BLACK MIRROR (2011-2025)

Cette remarquable anthologie de science-fiction décline sous toutes ses formes l’impact de la technologie sur la vie des humains…

BLACK MIRROR

 

2011/2025 – GB

 

Créée par Charlie Brooker

 

Avec Wunmi Mosaku, Monica Dolan, Daniel Lapaine, Hannah John-Kamen, Michaela Coel, Aaron Paul, Anjana Vasan, Kenneth Collard, Joshua James

 

THEMA FUTUR

Il n’est sans doute pas exagéré d’affirmer que Black Mirror est l’anthologie de science-fiction la plus importante, la plus marquante et la plus influente de l’histoire de la télévision depuis La Quatrième dimension. Son créateur, Charlie Brooker, n’est pas un nouveau venu sur le petit écran. Notre homme pratique la télévision depuis le début des années 2000. L’une de ses créations les plus intéressantes était jusqu’alors Dead Set, une série d’horreur satirique racontant l’invasion du plateau d’une émission de téléréalité par une horde de zombies. En s’attaquant à Black Mirror, il décide d’adopter le même format que Rod Serling sur La Quatrième dimension : des épisodes autonomes mettant en scène des personnages différents dans des univers bien distincts. Le point commun qui relie chacune de ces histoires est une démonstration (souvent pessimiste, pour ne pas dire alarmante) de l’impact de la technologie sur notre quotidien et sur nos comportements à travers le prisme de la science-fiction, la grande majorité des intrigues se situant dans un futur plus ou moins proche. Pour autant, Brooker ne veut pas s’ériger en donneur de leçon, pas plus qu’il ne souhaite diaboliser la technologie. Son constat est souvent sans appel mais laisse tout le loisir aux téléspectateurs de tirer leurs propres conclusions.

« Le miroir noir du titre est celui que l’on trouve sur tous les murs, sur tous les bureaux, dans la paume de toutes les mains : l’écran froid et brillant d’une télévision, d’un moniteur, d’un smartphone », explique Brooker (1). Cet écran qui, une fois éteint, nous renvoie notre propre image. Pour illustrer son propos, il construit les histoires de Black Mirror sur le principe du « et si… ? ». Que se passerait-il si les gens les plus pauvres avaient le moyen de gagner leur vie en pédalant pour alimenter la société en énergie électrique ? S’il était possible d’enregistrer dans un disque dur interne tout ce que nos yeux voyaient et tout ce que nos oreilles entendaient ? Si l’on pouvait ressusciter les défunts en exploitant les données collectées sur Internet ? Si les personnages virtuels pouvaient se présenter aux élections ? Si des « coachs de séduction » utilisaient un outil high-tech pour assister leurs clients ? Si l’existence des citoyens était régie par la note que leur donnent les autres via une application ? Si les gens en fin de vie s’immergeaient dans une réalité virtuelle ? Si un « mauvais buzz » dans les médias conduisait à la mort ?

« Et si… ? »

Les concepts fous qui s’enchaînent au fil des saisons très distendues de Black Mirror (diffusées respectivement en 2011, 2013, 2016, 2017, 2019 et 2023) font froid dans le dos et donnent le vertige, parce que derrière le filtre de l’anticipation et de la SF se cache une réalité très tangible : notre asservissement progressif (voire notre addiction) aux machines, aux intelligences artificielles et à l’image que renvoient de nous les réseaux sociaux. Une fois n’est pas coutume dans une série d’anthologie, la grande majorité des épisodes possèdent le même niveau qualitatif, du double point de vue de l’écriture et de la mise en scène. Et si quelques stars s’invitent dans la série, notamment dans la sixième saison (Salma Hayek, Josh Hartnett, Kate Mara, Aaron Paul, John Hamm), ce n’est jamais au détriment de la crédibilité des personnages qui restent tous plausibles… et désespérément humains. Car le miroir du titre est à peine déformant. Lorsqu’un épisode s’achève et que l’écran devient noir, chaque téléspectateur découvre sa propre silhouette, qu’il peut sans mal plaquer sur chaque protagoniste en se posant la question fatidique : « et si ? » Et si c’était possible ? Et si ça arrivait demain ? Et si ça existait déjà ?

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans « The Guardian » en décembre 2011.

 

© Gilles Penso


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AHSOKA (2023)

Après la chute de l’Empire, une puissante guerrière Jedi se prépare à affronter une terrible menace venue de l’autre bout de la galaxie…

AHSOKA

 

2023 – USA

 

Créée par Dave Filoni

 

Avec Rosario Dawson, David Tennant, Natasha Liu Bordizzo, Mary Elizabeth Winstead, Ray Stevenson, Ivanna Sakhno, Diana Lee Inosanto, Erman Esfandi

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

L’annonce de la diffusion Ahsoka n’avait au départ suscité qu’un intérêt très modéré. Après les échecs artistiques successifs du Livre de Boba Fett et d’Obi-Wan Kenobi (qui multipliaient à outrance les maladresses, les raccourcis scénaristiques et des enjeux très moyennement palpitants malgré d’indiscutables qualités formelles), apprendre qu’un nouvelle série Star Wars s’apprêtait à débarquer n’avait pas de quoi déclencher le moindre enthousiasme. D’autant qu’elle était centrée sur un personnage secondaire connu principalement des fans purs et durs de la saga et de son univers étendu. Le premier épisode d’Asokha semble confirmer nos craintes, avec son intrigue qui ne promet rien de bien nouveau, ce jeune personnage féminin calibré pour entrer dans la case des « princesses Disney modernes » (des cheveux colorés, des ongles vernis, un tempérament de feu et une tendance à rejeter effrontément toute autorité) ou encore cette poignée d’effets visuels approximatifs (les doublures numériques employées pour faire voltiger Ahsoka)… Pourtant, malgré cette première impression mitigée, il est difficile de ne pas apprécier dès les premières minutes la qualité de la direction artistique du show et le charisme de Rosario Dawson, parfaite dans le rôle-titre.

