans sa version originale, La Malédiction d’Arkham n’en demeure pas moins une pièce maîtresse de la fructueuse collaboration entre Roger Corman et Vincent Price, laissant au comédien toute la latitude de jeu nécessaire pour exprimer les deux facettes de son personnage tourmenté, et s’achevant sur la vision furtive d’un démon affublé de quatre bras griffus avant le traditionnel grand incendie final.

 

© Gilles Penso

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CAPITAINE SINDBAD (1963)

Guy Williams, héros de la série Zorro, entre dans la peau du célèbre marin des Mille et une nuits pour affronter monstres et merveilles…

CAPTAIN SINDBAD

 

1963 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Byron Haskin

 

Avec Guy Williams, Pedro Armendariz, Heidi Brühl, Abraham Sofaer, Bernie Hamilton, Helmut Schneider, Margaret Jahnen, Rolf Wanka

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Byron Haskin est un solide réalisateur spécialisé dans la science-fiction, l’aventure et le fantastique, avec à son actif des films tels que La Guerre des mondes, Quand la Marabunta gronde, La Conquête de l’espace ou encore De la Terre à la Lune. Nous lui devons aussi L’Île au trésor, le tout premier long-métrage en prises de vues réelles produit par le studio Disney. De fait, lorsqu’il s’attaque aux contes des Mille et une nuits, l’ombre de l’oncle Walt plane inévitablement sur son œuvre et sur certains de ses choix artistiques. C’est par exemple le cas de son acteur principal, Guy Williams, que tous les spectateurs de l’époque connaissent bien pour avoir longtemps incarné le Zorro de la série Disney. Cette influence se devine aussi à travers les facéties du magicien Galgo (Abraham Sofaer), qui évoque irrésistiblement le héros barbu du Merlin l’enchanteur sorti sur les écrans quasiment en même temps. Les autres membres clés du casting sont Pedro Armendariz (Bons baisers de Russie) dans le rôle du vil El Kerun, et la comédienne allemande Heidi Brühl (Princesse tzigane) dans celui de la belle Jana. Tournée aux studios Bavaria de Munich, cette co-production américano-allemande chapeauté par Frank et Herman King souffre d’un scénario qui est sans cesse réécrit pour pouvoir ramener le film à un budget plus raisonnable. Le script initial de Samuel West et Harry Relis est donc remanié un nombre incalculable de fois, jusqu’à quelques jours à peine avant le début du tournage.

La trame est pourtant assez simple. Elle concerne l’idylle qui se noue entre le capitaine Sindbad et Jana, la fille du roi Baristan. Obstacle inévitable de cette love story au pays des tapis volants, le lâche et cruel vizir El Kerun espère secrètement se débarrasser de Sindbad pour pouvoir épouser Jana à sa place. Il utilise donc la magie pour se faire aimer d’elle. Mais Galgo, le magicien du royaume, vient en aide à Sindbad et lui révèle le secret qui lui permettra de retrouver sa bien-aimée. Car El Kerun est un adversaire très difficile à vaincre. Son cœur ne se trouve en effet pas dans son corps mais ailleurs, au fin fond d’une forteresse sous bonne garde. Lui passer une épée en travers de la carcasse ne sert donc à rien. Pour venir à bout de ce vilain redoutable, Sindbad devra s’embarquer pour la plus étrange croisière et le plus titanesque de ses combats, face à une série de créatures fantastiques.

Un cavalier qui surgit hors de la nuit…

Il était difficile de rivaliser avec le fabuleux Le 7ème voyage de Sinbad sorti cinq ans plus tôt. C’était à prévoir, le film de Byron Haskin n’arrive pas à la cheville de celui de Nathan Juran. Cela dit, la féerie se voit réserver ici une place de choix, les expériences du magicien Galgo donnant lieu à un festival de trucages optiques pleins de charme que George Méliès n’aurait certainement pas reniés. Guy Williams n’a certes pas la fraîcheur de Kervin Matthews, mais son interprétation de Sindbad demeure très convaincante. À vrai dire, c’est surtout la magie de Ray Harryhausen qui manque cruellement à l’œuvre, en particulier au moment où interviennent les monstres : des oiseaux-Roc dont on voit surtout les pattes portant de gros rochers (dans les plans larges ce sont d’inoffensifs volatiles portant de petits cailloux !), des crocodiles géants apathiques, un dragon mécanique multi-têtes qui semble échappé d’une fête foraine et un monstre invisible frustrant qui se contente d’imprimer ses empreintes dans le sol. Un suspense efficace se construit grâce à l’apparente invincibilité du vil El Kerun, et ce jusqu’à l’affrontement final. L’amateur de féeries orientales en a donc pour son argent : un méchant très méchant, une belle princesse, des costumes multicolores, des chorégraphies exotiques, bref tout y est. On note que l’orthographe du nom du héros varie selon les versions et les posters, allant de Sindbad à Sinbad en passant par Simbad.

