BUNKER PALACE HOTEL (1989)

Pour son premier long-métrage, le créateur de bandes dessinées Enki Bilal dresse le portrait désenchanté d’un monde futuriste déchu…

BUNKER PALACE HOTEL

 

1989 – FRANCE

 

Réalisé par Enki Bilal

 

Avec Jean-Louis Trintignant, Carole Bouquet, Maria Schneider, Roger Dumas, Yann Collette, Jean-Pierre Léaud, Hans Meyer

 

THEMA FUTUR I ROBOTS

A partir du milieu des années 80, le cinéma français s’est mis en quête d’émancipation en sortant des rails à travers les expérimentations audacieuses d’une nouvelle génération impertinente représentée notamment par Luc Besson, Jean-Jacques Beinex ou Jean-Jacques Annaud. C’est dans cette mouvance que s’inscrit le premier long-métrage d’Enki Bilal, talentueux créateur de bandes dessinées dont les albums léchés font le bonheur des amateurs de science-fiction. Mais l’approche cinématographique de l’artiste est beaucoup plus conceptuelle que celle de ses pairs, portée par une angoisse existentielle que reflètent bien les univers délabrés et oppressants de ses BD. Par certains aspects, son bunker n’est pas sans rappeler celui de « la dernière rafale » que Caro et Jeunet mettaient en scène dans un moyen métrage expérimental de 1981. Mais Bunker Palace Hotel porte indubitablement la signature visuelle de son auteur. Désireux de revenir dans sa ville natale, Bilal s’installe avec son équipe à Belgrade et brosse un monde rétrofuturiste autocratique qui évoque 1984 – et par rebond Brazil. Les voitures, les costumes et une partie de la technologie couvrent un spectre allant des années 40 aux années 80, les téléviseurs diffusent des messages sibyllins en noir et blanc, une atmosphère de guerre froide plane lourdement dans l’atmosphère. Quant à l’alphabet des immatriculations et des graffitis sur les murs, il semble cyrillique sans qu’il soit possible d’identifier clairement où se situe l’action du film.

Dans les entrailles de la terre, les dignitaires d’un pays ravagé par la pollution et la guerre civile se terrent dans un bunker réputé inexpugnable. Servis par des robots humanoïdes au fonctionnement approximatif (ce qui occasionne quelques gags à répétition), les pensionnaires de ce microcosme attendent avec impatience l’arrivée de leur président-messie. Mais c’est Klara (Carole Bouquet), une révolutionnaire intrépide, qui parvient à entrer dans cette forteresse. Accueillie avec suspicion, elle découvre des êtres bizarres, corrompus et décadents. Le plus mystérieux d’entre eux est l’industriel et ancien ministre Holm (Jean-Louis Trintignant). Deux idées majeures guident le scénario atypique écrit par Enki Bilal et Pierre Christin. La première est la reprise de la mécanique de la pièce « En attendant Godot » de Samuel Beckett, puisque tous les personnages réunis dans ce huis-clos finalement très théâtral passent leur temps à attendre un président qui ne vient pas. La seconde est de transformer l’abri souterrain de cette élite en hôtel de luxe à l’abandon. C’est la métaphore idéale d’une fin de règne. L’eau de la piscine-spa est trouble, froide et sans fond, la température baisse, les robinets laissent s’échapper un liquide sombre et poisseux, le givre s’installe partout, les murs craquent et se fissurent… Et au milieu de la déliquescence, un corbeau omniprésent, oiseau de mauvais augure, coasse avec insolence.

La fin d’un règne

Bilal ne cherche pas le réalisme à tout prix, comme en témoigne son recours intéressant aux peintures sur verre qui prolongent les décors de manière très graphique. Dans ces moments furtifs, le dessin s’invite frontalement dans les prises de vues réelles et s’approche donc logiquement du ressenti qu’offrent les planches de l’artiste. Même la pluie incessante qui coule au dehors ressemble à de la peinture, exagérément épaisse et blanchâtre, tandis qu’hors-champ retentissent les bruits des batailles et des coups de feu en continu. Parfois une explosion ou une destruction s’invite dans le champ, mais le conflit reste la plupart du temps lointain. Partisan d’une approche avant tout esthétique, le réalisateur attend dix minutes avant de faire intervenir la première ligne de dialogue. Le film est d’ailleurs chiche en texte pendant un bon moment, et ce n’est pas plus mal. Car Bilal est manifestement plus à l’aise avec la mise en scène visuelle qu’avec la direction des acteurs, qui semblent tous jouer dans un état second lorsqu’ils parlent, comme s’ils ne comprenaient pas vraiment ce qu’ils disaient. En ce domaine, la palme revient bien sûr à Jean-Pierre Léaud, en totale roue libre. Seul Trintignant tire vraiment son épingle du jeu, grâce à son magnétisme naturel et sa diction saisissante. L’austérité du film – à l’image du visage froid, rasé de près et acéré comme un profil de rapace du personnage de Holm – finit par desservir le film. Car le spectateur est bien en mal de s’impliquer pleinement dans la situation oppressante que vivent ces personnages antipathiques aux motivations floues et confuses. L’exercice reste intéressant mais ne s’apprécie qu’avec distance et circonspection. Les autres longs-métrages de Bilal seront de la même trempe.

