EVIL BONG 777 (2018)

Les protagonistes déjantés de l’improbable saga consacrée au « bong maléfique » se retrouvent dans un hôtel hanté à Las Vegas…

EVIL BONG 777

 

2018 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Jessica Morris, Mindy Robinson, Peter Badalamenti, Caleb Hurst, Adam Roberts, Elina Madison, Tonya Kay

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES I PETITS MONSTRES I CLOWNS I SAGA EVIL BONG I KILLJOY I CHARLES BAND

On ne peut pas dire que les films de la saga Evil Bong brillent par leur intelligence ou leur finesse. Il n’empêche que depuis le premier opus de cette franchise noyée dans les vapeurs de la marijuana, lancé sur le marché vidéo en 2006, une communauté de fans relativement importante voue un petit culte au « bong maléfique » et aux personnages bizarroïdes qui gravitent tout autour. Content de son petit effet, le producteur/réalisateur Charles Band n’hésite pas à solliciter les amateurs pour qu’ils mettent la main à la poche. À l’instar de Evil Bong High-5 et Evil Bong 666, ce septième opus est donc partiellement financé grâce à une campagne participative lancée sur le site Indiegogo. Pour attirer le chaland, Band promet « des effets spéciaux réalisés en direct, du sexe avec des marionnettes et des surprises super bizarres ! » Il faut croire que cette accroche fait mouche, puisque Band réussit à récolter plus de 25 500 dollars, un montant bien plus élevé que pour les deux Evil Bong précédents. Il tient donc les promesses de son slogan invraisemblable, pour le plus grand bonheur des fans.

Sachant qu’il ne pourra pas faire des merveilles avec le budget qu’il a pu réunir, Band n’hésite pas à commencer par faire un peu de remplissage. Les trois premières minutes d’Evil Bong 777 sont donc consacrées à un résumé détaillé de l’épisode précédent, suivies par 2 minutes 20 de générique. C’est toujours ça de gagné, d’autant que le film complet dure à peine un peu plus d’une heure. Il faut dire que le scénario du film se résume à peu de choses. Tout juste échappés du Sexy Hell, un monde parallèle dirigé par un diable lubrique (Peter Badalamenti), l’euphorique Rabbit (Sonny Carl Davis), la clownesque Faux Batty (Robin Sydney), la diseuse de bonne aventure Misty (Jessica Morris) et le Gingerweed Man suivent les plans de Ebee, le bong maléfique, qui décide de se rendre là où sévissent les amateurs de marijuana et de fêtes épiques, autrement dit à Las Vegas. Pendant ce temps, la diabolique Lucy Furr (Mindy Robinson) cherche elle aussi à quitter le Sexy Hell pour preparer sa vengeance…

Puppetophilie

On connaît le penchant fétichiste de Charles Band pour les petits monstres en général et pour les marionnettes en particulier. N’est-ce pas lui, le père des Puppet Masters, Demonic Toys et autres Ghoulies ? n’avait-il pas déjà repoussé les limites – en ce domaine – en montrant deux Minions coucher ensemble dans Decadent Evil ? Ici, il décide d’aller encore plus loin en insérant dans son film une séquence interminable au cours de laquelle une marionnette d’Elvis fait l’amour avec une fille entièrement nue pendant un spectacle X à Las Vegas. A l’issue de la scène, le pénis en tissus du King se dresse et éjacule des serpentins dans la salle ! Dans la même lignée, le film nous offre la vision impensable d’une escort girl gironde et totalement dénudée à laquelle s’accouple de manière très suggestive le Gingerweed Man. Dans un registre moins salace – mais tout aussi « puppetophile » -, on appréciera la création de deux nouveaux petits monstres hargneux. En récupérant les miettes du Gingerdead Man – piétiné par Faux Batty à la fin du film précédent -, Lucy Furr donne en effet naissance à un couple de nouveaux « biscuits psychopathes » encore plus hideux et assoiffés de sang que leur prédécesseur. Pour offrir à Evil Bong 777 un décor attrayant en guise de climax, Band investit le « Tom Devlin’s Monster Museum » créé dans le Nevada par le concepteur des effets spéciaux de la saga – un showroom plein de créatures issues du cinéma d’horreur de science-fiction – et y dirige la poursuite finale, avant une chute absurde annonçant l’épisode suivant.

 

© Gilles Penso

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JU-ON : THE CURSE 2 (2000)

Suite directe du premier opus de la franchise The Grudge, cette seconde partie élargit encore le scope de la malédiction tentaculaire de Kayako et Toshio…

JU-ON 2

 

2000 – JAPON

 

Réalisé par Takashi Shimizu

 

Avec Yûrei Yanagi, Takako Fuji, Takashi Matsuyama, Ryôta Koyama, Yûko Daike, Makoto Ashikawa, Tomohiro Kaku, Mayuko Saitô, Yue, Miyako Nakatsuka

 

THEMA FANTÔMES I SAGA THE GRUDGE

Si la chute du premier Ju-On pouvait laisser les spectateurs sur leur faim, c’est parce qu’il ne s’agissait pas de la fin initiale prévue par son scénariste/réalisateur. En concédant à ramener son film à une durée de 75 minutes pour satisfaire les besoins du marché vidéo, Takashi Shimizu s’était retrouvé avec 45 minutes en trop. Refusant de les jeter à la poubelle, il décida d’interrompre son premier récit à mi-parcours pour pouvoir le poursuivre dans un second film : Ju-On : The Curse 2. Problème : avec seulement trois-quarts d’heure de métrage à sa disposition, comment monter un long-métrage digne de ce nom ? Pour y parvenir, Shimizu choisit de consacrer les trente premières minutes de cette séquelle à un long résumé constitué d’extraits du film précédent. Ceux qui connaissent déjà les mésaventures du professeur Kobayashi, de la famille Murakami, de la lycéenne Mizuho, de l’inspecteur Yoshikawa ou de l’agent immobilier Suzuki peuvent donc tranquillement zapper la première demi-heure de Ju-On : The Curse 2 pour reprendre les événements là où ils les avaient laissés. Comme dans le premier film, la narration est ici divisée en segments s’attachant chacun à un personnage différent, tous victimes de la malédiction des fantômes Kayako et Toshio.

