BLACK PHONE (2021)

L’équipe de Sinister se réunit pour l’adaptation redoutablement efficace d’une nouvelle de Joe Hill, le fils de Stephen King…

THE BLACK PHONE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Scott Derrickson

 

Avec Mason Thames, Madeleine McGraw, Ethan Hawke, Jeremy Davies, E. Roger Mitchell, Troy Rudeseal, James Ransone, Miguel Cazarez Mora

 

THEMA TUEURS I POUVOIRS PARANORMAUX I FANTÔMES

L’univers littéraire de Joe Hill est intimement lié à celui de son père Stephen King. Entre les deux auteurs, plusieurs obsessions et thèmes récurrents entrent en résonnance. L’éprouvante nouvelle « Le Téléphone noir », que Hill écrit en 2004 (intégrée dans le recueil « Fantômes : histoires troubles »), le démontre de manière très frontale. En toute logique, son adaptation à l’écran évoque irrésistiblement les récits de King, accumulant bon nombre de composantes régulières de son œuvre : les enfants maltraités par les brutes de l’école et par des pères abusifs, les êtres maléfiques qui les persécutent, les dons de médium et les voix de l’au-delà, un climat nostalgique teinté d’amertume et de terreur… Scott Derrickson hérite du film après une déconvenue plutôt fâcheuse : son éviction du tournage de Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Réalisateur du premier long-métrage consacré au « Maître des arts mystiques », il ne parvient à s’entendre avec les cadres de Marvel pour le second épisode et quitte donc le navire, cédant la place à Sam Raimi. La nature ayant horreur du vide, Derrickson se remet en selle en co-rédigeant avec son fidèle compère d’écriture C. Robert Cargill le scénario de The Black Phone pour le producteur Jason Blum. Le cinéaste retrouve à l’occasion Ethan Hawke, qui tenait la vedette de Sinister. Au-delà de la prose de Hill, les inspirations du scénario sont variées et parfois surprenantes. Derrickson cite notamment Les 400 coups de François Truffaut, L’Échine du diable de Guillermo del Toro, Rosemary’s Baby de Roman Polanski et le roman « Une prière pour Owen » de John Irving.

Le récit se déroule en 1978 dans la banlieue de Denver. Le jeune Finney (Mason Thames), s’entend à merveille avec sa sœur cadette Gwen (Madeleine McGraw) mais doit subir les crises de colère de leur père alcoolique (Jeremy Davies). L’école n’est pas non plus un lieu particulièrement paisible, dans la mesure où Finney subit régulièrement les brimades et les agressions d’une poignée de collégiens bagarreurs. Le garçon garde pourtant la tête haute, notamment grâce à l’amitié qui le lie à quelques camarades fidèles. Mais la population s’affole bientôt face à la disparition de plusieurs enfants dans le quartier. Le kidnappeur mystérieux, surnommé « l’attrapeur », provoque un vent d’inquiétude croissant. Or Gwen, qui possède visiblement des capacités de voyance comme sa défunte mère, collecte plusieurs indices pendant ses rêves prémonitoires, ce qui laisse la police perplexe et déclenche la fureur de son père. La situation bascule soudain lorsque Finney est capturé à son tour par « l’attrapeur »…

Le téléphone pleure

Débarrassé des effets de style souvent éléphantesques dont Scott Derrickson aime généralement affubler la mise en scène de ses films, Black Phone se pare d’une élégance et d’une pureté qui en font certainement l’un des films les plus aboutis et les plus efficaces de son réalisateur. Il faut dire que le cinéaste s’implique personnellement dans Black Phone au point d’y injecter beaucoup de souvenirs intimes (sa propre enfance meurtrie dans le Denver des années 70, des extraits du Désosseur de cadavres qu’il découvrit à la télévision et fut un révélateur de sa future vocation artistique). Derrickson ne triche donc pas avec les mécanismes d’épouvante de son film, y compris lorsqu’il aborde son rapport complexe à la religion (à travers les invectives que Gwen lance régulièrement à l’adresse de Jésus). La performance d’Ethan Hawke est d’autant plus impressionnante qu’elle passe majoritairement par la voix, le regard et le langage corporel, son visage étant camouflé partiellement par une série de masques effrayants conçus par le maestro des effets spéciaux de maquillage Tom Savini. Habile et imprévisible, le scénario finit presque par prendre la forme d’un « escape game » morbide dans lequel le participant reçoit l’aide providentielle de messages énigmatiques délivrés par un téléphone noir surnaturel, jusqu’à un dénouement mouvementé rassemblant une à une les pièces du puzzle… Salué presque unanimement par le public et la critique, Black Phone aura rapporté près de dix fois son budget initial de 16 millions de dollars. Un succès colossal et mérité.

 

© Gilles Penso


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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1983)

Jane Seymour illumine de sa présence cette version télévisée du célèbre mythe qui installe son intrigue dans l'opéra de Budapest…

PHANTOM OF THE OPERA

 

1983 – USA

 

Réalisé par Robert Markowitz

 

Avec Jane Seymour, Maximilian Schell, Michael York, Jeremy Kemp, Diana Quick, Philip Stone, Paul Brooke, Andras Miko

 

THEMA SUPER-VILAINS

Cette version télévisée du roman de Gaston Leroux joue la carte du classicisme sans pour autant s’astreindre à une fidélité totale au texte initial. Tourné en extérieurs à Budapest, le film déplace du coup l’intrigue en Hongrie. Dirigée par son époux Sandor (Maximilian Schell), la chanteuse Elena Korvin (Jane Seymour) répète le rôle de Marguerite pour une représentation du « Faust » de Charles Gounod. Mais sa voix défaille à plusieurs reprises. Le soir de la première dans le grand opéra de Budapest (tourné en réalité dans le théâtre József Katona de Kecskemét), la malheureuse est huée. L’accueil est glacial et les critiques désastreuses. Désespérée, Elena se jette dans le Danube et meurt. Fou de chagrin et décidé à se venger du journal qui est, selon lui, victime de sa mort, Sandor Korvin provoque un incendie et se retrouve gravement défiguré. Moribond, il est recueilli par un vagabond qui connaît les coulisses de l’Opéra comme sa poche. Désormais dissimulé sous un masque et un grand chapeau, il hante les sous-sols de l’Opéra en jouant de l’orgue, respectant ainsi la tradition inaugurée en 1925 par Lon Chaney.

