NEXT (2007)

Nicolas Cage possède le don de prévoir son propre avenir deux minutes à l’avance et tente de contrecarrer une attaque terroriste…

NEXT

 

2007 – USA

 

Réalisé par Lee Tamahori

 

Avec Nicolas Cage, Juliane Moore, Jessica Biel, Nicolas Pajon, Jessica Barth, Peter Falk, Thomas Kretschmann, Charles Chun

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

« Par l’auteur de Minority Report » clame fièrement l’affiche de Next. L’auteur en question est le romancier Philip K. Dick, dont le nom fait recette à Hollywood depuis Blade Runner. C’est sur la nouvelle « L’homme doré », publiée en 1954, que le scénariste Gary Goldman jette son dévolu. Évacuant l’aspect futuriste du texte initial, il replace l’histoire dans un contexte contemporain, muant du même coup le récit de science-fiction en thriller paranormal. Ce n’est pas une mauvaise idée en soi, mais le traitement final laisse franchement à désirer. Car si l’idée de départ reste très forte, les rebondissements du scénario frisent bien souvent le grotesque le plus outrancier. Nicolas Cage, qui choisit décidément ses rôles selon des critères qui nous échappent, incarne ici Cris Johnson, un homme doué d’une capacité unique au monde : il peut visualiser son propre futur deux minutes à l’avance et changer à loisir le cours des événements.

Pour tirer modestement profit de son don hors du commun, Cris tient la vedette d’un petit numéro minable de magicien à Las Vegas, sous le pseudonyme improbable de « Frank Cadillac ». Afin de mettre un peu de beurre dans ses épinards, il joue régulièrement au casino et gagne évidemment à chaque fois. Son petit manège finit par attirer l’attention du patron de l’établissement, qui cherche à comprendre de quelle manière il triche, puis de l’agent du FBI Callie Ferris (Julianne Moore), qui soupçonne la présence d’un véritable pouvoir extrasensoriel. Pour elle, Cris Johnson représente son unique chance d’empêcher une attaque terroriste imminente. Mais comment convaincre cet homme désabusé de s’impliquer dans une mission extrêmement périlleuse, d’autant que ce dernier est en train de tomber amoureux d’une belle inconnue (Jessica Biel) élargissant apparemment l’étendue de ses pouvoirs ?

Erreur de parcours

La finesse n’est pas de mise dans Next, qui accumule clichés, incohérences et lieux communs avec une décontraction déconcertante. La mise en scène de Lee Tamahori n’est pas vraiment en cause, dans la mesure où le cinéaste néo-zélandais réfrène les effets de style grossiers dont il avait affublé Meurs un autre jour pour livrer une réalisation nerveuse et efficace. D’impressionnantes séquences d’action ponctuent ainsi le métrage, notamment la fuite des protagonistes menacés d’être écrasés par une avalanche de voitures, de troncs d’arbres et de débris dévalant sur le flanc d’une colline. Quelques idées visuelles originales égaient en outre la bataille finale, en particulier lorsque Cris envisage tous les dénouements possibles du drame dans les deux minutes à venir, se dédoublant en autant d’avatars qui explorent les différents futurs proches potentiels. Hélas, le script pataud de Goldman (auteur des pourtant réjouissants Les Aventures de Jack Burton et Total Recall) a toutes les peines du monde à nous convaincre, peu aidé il est vrai par le jeu ahuri de Nicolas Cage, le manque de conviction de Julianne Moore et le rôle de plante verte attribué à Jessica Biel. Et pourtant, ces trois comédiens ont su maintes fois nous prouver l’étendue de leur talent (citons au hasard Volte/face, Les Fils de l’homme et Massacre à la tronçonneuse pour nous en convaincre). Une erreur de parcours sans doute.

 

© Gilles Penso

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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1943)

Le studio Universal produit le remake parlant d’un de ses grands succès des années 20 en confiant le rôle du Fantôme à Claude Rains

PHANTOM OF THE OPERA

 

1943 – USA

 

Réalisé par Arthur Lubin

 

Avec Claude Rains, Susanna Foster, Edgar Barrier, Nelson Eddy, Leo Carrillo, Jane Farrar, J. Edward Bromberg, Fritz Feld

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Le Fantôme de l’Opéra de 1925 étant l’un des grands succès muets d’Universal, un remake parlant fut envisagé dès 1935. Mais la vente du studio par les frères Laemmle suite à des déboires financiers ajourna sans cesse le projet. Au début des années 40, le réalisateur Henry Koster travaille sur une nouvelle adaptation officielle du roman de Gaston Leroux, dans laquelle le Fantôme serait le père de la chanteuse Christine. Mécontent de cette approche, le producteur George Waggner remplace Koster par Arthur Lubin et se met en quête d’un comédien digne de succéder au grand Lon Chaney. Après un long tour de table (où il est notamment question de Lon Chaney Jr, Boris Karloff et Charles Laughton), le choix se porte sur Claude Rains, qui s’était distingué par sa voix inoubliable dans L’Homme invisible de James Whale. Ainsi, dix ans après son incarnation de l’anti-héros imaginé par H.G. Wells, les studios Universal lui confient à nouveau le rôle-titre d’un monstre pathétique dont le jeu transparaît quasi-essentiellement à travers le dialogue.

