CAVERNE DE LA ROSE D’OR (LA) (1991-1996)

Lamberto Bava met en scène Alessandra Martines dans une mini-série de fantasy extrêmement populaire truffée de créatures imaginaires…

FANTAGHIRO

1991/1996 – ITALIE

Réalisé par Lamberto Bava

Avec Alessandra Martines, Kim Rossi Stuart, Brigitte Nielsen, Lenka Kubalkova, Katerina Brozova, Ursula Andress, Mario Adorf, Nicholas Rogers, Stefano Davanzati

THEMA CONTES

Grand rendez-vous télévisuel fantastique des années 1990, La Caverne de la Rose d’or s’inspire de Fanta-Ghirò la bella, conte populaire toscan de la fin du XIXe siècle. Le réalisateur Lamberto Bava y greffe un imaginaire nourri du cinéma de fantasy des années 1980 – celui de Legend, Ladyhawke et Willow – mais également des classiques de Disney. Initialement pensé comme un film unique, le projet devient une mini-série en raison de coûts de production trop élevés. Diffusés entre 1991 et 1996, les cinq téléfilms finissent par composer une véritable saga qui trouve une large part de son identité visuelle en Europe centrale. Car les premiers épisodes sont principalement tournés dans l’ancienne Tchécoslovaquie, profitant de châteaux, de forêts et de paysages naturels permettant d’offrir une réalité tangible au royaume enchanté de Fantaghirò. Les deux derniers volets, quant à eux, déplaceront leurs tournages jusqu’en Thaïlande et à Cuba. Future Madame Claude Lelouch, Alessandra Martines trouve avec Fantaghirò un rôle qui contribuera fortement à sa popularité. Face à elle, Kim Rossi Stuart incarne le prince Romualdo, tandis que la série s’offre dans les rôles des antagonistes deux guest-stars mémorables : Brigitte Nielsen et Ursula Andress. Le personnage de Nielsen rencontre d’ailleurs un tel succès que Bava décide de la ressusciter après sa disparition et de la conserver dans les épisodes suivants. Preuve de l’étonnante vitalité du phénomène, la saga sera diffusée dans plus de cinquante pays et doublée dans de nombreuses langues.

Fantaghirò est la troisième fille d’un roi guerrier et, au grand désespoir de son père, refuse le rôle que son royaume réserve aux femmes. Elle lit, désobéit, recherche l’aventure et préfère manier les armes plutôt qu’attendre docilement un mariage. Lorsqu’un prince ennemi, Romualdo, propose un duel susceptible de mettre fin à une guerre vieille de plusieurs générations, elle entrevoit enfin l’occasion de prouver sa valeur. Déguisée en homme, elle prend la place de son père et se retrouve face à celui qui, d’adversaire, va devenir son grand amour. Mais la Sorcière noire enlève le père de la princesse, convoite ses royaumes et entreprend de séduire Romualdo en l’ensorcelant. Fantaghirò, qui avait juré d’abandonner les armes, doit donc reprendre le combat. À mesure que la saga avance, son univers s’élargit et s’assombrit. D’un épisode à l’autre, le récit fonctionne ainsi comme une fuite en avant : malédictions, métamorphoses, enlèvements, résurrections et prophéties repoussent continuellement le happy end tant attendu. Au centre de cette accumulation d’obstacles, Fantaghirò campe le prototype de l’héroïne de contes de fées moderne, celle qui deviendra une figure récurrente des longs-métrages animés de Disney, Mulan en tête.

Capsule temporelle

Malgré cette approche résolument novatrice de la figure de la princesse des contes de fées, La Caverne de la Rose d’or n’est pas pour autant un manifeste féministe. Fantaghirò reste prise dans une intrigue où l’amour romantique occupe une place prépondérante, où sa valeur est régulièrement mesurée au regard des hommes qui l’entourent et où les antagonismes féminins passent volontiers par la jalousie et la séduction. Mais cette contradiction la rend aussi révélatrice de son époque. Cette mini-série modernise ainsi les lieux communs du conte sans chercher à les démolir. Voilà sans doute pourquoi elle conserve une saveur particulière. Tout y est : le beau chevalier, le père sévère mais aimant, les sorcières, la forêt magique, les animaux parlants, les malédictions et les monstres. Bien sûr, il est tentant de sourire aujourd’hui face au spectacle kitsch que nous propose ce show très daté. Ses trucages accusent leur âge, les créatures sentent le bricolage, les rebondissements défient souvent la logique et les acteurs oscillent entre premier degré absolu et cabotinage assumé. Mais ce sont aussi ces ingrédients qui font le charme de La Caverne de la Rose d’or. Lamberto Bava s’y montre d’ailleurs plus convaincant que dans nombre de ses incursions horrifiques. Débarrassé de l’ombre immense de son père Mario, le réalisateur y exploite pleinement son goût d’un esthétisme sophistiqué et volontairement déconnecté de la réalité. Les effets conçus autour des créatures, œuvre du talentueux Sergio Stivaletti, participent de cette poésie artisanale. Les arbres, les poissons, les oies, les objets animés y sont dotés d’une forte personnalité, nous évoquant parfois – toutes proportions gardées – le bestiaire de L’Histoire sans fin. Point d’orgue de cette ménagerie fantastique : un monstre-grotte dont les stalactites deviennent des crocs et le sol une gigantesque langue. Bref, La Caverne de la Rose d’or s’apprécie à condition de replacer la série dans son contexte et de napper son visionnage d’un soupçon de nostalgie.

