LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES (1986)

Mortes après avoir bu du lait toxique, trois jeunes femmes ressuscitent sous forme de zombies hideux et revanchards…

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES

 

1986 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre B. Reinhard

 

Avec Véronique Cantanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Laurence Mercier, Patrick Guillemin, Gabor Rassov

 

THEMA ZOMBIES

Abusivement auto-proclamé « premier film gore français », La Revanche des mortes-vivantes a tout de même été précédé par quelques œuvres volontiers sanglantes de Jean Rollin, fidèle praticien du genre depuis la fin des années soixante. Ici, la réalisation est signée Pierre B. Reinhard. Spécialisé dans le porno de bas étage, l’homme a signé des œuvres aux titres fort évocateurs, comme Entrecuisses, La Voisine est à dépuceler ou carrément Outrages transexuels des petites filles violées et sodomisées !!! Du coup, sous ses allures de film d’horreur, La Revanche des mortes-vivantes emprunte volontiers les tics du cinéma porno soft des années 80, comme en témoigne cette scène d’introduction (dans tous les sens du terme) où une auto-stoppeuse se fait culbuter par un camionneur. L’intrigue laisse quelque peu rêveur. Il y est question d’une usine de produits lactés dont le directeur refuse de faire traiter les déchets pour éviter de dépenser des fortunes. Sa secrétaire, qui en veut à son argent, s’associe à un motard écologiste et s’efforce d’entacher sa réputation. Le motard verse donc dans le lait un produit nocif provoquant des nausées. Mais le résultat obtenu s’avère extrême : trois jeunes filles ayant bu le lait en question meurent sur le coup et sont enterrées dans le cimetière du coin !

Le patron de l’usine ne s’émeut pas outre mesure de ce triple décès et paie un employé pour se débarrasser de ses déchets encombrants. L’homme embarque donc des dizaines de bidons dans sa camionnette et en verse le contenu dans le cimetière, partant du principe que ses occupants sont déjà morts et que ça ne peut donc guère les affecter. Bien mal lui en prend. Le film s’appelant La Revanche des mortes-vivantes, ce qui devait arriver arrive : les trois jeunes filles sont soudain ranimées et surgissent de leur tombe, assoiffées de vengeance. Leur visage ressemble à celui d’une momie desséchée, avec peau parcheminée et dents proéminentes, mais assez curieusement le maquillage s’arrête au niveau du cou, le reste du corps étant parfaitement intact. S’agit-il d’un parti-pris « esthétique » permettant aux comédiennes impudiques d’exhiber leur anatomie au naturel, ou d’un choix économique évitant de recourir à un maquillage corporel complet ? Optons prudemment pour la seconde supposition.

« Tu es morte par là où tu as péché »

La première attaque des mortes-vivantes s’avère assez sanglante, puisqu’elles surprennent une jeune femme chez elle et lui crèvent un œil à coup de talon. La deuxième agression vaut aussi son pesant de cacahuètes : un homme y est éviscéré, tandis qu’une des demoiselles lui octroie une douloureuse fellation carnassière ! Le troisième meurtre est plus sobre : le patron de l’usine y est noyé dans sa piscine, et l’on sent bien que les comédiennes ont toutes les peines du monde à nager avec leur masque en latex. Puis le film bascule dans le délire total. Les trois mortes vivantes se déshabillent, violent une prostituée et lui enfoncent une épée dans le vagin, écrivant avec son sang : « tu es morte par là où tu as péché », tandis qu’une femme enceinte, en contact avec son mari chimiste infecté, prend sa douche puis voit son ventre s’ouvrir, découvrant des entrailles pantelantes, un fœtus déformé et des litres de sang ! A mi-chemin entre Jean Rollin et Jess Franco, affublé de dialogues ineptes et de comédiens affligeants, La Revanche des mortes-vivantes s’achève sur un coup de théâtre qui justifie la présence d’un carton final imitant celui des Diaboliques, lequel demande aux spectateurs de ne pas révéler la fin à leurs amis.

 

© Gilles Penso

 

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LA MUTANTE (1995)

Créée à partir d’un échantillon d’ADN extra-terrestre, une jeune fille mutante s’échappe avec pour seuls buts de se reproduire et tuer…

SPECIES

 

1995 –  USA

 

Réalisé par Roger Donaldson

 

Avec Natasha Hensrtridge, Ben Kingsley, Alfred Molina, Forest Whitaker, Michael Madsen, Marg Helgenberg, Michelle Williams, Frank Welker

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Dans les années 90, le fantastique avait le vent en poupe, en grande partie grâce à l’engouement pour les X-Files et son héros Mulder qui « voulait croire ». Notre genre de prédilection reflétant toujours les angoisses de son époque, on peut légitiment penser que l’année 2000 approchant, les fantasmes ancrés dans un siècle de science-fiction revinrent inquiéter les millénaristes et stimuler l’imagination des scénaristes. A l’inverse d’Independence Day et Mars Attacks !, la MGM imagine une invasion extra-terrestre plus localisée et aux dégâts matériels moindres, confiant le projet à Roger Donaldson (Le Bounty, Cocktail, Cadillac Man, Le Pic de Dante), dont ce sera la première et dernière incursion dans le genre, ce qui ne lui manquera guère (« lui » désignant au choix Donaldson ou le genre). La présence de Dennis Feldman au scénario (Golden Child) n’apportant qu’un gage de qualité tout relatif, on comprend dès lors qu’en dépit d’un nombre important de produits mainstream en lien avec le fantastique en cette fin de siècle, les fantasticophiles d’alors se sentaient souvent trahis et dépossédés par des studios qui ne comprenaient pas vraiment de quoi ils parlaient. La Mutante démarre pourtant plutôt bien, avec ses 20 premières minutes quasi-muettes. Nous y découvrons la jeune Sil (Michelle Williams, dans son premier rôle à l’écran), une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal en apparence, si ce n’est qu’elle a été créée à partir d’une séquence ADN captée dans l’espace. La « créature » a la particularité de grandir à un rythme accéléré et l’armée étant aussi méfiante que curieuse, elle grandit sous cloche dans un complexe hautement sécurisé… dont elle parvient à s’échapper sans trop de mal, embarquant dans le premier train venu.

