THE MASK (1994)

Jim Carrey crève l’écran dans le rôle d’un timide banquier transformé en mister Hyde cartoonesque grâce à un masque très particulier…

THE MASK

 

1994 – USA

 

Réalisé par Chuck Russell

 

Avec Jim Carrey, Cameron Diaz, Peyer Riegert, Peter Greene, Amy Yasbeck, Richard Jeni, Orester Matacena, Timothy Bagley, Nancy Fish, Johnny Williams

 

THEMA SUPER-HÉROS

A l’origine, « The Mask » est une bande dessinée assez violente publiée en 1985 par Dark Horse Comics. Mais le réalisateur Chuck Russell, pourtant signataire d’un Freddy 3 et d’un Blob assez gratinés, préfère transformer la brutalité de la BD en délire cartoonesque. C’est l’occasion pour New Line Cinema de passer à la vitesse supérieure en réunissant une vingtaine de millions de dollars, le plus gros budget de la compagnie à l’époque. Le studio et Russell évacuent donc volontairement le potentiel horrifique du comics original (balayant d’un revers le projet d’adaptation initial développé à la fin des années 80 et s’orientant vers une franchise gore pour adolescents à la Freddy) pour se tourner vers un très large public. Le scénario rédigé par Mike Werb prend la tournure d’une comédie romantique sur fond d’histoire de gangsters à l’ancienne qui vire subitement au fantastique pur et dur sous l’influence des Looney Tunes et surtout de Tex Avery. Pour enfoncer le clou de cette approche « old school », le cinéaste garnit son long-métrage de morceaux de bravoure chorégraphiques s’appuyant sur une réinvention endiablée de plusieurs standards du swing et de la musique latino (notamment le fameux « Cuban Pete »).

The Mask raconte l’histoire de Stanley Ipkiss, un employé de banque timide et fou de cartoons qui découvre un jour un masque en bois étrange. Lorsque Stanley le met sur son visage, il change de tête et devient un personnage de dessin animé en chair et en os. Il se déplace à toute vitesse, fait des bonds spectaculaires, évite les coups de feu en se tortillant, s’aplatit puis se regonfle comme un ballon… Bref, The Mask est une prouesse technique de tous les instants. « L’équipe d’ILM m’a dit que si j’étais venu les voir avec le scénario de The Mask six mois plus tôt, nous n’aurions pas pu le concrétiser en images de synthèse », nous raconte Chuck Russell. « Dans ce cas, j’aurais utilisé d’autres techniques, tout en mettant à contribution le talent comique de Jim Carrey. L’idée n’était pas que le public se dise : “Oh, quel bel effet spécial !“, mais qu’il se laisse prendre par les personnages et l’histoire. » (1) Le discours de Russel se tient, mais on a du mal à imaginer The Mask sans les prouesses en 3D de l’équipe d’ILM. Grâce à elles, le masque en bois se ramollit, devient vert et recouvre entièrement la tête d’Ipkiss. Plus tard, lorsque notre héros au visage vert voit une pulpeuse chanteuse de cabaret, ses yeux sortent de leurs orbites, sa mâchoire tombe sur la table, sa langue se déroule et sa tête devient celle d’un loup. Il faut aussi souligner le travail remarquable du maquilleur spécial Greg Cannom, qui crée pour l’occasion un masque inoubliable collant au plus près à la structure osseuse du comédien et l’affublant de dents gigantesques.

Tex Avery en 3D

Cela dit, il faut reconnaître que la pantomime de Jim Carrey et l’exubérance de ses expressions faciales assurent une grande partie du potentiel comico-cartoonesque du personnage. Un autre comédien agrémenté des mêmes effets spéciaux n’aurait pas offert le même spectacle (comme le prouvera le dispensable Fils du Mask avec Jamie Kennedy). La grande trouvaille de The Mask est justement d’avoir confié le rôle principal à un Jim Carrey pas encore mué en icône du cinéma comique. Chuck Russell suit sa carrière de près depuis longtemps, assiste à plusieurs de ses spectacles à Los Angeles et c’est lui qui propose son nom à New Line. Ce choix de casting est explosif. A mi-chemin entre le Bruce Campbell d’Evil Dead 2 et le Jack Nicholson de Batman, cet ouragan débordant d’énergie est à lui seul un effet spécial, que les artistes d’ILM n’ont plus qu’à décupler pour le muer en incarnation en volume des folies de Tex Avery. The Mask aura donc contribué à transformer le comédien en superstar et à révéler le talent de Cameron Diaz, qui fait ici ses premiers pas à l’écran après des années de mannequinat. Le triomphe du film est planétaire, mais si ses acteurs stars se sont immédiatement retrouvés propulsés en tête d’affiche à Hollywood, Chuck Russell n’a pas aussi bien amorcé la suite de sa carrière, L’Effaceur, L’Élue ou Le Roi scorpion n’étant pas dignes de son talent et de son inventivité.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

 

© Gilles Penso


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DREAMCATCHER (2003)

Une adaptation ambitieuse d’un roman de Stephen King qui se paie un casting solide mais peine à équilibrer ses nombreux ingrédients…

DREAMCATCHER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Lawrence Kasdan

 

