FOU À TUER (1986)

Klaus Kinski incarne le fils d’un officier nazi qui capture des jeunes femmes dans son appartement, les séquestre et les assassine…

CRAWLSPACE

 

1986 – USA

 

Réalisé par David Schmoeller

 

Avec Klaus Kinski, Talia Balsam, Barbara Whinnery, Carole Francis, Tane McClure, Kenneth Robert Shippy, Sally Brown, Jack Heller, David Abbott, Sherry Buchanan

 

THEMA TUEURS I SAGA CHARLES BAND

Fidèle à ses habitudes, le producteur Charles Band tourne plusieurs films en même temps, recycle les décors et les accessoires des longs-métrages qu’il chapeaute et vend des concepts à d’éventuels investisseurs sur simple présentation d’un titre prometteur et d’un poster alléchant. Lorsqu’il réussit à intéresser du monde autour d’un projet baptisé Crawlspace (qu’on pourrait traduire par « vide sanitaire »), il charge David Schmoeller d’en tirer un scénario. Ce dernier avait passé un moment agréable avec Band sur le tournage de Tourist Trap, donc pourquoi pas ? Schmoeller imagine l’histoire d’un vétéran de la guerre du Viet-Nam devenu psychopathe au point de transformer son grenier en camp de prisonniers de guerre. Band aime le concept mais craint que le public américain ne soit pas encore prêt pour un tel sujet. Il envisage plutôt de transformer le personnage en ancien nazi. Les réticences de Schmoeller – bien légitimes – s’évaporent lorsque son producteur lui promet Klaus Kinski dans le rôle principal. Cet acteur légendaire étant disponible, tout le monde saute sur l’occasion et le scénario est spécialement réécrit pour lui. Mais Schmoeller déchante rapidement. Kinski se comporte en effet comme un dément pendant le tournage, hurle lorsque les costumes qu’on lui propose ne lui conviennent pas, refuse de prononcer certains dialogues, n’obéit pas aux instructions de base que sont « action ! » et « coupez ! », provoque de nombreuses bagarres. Les membres de l’équipe finissent même par supplier Schmoeller de l’abattre ! Finalement, le titre français du film se sera révélé parfaitement adapté.

Tant bien que mal, Fou à tuer se tourne malgré la tourmente. Les spectateurs attentifs reconnaîtront le décor de l’immeuble dans lequel se déroule la quasi-totalité de l’action : c’est le même que celui de Troll. Charles Band reste le roi du recyclage. Kinski incarne Karl Gunther, le propriétaire des lieux, un homme passablement perturbé saisi par des élans sadomasochistes. Fils d’un tortionnaire nazi, il fut lui-même médecin à Buenos Aires où il pratiqua l’euthanasie sur bon nombre de patients. Désormais, il espionne ses voisines, en kidnappe quelques-unes, les mutile ou les tue et se confesse dans un journal intime. « Autrefois je tuais pour la science, maintenant je tue parce que je ne peux plus m’arrêter » écrit-il l’air pensif. Lorsqu’il n’occis pas ou ne prélève pas d’organes sur ceux qu’il considère comme ses rivaux, Gunther joue à la roulette russe avec un pistolet chargé, dans l’espoir de se tuer un jour et de mettre fin à sa folie meurtrière avec le peu de moralité qui lui reste. Mais c’est à chaque fois un « clic » qui résonne lorsqu’il appuie sur la gâchette. « Qu’il en soit ainsi » dit-il alors avec philosophie, avant de reprendre ses activités troubles.

Tuez Monsieur Kinski !

Fou à tuer se drape d’une musique superbement grandiloquente de Pino Donaggio, qui prend bien soin d’éviter d’autoplagier son travail sur Body Double lors des nombreuses séquences de voyeurisme du film. Dans l’une d’elles, Tane McClure, la fille de l’acteur Doug McClure (Le Sixième continent, Les 7 cités d’Atlantis) en fait des tonnes, se trémoussant sans retenue et découpant aux ciseaux les bouts de son soutien-gorge ! Papa Doug sera fort mécontent en découvrant le résultat. Quant à Kinski, il montrera un fort penchant pour l’actrice, à tel point que le réalisateur la sollicitera tout le temps sur le plateau, même lorsque sa présence n’est pas nécessaire, dans l’espoir de calmer le tempérament imprévisible de sa star. Le film redouble de séquences troublantes, notamment les lamentations muettes d’une prisonnière enfermée dans une cage dont Gunther a coupé la langue mais qu’il maintient en vie pour avoir quelqu’un à qui parler, ou les reptations surréalistes de Kinski dans les conduits qui relient chacun des appartements. Le problème, c’est que l’intrigue n’est pas follement palpitante, les personnages passant le plus clair de leur temps à monter les escaliers, descendre les escaliers et frapper aux portes. Tout ce qui tourne autour de ce super-vilain néo-nazi est finalement si excessif (ses gadgets, ses armes, ses instruments de torture, son comportement général) que le climax, conçu comme une descente aux enfers cauchemardesques, sombre tranquillement dans le ridicule. Pour prendre sa revanche sur cette expérience traumatisante, David Schmoeller réalisera plus tard un court-métrage au titre évocateur : Please Kill Mr. Kinski !