Fort heureusement, il ne faut pas longtemps pour que la série trouve sa vitesse de croisière et parvienne à saisir des téléspectateurs qui n’y croyaient plus pour les lancer dans une nouvelle aventure beaucoup plus captivante que prévu. La première grande force de la série est de savoir éviter le trop-plein de fan service afin de nous faire explorer d’autres facettes inattendues de la galaxie Star Wars, comme ce vertigineux chantier naval dans lequel l’ancien arsenal de l’Empire est désossé pour être recyclé par les forces rebelles, ces bancs de cétacés volants qui n’auraient pas dépareillé chez James Cameron, de nouveaux droïdes à la forte personnalité et au design inventif ou encore une bonne dose de mysticisme et de sorcellerie. Qu’importe donc si le personnage d’Ahsoka est à priori un « second couteau » aperçu d’abord dans la série animée Clone Wars puis en guest-star dans un épisode du Mandalorian (déjà sous les traits de Dawson). Le personnage prend ici son plein envol et s’inscrit parfaitement dans le « Star Wars post-Lucas Universe », ses liens quasi-filiaux avec son ancien maître Anakin Skywalker permettant d’entrevoir des failles encore à vif malgré une impressionnante force de caractère.

Le retour des Jedi

L’attrait d’Ahsoka réside aussi dans la qualité de son casting. Aux côtés de l’imperturbable Rosario (toujours un demi-sourire aux lèvres, même quand la situation semble désespérée, c’est à-dire à peu près toutes les dix minutes), on apprécie les prestations de Natasha Liu Bordizzo en apprentie-Jedi immature (qui échappe heureusement très vite aux stéréotypes qui nous embarrassaient), de Mary Elizabeth Winstead en officier de la rébellion, de David Tennant en super-vilain d’autant plus effrayant qu’il ne se départit jamais de son calme et surtout de Ray Stevenson (Rome, Punisher : Zone de guerre, Cold Skin) en homme de main de l’Empire ayant décidé de suivre sa propre voie. Malgré un temps de présence à l’écran limité, la prestance et le magnétisme du comédien irradient l’écran à chacune de ses apparitions, volant littéralement la vedette à tous les autres. Stevenson est hélas décédé à la fin du tournage de la première saison. Le premier épisode d’Ahsoka lui est dédié. Généreuse en séquences superbement iconiques qui auraient mérité un visionnage sur grand écran, la série créée par Dave Filoni redonne donc un coup de fouet bienvenu à une saga qui commençait gentiment à ronronner.

 

© Gilles Penso

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BATMAN (1966-1968)

Pour sa première apparition à la télévision, l’homme chauve-souris créé par Bob Kane et Bill Finger se déchaîne dans un show pop délirant…

BATMAN

 

1966/1968 – USA

 

Créée par William Dozier

 

Avec Adam West, Burt Ward, Alan Napier, Neil Hamilton, Stafford Repp, Madge Blake, Yvonne Craig, Cesar Romero, Burgess Meredith, Frank Gorshin

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA BATMAN I DC COMICS

« Pow ! », « Bam ! », « Thwapp ! », « Zzonk ! ». Les onomatopées surgissent à l’écran sur fond coloré tandis que les coups de poing pleuvent aux accents d’un big band jazzy. Dans les années 60, Batman n’était pas un chevalier noir lugubre et taciturne mais un joyeux drille en costume chatoyant aux aventures joyeusement parodiques. Les serials réalisés dans les années 40 (première incarnation du super-héros à l’écran) optaient pourtant pour une tonalité un peu plus sérieuse, engonçant notre justicier dans un uniforme noir aux oreilles surdimensionnées. Mais William Dozier, à qui ABC et 20th Century Fox confient la série Batman pour une diffusion en prime time à destination d’un large public, pense que la seule option viable est une approche pop, légère et comique. D’où le relooking de l’homme chauve-souris, dont la tenue privilégie le bleu nuit, le gris clair et le jaune vif. Même approche colorée pour le fidèle et sympathique Robin qui accompagne Batman dans toutes ses aventures. Si leurs alter-égos dans le civil, Bruce Wayne et Dick Grayson, font de régulière apparitions dans la série, c’est de manière souvent anecdotique, le show préférant se concentrer sur leurs versions costumées. Après un test effectué avec les comédiens Lyle Waggoner et Peter Deyell, ce sont finalement Adam West et Burt Ward qui sont sélectionnés dans les rôles principaux.