Rains incarne donc le violoniste Claudin, qui connaît l’infortune d’être renvoyé de l’Opéra suite à une interprétation imparfaite due à une faiblesse passagère. Fou de colère, il occis sans autre forme de procès un éditeur qui a osé se moquer de son concerto, l’œuvre de toute une vie. Mais au cours du pugilat, il est défiguré par du vitriol (Gaston Leroux, rappelons-le, était l’un des auteurs les plus prestigieux du théâtre Grand-Guignol), et se met à errer comme un animal blessé dans les rues désertes de la ville. Pourchassé par les gendarmes, il se dissimule dans une bouche d’égout et, de là, parvient à rejoindre via un dédale sombre et malodorant les catacombes de l’Opéra. Y bâtissant son antre, il va et vient comme bon lui semble dans le prestigieux bâtiment, grâce à de nombreux passages secrets et à un trousseau de clefs qu’il a volé au directeur. Empruntant un masque blanc et un costume sombre, il fait dès lors régner la terreur à l’Opéra, dont il entend suinter la musique depuis son repaire souterrain. Amoureux de la belle Christine, il se donne pour but de la transformer en vedette, quitte à multiplier les meurtres pour y parvenir.

Plus lyrique qu’horrifique

Excellent dans un registre mi-horrifique mi-pathétique (comme dans Les Enchaînés d’Hitchcock), Rains partage la vedette avec les chanteurs Nelson Eddy et Susanna Foster, qui s’époumonent plus que de raison tout au long du métrage, privilégiant bien souvent le lyrisme à l’épouvante, au sein d’une œuvre conçue pour séduire le public le plus large. Fort de sa longue expérience avec Abbott et Costello, Arthur Lubin injecte une bonne dose d’humour dans le film, notamment à travers les séquences mettant en scène les deux prétendants de Christine, un baryton et un policier qui parlent en même temps et ne cessent de piétiner leurs plates-bandes respectives sans se départir de leur élégance et de leurs bonnes manières. Au cours du climax, le Fantôme se démasque enfin, dévoilant une timide défiguration partielle. Discret à la demande expresse de Rains, ce maquillage s’avère indigne du talentueux Jack Pierce, et souffre sérieusement de la comparaison avec l’inoubliable faciès mortuaire de Lon Chaney. Cette réserve mise à part, ce Fantôme de l’Opéra reste un divertissement de très haute tenue, grâce à ses comédiens savoureux, son technicolor somptueux et ses décors magnifiques, qui réutilisent la réplique grandeur nature de l’Opéra Garnier construite à Universal pour les besoins de la version de 1925.

© Gilles Penso

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JUPITER, LE DESTIN DE L’UNIVERS (2015)

Les Wachowski s’attaquent à un space opera de grande envergure… et accouchent d’une sorte de péplum romantico-futuriste improbable

JUPITER ASCENDING

 

2015 – USA

 

Réalisé par Andy et Lana Wachowski

 

Avec Mila Kunis, Channing Tatum, Eddie Redmayne, James d’Arcy, Sean Bean, Douglas Booth, Gugu Mbatha-Raw

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

C’est pendant les préparatifs de Cloud Atlas que les Wachowksi furent approchés par Jeff Robinov, président de Warner Bros, en quête d’un nouveau concept de science-fiction susceptible de devenir une franchise. Ainsi naquit le projet Jupiter Ascending, permettant aux créateurs de Matrix de s’aventurer dans le domaine du space opera pur et dur. Personnage central du récit, la jeune immigrée russe Jupiter Jones (Mila Kunis) passe ses journées à nettoyer les toilettes des gens riches. Pour pouvoir se payer le télescope dont elle rêve, elle décide d’aller vendre ses ovules. Or la voilà soudain agressée par une horde d’aliens hargneux, puis sauvée in-extremis par le mystérieux Cain Wise (Channing Tatum), lequel lui révèle le rôle crucial qu’elle s’apprête à jouer dans l’équilibre du cosmos. Véritables marques de fabrique des Wachowski, les séquences d’action constituent évidemment l’un des points forts du film. L’une des plus incroyables d’entre elles est le sauvetage de Jupiter par Cain. Longue de huit minutes, cette course-poursuite en apesanteur dans les rues de Chicago nous laisse le souffle coupé. D’autres morceaux de bravoure ponctuent les deux heures du métrage, notamment de nombreux chassés croisés spatiaux et une bataille finale étourdissante, soutenue par les envolées lyriques du compositeur Michael Giacchino.

Mais la rigueur à laquelle nous ont habitués les deux cinéastes, leurs questionnements existentiels, leur ambition narrative semblent s’être ici évaporés au profit d’une linéarité déconcertante qui confine au simplisme. Incroyablement mécanique, le récit s’appuie sur l’affrontement de Jupiter avec chacun des trois membres d’une dynastie extraterrestre, chacune de ces rencontres dangereuses se clôturant par l’intervention in-extremis du valeureux Cain, chevalier servant chevauchant les cieux avec ses bottes anti-gravité. Elle qui rêvait d’un destin meilleur, la voilà désormais promue « reine de la Terre » et revêtue de toilettes dignes de défilés de grands couturiers, arpentant les coursives de vaisseaux spatiaux filmés comme des scènes de théâtre où se nouent des intrigues basiques dignes d’un soap opéra. Quant à la romance qu’elle développe avec Cain, entravée par son statut d’humaine face à un être aux pouvoirs surnaturels, elle ne cesse d’évoquer les ressorts de la saga Twilight, ce que confirme un dénouement d’une vertigineuse naïveté.