 

© Gilles Penso

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L’EXPÉRIENCE INTERDITE (1990)

L’une des œuvres les plus emblématiques de Joel Schumacher plonge cinq étudiants en médecine dans un voyage dangereux vers l’au-delà…

FLATLINERS

 

1990 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin, Oliver Platt, Kimberly Scott, Joshua Rudoy

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Pendant ses jeunes années à Boston, l’étudiant Peter Filardi est marqué par l’expérience de mort imminente que lui raconte l’un de ses amis. Bien plus tard, Filardi s’en inspire pour imaginer le récit de L’Expérience interdite. Ce sera son premier scénario de long-métrage. Au moment où on lui propose de porter cette histoire à l’écran, Joel Schumacher est en train de réaliser un documentaire sur « The Center of Living » de New York, une organisation dédiée à l’accompagnement des patients au stade terminal de leur maladie. Ce tournage est bien sûr éprouvant, et la lecture du scénario de Filardi fait écho dans l’esprit du cinéaste. Fasciné par cette histoire de vie et de mort, Schumacher sait qu’il risque malgré tout de se heurter à un obstacle : comment rendre visuellement attrayantes ces nombreuses scènes statiques où un groupe d’acteurs regarde l’un d’entre eux allongé sur une table ? La solution lui saute aux yeux : s’écarter d’une approche clinique réaliste au profit d’une mise en image baroque et gothique. Ses principaux alliés artistiques seront le chef décorateur Eugenio Zanetti, le directeur de la photographie Jan de Bont et le compositeur James Newton Howard. De l’autre côté de la caméra, Schumacher parvient à réunir un casting de jeunes talents diablement prometteurs : Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt.

L’Expérience interdite raconte l’histoire de cinq étudiants en médecine ambitieux et audacieux qui rêvent de découvrir ce qui se passe après la mort. Pour répondre à cette question existentielle, ils décident de se plonger dans un état de « mort provisoire » selon un procédé technique très minutieux : l’arrêt du cœur grâce au chlorure de potassium, la baisse de la température, la mort clinique, puis le retour à la vie par injection d’adrénaline. Bientôt, l’expérience se mue en compétition, chaque cobaye désirant demeurer plus longtemps en état de « mort provisoire » que le précédent. Mais les visions fugitives perçues pendant cet état second reposent sur les erreurs, les fautes, les frustrations et les remords liés à chaque individu qui tente l’expérience. Et ces visions resurgissent après que les cobayes aient été ranimés. Car on ne revient pas seul de l’au-delà…

D’entre les morts

L’Expérience Interdite fait partie de ces films rares dont l’alchimie insaisissable naît d’une cohésion de talents œuvrant dans un parfait unisson. En s’appuyant sur le charisme de ses jeunes comédiens et sur le savoir-faire de son équipe artistique, Joel Schumacher redouble d’inventivité pour faire pénétrer les spectateurs dans la subjectivité de ses personnages. Le moindre détail anodin prend alors une tournure inquiétante : des vélos qui crissent de manière trop stridente, une rame de métro qui change presque d’aspect en entrant dans un tunnel, l’éclairage d’une ruelle nocturne qui se modifie… En revenant d’entre les morts, nos héros ont une perception soudain altérée de la réalité, prélude au surgissement de visions beaucoup plus alarmantes. On pense aux effets de style d’Adrian Lyne dans L’Échelle de Jacob, dont le sujet est très voisin. Les scènes purement fantastiques de L’Expérience interdite – autrement dit les « voyages » dans l’au-delà et les hallucinations qui en découlent – possèdent un caractère quasiment palpable, à tel point que le spectateur est soumis à une véritable douche écossaise. Les tréfonds de l’horreur cérébrale et les moments d’émotion pure s’alternent sans cesse, avec à la clef l’apparition des fantômes du passé et leurs doubles visages (enfant assassin / enfant fragile, père zombie / père affectueux). Le risque pris par le scénario de Filardi était le basculement final dans une rédemption imprégnée de moralisation judéo-chrétienne balourde. Le film n’échappe pas totalement à cet écueil mais demeure une pièce maîtresse dans l’œuvre de Joel Schumacher, sans conteste l’un de ses films les plus mémorables et les plus aboutis.

 

© Gilles Penso


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CANDY LAND (2022)

Le sang et le sexe s’entremêlent étroitement dans ce slasher très particulier confrontant un petit groupe de prostituées à une série de meurtres brutaux…

CANDY LAND

 

2022 – USA

 

Réalisé par John Swab

 

Avec Olivia Luccardi, Eden Brolin, Sam Quartin, Owen Campbell, William Baldwin, Virginia Rand, Guinevere Turner, Brad Carter, Bruce Davis, Mark Ward

 

THEMA TUEURS

Spécialisé dans les films cérébraux revisitant les effets de style du cinéma de genre et notamment le thriller – Let Me Make You a Martyr (2016), Tun with the Hunted (2019), Body Brokers (2021) ou Ida Red (2021) -, John Swab décide en 2022 de s’attaquer à la figure du slasher qu’il souhaite détourner de ses codes classiques pour l’inscrire dans un contexte inhabituel. Il écrit et réalise donc Candy Land, qui marque sa cinquième collaboration consécutive avec le producteur Jeremy M. Rosen, et s’installe avec sa petite équipe dans le Montana. Si la majorité de ses comédiens sont peu connus, il s’offre tout de même la présence de William Baldwin dans le rôle ambigu d’un shérif complaisant aux pulsions troubles et incontrôlables. L’intrigue s’attache à un petit groupe hétéroclite de travailleurs du sexe qui sévissent dans un relais routier et cohabitent dans un motel sous la direction maternelle de la maquerelle Nora (Guinevere Turner). Il y a là Sadie (Sam Quartin), Riley (Eden Brolin) et Liv (Virginia Rand), ainsi que l’éphèbe Levi (Owen Campbell) qui ne laisse pas insensible le shérif Rex (Baldwin donc). Ce microcosme vit une routine sordide et désabusée sans faire de vagues.

