LE MONSTRE AUX FILLES (1961)

Chantages et coucheries sont au programme de ce film de loup-garou atypique situé dans un pensionnat pour jeunes filles…

LYCANTHROPUS

 

1961 – ITALIE / AUTRICHE

 

Réalisé par Paolo Heusch

 

Avec Curt Lowens, Barbara Lass, Carl Shell, Maurice Marsac, Maureen O’Connor, Mary McNeeran, Grace Neame

 

THEMA LOUPS-GAROUS

À contre-courant des histoires de loup-garous narrées par les compagnies Universal et Hammer, Le Monstre aux filles mixe épouvante et intrigue policière en un étrange cocktail, le tout sous l’égide de Paolo Heusch qui nous livra trois ans plus tôt un Danger vient de l’espace relativement anecdotique. L’intrigue prend place dans une maison de rééducation pour jeunes filles, où vient de débarquer un tout nouveau professeur. Dès le premier soir de son arrivée, Mary, l’une des pensionnaires, fait le mur et traverse une magnifique forêt nocturne digne des productions Universal. Soudain, elle se fait attaquer par deux mains velues, puis son corps sans vie est jeté dans un cours d’eau, le tout souligné par une musique étrange et plutôt efficace, à base de piano énervé, de flûte virevoltante et de cuivres envoûtants. Le lendemain, les rumeurs vont bon train. S’agit-il de l’attaque d’une bête sauvage ou d’un monstre ? Étant donné que Mary faisait chanter quelqu’un, n’aurait-elle pas plutôt été assassinée ? Brunhilde, l’une de ses camarades, décide de mener l’enquête…

Dès lors, le scénario prend la structure classique d’un whodunit, la fameuse question « qui est l’assassin ? » prenant ici la tournure de « qui est le loup-garou ? ». Les soupçons pèsent sur le nouvel arrivant, mais il faut avouer que l’employé Walter (Luciano Pigozzi, sosie italien de Peter Lorre) a un comportement pour le moins troublant… D’une grande beauté plastique, le film bénéficie d’une photographie en noir et blanc très soigné, de décors superbes et de l’indéniable photogénie de ses jeunes actrices, même si ces dernières restent sagement engoncées dans leurs stricts uniformes. Les amateurs de chair fraîche alléchés par le titre américain Werewolf in a Girl Dormitory (« Le loup-garou dans un dortoir de filles ») en sont donc pour leurs frais. Si l’érotisme n’est donc pas de la partie, l’épouvante promise par le titre original a tout de même droit de cité à travers un lycanthrope pour le moins atypique. Son maquillage bestial s’avère plutôt efficace, en grande partie grâce à une photographie contrastée privilégiant les zones d’ombre.

Hormones, tyroïde et lycanthropie

Démarqué du look imposé par Jack Pierce dans les années 30, ce loup-garou évoque plutôt le Mister Hyde de Rouben Mamoulian. Hélas, il n’apparaît que furtivement, jouant presque un rôle de figurant au beau milieu d’une nébuleuse histoire de coucheries et de chantages. Le film présente tout de même l’originalité de nous proposer une explication médicale à la lycanthropie, par la bouche même du professeur nouvellement arrivé dans la maison de redressement. Prenez des notes, ça peut servir. D’après lui, la glande pituitaire qui contrôle les hormones et la tyroïde est en cause. En effet, si on agit sur elle avec de l’hypophyse de loup, on peut soigner certains malades souffrant de crises bestiales. Hélas, les effets secondaires s’avèrent pires que le mal combattu, car aussitôt le système pileux et la dentition se développent, le comportement change, et le patient finit par agir comme un animal. Le loup-garou terrorisant les jeunes filles serait donc victime de ce fâcheux traitement. La révélation de son identité, en forme de coup de théâtre, précipite donc la fin d’un récit anecdotique mais fort distrayant.

 

© Gilles Penso


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L’EMPIRE DES FOURMIS GÉANTES (1977)

Le roi des films de monstres géants des années 50 poursuit ses méfaits dans les seventies en opposant Joan Collins à des insectes monstrueux…

EMPIRE OF THE ANTS

 

1977 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Joan Collins, Robert Lansing, Albert Salmi, John David Carson, Robert Pine, Edward Power, Jacqueline Scott

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

La fin des années 70 n’entama guère le goût de Bert I. Gordon pour les monstres géants. Vingt ans après les sauterelles de Beginning of the End, il s’attaque ici aux fourmis, mâtinant son récit de clichés issu du cinéma catastrophe alors en pleine vogue et utilisant abusivement le nom d’H.G. Wells comme source prétendue d’inspiration (il nous avait déjà fait le coup avec Village of the Giants et Soudain les monstres). Le prologue nous présente sous une forme documentaire les mœurs des fourmis et la manière dont elles usent de leurs phéromones. Au cours du générique, un navire largue en pleine mer des fûts de déchets radioactifs. Or l’un de ces dangereux récipients atterrit sur le sable d’une île de Floride en cours d’installation immobilière. Bientôt, une inoffensive colonie de fourmis vient tremper ses mandibules dans le produit en fuite… A deux pas de là, une experte foncière aux dents longues (Joan Collins) propose un tour de bateau à un groupe d’éventuels investisseurs. Suivant un mode narratif calqué sur les Airport, La Tour infernale ou L’Aventure du Poséidon, les protagonistes nous sont présentés à tour de rôle, véhiculant chacun son lot d’archétypes et de lieux communs.