Avec Thomas Jane, Jason Lee, Damian Lewis, Timothy Olyphant, Morgan Freeman, Tom Sizemore, Donnie Wahlberg

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA STEPHEN KING

Lawrence Kasdan a signé deux grands classiques au sein du sous-genre très codifié de la comédie dramatique marquant les retrouvailles de vieux amis, Les Copains d’abord et Grand Canyon. Il a également écrit le scénario de deux des plus grands films d’action et de science-fiction de tous les temps, Les Aventuriers de l’arche perdue et L’Empire contre-attaque. Ce quadruple coup d’éclat faisait de lui le choix idéal pour diriger la transposition à l’écran du roman « Dreamcatcher » de Stephen King, dont le sujet oscille entre amitié masculine, thriller surnaturel et aventure science-fictionnelle. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les producteurs confient même le scénario au vétéran William Goldman, déjà familier de l’univers de King avec ses adaptations très réussies de Misery et Cœurs perdus en Atlantide. Le récit s’attache d’abord à nous présenter ses quatre protagonistes, amis d’enfances doués d’un pouvoir télépathique depuis leur rencontre avec un étrange petit garçon surnommé « Duddits ». Comme chaque année, ils se retrouvent dans une vieille baraque, au milieu des bois enneigés de Derry, l’une des villes fétiches de l’auteur de « Carrie ».

La première partie du film évoque beaucoup Ça, dans la mesure où sa narration emprunte les voies du flash-back pour nous raconter les aventures du quatuor enfant et l’acquisition de leur don paranormal. Le jeu des comédiens, tous excellents, l’intriguant postulat de départ et la beauté plastique des images mises en scène par Kasdan nimbent cette première partie d’un véritable état de grâce. Puis soudain, le film bascule dans la science-fiction outrancière et caricaturale, via une invasion extra-terrestre improbable à mi-chemin entre Alien, Hidden et The Thing. Le tournant s’opère avec l’intrusion au beau milieu des quatre amis d’un homme très malade, habité par une créature qu’il évacue violemment par voie anale, avec force rôts, flatulences et jets de sang ! Autant avouer que ce sursaut sanglant et scato s’avère du plus surprenant effet en pareil contexte.

Un alien dans les toilettes

Passé le premier choc, Lawrence Kasdan nous offre une exceptionnelle séquence de suspense au cours de laquelle la bestiole, enfermée sous la cuvette des toilettes, est sur le point de surgir… Lorsqu’enfin elle paraît, elle a les allures d’une sangsue ouvrant une mâchoire garnie de dents acérées et exhibant une queue de scolopendre. Les remarquables effets spéciaux sont conçus par Steve Johnson, habitué depuis plusieurs années avec l’univers de Stephen King (Simetierre 2, Le Fléau, la mini-série Shining, Rose Red). Le scénario prend alors des atours très classiques, avec l’armée qui se déploie pour casser de l’alien, le méchant militaire décidé à tuer tous les gens infectés afin d’enrayer l’épidémie (Morgan Freeman, dans un total contre-emploi), son gentil second qui opte pour une solution plus modérée (Tom Sizemore, hélas très sous-exploité), et nos héros qui passent alors au second plan. Le mélange des genres ne fonctionne hélas que très partiellement, même si tout se recoupe évidemment au final. Quant au dénouement abrupt, il nous laisse un peu sur notre faim. Les prémisses nous laissaient pourtant présager quelque chose de bien plus consistant que ce film patchwork manifestement incapable de savoir sur quel pied danser.

 

© Gilles Penso


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CYBORG (1989)

Dans un monde post-apocalyptique, Jean-Claude Van Damme affronte une redoutable bande de barbares pour tenter de sauver l’humanité…

CYBORG

 

1989 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Jean-Claude Van Damme, Deborah Richter, Vincent Klyn, Alex Daniels, Dayle Haddon, Ralf Moeller

 

THEMA FUTUR

À la fin des années 80, Menahem Golan et Yoram Globus, les légendaires dirigeants de Cannon Films, essuient coup sur coup deux revers : l’annulation de leur projet Spider-Man et l’incapacité de récupérer les droits des Maîtres de l’univers pour en produire une suite. Ces deux projets alléchants sont donc laissés en plan. Pour amortir en partie les dépenses effectuées dans les repérages, les préparatifs et les designs, le réalisateur Albert Pyun arrive à la rescousse avec l’idée d’un petit film d’action futuriste. Pyun est un proche de Cannon depuis que Menahem Golan a vu L’Épée sauvage et lui a proposé de réaliser plusieurs films sous son giron comme Campus, Le Trésor de San Lucas ou L’Aventure fantastique. Rompu à l’exercice du cinéma de genre à petit budget, le prolifique metteur en scène imagine donc une course-poursuite post-apocalyptique qu’il destine à Chuck Norris. Mais Golan et Globus pensent que ce projet vise un public plus jeune et nécessite donc une star montante. D’où l’entrée en scène de Jean-Claude Van Damme, alors passé sous le feu des projecteurs grâce à Bloodsport. Pyun réadapte donc l’écriture pour la future star de Kickboxer, signe son scénario sous le pseudonyme de Kitty Chalmers (le nom de son chat !) et choisit pour le nom de ses personnages principaux des marques de guitares célèbres. Le héros et son antagoniste s’appellent donc respectivement Gibson et Fender.