Quatre ans plus tard, le jeune metteur en scène anglais Michael Hartnell (Michael York) se dispute avec la diva italienne qui doit jouer dans « Faust » (Diana Quick), sous le regard du Fantôme. Pour la remplacer, la candide Maria Gianelli fait un essai. Le Fantôme adore cette prestation, d’autant que la jeune femme lui rappelle fortement Elena (c’est d’ailleurs Jane Seymour qui joue les deux rôles). Avec son masque hideux aux allures de tête de mort, son grand chapeau noir et son long manteau, ce Fantôme s’avère franchement sinistre. Plus tard dans le film, il arbore un autre masque moins monstrueux mais pas moins inquiétant, une sorte de visage humain inexpressif dont l’immobilité s’avère troublante. Au cours du passage obligatoire où Maria lui arrache son masque, le maquillage de son visage défiguré, inspiré en partie par celui de Lon Chaney, manque hélas de réalisme (la texture plastique de la prothèse étant trop apparente). Fort heureusement, le réalisateur a l’intelligence de le plonger le plus souvent dans la pénombre.

Vengeance d’outre-tombe

Parmi les autres scènes marquantes du film, on se souvient du bal masqué où le Fantôme menace Maria, le baron attaqué dans une voiture par des corbeaux meurtriers (référence sanglante et inattendue aux Oiseaux d’Hitchcock) ou le surgissement d’un cadavre pendu par les pieds en pleine répétition. Au cours du suspense final, la musique originale du film (composée par Ralph Burns) et celle de Gounod s’entremêlent avec une certaine harmonie faite de dissonances intéressantes. L’épisode du lustre saboté est donc relocalisé en fin de métrage. On peut regretter que la révélation de l’identité et du passé du Fantôme dès le début du film lui enlèvent son aura de mystère pour ramener l’intrigue à une simple mécanique de vengeance, d’autant que la caractérisation des personnages secondaires est réduite à sa plus simple expression et que la mise en scène de Markowitz reste fonctionnelle et anonyme. Mais toutes ces scories s’évaporent face au charme ingénu et enivrant de Jane Seymour.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN VS. THE MUMMY (2015)

Un an avant Terrifier, Damien Leone ressuscitait deux monstres classiques pour orchestrer un affrontement légendaire ultra-violent…

FRANKENSTEIN VS. THE MUMMY

 

2015 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Acteurs

 

THEMA FRANKENSTEIN I MOMIES

Damien Leone est un véritable couteau suisse. Scénariste, réalisateur, monteur, créateur d’effets spéciaux, il fait ses premières armes avec deux courts-métrages, The 9th Circle et Terrifier, qui mettent en scène sa création la plus célèbre : Art le clown. Il passe en douceur au format long avec All Hallow’s Eve, un film à sketches qui reprend ses deux courts précédents et en intègre un troisième inédit. Avant de transformer son clown psychopathe en superstar avec les longs-métrages Terrifier et Terrifier 2, Leone s’attache à deux monstres du répertoire classique qui ne s’étaient jamais affrontés à l’écran malgré la propension au crossover développée dans les années 40 par le studio Universal : le monstre de Frankenstein et la momie. Faisant fi d’un budget ramené à sa plus simple expression, d’une équipe réduite et d’un nombre limité de décors, le jeune cinéaste voit grand. Son ambition : moderniser les deux créatures en les relookant et les faire agir au sein d’un film d’horreur brutal au premier degré peu avare en effets sanglants. Rien à voir donc avec les délires semi-parodiques de Freddy contre Jason par exemple. Leone prend son sujet très au sérieux et espère que les spectateurs en feront autant.

Le jeune Victor Frankenstein (Max Rhyser) est professeur de médecine dans une université américaine. Chaque soir, après avoir prodigué ses cours aux étudiants, il se réfugie dans son petit laboratoire secret où il crée un être humain à partir de morceaux de cadavres cousus entre eux, dans l’espoir de le ramener à la vie. Sa petite amie Nailha Khalil (Ashton Leigh) enseigne dans le même établissement. Elle vient de rapporter d’un voyage à Gizeh une momie vieille de trois mille ans dans un état de conservation remarquable. Il s’agit du roi égyptien Usercare de la sixième dynastie. Selon la légende, son âme serait encore prisonnière de son corps, maudite pour l’éternité. Or la momie s’éveille soudain après avoir laissé échapper de son corps un gaz inconnu et avoir possédé l’un des professeurs. De son côté, Victor parvient à réveiller sa création en la soumettant à un courant électrique, non sans avoir poussé la légendaire exclamation chère à tout apprenti-sorcier qui se respecte : « it’s alive ! ». Mais le cerveau de la créature est celui d’un assassin sans scrupule. Comme le titre du film l’annonce sans détour, les deux monstres vont finir par s’affronter…

« It’s alive ! »