Les personnalités s’affirment, les couples se forment, les animosités se dessinent… Et bientôt surgissent des hordes de fourmis grosses comme des rhinocéros. Dotées d’un appétit vorace et d’une forte intelligence de groupe, elles frappent les humains un à un, leur laissant bien peu d’espoir de survie. Les séquences d’attaque sont certes répétitives, mais l’ingéniosité artisanale des effets spéciaux fait souvent mouche, Gordon utilisant tour à tour de véritables insectes agrandis par rétro-projections, par caches ou par incrustations, de gros modèles mécaniques vaguement articulés, et même une petite séquence animée image par image pour le déplacement des monstres sur un ponton. La partie centrale du film est donc conçue sur le mode d’un survival ponctué de morts violentes, jusqu’à ce que les derniers rescapés tentent de s’échapper par une rivière et débouchent sur un village voisin. Là, ils découvrent que la reine de la colonie s’est immiscée dans l’esprit de ses victimes humaines et contrôle leurs pensées.

Old School

Empruntant ses éléments science-fictionnels à L’Invasion des profanateurs de sépultures mais aussi à L’Attaque des crabes géants, le climax se déroule dans une raffinerie de sucre et s’achève dans un grand incendie. Le problème majeur de L’Empire des fourmis géantes est sans doute l’incapacité de Bert I. Gordon à s’adapter au modernisme des années 70, traitant son sujet de la même manière qu’à l’époque de The Spider ou Le Fantastique homme colosse. Or entre-temps, Steven Spielberg a sérieusement redéfini les canons du genre avec Les Dents de la mer, précédé dix ans plus tôt par les incontournables Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Mais Mister BIG préfère ne rien changer à sa formule, osant même réutiliser le prétexte d’une mutation à base de produits radioactifs, un cliché passé de mode depuis bien longtemps ! Voilà donc un film qui arrive trop tard. Au milieu des fifties, L’Empire des fourmis géantes se serait probablement taillé la réputation d’un petit classique du genre. Deux décennies plus tard, il passa complètement inaperçu.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN 1970 (1958)

Boris Karloff incarne un savant fou balafré donnant naissance à un monstre atomique dans cette relecture futuriste du célèbre mythe…

FRANKENSTEIN 1979

 

1958 – USA

 

Réalisé par Howard K. Hoch

 

Avec Boris Karloff, Tom Duggan, Jana Lund, Donald Barry, Charlotte Austin, Irwin Berke, Rodolph Anders, John Dennis

 

THEMA FRANKENSTEIN

27 ans après le premier Frankenstein de la Universal, Boris Karloff revient fréquenter le mythe de Mary Shelley, cette fois-ci dans le rôle du baron, pour ce Frankenstein 70 qui ravira les amateurs de cinéma bis et dont la mise en chantier fut principalement motivée par le succès l’année précédente de Frankenstein s’est échappé et I Was a Teenage Frankenstein. Jadis torturé par les nazis, ce nouveau descendant de l’audacieux Victor a le visage à moitié défiguré par une hideuse balafre. La gestion du patrimoine familial ne mettant guère de beurre dans ses épinards, il loue le château familial à une équipe de télévision désirant y tourner un film d’épouvante. Le seul but du baron est en réalité d’acquérir un réacteur atomique pour ramener à la vie à la créature de son trisaïeul, qu’il cache dans son laboratoire ultra-moderne. Signe des temps, les arcs électriques et les poulies ont fait place aux machines électroniques et aux bandes magnétiques. D’où le titre futuriste de cet énième Frankenstein (pour un spectateur des années 50, évidemment). A vrai dire, Frankenstein 1970 faillit d’abord s’appeler plus modestement Frankenstein 1960, mais on opta en fin de compte pour un saut dans le temps plus conséquent. Au diable la demi-mesure !

Au début du film, la créature est en bien piteux état, car son visage n’est qu’une tête de mort et son corps en manque d’organes vitaux. Le vieux baron n’hésite donc pas à éliminer Shuter (Norbert Schillert), son serviteur, pour lui « emprunter » son cerveau, son cœur et ses yeux. Hélas, les globes oculaires sont rendus inutilisables suite à une maladresse. Il faut donc en puiser de nouveaux parmi les membres de l’équipe de tournage. Le monstre se met alors à déambuler dans le château, le corps recouvert de bandelettes et la tête coiffée d’un étrange cylindre en forme de poubelle ! Judy (Charlotte Austin), la scripte de l’équipe, est assassinée, tout comme le caméraman, et c’est finalement Gottfried (Rudolph Anders), le vieil ami trop curieux de Frankenstein, qui donnera ses yeux à la créature. Ces diverses disparitions ne sont pas prises au sérieux par la police, qui soupçonne une manœuvre publicitaire. Mais les hurlements paniqués de Carolyn Hayes (Jana Lund), la jeune et jolie actrice de l’équipe, finissent par tourmenter le monstre qui, schéma classique, se retourne contre son créateur, l’incendie traditionnel étant ici remplacé par les radiations atomiques.