© Gilles Penso

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SPIDER-NOIR (2026)

Nicolas Cage endosse le manteau et le masque d’une version alternative de Spider-Man dans cette mini-série aux allures de film noir…

SPIDER-NOIR

 

2026 – USA

 

Créée par Oren Uziel

 

Avec Nicolas Cage, Larmone Morris, Li Jun Li, Karen Rodriguez, Abraham Popoola, Jack Huston, Brendan Gleesin, Scott MacArthut, Joe Massingill, Michael Kostroff

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL

Au tournant des années 2000, Marvel décide d’explorer une version totalement inattendue de son personnage le plus populaire. C’est ainsi que naît Spider-Man Noir, une incarnation sombre du tisseur de toile plongée dans l’Amérique de la Grande Dépression. Créé par les scénaristes David Hine et Fabrice Sapolsky, avec des dessins de Carmine Di Giandomenico et un costume conçu par Marko Djurdjević, le personnage apparaît pour la première fois au printemps 2009 et s’inscrit dans une initiative éditoriale plus vaste baptisée « Marvel Noir », destinée à réinventer plusieurs héros emblématiques dans un univers inspiré des romans policiers, des films noirs hollywoodiens et des pulps des années 1930. Dans le New York de 1933, Peter Parker y mène la guerre contre le crime, incarné notamment par le redoutable Norman Osborn. Ce Spidey brutal et désenchanté fait une première apparition à l’écran dans la série Ultimate Spider-Man, en 2015, puis dans Spider-Man New Generation où Nicolas Cage lui prête sa voix. L’étape suivante consiste à lui créer un show sur-mesure en sollicitant une fois de plus Cage, mais cette fois-ci en chair et en os. La série Spider-Noir naît ainsi sous l’impulsion de Phil Lord et Chris Miller et prend pas mal de libertés avec le matériau dessiné. Peter Parker devient Ben Reilly (le nom d’un des clones du super-héros dans les comics) et le baron du crime n’est plus Osborn mais Silvermane, échappé des albums de la fin des années 60.

Cage campe ici un ancien super-héros qui a raccroché sa combinaison depuis cinq ans pour devenir un détective privé blasé. Jadis, il voltigeait de toit en toit sous le nom de « L’Araignée » (comme chez nous, en France, pendant de longues années avant que la mondialisation n’uniformise son nom sur tous les continents). Après la mort de sa bien-aimée Ruby, qu’il fut incapable de sauver, il évite soigneusement d’utiliser ses pouvoirs et gagne chichement sa vie en menant une poignée d’enquêtes. Deux de ses proches n’attendent pourtant qu’une chose – tout comme les spectateurs : le voir redevenir le super-justicier qu’il était. Il s’agit de sa fidèle secrétaire Janet (Karen Rodriguez), qui n’a pas sa langue dans sa poche, et de son ami journaliste Joe « Robbie » Robertson (Lamorne Morris), qui cachetonne pour le Daily Bugle. Bien sûr, Ben ne va pas tarder à remettre le trench-coat, le masque, le feutre mou et les lunettes d’aviateur. Car une série de super-vilains débarque du jour au lendemain à New York, à la solde du parrain de la pègre Silvermane (Brendan Gleeson) qui tient toute la ville sous son emprise. Et personne à part lui ne semble en mesure de les arrêter.

Idées noires

Soucieux de pleinement respecter les codes du polar des années 30/40, Spider-Noir coche toutes les cases : le détective privé alcoolique, le chef de la pègre, la femme fatale qui chante dans un club de jazz, la Prohibition, et même un clin d’œil frontal à La Dame de Shanghai. Véritable réussite plastique, la série nous offre une très belle reconstitution du New York de l’époque et s’appréciera de préférence en noir et blanc. Car la production a fait le choix d’offrir deux options de visionnage, comme le téléfilm Werewolf by Night : le monochrome contrasté magnifiant les ombres portées expressionnistes, ou une sorte de Technicolor ultra-saturé proche du rendu des travaux de Victor Fleming ou Michael Powell. Dans cette atmosphère rétro, le super-héroïsme reste longtemps à l’arrière-plan. Quelques personnages nous rappellent certes que nous sommes dans un univers parallèle lié à Spider-Man (Robertson, Felicia Hardy rebaptisée ici Cat Hardy, Silvermane, ainsi que la réinvention de quelques célèbres super-vilains), mais le lien avec le tisseur de toiles que nous connaissons reste très ténu. Tous les super-pouvoirs semblent ici liés à des expériences pratiquées pendant la guerre par les Allemands en quête de « super-soldats ». Ce choix scénaristique introduit quelques éléments horrifiques dans la série, notamment un hideux homme-araignée qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Earth vs. The Spider. Nicolas Cage, lui, est étonnamment sobre dans la peau du détective à l’ancienne. Mais le naturel revient vite au galop. Lorsque le scénario pousse son personnage à être saisi de spasmes incontrôlables liés aux réflexes arachnéens qui sont entrés dans son code génétique, « Cage Rage » nous revient en grande forme, s’adonnant à des gesticulations et des grimaces mémorables. Mais à ces exubérances près, Nick reste plutôt sage et rend justice à cette version mélancolique et blasée du plus célèbre des monte-en-l’air.

 

© Gilles Penso

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TREMORS – LA SÉRIE (2003)

Après trois longs-métrages, les redoutables vers géants du Nevada poursuivent leurs méfaits sur les petits écrans…

TREMORS

 

2003 – USA

 

Créée par Brent Maddock, S.S. Wilson et Nancy Roberts

 

Avec Michael Gross, Victor Browne, Gladise Jiminez, Marcia Strassman, Lela Lee, Dean Norris, J.D. Walsh, Christopher Lloyd, Sarah Rafferty, Branscombe Richmond

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA TREMORS

Dès 1993, soit trois ans après la sortie du premier Tremors, les scénaristes Brent Maddock et S.S. Wilson planchent sur l’idée d’une série télévisée déclinant le concept d’une équipe de chasseurs de monstres s’opposant aux méfaits de vers géants qui infestent les sous-sols désertiques. Désireux de se rallier les deux stars du film, Kevin Bacon et Fred Ward, les duettistes pensent à plusieurs titres pour ce show hypothétique, de Val & Earl : Monster Hunters à Tremors : The Lost Monsters en passant par Tremors : The Adventures of Val & Earl. Mais la série reste dans les cartons et la saga continue sous forme de deux autres longs-métrages directement destinés au marché vidéo. Après Tremors 3, le retour, l’idée d’une série ressurgit et finit par se concrétiser, parallèlement à la mise en production du quatrième opus : Tremors 4, la légende commence. Si les scénarios de Maddock et Wilson ne sont pas conservés, plusieurs de leurs idées sont recyclées pour nourrir les treize épisodes de la première saison. L’indéboulonnable Michael Gross est de retour dans le rôle de Burt Gummer, aux côtés de nouvelles têtes et d’une poignée de vedettes invitées comme Christopher Lloyd ou Michael Rooker.