 

© Gilles Penso


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GAMERA, L’ATTAQUE DE LÉGION (1996)

La célèbre tortue géante japonaise se heurte à une armada d’insectes monstrueux prêts à menacer l’équilibre de la Terre…

GAMERA 2 : REGION SHURAIM

 

1996 – JAPON

 

Réalisé par Shunsuke Kaneko

 

Avec Toshiyuki Nagashima, Miki Mizuno, Tamotsu Ishibashi, Mitsuru Hukikoshi, Yusuke Kawazu

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I SAGA GAMERA

Face au succès mérité – et inespéré, il faut bien l’avouer – de Gamera, gardien de l’univers, une suite fut aussitôt mise en chantier par le studio Daei avec la même équipe technique. Gamera, l’attaque de Légion démarre avec la chute sur Terre de plusieurs météorites, prélude à une série de phénomènes alarmants. Tandis que des créatures invertébrées et cyclopéennes de deux mètres de long se mettent à hanter les couloirs du métro, une plante gigantesque fleurit sur le toit d’un immeuble, prête à projeter ses spores dans l’espace et à provoquer une gigantesque catastrophe. Comme dans le film précédent, Gamera sait se faire attendre. Surgissant au bout d’une bonne demi-heure de métrage, elle asperge de son haleine enflammée la plante extra-terrestre, évitant de justesse le désastre. En réaction à cet assaut soudain, des milliers d’insectes géants s’envolent bientôt en direction de la tortue antique et la recouvrent intégralement, tels d’affreux parasites. En pleine crise de foi face à un tel spectacle, un militaire se met à citer la Bible : « Mon nom est légion, car nous sommes nombreux ». Et voilà un nom tout trouvé pour ce nouvel ennemi de la Terre.

Si le film précédent conservait quelques attributs enfantins hérités des Gamera originaux, celui-ci s’amorce comme une œuvre bien plus adulte, à mi-chemin entre le film catastrophe et le film d’épouvante. Témoin cette séquence stressante d’invasion située dans le métro de Sapporo, qui s’achève par la mort sanglante d’un chauffeur, de la plupart des passagers et de toute une escouade de police dépêchée dans les tunnels. Les combats eux-mêmes sont bien plus brutaux qu’à l’accoutumée, Gamera saignant abondamment (c’est du sang vert, mais tout de même !) au cours de ses échauffourées avec les hideux arthropodes d’outre-espace. Gamera, l’attaque de Légion se distingue ainsi par de nombreuses séquences de suspense et d’action inédites, la moindre n’étant pas cet affrontement des monstres à quelques mètres d’un hélicoptère plein à craquer qui ne parvient pas à décoller.

Visions d’apocalypse

En l’espace d’un an seulement, les effets spéciaux de la saga semblent s’être considérablement améliorés. Les images de synthèse interviennent ainsi de manière plus intensive et plus ostensible que dans le précédent Gamera, permettant de visualiser notamment les envolées de la tortue héroïque (muée quasiment en vaisseau spatial, mi soucoupe volante, mi toupie géante) et les nuées de Légions qui traversent les cieux par milliers. Le directeur des effets spéciaux Shinji Higuchi, qui fit ses premières armes sur le Godzilla de 1984, effectue là un travail remarquable, mixant avec génie toutes les techniques à sa disposition. L’un des passages les plus impressionnants du film demeure probablement la monstrueuse explosion qui annihile intégralement la ville de Sendai, via un mélange habile de pyrotechnie et d’effets numériques. Gamera, l’attaque de Légion joue ainsi la carte de la surenchère tout en gommant une à une les petites scories de son prédécesseur. La séquelle surpasse donc l’original, mais le meilleur épisode reste encore à venir.

 

© Gilles Penso


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DANS LES GRIFFES DU LOUP-GAROU (1975)

En partant enquêter sur les apparitions d’un yéti dans les montagnes du Tibet, un homme rencontre deux jolies lycanthropes qui le contaminent…

LA MALDICION DE LA BESTIA

 

1975 – ESPAGNE

 

Réalisé par Miguel Iglesias Bonns

 

Avec Paul Naschy, Mercedes Molina, Silvia Solar, Gil Vidal, Josep Castillo Escalona, Luis Induni, Ventura Oller, Veronica Miriel, Juan Velilla

 

THEMA LOUPS-GAROUS I YÉTIS ET CHAÎNONS MANQUANTS I SAGA WALDEMAR DANINSKY

Se souciant bien peu d’une quelconque continuité, le scénariste et acteur Paul Naschy concocte une septième aventure du loup-garou Waldemar Daninsky qui ne tient compte d’aucun des épisodes précédents et reprend l’histoire depuis le début. Chaque opus de cette étrange série agit donc comme une sorte de reboot, déstabilisant forcément ceux qui auraient pu espérer suivre la saga dans l’ordre chronologique. Connu aux États-Unis sous divers titres folkloriques (The Werewolf and the Yeti, Night of the Howling Beast ou encore Hall of the Mountain King), Dans les griffes du loup-garou commence par l’attaque de deux hommes dans les montagnes tibétaines (en réalité filmées en Catalogne) par une sorte d’homme-singe. S’agirait-il de l’abominable homme des neiges ? C’est ce que pense le professeur Lacombe (Josep Castillo Escalona), dont la fille Sylvia (Mercedes Molina) est fiancée à ce bon vieux Waldemar (Paul Naschy, toujours aussi taciturne et monolithique). Ce dernier accepte de servir de guide à l’expédition que mène Lacombe au Tibet pour chercher des preuves de l’existence du yéti. Dès qu’ils arrivent sur place, nos explorateurs se heurtent aux superstitions locales des indigènes. Un monstre rôde-t-il vraiment dans les parages ?

Bientôt, Waldemar est séparé du groupe principal (qui regagne le campement et assiste à d’interminables danses folkloriques locales), se perd dans la forêt hivernale (plus ou moins enneigée selon les plans) et se retrouve dans une étrange grotte décorée d’artefacts tribaux étranges. Il s’agit en réalité d’un lieu sacré dédié à la redoutable déesse Kali la noire. Là, alors qu’il est à moitié inconscient, deux femmes nues se jettent langoureusement sur lui (car Waldemar est irrésistible comme toujours, son regard noir et son torse viril en ayant fait chavirer plus d’une par le passé). Hélas ces autochtones peu farouches sont anthropophages (comme nous montre cette scène improbable où elles se repaissent bestialement d’un bras et de quelques morceaux de viande humaine non identifiée) et aussi lycanthropes. Notre héros parvient à les éliminer, mais l’une d’elles le mord avant de périr. Dès lors, chaque fois que les rayons de la lune le frappent, Waldemar se mue en bête velue. Contrairement à La Furie du loup-garou, le yéti vaguement intégré à l’intrigue n’a donc rien à voir ici avec la malédiction qui frappe ce pauvre Daninsky.