Frankenstein vs the Mummy souffre d’un casting sans éclat. Le Frankenstein juvénile incarné par Max Rhyser n’a pas beaucoup de charisme et les seconds rôles (notamment le récupérateur de cadavres Carter et le vieux professeur Walton) surjouent sans finesse. Seule Ashton Leigh tire son épingle du jeu, sans avoir pour autant grand-chose à défendre. Pour être honnête, le film aurait gagné à être délesté d’une bonne demi-heure. Son intrigue filiforme ne méritait pas de s’étendre sur deux heures de métrage, Damien Leone tirant à la ligne avec de longs dialogues un peu creux où les héros philosophent à tout va (Dieu, la vie, la mort) ou se déclarent leur flamme langoureusement. La pauvreté des décors et de la bande originale synthétique n’aident pas. Mais Leone est un enthousiaste, et sa ferveur devient vite communicative. Certes, le relooking de son monstre de Frankenstein peut laisser perplexe : chevelu, le blouson en cuir sur les épaules, la clope au bec, il brise les standards établis depuis des décennies. Mais le scénario justifie cette attitude, et Leone s’inspire largement des célèbres dessins de Bernie Wrighston pour le faciès de sa créature, volontairement éloignée du design Universal sous copyright. La momie elle-même a beaucoup d’allure, et il faut saluer la qualité des effets spéciaux de maquillage, bricolés dans des conditions précaires. Plusieurs scènes de meurtres et de mutilations annoncent d’ailleurs les excès ultra-gore des deux Terrifier. Dommage tout de même que ces monstres ne suscitent aucune empathie, contrairement à leurs modèles incarnés jadis par Boris Karloff (le monstre de Frankenstein possède le cerveau d’un sale type libidineux et la momie est un ancien tyran sanguinaire) et que leur combat ne dure que trois minutes en fin de métrage. Il y a légitimement de quoi être frustré.

 

© Gilles Penso


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TROLL (1986)

Des dizaines de créatures ancestrales surgissent dans un immeuble de San Francisco pour prendre leur revanche sur l’humanité…

TROLL

 

1986 – USA

 

Réalisé par John Buechler

 

Avec Noah Hattaway, Michael Moriarty, Shelley Hack, Sonny Bonno, June Lockhart, Julia Louis-Deryfus

 

THEMA SORCELLERIE I VÉGÉTAUX I DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Concepteur d’effets spéciaux inventifs pleins de caractère – à défauts d’être toujours très subtils -, John Carl Buechler s’est particulièrement spécialisé dans les créatures fantastiques et les maquillages gore excessifs, comme en témoignent ses travaux sur Re-Animator, Ghoulies, TerrorVision, From Beyond, Cellar Dweller, Dolls ou encore Vendredi 13 chapitre 7 (avec son Jason zombie inoubliable !). Grand habitué des productions Charles Band, il fait son baptême de réalisateur à l’occasion du film à sketches Le Maître du jeu, qui offre au producteur l’occasion de tester les capacités de metteurs en scène potentiels pour sa compagnie Empire. Convaincu par son galop d’essai, Band lui confie la réalisation de son premier long-métrage : Troll. Buechler aurait bien signé le scénario lui-même, mais ses responsabilités derrière la caméra et la conception des effets spéciaux du film ne lui laissent pas beaucoup de temps. L’écriture est donc assurée par Ed Naha, futur scénariste de Chérie j’ai rétréci les gosses. Quand le film commence, un couple (Michael Moriarty et Shelley Hack) s’installe avec ses deux enfants (Noah Hathaway et Jenny Beck) dans un appartement de San Francisco. Notons que le père s’appelle Harry Potter et son fils Harry Potter Jr ! Dans la laverie de l’immeuble, la toute jeune Wendy Anne tombe nez à nez avec le troll Turok. Dès lors, la fillette adopte un comportement très étrange, et pour cause : la créature a pris son apparence !

N’y allant pas par quatre chemin, Turok a décidé de transformer notre monde en un univers fantasmagorique, comme jadis, pour que les trolls prennent leur revanche sur l’humanité qui les a vaincus autrefois. Avec sa bague, il pique donc un voisin qui se transforme en une espèce de cosse de haricot géante d’où sortent des plantes en accéléré, lesquelles se déploient aussitôt dans tout l’appartement. Trois autres trolls émergent de cette « jungle » instantanée. L’un est monté sur des pattes d’araignée, l’autre ressemble à un reptile, le troisième a des faux airs de l’étrange créature du lac noir. D’autres voisins subissent bientôt le même sort que le précédent et provoquent donc le surgissement de nouvelles créatures. Plus ou moins trapus, plus ou moins velus mais invariablement hideux, ils possèdent chacun une morphologie différente : un groin de cochon, des cornes de bélier… Buechler en profite même pour recycler l’une des créatures du Maître du jeu. Tout ce bestiaire (conçu à l’aide d’acteurs costumés et de masques mécaniques) constitue bien sûr l’attraction principale du film, les métamorphoses gluantes s’effectuant face à la caméra grâce à des effets de « bladders » (poches gonflables) très efficaces. Au milieu de cette prolifération monstrueuse – qui tente à sa manière de surfer sur le succès récent de Gremlins -, quelques séquences surréalistes affleurent, comme cette chanson qu’entonnent en chœur les trolls sur une musique féerique de Richard Band.

Troll de bêtes

Féru d’atmosphères insolites, John Buechler dresse le portrait de voisins tous plus bizarres les uns que les autres, notamment une vieille sorcière (June Lockhart) qui possède chez elle un champignon vivant avec un visage (façon Téléchat) ainsi qu’un tableau dont le portrait ressemble trait pour trait au visage du réalisateur ! Car Buechler truffe son film de clins d’œil, y compris à L’Histoire sans fin (dont le jeune indien Atreju était justement incarné par Noah Hathaway, qui joue ici Harry Jr). La chambre du garçon est décorée avec des posters du Maître du jeu et de Parasite. Quant à sa télévision, elle diffuse la séquence de Siegfried affrontant le dragon dans Les Nibelungen. Parmi les habitants de l’immeuble, on note la présence de Julia Louis Dreyfus (future héroïne de la série Seinfeld), dans son tout premier rôle à l’écran, qui se transforme ici en étrange nymphe fleurie. Au cours du climax, nos héros vont devoir affronter le troll ultime, autrement dit un monstre géant affublé d’ailes de chauves-souris, tandis que de gigantesques plantes grimpantes surgissent en stop-motion du toit du bâtiment et se déploient comme des tentacules devant les passants médusés. Généreux, drôle, décomplexé, Troll s’apprécie comme une récréation modeste mais joyeuse. Buechler poursuivra dès lors une double carrière de créateur d’effets spéciaux et de réalisateur.