Dès ses premières secondes, Candy Land expose sans la moindre retenue l’acte sexuel et la nudité frontale, mais en évacuant volontairement tout glamour. L’érotisme n’a pas droit de cité dans cet univers cafardeux et impersonnel où l’amour se monnaye. En ce sens, le visuel très provocateur de l’affiche du film est trompeur. Mais il est vendeur, il faut bien l’avouer ! Pour un long-métrage consacré à la prostitution, aguicher le chaland de manière racoleuse procède finalement d’une certaine logique. Un grain de sable va finir par s’immiscer dans le train-train quotidien des marchands de sexe. Il s’agit de Remy (Olivia Luccardi), une jeune femme en perdition. Membre d’une secte religieuse qui distribue à tout va des tracts annonçant que « la fin est proche » et qui prie pour le salut des âmes, Remy a fui les siens et se réfugie dans cette nouvelle « famille » bien peu orthodoxe. C’est alors qu’une série de meurtres ensanglante soudain le relais routier…

Le grand écart

Le son lancinant des camions, dont le klaxon prend les allures d’une corne de brume perdue dans le lointain, rythme le quotidien morose – mais filmé sans misérabilisme – des protagonistes de Candy Land. Lorsque survient la figure bigote de Remy, dont la motivation secrète semble être la volonté de purifier son entourage par tous les moyens, Saint Maud nous revient en mémoire. Mais il faut bien avouer que les motivations et l’évolution psychologique de cette jeune femme introvertie manquent de clarté, voire de crédibilité. Le premier meurtre que filme Swab est inattendu et franchement osé, mêlant de manière très étroite le plaisir de la chair et les agonies du supplicié. Cette scène trouvera son écho plus tard dans une autre mise à mort en plein acte sexuel où le sang écarlate saturera toute l’image. Opérant ans cesse le grand écart, Candy Land nage entre deux eaux. Son postulat pourrait être celui d’un film d’exploitation pur et dur. Il en comporte en effet les composantes idéales : le sexe, le sang et une pointe de religion déviante. Mais le film choisit de prendre ses distances avec le genre en se donnant les allures d’une chronique sociale doublée d’un drame psychologique. La démarche est intéressante mais pas totalement concluante. On en vient à se demander si une approche plus frontale (celle que promettait l’affiche avec son crucifix-couteau et son minishort aguicheur) n’aurait pas été plus efficace. Car pour être honnête, ni les amateurs de films d’horreur ni les spectateurs en quête d’un cinéma indépendant exigeant ne risquent de ressortir satisfaits de cette œuvre en équilibre instable.

 

© Gilles Penso


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GODZILLA II : ROI DES MONSTRES (2019)

Il revient, et il n’est pas content ! D’autant que Mothra, Ghidrah et Rodan ont décidé de se joindre à la fête…

GODZILLA: KING OF THE MONSTERS

 

2019 – USA

 

Réalisé par Michael Dougherty

 

Avec Kyle Chandler, Vera Farmiga, Ken Watanabe, Sally Hawkins, Millie Bobby Brown, Bradley Whitford, Thomas Middleditch, CCH Pounder, Charles Dance

 

THEMA DINOSAURES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS I DRAGONS I SAGA GODZILLA I MONSTERVERSE

En réalisant sa propre version de Godzilla, Gareth Edwards l’envisageait comme un film autonome ne nécessitant aucune suite. Mais Hollywood ne fonctionne pas selon cette logique, on le sait bien. Lorsque le long-métrage se hisse au sommet du box-office dès sa sortie en salles, la compagnie Legendary lance aussitôt la mise en chantier d’un nouvel épisode. Une idée un peu folle se met même à germer dans l’esprit des cadres de la société de production : pourquoi ne pas concevoir un gigantesque « Cinematic Universe », à la manière de celui de Marvel, en imaginant une série de crossovers confrontant les grands monstres les plus célèbres ? C’est dans cet esprit que seront mis en chantier Kong : Skull Island et plus tard Godzilla vs. Kong. Mais pour l’heure, il faut donner une suite au Godzilla de 2014. Le scénario est confié à Michael Dougherty et Zach Shields (auteurs du sympathique Krampus). Gareth Edwards étant sollicité par le tournage de Rogue One puis occupé par des projets plus personnels, c’est Dougherty qui hérite de la mise en scène de Godzilla II : Roi des monstres. Enthousiaste, ce dernier envisage son épisode comme une suite musclée et survitaminée, n’hésitant pas à affirmer que son film sera à Godzilla ce qu’Aliens était à Alien. L’intention est claire : il faut en mettre plein la vue.

L’intrigue de Godzilla II se situe cinq après les événements décrits dans le film précédent. Désormais, l’existence des monstres géants (« Titans » pour les intimes) est connue de tous. Le docteur Emma Russell (Vera Farmiga), une paléobiologiste qui travaille pour l’organisation Monarch, s’est séparée de son époux Mark (Kyle Chandler), suite à la mort de leur fils Andrew, et vit désormais avec sa fille Madison (Millie Bobby Brown). Alors que toutes deux assistent avec fascination à la naissance de la gigantesque chenille Mothra, un groupe d’éco-terroristes dirigé par l’ancien colonel de l’armée britannique Alan Jonah (Charles Dance) attaque leur base et les kidnappe. Mark est donc sollicité par ses ex-collègues de chez Monarch pour aider à les retrouver. Peu à peu, d’autres créatures colossales s’éveillent et commencent à semer le chaos : le dragon tricéphale Ghidrah, le ptérodactyle Rodan et bien sûr ce bon vieux Godzilla.