Très vite, la véritable nature de la mutante se révèle. Utilisant le corps d’une contrôleuse de train comme cocon, Sil acquiert sa taille adulte (et prend les traits de Natasha Henstridge). Arrivée à Los Angeles, elle se fond dans la masse et se met en quête d’un homme pour la féconder et, accessoirement, le trucider après l’acte. Faut-il voir là un simple détournement de l’archétype du prédateur sexuel mâle ? Ou le témoignage d’une peur masculine inavouée envers le sexe dit faible si celui-ci devenait trop entreprenant ? Point le temps de disserter sur ces questions à l’écran. L’agent Fitch (Ben Kingsley) réunit un groupe de spécialistes pour traquer Sil. Parmi eux : un limier (Michal Madsen), un anthropologue (Alfred Molina), une généticienne (Marg Helgenberger) et… un médium (Forest Whitaker). Ni plus ni moins qu’une chasse-à-la-femme matinée de fantastique, La Mutante avait tout pour devenir un émule de Hidden, mais le « confort » de la production semble ôter malheureusement à Roger Donaldson l’énergie et la conviction dont faisait preuve le film plus modeste de Jack Sholder. En choisissant d’alterner les scènes avec la fugitive et ses poursuivants plutôt que d’adopter l’un ou l’autre point de vue, le spectateur a toujours une longueur d’avance sur l’intrigue et la bande menée par Ben Kingsley : toutes leurs scènes donnent une impression d’errements, comme si Sil et eux évoluaient dans deux films différents. Amoindrissant encore le peu de suspense de l’histoire, l’enquête ne progresse pas selon la méthode classique des relevés d’indices, mais grâce aux visions du personnage incarné par Forest Whitaker. La présence d’un médium constitue déjà en soi une forme de tricherie scénaristique et s’avère finalement plus difficile à accepter que l’existence même de la belle alien.

Pauvre Giger

Vous avez dit Alien ? Justement, il existe une filiation directe entre le classique de Ridley Scott et La Mutante car c’est à H.R. Giger que l’on doit le design de Sil : intrigante et sexuellement agressive, la créature fait illusion lors des apparitions fugaces du costume et des maquillages créés par Steve Johnson (Abyss entre autres). Mais les images de synthèse étant alors vues comme la solution à tout (ce qu’elles n’ont jamais été), la découverte de Sil sous sa forme extra-terrestre dans une version 100% numérique produit l’effet d’une spectaculaire et fatale sortie de route. Giger ne s’en est probablement pas remis, le film non plus. Vraiment dommage car avec son scénario calibré comme un long épisode des X-Files et hormis des images de synthèse irregardables aujourd’hui, La Mutante pouvait se targuer d’une belle affiche devant et derrière la caméra. Outre son casting solide et une équipe technique des plus compétentes, comme Andrej Bartkowiak à la photo (qui a déjà shooté Los Angeles dans Chute libre ou Speed) et Conrad Buff au montage (collaborateur-clé de James Cameron sur Abyss, Terminator 2, True Lies et Titanic, excusez du peu), on retiendra la très réussie bande originale de Christopher Young (Hellraiser, Jenifer 8), le seul « acteur » parvenant à insuffler un semblant de tension et d’étrangeté à un film qui, dans sa seconde partie, brise une à une les promesses faites dans la première. Trois suites, sorties en 1998, 2003 et 2008 (les deux dernières étant destinées directement au marché vidéo) ne transformeront pas, loin s’en faut, un film raté en franchise impérissable.

 

© Jérôme Muslewski

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SOIF DE SANG (1979)

Le cinéaste australien Rod Hardy propose une vision inédite du vampirisme où la haute société saigne littéralement des humains-esclaves…

THIRST

 

1979 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Rod Hardy

 

Avec Chantal Contouri, Shirley Cameron, Max Phipps, Henry Silva, Rod Mullinar, David Hemmings, Rosie Sturgess

 

THEMA VAMPIRES

A la fin des années 70, l’Australie, qui s’était jusqu’alors montré très discrète en matière de cinématographie, révélait soudain tout un vivier de réalisateurs attirés par un fantastique différent, insolite et novateur. C’était l’époque des Mad Max, Long week-end et autres La Dernière vague. Dans cette mouvance, Rod Hardy et son scénariste John Pinkney se sont attaqués au vampirisme, balayant toutes les conventions d’une thématique pourtant propice aux lieux communs et au déjà-vu. Ici, comme dans le Fascination de Jean Rollin, les buveurs de sang ne portent pas de capes, ne craignent pas la lumière, ne dorment pas dans des tombeaux et n’ont pas peur de l’ail ou du crucifix. Ce sont des gens de la haute bourgeoisie, réunis en confrérie et vivant sur une île isolée reconvertie en « ferme » d’un genre nouveau. Dans ce lieu en apparence paisible, aux allures de sanatorium de luxe, ils entretiennent de nombreux humains-esclaves dont ils vident régulièrement le sang pour s’en nourrir, selon une méthode clinique et industrialisée. Le liquide vermeil est extrait des « patients » via une pompe plantée directement dans le cou, puis acheminé dans de grandes cuves et collecté ensuite dans des récipients.