 

© Gilles Penso

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TREMORS 2 : LES DENTS DE LA TERRE (1996)

Les vers géants à l’appétit vorace sont de retour dans cette suite déjantée… et cette fois-ci ils courent et sautent !

TREMORS 2: AFTERSHOCKS

 

1996 – USA

 

Réalisé par Steven S. Wilson

 

Avec Fred Ward, Christopher Gartin, Helen Shaver, Michael Gross, Marcelo Tubert, Marco Hernandez, José Rosario, Thomas Rosales Jr.

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA TREMORS

Scénariste de Short Circuit, Miracle sur la 8ème rue, Appelez-moi Johnny 5 et du premier Tremors, S.S. Wilson attaque là son premier long-métrage en tant que réalisateur. Son scénario de Tremors 2, co-écrit avec Brent Maddock, séduit immédiatement les cadres d’Universal qui lancent la production en 1993. Le tournage est alors prévu en Australie, avec un budget de 17 millions de dollars. Kevin Bacon, Fred Ward et Reba McEntire, les trois héros du premier Tremors, sont censés s’embarquer une fois de plus dans l’aventure. Mais McEntire doit se lancer dans une grande tournée (elle est avant tout chanteuse de country à succès) et Bacon est pris par le tournage d’Appolo 13. Privé de têtes d’affiche, Tremors 2 doit être considérablement revu à la baisse. S.S. Wilson s’engage alors à respecter le scénario initial (moyennant quelques ajustements) pour un coût de 4 millions de dollars, quitte à travailler sans salaire. Les équipes des effets spéciaux acceptent de baisser considérablement leurs tarifs, le tournage est relocalisé au Mexique pour réduire les coûts et Tremors 2 est en fin de compte conçu comme un film directement destiné au marché vidéo. Ce n’est qu’à ces conditions que sa production est relancée. Les prises de vues sont bouclées en moins d’un mois, tout début 1994.

Fred Ward rempile dans le rôle d’Earl Basset, le cowboy bougon et taciturne dont nous apprenons qu’il a dilapidé sa fortune dans un ranch d’autruches en faillite. Pour justifier l’absence de Kevin Bacon et Reba McEntire, un dialogue explique que les deux tourtereaux sont partis convoler en justes noces. Alors qu’il tente maladroitement de dresser quelques-uns des capricieux oiseaux coureurs en sa possession, Earl est approché par le propriétaire terrien Carlos Ortega (Marcelo Tubert) dont le champ pétrolifère mexicain est endeuillé par une série de morts violentes. Apparemment, les vers géants du premier Tremors (« graboïdes » pour les intimes) sont de retour et déciment ses employés un par un. Convaincu par la coquette somme qu’on lui promet, Earl accepte à contrecœur de repartir à la chasse aux monstres. Il fera équipe avec Grady Hoover (Christopher Gartin), le chauffeur d’Ortega. Mais face à l’ampleur de la tâche qui les attend, Earl sait qu’il a besoin d’un soutien supplémentaire. Le fou des armes Burt Gummer (Michael Gross), à qui nous devions quelques scènes délectables dans le film précédent, revient donc jouer de la gâchette face aux graboïdes. Son aide ne sera pas superflue, dans la mesure où les créatures sont en train de muter sous une forme encore plus redoutable…

La nuit des vers mutants

Encore plus axé comédie que le premier Tremors, ce second opus trouve en Christopher Gartin un substitut acceptable de Kevin Bacon, afin que la mécanique du « buddy movie » soit rétablie. Fred Ward continue donc à s’exaspérer face à un coéquipier turbulent et à prendre les décisions les plus importantes de sa vie à l’aide de l’indémodable « pierre papier ciseaux ». L’idée de la mue transformant les vers géants en créatures bipèdes à la gueule démesurée permet de varier les plaisirs et de nous offrir des séquences de suspense inédites. Hermaphrodites et désormais capables d’accoucher de nouveau-nés monstrueux, les graboïdes sont toujours l’œuvre du génial duo Alec Gills et Tom Woodruff Jr, qui rivalisent d’inventivité pour concevoir des créations animatroniques convaincantes à moindre coût. Lorsque les vilaines bêtes se mettent à sauter ou à courir, les effets mécaniques ne suffisent plus. C’est là qu’entre en jeu l’équipe de Phil Tippett, rompue aux exercices des images de synthèse grâce à Jurassic Park. La collaboration des studios ADI et Tippett fait des merveilles et se poursuivra à l’occasion de Starship Troopers, dont Tremors 2 constitue presque un galop d’essai technique. De fait, plusieurs des designs extra-terrestres du film de Paul Verhoeven déclinent des idées développées pour celui de S.S. Wilson. Surpris par les réactions très enthousiastes du public des projections tests, les responsables d’Universal ne savent plus quoi faire de Tremors 2. Faut-il tenter une sortie en salles ou se contenter du marché vidéo comme prévu ? Après deux années de tergiversations, le film a droit à une petite distribution cinéma avant d’atterrir dans les bacs de vente et de location de VHS. Moins réussi que le premier Tremors mais indiscutablement distrayant et sympathique, ce second épisode lancera une longue franchise.