La boucle se boucle

Quelques idées visuelles intéressantes ponctuent le film, comme la créature guettant Carolyn dans l’ombre de la crypte, ou les yeux de Gottfried apparaissant d’abord écarquillés en gros plans, puis insérés à la place des orbites vides du monstre suite à une audacieuse ellipse. Mais l’ensemble du film se traîne en longueur sans véritable sens du rythme, d’autant que les personnages ne sont que des coquilles vides auxquelles il est bien malaisé de s’identifier. Il faut dire que le scénario pourtant co-signé par les vétérans Richard Landau (Le Monstre) et George Worthing Yates (Des monstres attaquent la ville) ne fait pas dans la dentelle, se démarquant à peine des élucubrations d’un Ed Wood moyen (on pense notamment à La Fiancée du monstre avec Bela Lugosi). Reste ce dénouement surprenant, où nous découvrons que sous ses bandelettes, le monstre a le visage de Boris Karloff. La boucle est ainsi bouclée.

 

© Gilles Penso


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SCARY MOVIE 2 (2001)

Le deuxième volet de la célèbre saga parodique des frères Wayans délaisse les tueurs psychopathes au profit des esprits et des fantômes…

SCARY MOVIE 2

 

2001 – USA

 

Réalisé par Keenan Ivory Wayans

 

Avec Marlon Wayans, Shawn Wayans, Tim Curry, James Woods, Veronica Cartwright

 

THEMA FANTÔMES I DIABLE ET DÉMONS I SAGA SCARY MOVIE

La lourdeur potache du premier Scary Movie ne laissait aucun espoir quant à l’intérêt potentiel d’une quelconque séquelle. Pourtant, le prologue de Scary Movie 2 s’avère prometteur, puisqu’il parodie avec un certain panache L’Exorciste, permet à James Woods de pasticher avec bonne humeur la prestation de Max Von Sydow en prêtre illuminé, et s’achève sur un combat de jets de vomi assez épique ! Le rôle de Woods fut d’abord proposé à Charlton Heston, qui déclina l’offre, puis à Marlon Brando, qui empocha un généreux cachet d’un million de dollars mais fit faux bond à la production pour des raisons de santé. La suite du film permet de cerner les nouvelles ambitions de ce second opus : laisser tomber Scream pour se concentrer sur un scénario hérité de Hantise, autrement dit plonger les protagonistes imbéciles du premier film dans une maison hantée, sous l’œil malsain d’un professeur déjanté incarné par Tim Curry (The Rocky Horror Picture Show, Legend, Ça).

L’idée est louable, car elle permet d’éviter la redite. Hélas, la bêtise des gags et leur étirement jusqu’à l’épuisement empêchent la parodie de faire mouche. Exemple : les trois héroïnes féminines dévalent un escalier au ralenti, accompagnées par une BO techno nerveuse, et font face au méchant debout derrière une grille. On sent donc venir d’assez loin la parodie de Charlie Angels, d’autant que les filles arborent les mêmes tenues, les mêmes coupes de cheveux et les mêmes postures martiales que le trio mis en scène par McG. Mais le scénario se croit obligé de leur faire crier « Drôles de Dames ! » et de singer toute une série de plans du film suscité, comme si le public était trop idiot pour capter le clin d’œil du premier coup. Ce jeu inutile des prolongations devient par moments embarrassant. Les autres parodies de succès plus ou moins contemporains accumulées dans ce second Scary Movie (Titanic, Hannibal, Apparences, le Dracula de Coppola, Poltergeist) tombent ainsi plus ou moins à plat pour les mêmes raisons, malgré quelques séquences purement fantastiques assez prometteuses, comme l’attaque d’une plante géante fumeuse de joints ou la résurrection d’un squelette récalcitrant.

Dans la précipitation

Ni meilleure, ni pire que le premier Scary Movie, cette séquelle pêche donc par les mêmes défauts et s’oubliera tout aussi facilement. On a tout de même du mal à croire qu’un tel scénario ait été l’œuvre commune de sept personnes, preuve que l’union ne fait pas toujours la force. La bande originale elle-même mélange les travaux d’une multitude de compositeurs, après le refus de la partition écrite par George S. Clinton (pas assez proche selon les producteurs de la musique temporaire utilisée au montage) et le désistement de Marco Beltrami pour cause d’agenda trop chargé. Tous ces cafouillages sont en partis dûs à la précipitation dans laquelle le film a été réalisé, le studio Dimension ayant exigé des frères Wayans que cette séquelle soit distribuée un an après le premier Scary Movie.