La chair, le sang et les poils

Un peu plus soignée qu’à l’accoutumée (malgré quelques coups de zoom intempestifs et des nuits américaines bleutées très naïves), la réalisation de cet opus est signée par le vétéran Miguel Iglesias Bonns (Le Fugitif d’Anvers, Échec au tueur, L’Épée du Cid). Côté effets spéciaux, on assure en revanche le service minimum. Le maquillage est peu soigné et la transformation d’homme en bête recycle la vieille technique des fondus enchaînés héritée des productions Universal d’antan. Qu’il joue sous son apparence humaine ou lupine, Paul Naschy se bat avec plus d’énergie et de fougue que jamais, nous rappelant son passé de catcheur et de cascadeur. Curieusement, entre les attaques du loup-garou, les exactions sanglantes d’une bande de redoutables mercenaires, l’intervention d’un vieux sage mentionnant des herbes magiques susceptibles de guérir la lycanthropie, un palais tibétain où les prisonnières sont dénudées et torturées ou encore une super-vilaine sadique et sexy qui pratique des expériences occultes, on finit par perdre totalement de vue l’objet premier de l’expédition, autrement dit le yéti. Le scénario lui-même semble l’avoir oublié, le convoquant à la toute dernière minute pour un combat final avec Waldemar expédié en deux coups de cuiller à pot. Très généreux en scènes de nudité et en passages gore (décapitations, mutilations, empalements, écorchage vif), Dans les griffes du loup-garou affolera la censure anglaise qui interdira sa sortie sur l’ensemble du territoire britannique.

 

© Gilles Penso

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ALUCARDA (1977)

Deux jeunes filles se rencontrent dans un couvent et se lient d’une amitié profonde… jusqu’à ce que le diable s’en mêle !

ALUCARDA

 

1977 – MEXIQUE

 

Réalisé par Juan Lopez Moctezuma

 

Avec Tina Romero, Susana Kamini, David Silva, Claudio Brook, Lily Garza, Tina French, Birgitta Segerkog, Adrianna Roel, Martin LaSalle, Edith Gonzalez

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le titre Alucarda ressemble presque à une blague : la féminisation du nom « Alucard », autrement dit « Dracula » épelé à l’envers (une astuce qui apparaissait pour la première fois dans Le Fils de Dracula de Robert Siodmak). Pourtant, le film de Juan Lopez Moctezuma ne prête pas vraiment à rire et prend même son sujet très au sérieux. Il n’est d’ailleurs pas question de vampirisme ici, même si la structure du récit se calque assez fidèlement sur celle de la fameuse nouvelle « Carmilla » de Sheridan le Fanu. Le cœur du sujet du film est la possession diabolique de deux jeunes filles et les conséquences de leur comportement dans leur entourage immédiat. Mais ici aussi, Alucarda nous prend par surprise. Au lieu de se glisser confortablement dans la brèche grande ouverte par L’Exorciste et de se muer en énième imitation du classique de William Friedkin, Moctezuma (dont il s’agit du troisième long-métrage après The Mansion of Madness en 1973 et Mary, Mary, Bloody Mary en 1975) opte pour une approche très différente. De fait, Alucarda évoque plus le cinéma de Ken Russell (notamment Les Diables) que celui de Friedkin. Même s’il s’agit d’une production 100% mexicaine, le film est tourné en anglais, afin de lui offrir une distribution internationale plus large. C’est une sage décision, dans la mesure où cette curiosité vénéneuse aura un fort impact aux quatre coins du monde.

L’intrigue se résume à peu de choses, en réalité. En 1850, Lucy Westenra (Tina Romero) donne naissance à la petite Alucarda qu’elle confie à un vieux gitan avant de mourir. Quinze ans plus tard, la jeune fille (à nouveau incarnée par Tina Romero) vit toujours dans le couvent où elle a été élevée. Lorsque la nouvelle venue Justine (Susana Kamini) intègre l’institution, Alucarda s’intéresse de près à elle. Bientôt, les deux adolescentes sont liées par une amitié solide qui semble inébranlable. Mais un jour, elles visitent un palais abandonné – l’endroit même où Alucarda est née – et y découvrent la tombe de Lucy. Lorsqu’elles l’ouvrent, une force démoniaque s’empare d’elles et les possède. Voilà donc l’essence du scénario, qui sert d’abord de prétexte à l’établissement de tableaux macabres surréalistes d’une étrange beauté : la panique de Lucy face aux vieilles statues couvertes de toiles d’araignée qui semblent soupirer et gémir tout autour d’elle ; la cérémonie occulte où les participants nus dansent et s’accouplent dans la forêt tandis que surgit un prêtre à tête de bouc ; la nonne suspendue au-dessus du sol de sa cellule alors qu’une lueur surnaturelle scintille à sa fenêtre…