Passées les trente premières minutes, nous retrouvons l’un des protagonistes de la fin du film précédent, en l’occurrence Kyoko Suzuki (Yûko Daike). Sensible aux « mauvaises ondes », cette jeune femme a aidé son frère Tatsuya (Makoto Ashikawa), agent immobilier, à placer une famille dans la maison des Saeki. Or c’est l’endroit où eut lieu le double homicide de Kayako et Toshio. En visitant les lieux, elle est aussitôt troublée par l’atmosphère qui y règne. Lorsqu’elle y retourne après la vente, son malaise s’accroit considérablement. Les nouveaux propriétaires n’ont-ils pas un regard étrange ? Encore perturbée, Kyoko rend visite à son jeune neveu. Soudain, tous deux sont témoins d’une vision d’épouvante. Désormais, les voilà marqués par la terrible malédiction des spectres vengeurs. Le mal s’apprête alors à se propager partout autour d’eux…

Les contorsions de la terreur

Comme son prédécesseur, le film tire sa force de sa non-linéarité et de la place qu’il laisse aux spectateurs pour réorganiser les événements dans son esprit. Cette fragmentation de la narration n’est pas sans évoquer la démarche artistique d’un David Lynch. Le réalisateur de Lost Highway nous vient d’ailleurs plusieurs fois à l’esprit lorsque Takashi Shimizu laisse jaillir sur les écrans des séquences insensées et surréalistes : une scène de crime apparaissant en surimpression derrière le rideau d’un appartement – avec une texture pleine de parasites qui lui donne l’aspect incompréhensible d’une image vidéo -, la tête de l’enfant fantôme qui émerge à moitié d’un plancher en miaulant, ou encore un visage spectral disproportionné qui glisse sur un plafond. Ici, la peur ne passe pas par des effets faciles consistant à faire sursauter les spectateurs mais par des jeux d’arrière-plan, des figures figées dans un hurlement muet, des regards hagards, des teints livides, des mouvements saccadés. Les multiples contorsions de la terreur que déploie Shimizu trouvent leur point d’orgue lors d’une séquence démente situé dans les couloirs d’une école. On pourra regretter que les deux volets de Ju-On aient été artificiellement séparés en deux, car le métrage aurait certainement conservé une meilleure cohérence en restant d’un seul tenant.

 

© Gilles Penso

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JU-ON : THE CURSE (2000)

Le tout premier volet de la saga The Grudge est déjà une œuvre virtuose qui contourne ses faibles moyens pour terrifier habilement les spectateurs…

JU-ON

 

2000 – JAPON

 

Réalisé par Takashi Shimizu

 

Avec Yûrei Yanagi, Yue, Ryôta Koyama, Hitomi Miwa, Asumi Miwa, Yumi Yoshiyuki, Kazushi Andô, Chiaki Kuriyama, Yoriko Dôguchi, Jun’ichi Kiuchi, Denden

 

THEMA FANTÔMES I SAGA THE GRUDGE

Avant de se déployer tous azimuts dans une longue franchise à la fois au Japon et aux États-Unis, la malédiction de Ju-On fit l’objet de deux courts-métrages signés en 1998 par le scénariste et réalisateur Takashi Shimizu : Katasumi et 4444444444. Le premier parle d’une étudiante qui disparaît mystérieusement derrière son école, tandis que le second met en scène un téléphone abandonné qui ne répond que par des miaulements. Intégrés dans le long-métrage à sketches Gakkô no kaidan G (aux côtés d’autres films courts réalisés par Kiyoshi Kurosawa et Tetsu Maeda), ces deux opus s’inspirent de la légende japonaise de l’Onryō, un esprit vengeur capable de se manifester physiquement pour attaquer et tuer ses victimes. À l’influence de ce récit folklorique s’ajoute celle d’un reportage télévisé que Shimizu découvre à propos de la hausse soudaine des cas de violence domestique au Japon dans les années 1990. Face au succès de Katasumi et 4444444444, le réalisateur décide d’en développer et étendre les histoires pour pouvoir mettre en scène son premier long-métrage. Tourné en neuf jours seulement avec des moyens très limités, Ju-On dure deux heures. Mais pour pouvoir l’exploiter en vidéo, il faut descendre en dessous de la barre des 90 minutes. Plutôt que couper des séquences, Shimizu décide finalement d’en tirer deux films : Ju-On : The Curse et Ju-On : The Curse 2.

Divisé en six parties, Ju-On : The Curse ressemble à priori à l’assemblage de plusieurs courts-métrages tournant autour d’une maison maudite dans laquelle un homme assassina sa femme et son enfant dans un accès de jalousie. Mais en réalité, chacun de ces récits est lié l’un à l’autre, au sein d’une narration composite virtuose. Tout commence lorsque Shunsuke Kobayashi (Yûrei Yanagi), instituteur en école primaire, apprend que l’un de ses élèves, Toshio Saeki (Ryôta Koyama), n’est pas venu à l’école depuis plusieurs jours. L’enseignant décide de se rendre chez lui afin de vérifier si tout va bien. Une fois sur place, il découvre Toshio dans un bien piteux état, au milieu d’un grand désordre. En inspectant les lieux, Kobayashi découvre de plus en plus de choses étranges et finit par percevoir une présence indéfinissable… À partir de là, le cauchemar se déploie d’un personnage à l’autre jusqu’à prendre des proportions incontrôlables.