L’intrigue de Cyborg se situe dans une ambiance très proche de celle des imitations italiennes de Mad Max 2 et New-York 1997 qui fleurissaient sur les écrans depuis le début des années 80. À ces « post-apo » transalpins, le film de Pyun emprunte d’ailleurs des accès de violence graphique décomplexés : les gorges sont tranchées, les têtes coupées, les membres sectionnés… Ce futur ravagé par la guerre – tourné principalement dans des ruines, des décharges publiques et des terrains vagues – voit errer une populace hagarde décimée par la peste. C’en est donc bientôt fini de l’humanité, à moins qu’une équipe de chercheurs réunie à Atlanta ne parvienne à endiguer l’épidémie. Pour y parvenir, ils ont besoin de récupérer les précieuses informations que transporte Pearl (l’ex-mannequin Dayle Haddon), un cyborg pris en chasse par la redoutable bande de Fender (le très impressionnant Vincent Klyn). Plongé malgré lui dans cette course-poursuite, l’ancien mercenaire Gibson (JCVD) va devoir s’impliquer dans ce combat dont l’issue pourrait bien être la survie de la race humaine. L’acteur belge compose donc une figure qui deviendra récurrente dans sa filmographie, celle du bagarreur qui a pris sa retraite anticipée, loin du tumulte du monde, et qui se retrouve malgré lui obligé de redonner du poing et de la savate pour se positionner sur l’échiquier du bien et du mal.

Grand écart et crucifixion

Le script un peu paresseux de Cyborg, qu’on imagine rédigé en quatrième vitesse, joue le jeu de la linéarité primaire. Tout n’est que prétexte à ponctuer régulièrement le métrage de combats musclés riches en cascades et en exploits physiques. Le budget ne permet pas de réaliser des miracles, mais quelques effets spéciaux audacieux constellent le film, comme une poignée de matte paintings figurant les panoramas d’un monde dévasté, quelques plans en stop-motion permettant d’animer en gros plan la tête du cyborg et plusieurs maquillages spéciaux conçus par le talentueux Greg Cannom (futur maître d’œuvre des métamorphoses du Dracula de Coppola). Cyborg nous offre un super-vilain mémorable, sorte de Terminator à dreadlocks et en cotte de maille, dont la voix de ténor déclame des tirades caricaturales du genre « J’aime ce monde, j’aime la misère, je serai un dieu, je reviens de l’Enfer », et dont les sbires poussent des rugissements d’hommes préhistoriques. Taillé sur mesure pour Jean-Claude Van Damme, le film nous offre l’incontournable scène de grand-écart et les non moins incontournables coups de pieds levés. Devenu martyr après avoir reçu la raclée du siècle, le héros se transforme littéralement en figure christique au cours du dernier acte, crucifié sur le mat d’une épave de bateau, nouveau Jésus belge et futuriste se découpant sur fond de coucher de soleil. Cette étape douloureuse mais nécessaire permettra à ce Phénix musclé de renaître de ses cendres pour aller en découdre une fois pour toutes avec le Mal. Très mal reçu lors des projections tests, Cyborg sera entièrement remonté sous la supervision de Van Damme, et c’est cette version qui sortira sur les écrans, plus édulcorée, plus classique et plus « mainstream » que ce qu’Albert Pyun avait initialement en tête.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER 5 (1994)

Des démons buveurs de sang, des jouets tueurs, de la magie noire, des robots miniatures… Puppet Master V tire dans tous les sens !

PUPPET MASTER V : THE FINAL CHAPTER

 

1994 – USA

 

Réalisé par Jeff Burr

 

Avec Gordon Currie, Chandra West, Ian Ogilvy, Teresa Hill, Guy Rolfe, Nicholas Guest, Willard E. Pugh, Diane McBain

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE I SAGA PUPPET MASTER CHARLES BAND

Puppet Master 4 marquait un tournant dans l’histoire des poupées meurtrières imaginées par Charles Band, puisque celles-ci passaient du côté des « bons » afin d’affronter les forces du mal. Tournée dans la foulée, sa séquelle immédiate prolonge donc cette idée et reprend les événements exactement là où ils se sont arrêtés. Les effets visuels sont toujours supervisés par David Allen, assisté de Chris Endicott et Joseph Grossberg. Cette fois-ci, Allen ne met pas directement la main à la pâte, laissant deux de ses poulains prendre en charge l’animation à proprement parler. Joel Fletcher et Paul Jessel se chargent donc de donner vie aux petites créatures dans les plans larges, le reste étant obtenu comme toujours à l’aide de marionnettes mécaniques. La stop-motion intervient au bout de quarante minutes de métrage pour montrer la naissance d’un « ultime Totem » éveillé par le diabolique Sutekh. Elle permet ensuite aux petits belligérants de courir ou de sauter (on note un plan très dynamique où le Totem traverse une porte pour se jeter sur le massif Pinhead). Une douzaine de plans animés s’insèrent ainsi au milieu des marionnettes conçues par Mark Rappaport et manipulées en direct, le montage permettant d’alterner avec fluidité les deux techniques.