Alice au pays des étoiles

Alors qu’en conclure ? Facilités ? Faiblesses d’écriture ? Laxisme ? Permettons-nous une hypothèse. Et si Jupiter, passionnée comme son père par l’immensité du cosmos et nommée comme la planète la plus grande de notre système solaire, s’était imaginé toute cette aventure interplanétaire pour échapper à sa basse condition de femme de ménage au destin scellé ? Et si tous ces raccourcis, toutes ces incohérences, toute cette mécanique, toute cette théâtralité s’expliquaient par les aléas de l’imagination fertile d’une jeune femme en quête d’un ailleurs insaisissable ? Cette hypothèse n’est jamais confirmée officiellement, mais les Wachowksi nous ont toujours prouvé leur rejet de la facilité et leur goût pour les narrations complexes. Jupiter Jones serait-elle donc une Alice au pays des merveilles des temps modernes ? Une variante de la Babydoll de Sucker Punch troquant son quotidien morose contre une love-story d’outre-espace ? Pourquoi pas ? Mais même à travers cette possible grille de lecture, la grande aventure cosmique que nous étions en droit d’espérer manque singulièrement de saveur.

 

© Gilles Penso

 

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HISTOIRES D’OUTRE-TOMBE (1972)

Un film à sketches inspiré des EC Comics, qui influencera Creepshow et la série Les Contes de la crypte

TALES FROM THE CRYPT

 

1972 – GB

 

Réalisé par Freddie Francis

 

Avec Raph Richardson, Joan Collins, Peter Cushing, Roy Dotrice, Richard Greene, Ian Hendry, Patrick Magee, Barbara Murray, Nigel Patrick

 

THEMA TUEURS I MORT I ZOMBIES I SORCELLERIE ET MAGIE

Spécialisé depuis longtemps dans la production de films d’épouvante à sketches, le studio britannique Amicus creuse avec succès ce sillon qui lui permet de se distinguer de son concurrent direct Hammer Films. Pour varier un peu les plaisirs, Milton Subotsky, codirigeant de la compagnie, convainc son associé Max Rosenberg de faire reposer l’un de ces films composites sur les fameuses bandes dessinées horrifiques que publiait dans les années 50 Bill Gaines sous le label EC Comics. Ainsi naît le projet Histoires d’outre-tombe. Subotsky écrit les scénarios lui-même et confie la réalisation à Freddie Francis, ancien chef opérateur de talent devenu metteur en scène à la fois pour la Hammer et pour Amicus. Tourné en trois semaines dans les studios de Shepperton, le film bénéficie d’un budget un peu plus confortable qu’à l’accoutumée, estimé à 170 000 livres. Le générique démarre sur la Toccata de Bach, tandis que la caméra se promène au milieu des stèles d’un vieux cimetière. Sous terre, un groupe de visiteur mené par un guide découvre les catacombes. Mais cinq d’entre eux s’égarent et se retrouvent dans une sinistre pièce close où se tient « le gardien de la crypte » (Sir Ralph Richardson), une sorte de moine mystérieux qui les interroge sur leurs projets immédiats après cette visite et projette chacun d’entre eux dans un récit macabre.

Le premier segment, « And all through the house », est adapté d’une histoire parue dans « Vault of Horror » en 1954. Le soir de Noël, une femme interprétée par Joan Collins assassine son époux pour toucher son assurance. Mais tandis qu’elle s’efforce de faire disparaître le corps, la radio annonce qu’un fou dangereux habillé en Père Noël rôde dans les parages… Très cynique, ce récit baigne dans une ambiance volontairement sirupeuse à cause des chants de Noël que diffuse la radio en boucle. Mais il souffre d’une double faiblesse : le total manque d’empathie des spectateurs à l’égard du personnage principal et une chute pas vraiment surprenante. Le second sketch, « Reflection of Death », s’avère beaucoup plus intéressant. Inspiré d’une histoire publiée dans « Tales From the Crypt » en 1951, il nous familiarise avec Carl Maitland (Ian Hendry), un homme qui quitte sa femme et ses enfants pour partir s’installer avec sa maîtresse Susan (Angela Grant). Or sur la route, au milieu de la nuit, tous deux sont victimes d’un accident… Dès lors s’installe une ambiance oppressante, s’appuyant sur un usage intriguant de la caméra subjective, jusqu’à un dénouement cauchemardesque. La troisième histoire, « Poetic Justice », issue de « Haunt of Fear » (1952), est sans doute la plus célèbre du film. Peter Cushing y incarne le vieux Grimsdyke, adoré des enfants de son quartier à qui il raconte des histoires et offre de vieux jouets. Mais selon ses voisins nantis et cupides, ce vieil excentrique déprécie la valeur du quartier. Tous les moyens sont bons pour le pousser à quitter les lieux … Ce segment repose sur le jeu tout en finesse du Cushing. Loin de l’arrogant docteur Frankenstein qui fit sa renommée, il campe un homme extrêmement touchant, accablé par la mort de sa femme. Quand on sait que le comédien venait d’être frappé par le décès de son épouse, la mise en abîme s’avère troublante. C’est justement ce qui poussa Cushing à accepter ce rôle et à l’investir avec autant de profondeur. La chute nous révèle un impressionnant maquillage de Roy Ashton muant le comédien en zombie décharné.