Succès colossal, la série Batman s’appuie sur des mécanismes narratifs simples et reproductibles à l’infini. Les épisodes fonctionnent par paires, le premier s’achevant sur un suspense « insoutenable » au cours duquel les héros sont sur le point de passer l’arme à gauche à cause d’un stratagème diabolique élaboré par un super-vilain, et le second résolvant le problème en un clin d’œil, comme à l’époque des vieux serials. Le show ne se prend donc jamais au sérieux, multipliant les dialogues absurdes, les situations impensables, les gags visuels et le comique de répétition (comme ces scènes récurrentes où Batman et Robin escaladent la façade d’un immeuble et croisent divers personnages penchés à leur fenêtre, dont un certain nombre de guest stars). Difficile donc d’appréhender cette série au premier degré, son caractère kitsch ayant toujours été assumé par ses créateurs.

« Batmaaaaan ! »

Tout ou presque dans cette série s’est mué en objet de culte, qu’il s’agisse de sa galerie de super-vilains exubérants (le Joker, le Pingouin, le Sphinx et Catwoman en tête), de sa sublime Batmobile construite par George Barris à partir d’une Lincoln Futura de 1955 ou de la chanson pop de Neal Hefti dans laquelle des voix énergiques scandent « Batmaaaaan ! ». Pour l’anecdote, le décor de la Batcave fut construit à l’endroit même où était édifiée la fameuse muraille de King Kong et où fut filmé le grand incendie d’Atlanta d’Autant en emporte le vent. Annulée après sa troisième saison, Batman reste aujourd’hui un grand moment de télévision déjanté et acidulé qui aura eu entre autres mérites celui de relancer les ventes du comics consacré au Chevalier Noir, alors en perte de vitesse. A l’époque, Adam West estimait que cette série était l’un des trois grands « B » ayant marqué la culture populaire dans les années 60, les deux autres étant les Beatles et Bond. Comment ne pas lui donner raison ?

 

© Gilles Penso


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BABYLON 5 (1993-1999)

Une saga de science-fiction extrêmement populaire qui s’appuie sur de véritables sujets politiques et sociaux pour bâtir son univers…

BABYLON 5

 

1993/1999 – USA

 

Créée par J. Michael Straczynski

 

Avec Bruce Boxleitner, Michael O’Hare, Claudia Christian, Jerry Doyle, Mira Furlan, Richard Biggs, Andrea Thompson, Bill Mumy, Jason Carter, Tracy Scoggins

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SPACE OPERA I FUTUR

Babylon 5 est le bébé de J. Michael Straczynski, un vétéran de la télévision américaine (Arabesque, La Cinquième dimension, Walker Texas Ranger) désireux de créer son propre univers de science-fiction. La série se situe en 2258. Dix ans après la terrible guerre qui opposa les Terriens aux Nimbaris, la station spatiale Babylon 5 a vu le jour. Symbole de la paix intergalactique, cette coque de métal de 2 500 000 tonnes accueille les peuples de toutes les planètes dans un souci du respect mutuel des différences. Cette nouvelle tour de Babel interplanétaire est dirigée avec sagesse par le commandant Jeffrey Sinclair (Michael O’Hare). À ses côtés se tiennent le lieutenant chef Susan Ivanova (Claudia Christian), le chef de la sécurité Michael Garibaldi (Jerry Doyle) et la télépathe Talia Winters (Andrea Thompson). Au-delà de ses personnages humains, Babylon 5 nous gratifie d’une galerie extra-terrestre à faire pâlir la cour de Jabba : les Narns sont des espèces d’hommes-serpents tachetés, les Minbaris ont un crâne chauve prolongé par une sorte de casque en forme de coquillage, les Centauris sont des bonhommes rondouillards aux canines pointues et à la coupe punk extravagante, les Pacmaras sont des nécrophages humanoïdes à mi-chemin entre l’éléphant et la sèche, sans compter Narkrat, l’homme mante-religieuse, ou Koch, à la forme indéterminée. Toutes ces créatures sont conçues par l’atelier Optic Nerve Studios dirigé par les maquilleurs Everett Burrell et John Vulich (La Part des ténèbres).

Dans Babylon 5, la science-fiction sert de prisme pour aborder avec un œil distancié les problèmes dont l’actualité restera toujours brûlante : racisme, guerres de religions, justice, manigances gouvernementales, revendications ouvrières, etc… En ce sens, le show s’inscrit dans la mouvance de Star Trek mais pousse l’analogie avec notre monde contemporain encore plus loin. Les happy ends des épisodes de Babylon 5 restent toujours ambigus et la paix intergalactique repose constamment sur un équilibre fragile et instable. Terriens et Minbaris gardent un souvenir douloureux de la guerre qui les opposa, tandis que Narns et Centauris ont encore en mémoire des années de lutte et d’occupation. Sans oublier les rites religieux de chacun de ces peuples qui reposent sur des pratiques très différentes. L’une des clefs de la réussite de Babylon 5 est l’évacuation de tout manichéisme. Les bons et les méchants n’apparaissent jamais de manière tranchée. Chaque personnage, Terrien ou Extra-Terrestre, a ses moments de faiblesse, de haine, de lâcheté, d’intolérance, et les scénaristes, sans forcément les excuser, s’efforcent de faire comprendre de tels comportements.