 

© Gilles Penso


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LE CORBEAU (1963)

Boris Karloff, Vincent Price et Peter Lorre se livrent à un combat de sorcellerie dans cette adaptation burlesque d’Edgar Poe

THE RAVEN

 

1963 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Vincent Price, Boris Karloff, Peter Lorre, Hazel Court, Olive Sturgess, Jack Nicholson, Connie Wallace, William Baskin

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

En 1963, Roger Corman avait déjà réalisé quatre adaptations très réussies de l’univers d’Edgar Poe : La Chute de la maison Usher, La Chambre des tortures, L’Enterré vivant et L’Empire de la terreur. Ce dernier contenait un mémorable sketch mi horrifique mi comique confrontant Vincent Price et Peter Lorre. Corman eut donc l’idée de traiter Le Corbeau sous un jour humoristique en unissant à nouveau Price et Lorre tout en leur adjoignant le grand Boris Karloff. L’idée fera son chemin, au point que ces trois superstars de l’épouvante avaient seront à nouveau mises en scène plus tard la même année par Jacques Tourneur dans un Comedy of Terror loufoque flirtant lui aussi avec l’univers de Poe. Situé dans l’Angleterre du 15ème siècle, Le Corbeau ne présente que très peu de rapports avec la nouvelle dont il est censé s’inspirer, et commence comme l’un des épisodes précédents de la collection.

Dans le rôle du taciturne docteur Craven, Vincent Price se lamente avec mélancolie sur la tombe de sa bien-aimée Lenore, évoquant beaucoup ses personnages de Roderick Usher dans La Chute de la maison Usher et de Locke dans L’Empire de la terreur. Mais très vite, l’intrigue bascule dans la comédie burlesque lorsque survient un corbeau s’exprimant avec la voix de Peter Lorre. Celui-ci n’est autre que le magicien Bedlo, transformé malgré lui en volatile par le redoutable sorcier Scarabus. Bedlo requiert l’aide de Craven, car celui-ci est lui aussi un magicien renommé. En mixant divers ingrédients étranges, Craven parvient à redonner à Bedlo sa forme humaine. Les deux hommes décident alors de se rendre dans le sinistre château de Scarabus pour faire cesser ses maléfiques agissements. Affable, Scarabus les reçoit avec les honneurs, leur réservant en réalité quelques désagréables surprises.

Monstres sacrés

La terrible minceur du scénario dénote avec la rigueur des œuvres précédentes de la série, et c’est manifestement sur la confrontation de ses trois monstres sacrés que Corman a tout misé, sans pour autant se départir des qualités artistiques habituelles de la collection, notamment une photographie, des décors et des costumes somptueux. Les trois sorciers qui tiennent la vedette du Corbeau jouent sur la tromperie des apparences et bénéficient ainsi de toute la variété de jeu de leurs comédiens respectifs. Vincent Price, de prime abord maladroit et dépassé par les événements, s’avère en réalité en pleine possession de ses impressionnants pouvoirs. Peter Lorre se révèle bien moins pitoyable et couard qu’il ne le laisse paraître de prime abord. Quant à Karloff, il est délicieusement détestable en vieux magicien faussement bienveillant. En second plan, dans le rôle du fils de Peter Lorre, on découvre avec curiosité l’amusante prestation du jeune premier Jack Nicholson, que Corman avait déjà employé dans sa fameuse Petite boutique des horreurs. Le Corbeau s’achève sur un duel de sorciers hautement fantaisiste, au cours duquel le compositeur Lex Barker s’amuse à multiplier les clins d’œil musicaux. Bref, une œuvrette anecdotique mais pleine de charmes, l’un des moindres n’étant pas son impressionnant casting.