La mort leur va si bien

C’est encore une histoire de mort que raconte « Wish you were here », adaptant un récit paru en 1953 dans « Haunt of Fear ». Au bord de la faillite, un riche businessman (Richard Greene) réalise qu’une statuette qu’il a ramenée de Hong Kong porte une inscription promettant la réalisation de trois vœux. Sa femme (Barbara Murray) joue le jeu et demande beaucoup d’argent. Dès lors s’enclenche un terrible engrenage s’achevant sur une note horriblement ironique dont certains effets gore firent frémir la censure de l’époque. L’ultime sketch, « Blind Alleys », provient de « Tales From the Crypt » n°46 (1955). Il confronte un ancien officier militaire prenant ses fonctions dans un institut pour aveugles et ses pensionnaires souffrant des coupes budgétaires qu’il impose de force. Le flegme de Nigel Patrick et la prestation hallucinée de Patrick Magge (qui venait de jouer dans Orange mécanique) font tout le sel de ce segment percutant malgré sa longueur un peu excessive (près d’une demi-heure). Conforme à ses modèles dessinés, Histoires d’outre-tombe dresse une galerie de portraits peu reluisants. Lâches, hypocrites, veules, voire criminels, ses « héros » connaissent tous un sort sinistre, selon la moralité féroce propre à l’esprit des EC Comics. Sans doute le film aurait-il gagné à s’installer dans des décors moins banals et à bénéficier d’une mise en scène un peu plus inventive, mais l’efficacité des récits et la justesse des comédiens emportent l’adhésion. Ce sera l’une des sources d’inspirations majeures de Creepshow et bien sûr de la série Les Contes de la crypte.

 

© Gilles Penso

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OUTLANDER (2008)

Un extra-terrestre anthropomorphe affronte une créature monstrueuse au beau milieu d’un village viking

OUTLANDER

 

2008 – USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Howard McCain

 

Avec James Caviezel, Sophia Myles, Jack Huston, John Hurt, Cliff Saunders, Patrick Stevenson, Aidan Devine, Ron Perlman

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Avec à son actif de réalisateur une modeste comédie et deux téléfilms, Howard McCain décida de passer à la vitesse supérieure en imaginant Outlander, un très ambitieux film d’aventure osant confronter des extra-terrestres à des guerriers de l’âge de fer. Le projet erra de nombreuses années de studio en studio, atterrissant momentanément entre les mains de Renny Harlin, avant que McCain ne se retrouve lui-même sur le fauteuil du réalisateur avec un budget de cinquante millions de dollars. L’histoire se situe dans la Norvège de l’an 709. Au sein du royaume viking d’Herot, un vaisseau spatial s’écrase avec à son bord un unique survivant : Kainan (James Caviezel, dont le registre taciturne n’est pas très éloigné de celui d’un Christian Bale). A l’aide d’un équipement de bord sophistiqué, il se familiarise rapidement avec la culture et la langue locale afin de pouvoir s’infiltrer parmi la population. Mais bien vite, il découvre que Moorwen, le monstrueux prédateur qu’il transportait avec lui, s’est échappé. A la recherche de la redoutable créature, il tombe sur un village ravagé et sur des soldats persuadés qu’il est responsable du massacre…

Outlander part avec beaucoup d’atouts en poche : un concept alléchant qui mêle la science-fiction pure à l’époque brutale des guerriers vikings (mélange des genres que seuls les romans de fantasy avaient osé pratiquer jusqu’alors), un casting solide mené par le charismatique Jim Caviezel et égaillé de seconds rôles réjouissants (Ron Perlman en combattant farouche, John Hurt en roi bienveillant), une direction artistique impeccable, des effets spéciaux spectaculaires et des séquences d’action fort bien troussées… Pourtant, le film d’Howard McCain n’atteint jamais les sommets que ses prémisses laissaient espérer. La faute en incombe à un scénario qui peine à exploiter pleinement le potentiel de ses idées premières et ne parvient pas à évoluer de manière convaincante. Cette incapacité à rebondir sur un concept fort est la faiblesse majeure d’Outlander.

La bête incandescente

D’autre part, la nature extra-terrestre du personnage incarné par Caviezel manque singulièrement de crédibilité aux yeux des spectateurs. Très humain, tant du point de vue de son apparence physique que des émotions qu’il manifeste, il eut été plus facilement acceptable en voyageur temporel, en guerrier d’un autre âge, voire en demi-dieu. Les relations de cet alien anthropomorphe avec son entourage humain et ses affrontements successifs contre sa monstrueuse nemesis ne sont d’ailleurs pas sans évoquer la légende de Beowulf, à laquelle Outlander doit beaucoup. De belles choses ornent tout de même cette épopée fantastique, notamment le très impressionnant Moorwen conçu par Patrick Tatopoulos, dont la morphologie évoque tour à tour le monstre antédiluvien de Relic, le Godzilla de Roland Emmerich (déjà œuvre de Tatopoulos) et même la mémorable créature électrique de Planète interdite. Au cœur des meilleures scènes du film, cette bête incandescente et cauchemardesque dote Outlander d’un souffle épique bienvenu et désespère les protagonistes par son apparente invincibilité, jusqu’à son climax mouvementé.

 

© Gilles Penso

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FANTÔMES CONTRE FANTÔMES (1996)

Frank, un exorciste, monte une arnaque avec des amis fantômes afin que les gens aient recours à ses services…

THE FRIGHTENERS

 

1996 –  USA / NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par Peter Jackson

 

Avec Michael J. Fox, Trini Alvarado, Dee Wallace, Jeffery Combs, Jake Busey, John Astin, R. Lee Ermey

 

