LUI ET L’AUTRE (1983)

Au début des années 80, deux humoristes espagnols décident de parodier E.T. l’extra-terrestre et concoctent le pire des nanars…

EL E.T. Y EL OTO

 

1983 – ESPAGNE

 

Réalisé par Manuel Esteba

 

Avec Francisco Calatrava, Manuel Calavatra, Curro Garcia, Oscar Garcia, Diana Conca, Manolo Royo, Javier De Campos, Goyito Fernandez

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Attention : le film dont voici la chronique est susceptible d’entrer dans le livre Guiness des Records au titre de la pire des parodies de tous les temps. À côté de Lui et l’autre, les bidasseries les plus crétines, les imitations turques des superproductions hollywoodiennes et l’intégralité de la filmographie des Charlots mériteraient leur place à la cinémathèque aux côtés de Citizen Kane. Les deux « stars » de Lui et l’autre sont Manuel García Lozano (dit Manolo, ou « le laid ») et Francisco García Lozano (alias Paco, ou « le moins laid »), deux humoristes connus en Espagne sous le nom des frères Calavatra. Duo musical spécialisé dans les pastiches de chansons célèbres, hommes de spectacle, animateurs de programmes télévisés et radiophoniques, les Calavatra décident un beau jour de faire du cinéma. L’invention des frères Lumière ne s’en est jamais totalement remise. Après des perles telles que Horror Story en 1972, Los Kalavatra contra el Imperio del Karate en 1974 ou encore Makarras Conexion en 1977, nos joyeux trublions décident hélas de se lancer dans une parodie de E.T. l’extra-terrestre. Leur partenaire de crime sera le réalisateur Manuel Esteba, qui dirigea plusieurs de leurs films précédents mais aussi des mélodrames familiaux (Une larme dans le ciel), des fables de science-fiction (Les Survivants de l’apocalypse), des « rape and revenge » (Cœurs violés) et quelques raretés mêlant allègrement l’horreur et l’érotisme.

« Un film avec trois Oscars » annonce fièrement le générique de Lui et moi, avant d’énumérer les trois Oscars en question : « Oscar Fernandez (aide électricien), Oscar Barcial (secrétaire de l’aide de l’électricien) et Oscar Pedrin (pistonné par le producteur) ». Il n’y a pas de quoi déclencher l’hilarité, certes, mais c’est sans doute le meilleur gag du film. Un vaisseau spatial occupe bientôt tout l’écran (autrement dit les lumières clignotantes et les fumigènes d’une boîte de nuit disco). Une porte s’ouvre, un extra-terrestre dont on aperçoit à peine la silhouette est éjecté dans la nature puis trois figurants avec des lampes de poche explorent les bois nocturnes. Steven Spielberg n’a qu’à bien se tenir, la concurrence s’annonce rude ! Changement de décor : nous voici dans la maisonnée d’une famille monoparentale avec un père laxiste créateur d’œuvres d’art particulières (des fresques murales, des villages en allumettes) et trois enfants dont le cadet, Jojo, est un farceur à tendances psychopathes. Ses blagues préférées ? Effrayer son père avec un cobra, cacher des piranhas dans sa baignoire ou saboter les freins de sa voiture. Lorsque le pauvre paternel se met en gesticuler en hurlant « Jojo ! », le spectateur est censé en conclure qu’il faut rire. Le gag le plus sophistiqué, en ce domaine, reste une tarte à la crème écrasée sur des fesses. Voilà qui donne le niveau général du film.

Rencontres d’un drôle de type

Bien sûr, les choses ne s’arrangent pas avec l’arrivée de l’extra-terrestre au sein de la petite famille. Cet alien impensable est interprété par Francisco Calatrava, engoncé dans un costume en lycra qui plisse de partout (et qui moule dangereusement son entrejambes). Son jeu se limite à des grimaces hideuses et à des borborygmes la plupart du temps inaudibles. Avec ses moyens très limités et ses ambitions artistiques au raz du gazon, Lui et moi essaie de reproduire comme il peut quelques-unes des scènes clés d’E.T. (le cours de sciences, la soirée d’Halloween, l’invasion de la maison par des scientifiques) avec une maladresse qui serait presque touchante si nous n’étions pas tant frappés d’embarras. Ne sachant visiblement pas par quel bout prendre ce pastiche sans queue ni tête, les frères Calavatra et Manuel Esteba tentent tout et n’importe quoi : une séquence chorégraphique où l’extra-terrestre en tutu esquisse des pas de danse classique, une scène romantique très gênante où la sœur de Jojo fait les yeux doux à l’alien en susurrant « Romeo », un passage chanté où tous les acteurs se dandinent en claquant des doigts… Même les spectateurs qui se préparent au pire n’ont pas idée de ce que leur cerveau est prêt à subir face au visionnage de Lui et moi. Le pire du pire est ici allègrement atteint !