Fantômes blafards

Les décors banals, les personnages simples, les situations triviales, le rythme lent, l’image vidéo et le format 4/3 pourraient être autant de freins à l’implication des spectateurs. Mais ils dotent au contraire le film d’une patine réaliste déstabilisante. L’horreur s’installe dans un univers quotidien et familier que Shimizu capte avec tellement de naturalisme qu’il permet au phénomène d’identification de fonctionner à plein régime. Dès lors, même si Ju-On s’inscrit pleinement dans la culture japonaise, les sentiments qu’il convoque sont universels. C’est sans doute la raison principale de son impact international. Ici, le malaise emprunte des voies inhabituelles pour s’immiscer chez les protagonistes : une voix bizarre qui grince (interprétée par le réalisateur lui-même), des néons qui clignotent, des jambes qui apparaissent et disparaissent furtivement, la sonnerie stridente et insistante d’un appel téléphonique émis par un numéro inconnu (le 4444444444), un enfant blafard qui miaule… Le choix artistique de peindre entièrement en blanc les fantômes vengeurs du film vient du Butō, une forme de théâtre japonais qui fit grande impression à Takashi Shimizu lorsqu’il était gamin. C’est en puissant dans cette peur d’enfance qu’il façonna l’apparence spectrale de Kayako et Toshio. Une peur qu’il parvint à communiquer au monde entier, comme le prouve le succès de la saga The Grudge.

 

© Gilles Penso

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GIANTESS ATTACK (2017)

Deux actrices au chômage rencontrent de minuscules extra-terrestres qui les dotent d’une taille gigantesque…

GIANTESS ATTACK

 

2017 – USA

 

Réalisé par Jeff Leroy

 

Avec Tasha Tacosa, Rachel Riley, Christine Nguyen, Jed Rowen, Robert Rhine, Al Burke, Eric Flenner, Randal Malone, Jasper Oliver, Shawn C. Phillips, Mark Polonia

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Actif depuis 1997, Jeff Leroy s’est spécialisé dans les tout petits films comico-horrifico-fantastiques aux budgets ridicules, dont les titres imagés (Creepies, The Witch’s Sabbath, Werewolf in a Womens Prison, Psychon Invaders) annoncent assez bien la teneur et les ambitions. Lorsqu’il se lance dans Giantess Attack, variante loufoque du concept d’Attack of the 50 Foot Woman, Leroy estime qu’il lui manque 4000 dollars pour pouvoir mettre le film en boîte. Il lance donc une campagne de financement participatif sur le site Kickstarter et, grâce à la contribution de 123 donateurs, récolte plus de 5600 dollars. Satisfait, il truffera son film de clins d’œil à Kickstarter. Dès le prologue, une voix off nous annonce que le long-métrage Giantess Attack n’a pas pu atteindre son objectif de financement et qu’il est resté inachevé. Au lieu de pouvoir le visionner, la même voix nous propose donc de voir un épisode d’une série TV de science-fiction ultra-kitsch aux effets spéciaux effroyables, mettant en vedette deux super-héroïnes bimbo en bikini : Battle Babe et Combat Queen. Celles-ci parviennent à déjouer les plans d’un super-vilain d’opérette et s’autocongratulent. Puis nous brisons le quatrième mur pour découvrir que nous sommes sur le tournage de cet épisode.

Alors que les prises de vues s’achèvent, les deux actrices principales, Diedre (Tasha Tacosa) et Frida (Rachel Riley), se disputent brutalement puis en viennent aux mains. L’échauffourée tourne au combat de catch et devient virale. Après une violente altercation avec leur agent, elles se retrouvent dans une prison pour femmes caricaturale (où les gardiennes sont habillées comme Caroline Munro dans Star Crash). A leur sortie, Diedre et Frida sont sans emploi et livrées à elles-mêmes. Elles se réconcilient en se saoulant ensemble, jusqu’à ce que débarquent deux minuscules sœurs jumelles extra-terrestres qui semblent s’être échappées de Mothra. Ce sont des Métaluniennes (en hommage aux Survivants de l’infini), toutes deux interprétées par Christine Nguyen. Après avoir visionné les épisodes de leur série, elles pensent que les deux comédiennes sont de vraies super-héroïnes galactiques (selon un principe hérité de Galaxy Quest). Or la Terre est en danger. Grâce au pouvoir qu’elles leur donnent, nos deux actrices atteignent des proportions gigantesques et sortent faire la fête sur Hollywood Boulevard. L’armée, sous le commandement du général Smedley Pittsburgh (Jed Rowen), décide alors d’intervenir…

L'attaque des bikinis géants

Giantess Attack est pétri de bonnes idées, de gags référentiels, de fausses pubs (la réclame des céréales pour enfants vaut le détour), de flashs d’information, de pastiches (le générique calqué sur celui de L’Homme qui valait trois milliards) et de mise en abyme. Mais le manque de moyens saute aux yeux et le rendu amateur du film finit par être très rebutant. Car le caractère comique du film ne suffit pas à justifier l’extrême maladresse de ses trucages. Cette mise en forme ratée ruine la majorité des bonnes idées du film, comme la grande bataille contre l’armée, le tank qui sert de skateboard, la destruction du bâtiment de la scientologie ou le clin d’œil direct au poster de Attack of the 50 Foot Woman. Jeff Leroy utilise pourtant avec habileté des maquettes, des décors miniatures et des jouets. Mais ses incrustations et ses images de synthèse sont définitivement trop hideuses pour plaire – même au second degré. De toutes façons, l’objectif principal du film se limite finalement à peu de choses : filmer en contre-plongée deux filles qui se trémoussent en bikini. Les gags se situent donc souvent en-dessous de la ceinture, quitte à montrer le général fou de la gâchette se faire abondamment uriner dessus par l’une des demoiselles en colère, ou se retrouver coincé à l’intérieur de leurs sous-vêtements. Dommage que Giantess Attack n’ait pas plus joué la carte des interludes télévisés, des spots de pub, des bandes-annonces et autres, ce qui aurait pu lui donner les allures d’une sorte de Cheeseburger Film Sandwich (toutes proportions gardées). En l’état, le film est amusant, certes, mais assez vain. Une suite, Giantess Attack vs Mecha Fembot, verra le jour deux ans plus tard.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 666 (2017)