 

© Gilles Penso


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LE NEUVIÈME CŒUR (1979)

Un étudiant sans le sou se lance dans une quête semée de danger pour libérer une jeune femme des griffes d’un vil alchimiste…

DEVÁTÉ SRDCE

 

1979 – TCHÉCOSLOVAQUIE

 

Réalisé par Juraj Herz

 

Avec Ondrej Pavelka, Anna Malova, Julie Juristova, Josef Kemr, Juraj Kukura, Frantisek Filipovsky, Premysl Koci, Josef Somr

 

THEMA CONTES

Le Neuvième cœur est le quatorzième long-métrage de Juraj Herz, un prolifique cinéaste tchèque formé à la photographie et à la mise en scène théâtrale qui alterne depuis le milieu des années 60 films et téléfilms. Ce conte de fées traditionnel, réalisé dans la foulée d’une relecture de La Belle et la Bête que Herz signa la même année (les deux tournages furent quasiment simultanés), Le Neuvième cœur donne la vedette à Martin (Ondrej Pavelka), un jeune étudiant sans le sou qui sympathise avec une troupe d’artistes de rue et notamment avec Toncka (Anna Malova), la fille d’un marionnettiste. Jeté en prison après avoir invité tous les saltimbanques à un fastueux déjeuner sans être capable de payer le restaurateur, il s’évade peu après mais le Grand-Duc (Premysl Koci) a juré sa perte. Effectivement, après une poursuite échevelée où Martin tente d’échapper aux gendarmes à travers le marché (aidé par le lanceur de couteaux, la montreuse de serpents et les comédiens), il tombe entre leurs griffes. Acculé, Martin tente le tout pour le tout : il propose au Grand-Duc de libérer sa fille, la belle princesse Adriena (Julie Juristova), de la terrible malédiction qui pèse sur elle. Huit vaillants gentilshommes ont tenté l’aventure avant lui et aucun n’est jamais revenu, mais Martin a-t-il vraiment le choix ?

Désormais hôte du palais royal, notre étudiant se lie d’amitié avec le bouffon de la cour (Frantisek Filipovsky), dont le maquillage n’est pas sans évoquer le diable du Faust de Murnau. Ce dernier lui propose de l’aider dans sa quête. Un soir, enveloppés dans un manteau magique qui les rend invisibles, Martin et le bouffon suivent la princesse, qui emprunte un bateau et traverse un fleuve, accompagnée par deux hommes aux allures de croque-morts blafards, tels deux nochers des Enfers ramant sur le Styx (la scène annonce d’ailleurs l’une des péripéties du Choc des Titans). Repéré, le bouffon est emmené dans un sinistre château où est organisé un grand bal décadent. Les invités, tous blafards, y ressemblent plus à des cadavres qu’à des vivants. C’est Aldobrandini (Juraj Kukura), l’ancien alchimiste du Grand-Duc, qui tire les ficelles de cette mascarade. Grâce à une essence recueillie dans le tombeau des pharaons, il vit depuis 300 ans. En la mélangeant avec l’extrait des cœurs qu’il a volés, il obtiendra un élixir lui donnant la vie éternelle. Et bien sûr, il compte épouser Adriena pour couronner son triomphe…

Poésie macabre

Très jolie réussite formelle, qui évoque parfois le Pinocchio de Comencini, Le Neuvième cœur bénéficie d’une direction artistique impeccable témoignant de l’exceptionnel savoir-faire de Juraj Herz en ce domaine, comme en témoignent par exemple ce magnifique décor de la salle du temps (orné d’une forêt de cierges, d’un grand escalier et d’un gigantesque mécanisme d’horlogerie) ou encore ces images exagérément filtrées à l’intérieur du château du Grand-Duc, comme si la vie s’y était figée dans du coton ou de la naphtaline. Cette relecture très personnelle des « Contes nocturnes » d’E.T.A Hoffman n’a décidément rien d’une traditionnelle fable pour enfants, véhiculant même une atmosphère sinistre avec laquelle les jeunes spectateurs occidentaux n’étaient guère familiers. D’ailleurs, la décomposition finale du méchant nous ramène directement aux classiques de la Hammer (on pense bien sûr au climax du Cauchemar de Dracula). Le Neuvième cœur déborde donc d’idées visuelles et de poésie, même si son scénario linéaire, ses péripéties faibles et son rythme assez languissant jouent fatalement en sa défaveur.