Les affrontements entre le petit démon et les poupées de Toulon ont donc plus de panache que dans le film précédent, d’autant que Torch fait son grand retour avec son bras lance-flammes. Decapitron lui-même révèle un peu plus l’étendue de ses pouvoirs en exhibant de nouvelles têtes et en imitant régulièrement les traits d’André Toulon. De la magie noire, de l’intelligence artificielle, de la sorcellerie, des démons… Débordant d’idées et de rebondissements, ce cinquième opus est finalement victime de ce trop-plein de composantes qui parfois ont du mal à s’assembler avec cohérence. La faute en incombe sans doute à une écriture un peu chaotique prise en charge simultanément ou à tour de rôle par cinq auteurs (Tod Henschell, Steven E. Carr, Jo Duffy, Doug Aarniokoski et Keith Payson).

La fin d’une ère

La déception légitime que les fans peuvent ressentir vis-à-vis de ce cinquième épisode provient surtout de sa nature de quasi-remake du précédent, dont il reprend de nombreux moments forts et de nombreuses séquences (notamment la résurrection du nouveau-venu Decapitron). C’est sans doute le syndrome d’un film qui devait être unique et a été coupé en deux parties assez tardivement dans son processus de développement. D’un autre côté, il faut souligner la qualité et la variété des effets spéciaux, surtout au regard du budget très restreint alloué aux équipes techniques. Au-delà du travail remarquable de David Allen et Mark Rappaport, les artistes de l’atelier Alchemy FX élaborent un costume très impressionnant pour le démon Sutekh qu’incarne Jake McKinnon. Le film se pare aussi d’effets visuels audacieux combinant rétroprojections, rotoscopie, morphings et même images de synthèse. Pas transcendants mais très distrayants, Puppet Master 4 et 5 se regardent sans déplaisir et marquent la fin d’une sorte d’« âge d’or » de la franchise, les opus suivant marquant un net infléchissement qualitatif.

 

© Gilles Penso

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PINOCCHIO (2002)

Des deux côtés de la caméra, Roberto Benigni met en scène et incarne le célèbre pantin vivant imaginé par Collodi

PINOCCHIO

 

2002 – ITALIE / FRANCE / ESPAGNE

 

Réalisé par Roberto Benigni

 

Avec Roberto Benigni, Nicoletta Braschi, Carlo Giuffrè, Kim Rossi Stuart, Peppe Barra, Mino Bellei, Alessandro Bergonzoni

 

THEMA JOUETS I CONTES

Après le triomphe de La Vie est belle, Roberto Benigni était libre de se lancer dans n’importe quel projet cinématographique. L’idée lui est donc venu de réaliser et d’interpréter une nouvelle adaptation du célébrissime conte imaginé par Collodi. La pertinence d’une telle entreprise laisse quelque peu perplexe. En effet, non seulement « Pinocchio » a fait l’objet de maintes versions filmées, limitant du coup considérablement l’effet de surprise (celle de Steve Barron sortit sur les écrans à peine six ans plus tôt), mais en outre Benigni était âgé de cinquante ans lors du tournage du film. Malgré son éternelle jeunesse et son grain de folie permanent, le fringuant acteur/réalisateur manquait donc singulièrement de crédibilité dans le rôle d’un pantin juvénile transformé en petit garçon ! Ici, le vénérable sculpteur Gepetto est interprété par Carlo Giuffré. Un jour, un tronc d’arbre doué de vie grâce aux pouvoirs magiques de la fée bleue (Nicoletta Braschi) traverse tout le village en semant une belle panique pour venir cogner à sa porte. Séduit par la qualité de ce bois, du pin massif, il en fait un pantin articulé qu’il nomme Pinocchio.

Assez curieusement, le film prend le parti de nous montrer d’emblée Benigni sous forme humaine, sous-entendant l’acceptation par le public de deux données un peu difficiles à avaler : le joyeux quinquagénaire habillé comme un clown est un pantin en bois, et il représente un gamin de sept ou huit ans. La fée concède à muer Pinocchio en véritable petit garçon à condition que celui-ci se montre honnête et travailleur. Hélas, les tentations sont nombreuses, et le petit homme de bois n’a pas la force de caractère d’y résister, malgré un bon fond manifeste, et malgré les mises en garde de sa conscience qui a pris la forme d’un grillon parlant (incarné par le comédien Peppe Barra, affublé pour l’occasion de deux jolies antennes). Ainsi, alors que son père se saigne aux quatre veines pour lui acheter un abécédaire, Pinocchio s’éloigne du chemin de l’école pour assister au spectacle de marionnettes d’un théâtre ambulant tenu par un ogre colossal (Franco Javarone). Ensuite, ce sont un renard et un chat (Max Cavallari et Bruno Arena) qui abusent de sa naïveté en lui volant son argent. Pinocchio n’est pas au bout de ses peines, car son chemin sera encore semé d’obstacles et de créatures étranges…