Avec ses faux airs de Rob Lowe, Victor Browne incarne Tyler Reed, sorte de contrepartie du Kevin Bacon du premier film qui assure ici le rôle principal aux côtés de Michael Gross. Reed est le nouveau propriétaire du Desert Jack’s Graboid Adventure, une attraction touristique qui ne demande qu’à redémarrer. Il débarque donc à Perfection Valley et découvre que les habitants ont pris l’habitude de cohabiter avec le monstrueux ver géant qui sévit sous terre, « El Blanco », dans la mesure où il a été déclaré espèce protégée. Chacun surveille donc les activités souterraines et se met aux abris en cas de surgissement inopiné de la bête. Nous faisons alors connaissance de la petite galerie de personnages récurrents qui apparaîtront dans la série : Rosalita (Gladise Jiminez), Nancy (Marcia Strassman), Jodi (Lela Lee) et l’agent Twitchell (Dean Norris). Tous adoptent rapidement Tyler comme un membre de la famille de Perfection. Dès lors, les intrigues s’intéressent non seulement aux facéties des Graboïdes mais aussi à toutes sortes de dangers invraisemblables…

Attention les secousses !

La série démarre sur des chapeaux de roue avec l’engloutissement spectaculaire de la voiture de Tyler à l’entrée de Perfection, successive à la mort d’un infortuné touriste dévoré par « El Blanco ». Les spécialistes des effets animatroniques Alec Gillis et Tom Woodruff Jr. (Aliens vs. Predator) sont toujours aux commandes, aidés de quelques ténors comme le maquilleur spécial Greg Nicotero (The Walking Dead), tandis que les images de synthèse prennent le relais pour les séquences les plus dynamiques et pour les plans larges. Pour varier les plaisirs et éviter les redites liées au décor unique, aux personnages peu nombreux et aux situations limitées, les scénarios de la série partent volontairement dans tous les sens. Cette variante pour petit écran ne se limite donc pas aux vers géants mais explore aussi tout un bestiaire mutant issu d’expériences scientifiques ratées, de manipulations génétiques ou d’armes expérimentales. D’où la mise en scène d’étranges mutations, d’insectes monstrueux ou de bactéries voraces. Pas inoubliable mais très divertissante, Tremors version TV prolonge agréablement la franchise initiée en 1990. La diffusion du premier épisode, le 28 mars 2003, bat tous les records de Sci-Fi Channel, se positionnant ainsi comme l’épisode de lancement le plus regardé de l’histoire de la chaîne. Mais les audiences chutent au cours des mois suivants, un phénomène peut être accéléré par une diffusion des épisodes dans le désordre le plus total. Cette décision bizarre des dirigeants de la chaîne, motivée par la volonté de valoriser d’abord les péripéties qui leur semblent les plus percutantes, ne joue pas en faveur du show. Jugée trop coûteuse pour être poursuivie, Tremors sera finalement annulée après une demi-saison de 13 épisodes. Et la franchise se poursuivra dès lors sous forme de longs-métrages unitaires.

 

© Gilles Penso

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AVENTURIERS DU MONDE PERDU (LES) (1991-1992)

Ce remake de la série culte des années 70 met en scène une nouvelle famille égarée dans un monde préhistorique truffé de dangers…

LAND OF THE LOST

 

1991/1992 – USA

 

Réalisé par Sid et Marty Krofft

 

Avec Timothy Bottoms, Shannon Day, Jennifer Drugan, Ed Gale, Robert Gavin, Danny Mann, Bobby Porter, Tom Allard, Brian Williams, R.C. Tass

 

THEMA DINOSAURES

En 1991, anticipant la gigantesque vogue des dinosaures qui sera provoquée par Jurassic Park, les producteurs Sid et Marty Krofft décident de mettre en chantier un remake de leur série préhistorique Land of the Lost. A peu de choses près, l’histoire est la même que la version de 1974. Tom Porter (Timothy Bottoms), sa fille Annie (Jennifer Drugan) et son fils Kevin (Robert Gavin) sont prisonniers dans un monde préhistorique peuplé de dinosaures depuis que leur voiture est tombée dans un gouffre spatio-temporel. Ils s’installent dans la jungle et doivent lutter contre de nombreux dangers, notamment plusieurs dinosaures et une race reptilienne baptisée Sleestack. Ce sont les frères Chiodo (Critters, Killer Klowns From Outer Space) qui sont chargés de la supervision de l’ensemble des effets visuels. « Nous adorions la série originale de Sid et Marty Krofft, que nous regardions à la télévision au début des années 70 », raconte Edward Chiodo. « C’est Gene Warren qui avait supervisé tous les effets visuels de cette série. Or il se trouve que son fils Gene Warren Jr avait travaillé avec nous sur Killer Klowns. Nous étions donc très heureux de participer à ce show. Lorsque nous avons expliqué à Marty Krofft que le budget était trop faible par rapport à l’ambition du programme, il nous a conseillés de nous rapprocher des scénaristes et de les aider à ramener les histoires à des proportions plus raisonnables. Du coup, nous sommes devenus officiellement coproducteurs de la série. » (1)

Les dinosaures vedettes de ces Aventuriers du monde perdu (titre français « spielbergien » de la série lors de son édition en vidéo) sont un tyrannosaure au visage balafré surnommé « Scarface », un tricératops dont l’une des cornes est cassée, un stégosaure massif, un ptéranodon aux ailes de chauve-souris, un brontosaure et un parasaurolophus. Animés soit mécaniquement, soit image par image, ils sont la plupart du temps mêlés aux comédiens à l’aide d’incrustations inversant le procédé classique. Ainsi, au lieu de filmer les acteurs devant un fond bleu et d’intégrer en post-production les dinosaures en stop-motion, les figurines des sauriens sont filmées et animées devant un petit écran bleu, et ce sont les acteurs qui sont incrustés derrière eux. Cela dit, les dinosaures ne sont pas toujours combinés aux comédiens via les incrustations. Parfois, les frères Chiodo recourent à des décors miniatures ou à d’habiles perspectives forcées. « Nous utilisions un “monster stick“, autrement dit une grande perche que nous agitions pour aider les acteurs à regarder à la bonne hauteur et dans la bonne direction pendant les répétitions », explique Stephen Chiodo. « Puis nous retirions cette perche du champ et nous tournions la scène. Il nous arrivait aussi de filmer en extérieur nos figurines pour voir comment la lumière agissait sur elles, ce qui nous permettait ensuite de reproduire le plus fidèlement possible cet éclairage pendant les sessions d’animation. » (2)