 

© Gilles Penso


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MAD HEIDI (2022)

Le « premier film de Swissploitation » est une parodie gore et burlesque des aventures de la célèbre orpheline suisse…

MAD HEIDI

 

2022 – SUISSE / FINLANDE

 

Réalisé par Johannes Hartmann et Sandro Klopfstein

 

Avec Alice Lucy, Max Rüdlinger, Casper Van Dien, David Schofield, Almar Sato, Kel Matsena, Leon Herbert, Pascal Ulli, Katja Kolm, Julia Föry, Milo Moiré

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Il faut se méfier des « films concepts » trop prometteurs. Bien souvent, les concepts sont bien plus réjouissants que les films eux-mêmes. C’est hélas le cas de Mad Heidi, dont le titre annonce très clairement les ambitions : une relecture impertinente, façon film d’exploitation décomplexé, des célèbres récits pour enfants mettant en scène la gentille petite Heidi dans les montagnes suisses. L’idée était pourtant alléchante, alimentée par une bande-annonce exubérante tournée en trois jours avec Jessy Moravec dans le rôle principal. Diffusé en été 2017, ce teaser permet de démarrer une campagne internationale de financement participatif à l’issue de laquelle deux millions de francs suisses sont réunis. Lorsque Casper Van Dien (Starship Troopers, Tarzan et la cité perdue, Sleepy Hollow) est annoncé au casting, l’intérêt pour ce film potache invraisemblable redouble. Le tournage démarre à l’automne 2021, Alice Lucy remplaçant finalement Jessy Moravec sous la défroque de « Mad Heidi ». Avant le premier tour de manivelle, la comédienne bénéficie de deux semaines et demie d’entraînement pour pouvoir assurer les nombreuses scènes de combats prévues dans le scénario. Vingt-sept jours plus tard, les prises de vues sont en boite et le long travail de post-production et d’effets spéciaux numériques peut commencer.

L’entame du film force l’admiration par son ambition visuelle : il s’agit du panorama d’une Suisse imaginaire où s’étalent sur la même plan, balayés par un ample mouvement de grue, les Alpes, un téléphérique, un petit village, une sinistre usine fumante, une pancarte publicitaire à la gloire du fromage Meili, des gardes armés, une statue antique et une foule de manifestants. Ces derniers, en révolte contre le monopole fromager imposé par le gouvernement, sont massacrés par des soldats armés jusqu’aux dents. Dans cette Suisse dystopique tombée sous le joug fasciste d’un président tyrannique incarné par Casper Van Dien, une seule marque de fromage est acceptée par le gouvernement, les intolérants au lactose sont conspués et les marques concurrentes considérées comme illégales. Les trafiquants sont donc violemment réprimandés. Heidi, elle, mène une vie tranquille dans la montagne, loin de la tourmente, couvée par son grand-père Alpöhi (David Schofield) et chérie par son bien-aimé Peter le gardien de chèvres (Kel Matsena). Mais cette existence paisible s’apprête à basculer dans le drame…

« J’adore l’odeur du fromage au petit matin »

On ne pourra reprocher à Mad Heidi ni son manque d’audace, ni sa mise en forme soignée. Mais l’idée délirante à l’origine du projet se serait sans doute mieux adaptée à un court-métrage qu’à un format long. La mauvaise gestion du rythme du film fixe rapidement les limites du concept, tout comme ses hésitations permanentes sur la bonne tonalité. La prestation autoparodique de Casper Van Dien qui reprend le fameux slogan « I’m doing my part » emprunté à Starship Troopers, joue avec un faux accent allemand improbable et parade en slip rouge aux couleurs du drapeau suisse arrache quelques sourires malgré son absence radicale de subtilité. Le long calvaire d’Heidi dans les geôles suisses, inspiré des films de prisons de femmes des années 70, semble presque appartenir à un autre film qui se prendrait plus au sérieux. Mad Heidi nous livre aussi pèle mêle des passages gore excessifs, de la nudité, des soldats aux allures de nazis, des répliques référentielles (« j’adore l’odeur du fromage au petit matin »), une séance d’apprentissage à la Karate Kid, un combat de gladiateurs contre un guerrier cornu en armure, un « ultra fromage » qui transforme tous ceux qui le mangent en zombies surpuissants et bien sûr une fin ouverte vers une suite potentielle. Cette accumulation généreuse d’idées folles peine malheureusement à s’harmoniser de manière cohérente et donne le sentiment d’avoir assisté au résultat non filtré d’un brainstorming joyeusement arrosé. C’est sympathique, certes, mais rapidement oubliable.

 

© Gilles Penso


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SOMETHING IN THE DIRT (2022)

Deux hommes assistent à un phénomène inexpliqué dans un petit appartement et décident d’en tirer un documentaire…

SOMETHING IN THE DIRT

 

2022 – USA

 

Réalisé par Justin Benson et Aaron Moorhead

 

Avec Justin Benson, Aaron Moorhead, Sarah Adina Smith, Wanjiru M. Njendu, Issa Lopez, Vinny Curran, Jeremy Harlin, Gille Klabin, C. Robert Cargill

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Auteurs, réalisateurs (et parfois interprètes) de films de science-fiction indépendants, originaux et atypiques (Resolution, Spring, The Endless, Synchronic), Justin Benson et Aaron Moorhead se sont laissé courtiser par le studio Disney pour lequel ils ont réalisé des épisodes des séries Marvel Moon Knight et Loki. Mais leur personnalité n’en a pas été altérée pour autant, comme en témoigne Something in the Dirt, un cinquième long-métrage tout aussi risqué et audacieux que les précédents. Conçu pendant le confinement imposé par la crise sanitaire du Covid-19 en 2020, le film est envisagé sous un angle radicalement minimaliste : deux protagonistes seulement (interprétés par les réalisateurs), un décor unique (l’appartement réel de Justin Benson) et une équipe technique réduite à une dizaine de personnes. Something in the Dirt est donc un film-concept qui aurait pu se contenter de son idée première mais nous transporte d’emblée sur des territoires inattendus, à mi-chemin entre l’intimisme extrême et l’infiniment grand. Dès l’entame, au cours de laquelle Levi, un jeune homme incarné par Justin Benson, se réveille dans un petit appartement sale et désordonné, la mise en scène induit une approche insolite et déstabilisante.