THEMA FANTÔMES

Fantômes contre fantômes est un tournant dans la carrière de Peter Jackson, puisqu’il s’agit de son premier film produit dans le giron d’un studio. Si ses premiers faits d’armes (Bad Taste, Les Feebles et Braindead) l’avaient intronisé nouveau pape du gore dans la lignée de Sam Raimi, il avait délaissé sang et tripes pour Créatures célestes, reposant sur un fait divers et mettant en scène deux jeunes filles amoureuses dans la Nouvelle-Zélande conservatrice des années 60. Bien que les sujets et styles de ses quatre premières œuvres soient éloignés de la production mainstream, Fantômes contre fantômes en sera néanmoins une synthèse. Suite à la reconnaissance critique de Créatures célestes, Peter Jackson s’envole pour Los Angeles afin de tenter de décrocher un contrat avec un studio. Si l’idée du Seigneur des anneaux lui trotte déjà dans la tête, c’est un remake de King Kong qu’il propose déjà à Universal, mais le film ne verra finalement le jour qu’une dizaine d’années plus tard. Hors de question pour Jackson de rentrer au pays bredouille ! Il revoit ses ambitions à la baisse et propose un script qu’il destine à la série Les Contes de la crypte, produite par Robert Zemeckis. Le courant passe entre les deux hommes et ce dernier aime tellement le traitement proposé par Jackson qu’il lui offre d’en faire un long-métrage avec Michael J. Fox en tête d’affiche. Jackson parvient même à imposer ses termes du contrat : le film se tournera chez lui, en Nouvelle-Zélande, où une partie du budget sera investie dans des ordinateurs dernier cri pour sa société d’effets spéciaux fraichement créée, Weta Digital.

Fantômes contre fantômes met en scène Frank Bannister (Michael J. Fox), un exorciste capable de voir et parler aux fantômes ayant encore des affaires à régler ici-bas avant de s’en aller pour de bon dans l’au-delà. Frank gagne sa vie en montant des arnaques avec trois spectres complices qui s’en vont hanter des maisons en ville en prenant bien soin de laisser trainer la carte de visite de Frank sur place. Mais la comédie tourne court lorsque Frank découvre que la Grande Faucheuse en personne sévit en ville. Pendant ce temps, Lucy (Trini Alvarado), une thérapeute, rend visite à Patricia Bradley (Dee Wallace). Cette femme souffrant de troubles mentaux est l’ancienne partenaire de crime d’un tueur en série local qui passa sur la chaise électrique. Les deux intrigues sont bien évidemment liées…

Le mieux est-il l’ennemi du bien?

L’idée du scénario, signé à quatre mains par Peter Jackson et son épouse Fran Walsh, est née pendant le tournage de Créatures célestes. L’intérêt de Walsh pour les faits divers criminels resurgit dans les deux films, tandis que l’attrait de Jackson pour un Fantastique plus frontal vient ici compléter le tableau. Par ailleurs, il s’agit du dernier scénario original dans leur filmographie, puisque la suite sera constituée d’adaptations et d’un remake. « Original » ne signifie pas « inédit » pour autant, l’histoire empruntant des thèmes et des figures classiques, comme la relation de Dee Wallace et sa mère et le manoir dans lequel elles habitent qui renvoient à Psychose, ou le principe du chasseur de fantôme roublard évoquant les prémices de S.O.S. fantômes. Clins d’œil complices ou filiation naturelle? La familiarité immédiate instaurée par Jackson est à double-tranchant : d’un côté, le film mêle de (trop?) nombreuses intrigues de façon somme toute fluide; d’un autre, l’accumulation de personnages secondaires (les trois amis fantômes de Frank, l’agent déjanté du FBI incarné par Jeffrey Combs, la Patricia dérangée que joue Dee Wallace et même dans une certaine mesure Lucy, dont le veuvage semble vite évacué de l’affaire) nous empêche de trouver un point d’ancrage et crée des ruptures de ton pas toujours heureuses. En s’éparpillant, le film ne fait que diluer chacun de ses éléments. Comme en cuisine : trop de gout tue le gout ! Un souci imputable au fait que le scénario continuait d’être « peaufiné » au cours du tournage ? En partie. Pour Jackson, Fantômes contre fantômes était la carte de visite qui allait décider du reste de sa carrière. Bien que jouissant d’une réelle autonomie sous la houlette de son producteur Robert Zemeckis et tournant loin des exécutifs d’Hollywood, il lui fallait démontrer qu’il pouvait livrer un film de studio. À défaut d’y voir un grand film, Fantômes contre fantômes est un « produit » plus enlevé que la moyenne, même si le résultat a l’air inférieur à la somme de ses éléments constituants (maquillages de Rick Baker, musique de Danny Elfman, Dee Wallace, Jeffrey Combs…). Pour la sortie Laserdic en 1997, Peter Jackson inaugura sa première version longue, un « director’s fun cut » comme il le nomma lui-même, prolongeant le film d’une dizaine de minutes inconséquentes. Mais reprocher à un réalisateur d’avoir voulu trop bien faire, n’est-ce pas après tout un compliment déguisé ?

 

 © Jérôme Muslewski

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LE GUERRIER DE L’ESPACE : AVENTURES EN ZONE INTERDITE (1983)

Un western spatial en relief qui cherche à capitaliser sur le succès de la saga Star Wars en transformant Peter Strauss en émule de Han Solo

SPACE HUNTER : ADVENTURES IN THE FORBIDDEN ZONE

 

1983 – USA

 

Réalisé par Lamont Johnson

 

Avec Peter Strauss, Molly Ringwald, Michael Ironside, Andrea Marcovicci, Ernie Hudson

 