Jurassic Family

Le mariage entre les dinosaures en stop-motion et leurs contreparties mécaniques ne se fait pas sans heurt, car les figurines animées ont une vivacité et une expressivité difficile à retranscrire avec les marionnettes. Celles-ci manquent en effet de vie et leurs mouvements ne suggèrent pas vraiment la masse et le poids que sont supposés posséder les sauriens. D’autant que la mécanique n’autorise que des gros plans assez neutres, alors que l’animation permet des visions parfois spectaculaires, comme le tyrannosaure qui menace les héros dans leur maison improvisée, la belle sauvageonne Christa (Shannon Day) et le garçon-singe Stink (Bobby Porter) qui avancent à califourchon sur le dos du tricératops, ou encore le stégosaure qui barre la route à une voiture. Dans ces cas, il n’est pas rare que les acteurs soient remplacés eux aussi par des figurines animées. On note aussi la présence dans la série de Tasha, le bébé dinosaure, un petit monstre qui n’est pas sans nous rappeler le fils de Godzilla. C’est Ed Gale (déjà interprète de Chucky dans certains passages de Jeu d’enfant et du canard de Howard) qui endosse le costume mécanisé du saurien farceur, les gros plans étant assurés par une tête entièrement animatronique. Sympathique et distrayant, ce show de deux fois 26 épisodes connaîtra une certaine popularité lors de ses diffusions sur ABC et Nickelodeon – sans comparaison, certes, avec celle de la série originale – et entraînera la mise en vente de nombreux produits dérivés.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2018

 

© Gilles Penso

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TWIN PEAKS THE RETURN (2017)

David Lynch décide de retrouver l’univers qu’il avait créé avec Mark Frost et signe l’une des séries TV les plus étranges de tous les temps…

TWIN PEAKS : THE RETURN

 

2017 – USA

 

Créée par David Lynch et Mark Frost

 

Avec Kyle MacLachlan, Sheryl Lee, Michael Horse, Miguel Ferrer, Chrysta Bell, David Lynch, Robert Forster, Kimmy Robertson, Naomi Watts, Laura Dern

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS I DOUBLES I SAGA TWIN PEAKS

Lorsque la série Twin Peaks : The Return est officiellement annoncée, David Lynch a déserté le monde du cinéma depuis plus de dix ans, et le culte qui entourait le monde de la mythique série qu’il créa avec Mark Frost s’est amoindri, peu aidé il est vrai par un long-métrage n’ayant guère fait l’unanimité. Ressusciter ce show 26 ans après la fin de sa seconde saison ressemblait donc à priori à une manœuvre désespérée pour reconquérir le public. Mais ce serait mal connaître Lynch. L’homme a toujours fonctionné à l’instinct. S’il ressent, en 2017, le besoin de replonger dans l’univers de Twin Peaks, c’est qu’il a de nouvelles choses à explorer et à partager. Qu’il ait effectué ce plongeon inattendu, que Mark Frost l’ait suivi dans cette aventure et que la chaîne Showtime ait accepté de diffuser le show est une triple bénédiction. En nous offrant Twin Peaks : The Return, David Lynch signe son ultime chef d’œuvre, une série hallucinante qui se vit presque comme un long-métrage de 18 heures ! Lynch réalise d’ailleurs lui-même l’intégralité du programme en continu, comme s’il s’agissait d’un seul grand bloc, à partir d’un unique scénario, le nombre exact d’épisodes n’étant défini qu’après coup, dans la salle de montage. Cette méthode de travail atypique donne naissance à l’une des séries les plus incroyables et les plus indescriptibles de l’histoire de la télévision.

Twin Peaks : The Return n’est donc pas une troisième saison mais un show à part entière, qui déjoue absolument toutes les attentes des téléspectateurs. Le point de départ se raccorde pourtant à la fin du dernier épisode de Twin Peaks. Dale Cooper est resté coincé dans la Loge Noire, tandis que son double maléfique est lâché dans la nature. Mais une autre version de lui-même réapparaît : le candide Douglas Jones, agent d’assurance devenu amnésique. Kyle MacLachlan se livre ainsi à une performance surprenante qui le pousse à incarner plusieurs facettes du même personnage, notamment un versant très sombre (via une réinterprétation très inquiétante du diabolique Bob) et une variante candide et maladroite qui fait le lent apprentissage du langage, des conventions sociales mais aussi du fonctionnement de son propre corps. Lynch revient jouer son patron Gordon Cole, flanqué de l’agent Albert (Miguel Ferrer). A Twin Peaks, où se déroule une partie seulement des péripéties, des visages familiers réapparaissent, et voir leurs traits vieillis a quelque chose d’étrangement touchant. Beaucoup d’autres « vedettes invitées » viennent se joindre à ces retrouvailles, dont certaines sont déjà familières de l’univers de Lynch : Naomi Watts (qui joue l’épouse de Dale/Dougie), Amanda Seyfried, Tom Sizemore, James Belushi, Harry Dean Stanton (reprenant le rôle qu’il tenait dans Twin Peaks le film), Laura Dern (donnant enfin un visage à la fameuse Diane, tellement invisible jusqu’à présent que nous finissions par douter de son existence), ou encore Tim Roth et Jennifer Jason Leigh (clignant visiblement de l’œil vers le couple qu’ils formaient dans Pulp Fiction).