 

© Gilles Penso


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LE PEUPLE DE L’ENFER (1956)

Une expédition scientifique se rend dans une cité antique inexplorée et découvre une horde d’hommes-taupes aux yeux globuleux…

THE MOLE PEOPLE

 

1956 – USA

 

Réalisé par Virgil Vogel

 

Avec John Agar, Cynthia Patrick, Hugh Beaumont, Alan Napier, Nestor Paiva, Phil Chambers, Rodd Redwing, Robin Hughes

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

Le prologue du Peuple de l’enfer, très didactique, est assuré par un professeur d’anglais (le docteur Frank Baxter, dans son propre rôle) nous expliquant les possibilités d’un monde intérieur caché quelque part dans le globe terrestre. Après un générique volcanique à souhait, nous voilà transportés « quelque part en Asie », où une équipe d’archéologues découvre une tablette vieille de cinq mille ans. « Quand je pense à ces innombrables civilisations perdues, englouties ou détruites, j’ai le vertige » lâche alors d’un air inspiré le professeur Bentley (incarné par ce bon vieux John Agar, héros de Tarantula et de La Revanche de la créature). Visiblement désireux de revenir aux sources de leur âge d’or, les studios Universal nous plongent ainsi dans une ambiance très proche de La Momie de 1932, d’autant que la tablette en question promet une malédiction à ceux qui auront l’outrecuidance de la déterrer. Im-Ho-Tep n’est pas loin… Nos chercheurs partent dès lors en quête d’une cité antique, quelque part dans les hauteurs montagneuses. Après un long périple, ils la découvrent, mais les ruines semblent habitées…

Si les premières péripéties du film savent piquer l’intérêt, et si la première apparition des inquiétants « hommes taupes », dont on n’aperçoit que les griffes et un bout de museau, est plutôt efficace, la suite du métrage frôle dangereusement le grotesque. Car les survivants de l’expédition découvrent bientôt toute une peuplade albinos adoratrice de la déesse Ishtar, vêtue de toges anachroniques, évoluant dans des décors de théâtre et s’exprimant dans un parfait anglais ! A partir de là, tous les clichés sont autorisés : le conseiller du roi qui complote avec duplicité contre son souverain, le héros qui tombe amoureux d’une belle autochtone soumise, la longue et inutile scène de danse exotique (à la chorégraphie joyeusement improbable), la révolte des esclaves contre l’autorité tyrannique ou encore l’inévitable cataclysme final.

Étranges créatures en caoutchouc

Les monstres eux-mêmes, lorsqu’ils se révèlent sous toutes leurs coutures, perdent beaucoup de leur superbe. Car leur grosse tête caoutchouteuse, leurs yeux globuleux et leur dos bossu engoncé dans une veste de costume noir suscitent plus volontiers le rire que la frayeur. C’est pourtant Bud Westmore, superviseur du fameux costume de L’Étrange créature du lac noir, qui en est l’auteur. Le film doit principalement sa notoriété à ces créatures souterraines venues s’ajouter au panthéon des monstres délicieusement rétro de la science-fiction des fifties, même si leur temps de présence dans le métrage demeure finalement très réduit. Faisant ici son baptême de metteur en scène, Virgil Vogel, monteur d’œuvres variées telles que Deux nigauds et l’homme invisible ou Les Survivants de l’infini, s’efforce de donner un peu de cohérence à ce récit en singulière perte de crédibilité. L’année suivante, Vogel allait signer un sympathique Oasis des tempêtes s’efforçant à son tour de varier les plaisirs autour du thème du monde perdu, avant de redevenir provisoirement monteur le temps d’un chef d’œuvre d’Orson Welles, le célèbre La Soif du mal.

 

© Gilles Penso


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LE CORRUPTEUR (1971)

Marlon Brando incarne un homme maléfique dans ce conte pervers se situant avant les événements paranormaux racontés dans Les Innocents

THE NIGHTCOMERS

 

1971 – GB

 

Réalisé par Michael Winner

 

Avec Marlon Brando, Stephanie Beacham, Thora Hird, Harry Andrews, Verna Harvey, Christopher Ellis

 

THEMA ENFANTS

Sulfureuse, subversive et ouvertement malsaine, cette œuvre britannique est conçue comme une « préquelle » du fameux roman d’Henry James « Le Tour d’Ecrou », dont la plus célèbre adaptation cinématographique fut Les Innocents de Jack Clayton, en 1961. Un an avant Le Parrain, Marlon Brando incarne ici l’un des rôles les plus étonnants et les plus injustement méconnus de sa prolifique carrière. Malgré sa réputation d’acteur « difficile », Michael Winner a toujours affirmé s’être fort bien entendu avec Brando, refusant poliment certaines de ses demandes excentriques (comme réécrire tout le scénario pendant le tournage) et le poussant même dans ses retranchements pour obtenir certaines performances (l’une de ses scènes fut ainsi tournée alors qu’il était totalement ivre). Nimbé d’une déliquescente duplicité, affublé d’un accent irlandais qui rend ses répliques à peine intelligibles, le futur Don Corleone de Francis Coppola incarne Peter Quint, palefrenier et homme à tout faire d’une grande propriété victorienne dont les propriétaires viennent de mourir, laissant derrière eux deux jeunes orphelins, Miles (Christopher Ellis) et Flora (Verna Harvey). Ces derniers sont confiés aux bons soins de la perceptrice Miss Jessel, incarnée par Stephanie Beacham, future héroïne de Dracula 73, après que Jennie Linden ait refusé un rôle aussi peu orthodoxe.