 

© Gilles Penso

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SCARY MOVIE (2000)

Les frères Wayans profitent du succès de Scream et de ses imitations pour en tirer une parodie déjantée gorgée d’humour gras…

SCARY MOVIE

 

2000 – USA

 

Réalisé par Keenen Ivory Wayans

 

Avec Anna Faris, Dave Sheridan, Jon Abrahams, Marlon Wayans, Regina Hall, Shawn Wayans, Shannon Elizabeth, Lochlyn Munro, Carmen Electra

 

THEMA TUEURS I SAGA SCARY MOVIE

Le slasher étant revenu sur le devant de la scène grâce à Scream, Souviens-toi l’été dernier et toutes les suites/imitations qui en découlèrent, Shawn Wayans, Marlon Wayans, Buddy Johnson et Phil Beauman, maîtres d’œuvre de la sitcom Les Frères Wayans, décident de se lancer à la fin des années 1990 dans l’écriture d’un long-métrage parodique détournant tous les clichés du genre. Son titre ? « Last Summer I Screamed Because Halloween Fell On Friday The 13th » (« L’été dernier j’ai hurlé parce qu’Halloween est tombé un vendredi 13 ») ! Le studio Miramax s’y intéresse mais développe déjà son propre pastiche des films d’horreur à travers un projet co-écrit par Jason Friedberg et Aaron Seltzer (Agent zéro zéro). Les deux scénarios sont finalement fusionnés pour ne faire qu’un. Peu de choses du travail de Friedberg et Seltzer seront finalement retenues, même si la guilde des scénaristes insiste pour que les noms des six auteurs soient crédités au générique. La mise en scène est confiée à Keenen Ivory Wayans, spécialisé dans l’écriture de sketches humoristiques, déjà signataire de deux longs-métrages n’ayant pas traversé l’Atlantique jusqu’à nous : I’m Gonna Git You Sucka en 1988, parodie des films de blaxploitation des années 1970, et la comédie policière A Low Down Dirty Shame en 1994.

Tout commence par une reprise de la légendaire scène d’introduction de Scream, dans laquelle Carmen Electra remplace Drew Barrymore. Très rapidement, le spectateur comprend que l’humour sera situé en dessous de la ceinture. Flatulences, allusions sexuelles graveleuses et humour pipi-caca sont en effet au rendez-vous. L’intrigue suit à peu de choses près celle du classique de Wes Craven. Le rôle principal de l’émule de Neve Campbell est confié à Anna Faris, qui effectue là ses premiers pas face à la caméra. Deux des frères Wayans lui donnent la réplique : Shawn dans le rôle de Ray (un grand gaillard sportif qui refoule sans cesse son homosexualité non assumée, bonjour la finesse !) et Marlon dans celui de Shorty (un idiot congénital hystérique qui vient vite à bout de la patience des spectateurs les moins exigeants). Cheri Oteri incarne la journaliste arriviste inspirée de celle que jouait Courteney Cox et Dave Sheridan un policier stupide inspiré du Dwight Riley campé par David Arquette. Tout ce beau monde affronte un tueur adoptant la panoplie complète de Ghostface et se prenant régulièrement les pieds dans le tapis comme son modèle.

Le Scream était presque parfait

Si la cible principale du pastiche est bien sûr Scream (et sa suite, notamment via la scène située dans un cinéma), d’autres films sont dans la ligne de mire de Scary Movie, en particulier Souviens-toi l’été dernier, Le Projet Blair Witch, Sixième sens, Matrix, Titanic et Usual Suspects. Cette propension à s’intéresser en priorité aux succès du moment condamne le film de Keenen Ivory Wayans à une certaine obsolescence. Certains clins d’œil sont donc inévitablement datés, comme ce pastiche du spot de publicité Budweiser très populaire à l’époque qui repose sur la réplique « Whassup ! » Les parodies du trio Zucker/Abrahams/Zucker (Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, Top Secret) restant les modèles du genre, Scary Movie tente de calquer certains de ses gags sur la même mécanique, mais la mise en scène maladroite de Wayans ne parvient pas à rendre justice à cet humour visuel nécessitant un timing parfait. Exemple : les protagonistes s’inquiètent de la disparition d’un de leurs amis tandis qu’à l’arrière-plan le tueur passe la serpillère et se débarrasse du corps. Incapable de tenir le gag sur un seul plan-séquence, le réalisateur insère au montage des gros plans du tueur en pleine opération de nettoyage, insistant lourdement sur le décalage et annihilant du même coup l’effet comique. Fort heureusement, plusieurs gags font mouche et quelques parodies sont bien senties. Dommage que la vulgarité demeure le maître mot de cette comédie qu’on aurait aimé plus inventive. Énorme succès public, Scary Movie entraînera de nombreuses séquelles et ravivera le genre parodique à Hollywood.

 

© Gilles Penso

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DANS LES GRIFFES DE LA MOMIE (1967)

Des archéologues découvrent le tombeau d’un prince égyptien dans une caverne et réveillent une terrible malédiction…

THE MUMMY’S SHROUD

 

1967 – GB

 

Réalisé par John Gilling

 

Avec André Morell, John Phillips, David Buck, Michael Ripper, Catherine Lacey, Eddie Powell, Maggie Kimberly, Tim Barrett

 