Délivrez-nous du mal

Les designs surprenants des décors et des costumes du film, œuvre du directeur artistique Kleomenes Stamatiades, cultivent un primitivisme insolite, à l’image des traditions séculaires de cet ordre religieux qui semble ne pas avoir évolué depuis le moyen-âge. Le couvent ressemble ainsi à une caverne sommairement aménagée dans laquelle une chapelle cyclopéenne abrite une infinité de bougies et des dizaines de statues du Christ en suspension. Les religieuses elles-mêmes sont affublées de haillons leur donnant des allures de momies. Quant au palais abandonné, berceau d’Alucarda et siège du Mal, c’est désormais un bâtiment décrépi où la nature a repris ses droits et où se dressent de sinistres statues. La première grande scène choc montre Alucarda en pleine crise de possession, nue comme un ver, contorsionnée, un poignard à la main, tandis qu’un gitan surgi inexplicablement du néant dévêt Justine. Pour sceller un pacte indélébile, chacune boit le sang de l’autre. Dès lors, l’hystérie et la culpabilité se répand comme une traînée de poudre au sein du couvent, chacun s’auto-flagellant pour chasser le démon qui pourrait se montrer trop tentateur. L’inévitable scène d’exorcisme montre Justine crucifiée, dénudée et saignée devant une assistance de nonnes gémissantes. La thématique du conflit entre la science et la religion s’invite lorsqu’un médecin s’insurge en découvrant ce spectacle. « C’est la chose la plus honteuse que j’ai vu de ma vie ! » s’exclame-t-il, outré. « Nous ne sommes plus au 15ème siècle. Je pensais que la raison avait remplacé la superstition ! » Mais ses fermes convictions vont se heurter à l’inexplicable… Et pour mieux semer le trouble, Juan Lopez Moctezuma confie au même acteur, Claudio Brook, deux rôles antithétiques : le docteur qui ne jure que par la raison et le gitan bossu qui perpétue les croyances et les superstitions. Baigné dans une étrange musique synthétique, porté par une mise en scène inventive, Alucarda s’achève sur un climax apocalyptique saturé de hurlements de terreur qui n’est pas sans évoquer celui de Carrie.

 

© Gilles Penso


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TROLL 2 (1990)

Une fausse suite de Troll souvent considérée comme l’un des pires films d’horreur de tous les temps…

GOBLINS / TROLL 2

 

1990 – USA / ITALIE

 

Réalisé par Claudio Fragasso

 

Avec Michael Stephenson, George Hardy, Margo Prey, Connie McFarland, Robert Ormsby, Deborah Reed, Jason Wright, Darren Ewing

 

THEMA SORCELLERIE I FANTÔMES I VÉGÉTAUX PETITS MONSTRES

Contrairement à ce que son titre pourrait logiquement faire croire, Troll 2 n’est pas la suite de Troll. Le scénario co-écrit par le réalisateur Claudio Fragasso et son épouse Rossella Drudi s’appelait d’ailleurs Goblins au départ. Mais les distributeurs américains décidèrent de profiter du succès (pourtant tout relatif) du film de John Buechler pour rebaptiser le film. Fragasso avait préalablement co-réalisé officieusement quelques œuvrettes débordant de mauvais goût telles que Virus cannibale, Les Rats de Manhattan ou Zombi 3. Son nom n’était donc pas gage de qualité (d’où sans doute l’utilisation du pseudonyme américanisé Drake Floyd au générique de Troll 2). Mais rien ne nous préparait pour autant à l’ampleur du massacre. Les conditions invraisemblables dans lesquelles ce film fut fabriqué permettent de comprendre en partie la nullité abyssale du résultat final. Pour commencer, le scénario des époux Fragasso est écrit dans un mauvais anglais à destination de comédiens qui n’y comprennent pas grand-chose mais sont sommés de respecter leurs dialogues à la lettre. L’équipe technique étant italienne, les acteurs américains, et aucun ne parlant la langue de l’autre, le tournage ressemble à un capharnaüm digne de la Tour de Babel. Pour couronner le tout, le producteur Joe d’Amato (réalisateur des inénarrables Blue Holocaust et Anthropophagous) serre les boulons de tous les côtés pour que le film coûte le moins cher possible, nommant même son amie la comédienne Laura Gemser (actrice peu pudique de nombreuses polissonneries dont la saga Black Emanuelle) créatrice des costumes pour faire des économies.

L’histoire de Troll 2 est celle d’une famille américaine qui décide d’aller passer un mois au grand air, échangeant pendant cette période sa maison en ville contre une masure coquette située dans la petite communauté rurale de Nilbog (un petit indice au passage : lisez ce nom à l’envers). Tout se passerait bien si Joshua (Michael Stephenson), le cadet de la famille, n’avait des visions récurrentes de son grand-père décédé le mettant en garde contre un grand danger. Selon lui, les habitants de la bourgade sont tous de redoutables goblins déguisés en humains qui vont leur offrir des mets empoisonnés pour les transformer en végétaux et ensuite les dévorer. Car ces petits monstres hideux sont végétariens, les bougres ! Bien sûr, personne ne croit aux mises en gardes du petit Joshua. Or la menace est bien réelle et les vilains goblins ne tardent pas à montrer le bout de leur nez crochu…

« Oh mon Dieu !!! »

On ne compte plus les séquences improbables qui jalonnent Troll 2 : Joshua qui urine sur la table pour empêcher sa famille de manger un repas suspect (« Que tu pisses sur l’hospitalité, c’est intolérable ! » s’écrie aussitôt son père), sa sœur Holly qui improvise une danse parfaitement ridicule devant un miroir, un type qui hurle de manière interminable « Oh mon Dieu !!! » avant de se retrouver transformé en plante en pot, une sorcière qui séduit une victime en l’embrassant avec un épi de maïs dans la bouche (leurs ébats provoquant soudain une pluie de popcorns !), un sandwich au jambon et au salami qui permet de repousser les monstres… Bien sûr, le clou du spectacle est l’apparition des goblins, des petites créatures délicieusement grotesques dont les masques en carton-pâte sont désespérément figés et dont les costumes ressemblent à des sacs de pomme de terre (preuve que Laura Gemser est bien meilleure actrice de films érotiques que costumière !). Les transformations des humains en plantes valent aussi le détour. Les malheureux s’agitent d’abord comme s’ils étaient pris d’une crise d’épilepsie, tandis qu’un liquide verdâtre poisseux coule sur leur visage. Leur corps se recouvre ensuite entièrement d’une matière visqueuse pseudo-végétale. Leurs doigts se muent en branche, leur poitrine se hérisse de feuilles, puis ils finissent sous la forme d’une sorte de salade verte géante en décomposition. Hilare ou affligé (au choix), le spectateur doit aussi subir l’interprétation d’acteurs tous plus catastrophiques les uns que les autres, avec une mention spéciale pour la sorcière (Deborah Reed) qui roule des yeux en surjouant de manière hystérique et pour le patron de la supérette (Don Packard) qui semble au bord de l’apoplexie (l’acteur flottait en réalité dans un état second, suite à une absorption massive de marijuana juste avant la prise). Considéré par beaucoup comme l’un des pires films de tous les temps, Troll 2 est forcément devenu un objet de culte auprès de connaisseurs qui s’en délectent régulièrement.