THEMA SPACE OPERA

Depuis 1977 et le triomphe de La Guerre des étoiles, la mode est au space opera. Tous les studios le savent et s’efforcent tant bien que mal d’attraper le train en marche. La Columbia ne fait pas exception et initie Le Guerrier de l’espace qui sera produit par Ivan Reitman, futur réalisateur de S.O.S. fantômes. Auteur et réalisateur de l’obscur film d’aventures La Poursuite mystérieuse, Jean Lafleur écrit l’histoire originale de cette aventure spatiale et se retrouve même parachuté réalisateur. Mais après deux semaines de tournage, il devient évident qu’il n’est pas l’homme de la situation. C’est Lamont Johnson, solide artisan surtout habitué au petit écran, qui est engagé pour le remplacer au pied levé. Après une réécriture complète du scénario, le tournage reprend, les extérieurs « extra-terrestres » étant captés dans l’Utah, en Arizona et à Vancouver. Le rôle principal du mercenaire Wolff, visiblement inspiré par le personnage de Han Solo, échoit à Peter Strauss (acteur récurrent des séries Les Rues de San Francisco et Le Riche et le pauvre, que Michael Mann dirigea dans Comme un homme libre). Dans l’espoir de retrouver la dynamique du duo Solo/Lando de L’Empire contre-attaque, on fait appel à Ernie Hudson (qui connaîtra son heure de gloire l’année suivante dans S.O.S. fantômes). Quant à la « femme-enfant » Niki qui donne la réplique au héros, elle est incarnée par Molly Ringwald, future actrice fétiche de John Hughes.

Nous sommes en l’an 2136. Alors qu’un vaisseau de croisière touristique explose en plein vol, une navette de secours a tout juste le temps de s’extraire du chaos pour partir atterrir en catastrophe sur Terra 11, une planète désertique hostile infestée par la peste depuis 2021 et désormais soumise à la dictature du vil Overlord. Le chasseur de primes Wolff, qui sillonne l’espace avec sa coéquipière Chalmers (Andrea Marcovicci), entend le message de détresse qui promet une juteuse récompense à celui qui saura ramener saines et sauves les trois jeunes femmes égarées sur Terra 11. Mais sur place, la mission semble moins simple que prévu. Pour retrouver les disparues, Wolff va devoir se coltiner Niki, une jeune fille agaçante mais attachante qui promet de lui indiquer le chemin qui mène à la redoutable « zone interdite »… Conçu ouvertement comme un western futuriste, Le Guerrier de l’espace réinterprète tous les passages obligés du genre, de la traversée du désert à l’attaque de la diligence en passant par les multiples gunfights et le sauvetage des prisonnières par un groupe de mercenaires. Sollicité pour mettre le film en musique, Elmer Bernstein compose donc une partition épique à mi-chemin entre Les Sept mercenaires et Superman. L’oreille attentive reconnaîtra aussi dans cette bande originale quelques accents de Y a-t-il un pilote dans l’avion ? 

Les prisonnières du désert

La direction artistique du Guerrier de l’espace est l’un de ses points forts. Le design des costumes et des vaisseaux est une réussite incontestable, digérant l’influence de Flash Gordon et de Barbarella pour la réinventer dans un cadre post-apocalyptique proche de celui de Mad Max 2. Les maquettes et les matte-paintings supervisés par le vétéran Gene Warren Jr rappellent le travail de Derek Meddings et de Gerry Anderson, les véhicules customisés rivalisent d’inventivité (4×4 militaire blindé, vieux galion sur rails, motos futuristes, bulldozer à vapeur) et les maquillages spéciaux conçus par Tom Burman donnent naissance à une galerie de créatures très étranges, des troglodytes obèses et difformes aux enfants mutants en passant par le dragon/reptile/chenille aquatique. Mais le personnage le plus étonnant est sans conteste Overlord, campé par Michael Ironside. Le maquillage de Burman le dote d’arcades sourcilières proéminentes, d’un nez porcin et d’une dentition douteuse. Quant à son corps, il est engoncé dans une sorte d’exosquelette dont les bras se prolongent par d’immenses pinces mécaniques. La mode étant à la 3D (Les Dents de la mer 3, Amityville 3, Meurtres en 3 dimensions), Le Guerrier de l’espace est exploité en relief et appuie une grande partie de sa promotion sur ce gimmick. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les distributeurs le sortent même une semaine avant Le Retour du Jedi. Pourtant, le film de Lamont Johnson ne connaîtra pas le succès espéré, ne rapportant pas beaucoup plus que son budget de quatorze millions de dollars.

 

© Gilles Penso

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LA ROSE DE FER (1973)

Un poème macabre, surréaliste et erratique concocté par Jean Rollin, le roi de l’épouvante française érotico-fantastique…

LA ROSE DE FER

 

1973 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Françoise Pascal, Hugues Quester, Mireille Dargent, Nathalie Perrey, Michel Delesalle, Jean Rollin

 

THEMA MORT I SAGA JEAN ROLLIN

Les films de Jean Rollin sont souvent des œuvres inclassables, s’efforçant de mixer l’épouvante graphique à la Mario Bava, l’érotisme bourgeois d’un David Hamilton et le surréalisme poétique cher à Luis Buñuel, sans que la mayonnaise ne prenne tout à fait malgré une bonne volonté évidente. Dans le cas de La Rose de fer, autant dire qu’elle ne prend pas du tout, tant les intentions de son auteur nous échappent. Il faut dire que le scénario de Rollin, inspiré par un poème de Tristan Corbière et dialogué par Maurice Lemaître, tiendrait sur un ticket de métro, et que même pour une petite heure vingt de métrage, c’est un peu court ! Le cinéaste s’amuse ainsi à étirer au maximum des plans joliment composés par le chef opérateur Jean-Jacques Renon et des situations souvent insolites, jusqu’à ce que l’ennui s’installe et que les bâillements ne s’immiscent même chez les spectateurs les plus attentifs.

