DARKNESS (2002)

Le deuxième long-métrage de Jaume Balaguero confronte une adolescente au terrifiant secret d’une maison hantée…

DARKNESS

 

2002 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Jaume Balaguero

 

Avec Anna Paquin, Lena Olin, Iain Glen, Giancarlo Giannini, Fele Martínez, Fermín Reixach, Stephan Enquist

 

THEMA FANTÔMES

Avec La Secte sans nom, Jaume Balaguero avait démontré un indiscutable talent dans l’art d’effrayer le spectateur à coup de chocs visuels et sonores, d’atmosphères putrides et de terreurs enfantines, sans pour autant recourir au moindre effet spectaculaire. Tout ou presque se passait dans la tête du spectateur. Il transforme ici l’essai, se hissant parfois au niveau des meilleurs films nippons du genre (Dark Water et Ju-On en tête) en imposant l’Espagne comme un véritable espoir en matière de renouveau du cinéma horrifique. Au début des années 2000, les cinéastes de la péninsule ibérique laissaient en effet souffler un vent de fraîcheur vivifiant dans le domaine du fantastique et de l’épouvante. On pourra certes reprocher à Darkness de souffrir du même travers principal que son prédécesseur, autrement dit une fâcheuse tendance à masquer derrière son ambiance anxiogène très efficace un scénario bancal à la crédibilité toute relative. Mais grâce à ses qualités artistiques, le film reste de très haute tenue. Le récit de Darkness est vu à travers les yeux de Regina (Anna Paquin, qui fut la mutante Malicia dans les X-Men de Bryan Singer). Cette adolescente américaine en quête d’affection et de repères vient d’emménager avec ses parents et son petit frère dans une grande maison de campagne en pleine campagne espagnole.

Peu à peu, une succession de petits éléments troublants perturbent Regina. Il y a d’abord le comportement étrange de son père, victime d’une maladie nerveuse dont la guérison semble éphémère car ses crises de colère sont de plus en plus fréquentes. Plus inquiétant : son frère Paul est soudain terrifié par le noir, griffonne des dessins macabres dans lesquels des enfants semblent décapités et porte des traces de coups inexplicables. Incapable de s’appuyer sur sa mère, une infirmière cartésienne et débordée de travail, Regina trouve une oreille attentive auprès de Carlos, un étudiant incarné par Fele Martinez, futur héros de La Mauvaise éducation de Pedro Almodovar. Ses investigations vont la conduire tout droit en Enfer. Car la demeure semble abriter un terrible secret, vieux de quarante ans, où il est question de culte satanique et de sacrifice humains. Or dès que la maison est plongée dans les ténèbres, les fantômes d’une demi-douzaine d’inquiétants enfants surgissent un à un, ivres de vengeance…

Les spectres de la vengeance

Darkness se pare des qualités formelles inhérentes au travail habituel de son réalisateur, notamment un jeu d’acteurs extrêmement convaincant, une photographie somptueuse (signée Xavi Gimenez, à qui nous devons les images de The Machinist et Agora) et un montage affûté au millimètre près (œuvre de Luis de la Madrid, futur réalisateur de La Nonne). De fait, on s’étonne de voir Darkness porter l’estampille de « Fantastic Factory », dans la mesure où la compagnie ibérique co-fondée par Brian Yuzna s’était plutôt spécialisée dans la série B d’horreur joyeusement excessive (Arachnid, Dagon, Beyond Re-Animator). Or Darkness place clairement ses ambitions au-dessus des délires grand-guignolesques pré-cités, tissant impitoyablement son réseau de séquences insolites et oppressantes, confinant ses personnages dans des recoins sombres et jouant en virtuose sur les terreurs basiques, notamment la claustrophobie et la peur du noir. Hélas, cette maestria dans l’art de l’angoisse suggestive finit par fixer ses propres limites, dans la mesure où chaque élément inquiétant mis en place au sein du scénario semble n’avoir aucun autre objectif que l’établissement d’effets de peur à l’efficacité immédiate, là où une mécanique d’épouvante à plus long-terme eut été beaucoup plus percutante. Dommage, car des enjeux dramatiques mieux définis et une intrigue plus méticuleusement construite auraient pu permettre à Darkness d’accéder au statut de classique du genre. En l’état, le film reste élégant mais anecdotique.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LA NUIT DE LA GRANDE CHALEUR (1967)