 

© Gilles Penso


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BARBAQUE (2021)

Pour son deuxième long-métrage en solo, l’acteur/réalisateur Fabrice Eboué concocte une « comédie romantique cannibale » !

BARBAQUE

 

2021 – FRANCE

 

Réalisé par Fabrice Éboué

 

Avec Fabrice Éboué, Marina Foïs, Lisa Do Couto Teixeira, Virginie Hocq, Jean-François Cayrey, Victor Meutelet, Stéphane Soo Mongo

 

THEMA CANNIBALES

Venu de la scène et du stand-up, Fabrice Eboué a gagné peu à peu ses galons de réalisateur en co-dirigeant d’abord Case départ et Le Crocodile du Botswanga, puis en signant seul la mise en scène de CoeXister. Pour son quatrième long-métrage, l’acteur/scénariste/réalisateur cherche comme toujours un sujet de comédie dans l’air du temps, en s’appuyant sur un thème sociétal susceptible de provoquer des scènes d’humour grinçant. L’inspiration lui vient d’un de ses propres sketches tournant en dérision les végétariens et les vegans. Son envie de mixer les codes de la comédie et de l’horreur, tout en cultivant un sens assumé de la provocation, lui vient en grande partie de C’est arrivé près de chez vous, qu’il découvre à l’adolescence et auquel il voue quasiment un culte. L’esprit du film choc de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde le guide donc dans l’écriture de Barbaque, élaboré en collaboration avec Vincent Solignac. La première idée consiste à suivre un groupe de vegans militants ayant décidé de commettre un attentat pendant le salon de l’agriculture. Mais le scénario change finalement de cap pour adopter le point de vue inverse, autrement dit celui d’un couple de bouchers dans la ligne de mire de vegans agressifs. Fabrice Eboué qualifie le résultat final de « comédie romantique cannibale ».

Sophie et Vincent Pascal (Marina Foïs et Pascal Eboué, qui pour l’occasion s’est relooké avec une épaisse moustache et une calvitie naissante) tiennent une petite boucherie artisanale dans le centre-ville de Melun. Tandis que Sophie tient la caisse, son mari découpe et bichonne la viande avec art et délicatesse. Mais la petite entreprise marche de moins en moins bien, tout comme la vie sexuelle du couple en plein déclin. Alors que la crise couve, un groupe de militants vegans affublés de masques d’animaux les agressent violemment dans leur boutique. Encore sous le choc, Sophie et Vincent déjeunent chez un couple d’amis détestables, beaufs, racistes et très fiers de la fortune qu’ils gagnent grâce à leur chaîne de boucherie industrielle (parfaitement incarnés par Jean-François Cayrey et Virginie Hocq). Sur le chemin du retour, Vincent reconnaît l’un de ses agresseurs et le percute en voiture, le tuant sur le coup. Que faire du corps ? Pour éviter toutes démêlées avec la police, ils le ramènent à la boucherie, Vincent le découpe et Sophie le vend par erreur aux clients, croyant qu’il s’agit d’un jambon. Or la clientèle apprécie tout particulièrement cette nouvelle viande…

Viande d’origine française

Fidèle à l’impertinence dont il s’est fait une marque de fabrique en tant qu’humoriste, Fabrice Eboué n’épargne personne. Les vegans, les carnivores, les Blancs, les Noirs, les musulmans, les racistes, les trans, les riches, les pauvres, les chasseurs, tout le monde en prend pour son grade. C’est réjouissant et délicieusement insolent, mais la démarche reste limitée dans la mesure où elle ne mène nulle part. En se contentant d’une moquerie tous azimuts, le réalisateur se prive d’un point de vue et d’une direction claire. Son scénario avance donc de manière erratique sans parvenir à nous passionner outre-mesure, au-delà de quelques gags ponctuels inattendus et d’une poignée de répliques bien senties. Le film n’est pas non plus aidé par sa facture anonyme, sa photographie sans éclat et sa mise en scène très fonctionnelle. Reste la direction d’acteurs, impeccable, et le numéro savoureux de Marina Foïs en épouse aigrie prête à oublier tout sens moral pour évacuer ses frustrations, à qui Eboué donne la réplique sous la défroque d’un époux pleutre et désespérément apathique. L’idée que ce dernier ne puisse retrouver sa virilité que grâce au meurtre n’est pas inintéressante, dans la mesure où elle ramène l’homme à ses instincts les plus primaires. L’une des meilleures trouvailles visuelles du film est d’ailleurs ce montage parallèle entre plusieurs documentaires animaliers décrivant des prédateurs en pleine action et le couple assassin assaillant bestialement ses victimes. L’équipe d’effets spéciaux de Jean-Christophe Spadaccini se met au diapason, concoctant pour les besoins du film bon nombre de faux membres hyperréalistes et quelques meurtres sanglants burlesques. Barbaque fait donc mouche en quelques occasions, mais nous sommes bien loin de l’effet dévastateur de C’est arrivé près de chez vous.