Espace numérique

Lorsque le film Starfighter sortit en 1984, on put contempler des vaisseaux spatiaux intégralement conçus en images de synthèse. Le résultat était assez approximatif mais laissait imaginer des perspectives intéressantes. Dix ans plus tard, Babylon 5 confirme ces prévisions. Ici, les images de synthèses se sont à nouveau entièrement substituées aux maquettes. Bien sûr, tout n’est pas parfait dans les plans truqués, et de nombreuses maladresses sautent aux yeux. Mais ces images alors inédites donnent un petit avant-goût du bond que s’apprêtaient à faire les effets numériques dans le domaine de l’imagerie spatiale à l’orée du 21ème siècle. Parmi les engins de la série, on note la station Babylon 5, bien sûr, gigantesque masse cylindrique en orbite géostationnaire, mais aussi les chasseurs dont la forme évoque à la fois les X-Wings (pour les ailes) et les Tie-Wings (pour le cockpit) de Star Wars, la colonie agricole des Centauris aux allures de pyramide futuriste, les vaisseaux de combat triangulaires et aérodynamiques des Narns, le navire de commandement Narn en forme de vaste satellite circulaire, les impressionnants croiseurs de combat Minbaris, plus toute une série de navettes et de vaisseaux cargos qui vont et viennent sans cesse autour de la station. Beaucoup de ces effets ont pris depuis un cruel coup de vieux. Mais la cohérence narrative des cinq saisons de Babylon 5, elle, n’a pas pris une seule ride et reste la qualité majeure de cette série adulée par de très nombreux amateurs de science-fiction. Une série spin-off, Crusade, et plusieurs téléfilms lui succèderont.

 

© Gilles Penso


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AU-DELÀ DU RÉEL (1963-1965)

Dans la foulée de La Quatrième dimension, cette anthologie de science-fiction a marqué les mémoires avec son bestiaire délirant et ses concepts fous…

THE OUTER LIMITS

 

1963/1965 – USA

 

Créée par Leslie Stevens

 

Avec Robert Duvall, Martin Landau, Dabney Coleman, Henry Silva, Jacqueline Scott, David McCallum, Geraldine Brooks, Leonard Nimoy, Sally Kellerman

 

THEMA EXTRA-TERRESTRE

Le plus gros défaut d’Au-delà du réel est de ne pas être La Quatrième dimension. La série créée par Leslie Stevens ne manque ni de charme, ni d’attrait, mais il est difficile de ne pas la rapprocher de celle de Rod Serling, tant leurs concepts sont similaires, et au jeu des comparaisons The Twilight Zone sort évidemment grand vainqueur. Or c’est un combat quelque peu déloyal. D’abord parce que Stevens assume totalement l’influence de son prédécesseur, ensuite parce que les ambitions de son show ne sont pas tout à fait les mêmes que celles de celui de Serling, malgré leur nature commune d’anthologies de science-fiction (des histoires indépendantes les unes des autres avec à chaque fois des personnages différents). Lorsqu’il développe l’idée d’Au-delà du réel, Leslie Stevens (par ailleurs scénariste du Gaucher d’Arthur Penn et réalisateur de L’île de la violence avec James Mason), souhaite avant tout faire frissonner les téléspectateurs en s’appuyant sur les mêmes mécanismes que bon nombre de films de SF des années 50. Avec le scénariste Joseph Stefano (qui écrivit Psychose pour Alfred Hitchcock), il met donc en place le concept du « monstre de la semaine » : chaque épisode ou presque doit mettre en scène une créature fantastique (de préférence extra-terrestre) qui marquera durablement les esprits.

Cette idée est séduisante, mais elle n’est pas simple à concrétiser avec le faible budget qu’alloue la chaîne à chaque épisode (entre 10 000 et 40 000 dollars). Stevens se tourne alors vers l’équipe de Project Unlimited, habituée à concevoir des effets spéciaux spectaculaires et économiques. Ses trois piliers, Wah Chang, Gene Warren et Jim Danforth, sont rompus à l’exercice grâce notamment aux films de George Pal (La Machine à explorer le temps, Les Aventures de Tom Pouce, Les Amours enchantées). Ils concoctent donc un bestiaire fantasmagorique délirant, de l’amphibien géant à la fourmi au faciès humain en passant par l’alien à tête de crustacé ou l’homme aux yeux exorbités. Même si elle peut prêter aujourd’hui à sourire par l’exubérance de ses concepts, cette galerie de créatures a provoqué bien des cauchemars auprès de jeunes téléspectateurs pas habitués à de telles profusions monstrueuses, ceintes en outre dans une photographie noir et blanc très contrastée héritée de l’expressionisme allemand qui renforce leur caractère perturbant. Après le départ de Joseph Stefano pour la saison 2, le concept du « monstre de la semaine » sera moins systématique.

« Nous contrôlons la transmission »

Au-delà du réel est aussi mémorable pour son entrée en matière. Chaque épisode commence par des interférences qui altèrent l’image et le son. Une voix sentencieuse s’adresse alors aux téléspectateurs : « Il n’y a aucun problème avec votre téléviseur. N’essayez pas de régler l’image. Nous contrôlons la transmission… Pendant une heure, restez assis tranquillement et nous contrôlerons tout ce que vous voyez et entendez. Vous êtes sur le point de participer à une grande aventure. Vous êtes sur le point de faire l’expérience de l’émerveillement et du mystère qui s’étendent de l’esprit intérieur jusqu’à… Au-delà du réel ! » Voilà une belle mise en condition. Tout un parterre de guest stars (plus ou moins connues à l’époque) se bouscule pour tenir la vedette des 49 épisodes de la série, parmi lesquels on peut citer en vrac David McCallum (Des agents très spéciaux), Donald Pleasence (Halloween), Martin Landau (Mission impossible), Barry Morse (Cosmos 1999), Vera Miles (Psychose), Robert Duvall (Le Parrain), Adam West (Batman) ou Leonard Nimoy (Star Trek). Alors certes, Au-delà du réel n’est pas La Quatrième dimension, mais son impact reste immense et son influence sur les générations futures d’auteurs et de réalisateurs de science-fiction presque aussi importante que celle du chef d’œuvre de Rod Serling.