THEMA MOMIES

La Malédiction des pharaons et Les Maléfices de la momie ayant fait leur petit effet, la Hammer décide de tirer profit du filon avec cette troisième aventure, dernier film de la compagnie britannique à être tourné aux studios Bray. Dès le prologue – un flash-back situé dans l’Égypte antique – on sent bien que le budget a considérablement été revu à la baisse. Avec dix figurants en costume et un bout de décor en carton-pâte, nous découvrons l’histoire du jeune prince Kah To Bé, contraint de se réfugier avec son serviteur Prem (Dickie Owen, déjà momie dans le film précédent) dans le désert après l’assassinat de son père Men Ta par son propre frère Ar Men Ta. Sentant la mort venir, le prince déchu confie son sceau royal à son robuste serviteur… et nous voilà transportés au début des années 20. Financée par le riche industriel Stanley Preston et menée par Sil Basil Walden, une équipe d’archéologue cherche la sépulture du défunt prince. Les membres de l’expédition ne sont plus que quatre depuis que les porteurs les ont abandonnés, ce qui s’avère bien pratique d’un point de vue budgétaire. Parmi eux se trouve une dénommée Claire, qui semble avoir un certain don pour les prémonitions, n’hésitant pas à affirmer : « quand nous sortirons du désert commencera le vrai danger, et quelques-uns parmi nous vont en être victimes. »

Les archéologues découvrent enfin la caverne où repose le tombeau du prince, mais se heurtent à la désapprobation de Hasmid, descendant de Prem, qui surgit comme un diable et s’autoproclame gardien du tombeau. A leur retour au Caire, Walden tombe malade et se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique. Après s’en être évadé, il est recueilli par une étrange voyante, Haiti. Complice d’Hasmid, elle récite les incantations et réveille la momie de Prem. Colossale et plutôt bien en chair, celle-ci est affublée d’un maquillage sommaire, genre cagoule blanche de catcheur mexicain, ce qui nuit beaucoup à sa crédibilité. Le design du masque s’inspire pourtant d’une vraie momie exposée au British Museum. Pour incarner le monstre, on fait appel à Eddie Powell, un cascadeur qui doubla souvent Christopher Lee, notamment dans la série des Dracula mais aussi dans La Malédiction des pharaons. La momie attaque d’abord Walden, lui écrasant la tête entre ses puissantes mains, puis regagne sagement son sarcophage. Sa prochaine victime est le photographe de l’expédition, qu’elle asperge d’acide avant d’incendier son labo photo. Quelque peu échaudé, Preston décide de quitter l’Égypte avec son attaché de presse. Mais son projet tourne court. Il finit étranglé sur un quai tandis que son assistant est défenestré sans ménagement…

« L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! »

Visiblement conscient du manque de panache de sa momie, le réalisateur John Gilling prend le parti de déformer la première vision du monstre qu’ont ses victimes nocturnes : en reflet dans une boule de cristal, dans le bac de révélateur du photographe, ou encore sous forme d’une silhouette floue à travers les yeux d’un myope ayant brisé ses lunettes. L’affrontement final est lui-même un peu terne, la momie finissant vaincue par une formule sacrée prononcée à voix haute par la belle Maggie Kimberley. Elle se décompose alors via un trucage simple mais très efficace : ses mains effritent son visage qui révèle un crâne tombant lui-même en miettes. Écrit en cinq jours à peine par John Gilling et Anthony Hinds, Dans les griffes de la momie n’a qu’un seul véritable atout : le comédien John Phillips, savoureux en businessman odieux et imbu de lui-même qui dicte ses exploits et ses quatre volontés à son attaché de presse servile. Le film sort en double-programme avec Frankenstein créa la femme, le slogan des encarts publicitaires de l’époque n’y allant pas avec le dos de la cuiller : « Quel horrible duo ! L’un fabrique des femmes, l’autre les détruit ! », tandis que l’illustration de Tom Chantrell, reprise par Boris Grinson pour les affiches françaises, montre un visage couvert de bandelettes, le regard fou, empoignant dans sa main une jeune femme en maillot de bain ! Le gigantisme mensonger de la créature est accru par la présence d’un arbre et de figurants paniqués courant sur son crâne, comme s’il s’agissait d’une colline ! Déçu par ce film, qu’il considère comme l’une de ses pires réalisations, John Gilling se tourne ensuite vers le petit écran (Les Champions, Le Saint) puis prend sa retraite en Australie au milieu des années 70.

 

© Gilles Penso


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LA MAISON AUX FENÊTRES QUI RIENT (1976)

Venu restaurer la fresque de la vieille église d’un village italien, un artiste peintre se retrouve plongé dans une atmosphère cauchemardesque…

LA CASA DALLE FINESTRE CHE RIDONO

 

1976 – ITALIE

 

Réalisé par Pupi Avati

 

Avec Lino Capolicchio, Francesca Marciano, Gianni Cavina, Giulio Pizzirani, Vanna Busoni, Andrea Matteuzzi

 

THEMA TUEURS

Si le nom Pupi Avati est aujourd’hui associé à de jolies comédies dramatiques italiennes telles qu’Histoire de garçons et de filles, Le Sentier des anges ou Le Cœur est ailleurs, le cinéaste fit ses premières armes en participant à l’écriture d’œuvres sulfureuses telles que Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini ou Baiser macabre de Lamberto Bava (qu’il produisit), puis mit en scène quelques films d’épouvante insolites comme l’horrifique Zeder ou le très surprenant La Maison aux fenêtres qui rient. Derrière ce titre surréaliste qui évoque les premiers films de Dario Argento, notamment L’Oiseau au plumage de cristal ou Quatre mouches de velours gris, se cache une intrigue torturée à mi-chemin entre le thriller et l’horreur pure. Le générique de début donne le ton : on y voit un homme nu, pendu par les bras et lardé de coups de couteau par deux silhouettes encapuchonnées, tandis qu’une voix masculine déclame une ode à la couleur, à la peinture et au sang.