La « ferme » est donc une gigantesque usine macabre, et ces vampires d’un nouveau genre se délectent de l’hémoglobine des couches sociales inférieures non par besoin vital, mais parce qu’ils sont persuadés que c’est le meilleur moyen de ne pas vieillir et de gagner en puissance, suivant en cela la voie ouverte par la sinistre Comtesse Bathory. « Boire du sang, c’est l’acte aristocratique suprême » affirmera l’un des membres de la confrérie. Et lorsque leur mâchoire arbore des canines pointues, ce n’est qu’un accessoire qu’ils utilisent lors de rites d’initiation aux allures d’étranges messes. C’est au beau milieu de ce cauchemar feutré qu’atterrit Kate Davis. Kidnappée par la confrérie, elle s’avère être la descendante directe de la Comtesse Bathory, et ses « pairs » souhaitent la convertir de gré ou de force aux joies du vampirisme. Commence alors pour elle un parcours initiatique éprouvant où elle devra lutter contre l’instinct sanguinaire en se raccrochant comme elle peu aux parcelles d’humanité qui, peu à peu, se détachent de sa personnalité fragile.

L’acte aristocratique suprême

Passionnante de bout en bout, cette nouvelle vision du mythe bénéficie de comédiens puisant la conviction de leur jeu dans une étonnante sobriété (l’héroïne Chantal Contouri, le flegmatique David Hemmings, l’inimitable trogne d’Henry Silva) et de la mise en scène diaboliquement efficace d’un cinéaste qui se reconvertira ensuite sur le petit écran. La prison dorée que représente cette « ferme » n’est pas sans évoquer celle du Prisonnier, et quelques scènes choc resteront dans les mémoires, notamment la douche de sang, le cadavre en cire qui se décompose, ou encore le mur déformé sous l’assaut d’un monstre invisible. Et puis vient la morale de l’histoire, terrible et fatidique : s’il est suffisamment conditionné, n’importe quel être humain peut renoncer à sa personnalité et ses valeurs pour se muer en bête sanguinaire… Brrrrr !

 

© Gilles Penso

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H2G2 : LE GUIDE DU VOYAGEUR GALACTIQUE (2005)

L’adaptation sur grand écran de la série radiophonique délirante et ultra-populaire créée par Douglas Adam

THE HITCHHIKER GUIDE TO THE GALAXY

 

2005 – USA / GB

 

Réalisé par Garth Jennings

 

Avec Martin Freeman, Mos Def, Sam Rockwell, Zooey Deschanel, John Malkovich, Warwick Davis et la voix d’Alan Rickman

 

THEMA SPACE OPERA I ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Extrêmement populaire en Grande-Bretagne, la mini-série radiophonique « H2G2 » fut lancée sur les ondes en 1978 par Douglas Adams, avant d’être déclinée sous de nombreux supports (romans, comics, jeux vidéo). Une adaptation cinématographique fut bientôt envisagée par le réalisateur Ivan Reitman et les comédiens Bill Murray et Dan Aykroyd, avant que les trois compères ne bifurquent vers S.O.S. Fantômes. Jay Roach puis Spike Jonze furent alors envisagés pour reprendre les rênes du projet, avec que ce dernier n’échoit finalement à Garth Jennings, connu pour son travail dans le clip musical. Et c’est Karey Kirkpatrick, auteur de Chicken Run, qui se chargea d’en rédiger le scénario. Le Guide du Voyageur Galactique démarre sur un générique absurde qui donne immédiatement le ton. Aux accents d’une chanson lyrique qu’on croirait échappée d’un dessin animé estampillé Walt Disney, les dauphins quittent la Terre en déclamant avec de jolies vocalises « adieu, merci pour le poisson ». Les mammifères marins désertent notre planète car ils sentent venir la fin du monde. En effet, une race extra-terrestre très à cheval sur la paperasse et l’administration, les Vogons, est en train de tracer une nouvelle voie express dans l’espace, et la Terre est sur le chemin de cette autoroute stellaire. Elle est donc détruite sans ménagement dès les premières minutes du film. Sauvé in-extremis par son ami extra-terrestre Ford Perfect (Mos Def), le Terrien Arthur Dent (Martin Freeman) apprend les joies de l’auto-stop spatial et se retrouve dans un vaisseau dirigé par un président excentrique…

D’emblée, H2G2 impressionne par les importants moyens mis à sa disposition. Les effets visuels de la compagnie britannique Cinesite sont absolument somptueux, les décors rivalisent de beauté, les nombreuses créatures (œuvres du Jim Henson’s Creature Shop) ressemblent à une version grandement améliorée du bestiaire du Cantina Band de La Guerre des étoiles… Souvent, la combinaison de trucages numériques et de créations animatroniques donne des merveilles, comme l’homme-tronc incarné par John Malkovich, qui se déplace à l’aide d’une multitude de minuscules pattes robotiques, ou les deux visages du roi qui interviennent en alternance selon ses humeurs.

Le robot dépressif hydrocéphale

Au milieu de cette galerie bigarrée, c’est le personnage de Marvin qui sort le plus du lot. Ce robot dépressif à la tête démesurée, qui combine les talents de Warwick Davis (pour le corps) et Alan Rickman (pour la voix), est irrésistible. On retiendra aussi quelques visions surréalistes dignes de Terry Gilliam, comme ce constructeur de planètes qui fabrique une copie de la Terre, un ouvrier peignant les falaises tandis qu’un autre remplit les océans. Sur la forme, H2G2 séduit donc totalement. Sur le fond, c’est une autre histoire. Le film ne racontant finalement rien de très palpitant et l’intrigue elle-même n’ayant aucun véritable intérêt, seule l’accumulation de séquences excentriques plus ou moins drôle retient l’attention. D’où l’impression étrange de regarder un sketch du Saturday Night Live boosté par les moyens d’une superproduction.