Plus mouvementé que les deux précédents opus de la saga du « bong maléfique », celui-ci met en scène de nouvelles créatures délirantes…

EVIL BONG 666

 

2017 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Mincy Robinson, Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Jessica Morris, Peter Badalamenti, Caleb Hurst, Orson Chaplin, Tonya Kay, Jonathan Katz

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I CLOWNS I SAGA EVIL BONG I KILLJOY I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

Face à la médiocrité des deux opus précédents, on aurait pu logiquement croire que la saga Evil Bong était arrivée à son terme et n’intéressait plus personne. Mais les fans des productions Full Moon constituent une base solide et enthousiaste, comme le prouvent les 20 000 dollars réunis grâce à une campagne de levée de fonds participative lancée par Charles Band pour aider à financer ce sixième opus. Une partie de la petite troupe habituelle se retrouve donc pour Evil Bong 666 qui, s’il n’a rien pour marquer durablement les mémoires et encore moins l’histoire du cinéma, se révèle beaucoup plus généreux, délirant et drôle que ses routiniers prédécesseurs. Depuis que Larnell, le Evil Bong et le Gingerdead Man ont été aspirés dans un monde parallèle (en l’occurrence à l’intérieur de l’esprit libidineux de ce bon vieux Rabbit toujours incarné par Sonny Carl Davis), nous découvrons que les choses ont changé. C’est désormais Mindy (Mincy Robinson), ancienne employée de Rabbit, qui reprend en main la boutique « Ebee’s Magical Weed Dispensary » sur Venice Beach. Relookée façon Morticia Addams et rebaptisée Lucy Furr, elle est désormais adoratrice de Satan, d’où la déco gothique digne d’Halloween dont elle a affublé le magasin.

Très éloignée de la Mindy blonde et acidulée que nous présentaient les films précédents, celle-ci affirme de plus noirs desseins. Elle désire en effet ouvrir un portail qui l’emmènerait dans un monde infernal nommé Sexy Hell. Pour y parvenir, elle va devoir accorder ses plans avec ceux de Ebee, le bong maléfique qui vient de s’échapper et qui rêve une nouvelle fois de dominer le monde. À partir de là, le scénario déjà passablement confus part dans tous les sens, envoyant valdinguer une grande partie de ses personnages dans le monde du Sexy Hell dirigé par le diabolique Belzeebub (Peter Badalamenti, le cyclope de Unlucky Charms) et ses démones topless. En pleine folie créatrice, Rabbit annonce alors solennellement : « pour lutter contre un monstre, il faut créer un autre monstre ». Ebee et lui s’habillent alors comme des docteurs Frankenstein, mélangent toutes sortes d’ingrédients et fabriquent une sorte d’homuncule qu’ils soumettent à la foudre. Ainsi naît (roulements de tambour…) le Gingerweed Man !

Un nouveau petit monstre

Si toutes sortes de clients – nouveaux ou aperçus dans les films précédents – défilent dans la boutique selon le rituel établi depuis quelques opus déjà, cet Evil Bong 666 entend bien pousser le grain de folie un peu plus loin. D’où ses incursions dans le Sexy Hell, un monde parallèle jonché de statues féminines géantes et survolé par des poitrines volantes ! Le concept s’avère gentiment surréaliste, même si la mise en forme est bâclée, faute d’effets visuels dignes de ce nom. Non content de continuer le crossover avec la saga Gingerdead Man, ce sixième épisode greffe également des éléments de la franchise Killjoy puisque Robin Sydney intervient ici dans le rôle de la fausse Batty Boop, compagne du clown démoniaque. L’actrice aura donc eu l’occasion de jouer trois personnages distincts dans la série Evil Bong, puisqu’elle fut aussi Sarah Leigh (la pâtissière qui créa le Gingerdead Man) et Luann (la petite amie de Larnell). Le Gingerweed Man qui surgit en fin de métrage n’est pas une création particulièrement convaincante, du côté du design, mais voir un nouveau petit monstre enrichir le « Charles Band Cinematic Universe » est toujours agréable. Cette créature parfaitement improbable utilise comme arme un pistolet qui projette des joints directement dans la bouche de ses victimes ! Si nous sommes loin de la réussite d’un Killjoy Goes to Hell, cet opus a le mérite de sortir de la monotonie dans laquelle s’encroûtaient les épisodes précédents pour offrir plus de spectacle et de gags visuels. Le générique de fin nous annonce un épisode suivant baptisé Gingerdead Man : Rebaked, mais la suite s’appellera en réalité Evil Bong 777.