 

© Gilles Penso


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AMIS DE CHICO (LES) (1974)

Une série pour enfants étrange et perturbante dans laquelle deux gamins se trimbalent avec la tête réduite d’un sorcier indien !

CHICO THE RAINMAKER / THE BOY WITH TWO HEADS

 

1974 – GB

 

Créée par Jonathan Ingrams

 

Avec Spencer Plumridge, Leslie Ash, Hilda Fenemore, Peter Halliday, Stanley Meadows, Lance Percival, John Louis Mansi, Clive Revill, Bill Maynard

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête du réalisateur anglais Jonathan Ingrams lorsqu’il décida de lancer la série Les Amis de Chico ? Comment est-il possible que personne ne lui ait dit que son idée était bizarre, pour ne pas dire complètement à côté de la plaque ? Vouloir écrire et réaliser une série pour enfants dans laquelle les gamins vedettes seraient accompagnés dans leurs aventures par un personnage fantastique aux pouvoirs surnaturels, pourquoi pas ? Mais lorsqu’on sait que cette créature est une tête réduite décapitée de type Navajo qu’ils trimballent partout avec eux et qui leur parle en roulant ses yeux exorbités et en agitant sa mâchoire morte-vivante, on se perd en conjectures ! Il faut croire qu’Ingrams et ses scénaristes Frank Godwin et C.M. Pennington Richards furent convaincants, car la série vit le jour en 1974, fut diffusée aux États-Unis sur le réseau PBS et en Angleterre dans les salles de cinéma du samedi matin, avant de débarquer en nos contrées quatre ans plus tard pour une diffusion sur TF1.

Alors que le jeune Chris Page (Spencer Plumridge) se dirige vers la boutique de l’antiquaire Ben (Bert Palmer), il tombe sur deux cambrioleurs pris en flagrant délit de vol d’un assortiment de couverts en argent, Doug et Dès (Stanley Meadows et John Louis Mansi), et les chasse. En signe de gratitude, l’antiquaire offre à Chris un curieux coffret contenant une tête réduite ainsi qu’un tambour et une flûte de pan. À son retour chez lui, Chris partage la découverte avec sa sœur Jill (Leslie Ash). Alors qu’ils s’amusent avec les instruments de musique, les deux enfants éveillent la tête réduite, qui se met soudain à parler avec eux. Au lieu de prendre leurs jambes à leur cou en hurlant et d’entamer ensuite une longue thérapie, les deux gamins l’écoutent attentivement. La tête appartient à Chicopacobacawana, un puissant sorcier vieux de 2000 ans capable de provoquer la pluie. Après avoir été enlevé par des explorateurs il y a trois ans, il s’est trouvé dans l’incapacité d’accomplir son rôle de Grand Puicha, qui consiste à protéger sa tribu contre la sécheresse qui s’est depuis abattue sur les cultures. Chris et Jill décident de lui apporter leur assistance pour le ramener chez lui. Mais des voleurs sont à leurs trousses…

Un traumatisme d’enfance

Si le postulat des Amis de Chico est joyeusement délirant, les intrigues de ces sept petits épisodes de quinze minutes chacun ne sont pas particulièrement palpitantes, se limitant à un jeu du chat et de la souris gentillet qu’égaient les facéties surnaturelles de Chicapaco… Chipocaba… Chicopacoba… enfin Chico, quoi. Passée presque inaperçue outre-Atlantique, diffusée une seule fois en France, la série aurait pu complètement et définitivement disparaître des mémoires. Mais à cette époque, le nombre de chaînes de télévision était très limité et le jeune public regardait à peu près tout ce qu’on lui proposait. Toute une génération d’enfants a donc découvert Les Amis de Chico, logeant quelque part dans son esprit la vision mi-amusante mi-traumatisante de cette petite tête coupée qui parle (conçue par le créateur des effets spéciaux Les Bowie, à l’œuvre sur des spectacles plus « adultes » tels que Le Monstre, Le Cauchemar de Dracula ou La Nuit du Loup-garou). Voilà pourquoi ce show anecdotique occupe une place particulière dans la mémoire des téléspectateurs de la fin des années 70, charriant avec lui un parfum de nostalgie à la fois drôle et lugubre.