 

© Gilles Penso

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BLACK PHONE (2021)

L’équipe de Sinister se réunit pour l’adaptation redoutablement efficace d’une nouvelle de Joe Hill, le fils de Stephen King…

THE BLACK PHONE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Scott Derrickson

 

Avec Mason Thames, Madeleine McGraw, Ethan Hawke, Jeremy Davies, E. Roger Mitchell, Troy Rudeseal, James Ransone, Miguel Cazarez Mora

 

THEMA TUEURS I POUVOIRS PARANORMAUX I FANTÔMES

L’univers littéraire de Joe Hill est intimement lié à celui de son père Stephen King. Entre les deux auteurs, plusieurs obsessions et thèmes récurrents entrent en résonnance. L’éprouvante nouvelle « Le Téléphone noir », que Hill écrit en 2004 (intégrée dans le recueil « Fantômes : histoires troubles »), le démontre de manière très frontale. En toute logique, son adaptation à l’écran évoque irrésistiblement les récits de King, accumulant bon nombre de composantes régulières de son œuvre : les enfants maltraités par les brutes de l’école et par des pères abusifs, les êtres maléfiques qui les persécutent, les dons de médium et les voix de l’au-delà, un climat nostalgique teinté d’amertume et de terreur… Scott Derrickson hérite du film après une déconvenue plutôt fâcheuse : son éviction du tournage de Doctor Strange in the Multiverse of Madness. Réalisateur du premier long-métrage consacré au « Maître des arts mystiques », il ne parvient à s’entendre avec les cadres de Marvel pour le second épisode et quitte donc le navire, cédant la place à Sam Raimi. La nature ayant horreur du vide, Derrickson se remet en selle en co-rédigeant avec son fidèle compère d’écriture C. Robert Cargill le scénario de The Black Phone pour le producteur Jason Blum. Le cinéaste retrouve à l’occasion Ethan Hawke, qui tenait la vedette de Sinister. Au-delà de la prose de Hill, les inspirations du scénario sont variées et parfois surprenantes. Derrickson cite notamment Les 400 coups de François Truffaut, L’Échine du diable de Guillermo del Toro, Rosemary’s Baby de Roman Polanski et le roman « Une prière pour Owen » de John Irving.

Le récit se déroule en 1978 dans la banlieue de Denver. Le jeune Finney (Mason Thames), s’entend à merveille avec sa sœur cadette Gwen (Madeleine McGraw) mais doit subir les crises de colère de leur père alcoolique (Jeremy Davies). L’école n’est pas non plus un lieu particulièrement paisible, dans la mesure où Finney subit régulièrement les brimades et les agressions d’une poignée de collégiens bagarreurs. Le garçon garde pourtant la tête haute, notamment grâce à l’amitié qui le lie à quelques camarades fidèles. Mais la population s’affole bientôt face à la disparition de plusieurs enfants dans le quartier. Le kidnappeur mystérieux, surnommé « l’attrapeur », provoque un vent d’inquiétude croissant. Or Gwen, qui possède visiblement des capacités de voyance comme sa défunte mère, collecte plusieurs indices pendant ses rêves prémonitoires, ce qui laisse la police perplexe et déclenche la fureur de son père. La situation bascule soudain lorsque Finney est capturé à son tour par « l’attrapeur »…

Le téléphone pleure

Débarrassé des effets de style souvent éléphantesques dont Scott Derrickson aime généralement affubler la mise en scène de ses films, Black Phone se pare d’une élégance et d’une pureté qui en font certainement l’un des films les plus aboutis et les plus efficaces de son réalisateur. Il faut dire que le cinéaste s’implique personnellement dans Black Phone au point d’y injecter beaucoup de souvenirs intimes (sa propre enfance meurtrie dans le Denver des années 70, des extraits du Désosseur de cadavres qu’il découvrit à la télévision et fut un révélateur de sa future vocation artistique). Derrickson ne triche donc pas avec les mécanismes d’épouvante de son film, y compris lorsqu’il aborde son rapport complexe à la religion (à travers les invectives que Gwen lance régulièrement à l’adresse de Jésus). La performance d’Ethan Hawke est d’autant plus impressionnante qu’elle passe majoritairement par la voix, le regard et le langage corporel, son visage étant camouflé partiellement par une série de masques effrayants conçus par le maestro des effets spéciaux de maquillage Tom Savini. Habile et imprévisible, le scénario finit presque par prendre la forme d’un « escape game » morbide dans lequel le participant reçoit l’aide providentielle de messages énigmatiques délivrés par un téléphone noir surnaturel, jusqu’à un dénouement mouvementé rassemblant une à une les pièces du puzzle… Salué presque unanimement par le public et la critique, Black Phone aura rapporté près de dix fois son budget initial de 16 millions de dollars. Un succès colossal et mérité.

 

© Gilles Penso

 

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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1983)

Jane Seymour illumine de sa présence cette version télévisée du célèbre mythe qui installe son intrigue dans l'opéra de Budapest…

PHANTOM OF THE OPERA

 

1983 – USA

 

Réalisé par Robert Markowitz

 

Avec Jane Seymour, Maximilian Schell, Michael York, Jeremy Kemp, Diana Quick, Philip Stone, Paul Brooke, Andras Miko

 

THEMA SUPER-VILAINS

Cette version télévisée du roman de Gaston Leroux joue la carte du classicisme sans pour autant s’astreindre à une fidélité totale au texte initial. Tourné en extérieurs à Budapest, le film déplace du coup l’intrigue en Hongrie. Dirigée par son époux Sandor (Maximilian Schell), la chanteuse Elena Korvin (Jane Seymour) répète le rôle de Marguerite pour une représentation du « Faust » de Charles Gounod. Mais sa voix défaille à plusieurs reprises. Le soir de la première dans le grand opéra de Budapest (tourné en réalité dans le théâtre József Katona de Kecskemét), la malheureuse est huée. L’accueil est glacial et les critiques désastreuses. Désespérée, Elena se jette dans le Danube et meurt. Fou de chagrin et décidé à se venger du journal qui est, selon lui, victime de sa mort, Sandor Korvin provoque un incendie et se retrouve gravement défiguré. Moribond, il est recueilli par un vagabond qui connaît les coulisses de l’Opéra comme sa poche. Désormais dissimulé sous un masque et un grand chapeau, il hante les sous-sols de l’Opéra en jouant de l’orgue, respectant ainsi la tradition inaugurée en 1925 par Lon Chaney.