L’attaque des Titans

Le film ne pèche pas par manque de générosité, certes, mais les monstres de Godzilla II nous sont jetés à la figure les uns après les autres en une orgie d’images de synthèse sans charme ni retenue qui nous empêchent d’apprécier pleinement la beauté intrinsèque des créatures. Ce n’est pas tant le design des bêtes qui pèche (de ce point de vue, le travail des artistes conceptuel est irréprochable), mais plutôt leur mise en scène qui, à trop vouloir jouer la carte du dynamisme spectaculaire, n’engendre que confusion et frustration. Michael Dougherty sature ses images de fumée, de lumières multicolores qui clignotent, de particules qui flottent, d’éclairs, de pluie, de neige, de foudre, de gerbes d’eau, de lave en fusion, le tout filmé par une caméra qui a la tremblote. Par conséquent, le corps à corps de Godzilla et Ghidrah en Antarctique, le surgissement de Rodan dans un volcan mexicain, l’éclosion de Mothra au milieu d’une cascade ou le combat de catch final ressemblent à des spectacles de son et lumière sous acide. Comment s’impliquer dans de telles séquences sans avoir la migraine ? Il y a certes une idée intéressante qui surnage au fil du scénario de Shields et Dougherty : cette attaque des Titans serait le réveil du système immunitaire de notre planète contre l’infection que représente l’espèce humaine. Mais cette théorie, expliquée scolairement à mi-parcours du film, n’a aucune réelle conséquence sur le déroulement du récit. De fait, malgré un casting de premier ordre (Kyle Chandler, Vera Farmiga et Charles Dance rivalisent comme toujours de charisme), rien n’est crédible dans Godzilla II. Gareth Edwards avait donc raison : son Godzilla se suffisait amplement à lui-même.

 

© Gilles Penso

 

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THE CLOVERFIELD PARADOX (2018)

Un équipage d'ingénieurs spatiaux tente de trouver une solution pour régler les graves problèmes énergétiques qui frappent la Terre…

THE CLOVERFIELD PARADOX

 

2018 – USA

 

Réalisé par Julius Onah

 

Avec Gugu Mbatha-Raw, David Oyelowo, Daniel Brühl, John Ortiz, Chris O’Dowd, Aksel Hennie, Zhang Ziyi, Elizabeth Debicki, Roger Davies

 

THEMA SPACE OPERA I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA CLOVERFIELD

Comme c’était le cas pour 10 Cloverfield Lane, le premier scénario de The Cloverfield Paradox n’a à l’origine aucun lien avec la franchise créée par J.J. Abrams. La première version du script, écrite par Oren Uziel, s’appelle God Particle (« la particule de Dieu »). Le studio Paramount sent le potentiel de ce récit de science-fiction et en fait l’acquisition. Mais investir 50 millions de dollars sur un tel long-métrage est un pari risqué, à moins qu’il ne soit rattaché à une franchise déjà existante. C’est là que J.J. Abrams entre en jeu. Pourquoi ne pas conserver le scénario de God Particle tel quel mais y injecter quelques éléments permettant de relier narrativement la mésaventure spatiale de ses héros aux événements décrits dans Cloverfield et 10 Cloverfield Lane ? Uziel revoit donc sa copie mais conserve l’intrigue qu’il avait initialement bâtie. Une fois de plus, il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler mais plutôt d’un film autonome s’inscrivant presque « en creux » dans la mythologie Cloverfield. L’intrigue se situe dans un futur proche, autrement dit en 2028, période où la Terre souffre d’une crise énergétique mondiale. Alors que les coupures de courant sont légion, que les queues devant les stations-service deviennent interminables et que la situation semble désespérée, les agences spatiales du monde entier s’unissent pour tenter de trouver une solution.

Une mission internationale se met en place à bord de la station orbitale Cloverfield. Son but : tester l’accélérateur de particules Shepard qui permettrait en théorie de fournir à la Terre une source d’énergie inépuisable. Les membres de cet équipage cosmopolite sont le commandant américain Kiel (David Oyelowo), l’ingénieur britannique Ava Hamilton (Gugu Mbatha-Raw), le physicien allemand Ernst Schmidt (Daniel Brühl), le médecin brésilien Monk Acosta (John Ortiz), l’ingénieur irlandais Mundy (Chris O’Dowd), l’ingénieur russe Volkov (Aksel Hennie) et l’ingénieur chinois Tam (Zhang Ziyi). Tous unissent leurs compétences complémentaires pour mener à bien cette opération, malgré les levers de boucliers des théoriciens de la conspiration persuadés que cette expérience ouvrira des portails vers des univers parallèles permettant à des entités monstrueuses d’envahir la Terre. Ces craintes – qui ne sont pas sans évoquer le postulat de The Mist – ne sont bien sûr pas prises au sérieux par les scientifiques. Mais les spectateurs qui ont déjà vu le premier Cloverfield leur accordent logiquement du crédit. Les premières tentatives d’utilisation de l’accélérateur de particules échouent lamentablement. Mais notre équipage insiste, jusqu’à ce que l’expérimentation fonctionne enfin…

Cauchemar spatial

The Cloverfield Paradox s’appuie sur la solidité de sa brochette d’acteurs aux visages plus ou moins familiers pour les fantasticophiles (Daniel Brühl était le sinistre baron Zemo de Captain America : Civil War, Zhang Ziyi la délicieuse Jen de Tigre et dragon). Tous jouent avec suffisamment de conviction pour nous faire croire à l’incroyable. Car la situation à bord de la station Cloverfield bascule rapidement dans le délire surréaliste : mutations physiques, changements de comportements, apparitions et disparitions. Les événements cauchemardesques qui surviennent dans les coursives suscitent leur lot de surprises et de frissons. Par ailleurs, le scénario s’enrichit de la mise en parallèle des conflits imminents sur Terre avec les tensions au sein de cet équipage international (ce qui n’est pas sans évoquer le 2010 de Peter Hyams). Mais le film souffre d’un problème majeur : son incapacité à exprimer clairement les règles qui régissent son paradoxe spatio-temporel. Privé de cette information, le spectateur ne comprend jamais clairement les enjeux dramatiques et ne peut s’impliquer dans les agissements de l’équipage dont le langage pseudo-scientifique devient vite abscons. Le champ des possibles étant visiblement illimité, les situations se nouent et se dénouent en laissant le public sur le bas-côté. Quant au plan final, il cligne lourdement de l’œil vers le premier Cloverfield pour essayer de légitimer sans finesse la présence de ce film au sein de la franchise.