Benigni en roue libre

Armé de moyens importants, Benigni a pu donner corps aux séquences féeriques qui ponctuent le récit à l’aide de décors somptueux et d’effets spéciaux numériques haut de gamme. Ces derniers permettent notamment de visualiser les évolutions hystériques d’un tronc d’arbre vivant, les bonds frénétiques du minuscule grillon aux côtés de Pinocchio, les centaines de souris qui tirent le carrosse de la fée bleue, le gigantisme de l’ogre Mange-le-Feu ou encore la monstrueuse baleine aux allures de requin colossal. Le film se pare également d’une partition enjouée signée Nicola Piovani (Intervista, Jambon jambon, La Vie est belle). Mais toutes ces qualités formelles sont gâchées par le jeu insupportable de Benigni, en totale roue libre, qui gesticule, s’agite, sautille et s’avère incapable de prononcer une seule ligne de dialogue sans hurler, sabordant du même coup son film par un trop plein d’hystérie.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER 4 (1993)

Dans ce quatrième opus, les fameuses poupées tueuses deviennent des sortes de super-héroïnes liguées contre des entités démoniaques…

PUPPET MASTER IV

 

1993 – USA

 

Réalisé par Jeff Burr

 

Avec Gordon Currie, Chandra West, Jason Adams, Teresa Hill, Guy Rolfe, Felton Perry, Stacie Randall, Mike Wiles, Dan Zukovic

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE I SAGA PUPPET MASTER CHARLES BAND

La première trilogie Puppet Master aura été le grand succès du producteur Charles Band. Dans la foulée du troisième opus, celui-ci décide donc de passer à la vitesse supérieure tout en continuant à capitaliser sur cette franchise à la popularité croissante. Sa première idée est un crossover qu’il baptise Puppet Master vs Demonic Toys et qu’il annonce officiellement lors du marché du film du Festival de Cannes en 1992. Mais le projet tombe à l’eau et Band revient à la charge avec un effet d’annonce encore plus spectaculaire : Puppet Master 4 sera un long-métrage au budget important destiné aux salles de cinéma. Le scénariste J.S. Cardone est chargé d’écrire ce Puppet Master : The Movie que Band envisage de réaliser lui-même. Mais cette option non plus n’est pas menée à terme. Il faut donc revoir les ambitions à la baisse et opter pour une solution plus expéditive, plus économique et un peu moins excitante : tourner simultanément Puppet Master 4 et 5 dans les mêmes décors et avec la même équipe, en à peine un mois, et revenir au marché que Full Moon Pictures connaît bien : la vidéo.

La réalisation de ce diptyque écrit à la hâte par une demi-douzaine de scénaristes est confiée à un spécialiste des séquelles de films d’horreur, Jeff Burr, qui s’est illustré avec les peu mémorables Massacre à la tronçonneuse 3 et Beau-père 2. Dans Puppet Master 4, le tranchant Blade, le colosse Pinhead, le perforant Tunneler, le bouffon Jester et le cow-boy Six-Coups sont réactivés par Rick Myers, un jeune expert en intelligence artificielle, et trois de ses amis scientifiques. Un nouveau venu se joint à la bande : Decapitron, un robot miniature dont les têtes varient au fil des armes qu’il utilise, échappé en fait d’une production de Charles Band qui ne vit jamais le jour. « Decapitron devait être un film produit par Empire », explique le superviseur des effets visuels David Allen. « C’était l’histoire d’androïdes qui changeaient de tête en fonction des missions qu’ils avaient à accomplir. Ce film n’a jamais abouti, et certains concepts ont été réutilisés pour l’un des personnages de Puppet Master 4. Nous avons donc créé une poupée qui s’appelle Decapitron et qui donne une idée assez précise des personnages qui avaient été imaginés pour le film. Chaque tête représente un état d’âme différent de André Toulon. » (1)

Place aux Totems

Tout ce beau monde affronte d’autres créatures de taille réduite, les Totems, des monstres buveurs de sang et quasi-invulnérables commandés par Sutehk, un sorcier adepte de la magie noire aux allures de squelette sous stéroïdes. Les Totems sont affublés d’une tête cuirassée hypertrophiée et d’une mâchoire garnie de dents acérées. Leurs mains et leurs pieds arborent des griffes redoutables et leur corps musclé et reptilien est hérissé de pointes. David Allen prend une nouvelle fois en charge l’animation de cette galerie de personnages miniatures, épaulé par ses vieux complices Randy Cook et Chris Endicott. La stop-motion intervient principalement lors des séquences d’attaque des Totems, qui s’en prennent d’abord aux scientifiques d’un laboratoire de recherche puis surgissent d’un tableau Ouija, après une séance de spiritisme, pour agresser les jeunes protagonistes. L’animation en volume continue de fournir également plusieurs plans larges des poupées lorsqu’elles marchent ou sautent. On regrette toutefois que la technique fétiche de David Allen ne soit quasiment jamais sollicitée pour les corps à corps entre créatures. Les combats y auraient gagné en dynamisme et en énergie. Mais la stop-motion prend beaucoup de temps, d’où la sollicitation fréquente de marionnettes mécaniques à baguettes. Comme on peut s’y attendre, la fin de Puppet Master 4 est très ouverte et nous offre même une courte bande-annonce de l’épisode suivant.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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COMTESSE DRACULA (1971)

Révélée par Vampire Lovers, la voluptueuse Ingrid Pitt retrouve la Hammer pour donner corps à la sanglante comtesse Bathory…