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP 3 (1993)

Co-réalisé par William Lustig et Joel Soisson, ce troisième épisode marque les limites d’une franchise en perte de vitesse

MANIAC COP 3 : BADGE OF SILENCE

 

1993 – USA

 

Réalisé par William Lustig et Joel Soisson

 

Avec Robert Davi, Caitlin Dulany, Gretchen Becker, Paul Gleason, Jackie Earle Haley, Julius Harris, Robert Z’Dar

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Troisième épisode de la franchise Maniac Cop, cet ultime opus est conçu dans la douleur. William Lustig est toujours aux commandes, tout comme Larry Cohen au scénario, Spiro Razatos aux cascades et David Kern au montage. Mais les choses se gâtent en cours de route. « Joel Soisson était l’un des producteurs, et sa responsabilité était que Maniac Cop 3 soit terminé selon un planning défini à l’avance », raconte Lustig. « Or le scénario a été modifié avant que nous commencions le tournage et cette réécriture a été faite dans l’urgence, sans possibilité d’affiner les choses. Du coup, nous nous sommes retrouvés avec un scénario qui n’était pas assez long pour un film de 90 minutes. Nous cherchions désespérément un moyen de rallonger l’histoire, mais toutes les idées qui étaient proposées me semblaient stupides. Je savais que je n’aurai pas assez de matériau pour terminer, et Joel Soisson voulait malgré tout que je puisse respecter les délais en intégrant au fur et à mesure toutes ces idées bizarres qui, selon moi, ne collaient pas du tout. Nous en sommes arrivés à un point où j’ai dit à Joel : “Écoute, tu n’as qu’à finir le film toi-même. J’ai fait le plus gros du tournage, j’ai réalisé toutes les grosses scènes d’action, j’ai fait mon travail, finis ce film comme tu l’entends et laisse-moi tranquille !“ » (1) Quand on connaît l’envers du décor, les nombreuses incohérences qui jonchent le scénario sont plus faciles à comprendre.

Un texte prégénérique résume rapidement les faits décrits dans les films précédents. L’enterrement du flic psychopathe Matt Cordell, sur lequel s’achevait Maniac Cop 2, nous est montré à nouveau, monté en parallèle avec une sorte de cérémonie vaudou qui provoque sa résurrection. Robert Davi rempile dans le rôle principal, même si son personnage était absent de la première version du scénario. « Figurez-vous qu’au départ le personnage principal du film était un policier noir », explique William Lustig. « Or le marché le plus important pour la série Maniac Cop était le Japon. Et nous avons découvert que les distributeurs japonais n’acceptaient pas de films avec un acteur principal noir ! Ils refusaient donc de signer le deal sans expliquer pourquoi. Quelqu’un a compris d’où venait le problème, et nous nous sommes retrouvés dans une situation impossible. Le film ne pouvait pas se concrétiser financièrement sans le marché japonais, alors j’ai suggéré quelque chose. Je leur ai dit : “dites-leur que Robert Davi est l’acteur principal de Maniac Cop 3”. Aussitôt, les distributeurs japonais ont dit oui. Pouvez-vous imaginer une chose pareille ? » (2) D’où les changements d’écriture de dernière minute qui précipitent le départ du réalisateur en cours de production. Revoilà donc l’inspecteur bourru campé par Davi, qui enquête sur un cadavre retrouvé décapité avec une patte de poulet à la place de la tête. Sa collègue Kate Sullivan (Gretchen Becker) est une policière un peu zélée que ses collègues ont surnommée « Maniac Kate ». Prise dans une fusillade au milieu d’une pharmacie, elle est gravement touchée. Dans le coma, notre femme-flic rêve qu’elle épouse Cordell ! Le potentiel de son personnage, sorte de relecture de La Fiancée de Frankenstein, est prometteur. Mais il restera inexploité, victime collatérale d’un scénario qui se réécrit quasiment au jour le jour.

« J’aime l’odeur du sang frais avant le petit dej ! »

Malgré sa conception chaotique, Maniac Cop 3 n’est pas dénué de qualités. Certaines séquences situées dans l’hôpital, qui ne sont pas sans évoquer Halloween 2, sont plutôt soignées, qu’il s’agisse du long plan-séquence pendant une discussion entre le chef de la chirurgie et un procureur au milieu des malades agonisants et des médecins ou des meurtres inventifs du Maniac Cop (l’attaque au défibrillateur, le meurtre au rayon X). Le film s’offre aussi quelques salves satiriques à l’encontre des milieux de médecine (les docteurs qui draguent tout ce qui bouge, les répliques improbables du genre « bon sang c’est fou ce que je peux aimer l’odeur du sang frais avant le petit dej ! »), de la presse (les deux journalistes charognards qui cherchent à filmer les scènes de crime les plus glauques) ou de la justice (les petits arrangements entre avocats et procureurs). Mais le film ne tient pas la route et les derniers rebondissements partent dans tous les sens. Sorcellerie, pyrotechnie, cascades automobiles, humour décalé, romances improbables, tous les cache-misères ne suffisent pas à masquer l’inexistence d’un dernier acte digne de ce nom. De fait, malgré sa fin ouverte, cet épisode mettra un point final à la saga.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP 2 (1990)

Pour capitaliser sur le succès du premier Maniac Cop, William Lustig et Larry Cohen ressuscitent le policier psychopathe

MANIAC COP 2

 

1990 – USA

 

Réalisé par William Lustig

 

Avec Robert Davi, Claudia Christian, Michael Lerner, Bruce Campbell, Laurene Landon, Robert Z’Dar, Clarence Williams III