Evil Dale

Au détour de certaines séquences, Twin Peaks : The Return tisse donc des liens non seulement avec la première série mais aussi avec le long-métrage de 1992. Cet univers composite trouve ainsi une sorte de cohérence globale – quoique chez Lynch, le mot « cohérence » soit bien sûr à prendre avec des pincettes. Plus inspiré que jamais, le réalisateur joue sur le rythme de ses séquences, prenant ses spectateurs à revers : les personnages ne parlent pas ou attendent, et le temps s’étire plus que de raison, provoquant un sentiment presque hypnotique. Cette gestion de l’attente et des silences rappelle le mutisme et l’élégance d’Une histoire vraie. Mais cette série est aussi plus violente que l’originale, ne reculant pas devant quelques écarts gore assurés par l’atelier d’effets spéciaux KNB, sans pour autant renoncer à l’humour qui faisait cruellement défaut à Twin Peaks le film. Les personnages aux comportements bizarres et les situations grotesques abondent, tutoyant parfois le cinéma des frères Coen. Si les effets visuels ne sont pas toujours pleinement convaincants, il est évident que Lynch trouve avec le numérique un nouvel espace de créativité quasi-illimité. L’esthétique de la série reste très réussie – nous sommes loin de la granularité disgracieuse de Inland Empire – et les séquences surréalistes qui s’égrènent au fil des épisodes, notamment dans l’espace mental que représente la Red Room, sont hallucinantes d’inventivité et de folie. L’imagerie digitale permet à Lynch de tout s’autoriser, y compris de saisir l’horrible photogénie d’une explosion nucléaire en plein Nouveau-Mexique. Soudain, la série bascule alors dans l’abstraction pure, via une horreur conceptuelle qui nous ramène aux expérimentations d’Eraserhead. Twin Peaks : The Return revient donc aux sources et boucle la boucle d’une carrière semblable à nulle autre.

 

© Gilles Penso

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AUTOMAN (1983-1984)

Un jeune policier féru d’informatique crée une intelligence artificielle qui prend corps dans le monde réel sous forme d’un hologramme…

AUTOMAN

 

1983/1984 – USA

 

Créée par Glen A. Larson

 

Avec Desi Arnaz Jr, Chuck Wagner, Heather Mac-Nair, Gerald S. O’Loughlin, Robert Lansing, Patrick Mac-Nee, Doug Mac-Clure, Richard Anderson, Mary Crosby

 

THEMA ROBOTS ET INTELLIGENCES ARTIFICIELLES I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Que ce soit avec un hélicoptère supersonique surarmé, un petit génie des ordinateurs, une moto équipée d’un moteur turbo ou une voiture complètement automatisée, la technologie a dominé bon nombre de séries télévisées exportées dans l’Hexagone par l’Oncle Sam dans les années 1980. Certaines firent bien évidemment les beaux jours de la petite lucarne dans nos contrées. Créée par Glen A. Larson, qui fut notamment à l’origine de shows emblématiques comme Magnum et L’Homme qui tombe à pic, Automan obéît à la même logique. Diffusé sur ABC entre le 15 décembre 1983 et le 2 avril 1984, et à partir du 25 décembre 1987 sur feu La Cinq, Automan met ainsi en scène Walter Nebicher, jeune officier un peu timide de la police de Los Angeles. Ce génie de l’informatique a réussi à mettre au point dans le plus grand secret une Intelligence Artificielle qui peut s’incarner dans le monde réel grâce à un hologramme. Ce même hologramme a la possibilité d’interagir physiquement avec les êtres humains et résout des enquêtes sous l’identité d’un agent fédéral dénommé Otto J. Mann.

Grâce à Nebicher, Automan s’incarne dans la réalité grâce au « curseur », une sorte de boule volante électronique capable de créer une Lamborghini Countach et un hélicoptère Bell Jetranger holographiques qui semblent tous les deux échappés du film Tron, sorti un an avant la diffusion de la série. Le costume luminescent d’Automan rappelle d’ailleurs fortement ceux des personnages du long-métrage de Steven Lisberger. La même technique fut d’ailleurs utilisée pour créer les costumes de Tron ainsi que des Kryptoniens dans le Superman de Richard Donner en 1978. Côté casting, le show repose sur le duo légèrement comique formé par Desi Arnaz jr, qui prête ses traits à Walter Nebicher, et Chuck Wagner qui incarne quant à lui Automan. Le nom du premier n’est pas inconnu puisqu’il n’est autre que le fils de Desi Arnaz Sr. et de Lucy Ball, stars du petit écran dans les années 50 et dont la société Desilu produisit les séries Mannix et surtout Star Trek ou encore Mission Impossible dans la seconde moitié des années 60. Quant au second, sa carrière s’est principalement résumée aux comédies musicales une multitude d’apparitions dans les séries télévisées.

Une petite saison et puis s’en va…

Comme beaucoup d’autres séries, Automan bénéficie aussi de la présence de seconds rôles fameux dont la chanteuse Laura Branigan, Patrick MacNee (Chapeau melon et bottes de cuir) pour le pilote ou encore Robert Lansing, aperçu dans le cultissime S.H.E et la version télévisée de The Equalizer. Ce sympathique duo va devoir résoudre tout un tas d’enquêtes, souvent sous couverture, afin de protéger l’identité d’Automan, dont la nature reste cachée et notamment aux yeux du capitaine Boyd, le supérieur irascible de Nebicher. Malheureusement, malgré une distribution souvent relevée et quelques scénarios corrects, Automan ne tint qu’une petite saison de douze épisodes et un pilote avant de disparaître définitivement de la grille des programmes d’ABC, l’audimat n’étant clairement pas au rendez-vous. A l’exception d’apparitions dans d’autres séries, la fin d’Automan marqua plus ou moins celle de la carrière à l’écran de ses deux principaux interprètes. Si la série n’a pas marqué l’histoire de la télévision, elle aura permis à un certain Kim Manners de faire ses premières armes en tant que futur réalisateur de 52 des 218 épisodes de X-Files. C’est déjà cela…

 

© Antoine Meunier

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FEAR THE WALKING DEAD (2015-2023)

La première série dérivée du succès de The Walking Dead tente maladroitement de retrouver les recettes de son modèle…

FEAR THE WALKING DEAD

 

2015/2023 – USA

 

Créée par Robert Kirkman et Dave Erickson

 

Avec Kim Dickens, Cliff Curtis, Frank Dillane, Alycia Debnam-Carey, Elizabeth Rodriguez, Mercedes Mason, Lorenzo James Henrie, Ruben Blades

 