 

© Gilles Penso


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ALIAS (2001-2006)

La série à succès qui a révélé Jennifer Garner mêle l’espionnage, l’action, la science-fiction et une bonne dose d’ésotérisme…

ALIAS

 

2001/2006 – USA

 

Créée par J.J. Abrams

 

Avec Jennifer Garner, Michael Vartan, Ron Rifkin, Bradley Cooper, Merrin Dungey, Carl Lumbly, Kevin Weisman, Victor Garber, David Anders, Lena Olin

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Homme à tout faire à Hollywood, J.J. Abrams co-produit au début des années 90 À propos d’Henry et Forever Young, lance la série Firefly, écrit le scénario d’Armageddon, réalise le court-métrage Shrek : I Feel Good, bref se fait un nom dans la cour des grands. Mais c’est avec la création de la série Alias qu’Abrams se place définitivement sous le feu des projecteurs. Son mode opératoire ? Faire du neuf avec du vieux, développer des concepts forts immédiatement attrayants, manipuler le suspense et le mystère en virtuose, jouer sur les attentes de son public pour mieux les déjouer, bref trouver la recette miracle du succès. C’est en mêlant avec habileté tous ces ingrédients que le futur réalisateur de Super 8 et du Réveil de la Force fait d’Alias un triomphe télévisuel immédiat. L’une de ses trouvailles est de se réapproprier les codes de la série Mission impossible et de la saga James Bond en féminisant son personnage principal et en poussant très loin les éléments fantastiques. Les amateurs d’action sont aux anges, les fans de science-fiction y trouvent largement leur compte et tous tombent sous le charme de Jennifer Garner, héroïne tourmentée et athlétique qui adopte tous les looks – du plus improbable au plus sexy – pour des missions d’infiltration palpitantes – à défaut d’être toujours crédibles.

Déjà apparue dans un certain nombre de films, de téléfilms et de séries, Jennifer Garner trouve avec Alias le rôle de sa vie, celui de l’étudiante Sidney Bristow qui est recrutée par le SD-6, une agence gouvernementale orchestrant secrètement des missions pour la CIA. Mais elle finit par découvrir que le SD-6 est une organisation occulte qui n’a rien à voir avec le gouvernement américain et qui aurait même tendance à agir contre ses intérêts. Sidney décide alors de proposer ses services à la véritable CIA en agissant en tant qu’agent double au sein du SD-6. Notre espionne se retrouve donc bien souvent dans l’obligation d’adopter une triple identité : le personnage qu’elle incarne lors des missions que lui assigne le SD-6, le rôle qu’elle joue aux yeux de son inquiétant employeur Arvin Sloane (Ron Rifkin) et de ses collègues, et son véritable visage lorsqu’elle rend des comptes à la CIA. Les choses se compliquent lorsque son père Jack Bristow (Victor Garber) révèle être au courant de ce petit manège et être aussi un agent double, et lorsque le collègue de Sidney qui ne la rend pas indifférente, le beau Michael Vaughn (Michael Vartan), commence à émettre des doutes sur ses agissements…

Agent triple

Chaque épisode de cette série mouvementée décline donc à loisir les mécanismes du mensonge, de la manipulation et du secret, autant de sources possibles de séquences de suspense savamment mises en scène par toute une armada de réalisateurs (dont Abrams lui-même qui, en véritable chef d’orchestre, écrit aussi la musique du générique). L’un des atouts de la série est d’ailleurs sa bande originale, composée par un Michael Giacchino en début de carrière qui se déchaîne ici avec une maestria incroyable, mêlant les orchestres symphoniques, les instruments jazz et les sonorités électroniques en retrouvant souvent l’esprit des partitions originales de Lalo Schifrin (Mission impossible) et John Barry (James Bond) auxquelles il apporte un très énergique sang neuf. Refusant les intrigues d’espionnage trop terre à terre, Alias joue très tôt la carte de l’ésotérisme et du mysticisme en mettant tous les protagonistes en quête d’objets aux pouvoirs insoupçonné conçus par un savant du 15ème siècle à mi-chemin entre Leonard de Vinci et Nostradamus. Son nom, Milo Rambaldi, est un hommage au créateur d’effets spéciaux Carlo Rambaldi (Rencontres du troisième type, E.T.). La magie d’Alias opère pendant environ trois saisons, avant que des rebondissements de plus en plus tirés par les cheveux – assortis de changements importants de casting – n’émoussent peu à peu l’intérêt des téléspectateurs. La série s’arrête donc en 2006. Abrams, lui, est déjà à l’œuvre sur un autre show à succès : Lost, les disparus.

 

© Gilles Penso


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ÂGE DE CRISTAL (L’) (1977-1978)

Poussée par le succès du film L’Âge de cristal, cette série éphémère met en scène un couple de fugitifs dans un monde futuriste hostile…

LOGAN’S RUN

 

1977/1978 – USA

 

Créée par William F. Nolan et George Clayton Johnson

 

Avec Gregory Harrison, Heather Menzies, Randy Powell, Donald Moffat, Wright King, Morgan Woodward, Gene Tyburn, Stan Stratton, Sherril Lynn Rettino

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le lancement de la série L’Âge de cristal n’a pas été motivé par la vogue science-fictionnelle provoquée par le triomphe de La Guerre des étoiles en 1977. Certes, le premier épisode du show a été diffusé quelques mois après la sortie en salles du space opera de George Lucas, profitant naturellement de l’attirance soudaine du grand public pour les pistolets laser et les robots. Mais en réalité la genèse de la série est tout simplement liée au succès en salles du film L’Âge de cristal (nommé pour deux Oscars à l’époque). Distribué au cinéma en 1976, le long-métrage de Michael Anderson, inspiré d’un roman futuriste de William F. Nolan et George Clayton Johnson, mettait en vedette Michael York et Jenny Agutter dans le rôle de deux fugitifs bien décidés à échapper aux règles strictes d’un monde dystopique ayant fixé la limite de vie de la population à l’âge de 30 ans. Pour la série qui s’inspire du film, la chaîne CBS confie les rênes aux producteurs exécutifs Ivan Goff et Ben Roberts (Mannix, Drôles de dames). Leur mission : broder autour de la trame du roman et du scénario du long-métrage pour imaginer avec leur staff de scénaristes quinze épisodes qui en reprennent les composantes principales.