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Le premier Maniac Cop offrait un bel effet de surprise : non seulement le serial killer prenait les traits d’un policier en uniforme, mais en plus le héros était Bruce Campbell, enfin dirigé par quelqu’un d’autre que Sam Raimi. Avec cette séquelle, le principe du « whodunit » ne fonctionne évidemment plus puisque cette fois-ci nous connaissons l’identité du tueur qui, tel les indestructibles Jason Voorhees et Michael Meyers, a ressuscité et continue son massacre. Aux postes clés de son film, William Lustig retrouve les mêmes artistes et techniciens : Larry Cohen au scénario et à la production, Spiro Razatos aux cascades, Jay Chattaway à la musique. Mais si Robert Z’Dar reprend le rôle du massif Matt Cordell, les héros changent de visage. Certes, Bruce Campbell et Laurene Landon incarnent une fois de plus les officiers Forrest et Mallory, mais c’est pour disparaître brutalement de l’intrigue au bout de vingt minutes. Exit donc les stars de Evil Dead et Hundra, place à un nouveau duo. Il s’agit de la psychologue Susan Riley (Claudia Christian) et d’un flic taciturne et dur à cuir (cigarette au bec et chapeau mou) campé par Robert Davi. « J’ai choisi Robert parce que je voyais son visage partout sur les posters de Permis de tuer », raconte Lustig. « Je l’avais rencontré par le passé et nous avions sympathisé. J’étais donc content pour lui en sachant qu’il jouait le méchant d’un James Bond. Sur un coup de tête, alors que Maniac Cop 2 était encore en préparation, j’ai annoncé aux distributeurs que Robert Davi allait jouer dans notre film. C’était une invention pure. Prenant la mesure de mon coup de bluff, je lui ai fébrilement envoyé le scénario en priant pour qu’il accepte. Fort heureusement, il a dit oui. Il m’a juste dit : “Pourquoi appeler ce film Maniac Cop 2 ? C’est un titre grotesque !“ Je lui ai répondu que ce titre était la raison d’être du film ! » (1)

Maniac Cop 2 n’est pas avare en scènes sanglantes excessives, notamment le policier accroché comme un quartier de viande à une dépanneuse de la fourrière, le massacre des flics dans le stand de tir (dans lequel un panneau rappelle : « notre objectif : aucun accident ») ou encore la fusillade sanglante dans le commissariat qui évoque irrésistiblement Terminator. Larry Cohen nous rappelle qu’il fut le réalisateur du délirant L’Ambulance en imaginant des séquences d’action tour à tour spectaculaires (la poursuite entre la voiture de police et le taxi sans pneus) ou à la limite du cartoon (Claudia Christian qui court à côté d’une voiture lancée à vive allure au volant de laquelle elle est attachée, Laurene Landon qui attaque le tueur avec une tronçonneuse). Moins novateur que celui du premier Maniac Cop, le scénario tente ainsi de masquer ses déficiences par une surenchère de violence et d’action. Pour tenter de relancer l’intérêt, l’intrigue s’efforce d’enrichir les origines de Cordell à travers le personnage du commissaire Edward Doyle (Michael Lerner) qui fut jadis responsable de son arrestation. Un autre personnage entre dans la danse pour varier les plaisirs : un serial killer minable qui étrangle des strip-teaseuses et devient complice du Maniac Cop. On sent bien que le récit patine un peu et que la fluidité du film précédent n’est plus de mise.

Le spectre de la vengeance

Plus massif et trapu que dans le premier Maniac Cop, Matt Cordell redouble d’énergie pour faire voltiger ses victimes en tous sens. Son maquillage (signé cette fois-ci Dean Gates) n’a hélas guère gagné en finesse. Le caractère surnaturel du tueur étant désormais pleinement assumé, il a pris les traits d’un zombie à la bouche et au nez décharnés. Son masque est tellement rudimentaire qu’il reste presque inchangé lorsque le cascadeur qui double Robert Z’Dar porte une cagoule ignifugée pour l’impressionnante scène de l’incendie dans la prison. Car même lorsqu’il est transformé en torche humaine, notre flic monstrueux et vengeur poursuit ses exactions, bien décidé à massacrer les prisonniers qui jadis l’agressèrent. « Nous nous sommes installés sur un plateau à Culver City, en Californie, et nous avons tourné cette scène d’incendie pendant trois jours d’affilée », raconte Lustig. « Il fallait beaucoup de temps pour préparer les cascadeurs et le feu. Cette séquence était tournée avec trois ou quatre caméras, petit bout par petit bout. Il fallait que nous conservions sans cesse la continuité en tête. Mon inspiration principale, pour cet incendie final, était le climax de La Chose d’un autre monde avec James Arness. » (2) La musique de Jay Chattaway s’enrichit ici de chœurs masculins religieux lointains, comme pour véhiculer l’idée d’une vie après la mort… De fait, le Maniac Cop agit comme un fantôme qui ne connaîtra le repose qu’une fois que l’injustice ayant provoqué sa « mort » sera réparée et vengée.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP (1988)

Sous la direction de William Lustig, Bruce Campbell affronte un policier colossal, défiguré et dangereusement psychopathe

MANIAC COP

 

1988 – USA

 

Réalisé par William Lustig

 

Avec Bruce Campbell, Laurene Landon, Tom Atkins, Richard Roundtree, Robert Z’Dar, Sheree North