Mais c’est auprès de Quint que Miles et Flora découvrent toutes les expériences que les adultes camouflent d’ordinaire aux enfants. Ils apprennent ainsi les mystères de la vie, de la mort, de l’amour et de la haine, à travers cet homme à la moralité douteuse et aux penchants cruels. Peu à peu corrompus, les têtes blondes parachèvent ce douteux apprentissage en assistant aux ébats violents et sadomasochistes de Quint avec Miss Jessel. Miles et Flora s’amusent alors à recréer dans leur chambre à coucher les expériences érotiques de la perceptrice et du palefrenier, sous les yeux épouvantés de la vieille gouvernante de la maison, Madame Grose (Thora Hird), qui décide de faire renvoyer Quint et Jessel. Incapables d’empêcher cette irrévocable décision, perdant toute notion du bien et du mal, nos charmants bambins se mettent alors en tête de permettre aux amants de rester liés pour l’éternité… en les tuant !

Le parrain du mal

Ainsi, dans Le Corrupteur, le mal s’immisce progressivement, tel un virus, et gagne peu à peu l’esprit malléable des deux enfants. Mais l’œuvre de Michael Winner est surtout une fronde lancée contre les institutions rigoristes et aristocratiques, propices au développement des perversités de Peter Quint dont il sera l’ultime victime. Tous parfaits, les comédiens servent à merveille ce scénario audacieux, qui souffre tout de même d’un rythme un peu languissant, en accord il est vrai avec la triste campagne anglaise embrumée dans laquelle se traîne l’intrigue. Le Corrupteur reçut un accueil des plus mitigés au moment de sa sortie, dans la mesure où les amateurs du roman d’Henry James et du film de Jack Clayton ne souhaitaient pas qu’on leur montre de manière aussi explicite les événements précédant ceux décrits dans « Le Tour d’Ecrou ». Le mystère et le travail d’imagination du lecteur/spectateur étaient en effet très sollicités dans l’œuvre initiale. Or Winner n’en a cure ici, ce qui n’ôte rien aux qualités formelles de son film.

 

© Gilles Penso


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L’ÎLE DES DINOSAURES (1967)

À la recherche de l’Atlantide, une expédition se retrouve en pleine jungle sauvage peuplée d’hommes préhistoriques et de sauriens géants…

LA ISLA DE LOS DINOSAURIOS

 

1967 – MEXIQUE

 

Réalisé par Rafael Portillo

 

Avec Armando Silvestre, Alma Delia Fuentes, Manolo Fabregas, Elsa Cardenas, Genaro Moreno, Crox Alvarado

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

C’est du Mexique que nous vient L’Île des dinosaures, réalisé par Rafael Portillo en 1967 d’après un scénario d’Alfredo Salazar. Démarrant à la manière de L’Oasis des tempêtes de Virgil Vogel, le film s’intéresse à une expédition partie à la recherche de l’Atlantide. Au cours d’un prologue assez expéditif, leur avion traverse des intempéries puis s’écrase sur une île inconnue. Perdus dans la jungle, nos aventuriers installent un feu de camp, des tentes, des chaises pliantes, bref transforment aussitôt les lieux en terrain de camping. Les filles de l’expédition vont même faire trempette dans un lac voisin. Soudain, un montage parallèle nous fait découvrir une peuplade d’hommes et de femmes préhistoriques qui vivent sur cette île. L’un d’entre eux, Molo (Armando Silvestre), après avoir perdu un combat contre un de ses congénères, se retrouve banni par les siens. Errant dans la forêt, il croise Laura (Alma Delia Fuentes), l’une des exploratrices, la sauve des griffes d’un gorille (un homme s’agitant dans un costume velu) et l’emmène dans une caverne. Le film prend un ton surréaliste lorsque tous deux se muent en gentil petit couple préhistorique, se confectionnant avec les moyens du bord des tuniques à la coupe impeccable.

Dès lors, Molo et Laura arborent la même coiffure et la même tenue que Victor Mature et Carole Landis, les deux héros de Tumak fils de la jungle, ce qui permet au réalisateur Rafael Portillo d’utiliser de très larges extraits du classique d’Hal Roach réalisé 27 ans plus tôt, y compris de nombreux plans avec les acteurs originaux vus de dos. La supercherie – franchement culottée – est assez visible. Du coup, L’Île des dinosaures se mue purement et simplement en remake à peine déguisé de Tumak, voire en version mexicaine du film, comme à l’époque où les mêmes longs-métrages étaient tournés simultanément dans des langues différentes pour le marché international (l’un des exemples les plus connus étant le Dracula de 1931 tourné en anglais par Tod Browning et en espagnol par George Melford).