L’histoire commence par la rencontre d’une jeune danseuse et d’un fringant poète (Françoise Pascal et Hugues Quester) au cours d’un déjeuner de noces. Ils se séduisent, se taquinent, se donnent rendez-vous le long d’une voie ferrée plutôt photogénique, jouent à cache-cache, puis se retrouvent dans un cimetière où ils font l’amour à l’abri des regards, tout au fond d’un caveau. Lorsqu’ils en ressortent, la nuit est tombée, et ils s’avèrent incapables de retrouver la sortie. Chaque fois qu’ils essaient de quitter les lieux, nos deux tourtereaux se retrouvent à leur point de départ. Alors, peu à peu, le jeune homme s’énerve et bascule dans l’hystérie, tandis que la fille change bizarrement de comportement, comme si elle était possédée par l’esprit des morts qui reposent autour d’eux. La voilà donc qui déclame des poèmes macabres, qui joue avec des ossements et danse au milieu des tombes. A l’apogée de sa folie, elle enferme son compagnon dans le caveau puis vient l’y rejoindre au petit matin pour reposer auprès de lui et retrouver les défunts qui s’agitent dans son esprit tourmenté…

Une « peinture animée »

Vaguement influencé par l’univers d’Edgar Allan Poe, le postulat est loin d’être inintéressant, mais Jean Rollin renonce à le développer vraiment, se contentant de la photogénie nocturne de son cimetière et de sa peu pudique comédienne pour soutenir son film. La Rose de fer souffre donc cruellement d’un scénario anémique et d’un rythme exagérément lent. On gardera tout de même en mémoire quelques esquisses de scènes oniriques à souhait, comme ce clown qui vient déposer des fleurs sur une tombe, cet homme vêtu comme le Bela Lugosi de Dracula qui pénètre furtivement dans un mausolée, ou ces visions de l’héroïne nue comme un ver qui joue avec des croix de fer au bord de la mer. Conçu comme une « peinture animée » (dixit Rollin lui-même), La Rose de fer fut l’un des films les moins rentables de son auteur. Ignoré par le public et conspué par la critique lors de sa sortie sur les écrans français, il acquit pourtant outre-Atlantique un statut d’œuvre culte, notamment grâce à son édition DVD dans la collection « Redemption ». Sans doute les Américains y apprécièrent l’exotisme « so french » et les charmes indéniables de Françoise Pascal.

 

© Gilles Penso

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COWGIRLS VS. PTERODACTYLS (2021)

En plein Far West, une jeune institutrice monte un commando féminin pour chasser les ptérodactyles qui infestent une ville du Texas…

COWGIRLS VS. PTERODACTYLS

 

ANNEE – USA

 

Réalisé par Joshua Kennedy

 

Avec Madelyn Wiley, Haley Zega, Carmen Vienhage, Dani Thompson, Jonathan Tamez, Stephanie Marie Baggett

 

THEMA DINOSAURES

La filmographie du jeune cinéaste texan Joshua Kennedy est constellée de titres joyeusement évocateurs : Slave Girls on the Moon, Dracula A.D. 2015, The Night of Medusa, The Alpha Omega Man, House of the Gorgon… Hommages à la Hammer, aux films de science-fiction des années 50, au cinéma catastrophe des seventies ou aux « creature features » de Ray Harryhausen, tous ces longs-métrages sont bricolés avec les moyens du bord, quasiment sans budget, et il faut bien avouer que cet amateurisme saute aux yeux. Ce qui n’enlève rien aux belles intentions de ce réalisateur opiniâtre qu’aucun obstacle ne semble pouvoir arrêter. En 2017, il met en scène Theseus and the Minotaur, une aventure mythologique balourde clignant visiblement de l’œil vers Jason et les Argonautes et Le Choc des Titans. On y trouve des acteurs en toge qui surjouent outrancièrement, des décors réduits à leur plus simple expression et un minotaure animé en stop-motion par un certain Ryan Lengyel. Ce dernier – qui pratique l’art de Ray Harryhausen en amateur pendant son temps libre – est aussi un grand amoureux du genre, comme en témoignent son court-métrage The Beast from Twenty Zillion Years Ago et sa séquelle Night of the Beast. Les deux hommes étaient faits pour s’entendre. Joshua Kennedy et Ryan Lengyel se retrouvent donc à l’occasion de Cowgirls vs. Pterodactyls, un western comique dans lequel le ciel est sillonné de reptiles volants préhistoriques animés image par image… Une sorte de réponse low-cost à La Vallée de Gwangi, en quelque sorte.

Joshua Kennedy ayant sympathisé avec la comédienne Martine Beswick pendant le tournage de House of the Gorgon, cette dernière accepte de prêter sa voix off au film. Ce n’est pas rien : non contente d’avoir été l’une des icônes les plus mémorables du cinéma de genre des sixties, la belle Martine affrontait elle-même des ptérodactyles en stop-motion dans Un million d’années avant JC. Pendant le prologue, elle nous apprend qu’un épisode de l’histoire d’Ouest des États-Unis a été totalement oublié dans les livres. En effet, en 1864, la petite ville texane de Kerksey fut victime d’une invasion de redoutables ptérodactyles. Après que son mari ait été enlevé par un de ces reptiles volants, l’institutrice Rebecca Crawford (Madelyn Wiley) sollicite la chasseuse de primes Bunny Parker (Carmen Vienhage) pour l’aider à chasser les monstres. Elles sont bientôt rejointes par Debbie Dukes (Haley Zega), la tenancière d’une maison close qui espère pouvoir empailler un des spécimens pour sa décoration intérieure. A la question « qu’est-ce qu’un ptérodactyle ? » posée par Debbie, Rebecca répond aussitôt : « moitié oiseau, moitié serpent, entièrement démon ». D’autres filles les rejoignent à mi-parcours, notamment la hors-la-loi Doris Yates (Dani Thompson). La guerre des cowgirls contre les ptérosaures peut commencer…