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Début 1987, William Lustig est dans une période creuse après le doublon Maniac et Vigilante. Au cours d’un déjeuner informel à New York, Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs et réalisateur du Monstre est vivant) lui suggère de s’atteler à une séquelle de Maniac. Mais Lustig n’est pas convaincu. « Je ne voyais pas trop comment donner suite à ce film », raconte-t-il. « Or à l’époque, le mot “Cop“ était dans le titre de beaucoup de films à succès : Robocop, Beverly Hills Cop, etc… Du coup, Larry m’a dit : “et si nous faisions un film qui s’appellerait Maniac Cop ?” Dans son élan, Larry a même eu l’idée d’un slogan : “Vous avez le droit de garder le silence… pour toujours” Aussitôt, je lui ai répondu : “Larry, nous tenons un film !” » (1) En attendant d’avoir en main un scénario, Lustig demande à Cohen d’imaginer une séquence se déroulant en pleine fête de la Saint Patrick, pour pouvoir profiter de la parade des policiers en mars 87. Tournant un peu à l’aveuglette, le réalisateur profite de la présence à New York de Sam Raimi (alors en attente du financement de Darkman) pour lui faire jouer un reporter et embauche Bruce Campbell qui se déplace spécialement sans trop savoir dans quel film il joue. « Je voulais Bruce dans le rôle principal de Maniac Cop parce que je l’avais trouvé extraordinaire dans Evil Dead 2 », explique Lustig. « Il a un look de héros purement américain et un jeu corporel incroyable. Quant à Laurene Landon, elle m’a été suggérée par Larry Cohen. Bruce et elle forment un couple très dynamique à l’écran. » (2) Entretemps, Cohen rédige enfin le scénario définitif et Lustig s’installe avec son équipe dans les rues de Los Angeles, qu’il maquille habilement pour faire croire que l’action se situe intégralement à New York.

Le générique de Maniac Cop est constitué d’une série de gros plans montrant un policier qui endosse son uniforme. La caméra s’attarde sur ses mains, son badge, son arme, sa casquette, puis sa matraque dans laquelle se cache une longue lame acérée. La dichotomie entre sécurité et danger est assumée en quelques secondes. Elle monte d’un cran lors de la séquence suivante, où une barmaid est agressée en pleine nuit par deux voyous puis prend la fuite en direction d’un policier… qui l’occis aussitôt. Ce n’est que le premier d’une série de meurtres frappant bientôt la Grosse Pomme. Chargés de l’enquête, le lieutenant MacCray (Tom Halloween 3 Atkins) et le commissaire Pike (Richard Shaft Roundtree) échafaudent chacun leur théorie. Selon le premier, l’assassin est un policier désaxé. Le second penche plutôt pour un homme qui veut se faire passer pour un agent et nuire à l’image de la police. Toujours est-il qu’une psychose anti-flic gagne bientôt les citoyens, prélude à quelques sanglants dérapages. Suite à la mort de sa femme, le policier Jack Forrest (ce bon vieux Bruce Campbell) devient le suspect numéro un. Pour se disculper, il va devoir mettre la main sur le vrai tueur. L’histoire de ce dernier nous est contée dans un flash-back onirique dont la musique obsédante semble puiser son inspiration dans l’atmosphère des giallos. Ancien policier zélé, Matt Cordell (Robert Z’Dar) fut condamné pour abus de pouvoir et emprisonné avec tous les criminels qu’il avait fait condamner. Agressé sous la douche par des malfrats (le temps d’un hommage assumé à Psychose), mutilé à coups de couteau, laissé pour mort, Cordell est désormais revenu d’entre les morts pour se venger de la ville qui l’a transformé en monstre.

Frankenstein Connection

Maniac Cop est donc un film concept, procédé dont Larry Cohen s’est fait une spécialité. Mais loin de se contenter de son idée de départ, le scénario en explore toutes ses répercussions, notamment le mélange de peur et de respect qu’inspire l’uniforme et l’influence des médias sur l’opinion publique. Par sa stature, son comportement et la manière dont il est filmé, le tueur est volontairement déshumanisé pour se muer en une sorte d’abstraction iconique. Il semble d’ailleurs insensible aux balles. « J’ai l’habitude de dire que Maniac Cop est un mélange de Frankenstein et de French Connection », plaisante Lustig. « Plus j’avançais dans le film, plus Cordell montrait des capacités surnaturelles. Mais honnêtement je n’avais pas exactement défini sa nature, quelque part à mi-chemin entre l’homme ayant survécu à la mort et le zombie. » Soigneusement dissimulé dans l’ombre, le visage du monstre n’est révélé qu’à cinq minutes de la fin. Il faut avouer que le maquillage supervisé par John Naulin (Re-Animator, Critters, From Beyond) manque de finesse. Mais il fonctionne grâce au montage efficace, aux lumières et au jeu de Robert Z’Dar qui grimace nerveusement pour accentuer son impact. En cours de route, le slasher se mue en film d’action et multiplie les cascades spectaculaires jusqu’à un final particulièrement mouvementé laissant une porte ouverte vers de futures séquelles.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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THE DOOR, LA PORTE DU PASSÉ (2009)

Un peintre endeuillé par la mort de sa fille découvre un passage qui l’emmène vers un monde parallèle situé cinq ans dans le passé…

DIE TÜR

 

2009 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Anno Saul

 

Avec Mads Mikkelsen, Jessica Schwartz, Heike Makatsch, Nele Trebs, Rüdiger Kühmstedt, Corinna Borchert, Valeria Eisenbart, Thomas Thieme