Après ce prologue choc, le film prend pour héros Stefano (Lino Capolicchio), un artiste talentueux missionné dans un petit village italien pour restaurer la fresque murale d’une église qui a été détruite puis reconstruite six fois à travers les âges. L’auteur de la peinture, un certain Bruno Leniani, est mort dans d’étranges circonstances vingt ans plus tôt, et s’était spécialisé dans la reproduction hyperréaliste de la souffrance et de la mort. D’où cette fresque, représentant avec une troublante crudité l’agonie de Saint-Sébastien. Stefano se met à l’œuvre, mais se rend bien compte que sa venue n’est pas appréciée de tous. Il y a d’abord ces appels téléphoniques anonymes qui l’enjoignent de rentrer chez lui, puis cet hôtel qui refuse de continuer à l’héberger, et enfin la mort mystérieuse de son ami Antonio (Giulio Pizzirani) sur le point de lui faire d’inquiétantes révélations à propos d’une « maison avec d’étranges fenêtres ». Pour pouvoir prolonger son séjour au village, Stefano est contraint de loger dans une grande demeure un peu à l’écart, où vit une vieille propriétaire constamment alitée.

Rouge sang

Là, l’épouvante va s’immiscer plus profondément, via ces bruits angoissants qui résonnent toutes les nuits dans la maison, où cette bande magnétique à l’étrange contenu que Stefano découvre derrière une tenture… Ainsi, par touches successives, Pupi Avati instille un climat malsain, prenant patiemment son temps pour construire l’atmosphère de son film, jouant sur des décors sinistres à souhait, une photographie de Pasquale Rachini qui compose admirablement avec la palette des couleurs, une bande son subtilement lugubre et un rythme pesant… Jusqu’à ce dénouement choc, où l’horreur éclate enfin sans retenue, et où la folie meurtrière nous renvoie directement à la célèbre chute de Psychose. Méconnue, discrètement distribuée en nos contrées, La Maison aux fenêtres qui rient est une œuvre trouble à ranger sans conteste aux côtés des meilleurs joyaux transalpins du genre, quelque part entre Les Frissons de l’angoisse, La Longue nuit de l’exorcisme et Suspiria.

 

© Gilles Penso

 

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MONSTER FROM GREEN HELL (1957)

Des guêpes irradiées par des rayons cosmiques atteignent des proportions colossales et sèment la panique dans la jungle…

MONSTER FROM GREEN HELL

 

1957 – USA

 

Réalisé par Kenneth G. Crane

 

Avec Jim Davis, Barbara Turner, Robert E. Griffin, Joel Fluellen, Eduardo Ciannelli, Vladimir Sokoloff, Tim Huntley, LaVerne Jones

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Sous l’impulsion de Des monstres attaquent la ville et Tarantula, distribués respectivement en 1954 et 1955, le cinéma de science-fiction du milieu des années 50 s’est soudain pris d’une passion grandissante pour les insectes géants nés d’expériences inavouables. Produit par Al Zimbalist Jr, responsable d’un assez redoutable Robot Monster, ce Monster From Green Hell se contente ainsi d’accumuler tous les poncifs du genre, en prenant pour prétexte un missile transportant des guêpes envoyées dans l’espace à titre expérimental qui finit par s’écraser en pleine Afrique. Devenus gigantesques à cause de rayons cosmiques ayant entraîné leur mutation, les insectes sèment bientôt une belle panique dans la jungle. De toute évidence, Wah Chang, qui est chargé de fabriquer les monstres géants, n’a pas vu de guêpes depuis longtemps lorsqu’il s’attelle à la tâche, car ses créatures ne ressemblent que très vaguement à des insectes, et s’approchent à la limite plus du scarabée que de la guêpe. D’ailleurs, on les voit beaucoup plus souvent ramper que voler.

La plupart du temps, le trucage utilisé est une tête géante qui terrorise les personnages mais provoque plutôt le rire chez les spectateurs. Pour les plans plus larges, c’est l’animation image par image qui est mise à contribution, sous la supervision de Jack Rabin et Louis DeWitt. Cette technique permet des effets plus intéressants et des images plus mémorables que la grosse tête immobile, mais le look des insectes demeure très peu crédible dans les deux cas, leurs petites ailes battant timidement dans les airs et leurs mandibules s’agitant sans beaucoup de conviction. Pour intégrer les figurines animées dans les prises de vues réelles, l’équipe des effets spéciaux recourt principalement aux transparences, ce qui permet notamment de montrer les guêpes menacer les acteurs, des hordes d’animaux récupérées dans des stock-shots divers ou des foules généreusement puisées dans le film Stanley et Livingstone d’Henry King et Otto Brower (1939). C’est d’ailleurs pour mieux se raccorder avec ces larges extraits que l’ensemble des comédiens portent des costumes victoriens ! Dans d’autres plans, des doubles expositions donnent aux guêpes des tailles godzillesques au mépris de tout sens des proportions.

« La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs… »

L’une des séquences les plus intéressantes est probablement le combat nocturne entre l’une des guêpes géantes et un immense serpent, recourant presque exclusivement à l’animation dans un décor miniature, même si sa brièveté la rend assez frustrante. Finalement, les monstres bourdonnants sont anéantis par une éruption volcanique, via des plans très « cheap » qui se contentent de surimpressionner de véritables images de volcans avec des plans des insectes déjà utilisés plus tôt dans le film. Et les héros de conclure cette belle aventure par quelques phrases hautement spirituelles du style « Il a fallu un volcan pour réussir là où nous avons échoué », ou encore « La nature sait parfois réparer elle-même ses erreurs ». Que d’émotions ! Le réalisateur Kenneth G. Crane tournera deux autres films fantastiques très anecdotiques, The Manster et The Double Garden, avant de revenir à son activité première de monteur.