COUNTESS DRACULA

 

1971 – GB

 

Réalisé par Peter Sasdy

 

Avec Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Elès, Maurice Denham, Patience Collier, Peter Jeffrey, Lesley Ann-Down, Leon Lissek

 

THEMA VAMPIRES

L’affaire de la comtesse hongroise Elizabeth Nadasdy, née Bathory, qui fut condamnée pour avoir kidnappé et assassiné des centaines de jeunes filles afin de se baigner dans leur sang et de prolonger ainsi sa jeunesse, fit couler beaucoup d’encre en 1611. Ce cas réel de vampirisme non surnaturel frappa évidemment les imaginations, et le studio Hammer profita du relâchement de la censure au début des années 70 pour en proposer une adaptation cinématographique. Vampire Lovers, qui fonctionnait déjà sur un registre voisin, révéla la belle Ingrid Pitt, qui reprend ici du service dans le rôle de la comtesse sanglante. Celle-ci, vieillissante, vient d’enterrer son époux lorsque le film commence. Cruelle avec son petit personnel, elle maltraite un soir une de ses femmes de chambre, la blessant avec un couteau. Le sang de la donzelle gicle sur la joue de la comtesse, et aussitôt les rides y disparaissent. Stupéfaite par l’incroyable découverte, Elizabeth décide désormais de faire enlever les jeunes vierges du village et de les égorger pour enduire son corps de leur sang, avec la complicité de son amant le capitaine Dobi. Rajeunissant miraculeusement, elle choisit de se faire passer pour sa propre fille Ilona, tandis que la véritable Ilona est séquestrée dans la forêt pour éviter de mettre à jour la supercherie. Sa libido s’accroissant, la comtesse se met à tourner autour du bel Imre Toth, ce qui n’est évidemment pas du goût de Dobi…

Le lieu commun affirmant que la réalité dépasse la fiction s’applique hélas on ne peut mieux à ce frileux Countess Dracula réalisé sans panache par un Peter Sasdy que l’on connut plus inspiré (il venait de signer l’audacieux Une messe pour Dracula). Là où l’on attendait des débordements érotico-horrifiques, des visions dantesques de baignoires emplies de sang virginal et d’éprouvants meurtres en série, le film ne dévoile qu’un timide bout de sein et se contente de montrer la comtesse s’éponger chastement la joue avec quelques gouttes de sang. Comme en outre Ingrid Pitt ne semble que très peu concernée par son personnage, et que Sandor Elès est un héros d’une incroyable fadeur, le film ne ressort guère grandi par son casting, malgré la conviction de Nigel Green en capitaine Dobi et l’indiscutable charme de Lesley-Anne Down qui interprète Ilana.

Les stigmates du crime

On peut également regretter le manque de finesse des maquillages vieillissants de Tom Smith, qui nuisent beaucoup à la crédibilité de l’ensemble. Toutes ces faiblesses sont d’autant plus malencontreuses que le scénario possédait un vrai potentiel horrifique, mêlant habilement le thème du vampirisme au mythe de Dorian Gray, dans la mesure où la comtesse enlaidit davantage chaque fois qu’elle retrouve son âge véritable, comme si elle portait les stigmates de ses crimes et de ses péchés. Pour justifier un titre faisant allusion à Dracula sans autre justification que le fort impact commercial du comte imaginé par Bram Stoker, Peter Sasdy achève son film sur une poignée de villageois regardant avec mépris la criminelle emprisonnée en crachant et l’affublant du surnom peu enviable de « comtesse Dracula », le sobriquet étant dès lors repris en chœur comme une sinistre litanie.

 

© Gilles Penso


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TAMMY AND THE T-REX (1994)

Denise Richards est amoureuse d’un tyrannosaure animatronique meurtrier piloté à distance par le cerveau de son fiancé !

TAMMY AND THE T-REX

 

1994 – USA

 

Réalisé par Stewart Raffill

 

Avec Denise Richards, Theo Forsett, Paul Walker, Ellen Dubin, Terry Kiser, Buck Flower, Ken Carpenter, George Pilgrim, Sean Whalen, John Franklin

 

THEMA DINOSAURES

Produit dans la foulée du succès fou de Jurassic Park et baptisé d’abord Teenage T-Rex au moment de sa présentation au Marché du film de Cannes en 1994, puis Tanny & the Teenage T-Rex et finalement Tammy and the T-Rex, cet objet filmique est parfaitement indéfinissable. La genèse du long-métrage elle-même laisse rêveur. Stewart Raffill, réalisateur de Ice Pirates, Philadelphia Experiment et Mac et moi, est un jour contacté par le propriétaire de plusieurs salles de cinéma en Amérique du Sud qui lui affirme posséder pour un temps limité un tyrannosaure animatronique grandeur nature. La bête doit ensuite voyager vers le Texas pour être exploitée dans un parc d’attractions. Mais si Raffill est capable d’écrire un scénario en une semaine et de tourner le film dans la foulée, le dinosaure pourra en être la vedette. Voilà comment est né cet improbable Tammy and the T-Rex ! Le cinéaste part donc en tournage en septembre 1993 avec un script à peine ébauché qui sera réécrit au fur et à mesure des prises de vues. Pour gagner du temps et faire quelques économies, Raffill choisit des lieux de tournage les plus proches possibles de son domicile et s’embarque dans l’aventure la plus bizarre de sa carrière.