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Ancien peintre à succès, David cherche un sens à sa vie après s’être rendu responsable de la mort de sa fille. Cinq ans plus tard, après une soirée noyée dans l’alcool, il se perd dans les bois en suivant un étrange papillon et finit par découvrir un tunnel obscur au bout duquel se trouve une porte. Lorsqu’il en franchit le seuil, sa vie bascule. Car le voici désormais dans un monde parallèle, le même que le sien, mais plus jeune de cinq ans. Dans ce monde, sa fille vit encore et son épouse ne l’a pas quitté. Va-t-il pouvoir profiter de cette seconde chance pour racheter ses fautes ? Tel est le point de départ de The Door, magistral tour de force scénaristique écrit par Jan Berger d’après un roman fascinant d’Akif Pirincci. L’incontestable réussite du film repose en grande partie sur les épaules de Mads Mikkelsen, que le grand public avait découvert trois ans plus tôt sous les traits torturés du maléfique « Le Chiffre » dans Casino Royale de Martin Campbell. Le visage buriné, les traits fatigués, le regard froid, il campe ici un anti-héros d’autant moins avenant que la mort de sa fille est consécutive à l’une de ses amourettes extra-conjugales. Tout le talent du comédien et de son metteur en scène consistent dès lors à solliciter la mansuétude du spectateur et l’acceptation des faiblesses de ce protagoniste guère reluisant.

Peu connaisseur en matière de science-fiction, Anno Saul n’utilise les codes du genre que pour mieux exacerber les réactions humaines et titiller les caprices du destin. « Je dois vous avouer que je n’ai jamais vu d’épisode de La Quatrième dimension », confesse-t-il. « En revanche, je me suis beaucoup laissé inspirer par les films de M. Night Shyamalan, notamment Sixième sens, Incassable et, dans une moindre mesure, Le Village. J’aime beaucoup l’équilibre qu’il a trouvé entre le réalisme et le fantastique » (1). Ainsi, lorsque son héros se retrouve face à des situations et des choix impensables, l’argument fantastique cède le pas au drame humain. Car en effectuant un bond dans le passé, David doit faire face à son propre double, plus jeune de cinq ans. Comment peut-il tenter un nouveau départ dans ces conditions ? Ce monde parallèle ne peut manifestement contenir qu’un seul des deux David, mais lequel ?

David contre David

Une séquence charnière, au cours de laquelle le protagoniste tente d’expliquer en termes simples à sa fille qu’il va devenir son « nouveau papa » tout en s’efforçant de faire mieux que le précédent, soulève subtilement toutes les questions existentialistes du récit. Mais le scénario de The Door ne s’en tient pas à son point de départ insolite et aux dilemmes qu’il implique. Car de nouveaux rebondissements inattendus viennent bientôt perturber le récit, dotant l’étrange phénomène d’une dimension plus ample que prévue. Tous ceux qui ne juraient que par la trilogie Matrix en matière de science-fiction philosophique réviseront probablement leur jugement en découvrant The Door. Évacuant toutes citations « érudites », toutes démonstrations nébuleuses et tout effet spectaculaire, cette modeste production germanique nous questionne en toute simplicité sur la condition humaine et trotte longtemps dans nos esprits après son visionnage.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2010

 

© Gilles Penso

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UNDERWATER (2020)

Les employés d’une station de forage sous-marine tentent de survivre après un séisme qui a réveillé de redoutables créatures…

UNDERWATER

 

2020 – USA

 

Réalisé par William Eubank

 

Avec Kirsten Stewart, Vincent Cassel, T.J. Miller, Jessica Henwick, Mamoudou Athie, John Gallagher Jr., Gunner Wright

 

THEMA MONSTRES MARINS I CATASTROPHE I LOVECRAFT

Écrit par Brian Duffield (The Babysitter) et Adam Cozad (La Légende de Tarzan), réalisé par William Eubank (The Signal), Underwater est le dernier film produit par le studio 20th Century Fox avant son rachat par Walt Disney. Tournant le dos aux conventions traditionnelles du cinéma catastrophe, qui consistent généralement à présenter longuement les protagonistes et leur environnement avant que survienne le drame, le scénario fait survenir le cataclysme d’emblée. Charge aux spectateurs de comprendre en cours de route qui sont les personnages principaux et quelle est la nature de la situation. Le premier être humain qui apparaisse à l’écran est l’ingénieur en mécanique Norah Price, incarné par Kirsten Stewart. Cassant son image glamour, la star de Twilight et Blanche-Neige et le chasseur adopte un look inhabituel : cheveux presque rasés et décolorés, grandes lunettes, tenue masculine, expression dure. Mais son regard clair et ses traits gracieux affleurent encore derrière cette apparence austère, qu’on devine être une carapace protectrice. Une photo furtivement aperçue de sa vie passée, sur laquelle elle affirme plus ouvertement sa féminité, semble confirmer cette impression.

Alors qu’elle arpente les corridors de la station de forage Kepler 822, édifiée à 10 000 mètres de profondeur dans la fosse des Mariannes pour le compte de la compagnie Tian Industries, Norah fait face à un soudain cataclysme. Un séisme titanesque semble avoir désintégré la quasi-totalité des lieux. Réfugiée de justesse dans une zone protégée, la jeune femme donne l’alerte et part en quête d’éventuels rescapés. Elle finit par tomber sur le capitaine W. Lucien (Vincent Cassel), le foreur Paul Abel (T.J. Miller), la biologiste Emily Haversham (Jessica Henwick), l’ingénieur Liam Smith (John Gallagher Jr.) et le responsable système Rodrigo Nagenda (Mamoudou Athie). Prise au piège, cette poignée de survivants va tout tenter pour remonter à la surface. Mais les débris de la station sont un labyrinthe dangereux. Et d’inquiétantes créatures sous-marines d’une espèce totalement inconnue semblent roder autour d’eux…