Ancien pêcheur sous-marin, Levi vivote comme barman à Los Angeles et vient de s’installer dans ce modeste logement du quartier de Laurel Canyon, après quelques démêlées avec la justice et un long séjour dans un institut psychiatrique. Le premier voisin qu’il croise est John (Aaron Moorhead), professeur de mathématiques et photographe amateur qui fut chassé de l’église évangéliste apocalyptique dont il était un membre actif à cause de son homosexualité. Tous deux ont donc des comptes à rendre avec leur passé et semblent avoir échoué dans leurs objectifs de vie respectifs, mais est-il trop tard ? Alors que John et Levi discutent ensemble, ils sont soudain témoins d’un phénomène surnaturel dans le petit appartement. Face à eux, des objets en quartz se mettent à briller étrangement puis flottent dans les airs. Cette soustraction subite aux lois physiques les plus élémentaires s’assortit d’autres bizarreries inexpliquées, comme l’apparition d’un symbole géométrique, des flash lumineux stroboscopiques, des séismes intermittents et des signaux radios indéchiffrables. Incrédules, Levi et John décident de tirer parti de cette situation paranormale pour tourner un documentaire…

Destin ou coïncidences ?

Le décor étant planté, le scénario progresse au fil des théories successives qu’échafaude le duo (théories alimentées par les croyances personnelles mais aussi et surtout les informations glanées sur Internet, sur Youtube ou dans des podcasts). Ont-ils affaire à des fantômes ? Des extra-terrestres ? Des mondes parallèles ? Des radiations ? Plus l’intrigue avance, moins le hasard semble avoir de prise sur cette situation, comme si l’emménagement de Levi, sa rencontre avec John et les lourds fardeaux issus du passé que tous deux portent sur les épaules étaient le fruit d’un obscur plan préétabli, ou plutôt d’une logique mathématique (ce que laissent entendre cette figure géométrique récurrente ou ce nombre 1908 qui revient sans cesse). Mais encore une fois, rien n’est certain. Something in the Dirt parle de conspirations et de secrets en laissant volontairement toutes les questions en suspens. Car le film d’intéresse plus à l’effet que le phénomène paranormal a sur ses deux protagonistes qu’au phénomène lui-même, comme en témoigne cette séquence étonnante au cours de laquelle tout le mobilier de l’appartement est soudain soumis à l’apesanteur tandis que John et Levi s’adressent des reproches et des insinuations, à peine intéressés par le spectacle surréaliste qui se déroule sous leurs yeux. Something in the Dirt s’attache aussi au processus de la création d’un film, d’où un certain nombre de mises en abîmes troublantes nous poussant sans cesse à nous demander si ce que nous regardons est censé être une fiction, des extraits du faux documentaire, des séquences supposément réelles ou des reconstitutions. L’une des mentions du générique de fin, qui incite les spectateurs à faire des films entre amis, ajoute à cet effet de miroir. Voilà donc une œuvre résolument hors norme, ciselée avec une minutie toute particulière (la bande son, le cadre, la lumière et le montage sont aux petits oignons), interprétée avec beaucoup de justesse et non dénuée d’humour. Décidément, Benson et Moorhead ne font rien comme les autres et ajoutent avec ce cinquième film une nouvelle pièce au puzzle fascinant de leur filmographie.

 

© Gilles Penso


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VESPER CHRONICLES (2022)

Dans un monde futuriste où la Terre est frappée par une catastrophe écologique, une jeune fille tente de survivre avec son père malade…

VESPER

 

2022 – BELGIQUE / FRANCE / LITHUANIE

 

Réalisé par Kristina Buozyté et Bruno Samper

 

Avec Raffiella Chapman, Eddie Marsan, Rosie McEwen, Richard Brake, Melanie Gaydos, Edmund Dehn, Matvej Buravkov, Marijus Demiskis, Marka Eimontas

 

THEMA FUTUR

Le duo de réalisateurs franco-lithuanien Kristina Buozyté et Bruno Samper s’était déjà fait remarquer en 2012 avec le film de science-fiction conceptuel Vanishing Waves s’attachant aux travaux d’un scientifique sur le transfert de neurones d’une jeune femme dans le coma. Dix ans plus tard, tous deux reviennent à la charge avec une autre œuvre atypique dont les moyens modestes n’entravent guère l’ambition visuelle et l’audace scénaristique. Résolument original, l’univers futuriste post-apocalyptique qu’ils ont en tête n’a rien en commun avec ce que le cinéma d’anticipation propose habituellement. Leurs références sont partiellement puisées dans l’animation (en particulier La Planète sauvage et Princesse Mononoke) mais également dans d’autres œuvres picturales pas forcément rattachées au 7ème art. Le chef opérateur Feliksas Abrukauskas, par exemple, cherche l’inspiration du côté des toiles baroques néerlandaises de Vermeer et Rembrandt. Si les designs établis pour le film (décors, costumes, technologie) échappent aux lieux communs, les techniques employées par les deux cinéastes entrent également en rupture avec les habitudes. Au lieu d’opter pour une surcharge d’effets numériques et d’images de synthèse (ce que le budget global du film, estimé à 5 millions d’euros, ne leur aurait du reste pas permis), ils optent pour des décors naturels et des effets spéciaux physiques, l’imagerie digitale n’intervenant qu’en dernier recours.