 

© Gilles Penso

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SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER (2025)

Près de vingt ans après le premier opus de la saga, cette suite tardive tente de renouer avec les vieilles recettes d’antan, sans beaucoup de succès…

I KNOW WHAT YOU DID LAST SUMMER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jennifer Kaytin Robinson

 

Avec Chase Sui Wonders, Madelyn Cline, Jonah Hauer-King, Tyriq Withers, Sarah Pidgeon, Billy Campbell, Freddie Prinze Jr., Jennifer Love Hewitt, Austin Nichols

 

THEMA TUEURS I SAGA SOUVIENS-TOI L’ÉTÉ DERNIER

Bizarre, cette mode qui consiste à ressusciter les slashers d’antan en recyclant tel quel le titre du premier film, comme s’il s’agissait d’un remake ou d’un reboot flambant neuf. Pourtant, à l’image du Halloween de David Gordon Green, du Massacre à la tronçonneuse de David Blue Garcia ou du Scream signé Bettinelli-Olpin et Gillett, ce Souviens-toi l’été dernier millésime 2025 n’est rien d’autre qu’une séquelle peinant à ranimer les braises d’une franchise depuis longtemps refroidie. Déjà à la fin des années 90, Souviens-toi l’été dernier et ses suites n’étaient qu’un ersatz opportuniste du carton Scream, sans véritable valeur ajoutée face au néo-slasher de Wes Craven. Alors, que pouvait-on espérer d’un quatrième opus ? Le film de Jennifer Kaytin Robinson (scénariste de Thor : Love and Thunder – aïe !) situe l’action plusieurs décennies après les deux premiers volets, sans tenir compte du troisième épisode sorti en 2006 en DTV. Et pour caresser les fans dans le sens du poil, les têtes d’affiche de l’époque reprennent du service. Freddie Prinze Jr. et Jennifer Love Hewitt, désormais proches de la cinquantaine, affrontent donc à nouveau le croque-mitaine au crochet.

L’inévitable trauma qui fait démarrer l’intrigue emprunte toujours la même mécanique : des amis fêtards déclenchent involontairement un accident nocturne sur la route et décident de garder le secret. L’entame est mise en scène avec soin, le suspense fonctionne plutôt bien, mais cette récurrence finit par devenir absurde, pour ne pas dire improbable. Le film ne cesse d’ailleurs de se référer aux événements survenus en 1997, pour bien nous faire comprendre que nous opérons ici un retour aux sources. Et même si l’un des dialogues affirme avec cynisme que « la nostalgie, c’est pour les vieux », c’est bien à une manœuvre régressive que nous assistons ici. Une fois que le drame s’enclenche et que les premiers meurtres ensanglantent la ville, les « legacy characters » entrent en scène, autrement dit les vieux acteurs qui assurent le lien avec les films originaux et s’efforcent – sans beaucoup de conviction, comme s’ils se prêtaient au jeu de mauvaise grâce – d’assurer par leur seule présence une certaine légitimité à cet opus tardif. Destination finale Bloodlines ne se donnait pas tant de mal et parvenait pourtant habilement à raviver une franchise horrifique elle aussi née à la fin des années 90, en lui injectant du sang neuf. Mais ici, on se contente des vieilles recettes en espérant qu’elles fonctionnent encore.

Oublie-moi l’été prochain

Or les clichés qui s’accumulent ici sont sérieusement éculés, y compris la surcharge de « chansons cool » qui alimentent la bande son. Aucune séquence ne sort vraiment du lot, tout semble avoir déjà été vu ailleurs, et même les lieux visuellement intéressants (comme le sauna enfumé) ne sont pas exploités par un scénario désespérément paresseux. L’attitude du tueur, de son côté, est parfaitement incompréhensible, plus propice aux besoins de la mise en scène que mues par une motivation logique. Exemple : notre assassin surgit debout, immobile, derrière l’un des personnages principaux, laisse le temps à ce dernier – et aux spectateurs – de remarquer sa présence, de sursauter, de crier, et décide seulement ensuite de passer à l’attaque. Par ailleurs, il apparaît et disparaît à volonté, défiant les lois de la physique, comme s’il se muait en créature surnaturelle selon les besoins du récit. C’est par pure charité que nous éviterons de nous attarder sur la scène de la révélation finale, affublée du sempiternel monologue explicatif du tueur qui atteint ici les sommets du comique involontaire. Et que dire de la ridicule séquence post-générique façon Marvel ? Chers amis de Columbia Pictures et de Screen Gems, serait-ce trop vous demander de laisser mourir gentiment les vieilles franchises et d’inventer de nouvelles choses ?

© Gilles Penso

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RED SONJA (2025)

Quarante ans après Kalidor, la guerrière aux cheveux rouges imaginée par Robert Howard revient manier l’épée sous les traits de Matilda Lutz…

RED SONJA

 

2025 – USA

 

Réalisé par M. J. Bassett

 

Avec Matilda Lutz, Robert Sheehan, Wallis Day, Luca Pasqualino, Michael Bisping, Martyn Ford, Eliza Matengu, Danica Davis, Joana Nwamerue, Mana El-Feitury

 

THEMA HEROIC FANTASY

Dans Revenge, Coralie Fargeat exhibait Matilda Lutz sous toutes ses coutures, mais le potentiel dramatique de l’actrice y était éclipsé par la mise en valeur insistante de sa plastique. Il aura fallu le regard de M.J. (Jadis Michael J.) Bassett, pour que la jeune femme puisse échapper à cette objectification fétichiste et s’imposer comme une héroïne à part entière, capable de porter sur ses épaules une épopée ambitieuse. Pour autant, la mise en chantier de Red Sonja ne fut pas un long fleuve tranquille, loin s’en faut. Ceux qui gardent en mémoire le sympathique mais anecdotique péplum Kalidor avec Brigitte Nielsen savent que la « diablesse rouge », imaginée par Robert Howard puis magnifiée dans les comics de Roy Thomas, n’avait pas encore eu droit à un long-métrage digne de son envergure. Robert Rodriguez envisagea de s’y coller avec Rose McGowan dans le rôle principal, suivi de Simon West avec Amber Heard, puis de Joey Soloway avec Hannah John-Kamen. Mais c’est finalement M. J. Bassett qui hérita du bébé. Quoi de plus normal ? N’avait-elle pas dirigé un fort honorable Solomon Kane en 2009, déjà d’après Robert Howard ? De nombreux épisodes de séries TV et quelques longs-métrages plus tard (Silent Hill : Revelation, Inside Man : Most Wanted, Rogue, Espèces menacées), Bassett retrouve donc l’univers du créateur de Conan le barbare et place Matilda Lutz sous le feu des projecteurs.