 

© Gilles Penso


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LES EXPÉRIENCES ÉROTIQUES DE FRANKENSTEIN (1973)

Un délire érotico-horrifique concocté par l’habitué du genre Jess Franco, avec le monstre de Frankenstein, un savant fou et une femme vampire…

LA MALDICION DE FRANKENSTEIN

 

1972 – ESPAGNE / FRANCE

 

Réalisé par Jess Franco

 

Avec Howard Vernon, Britt Nichols, Dennis Price, Fernando Bilbao, Lina Romay, Anne Libert, Albert Dalbes, Luis Barboo

 

THEMA FRANKENSTEIN I VAMPIRES

Dans cette séquelle assez calamiteuse de Dracula prisonnier de Frankenstein, Jess Franco se distingue une fois de plus par la maladresse de sa mise en scène : les mouvements de caméra sont approximatifs, les coups de zoom anarchiques, l’image souvent floue, les acteurs jouent un peu n’importe comment (surtout dans les scènes où ils sont censés s’affronter) et la musique est assez peu audible. Ici, le monstre de Frankenstein (Fernando Bilbao, le même que dans le film précédent) est entièrement argenté et son maquillage (dont on voit précisément les raccords) évoque très grossièrement celui de Boris Karloff. Ranimé magnétiquement dans un décor de laboratoire excessivement pauvre, il s’écrie « j’ai mal à la tête » lorsque son créateur (le maladif Dennis Price), assisté d’un dénommé Morpho (qu’interprète Jess Franco lui-même), lui transperce le crâne pour des raisons scientifiques qui nous échappent. Bientôt, la créature est kidnappée par le maléfique Cagliostro (Howard Vernon, le Dracula du film précédent) et Melissa (Anne Libert), sa femme-oiseau vampire au corps recouvert de plumes bleues.

Au passage, Melissa occis Morpho puis kidnappe de jeunes vierges pour le plaisir de Cagliostro et pour ses futures expériences. On ne sait pas exactement à quoi elles peuvent servir, d’un point de vue strictement médical, mais à ce stade on ne s’étonne plus de rien. De son côté, Frankenstein trépasse, ressuscite grâce aux efforts de sa fille Vera (Beatriz Savon), puis meurt à nouveau ! Vera Frankenstein tente alors assez maladroitement de s’opposer à Cagliostro en se livrant elle-même comme victime. Friand d’expériences absurdes, Cagliostro, de son côté, décapite une jeune femme et greffe sa tête sur le corps d’une autre, afin de créer la « femelle parfaite ». Il la fait ressusciter par Vera et l’offre aux ardeurs du monstre de Frankenstein, dans le but de faire naître une descendance de surhommes, la race des « Pantos ». Mais le Dr Seward fait comprendre au monstre que Cagliostro a fait tuer son créateur, ce qui provoque sa fureur.

Des femmes nues et des zombies

Quelques femmes nues et des zombies portant des masques de carnaval ajoutent un peu d’ambiance au délire ambiant. La fin, aussi confuse que le reste du métrage, nous apprend la future naissance d’un autre Cagliostro dans neuf mois (?!). On sent bien que tout – du scénario jusqu’au montage en passant par la fabrication des décors et la direction des acteurs – est fait à la hâte, dans la panique et le désordre le plus total, témoignage à vif de la boulimie maladroite d’un Jess Franco soucieux d’enchaîner les films les plus vite possible sans jamais tirer la moindre leçon de ses erreurs ni tenter d’améliorer la qualité de ses métrages. Dans le rôle d’Esmeralda la Gitane, on reconnaît Lina Romay, qui avait fait ses débuts la même année dans La Fille de Dracula, et qui allait rapidement devenir l’égérie de Jess Franco, héroïne de bon nombre de ses délires érotico-horrifiques, le suivant même jusque dans ses œuvres les plus pornographiques (et il en réalisa un nombre non négligeable, le bougre !). Les Expériences érotiques de Frankenstein est aussi connu sous un titre plus « sage », La Malédiction de Frankenstein.

 

© Gilles Penso

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WARLOCK (1989)

Julian Sands entre dans la peau d’un être démoniaque qui débarque dans le Los Angeles des années 1980 pour retrouver un grimoire magique…

WARLOCK

 

1989 – USA

 

Réalisé par Steve Miner

 

Avec Julian Sands, Lori Singer, Richard E. Grant, Mary Woronov, Kevin O’Brien, Richard Kuss, Allan Miller