Le pilote de la série, réalisé par Robert Day, reprend à peu près l’intrigue du long-métrage. Nous sommes en l’an 2319. Le limier Logan (Gregory Harrison) décide de quitter la Cité des Dômes avec la fugitive Jessica (Heather Menzies) pour échapper au système totalitaire qui condamne tous les humains à un rituel sacré le jour de leur 30 ans (« Le Carrousel », un joli mot pour définir en réalité une euthanasie généralisée pour cause de surpopulation). Le couple est désormais pris en chasse par un groupe de limiers dirigés par Francis (Randy Powell), ancien collègue de Logan. À partir de là, la série s’éloigne du film pour construire sa propre dynamique et développer un univers visuel distinct. Il y a d’abord ce véhicule très iconique qu’empruntent nos héros, un aéroglisseur futuriste qu’ils trouvent dans les ruines de Washington et qui devient leur moyen de locomotion favori. Il y a ensuite REM, le sympathique androïde incarné par Donald Moffat qui se joint à eux et apporte à la série une touche d’humour. Au fil des épisodes, tous les trois traversent une Amérique post-apocalyptique et croisent d’étranges sociétés humaines, des extra-terrestres et des robots. Leur objectif : trouver « Le Sanctuaire », un lieu idyllique où ils espèrent enfin cesser leur cavale pour vivre en paix…

Cavale sans issue

Tourné à l’économie, L’Âge de cristal recycle beaucoup d’accessoires, de costumes et d’éléments de décors du film. Plusieurs plans, notamment ceux de la Cité des Dômes, sont également empruntés au long-métrage de Michael Anderson. Malgré la relative simplicité des intrigues et leur caractère répétitif, et malgré son évident manque de moyens, la série possède un charme indéniable qui repose beaucoup sur son trio d’acteurs principaux. Mais L’Âge de cristal ne rencontre pas le succès espéré. Seuls treize épisodes sont diffusés par CBS, qui décide de stopper la programmation à cause des très mauvaises audiences. La première saison ne s’achève donc même pas et L’Âge de cristal disparaît des grilles de la chaîne comme elle était apparue, sans véritable dénouement. Les derniers épisodes ne seront diffusés qu’à la fin des années 80 aux États-Unis. En France, la série est pourtant devenue culte, grâce à ses diffusions successives sur Antenne 2, La Cinq, TF1, TMC, Série Club, 13ème Rue et Game One. Le public de l’hexagone a même souvent tendance à préférer L’Âge de cristal dans sa version télévisée au film qui la précéda, gagné par le pouvoir de séduction des comédiens, le caractère résolument distrayant des scénarios et le générique délicieusement seventies composé par Laurence Rosenthal (Le Choc des Titans).

 

© Gilles Penso


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ULTRAMAN (1966-1967)

Le plus célèbre des super-héros de la télévision japonaise est un humain qui fusionne avec un extra-terrestre pour affronter des monstres impensables…

URUTORAMAN : KÛSÔ TOKUSATSU SHIRÎZU

 

1966/1967 – JAPON

 

Créée par Eiji Tsuburaya

 

Avec Susumu Kurobe, Akiji Kobayashi, Hiroko Sakurai, Sandayu Dokumamushi, Masaya Nihei, Akihide Tsuzawa, Akihiko Hirata

 

THEMA SUPER-HÉROS I EXTRA-TERRESTRES

Sur Terre dans un futur proche, des monstres venus de l’espace terrorisent les habitants des planètes du Cosmos. Une patrouille scientifique dotée d’armes sophistiquées a été ainsi créée pour lutter contre eux. La branche japonaise située à Tokyo est composée de cinq membres : le capitaine Toshio Muramatsu (Akiji Kobayashi), le vice-capitaine Shin Hayata (Susumu Kurobe), le tireur d’élite Daisuke Arashi (Sandayu Dokumamushi), l’inventeur (et comique de la bande) Ito Mitsuhiro (Masaya Nihei) et la responsable des communications Akiko Fuji (Hiroko Sakurai). A ces cinq membres il faut ajouter un enfant, Hoshino Fuji (Akihide Tsuzawa), qui est une sorte de mascotte. Au cours d’une de ses missions, Hayata meurt après avoir été percuté par un OVNI. Celui-ci était piloté par Ultraman, un extraterrestre aux pouvoirs incroyables, qui fusionne avec Hayata pour lui redonner la vie. Puis il lui confie un objet magique, la capsule Beta, qui – une fois activée grâce à un bouton rouge – lui permet de faire appel à lui. Ainsi, pendant quelques minutes seulement (l’énergie vitale d’Ultraman diminuant rapidement), Hayata peut obtenir la taille d’un géant et lutter contre les monstres qui attaquent la Terre…

Ultraman est un héros culte au sein de la culture japonaise, au même titre que Superman chez les Américains. Il est né de l’imagination d’Eiji Tsuburaya, qui s’était illustré à partir des années 50 en signant les effets spéciaux des films de la saga Godzilla. C’est en effet à lui qu’on devait l’idée de faire revêtir des costumes en latex à des cascadeurs et de les filmer au ralenti pour jouer les rôles des monstres géants plutôt que d’utiliser de l’animation image par image comme dans King Kong ou Le Monstre des temps perdus. Fort de son succès, il fonda sa propre compagnie, Tsuburaya Productions en 1963 puis lança la série Ultra Q en 1966. Dans celle-ci, il faisait apparaître des monstres géants du même style que Godzilla tout en développant des idées novatrices pour l’époque (existence d’autres dimensions et d’êtres venus d’ailleurs mais aussi sensibilisation aux problèmes écologiques causés par les humains). Cependant il manquait un dernier élément qui fut ajouté à sa deuxième production : un héros.