Red Sonja est une « origin story » qui raconte la naissance de la légende, au cœur du pays imaginaire d’Hyrkanie. Enfant, Sonja voit sa terre natale envahie par des barbares qui massacrent la majorité de son peuple et la forcent à fuir dans les vastes et mystérieuses forêts voisines. Séparée des derniers survivants de sa tribu, elle atteint l’âge adulte en cherchant d’autres Hyrkaniens. Sa confrontation avec des braconniers va la lancer sur la piste du vil empereur Draygan, qui a décidé de dominer le monde, comme tout bon vilain qui se respecte. Au lieu de la montagne de muscles campée jadis par Brigitte Nielsen, Matilda Lutz incarne une Sonja plus animale, une sorte de nymphe des forêts mythologique capable de communier avec la nature, comme en témoigne le lien fusionnel qui l’unit au cheval Vihur et ses dialogues fréquents avec l’arbre anthropomorphique à l’image de la déesse Ashéra. Robert Sheeran, lui, transfuge de la série Misfits et de Mortal Engines, campe un tyran pétri de duplicité, génial et immature à la fois, bien déterminé à asservir les animaux et à déforester pour concrétiser ses rêves de conquête. Son opposition avec Sonja est évidemment une parabole de la lutte contre l’industrialisation massive qui détruit l’environnement pour y puiser des ressources et s’enrichir. « La Terre saigne et réclame notre aide », finit même par dire une voix ancestrale qui retentit dans la tête de notre héroïne.

L’appel de la forêt

La forêt féerique dans laquelle évolue Sonja en début de métrage n’aurait pas dépareillé dans Legend. Passé l’enchantement premier, Bassett la truffe de toutes sortes de créatures fantaisistes telles que des rhinocéros préhistoriques, des scorpions géants, des hommes-singes ou encore un gigantesque cyclope cornu aux pattes de bouc qui rend hommage au 7ème voyage de Sinbad et au bestiaire de Ray Harryhausen. La séquence de combat qui le met en scène paie aussi son tribut à l’affrontement de la Moria dans La Communauté de l’Anneau. Mais plus encore que Legend, le scénario de Red Sonja semble vouloir se référer ouvertement à un autre film de Ridley Scott, en l’occurrence Gladiator. Car Sonja, réduite en esclavage et contrainte de se battre dans l’arène de l’empereur, agit ici comme une émule de Spartacus. Le groupe de rebelles qui se joint à elle et se cache dans la forêt évoque quant à lui l’imagerie de Robin des Bois. Malgré ces nombreuses réminiscences, Bassett bâtit un film qui possède sa propre singularité, brosse des personnages secondaires passionnants (notamment Anisia, une ancienne esclave ayant racheté sa liberté et désormais hantée par la voix de tous ceux qu’elle tua) et achemine son récit vers un climax étonnant qui va à l’encontre de ce qu’on attend habituellement d’un ultime affrontement entre le héros et son ennemi juré. La très belle musique épique composée par Sonya Belousova et Giona Ostinelli achève de faire de Red Sonja un spectacle hautement recommandable. Très ouvert, l’épilogue laisse espérer une suite que nous appelons de nos vœux.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG HIGH-5 (2016)

La saga Evil Bong se poursuit inlassablement, défiant la logique et le bon goût pour continuer à conter les méfaits de la « pipe diabolique »…

EVIL BONG HIGH-5

 

2016 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, Robin Sydney, Amy Paffrath, John Patrick Jordan, Chance A. Rearden, Mindy Robinson, Rorie Moon, Jacob Witkin, Jonathan Katz

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

À la fin de Evil Bong 420, les quatre personnages principaux se retrouvaient aspirés dans le monde de Ebee, le bong maléfique. En toute logique, nous retrouvons Larnell (John Patrick Jordan), Rabbit (Sonny Carl Davis), Sarah (Robin Sydney) et Velicity (Amy Paffrath) immergés dans cet univers bizarre jonché de volcans aux fumées doucereuses, de crânes grimaçants et de filles dénudées. Le premier quart d’heure du film est donc réalisé dans des décors en image de synthèse bon marché, au sein desquels sont incrustés de manière très hasardeuses nos quatre comédiens. Le caractère « cheap » de l’entreprise saute aux yeux dès l’entame, mais ceux qui sont familiers avec l’improbable franchise Evil Bong ne sont pas particulièrement dépaysés. À notre quatuor s’ajoute le Gingerdead Man, le petit bonhomme en pain d’épices jadis psychopathe et désormais radouci par les volutes de marijuana. Ses aventures solo s’étant achevées avec Gingerdead Man 3, le biscuit humanoïde squatte désormais la saga Evil Bong où il joue les vedettes invitées – sans y ajouter de plus-value particulière, avouons-le. Comme l’épisode précédent, qui tirait à la ligne avec une impressionnante paresse scénaristique, celui-ci va solliciter beaucoup de tolérance de la part de ses spectateurs.