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS

À la fin des années 1980, David Twohy n’est pas encore le scénariste de À armes égales, Waterworld et Le Fugitif, ni le réalisateur de la saga Riddick. Mais il a déjà à son actif le script de Critters 2, déployant des trésors d’ingéniosité autour d’un concept se contentant au départ de surfer sur le succès du Gremlins de Joe Dante. L’histoire qu’il concocte pour Warlock séduit l’équipe de New World Pictures, la compagnie créée par Roger Corman, qui en confie la mise en scène à Steve Miner. Ce dernier a alors réalisé Le Tueur du vendredi, Meurtres en trois dimensions et House, démontrant ses affinités évidentes avec l’horreur, mais aussi neuf épisodes de la série Nos années coup de cœur ainsi que le désopilant Soul Man, preuve que la comédie est aussi dans ses cordes. Ces deux composantes vont s’avérer très utile pour donner à Warlock sa forme définitive. Pour le rôle principal, c’est Julian Sands qui est envisagé. Repéré pour ses prestations dans La Déchirure, Chambre avec vue et Gothic, cet acteur d’origine anglaise prête peu d’attention au scénario qu’on lui fait parvenir, persuadé qu’il s’agit d’un de ces innombrables slashers dont sont envahis les écrans depuis Halloween. Lorsqu’il finit par le lire, l’histoire et le ton lui plaisent beaucoup et il s’embarque dans l’aventure.

En 1691, à Boston, le chasseur de sorcières Giles Redferne (Richard E. Grant) capture le démoniaque Warlock (Sands) et le fait condamner à la pendaison. Mais Satan le libère et le propulse dans le futur. Redferne le suit à travers le portail temporel et le retrouve dans Los Angeles trois siècles plus tard. Le Warlock atterrit en catastrophe dans la maison d’une serveuse nommée Kassandra (Lori Singer) qui l’héberge sans se douter qu’elle vient d’ouvrir ses portes à un être démoniaque… A peu de choses près, Warlock suit la trame narrative de Terminator, l’enjeu étant le même (le basculement de la Terre dans le chaos), mais cette fois ci nos deux antagonistes viennent du 17ème siècle. La quête est ici celle d’un grimoire diabolique à reconstituer. Cette espèce de Necronomicon aurait pu permettre à Warlock de s’intituler Pages arrachées au livre de Satan si le titre n’avait déjà été utilisé par Carl Theodor Dreyer en 1920.

« Je suis une sorcière ! »

Julian Sands trouve ici un de ses meilleurs personnages, nimbant chacune de ses apparitions d’une aura inquiétante des plus efficaces. La mise en scène inspirée de Steve Miner joue volontiers avec le suspense (l’héroïne vieillie qui tente de récupérer son bracelet en courant après un train en marche), l’horreur (des yeux et une langue arrachés, un doigt tranché) et le fantastique spectaculaire (les voltiges à la Superman, l’affrontement final). Avec bonheur, l’humour s’immisce de manière quasi-omniprésente, non pour distancier le spectateur de l’intrigue en le faisant ricaner – comme c’était souvent le cas dans le cinéma d’horreur de l’époque -, mais pour lui permettre de partager le cynisme dévastateur du Warlock. La partition de Jerry Goldsmith donne une touche un peu rétro au film. Dommage que le final, qui semble inspiré de Scanners, se débarrasse du sorcier de manière aussi expéditive et aussi peu crédible. Notons les difficultés des traducteurs français avec le mot « warlock », ce qui amène parfois Julian Sands à affirmer avec appoint : « je suis une sorcière » ! Le film est achevé à la fin de l’année 1988 mais la société New World Pictures fait faillite au moment de sa sortie en salles. Les droits de distribution sont alors rachetés par Trimark Pictures qui mettra sur pied les suites Warlock 2 et Warlock III.

 

© Gilles Penso


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LE MONDE PERDU (1951)

Une aventure romanesque maritime qui confronte ses héros à des pirates et à des dinosaures sur une île déserte volcanique…

TWO LOST WORLDS

 

1951 – USA

 

Réalisé par Norman Dawn

 

Avec Laura Elliot, James Arness, Bill Kennedy, Gloria Petroff, Tom Hubbard, Jane Harlan, Michael Rye

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Vingt-six ans après Le Monde perdu d’Harry O’Hoyt, cette petite production réalisée par Norman Dawn n’hésite pas à promettre à ses spectateurs un double monde perdu avec le titre sans équivoque Two Lost Worlds (que les distributeurs belges et français traduisent de manière plus classique, quitte à faire croire de manière mensongère qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle). Le récit commence le 16 août 1830. Nous sommes alors au cœur du développement de la marine marchande, symbolisée par le fier navire Hamilton Queen quittant les rives de Salem pour son premier voyage en direction des Indes orientales. « Le Hamilton Queen transporte bien plus que la précieuse cargaison abritée dans sa cale », déclame une voix off sans demi-mesure. « Il transporte les rêves de l’Amérique et ceux des hommes qui savent saisir la chance que leur offre leur destin ». Kirk Hamilton lui-même nous apparaît alors sous les traits du comédien James Arness (La Chose d’un autre monde, Des Monstres attaquent la ville), fier, le cheveu au vent, la main nonchalamment posée sur la barre du navire, tel l’incarnation en chair et en os d’une gravure d’époque.

L’élément comique du film est apporté par le personnage de Salty (Tim Graham), l’homme à tout faire qui grimace régulièrement avec la finesse d’Abbott et Costello. Lorsque le sinistre capitaine Hackett (Michael Rye), à bord du Phantom, décide de passer à l’abordage, une brève bataille marine garnie de stock-shots s’ensuit, avant que le Hamilton Queen ne parvienne à semer ses assaillants. Blessé, Hamilton fait alors escale dans une petite ville côtière australienne pour se soigner et laisse son équipage poursuivre le voyage. Là, il sympathise avec la fille du gouverneur, Elaine Jeffries (Laura Elliot). S’ensuivent une amourette printanière, la jalousie du rival, le bal du village et le retour de la voix off qui paraphrase tout ce qui passe à sa portée… Plus ce récit romanesque avance, plus il semble évident que le titre du film est aussi mensonger que son poster garni de reptiles géants agressifs. Le spectateur qui aura eu la patience d’attendre jusque-là assistera au retour du pirate et de ses hommes, à l’enlèvement d’Elaine et à une nouvelle bataille en mer garnie de coups de canons et de stock-shots.