Le Superman japonais

C’est donc avec la série suivante, Ultraman, (qui est en couleurs, contrairement à la précédente), qu’il invente un personnage d’extra-terrestre confiant ses pouvoirs à un être humain. Les 39 épisodes de la première saison originale battent des records d’audience et depuis les séries dérivées d’Ultraman s’enchainent (sous forme « live » ou animée). Incroyablement influente (sans elle n’existeraient ni Spectreman, ni X-Or, ni Bioman), Ultraman est considérée comme l’ancêtre officiel du genre Tokusatsu. On ne compte plus le nombre de films, de séries, de bandes-dessinés et de mangas qui s’y réfèrent. Évidemment, plusieurs décennies après sa première diffusion, la série se révèle incroyablement datée et les effets spéciaux (monstres en plastiques, bâtiments et engins réalisés à partir de maquettes aux allures de jouets) font beaucoup sourire. Sans compter que le « futur proche » décrit dans Ultraman se déroule en réalité dans les années 90. Il n’empêche que ce show, pour kitsch qu’il soit, occupe une place historique de premier ordre – et une place toute particulière dans le cœur des amateurs de science-fiction à l’ancienne.

 

© Histoire de la science-fiction

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NICK CUTTER : LES PORTES DU TEMPS (2007-2011)

Panique en Angleterre : des créatures préhistoriques surgissent soudain à travers des failles spatio-temporelles et sèment la panique…

PRIMEVAL

 

2007/2011 – GB

 

Créée par Adrian Hodges et Tim Haines

 

Avec Douglas Henshall, James Murray, Lucy Brown, Andrew Lee Potts, Hannah Spearritt, Juliet Aubrey, Ben Miller, Jason Flemyng, Laila Rouass

 

THEMA DINOSAURES I VOYAGES DANS LE TEMPS

C’est en 1999, après avoir créé la mini-série documentaire Sur la terre des dinosaures pour la chaîne BBC, que le producteur britannique Tim Haines a l’idée de réutiliser ses monstres disparus en images de synthèse pour les besoins d’une série de fiction. Il faudra attendre huit ans pour que Nick Cutter, les portes du temps (Primeval en version originale) voit le jour. Co-créateur de la série avec Haines, Adrian Hodges avait déjà fréquenté les grands sauriens du mésozoïque en écrivant en 2001 le téléfilm Les Aventuriers du monde perdu de Stuart Orme avec Bob Hoskins. L’Angleterre est le théâtre d’étranges phénomènes : des créatures préhistoriques apparaissent aux quatre coins du royaume… Le paléontologue Nick Cutter, un homme brillant mais hanté par la disparition de sa femme, se lance avec son équipe à leur poursuite et tente de découvrir comment ces espèces disparues depuis des millions d’années ont pu réapparaître soudainement. Des portes temporelles (que les personnages finissent par nommer « anomalies ») semblent s’être ouvertes sans explication. Et si ce phénomène surnaturel pouvait permettre à Cutter de plonger huit ans dans le passé pour retrouver son épouse ?

Même si les scénarios ne sont pas tous d’une folle originalité, ils sont suffisamment bien écrits (d’abord par Haines et Hodges puis par une armada d’autres auteurs) pour nous captiver du début à la fin. Les personnages sont attachants, le suspense est largement au rendez-vous et il faut bien sûr souligner la qualité des effets visuels. Les créatures en image de synthèse sont crédibles, dynamiques et parfaitement intégrées dans les prises de vues réelles. Leur supervision est assurée par Christian Manz (Le 10ème royaume, Dinotopia, Nanny McPhee, La Boussole d’or et plusieurs épisodes de la saga Harry Potter) et leur réalisation est assurée par l’équipe de la compagnie Framestore.

Les monstres des temps perdus

L’autre atout de Nick Cutter est son casting très convaincant. Le paléontologue qui donne son nom à la série est incarné par Douglas Henshall (Dorian Gray, Shetland, L’Aigle de la neuvième légion). On note aux côtés de Cutter une équipe de choc : Abby Maitland interprétée par Hannah Spearritt (Le fils de Chucky), Connor Temple (le jeune disciple qui cherche à prouver sa valeur) alias Andrew Lee Potts (Chambre 1408) et James Lester que joue Ben Miller (Meurtres au paradis, Johnny English). Forte de ses atouts (du rythme, de l’action, des dinosaures impressionnants, des failles temporelles à répétition, des rebondissements incessants, une touche d’humour so british et un peu de romantisme), la première saison de Nick Cutter (diffusée à partir du 10 février 2007) fut suivie par quatre autres saisons tout aussi mouvementées, puis par une série dérivée baptisée Les Portes du temps : un nouveau monde.

© Grégory

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