Alors qu’ils cherchent en vain à s’échapper de ce monde parallèle qui n’est pas le leur, nos héros se heurtent à Ebee (à qui Michelle Mais prête toujours sa voix), bien décidée à les soumettre à un chantage. S’ils veulent rentrer chez eux, ils vont devoir l’aider à planifier sa domination du monde. Il leur faut donc investir une nouvelle boutique à Los Angeles et y vendre des tonnes de son cannabis ensorcelé jusqu’à récolter la coquette somme d’un million de dollars. Or ils n’ont que trente jours pour y parvenir. Leur mission semble impossible, mais ils sont bien obligés de l’accepter. D’autant que seuls Larnell, Rabbit et le Gingerdead Man sont renvoyés sur Terre. Sarah et Velicity, elles, sont retenues en otages dans le « bong word » et livrées aux griffes de deux gardiennes dominatrices aux seins nus, les « Poonishers » (Raylin Joy et Adriana Sephora). Voilà pour le scénario…

La petite boutique des odeurs

Passé le prologue sur fond vert, l’intégralité d’Evil Bong High-5 se déroule dans le décor unique d’une boutique baignée dans l’odeur du cannabis, enchaînant une série de saynètes où les acteurs se contentent la plupart du temps de discuter en champ et contre-champ. La réplique de Larnell « tout cela a-t-il un intérêt ? » nous vient alors forcément à l’esprit. Le principe du film consiste à faire défiler un maximum de personnages issus des épisodes précédents. Nous retrouvons donc tour à tour la sémillante serveuse Phoebe (Mindy Robinson), le grand-père de Larnell (Jacob Witkin), les rednecks du film précédent (Circus-Szalewski et Kaius Harrison), la toujours impudique Candy (Rorie Moon), le couple de clients asiatiques caricaturaux (Tian Wang et Jinhee Joung), le réalisateur David DeCoteau qui continue à faire des blagues sur son homosexualité, le journaliste David Del Valle, un duo de junkies passablement défoncés (Caleb Hurst et Orson Chaplin) et le fermier porcin Hambo (Chance A. Rearden) flanqué de son caddie plein de produits dérivés. Lorsque ce dernier apparaît, le film se transforme carrément en vidéo de téléachat, puisque le site web « badassdolls.com » apparaît plein écran une bonne demi-douzaine de fois pour promouvoir les poupées vendues sur le site de Full Moon ! Pour continuer à repousser les limites du n’importe quoi, Gingerdead Man s’accouple une fois de plus à Candy, relayé aussitôt par la poupée Ooga Booga ! A l’issue de ce délire généralisé, le générique de fin nous annonce la sortie imminente de Evil Bong 666. Mais même les fans les plus indécrottables des films Full Moon commencent sérieusement à voir leur intérêt émoussé.

 

© Gilles Penso

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LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP (1963)

En s’inspirant ouvertement d’Alfred Hitchcock, Mario Bava fait basculer cette comédie policière vers l’horreur psychologique et jette les bases du giallo…

LA RAGAZZA CHE SAVEPA TROPPO

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Leticia Roman, John Saxon, Valentina Cortese, Titti Tomaino, Luigi Bonos, Milo Quesada, Walter Williams, Marta Melocco, Gustavo De Nardo

 

THEMA TUEURS

Avant que le terme giallo ne devienne synonyme de meurtres rituels à l’arme blanche et d’assassins tout de cuir noir vêtus, il y eut La Fille qui en savait trop. Tourné en 1962 et sorti l’année suivante, ce long-métrage en noir et blanc de Mario Bava est souvent considéré comme le point de départ d’un genre emblématique du cinéma transalpin. Pourtant, rien ne prédestinait ce film à entrer dans l’histoire. Conçu comme une comédie policière sans prétention à la demande de la société américaine AIP, le projet se transforme quasiment, face à la caméra de Bava, en manifeste du thriller italien moderne. L’intrigue s’intéresse à Nora Davis, une jeune Américaine passionnée de romans policiers, qui débarque à Rome pour rendre visite à une parente malade. À peine arrivée, elle assiste à la mort soudaine de sa logeuse, est agressée dans la rue et croit être témoin d’un meurtre… Commence alors une spirale d’événements troubles où la jeune femme, prise pour une illuminée, décide de mener sa propre enquête, épaulée par le charmant docteur Bassi. Mais l’ombre du doute plane : et si l’imagination débordante de Nora brouillait la frontière entre les faits et la fiction ?

Ce scénario en apparence classique est porté par une mise en scène pleine de malice et de virtuosité. Bava, ancien directeur de la photographie, s’empare de cette matière simple pour y injecter ses obsessions formelles à base de contrastes violents, de lumières expressionnistes et de cadres mouvants. Tout concourt ainsi à instaurer une atmosphère de rêve fiévreux. Et si le noir et blanc domine, c’est pour mieux souligner le tiraillement constant entre la clarté du jour romain et l’obscurité psychologique qui s’empare de l’héroïne. La grande réussite du film réside dans une ambiguïté permanente, dans la mesure où tout ce que vit Nora peut être interprété de deux façons. Réalité ou délire paranoïaque ? En s’inspirant à la fois d’Hitchcock (le titre souligne l’influence sans la moindre équivoque) et des feuilletons populaires, Bava signe un thriller mental qui dépasse largement son cahier des charges initial. Letícia Román, dans le rôle principal, incarne avec justesse la candeur mêlée d’angoisse de son personnage. À ses côtés, John Saxon, futur habitué des films de genre (Ténèbres, Les Griffes de la nuit), campe un médecin à la fois protecteur et ambigu, qui semble parfois aussi perdu que sa patiente.