THEMA ZOMBIES I SAGA WALKING DEAD

En septembre 2013, face au succès colossal de la série The Walking Dead qui attaque alors sa quatrième saison, la chaîne AMC annonce officiellement le développement d’un spin-off, autrement dit un show télévisé parallèle qui se situe dans le même univers mais s’attache à d’autres personnages que ceux créés par Robert Kirkman dans son roman graphique. L’auteur original est cette fois-ci aux commandes, aux côtés du scénariste Dave Erickson (Sons of Anarchy). Ce dernier envisage de revenir aux racines du mal en racontant l’histoire du patient zéro, mais Kirkman n’est pas très chaud à l’idée d’axer la série sur l’origine du virus. Pour lui, mieux vaut garder le mystère à ce sujet. Malgré tout, Fear the Walking Dead (dont le tournage commence avec le titre provisoire de Cobalt) prend place avant les événements racontés dans The Walking Dead. L’idée consiste en effet à raconter l’effondrement de la société depuis les prémices de la catastrophe, un passage qui avait été escamoté dans la série originale, l’invasion des morts-vivants s’étant amorcée pendant le coma du personnage de Rick. Fear The Walking Dead choisit donc un angle narratif différent, tout en s’axant plus sur l’atmosphère que sur l’action.

Les trois premières saisons se déroulent à Los Angeles, puis au Mexique. On y suit une famille recomposée et dysfonctionnelle : Madison Clark (Kim Dickens), conseillère d’éducation dans un lycée, son fiancé Travis Manawa (Cliff Curtis), professeur d’anglais, leurs enfants respectifs – Alicia (Alycia Debnam-Carey), la fille de Madison, Nick (Frank Dillane), son fils toxicomane, et Chris (Lorenzo James Henrie), le fils de Travis issu d’un précédent mariage avec Liza Ortiz (Elizabeth Rodriguez). D’autres personnages rejoignent progressivement leur groupe, alors que débute l’apocalypse zombie. Ensemble, ils doivent se réinventer, apprendre à survivre dans un monde en ruine, et développer des compétences nouvelles pour faire face à la disparition pure et simple de la civilisation. À partir de la quatrième saison, la série opère un virage majeur. Morgan Jones (Lennie James), transfuge de The Walking Dead, devient en effet le nouveau fil rouge de l’intrigue. Installé au Texas, il croise la route des survivants restants et de nouveaux visages, poursuivant la lutte contre les morts… et les vivants.

« Ce n’est pas l’apocalypse, c’est le recommencement ! »

Les problèmes majeurs de Fear the Walking Dead sautent aux yeux dès les premiers épisodes. Ses intrigues peu palpitantes, ses scénarios qui tirent à la ligne, sa mise en scène peu inspirée et sa mise en forme maladroite peinent à nous convaincre. Les choses sont aggravées par le manque d’empathie que génèrent les protagonistes. Aucun d’entre eux n’étant véritablement attachant, comment s’intéresser à leur sort ? Malgré le changement de contexte (la ville, puis la mer, puis une petite ville mexicaine), les situations répètent celles déjà vues dans The Walking Dead, avec moins d’impact dans la mesure où les humains en présence ne nous passionnent pas. On aurait apprécié que les scénarios s’intéressent plus à la redistribution des cartes générée par le virus, dans la mesure où le haut du panier n’est plus lié au statut social ou au compte en banque mais à la capacité de survivre. Quelques idées intéressantes surnagent tout de même, comme cette femme persuadée que les zombies sont une bénédiction (« Ce n’est pas l’apocalypse », dit-elle, « c’est le recommencement, la vie éternelle ! »), proposant une approche mystique du phénomène, ou ces zombies charmés par la musique de Strauss. Il y a fort à parier que la longévité de cette série dérivée soit plus imputable au succès de The Walking Dead qu’à ses qualités propres. D’ailleurs, suite aux chutes d’audience de la saison 3, Morgan ressort des tiroirs pour tenter de relancer l’intérêt des téléspectateurs. Fear the Walking Dead durera tout de même huit saisons, d’autres spin-off se préparant parallèlement pour faire fructifier la vogue manifestement inépuisable des « morts qui marchent ».

 

© Gilles Penso

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SKELETON CREW (2024)

Quatre enfants s’égarent dans l’espace après avoir découvert l’épave d’un vaisseau spatial et affrontent mille dangers…

SKELETON CREW

 

2024 – USA

 

Créée par Christopher Ford et Jon Watts

 

Avec Jude Law, Ravi Cabot-Conyers, Ryan Kiera Armstrong, Kyriana Kratter, Robert Timothy Smith, Tunde Adebimpe, Dominic Burgess, Nick Frost, Kerry Condon

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Située dans le sillage des événements racontés dans Le Retour du Jedi, neuf ans après la chute de l’Empire galactique, donc pendant la même période que The Mandalorian et Ahsoka, cette série Star Wars calibrée pour le jeune public est née dans l’esprit de Jon Watts, à qui nous devons les Spider-Man produits par le studio Marvel. Fort du succès des aventures de l’homme-araignée qu’il a mises en scène entre 2017 et 2021, et grâce à un pitch qui séduit immédiatement Kathleen Kennedy et Jon Favreau, Watts se lance dans Skeleton Crew dont il tient les rênes avec Christopher Ford (scénariste justement de Spider-Man Homecoming). Les choix des deux hommes sont prometteurs, notamment l’envie de mixer des effets visuels 100% numériques avec des techniques à l’ancienne (maquettes, animation en volume, marionnettes, maquillages spéciaux) et de solliciter des réalisateurs aux fortes personnalités, comme David Lowery (A Ghost Story), Bryce Dallas Howard (The Mandalorian), Jake Schreier (Robot & Frank) ou Daniel Kwan et Daniel Scheinert (Everything Everywhere All at Once).