Les sauriens qui venaient d’ailleurs

Il faut attendre la toute dernière bobine, à un quart d’heure de la fin du métrage, pour que nos héros échouent sur une île déserte et volcanique. Là, sans crier gare, les dinosaures surgissent enfin… ou plutôt un crocodile et un iguane agrandis à l’écran. Leur présence est d’autant plus incongrue dans l’aventure que rien ne la justifie. Ils sont d’ailleurs empruntés à un autre film, le fameux Tumak, fils de la jungle d’Hal Roach (1940), grand pourvoyeur de stock-shots reptiliens à l’attention de productions fauchées en mal de grands monstres. Les deux sauriens s’entretuent donc, sous le regard des protagonistes via des rétroprojections plutôt bien troussées, avant l’incontournable catastrophe volcanique clôturant comme il se doit la majorité des récits de mondes perdus. Ayant épuisé son lot d’images d’archives, Two Lost Worlds s’achève comme il a commencé, avec l’image d’Épinal d’un navire marchand qui vogue sur les océans et une voix off plus sentencieuse que jamais…

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE MAGIQUE (1995)

Un jeune garçon délaissé par sa mère est aspiré par un livre magique qui le transporte dans un monde peuplé de pirates et de créatures fantastiques…

MAGIC ISLAND

 

1995 – USA

 

Réalisé par Sam Irvin

 

Avec Zachery Ty Bryan, Andrew Divoff, Edward Kerr, Lee Armstrong, French Stewart, Jessie-Ann Friend, Oscar Dillon, Abraham Benrubi, Sean O’Kane

 

THEMA CONTES I SAGA CHARLES BAND

L’Île magique s’inscrit dans la série des films à petits budgets produits directement pour le marché vidéo pour le label Moonbeam, destiné au jeune public. Après les dinosaures miniatures de Prehysteria, le monstre amical du Château du petit dragon, les géants comiques de Jack et le haricot magique et les peluches extra-terrestres de La Boutique fantastique, place à un récit fantastique rocambolesque qui semble tirer directement son inspiration des aventures de Peter Pan. Un émule du capitaine Crochet et une charmante sirène y font leur apparition, tandis que l’île magique qui donne son titre au film est une variante manifeste du fameux Pays imaginaire. Tourné au Mexique (plus précisément à Ixtapa-Zihuatanejo) pour pouvoir bénéficier de paysages naturels luxuriants et d’un bord de mer photogénique, L’Île magique met en vedette Zachery Ty Bryan, un « enfant star » de l’époque dont le public américain connaissait alors bien la frimousse grâce à la sitcom Papa bricole avec Tim Allen (plus de 200 épisodes au compteur). Habitué aux productions Charles Band, le réalisateur Sam Irvin dirige ce conte pour enfants entre le tournage de Oblivion (1994) et de sa suite (1996) en s’appuyant sur un scénario co-écrit par Brent Friedman et Neil Ruttenberg, auteurs du très anecdotique Prehysteria 3.

Zachery Ty Bryan incarne Jack Carlisle, un garçon de 13 ans désabusé. Depuis le départ de son père, sa mère (Schae Harrison) est toujours accaparée par son travail et le délaisse trop souvent. Alors qu’il s’apprête à fuguer, sa nounou Lucretia (Ja’net DuBois) le convainc de lire « L’île magique », un livre qui lui appartient depuis plusieurs générations. Zach s’isole dans sa chambre et le feuillette distraitement. Mais soudain, le voilà aspiré par le livre et projeté en 1796, sur une île sauvage où le prince Morgan (Edward Kerr), la guerrière Gwyn (Lee Armstrong) et le valeureux Dumas (Oscar Dillon) affrontent le redoutable Barbe Noire (Andrew Divoff) et ses sbires. Alors qu’il prend la fuite, Zach est sauvé par une petite sirène, Lily (Jessie-Ann Friend), et tente de sauver les héros de cette aventure en se faisant passer pour un grand magicien…

Requin des sables, arbre à pizzas et statue géante

Bardée de clichés, cette petite histoire fantastique qui paie son tribut au Magicien d’Oz et à L’Histoire sans fin échappe à la mièvrerie grâce à une approche systématiquement humoristique. La véritable attraction du film n’est cependant pas à chercher du côté des personnages humains mais plutôt auprès des créatures bizarres et des phénomènes fantasmagoriques qui ponctuent cette aventure : un requin des sables au look reptilien dont le héros se débarrasse avec du chewing-gum, un totem vivant dont les trois visages caricaturaux se disputent sans cesse (clin d’œil au géant tricéphale de Sacré Graal ?), un arbre à pizzas, un fantôme squelettique ricanant ou un bas-relief qui prend vie, tous conçus sous la supervision du créateur d’effets spéciaux Mark Rappaport. Le clou du spectacle est une statue en stop-motion qui rend ouvertement hommage au Talos de Jason et les Argonautes et offre au film sa meilleure séquence. Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas David Allen (l’animateur habituel des productions Charles Band) qui anime la créature mais Joel Fletcher, sous la supervision de Joseph Grossberg. A l’image de la grande majorité des productions Moonbeam, L’Île magique est un film plaisant mais pas foncièrement mémorable, ce qui explique pourquoi peu de gens s’en souviennent encore aujourd’hui.