« L’œil maléfique »

Souvent éclipsé par les œuvres plus connues de Bava, ce film pose pourtant toutes les bases du genre : crimes mystérieux, tueur insaisissable, accessoires fétiches (gants noirs, lame étincelante, imperméable sombre), héroïne en détresse, enquête en milieu urbain, mise en scène stylisée… Certes, la violence reste ici contenue, et l’humour, parfois envahissant (et pas toujours très subtil), atténue l’effet de tension. Mais l’architecture narrative, les figures visuelles et l’ambiguïté du point de vue sont bel et bien en place. La Fille qui en savait trop existe en deux versions, révélatrices de l’écart culturel entre les attentes du public américain et celles du spectateur italien. The Evil Eye (« l’œil maléfique »), version commandée par l’AIP, ajoute des scènes de comédie romantique et une musique plus légère signée Lex Baxter. La version italienne, quant à elle, conserve la partition originale de Roberto Nicolosi et propose quelques séquences plus sensuelles et troublantes, dont une scène marquante où Nora, seule dans une chambre, croit être observée par un portrait inquiétant… en réalité celui de Bava lui-même ! La Fille qui en savait trop est un film charnière, un prototype encore hésitant mais déjà riche en promesses. S’il ne possède pas l’éclat baroque de Six femmes pour l’assassin, que Bava réalisera l’année suivante en couleur, il n’en reste pas moins un jalon fondateur.

 

© Gilles Penso

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EVIL BONG 420 (2015)

Dans cet opus paresseux d’une franchise en bout de course, une série de personnages excentriques et de créatures bizarres se croisent dans un bowling…

EVIL BONG 420

 

2015 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Sonny Carl Davis, John Patrick Jordan, Robin Sydney, Amy Paffrath, Mindy Robinson, Chance A. Rearden, Sam Aotaki, Rorie Moon, David DeCoteau

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA EVIL BONG I GINGERDEAD MAN I CHARLES BAND

Après le crossover Gingerdead Man vs. Evil Bong, Charles Band décide de continuer d’entrecroiser les aventures du bonhomme en pain d’épice psychopathe et celles du bong maléfique, dans l’espoir de pouvoir continuer à exploiter deux franchises déjà usées jusqu’à la corde. Si ce quatrième Evil Bong est titré 420, c’est à la fois pour détourner un terme argotique désignant la marijuana et pour annoncer la date de sortie du film sur la plateforme de streaming de Full Moon (le 20 avril, donc 4/20). Mais cette fois-ci, Band veut limiter les frais au maximum. « Ce film était particulièrement difficile à écrire, parce que je ne savais tout simplement pas quoi faire dans le cadre des paramètres imposés », raconte le scénariste Kent Roudebush. « Il s’agissait essentiellement de réunir les personnages dans un bowling. De plus, le film était censé être tourné en une journée. Je ne voyais tout simplement pas comment cela était possible. Ces choses sont déjà assez difficiles à écrire avec un budget et des contraintes, mais là, c’était extrême ! Il n’y avait pas beaucoup d’histoire, alors je l’ai simplement remplie de personnages excentriques et de décors minimaux. » (1) À la lecture de la prose de Roudebush, Band consent à ajouter une journée de tournage supplémentaire. Evil Bong 420 (qui a failli s’appeler Slimeball Bowl-O-Rama 420, en hommage au film Sorority Babes) est donc bouclé en 48 heures, comme le fut jadis La Petite boutique des horreurs.

Second rôle exubérant dans les opus précédents, Rabbit (Sonny Carl Davis) est désormais devenu le personnage principal. Après avoir réussi à s’échapper miraculeusement au monde maléfique d’Evil Bong, le sémillant sexagénaire décide d’ouvrir un bowling – dans lequel les employées sont topless – et d’organiser une grande fête pour l’inauguration de l’établissement. Son nom ? Le « Licky Splits ». Plusieurs visages familiers viennent donc y pointer le bout de leur nez, comme le fermier à groin de cochon Hambo (Chance A. Rearden, sans doute l’une des créations les moins inspirées de chez Full Moon), le héros des Evil Bong précédents Larnell (John Patrick Jordan), sa fiancée Velicity (Amy Paffrath), la pâtissière Sarah Leigh (Robin Sydney), l’héroïne de Ooga Booga Donna (Ciarra Carter) et même le réalisateur David DeCoteau (dans son propre rôle), désireux de tourner sur place un nouveau film de bowling 25 ans après Sorority Babes. Mais Rabbit ignore qu’Ebee, le bong maléfique, est à ses trousses, et qu’elle compte bien venir gâcher la fête, flanquée du Gingerdead Man…

Seins nus et crème pâtissière

Avec Evil Bong 420, on sent clairement que Charles Band a atteint les limites du concept. Car ce film qui dure à peine une heure se distingue par son absence totale de péripéties. Les mêmes scènes se répètent donc inlassablement et traînent en longueurs (Gingerdead Man cajolé par deux jeunes femmes dénudées dans le monde de Evil Bong, les employées du bowling et les clients qui discutent avec Rabbit) sans mener nulle part. Pour égayer un peu les spectateurs, le film exhibe une quantité généreuse de seins nus (sollicitant plusieurs actrices issues du porno à cette occasion), multiplie les guest-stars (y compris la poupée Ooga Booga qui surgit furtivement pour s’en prendre à deux rednecks) et étale sans complexe une grande quantité de produits dérivés Full Moon sur les comptoirs du bowling. Ici, la marionnette du Gingerdead Man s’agrémente de quelques effets numériques pour faire cligner ses yeux mais aussi de l’incrustation de la bouche d’un comédien (John Karyus) pour ses dialogues, ce qui permet une parfaite synchronisation avec ses répliques (prononcées par un autre acteur, Robert Ramos). Le biscuit lubrique nous donne d’ailleurs droit à la scène de mauvais goût ultime : son accouplement avec une jeune femme fort peu pudique, prélude à une éjaculation de crème pâtissière ! Le film se termine sur un cliffhanger absurde, puisque la saga Evil Bong entend bien se poursuivre jusqu’à épuisement…

 

© Gilles Penso

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