Quand la série commence, il n’est pas bien difficile de comprendre où ses créateurs sont allés chercher leur inspiration. Les gamins qui slaloment à vélo entre les coquettes maisons de banlieue, les problèmes quotidiens des écoliers, la découverte d’un vieux navire pirate, un trésor caché, la menace d’une horde de gangsters plus ou moins difformes, une aventure à laquelle ne sont pas conviés les parents… De toute évidence, Skeleton Crew paie son tribut aux productions Spielberg des années 80 et tout particulièrement aux Goonies. L’Explorers de Joe Dante n’est pas loin non plus. Certes, les bâtiments sont futuristes, les bicyclettes en apesanteur, les enseignants des droïdes, les pirates des aliens et le navire un vaisseau spatial. Il n’en demeure pas moins que l’intégration – un peu au forceps – des composantes du cinéma d’Amblin dans l’univers de Star Wars nous laisse perplexes et semble s’inscrire dans la vogue nostalgique des années 80 qui alimentait déjà Super 8, Ça ou Stranger Things.

Amblin dans le mille

Fort heureusement, ce sentiment finit par s’évaporer au fil des épisodes qui continuent certes à se nourrir dans le terreau des Goonies et d’E.T. (en l’assumant parfaitement) mais finissent par construire une dramaturgie personnelle au sein de laquelle s’inscrit l’imagerie Star Wars sous un angle nouveau – ce qui n’est pas chose simple dans la mesure où le monde inventé par George Lucas a déjà été décliné tous azimuts. Riche en rebondissements dignes des serials des années 30, généreux en coups de théâtre et en séquences de suspense habiles, truffé de nouveaux personnages inattendus (dont l’un est incarné par notre Matthieu Kassovitz national) et de créatures bizarres (notamment un crabe-poubelle gigantesque animé en stop-motion par l’équipe du Tippett Studio), Skeleton Crew se bonifie d’épisode en épisode en laissant ses jeunes héros ainsi que les téléspectateurs perplexes quant aux motivations réelles du personnage ambigu que campe Jude Law avec un enthousiasme communicatif. De fait, même s’il est moins intense qu’Andor et moins atmosphérique que The Mandalorian, ce show ultra-divertissant est l’un des spin-off télévisés les plus soignés de la saga Star Wars, loin devant les dispensables Le Livre de Boba Fett, Obi-Wan Kenobi et The Acolyte.

 

© Gilles Penso

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SQUID GAME (2021-2025)

Habitants de Séoul : si vous êtes endettés jusqu’au cou et que les créanciers vous harcèlent, il existe une solution à tous vos problèmes !

OJING-EO GEIM

 

2021/2025 – CORÉE DU SUD

 

Créée par Hwang Dong-hyuk

 

Avec Lee Jung-jae, Wi Ha-joon, Lee Byung-hun, Park Hae-soo, Hoyeon, Yasuhi Iwaki, Oh Yeong-su, Jeon Young-soo, Heo Sung-tae, Lee Seo-hwan, Yim Si-wan

 

THEMA TUEURS

Qui aurait pu prévoir que cette série coréenne devienne un tel phénomène ? Le concept, pour attrayant qu’il soit, recycle beaucoup d’idées lues ou vues ailleurs. Pèle mêle, on pense au Prix du danger, à Running Man, Punishment Park, Ultimate Game, Slashers, Hunger Games, Jeux d’enfants, bref les précédents ne manquent pas. Hwang Dong-hyuk, le créateur de la série, ne le nie pas, confessant par ailleurs s’être largement laissé inspirer par des mangas comme Kaiji, Liar Game ou Battle Royale. Mais Squid Game possède cette singularité, ce grain de folie, ce jusqu’auboutisme, cette absence de concessions qui semblent n’appartenir qu’aux artistes coréens et font toute la différence. L’accouchement de ce show n’aura pourtant pas été une mince affaire. En 2009, lorsque Hwang Dong-hyuk commence à faire circuler le scénario, personne n’en veut. Top sanglant, trop bizarre, trop grotesque, trop peu crédible. Ni les producteurs, ni les chaînes de télévision, ni les acteurs à qui il en parle ne prennent ce projet au sérieux. Entretemps, notre homme se fait connaître dans le milieu du cinéma coréen en réalisant plusieurs films : le drame Ma-i pa-deo, le polar Silenced, la comédie fantastique Soo-sang-han geun-yeo et la fresque historique The Fortress. Son nom n’est plus inconnu lorsque Netflix tombe sur le script de Squid Game et s’emballe. Le concept de la série tape dans l’œil des dirigeants de la plateforme au N rouge qui cherchent justement à élargir leur offre de programmes étrangers.

Squid Game choisit comme personnage principal l’archétype du loser. Seong Gi-hun (Lee Jung-jae) est un père divorcé incapable de subvenir aux besoins de sa fillette, addict aux jeux, endetté jusqu’au cou, vivant toujours avec sa mère âgée qui s’épuise en travaillant comme vendeuse de rue. Alors qu’il semble au bord du gouffre, un inconnu l’aborde dans le métro et lui propose de participer à une série de jeux qui lui offriraient une chance de remporter une immense somme d’argent. Seong Gi-hun n’a plus rien à perdre. Il accepte donc et se retrouve transporté dans un lieu inconnu. Soumis à un gaz soporifique, il s’éveille comme Patrick McGoohan dans Le Prisonnier, au beau milieu d’hommes et de femmes qui portent un uniforme numéroté. Il est devenu le joueur numéro 456. Tous les autres sont, comme lui, des êtres à la dérive en proie à de très graves difficultés financières. Sous la garde de soldats masqués en combinaison rose, ces centaines de joueurs se voient offrir une solution à tous leurs problèmes. S’ils acceptent de participer à six jeux les confrontant les uns aux autres, la fortune est peut-être au bout du chemin. Le grand vainqueur de cette série d’épreuves aura en effet la chance de remporter un pactole de 45,6 milliards de wons, soit plus de 35 millions de dollars. Comment refuser ? D’autant que les épreuves en question sont inspirées des jeux de cours de récréation. Sauf que les joueurs éliminés vont perdre beaucoup plus que des points…

Un, deux, trois… Soleil !