« Molo, te quiero ! »

Le plus gros du travail du scénariste Alfredo Salazar consiste ainsi à intégrer dans son script un maximum de séquences du mélodrame antédiluvien de 1940. Le célèbre combat de l’iguane contre le crocodile est évidemment recyclé, tout comme le surgissement du tatou géant, de l’éléphant déguisé en mammouth, du varan enseveli sous les rochers et du cataclysme final. Seule petite nouveauté : le combat de Molo contre le gorille, qui s’avère particulièrement frustrant dans la mesure où l’homme préhistorique transperce le singe d’une lance au bout de quelques secondes de face à face. Bien entendu, le volcan que l’on voyait fumer au début du film finit par entrer en éruption. Le climax n’oublie aucun passage obligatoire : le cataclysme, le tremblement de terre, les dinosaures qui tombent dans les fissures et la coulée de lave. Puis les éléments déchaînés se calment en un claquement de doigt. L’épilogue échappe enfin à l’influence de Tumak lorsque nos explorateurs, ayant réparé leur avion, décident de rejoindre la civilisation. Mais Laura, qui s’est entichée de son bel homme des cavernes, décide de rester, susurrant à son sauveur un irrésistible « Molo, te quiero ! » (à déguster en version originale bien sûr) avant de s’en aller joyeusement gambader dans les bois à ses côtés !

 

© Gilles Penso


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LES ÂMES PERDUES (2000)

Winona Ryder se met en quête de l’antéchrist dans ce long-métrage esthétisant réalisé par le chef opérateur attitré de Steven Spielberg…

LOST SOULS

 

2000 – USA

 

Réalisé par Janusz Kaminski

 

Avec Winona Ryder, Ben Chaplin, John Hurt, Sarah Wynter, Philip Baker Hall, Elias Koteas, Brian Reddy, John Beasley, John Diehl

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Chef opérateur attitré de Steven Spielberg depuis La Liste de Schindler, Janusz Kaminski s’est vu proposer, pour sa première mise en scène, un thriller surnaturel lié au thème de l’antéchrist, sous la tutelle de Meg Ryan reconvertie en productrice. Sans doute Kaminski eut-il préféré un sujet plus en accord avec sa sensibilité, mais celui-ci présentait l’avantage de mettre en avant son savoir-faire technique. Winona Ryder incarne ici Maya, une ex-délinquante « sauvée » par sa foi en Dieu. Depuis, elle participe activement à certaines opérations spéciales de l’église catholique, notamment des séances d’exorcisme. Lors de l’une d’entre elles, pratiquée sur un dangereux psychopathe, elle apprend que Satan est sur le point de revenir sur terre sous une forme humaine. En décodant des messages chiffrés laissés par le possédé, Maya trouve le nom du malheureux élu : Peter Kelson. Or le paradoxe veut que ce dernier, auteur de best-sellers plaçant sous le feu des projecteurs diverses affaires criminelles, défende ardemment une thèse abolissant les notions de Bien et de Mal. Pour lui, en effet, ce sont les déséquilibres psychiques qui font pencher la balance, mais en aucune manière un manichéisme ancestral. Or ses convictions vont peu à peu voler en éclats lorsque Maya viendra lui faire part de sa terrible découverte…

Tel est le point de départ accrocheur de cette première œuvre. Film de chef opérateur oblige, Les Âmes perdues est une petite merveille visuelle, tirant parti d’une photographie somptueuse quasi-monochrome signée Mauro Fiore (auteur de la lumière du remake de Get Carter la même année) et d’une mise en scène élégante et stylisée. Autre atout majeur : un trio de comédiens extrêmement convaincants, dans les rôles pourtant délicats de la croyante prophétisant l’apocalypse (Winona Ryder), de l’antéchrist malgré lui (Ben Chaplin) et du prêtre traumatisé (John Hurt). Et pourtant, malgré cette conjonction de talents, Les Âmes perdues ne parvient guère à captiver bien longtemps son public. La faute en incombe à un scénario frileux, ne s’écartant jamais des sentiers tracés par L’Exorciste, Rosemary’s Baby ou La Malédiction, sans jamais oser aller aussi loin qu’eux.

Le retour de l’apocalypse

Les clichés d’usage s’alignent donc sagement (le pentacle, la croix à l’envers, le nombre 666), et malgré quelques efficaces séquences choc (les hallucinations de Maya dans la salle de bains soudain couverte de sang), le film ne décolle jamais vraiment. On finit donc par suivre sans passion ce récit apocalyptique aux forts relents de déjà-vu, jusqu’à un dénouement attendu qui ne prend pas vraiment parti. En oubliant de ménager de la place pour la surprise et l’étonnement, Janusz Kaminski a ainsi raté le coche, ce qui explique aisément pourquoi son premier film est passé plutôt inaperçu sur les écrans. Le choix de la date de sortie américaine des Âmes perdues fut d’ailleurs un véritable casse-tête pour les distributeurs, dans la mesure où des films aux thèmes voisins surchargeaient les écrans. On opta finalement pour le 13 octobre 2000 qui, ironiquement, fut la même date de sortie que la réédition de L’Exorciste de William Friedkin.