 

© Gilles Penso

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10 CLOVERFIELD LANE (2016)

Après un accident de voiture, une jeune femme se retrouve enfermée dans un bunker souterrain, sous la garde d’un homme au comportement étrange…

10 CLOVERFIELD LANE

 

2016 – USA

 

Réalisé par Dan Trachtenberg

 

Avec Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr, Maya Erskine, Mat Vairo, Douglas M. Grifin, Cindy Hogan

 

THEMA CATASTROPHES I EXTRA-TERRESTRES I SAGA CLOVERFIELD

Au départ, 10 Cloverfield Lane n’avait rien à voir avec Cloverfield. Le projet s’appelait alors The Cellar (« la cave ») et devait être produit par Insurge Pictures, une branche du studio Paramount spécialisée dans les films aux budgets modestes. Le huis-clos post-apocalyptique co-écrit par Josh Campbell et Matt Stuecken se prêtait bien au cahier des charges de cette filiale. Mais Insurge Pictures ferme finalement ses portes et The Cellar se retrouve sur le carreau. En tombant sur le scénario, J.J. Abrams se dit qu’il suffirait de quelques réaménagements pour le lier – ne serait-ce que de manière très discrète – au Cloverfield de Matt Reeves qu’il a produit en 2008. Le cinéaste Damien Chazelle (qui vient de faire sensation avec Whiplash) est embauché pour retravailler le récit avec les deux auteurs originaux et c’est finalement la maison mère Paramount qui produit le film. Pour la mise en scène de 10 Cloverfield Lane, ce n’est pas un vétéran qui est approché mais au contraire un nouveau-venu, Dan Trachtenberg, connu alors pour une poignée de courts-métrages ambitieux. Le pari est audacieux, d’autant que l’efficacité du film doit reposer en grande partie sur la minutie de sa réalisation et la direction de ses acteurs

Mary Elizabeth Winstead, qui jouait la fille de Bruce Willis dans Die Hard 4, incarne Michelle, une jeune femme chamboulée après avoir rompu avec son fiancé Ben. Elle débarrasse en vitesse son appartement, fait ses valises et quitte la Nouvelle-Orléans. Tout se joue sans dialogue, en musique, aux accents d’une très belle partition signée Bear McCreary. Ben (à qui Bradley Cooper prête sa voix) laisse des messages sur son répondeur, la radio signale plusieurs pannes dans les grandes villes, l’atmosphère s’alourdit progressivement… puis c’est le choc. La voiture de Michelle entre en collision avec un autre véhicule et se lance dans une série de tonneaux. Lorsqu’elle reprend conscience, la jeune femme découvre qu’elle est enfermée dans une salle en béton. Le propriétaire des lieux, Howard (John Goodman), affirme qu’il lui a sauvé la vie et qu’elle doit rester avec lui dans son bunker souterrain. En effet, une attaque d’origine inconnue a décimé toute vie à l’extérieur. Mais dit-il la vérité ?

Huis-clos

L’intensité oppressante du huis-clos qui s’installe dès les premières minutes de 10 Cloverfield Lane repose majoritairement sur la personnalité insaisissable du geôlier/protecteur incarné par John Goodman. À l’instar de l’héroïne, le spectateur ne sait jamais vraiment sur quel pied danser et comment appréhender ce personnage équivoque. L’indiscutable capital sympathie de Goodman se prête à merveille à cette ambiguïté, sa corpulence toujours aussi impressionnante se révélant à double tranchant (à mi-chemin entre le nounours et l’ogre). L’économie de moyens du film et l’unité de lieu renforcent habilement l’efficacité des nombreuses séquences de suspense (psychologiques, physiques ou les deux). Par moments, cette épure nous rappelle celle d’une scène de théâtre. Le réalisateur fait d’ailleurs le choix de tourner toutes les séquences dans l’ordre chronologique, afin de permettre aux comédiens de faire évoluer leurs personnages en même temps que l’intrigue. Si Goodman excelle comme toujours, Mary Elizabeth Winstead nous convainc tout autant par sa pleine implication, ce qui permet aux spectateurs de s’identifier à elle d’un bout à l’autre du métrage. John Gallagher Jr, qui incarne le troisième larron, apporte une touche légère qui rééquilibre les forces en présence. 10 Cloverfield Lane fonctionne donc à plein régime, jusqu’à un dernier acte grandiloquent qui cherche un peu maladroitement à convoquer l’imagerie du premier Cloverfield et sabote une partie de la construction dramatique du film. Un final plus minimaliste et plus « terre à terre » n’aurait pas été pour nous déplaire.