 

© Gilles Penso

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KAAMELOTT, PREMIER VOLET (2021)

Onze ans après la fin de la série qu’il consacra au roi Arthur, Alexandre Astier prolonge sa vision sur grand écran…

KAAMELOTT, PREMIER VOLET

 

2021 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Astier

 

Avec Alexandre Astier, Anne Girouard, Thomas Cousseau, Lionnel Astier, Franck Pitiot, Alain Chabat, Joëlle Sevilla, Jean-Christophe Hembert

 

THEMA HEROIC FANTASY

Inconnu du grand public mais déjà comédien confirmé, auteur de plusieurs courts-métrages et pièces de théâtre avant que sa petite version personnelle des chevaliers de la Table Ronde (Dies Irae) ne le fasse repérer et lui permette d’entamer – presque sur un malentendu – la grande aventure Kaamelott, Alexandre Astier en est à six saisons d’une série à succès de plus en plus ambitieuse et neuf bandes dessinées situées dans le même univers lorsqu’il passe enfin le cap du cinéma. Un projet caressé depuis le point final des aventures du roi Arthur à la télévision, onze ans plus tôt. Après avoir passé le pouvoir du royaume de Logres à Lancelot, son éternel antagoniste, et s’être réfugié à Rome pour échapper au despotisme meurtrier de ce nouveau régent, le fugitif Arthur Pendragon demeure introuvable pendant une dizaine d’années avant que des chasseurs de prime ne remettent la main sur lui par accident. Ou plutôt par la volonté des dieux qui, fatigués des péchés successifs de Lancelot, abattent leurs cartes pour permettre à l’ancien souverain de remonter sur le trône de Bretagne. Pendant ce temps, les ex-chevaliers de la Table Ronde se sont partagés entre collaborateurs, résistants et attentistes.

Point de départ d’une trilogie annoncée avec une décennie d’avance et censée clore définitivement la saga, ce « KV1 » ouvre donc les hostilités par le retour du roi – gardant vraisemblablement la communauté du Graal pour plus tard. Afin d’épauler sa troupe de comédiens maison, le réalisateur qui avait déjà rapatrié Pierre Mondy, Alain Chabat, Patrick Chesnais ou encore Christian Clavier dans son univers, s’entoure à présent de Clovis Cornillac, de Guillaume Gallienne et de Sting (!), apparemment toujours partant pour intégrer des projets atypiques. Assurant lui-même l’écriture, la mise en scène, la musique, le montage, le rôle principal ainsi que la production après avoir joué des coudes pour récupérer les droits intégraux de sa création, notre homme-orchestre se donne les moyens d’accoucher exactement du film qu’il veut. Parce que c’est l’œuvre obsessionnelle d’un seul individu, ce premier volet ne pourra sans doute que creuser l’écart entre fans irréductibles et détracteurs infatigables. Les premiers se féliciteront de retrouver les ruptures de ton, entre humour et gravité, d’une œuvre qui aime travailler la comédie avec sérieux et goûteront cette version customisée où l’on filme enfin les armes de jet en action, où l’on s’attarde sur les décors, où les textures et les couleurs éclatent, mais où l’accent est toujours mis sur les à-côtés peu glorieux de la quête au mépris de ce qui, dans n’importe quel récit épique, en serait le moteur et l’attraction principale. Les seconds accuseront à coup sûr le film de mégalomanie, de n’être pas assez drôle ou justement pas assez épique, refusant l’entre-deux.

Le retour du roi

Mais ce qui est à même de dérouter vraiment ici, c’est la parfaite continuité des principes canonisés par la série, à l’intérieur d’un support duquel on n’attend généralement pas la même chose : remarquablement écrites, les deux dernières saisons de Kaamelott qui avaient su (avec une grande virtuosité) prolonger le côté « saynètes » des précédentes tout en gérant une narration moins décousue et parfaitement construite au sein d’épisodes beaucoup plus longs, surprenaient par de beaux gestes poétiques disséminés au milieu des éternels champs/contrechamps plus impersonnels, captant surtout la performance des comédiens dans leurs joutes survitaminées ou leurs monologues poignants. Au cinéma c’est autre chose : les questions de cadrage, de point de vue, de mouvement, les gestes de mise en scène ne peuvent constituer un « bonus » : ils sont centraux ! Du coup, même si le film recèle évidemment ses moments de grâce (Arthur escaladant la tour, Léodagan ému devant l’arsenal venu envahir sa province, le désenchevêtrement final de l’armée Burgonde), ils semblent assez peu nombreux sur la durée du métrage. Même l’écriture d’Astier, très « musicale » – avec ses gimmicks, ses motifs, ses reprises de thème, ses développements – est aussi fulgurante dans le contexte d’une série (qui permet la répétition, le repentir, l’ajustement progressif du fait de sa longue durée et de son morcellement en épisodes) qu’elle peut interloquer dans un long-métrage où, sur une durée de deux heures censées former un tout, l’on voit la même armée attaquer plusieurs fois, les mêmes personnages revenir sur les mêmes lieux, ralentissant la progression, provoquant une impression de tourner en rond. C’est qu’Astier, fidèle à sa vision du monde, ne permet jamais à ses protagonistes de s’accomplir immédiatement, dès le premier coup, mais seulement à force de ressassement, d’essais successifs, d’épiphanies tardives. Dépassant largement le million d’entrées en salle dès sa première semaine d’exploitation, c’est sans l’ombre d’un doute que ce premier volet permettra à ses suites de voir le jour dans de bonnes conditions – ce dont on devrait se féliciter.