 

© Gilles Penso


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TERREUR SUR LA VILLE (1976)

Un tueur en série sévit dans une petite bourgade tranquille du sud des États-Unis, laissant la police locale démunie…

THE TOWN THAT DREADED SUNDOWN

 

1976 – USA

 

Réalisé par Charles B. Pierce

 

Avec Ben Johnson, Andrew Pine, Dawn Wells, Jimmy Clem, Jim Citty, Charles B. Pierce

 

THEMA TUEURS 

Située à la frontière du Texas et de l’Arkansas, Texarkana (ça ne s’invente pas !) est une petite ville tranquille, la parfaite carte postale de l’Amérique rurale de l’après-guerre, loin du tohu-bohu des grandes villes. Pourtant, en cet été 1946, les habitants vont vivre dans la peur suite aux meurtres sans mobile apparent d’un tueur masqué s’en prenant à des jeunes gens dans les environs du lac. Dépassée, la police fait appel à un profiler du FBI mais l’enquête piétine. Tirée de faits réels, comme le stipule la sentencieuse la voix off intervenant régulièrement au cours du film afin de faire le point sur la situation, Terreur sur la ville brouille les pistes entre reproduction et reconstitution. Mais en l’absence de survivant ou de témoin lors de certains crimes, le spectateur est bien obligé de se demander si les faits relatés sont authentiques ou le fruit d’une inspiration sadique. Comme cette mise à mort gratinée au cours de laquelle le tueur attache un couteau à un trombone à coulisse avant d’entonner une mélodie aussi fausse que fatale en raison des coups portés lors des va-et-vient de l’instrument dans le dos d’une victime (la femme du réalisateur, vraisemblablement consciente que cette scène pourrait lui valoir le titre de « scream queen ») ligotée face contre un arbre. Le style sobre du « documenteur » s’efface alors momentanément au profit d’une mise en scène digne d’un giallo. Et bien que cette scène soit complètement fictive, elle constitue peut-être le moment le plus iconique et marquant du film.

Les premières images surprennent pourtant : la photographie, classique et même classieuse, en met plein les mirettes et ferait presque croire à un film de studio au budget conséquent. Le prologue, narré par une voix off annonçant sans détour que la paix apparente ne va pas durer, fait preuve d’un réel sens du cadre et du découpage. Pour un peu, on croirait voir un film à la maitrise digne du John Carpenter de Assaut. Hélas, sitôt les premiers personnages introduits à l’écran, une direction d’acteur hésitante, voire complètement hasardeuse lorsque le réalisateur s’essaie à la comédie (un policier aussi zélé qu’idiot donne envie de lever les yeux au ciel) vient doucher l’enthousiasme initial. Pour ne rien arranger, le montage s’avère très mal dégrossi, avec une fâcheuse tendance à traîner en longueur après certaines répliques au lieu d’enchaîner sur la suivante. Et pour les plus observateurs, le manque de moyens est trahi par la reprise systématique des mêmes véhicules d’époque d’une scène à l’autre, dans des « rôles » différents qui plus est ! Charles B. Pierce mène sa barque cahin-caha jusqu’au bout de la durée syndicale d’1h25, et s’il n’a pas le talent ou la personnalité de Tobe Hooper ou John Carpenter, il faut lui reconnaitre un certain savoir-faire et suffisamment d’aplomb en dépit d’un micro-budget.

Slasher année zéro

Terreur sur la ville jouit d’un certain statut « culte » en grande partie dû au fait qu’il fut longtemps invisible en salles et en vidéo. Mais soyons honnête : malgré son indéniable contribution à la définition du cahier des charges du slasher (tueur masqué et mise à mort aussi inventive que sadique à la clé), il n’arrive pas à la cheville de Massacre à la tronçonneuse ou Halloween sortis à la même période. Rétrospectivement, on peut voir le genre comme un révélateur inconscient de la prise de conscience, après le Vietnam et l’affaire du Watergate, du fait que l’Amérique triomphante de l’après-Seconde Guerre était elle-même gangrenée jusque dans ses propres campagnes par le mal et la violence. Une rupture entre l’Amérique de Kennedy et celle de Nixon, un contraste entre le cinéma hollywoodien et le cinéma indépendant émergeant, parfaitement illustrés ici bien que les faits relatés se passent en fait trois décennies auparavant. Le film débute avec des jeunes gens se rendant à un bal dans la parfaite lignée de celui de Retour vers le futur, puis enchaine sur une ambiance plus « redneck » avec ses scènes de meurtres champêtres et des policiers aussi peu fins que démunis face à ces meurtres en série. S’il reste une authentique série B de par son budget et ses méthodes de production (financement participatif local et totalement indépendant) et de distribution (les drive-in, principalement), Terreur sur la ville fait néanmoins preuve d’une approche formelle avant-gardiste. Il reste également le principal titre de gloire de Charles B.Pierce et fera l’objet d’un remake produit par Jason Blum en 2014.

 

© Jérôme Muslewski


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