Quelques années avant que Starship Troopers ne la fasse accéder à la célébrité, la délicieuse Denise Richards incarne la Tammy (ou Tanny, selon les versions) du titre, une étudiante follement amoureuse de Michael (Paul Walker, futur héros de la franchise Fast and Furious). Mais tous deux sont surpris en pleins ébats par le vil Billy (George Pilgrim), ex-petit ami de la jeune fille qui apprécie très peu de la voir exulter dans les bras d’un autre. Avec la bande de voyous qui l’accompagne, Billy kidnappe Michael et l’abandonne en pleine nuit dans un zoo où le malheureux se fait déchiqueter par un léopard ! Le point de départ est donc déjà une belle épreuve pour la suspension d’incrédulité des spectateurs. Mais ce n’est qu’un hors d’œuvre. Le meilleur – ou le pire, c’est selon – reste à venir. Car le corps mutilé du jeune homme est bientôt récupéré par le génial mais fou docteur Wachenstein (Terry Kiser) qui a construit un tyrannosaure mécanique grandeur nature et projette de connecter le cerveau de Michael au corps du monstre animatronique ! Cette expérience délirante que même les séries B les plus excessives des années 50 n’auraient pas osé mettre en scène réussit au-delà de toute espérance. Bien sûr, le dinosaure/robot/humain s’énerve, massacre tous les scientifiques à la solde de Wachenstein et s’enfuit pour retrouver sa dulcinée…

Bizarrosaure

Tammy and the T-Rex est un film d’autant plus aberrant que sa tonalité nous échappe totalement. Un tel postulat semble taillé sur mesure pour une comédie loufoque riche en clins d’œil et en gags référentiels. Mais s’il collecte volontiers les passages humoristiques, Stewart Raffill aborde la plupart du temps ses séquences avec un premier degré désarmant qui renforce davantage son caractère comique – involontaire ou non, allez savoir – notamment lorsque la belle, en observant ce gros dinosaure pataud, comprend soudain qu’il s’agit de son petit ami ! Denise Richards écarquille ses jolis yeux embués, la bande originale sort les violons, le T-Rex fait « grrrr grrr » et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Ce grand écart prend une tournure encore plus déstabilisante lorsque Tammy and the T-Rex bascule soudain dans le gore le plus décomplexé. Têtes coupées, membres déchiquetés, intestins arrachés, corps broyés, le maquilleur spécial John Carl Buechler (Re-Animator) s’en donne à cœur joie sans la moindre retenue, face à la caméra d’un Stewart Raffill qui visiblement ne sait même pas ce qu’il est en train de filmer. La plupart de ces séquences ultra-sanglantes seront coupées au montage, dans l’espoir de faire de Tammy and the T-Rex un spectacle familial acceptable. Mais c’est une peine perdue. Le film est tellement « autre » qu’il passe à côté de cette cible potentielle et se transforme en objet de culte pour tous les amateurs de bobines déjantées et inclassables. D’où la réinjection dans le montage de ses exactions gore au moment de sa restauration.

 

© Gilles Penso

 

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REPO MEN (2010)

Une fable futuriste cinglante et sanglante dans laquelle Jude Law et Forrest Whitaker démembrent ceux qui ne peuvent plus payer leurs organes…

REPO MEN

 

2010 – USA

 

Réalisé par Miguel Sapochnik

 

Avec Jude Law, Forrest Whitaker, Alice Braga, Liev Schreiber, Carice Van Houten, Chandler Canterbury, Joe Pingue, Liza Lapira

 

THEMA FUTUR

Il est surprenant qu’un grand studio comme Universal et que des comédiens aussi populaires que Jude Law et Forrest Whitaker aient osé se lancer dans cette fable futuriste qui, sous ses allures de divertissement de science-fiction grand public, abrite une satire sociale cinglante qui ne recule devant aucun effet gore pour délivrer ses salves acerbes. Certes, le sujet même du roman « The Repossession Mambo », écrit par Eric Garcia, n’avait rien d’un conte pour enfants. Mais une adaptation « mainstream » aurait tout à fait été envisageable, surtout avec de telles têtes d’affiche. Or ni les scénaristes (Garcia lui-même et son complice Garrett Lerner), ni le réalisateur Miguel Sapochnik ne semblent vouloir édulcorer le propos initial. Ainsi, lorsque nos « héros » entrent en scène pour récupérer un organe impayé, les armes les plus tranchantes s’acharnent sur les corps des malheureux endettés, le sang gicle sans la moindre demi-mesure, et l’équipe des effets spéciaux s’en donne à cœur joie, sous les bons auspices du maquilleur Andy Clement.