 

© Gilles Penso

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THE UNDEAD (1957)

Roger Corman raconte une étrange séance d’hypnose qui ramène une jeune femme dans une vie antérieure où règnent sorcières et démons…

THE UNDEAD

 

1957 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Richard Garland, Pamela Duncan, Allison Hayes, Val Dufour, Mel Welles, Dorothy Neumann, Billy Barty

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I VOYAGES DANS LE TEMPS I DIABLE ET DÉMONS

Extrêmement prolifique au milieu des fifties, Roger Corman réalisa pas moins de huit films en 1957, notamment Not of this Earth, Viking Women and the Sea Serpent, L’Attaque des crabes géants, et cet étonnant The Undead. Parallèlement aux extra-terrestres belliqueux, aux crustacés monstrueux et aux serpents de mer, ce stakhanoviste de la mise en scène et de la production s’attaqua ainsi à un récit complexe mêlant sorcellerie, hypnose, diable, voyages dans le temps et réincarnation. Tout ça avec un budget minuscule, une poignée de décors et une petite semaine de tournage à peine. « Je voulais profiter de l’éphémère passion du public pour la réincarnation au milieu des années 1950, comme en témoignaient les excellentes ventes du livre “A la recherche de Bridey Murphy“ », raconte Corman. « Chuck Griffith avait écrit un scénario intitulé The Trance of Diana Love mais l’engouement était déjà passé et nous l’avons sorti sous le titre The Undead. » (1). Le film raconte l’étrange expérience de Quintus Ratcliff (Val Dufour), un étudiant en psychologie qui, après avoir passé sept ans au Tibet, revient voir son professeur. Il le convainc de pratiquer une séance d’hypnose conforme à celles auxquelles il a assisté auprès des chamanes du Népal. Son cobaye sera Diana Love (Pamela Duncan), une prostituée qui accepte de se prêter au jeu du moment qu’on la paie bien. L’objectif de Quintus est de la faire régresser jusque dans une vie antérieure.

Nous la retrouvons donc en plein moyen âge dans la peau d’Hélène, une jeune femme accusée de sorcellerie et condamnée à la décapitation. Tandis qu’elle croupit dans un cachot et s’efforce de ne pas céder aux avances de son gardien disgracieux, elle entend la voix de Diana – c’est-à-dire elle-même dans le futur – et en profite pour s’échapper. A partir de là, elle vit une aventure confuse qui laisse imaginer un certain surmenage chez les scénaristes. Fuyant dans une forêt embrumée qui annonce le cycle d’adaptations d’Edgar Poe que Corman réalisera peu après, elle rencontre le fossoyeur ensorcelé Smokin (Mel Welles), puis la vieille et caricaturale sorcière Meg Maud (Dorothy Neuman). Dans la foulée, nous apprenons que le beau Pendragon (Richard Garland) est amoureux d’Hélène, mais qu’il est lui-même convoité par la sorcière Lydia (Allison Hayes, qui fut l’inoubliable géante d’Attack of the 50 Foot Woman et qui constitue le seul éclat d’un casting par ailleurs assez terne). Lydia est accompagnée d’un diablotin aux oreilles pointues et à la jolie houppette, et tous deux passent la majeure partie du film à se muer en animaux divers : chat noir, lézard, rapaces, chauves-souris ou araignées.

La danse des ghoules

« Pour l’unique décor réel du film, je me suis servi d’une magnifique maison des années 1930, à Beverly Hills, et j’ai soigneusement cadré de sorte que les maisons voisines n’apparaissent pas à l’écran », raconte Corman. « Pour reproduire l’ambiance du Moyen Âge, nous avons construit les décors intérieurs sur le plateau, nous avons fait venir beaucoup d’arbres, avons apporté de la terre par pelletées pour recouvrir le sol en béton, diffusé du brouillard en arrière-plan et avons loué les éléments de décor, accessoires et costumes auprès des établissements fournissant également les films à gros budget. » (2) C’est ainsi que le réalisateur/producteur parvient à boucler son film pour 75 000 dollars seulement. L’un des moments les plus improbables de The Undead est le sabbat des sorcières, présidé par un diable sans panache (un barbu dans un habit noir arborant une grande fourche et incarné par un Richard Devon surjouant à outrance), au cours duquel trois ghoules entament une chorégraphie improbable. Parallèlement, la séance d’hypnose prend des allures de véritable voyage dans le temps, puisque Quintus s’avère capable de traverser les âges pour venir lui-même en aide à Hélène. Le scénario propose alors un dilemme surréaliste : soit Hélène se sacrifie et permet à ses vies futures de se dérouler, soit elle brise le continuum espace-temps et annule du même coup ses prochaines existences. L’idée ne manque pas d’intérêt, mais elle se noie dans un maelström d’incohérences scénaristiques et de péripéties improbables, signe d’une écriture, d’un tournage et d’une production exagérément précipités.


(1) et (2) Extraits de la biographie “Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime” par Roger Corman et Jim Jerome, publiée en 1990

 

© Gilles Penso

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