Si de nombreuses situations décrites dans Squid Games peuvent raviver les souvenirs des cinéphiles et des lecteurs de mangas, le show de Hwang Dong-hyuk se distingue par des choix artistiques radicaux qui affirment d’emblée son originalité. Les combinaisons unisexes et anonymes des employés du jeu, dont les masques aux allures de tête d’insecte arborent un carré, un triangle ou un cercle selon leur rôle dans cette « fourmilière » savamment hiérarchisée, sont particulièrement iconiques et placent l’intrigue sur un plan dystopique déconnecté de la réalité. Il en est de même pour l’incroyable décor de l’escalier labyrinthique que doivent emprunter les joueurs (sorte de relecture façon lego des célèbres architectures impossibles de M.C. Escher), des cercueils emballés comme des paquets cadeaux, de cette tirelire en forme de gigantesque cochon translucide et bien sûr de ces terrains de jeu tous plus surréalistes les uns que les autres – avec une poupée géante qui ouvre les hostilités pour une mémorable partie de « Un, deux, trois… Soleil ! » Au-delà de son aspect purement graphique, Squid Game dresse un portrait bien peu reluisant d’une société coréenne où les inégalités se creusent inexorablement, où les citoyens âgés sans retraite s’astreignent à des métiers épuisants jusqu’à la mort, où les stigmates de la guerre de 1950 sont encore à vif, où « marche ou crève » semble être le mantra d’une immense frange de la population. Quand on sait que le créateur de la série lui-même vécut dans le dénuement le plus complet avant de pouvoir vendre son premier scénario, on mesure à quel point les excès et les exubérances du show s’appuient sur une réalité bien tangible.

 

© Gilles Penso

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HOUSE OF THE DRAGON (2022-2024)

Plusieurs générations avant celles de Game of Thrones, le meurtre, la trahison, les complots et les créatures fantastiques étaient déjà au programme…

HOUSE OF THE DRAGON

 

2022/2024 – USA

 

Créée par Ryan Condal et George R.R. Martin

 

Avec Matt Smith, Emma D’Arcy, Olivia Cooke, Rhys Ifans, Steve Toussaint, Fabien Frankel, Sonoya Mizuno, Milly Alcock, Emily Carey, Paddy Considine

 

THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS

C’est en 2015, alors que Game of Thrones continue de rameuter les foules du monde entier devant leurs petits écrans, que les dirigeants de la chaîne HBO commencent à réfléchir à un moyen de continuer à exploiter cette franchise au-delà de la série principale. À leur demande, l’idée d’un spin-off se met bientôt à germer dans l’esprit de l’écrivain par qui tout a commencé, George R.R. Martin. La série dérivée est annoncée en 2018, mais rien n’est encore officiel. Sollicités pour s’y atteler, David Benioff et D. B. Weiss, les créateurs du show original, préfèrent décliner la proposition pour éviter de se répéter et pour s’intéresser à d’autres projets. C’est finalement George R.R. Martin lui-même, associé à Ryan Condal (scénariste de Hercule et Rampage), qui initie House of the Dragon. Le concept de cette série consiste à raconter les événements situés plusieurs générations avant ceux de Game of Thrones en s’intéressant tout particulièrement à la maison Targaryen. Personne n’est dupe : il sera très difficile – voire impossible – de rivaliser sur son propre terrain avec la première série, véritable phénomène planétaire ayant quelque peu bouleversé les codes télévisuels. Pour autant, HBO met toutes les chances de son côté, allouant à chaque épisode un budget confortable, des comédiens solides et des réalisateurs aguerris. Il n’est pas question de décevoir le public accroc au « Trône de fer ».

Le fait d’employer en guise de thème musical principal le célèbre générique composé par Ramin Djawadi est d’emblée déconcertant, nous donnant l’impression que House of the Dragon n’est pas une série à part entière mais une simple variante destinée à prolonger le plaisir des téléspectateurs. Ce choix est d’autant plus discutable que le show de Ryan Condal et George R.R. Martin possède indubitablement sa propre personnalité. Certes, les ingrédients avec lesquels nous sommes déjà familiers sont toujours au programme, notamment l’alternance des séquences intimistes (intrigues de cour, stratégies, trahisons, coucheries) et des moments épiques et grandioses (batailles homériques, attaques incendiaires de dragons), ainsi que l’absence de retenue en ce qui concerne le sexe et la violence. Mais House of the Dragon parvient très tôt à trouver le juste équilibre, assumant l’influence inévitable de la série originale tout en définissant ses propres codes. À travers le destin du vieux roi Jaehaerys 1er Targaryen et de sa descendance, c’est un portrait bien peu reluisant des dynasties royales que nous dresse cette « Maison du Dragon » gorgée d’hypocrisie, de mensonges, de frustrations, de calomnies et de jalousies.

Un air de famille

Les manigances, l’incessant manège des successions, les sombres secrets familiaux s’égrènent ainsi au fil des épisodes, dans un monde où le devoir, l’honneur, la réputation et le rang prévalent systématiquement sur les sentiments, les désirs et les envies. Ici, les mariages ne sont pas des décisions romantiques mais des actions politiques. L’inceste lui-même ne fait pas peur, puisque seule prime la pureté de la lignée. On finit même par s’y perdre avec ces femmes qui épousent leurs oncles, ces demi-frères qui sont aussi cousins et neveux… Car au royaume de House of the Dragons, la consanguinité prime. Si les épisodes ne bénéficient pas tous de la même intensité dramatique, la qualité de la direction artistique, la solidité de la mise en scène, la finesse des dialogues et l’excellence de l’interprétation demeurent constantes. Il faut certes avouer que les changements de casting en cours de route, induits par le vieillissement des personnages, sont un peu déstabilisants et nécessitent une réadaptation de l’empathie des téléspectateurs, laquelle est de toutes façons mise à mal par le comportement unilatéralement détestable de la grande majorité des protagonistes. Car lorsque Emma D’Arcy et Olivia Cooke reprennent à mi-parcours de la première saison les rôles respectifs de la princesse Rhaenys et de la reine Alicent (tenus avant elles par Milly Alcock et Emily Carey), leurs personnalités semblent changer radicalement en même temps que leurs traits. Le trouble qu’engendre cette double « métamorphose » s’atténue par la suite, mais c’est une étrangeté qui nécessite de la part des spectateurs une certaine suspension d’incrédulité. À ces quelques réserves près, force est de reconnaître que Ryan Condal et George R.R. Martin ont su trouver la formule idéale pour poursuivre le culte généré par Game of Thrones.

 

© Gilles Penso

 

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