La catastrophe écologique dont est victime la Terre de Vesper Chronicles s’inspire de recherches scientifiques hélas bien réelles consistant à concevoir des récoltes génétiquement modifiées à la durée de vie éphémère. A force de jouer à l’apprenti-sorcier, l’homme a détruit les ressources naturelles de sa planète. Les nantis se sont donc réfugiés dans de grandes citadelles coupées du reste du monde, concevant pour satisfaire leurs besoins des « Jugs », autrement dit des serviteurs artificiels et loyaux. Mais la grande majorité de la population tente de survivre dans des conditions de vie désastreuses, au milieu de champs arides où la nourriture naturelle est devenue une denrée extrêmement rare. Vesper (Raffiella Chapman) est l’une de ces nombreuses âmes en peine. Âgée de 13 ans, elle doit subvenir aux besoins de son père Darius (Richard Brake), paralysé après avoir servi pour l’armée des citadelles. Pour communiquer avec Vesper, il utilise un drone qui l’accompagne partout et sur lequel elle a dessiné un visage sommaire. Précoce, la jeune fille passe ses journées à réaliser des expériences biologiques dans l’espoir de rendre fertiles diverses formes de vie. Un jour, un aéro-planeur venu d’une des citadelles s’écrase dans la forêt et s’apprête à bouleverser la vie quotidienne de Vesper et Darius…

Austère mais passionnant

A mi-chemin entre le réalisme et le surréalisme, l’environnement dans lequel se déroule Vesper Chronicles frappe à la fois par sa tangibilité et son caractère inédit. C’est un monde rural défraîchi et boueux, stérile et sale, dans lequel s’insère avec un naturel désarmant une technologie futuriste qui semble déjà en bout de course. La flore moribonde semble y avoir muté en mixant des propriétés végétales et animales. Dès qu’elle le peut, cette nature blême reprend ses droits, déployant des tentacules avides de nourriture. Dans ce contexte peu engageant, l’humanité n’est guère reluisante, à l’image de Jonas (Eddie Marsan), le frère de Darius, qui se livre sans scrupule à du trafic de sang d’enfant devenu une monnaie d’échange précieuse. Chacun survit comme il peut, révélant souvent ses bas instincts. Cette forêt anémique est également traversée par « les pèlerins », des nomades masqués et silencieux qui collectent de la ferraille dans un but mystérieux. C’est donc toute une mythologie nouvelle qu’ont mis en place Kristina Buozyté et Bruno Samper. Leur film est passionnant, courageux, audacieux, même s’il souffre de l’austérité inhérente à son sujet, d’une caractérisation faible qui incite les spectateurs à rester distants et d’’enjeux dramatiques pas toujours bien définis. Mais le cœur qui bat dans Vesper Chronicles est celui des œuvres d’art exigeantes et à contre-courant du tout-venant, avec en filigrane l’idée que les jeunes générations héritent des péchés de leurs aînés et restent l’ultime espoir d’une rédemption à l’échelle planétaire.

 

© Gilles Penso


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TROLL (2022)

En creusant un tunnel dans la roche d’une vallée norvégienne, des ouvriers réveillent une force monstrueuse qui jaillit des entrailles de la terre…

TROLL

 

2022 – NORVÈGE

 

Réalisé par Roar Uthaug

 

Avec Ine Marie Willmann, Kim Falck, Mads Sjøgård Pettersen, Gard B. Eidsvold, Anneke von der Lippe, Fridtjov Såheim, Dennis Storhøl, Bill Campbell

 

THEMA CONTES

Le réalisateur norvégien Roar Uthaug s’est fait remarquer à l’échelle internationale avec son premier long-métrage, le slasher glacial Cold Prey. Depuis, notre homme a gravi les échelons en dirigeant notamment la version 2018 de Tomb Raider. Or c’est pendant la finalisation de cette réinvention des aventures de Lara Croft qu’Uthaug contacte la compagnie de production Motion Blur pour lui faire part d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis deux bonnes décennies : un blockbuster qui mettrait en scène l’une des créatures les plus fameuses du folklore norvégien, autrement dit le troll. Son compatriote Andre Ovredal s’était déjà frotté au sujet avec succès par le biais de l’audacieux « found footage » Troll Hunter sorti en 2010. Mais Roar Uthaug a en tête une autre approche, ne reculant devant aucun morceau de bravoure spectaculaire pour placer son monstre dans le sillage de King Kong. L’un des premiers dessins conceptuels liés au projet montré dans les médias montre d’ailleurs un troll titanesque attaquant la ville d’Oslo. Voilà qui en dit long sur les ambitions du film.

Le personnage central de Troll est Nora Tidemann (Ine Marie Willmann), une paléontologue opiniâtre et passionnée que nous découvrons en train de mettre à jour le crâne d’un grand carnosaure au beau milieu de la terre boueuse. A peine a-t-elle le temps de se réjouir de cette découverte avec le chef des fouilles (un professeur incarné par Bill Campbell, le héros de Rocketeer) qu’un hélicoptère de la défense nationale atterrit sur le site. Nora est sollicitée d’urgence par le gouvernement pour donner son avis sur un sujet de la plus haute importance. Une opération de forage creusant un tunnel dans les montagnes de Dovre a en effet provoqué une immense éruption et la mort de plusieurs ouvriers et manifestants. Un rugissement caverneux jailli des entrailles de la terre, une forme titanesque indistincte aperçue par plusieurs caméras de smartphones et des traces de pas disproportionnés égrenées dans le paysage alentour poussent le cercle rapproché de la Première Ministre à se demander si une créature inconnue n’est pas à l’origine du chaos…