 

© Gilles Penso

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FANTASMES (1967)

Au bout du rouleau, le modeste cuisinier d’un fast-food fait la rencontre d’un diable dandy qui lui propose d’échanger son âme contre sept vœux…

BEDAZZLED

 

1967 – USA

 

Réalisé par Stanley Donen

 

Avec Dudley Moore, Peter Cook, Eleanor Bron, Raquel Welch, Alba, Robert Russell, Barry Humphries, Parnell McGarry, Danièle Noël, Howard Goorney, Michael Bates

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Humoriste britannique au style grinçant porté volontiers sur la satire, Peter Cook fonda un « comedy club » à Soho au début des années 60 (où se produisit la star du stand-up Lenny Bruce), passa une année sur les planches de Broadway puis commença un partenariat télévisé avec Dudley Moore au milieu des sixties pour la BBC. Moore est alors surtout connu pour ses talents musicaux et ses numéros comiques. Les sketches parodiques du duo font mouche, les menant naturellement vers l’étape suivante de leur carrière en pleine ascension : le cinéma. Fantasmes est conçu sur mesure pour Cook et Moore. Ils en écrivent l’histoire à deux, le premier rédige le scénario, le second signe la musique, et tous deux tiennent bien sûr les premiers rôles. Quant à la mise en scène, elle est confiée au grand Stanley Donen, prestigieux réalisateur de Mariage royal et Chantons sous la pluie. L’histoire de Fantasmes (dont le titre original Bedazzled pourrait être traduit par « éblouissant ») est une variante classique sur le mythe de Faust, que Cook et Moore vont bien sûr torpiller pour en tirer une farce absurde et caustique.

Dudley Moore incarne Stanley Moon, un cuisinier de fast-food follement et secrètement amoureux de la serveuse Margaret Spencer (Eleanor Bron). Celle-ci ne lui accordant pas la moindre attention, il est pris d’un violent élan de déprime et décide de se suicider dans son appartement. Mais sa tentative de pendaison échoue et un étrange individu en rouge et noir (Peter Cook) survient aussitôt pour lui proposer un pacte. Cet homme mystérieux qui se fait appeler George Spigott est en réalité le diable en personne. En échange de l’âme de Stanley, il lui propose de partir à la conquête de celle qu’il aime en lui accordant sept vœux. Stanley n’a plus rien à perdre, il accepte donc. Chaque fois que George prononce la formule magique « Julie Andrews », son « poulain » se téléporte dans une réalité alternative qui semble pouvoir satisfaire ses volontés. Mais le diable a plus d’un tour dans son sac et chaque souhait exaucé tourne à la catastrophe.

 

Raquel saint se vouer ?

Le Malin que campe Peter Cook ne correspond pas à l’image traditionnelle, sa coupe de cheveux à la Beatles et ses airs de dandy créant d’emblée un décalage comique savoureux. Son quotidien est occupé à pourrir la vie des humains en multipliant à loisir les détails désagréables : un bouton arraché sur une chemise, un disque rayé, un livre d’Agatha Christie dont la dernière page est arrachée, des pigeons dressés pour faire leurs besoins sur les passants, des guêpes qui harcèlent des pique-niqueurs, un sac de provisions qui se déchire… Quant à son partenaire Dudley Moore, il profite de chacun des vœux octroyés à son personnage pour incarner plusieurs versions de lui-même, toutes plus grotesques les unes que les autres, de l’intellectuel pédant qui roule les airs au millionnaire blasé à la voix traînante en passant par le chanteur pop en costume à paillettes ou encore la religieuse ayant fait vœu de silence ! Fantasmes nous arrache de nombreux sourires et s’offre même quelques idées folles dignes des Monty Pythons (les mouches en dessin animé, le couvent des sœurs sauteuses). Mais les numéros comiques traînent en longueur et s’essoufflent rapidement, souffrant d’une mauvaise gestion du tempo comique. Visiblement, nos deux artistes cherchent encore leurs marques sur le grand écran. Et puis soudain surgit Raquel Welch, et tout s’illumine. Dans le rôle de l’affolante Liliane Luxure, elle offre au pauvre Stanley un petit déjeuner diablement sensuel avant de disparaître. Sa présence à l’écran ne dure que quelques minutes, mais elle est si mémorable qu’elle ornera tous les posters et tout le matériel publicitaire du film. Même le remake du film réalisé en 2000 par Harold Ramis lui rendra directement hommage.

 

© Gilles Penso

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ZONE TROOPERS (1985)

En pleine seconde guerre mondiale, quatre soldats américains affrontent une escouade allemande et découvrent un vaisseau extraterrestre…

ZONE TROOPERS

 

1985 – USA

 

Réalisé par Danny Bilson

 

Avec Tim Thomerson, Timothy Van Patten, Art LaFleur, Biff Manard, William Paulson, Peter Boom, Max Turili, Eugene Brell, John Leamer, Bruce McGuire

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA CHARLES BAND

Le producteur Charles Band ayant passé une partie de son enfance en Italie, il cherche le moyen d’y retourner pour l’un de ses prochains projets. Profitant du marché du film de Milan, il fait dessiner en vitesse un poster alléchant portant le titre de Zone Troopers et ébauche l’idée d’un long-métrage situé en Italie pendant la deuxième guerre mondiale où des soldats américains seraient confrontés à des extraterrestres. Attirés, plusieurs investisseurs acceptent de se lancer dans l’aventure. Reste maintenant à transformer cette idée en vrai film. Le scénario est confié à Danny Bilson et Paul De Meo, qui signèrent celui de Future Cop (et écriraient plus tard Rocketeer pour Joe Johnston, ainsi que la très populaire série TV Flash). Bilson se voit même proposer la réalisation, poste qu’il occupe pour la première fois. Band transporte toute son équipe à Rome pour un tournage express concentré sur le mois de février 1985. En tête du casting, on retrouve deux autres transfuges de Future Cop : Tim Thomerson (qui incarnait le flic Jack Deth) et Art LaFleur (qui jouait son supérieur McNulty). La plupart des prises de vues de Zone Troopers sont réalisées en extérieurs naturels, dans la campagne transalpine. L’intrigue se situe d’ailleurs « quelque part en Italie, en 1944 », comme nous l’indique un carton en début de métrage.