Quatre ans plus tard, le jeune metteur en scène anglais Michael Hartnell (Michael York) se dispute avec la diva italienne qui doit jouer dans « Faust » (Diana Quick), sous le regard du Fantôme. Pour la remplacer, la candide Maria Gianelli fait un essai. Le Fantôme adore cette prestation, d’autant que la jeune femme lui rappelle fortement Elena (c’est d’ailleurs Jane Seymour qui joue les deux rôles). Avec son masque hideux aux allures de tête de mort, son grand chapeau noir et son long manteau, ce Fantôme s’avère franchement sinistre. Plus tard dans le film, il arbore un autre masque moins monstrueux mais pas moins inquiétant, une sorte de visage humain inexpressif dont l’immobilité s’avère troublante. Au cours du passage obligatoire où Maria lui arrache son masque, le maquillage de son visage défiguré, inspiré en partie par celui de Lon Chaney, manque hélas de réalisme (la texture plastique de la prothèse étant trop apparente). Fort heureusement, le réalisateur a l’intelligence de le plonger le plus souvent dans la pénombre.

Vengeance d’outre-tombe

Parmi les autres scènes marquantes du film, on se souvient du bal masqué où le Fantôme menace Maria, le baron attaqué dans une voiture par des corbeaux meurtriers (référence sanglante et inattendue aux Oiseaux d’Hitchcock) ou le surgissement d’un cadavre pendu par les pieds en pleine répétition. Au cours du suspense final, la musique originale du film (composée par Ralph Burns) et celle de Gounod s’entremêlent avec une certaine harmonie faite de dissonances intéressantes. L’épisode du lustre saboté est donc relocalisé en fin de métrage. On peut regretter que la révélation de l’identité et du passé du Fantôme dès le début du film lui enlèvent son aura de mystère pour ramener l’intrigue à une simple mécanique de vengeance, d’autant que la caractérisation des personnages secondaires est réduite à sa plus simple expression et que la mise en scène de Markowitz reste fonctionnelle et anonyme. Mais toutes ces scories s’évaporent face au charme ingénu et enivrant de Jane Seymour.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN VS. THE MUMMY (2015)

Un an avant Terrifier, Damien Leone ressuscitait deux monstres classiques pour orchestrer un affrontement légendaire ultra-violent…

FRANKENSTEIN VS. THE MUMMY

 

2015 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Acteurs

 

THEMA FRANKENSTEIN I MOMIES

Damien Leone est un véritable couteau suisse. Scénariste, réalisateur, monteur, créateur d’effets spéciaux, il fait ses premières armes avec deux courts-métrages, The 9th Circle et Terrifier, qui mettent en scène sa création la plus célèbre : Art le clown. Il passe en douceur au format long avec All Hallow’s Eve, un film à sketches qui reprend ses deux courts précédents et en intègre un troisième inédit. Avant de transformer son clown psychopathe en superstar avec les longs-métrages Terrifier et Terrifier 2, Leone s’attache à deux monstres du répertoire classique qui ne s’étaient jamais affrontés à l’écran malgré la propension au crossover développée dans les années 40 par le studio Universal : le monstre de Frankenstein et la momie. Faisant fi d’un budget ramené à sa plus simple expression, d’une équipe réduite et d’un nombre limité de décors, le jeune cinéaste voit grand. Son ambition : moderniser les deux créatures en les relookant et les faire agir au sein d’un film d’horreur brutal au premier degré peu avare en effets sanglants. Rien à voir donc avec les délires semi-parodiques de Freddy contre Jason par exemple. Leone prend son sujet très au sérieux et espère que les spectateurs en feront autant.

Le jeune Victor Frankenstein (Max Rhyser) est professeur de médecine dans une université américaine. Chaque soir, après avoir prodigué ses cours aux étudiants, il se réfugie dans son petit laboratoire secret où il crée un être humain à partir de morceaux de cadavres cousus entre eux, dans l’espoir de le ramener à la vie. Sa petite amie Nailha Khalil (Ashton Leigh) enseigne dans le même établissement. Elle vient de rapporter d’un voyage à Gizeh une momie vieille de trois mille ans dans un état de conservation remarquable. Il s’agit du roi égyptien Usercare de la sixième dynastie. Selon la légende, son âme serait encore prisonnière de son corps, maudite pour l’éternité. Or la momie s’éveille soudain après avoir laissé échapper de son corps un gaz inconnu et avoir possédé l’un des professeurs. De son côté, Victor parvient à réveiller sa création en la soumettant à un courant électrique, non sans avoir poussé la légendaire exclamation chère à tout apprenti-sorcier qui se respecte : « it’s alive ! ». Mais le cerveau de la créature est celui d’un assassin sans scrupule. Comme le titre du film l’annonce sans détour, les deux monstres vont finir par s’affronter…

« It’s alive ! »