Comme Law et Whitaker, dans le rôle des deux « repo-men » les plus efficaces de leur génération, s’acquittent de leur tâche avec une bonne humeur excessive pour pouvoir toucher leur prime, il semble difficile de trouver chez ces tueurs officiels un pôle d’identification. D’autant que si l’un d’entre eux finit par se retourner contre le système, c’est moins par un élan soudain de conscience humaniste que pour des raisons strictement personnelles. Pourtant, ces protagonistes nous attirent et nous touchent, suscitant auprès des spectateurs une empathie qui semblait de prime abord impensable. Ce petit miracle, sans lequel Repo Men ne serait qu’un défouloir dénué d’émotion, repose beaucoup sur les épaules des deux comédiens principaux, cassant volontairement leur image de superstars sympathiques pour composer des anti-héros cyniques et désabusés. Même l’excellent Liev Schreiber parvient à contourner les écueils du manichéisme, malgré les ignominies perpétrées par la société que dirige son personnage.

Violent et décomplexé

Le questionnement moral est donc au cœur du récit, mais le scénario refuse ostensiblement de se soumettre au dictat du politiquement correct. Aucune réelle rédemption ne vient illuminer le destin de ces employés modèles, et si l’acte final de Repo Men semble vouloir racheter les péchés de chacun en préservant la morale, ce n’est qu’un leurre savamment orchestré qui s’achemine sans détour vers un dénouement pour le moins surprenant. Et pour mieux noyer le poisson, le long-métrage de Miguel Sapochnik s’offre les atours d’une superproduction d’anticipation digne de ce nom, révélant d’impressionnants panoramas d’une cité cyclopéenne où le métro aérien se faufile tel un serpent entre d’immenses immeubles, et ponctuant ses péripéties de combats musclés et spectaculaires au cours desquels Forrest Whitaker peut pleinement exploiter sa maîtrise des arts martiaux. Violent, décomplexé, rythmé par une bande originale énergisante qui alterne les envolées symphoniques de Marco Beltrami et une playlist musicale joyeusement décalée, Repo Men nous évoque les œuvres subversives et impertinentes de Paul Verhoeven. Comme référence, il y a pire.

 

© Gilles Penso

LES ENFANTS DU MAÏS 4 : LA MOISSON (1996)

Naomi Watts et Karen Black tiennent la vedette de ce quatrième épisode où de nouveaux enfants sont possédés par le démon imaginé par Stephen King

CHILDREN OF THE CORN IV : THE GATHERING

 

1996 – USA

 

Réalisé par Greg Spence

 

Avec Naomi Watts, Karen Black, Jamie Renée Smith, Mark Salling, Brent Jennings, Toni Marsh, Lewis Fanagan III

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Contrairement aux trois premiers films de la saga des Démons du maïs, ce quatrième épisode, sobrement sous-titré La Moisson, sort directement en vidéo. C’est un signe des temps, et il en sera de même pour tous les opus suivants. Le titre français opte d’ailleurs bizarrement pour Les Enfants du Maïs au lieu des Démons du Maïs. Oubliant le final du long-métrage précédent,  qui annonçait une apocalypse à l’échelle planétaire avec le déploiement d’un grand monstre animatronique digne de Lovecraft, celui-ci revient à un cadre rural et modeste. Alors en début de carrière, Naomi Watts interprète la jeune Grace Rhodes, interrompant ses études pour rendre visite à sa mère June (Karen Black) dans une petite ville du Nebraska. Prise d’une peur irrationnelle des champs de maïs, en proie à de terribles cauchemars, June refuse de dépasser le perron de sa maison. Nous découvrons alors le reste de la famille de Grace : sa petite sœur Margaret, encore enfant, et son frère James, préadolescent. De toute évidence, ce sont des proies idéales pour le culte du maïs.

Grace reprend provisoirement son ancien travail d’infirmière pour le médecin local et découvre que les jeunes enfants du coin sont tous pris de violents accès de fièvre et de convulsions. Il ne s’agit évidemment pas d’un simple virus. Ils sont possédés par l’esprit d’un enfant fantôme/zombie surgi d’un puits. Bientôt, tous ces charmants bambins se mettent à déambuler en groupe, à la façon de ceux du Village des damnés, et à assassiner les habitants. Lors d’une scène assez marquante, le sang des enfants stocké dans les tubes à essai déborde pour se transformer en une marre écarlate d’où émerge une main armée d’une faucille. Mais le reste du temps, les séquences horrifiques et les meurtres surprennent surtout par leur manque d’inventivité. L’homme transpercé par toutes sortes d’outils dans une grange (faux, fourche, faucille) et plus tard l’infirmière assaillie par des objets tranchants se contentent ainsi de plagier le climax de Carrie.

Cauchemars à répétition

Au fil d’une intrigue routinière et ennuyeuse, les personnages n’en finissent plus de faire des cauchemars imbriqués les uns dans les autres jusqu’à ce que les événements tournent à la parodie involontaire. Finalement, le film de Greg Spence illustre à merveille la théorie de la relativité développée par Albert Einstein. En effet, malgré sa courte durée (à peine plus d’une heure), Les Enfants du maïs : la Moisson semble interminable. Spence réalisera deux ans plus tard un autre film de genre, Prophecy 2, avant de se concentrer sur ses activités de producteur (on le retrouvera au générique de nombreuses séries dont Game of Thrones). Naomi Watts, quant à elle, devra attendre le Mulholland Drive de David Lynch pour se muer progressivement en superstar et tenter de faire oublier de sa filmographie ces premiers pas embarrassants aux côtés des enfants du maïs.

 

© Gilles Penso

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