Après une grande échauffourée en rase-campagne au cours de laquelle une patrouille américaine est en grande partie décimée par un raid allemand, quatre rescapés s’échappent et prennent la fuite derrière les lignes ennemies. Il s’agit des soldats Joey (Timothy Van Patten), Mittens (Art LaFleur) et Dolan (Biff Manard), sous le commandement musclé d’un sergent autoritaire et dur à cuire (Tim Thomerson, taillé sur mesure pour le rôle). Alors qu’ils gagnent du terrain, les voilà qui tombent sur un vaisseau spatial écrasé dans les bois, avec à son bord un pilote extra-terrestre qui a passé l’arme à gauche. Or les nazis sont au courant, puisqu’ils ont capturé un extra-terrestre et espèrent bien s’approprier la technologie de ces visiteurs d’une autre planète afin de pouvoir gagner la guerre…

Il faut sauver le soldat Alien

L’entrée en matière de Zone Troopers se veut réaliste, même si les fusillades, les cascades et la pyrotechnie ressemblent plus à un spectacle de parc d’attractions qu’à de vraies scènes de guerre. Il n’empêche que Charles Band alloue à son réalisateur débutant suffisamment de moyens pour reconstituer des échauffourées dignes de ce nom. Plusieurs vaisseaux spatiaux grandeur nature sont même construits pour les besoins du film, ainsi qu’une poignée de décors très soignés. Les aliens, de leur côté, ne cherchent jamais à échapper à leur statut de créatures de séries B, dignes descendants de leurs camarades des années 50. Conçus par John Buechler, membre incontournable des productions Empire, ils possèdent un look très étrange emprunté en partie aux insectes : de grands yeux noirs, des mandibules, une peau squameuse recouverte de poils courts, des mains affublées de trois doigts griffus et un costume d’astronaute. Leurs pouvoirs s’avèrent variés, puisqu’ils sont capables de désintégrer des objets, de créer des champs de force ou de provoquer des hallucinations plus vraies que nature. Sympathique à défaut d’être mémorable, Zone Troopers s’offre quelques passages jazzy (avec l’intégration dans la bande son du standard « In the Mood » de Glenn Miller) et se permet même de faire intervenir brièvement Hitler, le temps de s’extasier face à la capture de l’alien par ses troupes et de recevoir un punch en pleine figure !

 

© Gilles Penso

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FUTURE COP (1985)

Un policier du futur voyage dans le passé pour empêcher les agissements d’un super-vilain capable de transformer ses victimes en zombies…

TRANCERS

 

1985 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Tim Thomerson, Helen Hunt, Michael Stefani, Art LaFleur, Telma Hopkins, Richard Herd, Anne Seymour, Miguel Fernandez

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND I FUTURE COP

Depuis le début des années 80, Charles Band a produit un nombre incalculable de films, avec une boulimie et un enthousiasme qu’il parvient à communiquer à ses équipes malgré des budgets souvent anémiques. Le temps lui manque pour passer lui-même à la réalisation, mais l’envie de mettre en scène le démange (il s’était déjà prêté au jeu avec des films comme Crash, Parasite, Metalstorm et L’Alchimiste). Le voilà donc à la tête de Future Cop, dont le script est écrit par Danny Bilson (assistant cameraman sur Ghoulies) et son collègue Paul DeMeo. Les deux hommes n’ont encore signé aucun scénario, mais Band leur fait confiance, preuve qu’une sorte d’esprit de famille règne au sein de la compagnie de production Empire. De toute évidence, ce thriller de science-fiction puise partiellement son inspiration du côté de Blade Runner et Terminator, puisqu’il mêle les codes du film noir à ceux du récit d’anticipation tout en jouant avec les notions de voyages dans le temps censés altérer le cours de l’histoire. Pour le rôle principal, Band choisit Tim Thomerson, qui fut un second couteau savoureux dans Metalstorm. Ce dernier propose alors de donner la réplique à une jeune comédienne de 21 ans : Helen Hunt. La future star de Twister et Ce que veulent les femmes joue donc dans Future Cop son premier grand rôle.

Nous sommes à Los Angeles en 2247. Un prédicateur fou et dangereux qui répond au nom de Whistler (Michael Stefani) a réussi à s’emparer de l’esprit de plusieurs hommes et femmes, via l’hypnose, et les a transformés en une redoutable armée de zombies nommés les « Trancers ». Pour les contrer, le policier Jack Deth (Tim Thomerson) utilise des méthodes expéditives. Depuis que son épouse est morte à cause de Whistler, Deth ne connaît plus la demi-mesure et décide finalement de rendre son badge pour partir s’isoler. Mais le Conseil le rappelle d’urgence. Whistler a en effet réussi à voyager dans le passé – en 1985 plus précisément – pour assassiner les ancêtres des membres du Conseil. La mission de Deth ? Remonter lui aussi le temps pour stopper ses agissements. Une jeune femme dynamique prénommée Leena (Helen Hunt) va lui prêter main forte bien malgré elle.