Les monstres des profondeurs

Underwater emprunte un terrain déjà balisé par des œuvres telles que Abyss, M.A.L., Leviathan, Peur bleue ou même L’Aventure du Poséidon. Mais l’influence majeure du film semble être Alien. Il est d’ailleurs tentant de plaquer une grille de lecture comparative entre les deux films, de la découverte de la première créature (qui ressemble étrangement à un « chestbuster ») jusqu’au climax où l’héroïne quitte son lourd scaphandre pour affronter en sous-vêtements la menace venue d’ailleurs. Mais l’emprunt le plus intéressant au classique de Ridley Scott est la nature même des protagonistes, des « cols bleus » employés par un consortium industriel. Simples techniciens, ingénieurs, femmes et hommes de terrain, ils n’ont rien des héros traditionnels et luttent donc contre les « aliens » avec les moyens à leur disposition : le pragmatisme, l’inventivité, l’opiniâtreté et une solidarité les poussant sans cesse à se protéger les uns les autres au péril de leur propre vie. Attachants parce que résolument humains et réalistes, ces personnages suscitent une empathie naturelle lorsqu’ils font face au danger pour tenter d’échapper à une situation qui semble désespérée. Si les séquences de suspense marchent à plein régime, William Eubank nous offrant la vision subjective des survivants dans les abysses ou installant littéralement sa caméra à l’intérieur de leur casque, c’est parce qu’elles s’appuient sur les peurs primaires les plus élémentaires. Dommage cependant que la disposition des lieux soit souvent incompréhensible, privant les spectateurs d’une appréhension claire des enjeux topographiques. Cerise sur le gâteau, les monstres – habilement dissimulés dans les ténèbres aquatiques – évoquent tour à tour Alien et L’Étrange créature du lac noir, avant que la source d’inspiration manifeste du cinéaste ne frappe les esprits d’une manière particulièrement impressionnante : H.P. Lovecraft et ses Grands Anciens. D’où un climax vertigineux qui monte en puissance aux accents d’une bande originale emphatique signée Marco Beltrami et Brandon Roberts.

 

© Gilles Penso

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AVALANCHE (1978)

Rock Hudson et Mia Farrow font face à une titanesque vague de neige dans ce film catastrophe produit par Roger Corman

AVALANCHE

 

1978 – USA

 

Réalisé par Corey Allen

 

Avec Rock Hudson, Mia Farrow, Robert Forster, Jeannette Nolan, Rick Moses, Barry Primus, Steve Franken, Anthony Carbone

 

THEMA CATASTROPHES

Grand recycleur de succès devant l’éternel, Roger Corman ne pouvait pas décemment passer à côté de la vogue du film catastrophe. Il produit donc en 1978 Avalanche en mettant en vedette David Shelby (Rock Hudson), promoteur et propriétaire d’une luxueuse station de ski dans le Colorado, qui entend bien devenir, comme l’était son père, « le roi de la montagne ». Pour parvenir à ses fins, il n’hésite pas à faire abattre de nombreux arbres et à faire construire des chalets sur des terrains propices aux avalanches. C’est en tout cas le point de vue de Nick Thorne (Robert Forster), photographe célèbre, écologiste convaincu et ami du promoteur qui craint que le pire ne survienne. « Ces montagnes étaient là bien avant que tu n’arrives » dit-il avec un éclair de lucidité incontestable. « Je ne vais pas faire confiance à tes prémonitions, je ne fais confiance qu’à mon jugement ! » lui rétorque avec emportement un Shelby au moins aussi têtu que le maire d’Amity dans Les Dents de la mer. Et c’est effectivement le chef d’œuvre de Steven Spielberg qui semble servir de source d’inspiration principale à Corman et son réalisateur Corey Allen, la neige se substituant ici au monstre marin.

Soucieux de réserver la catastrophe pour son acte final, le film s’attarde sur des intrigues romantiques d’un intérêt tout relatif (le champion de ski qui tombe ces dames avec désinvolture), sur les rivalités insipides entre patineuses (laquelle des deux fera-t-elle la plus belle figure ?), sur des compétitions sportives absurdes (notamment une course de scooters des neiges dans laquelle les participants, qui semblent avoir trop vu Ben-Hur, semblent prêts à s’entretuer pour arriver les premiers). Lorsque s’installe un triangle amoureux entre Thorne, Shelby et Caroline, l’ex-femme de ce dernier (une Mia Farrow reléguée ici au rang de potiche souriante), Avalanche touche le fond. Après cette interminable première partie – qu’on pourrait comparer à une relecture des Bronzés font du ski sans personne pour faire rire le spectateur – survient enfin l’avalanche promise par le titre. Le fléau vient du ciel, sous forme d’un avion de tourisme perdu dans la tempête qui s’écrase dans la montagne.

La colère de la montagne

La catastrophe qui s’ensuit est visualisée par des effets simples mais dynamiques et raisonnablement efficaces : maquettes convaincantes, kilos de neige projetés sur les comédiens, coulées blanches incrustées dans les prises de vues… Supervisées par Lewis Teague (futur réalisateur de L’Incroyable alligator et Cujo), ces séquences relancent quelque peu l’intérêt. Les bâtiments sont soufflés, les cuisines d’un hôtel explosent, les gens se piétinent, bref le désastre prend l’ampleur nécessaire malgré la petitesse manifeste du budget. La dernière demi-heure du film se concentre sur la recherche des survivants sous la neige et la libération de ceux qui sont coincés dans un hôtel dévasté, notamment la propre mère de Shelby. Les sauvetages sont plus ou moins spectaculaires (certains rescapés sont accrochés au câble d’un télésiège, une ambulance tombe dans un ravin et explose), mais ne sont pas d’un fol intérêt dramatique. Avalanche s’achemine donc tranquillement vers un épilogue fastidieux affublé de dialogues d’une rare platitude. L’année suivante, plusieurs extraits du film seront réutilisés pour Meteor de Ronald Neame.

 

© Gilles Penso

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