 

© Morgan Iadakan

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LA CHAMBRE DES TORTURES (1961)

Deux monstres sacrés du cinéma d’épouvante, Vincent Price et Barbara Steele, se retrouvent dans l’univers tourmenté d’Edgar Poe…

THE PIT AND THE PENDULUM

 

1961 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Vincent Price, John Kerr, Barbara Steele, Luana Anders, Antony Carbone, Patrick Westwood, Lynette Bernay

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Lorsqu’il s’attela à La Chute de la maison Usher, Roger Corman n’envisageait pas d’en faire le premier épisode d’une longue série, d’autant que les financiers du film craignaient qu’Edgar Poe ne rebute le grand public et qu’un film d’épouvante sans monstre ne soit guère promis au succès. Or Usher se comporta de manière plus que satisfaisante au box-office, traînant dans son sillage cette seconde adaptation de l’univers de l’écrivain tourmenté. Pour réitérer le succès du film précédent, le cinéaste s’entoure des mêmes collaborateurs principaux, en priorité le comédien Vincent Price auquel il souhaite adjoindre la présence magnétique de Barbara Steele, dont la prestation dans Le Masque du démon l’a fortement impressionné. Tourné en seulement quinze jours, le film n’adapte en réalité que très peu la nouvelle de Poe dont il est censé s’inspirer, « Le Puits et le Pendule », dans la mesure où le texte original raconte à la première personne les tourments d’un condamné à mort dans l’obscurité totale de sa cellule.

Pour que les mots se muent en images, l’écrivain et scénariste Richard Matheson se voit contraint d’imaginer de toutes pièces une histoire, ne reprenant de la prose de Poe que les deux instruments de torture du titre original : une hallebarde montée sur un balancier qui descend inexorablement vers une victime pour la trancher en deux, et un gouffre prêt à happer ceux qui s’y aventurent de trop près. Le récit nous transporte dans l’Espagne du seizième siècle. Pour éclaircir les circonstances de la mort mystérieuse de sa sœur, Francis Barnard (John Kerr) se rend au château dans lequel elle vivait aux côtés de son époux Nicholas Medina (Vincent Price). Nous découvrons alors que Sebastian Medina, le père de Nicholas, était un redoutable inquisiteur espagnol amateur de tortures raffinées. Tourmenté par ce funeste héritage, Nicholas finit par se demander s’il n’a pas enterré vivante son épouse. Et c’est bien sûr Barbara Steele qui hérite du rôle de l’infortunée Elizabeth Barnard Medina.

Victime ou bourreau ?

A vrai dire, la comédienne n’intervient que dans deux séquences de La Chambre des tortures, mais elles sont tellement mémorables qu’elles justifient sans conteste sa présence en troisième position dans la liste des acteurs principaux du film. La première est un flash-back au cours duquel elle nous apparaît d’abord revêtue des plus belles parures, radieuse et souriante, vivant une douce idylle aux côtés de Nicholas avant de découvrir la chambre des tortures ancestrale et de se mettre lentement à dépérir. Dans la seconde, elle surgit de sa tombe, les yeux fous, le sourire cruel, les mains ensanglantées, pour venir harceler son pauvre époux. La dualité victime/bourreau mise en évidence dans Le Masque du démon est donc de mise une fois de plus. Selon une démarche similaire à celle de La Chute de la maison Usher, Corman tourne son film dans des décors tourmentés reconstitués en studio par le designer Daniel Haller, un parti pris dicté par les contraintes financières, mais qui procède aussi d’une volonté d’étrangeté et d’artifice. Car pour Corman, les récits de Poe sont des vues de l’esprit, des créations de l’inconscient ne se rattachant pas directement à la réalité.

 

© Gilles Penso


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