Frankenstein vs the Mummy souffre d’un casting sans éclat. Le Frankenstein juvénile incarné par Max Rhyser n’a pas beaucoup de charisme et les seconds rôles (notamment le récupérateur de cadavres Carter et le vieux professeur Walton) surjouent sans finesse. Seule Ashton Leigh tire son épingle du jeu, sans avoir pour autant grand-chose à défendre. Pour être honnête, le film aurait gagné à être délesté d’une bonne demi-heure. Son intrigue filiforme ne méritait pas de s’étendre sur deux heures de métrage, Damien Leone tirant à la ligne avec de longs dialogues un peu creux où les héros philosophent à tout va (Dieu, la vie, la mort) ou se déclarent leur flamme langoureusement. La pauvreté des décors et de la bande originale synthétique n’aident pas. Mais Leone est un enthousiaste, et sa ferveur devient vite communicative. Certes, le relooking de son monstre de Frankenstein peut laisser perplexe : chevelu, le blouson en cuir sur les épaules, la clope au bec, il brise les standards établis depuis des décennies. Mais le scénario justifie cette attitude, et Leone s’inspire largement des célèbres dessins de Bernie Wrighston pour le faciès de sa créature, volontairement éloignée du design Universal sous copyright. La momie elle-même a beaucoup d’allure, et il faut saluer la qualité des effets spéciaux de maquillage, bricolés dans des conditions précaires. Plusieurs scènes de meurtres et de mutilations annoncent d’ailleurs les excès ultra-gore des deux Terrifier. Dommage tout de même que ces monstres ne suscitent aucune empathie, contrairement à leurs modèles incarnés jadis par Boris Karloff (le monstre de Frankenstein possède le cerveau d’un sale type libidineux et la momie est un ancien tyran sanguinaire) et que leur combat ne dure que trois minutes en fin de métrage. Il y a légitimement de quoi être frustré.

 

© Gilles Penso


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TROLL (1986)

Des dizaines de créatures ancestrales surgissent dans un immeuble de San Francisco pour prendre leur revanche sur l’humanité…

TROLL

 

1986 – USA

 

Réalisé par John Buechler

 

Avec Noah Hattaway, Michael Moriarty, Shelley Hack, Sonny Bonno, June Lockhart, Julia Louis-Deryfus

 

THEMA SORCELLERIE I VÉGÉTAUX I DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Concepteur d’effets spéciaux inventifs pleins de caractère – à défauts d’être toujours très subtils -, John Carl Buechler s’est particulièrement spécialisé dans les créatures fantastiques et les maquillages gore excessifs, comme en témoignent ses travaux sur Re-Animator, Ghoulies, TerrorVision, From Beyond, Cellar Dweller, Dolls ou encore Vendredi 13 chapitre 7 (avec son Jason zombie inoubliable !). Grand habitué des productions Charles Band, il fait son baptême de réalisateur à l’occasion du film à sketches Le Maître du jeu, qui offre au producteur l’occasion de tester les capacités de metteurs en scène potentiels pour sa compagnie Empire. Convaincu par son galop d’essai, Band lui confie la réalisation de son premier long-métrage : Troll. Buechler aurait bien signé le scénario lui-même, mais ses responsabilités derrière la caméra et la conception des effets spéciaux du film ne lui laissent pas beaucoup de temps. L’écriture est donc assurée par Ed Naha, futur scénariste de Chérie j’ai rétréci les gosses. Quand le film commence, un couple (Michael Moriarty et Shelley Hack) s’installe avec ses deux enfants (Noah Hathaway et Jenny Beck) dans un appartement de San Francisco. Notons que le père s’appelle Harry Potter et son fils Harry Potter Jr ! Dans la laverie de l’immeuble, la toute jeune Wendy Anne tombe nez à nez avec le troll Turok. Dès lors, la fillette adopte un comportement très étrange, et pour cause : la créature a pris son apparence !

N’y allant pas par quatre chemin, Turok a décidé de transformer notre monde en un univers fantasmagorique, comme jadis, pour que les trolls prennent leur revanche sur l’humanité qui les a vaincus autrefois. Avec sa bague, il pique donc un voisin qui se transforme en une espèce de cosse de haricot géante d’où sortent des plantes en accéléré, lesquelles se déploient aussitôt dans tout l’appartement. Trois autres trolls émergent de cette « jungle » instantanée. L’un est monté sur des pattes d’araignée, l’autre ressemble à un reptile, le troisième a des faux airs de l’étrange créature du lac noir. D’autres voisins subissent bientôt le même sort que le précédent et provoquent donc le surgissement de nouvelles créatures. Plus ou moins trapus, plus ou moins velus mais invariablement hideux, ils possèdent chacun une morphologie différente : un groin de cochon, des cornes de bélier… Buechler en profite même pour recycler l’une des créatures du Maître du jeu. Tout ce bestiaire (conçu à l’aide d’acteurs costumés et de masques mécaniques) constitue bien sûr l’attraction principale du film, les métamorphoses gluantes s’effectuant face à la caméra grâce à des effets de « bladders » (poches gonflables) très efficaces. Au milieu de cette prolifération monstrueuse – qui tente à sa manière de surfer sur le succès récent de Gremlins -, quelques séquences surréalistes affleurent, comme cette chanson qu’entonnent en chœur les trolls sur une musique féerique de Richard Band.

Troll de bêtes

Féru d’atmosphères insolites, John Buechler dresse le portrait de voisins tous plus bizarres les uns que les autres, notamment une vieille sorcière (June Lockhart) qui possède chez elle un champignon vivant avec un visage (façon Téléchat) ainsi qu’un tableau dont le portrait ressemble trait pour trait au visage du réalisateur ! Car Buechler truffe son film de clins d’œil, y compris à L’Histoire sans fin (dont le jeune indien Atreju était justement incarné par Noah Hathaway, qui joue ici Harry Jr). La chambre du garçon est décorée avec des posters du Maître du jeu et de Parasite. Quant à sa télévision, elle diffuse la séquence de Siegfried affrontant le dragon dans Les Nibelungen. Parmi les habitants de l’immeuble, on note la présence de Julia Louis Dreyfus (future héroïne de la série Seinfeld), dans son tout premier rôle à l’écran, qui se transforme ici en étrange nymphe fleurie. Au cours du climax, nos héros vont devoir affronter le troll ultime, autrement dit un monstre géant affublé d’ailes de chauves-souris, tandis que de gigantesques plantes grimpantes surgissent en stop-motion du toit du bâtiment et se déploient comme des tentacules devant les passants médusés. Généreux, drôle, décomplexé, Troll s’apprécie comme une récréation modeste mais joyeuse. Buechler poursuivra dès lors une double carrière de créateur d’effets spéciaux et de réalisateur.

 

© Gilles Penso

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