La montagne qui marche

L’entrée en matière de Troll évoque irrésistiblement Jurassic Park, notamment par sa manière de présenter son personnage de paléontologue exaltée. Roar Uthaug assume la référence en reprenant le fameux effet de l’eau qui vibre à l’approche des pas du monstre. Pour tenter de comprendre à quel phénomène ils ont affaire, les membres du gouvernement se réfèrent à King Kong, à un T-rex et même à Godzilla. Alors que nos yeux tentent de décrypter la silhouette titanesque d’un monstre hypothétique capté par des vidéos prises à la volée, les dialogues évoquent une montagne qui se déplace ou encore une force de la nature bipède. Le film sait donc créer savamment l’attente auprès des spectateurs. Lorsque la créature paraît enfin, elle ne déçoit guère. Ce titan gigantesque, dont le faciès est conforme à l’imagerie traditionnelle des trolls et dont la peau semble faite de roche et de terre, est une indiscutable réussite technique. Superviseur des effets visuels, Esben Syberg (La Nonne, The Mandalorian, The Innocents) donne au film les moyens de ses ambitions et concrétise une série de séquences follement spectaculaires. Certes, Troll est entravé par des facilités scénaristiques un peu grossières (le père de l’héroïne est comme par hasard un grand spécialiste des trolls) et par des personnages à la caractérisation trop schématique. Mais le spectacle vaut amplement le détour, d’autant qu’il se double d’un intéressant discours environnemental, le troll symbolisant bien sûr la furie d’une nature perturbée par l’homme qui prend soudain sa revanche.

 

© Gilles Penso


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JEEPERS CREEPERS REBORN (2022)

Le réalisateur d’Iron Sky reprend en main la franchise créée par Victor Salva et nous livre une suite/reboot… calamiteuse !

JEEPERS CREEPERS REBORN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Timo Vuorensola

 

Avec Sydney Craven, Imran Adams, Jarreau Benjamin, Peter Brooke, Matt Barkley, Ocean Navarro, Alexander Halsall, Georgia Goodman, Jodie Mcmullen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA JEEPERS CREEPERS

Créateur de la trilogie Jeepers Creepers, Victor Salva envisage dans la foulée un quatrième épisode dont il écrit le scénario et dont il souhaite confier le premier rôle à Gina Philips, qui tenait la vedette du premier film. Mais sa proposition est rejetée par les producteurs qui décident d’enclencher une suite/reboot de leur côté sans impliquer les créateurs de la franchise. Sean-Michael Argo (créateur de la série Salvage Marines) écrit donc un scénario confié au réalisateur finlandais Timo Vuorensola, qui avait mis en scène les deux Iron Sky. Le prologue de Jeepers Creepers Reborn est quasiment un remake de celui du tout premier film, si ce n’est que le frère et la sœur incarnés jadis par Gina Philips et Justin Long sont désormais remplacés par un couple âgé que jouent Dee Wallace (Hurlements, E.T., Cujo) et Gary Graham (Robot Jox, Necronomicon, Star Trek Enterprise). Tous deux sont donc pris en chasse sur la route par une camionnette menaçante que conduit un chauffeur sinistre coiffé d’un chapeau à larges bords et découvrent que ce dernier dissimule des cadavres au pied d’une église. Mais cette entrée en matière n’est qu’un faux départ, les images d’un docu-fiction diffusé sur Youtube. Nous découvrons alors les vrais protagonistes du film, et force est de constater qu’ils sont bien moins intéressants que leurs prédécesseurs.

Les héros de Jeepers Creepers Rerborn sont un autre couple : Chase (Imran Adams), un fan de films d’horreur qui croit dur comme fer à la légende de Creeper, et sa petite amie Laine (Sydney Craven), qui accepte un peu à contrecœur de l’accompagner dans un festival de geeks en Louisiane, le « Horror Hound ». Leurs dialogues sont volontiers référentiels, clignant de l’œil vers Iron Sky (un peu d’autocitation ne peut nuire !) et vers les trois précédents films de la saga Jeepers Creepers (qui sont donc assumés comme étant de la fiction inspirée de faits prétendument réels). Laine est enceinte mais Chase ne le sait pas. Ce dernier a prévu de la demander en mariage le soir-même. Voilà pour la caractérisation de nos tourtereaux, qui n’ira pas plus loin. Alors qu’ils se dirigent vers le festival des fans d’horreur, une créature décrépie émerge dans les bois. Il s’agit du Creeper, qui rampe pathétiquement dans sa carcasse momifiée, avale quelques vers puis change de peau et renaît à la vie, prêt à reprendre le massacre qu’il avait laissé en suspens pendant son hibernation…

L’étendue du désastre

Le fait que Jeepers Creepers Reborn ait choisi comme protagonistes des personnages agaçants, sots et peu crédibles n’aide évidemment pas les spectateurs à s’attacher à eux. Lorsqu’ils débarquent dans ce fameux « Horror Hound » (une sorte de kermesse cheap rurale où tous les participants ressemblent à des idiots névropathes), les choses empirent. Mais le film se saborde définitivement en transportant son action dans une vieille maison abandonnée où une poignée de survivants est traquée par le Creeper. Le décor lui-même est une aberration. Nous sommes au milieu de la nuit sans électricité, et pourtant chaque étage est suréclairé par des centaines de sources de lumière incompréhensibles. Ce part pris visuel, illogique et peu esthétique, ôte à la mise en scène toute possibilité de nous effrayer. Comment ressentir la moindre peur dans ce décor ouvertement factice dénué de la moindre zone d’ombre ? Le monstre lui-même est une sorte de clown qui s’amuse à faire des blagues, écoute de la musique sur un vieux phonographe et surgit de manière aléatoire au détour d’un couloir pour attaquer ses victimes. Ajoutez à ce cocktail déjà navrant une sorte de culte (représenté par trois figurants encapuchonnés) aux intentions nébuleuses, une quasi-absence de péripéties et des effets visuels hideux (notamment lorsque les personnages sont filmés devant un fond vert), et vous aurez une idée de l’étendue du désastre. Le Creeper de Victor Silva va avoir beaucoup de mal à se remettre de cette « renaissance » ratée…

 

© Gilles Penso


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