Old school

Même si un bond qualitatif est clairement perceptible par rapport au médiocre Theseus and the Minotaur, Cowgirls vs. Pterodactyls reste très disgracieux dans sa facture, malgré sa tonalité semi-parodique qui autorise une certaine indulgence. Les décors sont tellement minuscules que les cadrages (en faux Cinemascope) restent souvent très serrés, plusieurs séquences se déroulent tout simplement sur fond noir pour simuler des sites extérieurs nocturnes, les éclairages déficients et le grain de l’image donnent presque l’impression de visionner un film amateur tourné en super 8 et repiqué sur une VHS… Bref le cruel manque de moyens transparaît derrière chaque plan, y compris lorsque Joshua Kennedy met en scène trois chevaux mais n’en filme jamais plus de deux à la fois. L’amateur se rabattra donc sur les créatures, qui ne sont pas à proprement parler des ptérodactyles mais des ptéranodons, ces reptiles préhistoriques de huit mètres d’envergure qui sillonnaient les cieux du Crétacé. Bien sûr, les figurines ne sont pas sculptées avec une grande finesse et s’incrustent souvent grossièrement dans les prises de vues réelles, mais voir un film de 2021 s’efforcer de perpétuer l’art de Willis O’Brien, Ray Harryhausen et Jim Danforth a quelque chose de très rafraîchissant. Fidèle aux méthodes de leurs mentors, le réalisateur et son animateur utilisent même des figurines en stop-motion pour remplacer les humains dans certains plans larges et une marionnette mécanique pour les gros plans des bêtes. Anecdotique ? Certainement. Maladroit ? Assurément. Mais la détermination et la passion de cette équipe de cinéastes/mercenaires reste touchante, envers et malgré tout.

 

© Gilles Penso

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LE BEAU-PÈRE (1987)

Stéphanie ne porte pas dans son cœur le nouvel époux de sa mère. Et pour cause : c’est un tueur psychopathe obsédé par l’idée d’un foyer idéal…

THE STEPFATHER

 

1987 – USA

 

Réalisé par Joseph Ruben

 

Avec Terry O’Quinn, Jill Schoelen, Shelley Hack, Charles Lanyer, Stephen Shellen, Stephen E. Miller, Robyn Stevan, Jeff Schultz

 

THEMA TUEURS

Repéré par les fantasticophiles grâce à son surprenant Dreamscape, Joseph Ruben réalise avec Le Beau-père un slasher atypique qui s’appuie sur un scénario du célèbre romancier Donald Westlake et échappe habilement aux influences de Psychose et Halloween. La scène d’ouverture, étonnante, dure cinq bonnes minutes et se passe de tout dialogue. Un homme se douche, se rase, s’habille, descend tranquillement les escaliers d’un coquet pavillon, passe devant une famille massacrée qui baigne dans une épouvantable marre de sang, puis s’en va tout guilleret à grandes enjambées. Un an plus tard, nous le retrouvons sous l’identité de l’agent immobilier Jerry Blake, marié à une charmante veuve et désormais beau-père de Stéphanie, une adolescente qui ne le porte guère dans son cœur. Il faut dire que cet époux modèle, bien peigné, en costume impeccable et au sourire digne d’une publicité pour les dentifrices, semble trop propre sur lui pour être honnête. L’intuition de Stéphanie est donc bonne, même si elle ignore encore qu’il s’agit d’un dangereux tueur psychopathe obsédé par l’idée d’un foyer idéal.

Plus puritain encore qu’un Michael Myers ou qu’un Jason Voorhes (dont le couteau se plante de préférence dans la chair des jeunes qui se droguent, boivent de l’alcool ou copulent), Jerry Blake réduit en charpie toutes les familles qu’il intègre et qui ne sont pas assez harmonieuses à son goût. Lorsqu’un journaliste relance l’affaire du massacre précédent, à la demande du frère d’une des victimes, Stéphanie commence sérieusement à soupçonner son beau-père. L’intrigue flirte alors avec L’Ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock, et ce n’est pas le moindre de ses attraits. Liaison fatale nous vient également à l’esprit, notamment au moment des rebondissements du climax. Mais à la différence du thriller d’Adrian Lyne, la moralisation n’est pas vraiment ici à l’ordre du jour, et la sacro-sainte famille américaine idéale en prend même un sacré coup. Le Beau-père pourrait presque même s’interpréter comme un plaidoyer contre l’hypocrisie des valeurs familiales traditionnelles.

La famille parfaite

Sans déborder d’inventivité, la mise en scène de Ruben sert correctement le sujet, et même la médiocre musique synthétique du Suisse Patrick Moraz (qui fut un temps membre du groupe Yes) ne parvient guère à entacher l’efficacité des séquences de suspense. Il faut dire que le film repose principalement sur les épaules de Terry O’Quinn, excellent dans le rôle de ce psycho-killer d’un genre très spécial. La scène de la conversation téléphonique où il ne sait plus laquelle de ses identités fictives endosser, face à son épouse stupéfaite, est à ce titre mémorable. On peut légitimement s’étonner que Le Beau-père n’ait pas ouvert à O’Quinn une carrière cinématographique digne de ce nom, au-delà de sa présence dans une inévitable séquelle réalisée en 1989 par Jeff Burr et de son imposante incarnation d’Howard Hughes dans Rocketeer. C’est finalement le petit écran qui offrira à ce comédien d’exception ses rôles les plus marquants, à travers les personnages récurrents de Millenium, Alias, À la Maison Blanche et surtout Lost.

 

© Gilles Penso

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