Timecop

L’ambiance « film noir » de Future Cop est assumée d’emblée avec ce flic en imperméable dont la voix off désabusée commente l’action. Plus tard, un extrait télévisé de la série Peter Gunn enfoncera le clou. La partie futuriste du film est illustrée par quelques effets visuels audacieux à défaut d’être subtils : des matte paintings pour les buildings qui émergent des océans, des maquettes pour les vaisseaux et les véhicules customisés, de la rotoscopie pour les rayons laser et les désintégrations. Rapidement, l’intrigue s’installe dans les années 80, un moyen habile pour éviter les trop coûteuses reconstitutions science-fictionnelles. Band peut ainsi exploiter des décors sobres mais efficaces mis en lumière avec talent par son chef opérateur attitré Mac Ahlberg. L’idée la plus originale du scénario repose sur son approche inédite du voyage temporel. A contre-courant des mécanismes narratifs habituels, le transport d’un corps dans une autre époque est jugé physiquement impossible. Seul l’esprit peut voyager, occupant momentanément un autre corps dont le cerveau sera en sommeil le temps de « l’emprunt ». Deth se retrouve donc dans l’enveloppe d’un de ses ancêtres, une sorte de séducteur blond insipide. Quant au vilain, il hérite du corps du chef de la police de Los Angeles ! D’autres concepts fous s’invitent dans le film, comme cette montre qui ralentit le temps pendant une séquence de fusillade annonçant avec plusieurs décennies d’avance les passages les plus cultes de Matrix et X-Men : Days of Future Past. Future Cop connaîtra suffisamment de succès pour donner naissance à cinq suites.

 

© Gilles Penso

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LA VENGEANCE DE LA MOMIE (1964)

Deux sœurs catcheuses unissent leurs forces pour lutter contre un chef de gang asiatique et une redoutable momie aztèque…

LAS LUCHADORAS CONTRA LA MOMIA

 

1964 – MEXIQUE

 

Réalisé par René Cardona

 

Avec Lorena Velazquez, Elizabeth Campbell, Armando Silvestre, Maria Eugenia San Martin, Ramon Bugarini, Chucho Salinas, Victor Velazquez, Chabela Romero,

 

THEMA MOMIES

En 1962, le cinéaste mexicain René Cardona (un vétéran alors déjà signataire de 80 longs-métrages !) mettait en scène deux catcheuses girondes face à un savant fou émule du docteur Moreau dans l’inénarrable Las Luchardoras contra el Medico Asesino. Entre deux combats sur le ring, le duo musclé déjouait les plans diaboliques du scientifique et affrontait un homme-singe colérique. Suite au relatif succès de cette aventure rocambolesque, Cardona retrouve les deux comédiennes Lorena Velazquez et Elizabeth Campbell ainsi que le scénariste Alfredo Salazar pour un nouveau long-métrage mouvementé confrontant cette fois-ci les intrépides lutteuses à un gang maléfique et à une momie aztèque, comme l’annonce clairement le titre original Las Luchadoras contra la Momia. Très confuse et très modérément palpitante, l’intrigue de cette Vengeance de la momie s’intéresse donc à « Rubis d’Or » (Elizabeth Campbell) et « Gloria Venus » (Lorena Velazquez), deux sœurs qui passent le plus clair du métrage à se battre lors de matchs de catch à quatre très théâtraux et très populaires sous les acclamations d’une foule en liesse.

Le scénario tente de nous intéresser aux exactions du maléfique prince Fugiyata (Ramon Bugarini), alias « le Dragon Noir », et de ses deux lutteuses chinoises. Ces vilains caricaturaux, archétypes du « péril jaune », sont à la recherche d’un document secret révélant l’emplacement d’un trésor antique. Avant d’être assassiné par les malfrats lancés à ses trousses, un archéologue parvient à confier ce document à un professeur (Víctor Velazquez) qui le divise en trois parties confiées respectivement à Rubis d’Or, à Gloria Venus et à Armando Rios (Armando Silvestre), le fiancé de Gloria. Fugiyata n’a pas dit son dernier mot : il kidnappe une jeune femme (Maria Eugenia San Martin) et lui implante un dispositif de contrôle mental pour la manipuler à distance et la forcer à voler le précieux document. Tout ce beau monde se retrouve finalement dans une pyramide aztèque où s’éveille Xochitl, une redoutable momie en quête de vengeance…

Monstres, Catch & Rock’n Roll

Pour apprécier à sa juste valeur un film comme La Vengeance de la momie, il faut parvenir à oublier les codes cinématographiques « classiques » pour s’immerger dans l’univers « pulp » décomplexé des séries B mexicaines des années 60. D’où ces méchants de bande-dessinée, ces péripéties invraisemblables et cette imprégnation de la culture locale dans le scénario. Les origines de la momie du titre nous sont ici révélées par un scientifique le temps d’un flash-back trahissant cruellement le petit budget du film : une minuscule cérémonie sacrificielle, une très maigre figuration et finalement un enterrement vivant. Au mépris de toute logique, ces révélations – y compris le flash-back lui-même – sont espionnées par le vil Fugiyata par le truchement d’un écran TV. La momie elle-même est effrayante à souhait, bénéficiant d’un joli maquillage qui met en valeur ses dents décharnées et ses orbites blafards. En revanche, lorsqu’elle se transforme en chauve-souris en plastique soutenue par un fil très visible, on ne peut s’empêcher de rire. La créature s’avère finalement plus sympathique qu’on aurait pu le croire, puisqu’elle aidera les héros à démanteler le réseau des méchants. Aux États-Unis, le film sort d’abord sous le titre Wrestling Women vs. the Aztec Mummy, puis est rebaptisé Rock’n Roll Wrestling Women vs. the Aztec Mummy à l’occasion d’un remontage dans lequel tous les matchs de catch et les bagarres sont accompagnés de morceaux de rock délicieusement sixties, notamment le très enjoué « We wanna be… Wrestling Women ! ».

 

© Gilles Penso


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