Derrière ce titre torride se cache une fable de science-fiction où le célèbre duo Christopher Lee / Peter Cushing se donne la réplique…

NIGHT OF THE BIG HEAT

 

1967 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Christopher Lee, Patrick Allen, Peter Cushing, Jane Merrow, Sarah Lawson, William Lucas, Kenneth Cope, Percy Herbert

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Si Terence Fisher est un maître incontestable – et incontesté d’ailleurs – du film d’épouvante, ses incursions dans la science-fiction ne sont pas toujours aussi convaincantes, comme le prouve hélas cette Nuit de la grande chaleur qui sollicite pourtant la présence toujours réjouissante des immenses Christopher Lee et Peter Cushing. Adapté d’un roman de John Lymington publié en 1959 dont il reprend le titre, le film démarre à la façon d’un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir, avec son lot de mystères et de personnages pittoresques. Sur l’île de Fara, au nord de l’Angleterre, un microclimat inexpliqué provoque soudain une terrible montée de chaleur. Tandis que les employés de la station météo se perdent en conjectures, que le bienveillant docteur Stone (Cushing) s’efforce de calmer son entourage et que le taciturne professeur Hanson (Lee) effectue des recherches poussées sur le phénomène, le romancier Jeff Callum (campé par un Patrick Allen qu’on eut aimé plus expressif) reçoit Angela, sa nouvelle secrétaire.

Sans atteindre les sommets torrides que laisse imaginer le titre français un brin équivoque, La Nuit de la grande chaleur fait tout de même monter le mercure de quelques degrés lorsque paraît la secrétaire en question, car il s’agit de l’avenante Jane Merrow (habituée des séries britishs de l’époque, de Chapeau melon au Prisonnier en passant par Le Saint et Destination Danger). Peu avare de ses charmes, elle apporte une touche de sensualité à un scénario qui n’hésite pas à accumuler les clichés du soap opera, à grand renfort de dialogues excessifs dignes d’un roman photo. Car Angela est l’ancienne maîtresse de Callum, qu’elle souhaite reconquérir séance tenante, quitte à révéler leur liaison à l’épouse du romancier, tenancière de l’auberge du coin. Entre deux intrigues sentimentales à l’eau de rose, le film décrit les conséquences fâcheuses des hausses de température : les bouteilles explosent, les habitants sont à bouts de nerf, et quelques hommes s’affolent même face au corps constellé de sueur de la belle Angela (l’un d’eux tente même de la violer !).

Les aliens font monter la température

Parallèlement, un son strident et des éclats de lumière aveuglants frappent l’île, provoquant la mort du bétail et de plusieurs autochtones. Hanson finit par développer une théorie un peu folle : tous ces événements sont selon lui le prélude à une invasion extra-terrestre, les envahisseurs reproduisant sur l’île la température de leur planète afin de coloniser la Terre. Le savant assène une quantité d’explications pseudo-scientifiques, à base d’ondes envoyées par les hommes dans l’espace, pour étayer son propos. Personne ne cherchant à le contredire à ce stade du métrage, la riposte contre l’assaillant interplanétaire s’organise peu à peu. Le dernier quart d’heure du film nous offre enfin la vision de ces extra-terrestres aux ambitions hégémoniques, sous forme de blobs lumineux qui rampent à grand peine et provoquent pourtant des hurlements de terreur chez les personnages. Alors que tout semble perdu pour les survivants, un deus ex machina bien commode vient résoudre tous les problèmes de manière aussi absurde qu’abrupte. Sans doute peu convaincu lui-même par cette œuvre maladroite surfant sur la vogue de la série Quatermass, Terence Fisher revint dès l’année suivante à son genre favori avec Frankenstein créa la femme.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

THE MUNSTERS (2022)

Rob Zombie s’essaie à la comédie pour la première fois de sa carrière en revisitant une série culte des années soixante…

THE MUNSTERS

 

2022 – USA

 

Réalisé par Rob Zombie

 

Avec Jeff Daniel Phillips, Sheri Moon Zombie, Daniel Roebuck, Richard Brake, Sylvester McCoy, Jorge Garcia, Catherine Schell, Cassandra Peterson

 

THEMA VAMPIRES I FRANKENSTEIN I ZOMBIES I MOMIES I LOUPS-GAROUS I SORCELLERIE ET MAGIE I ROBOTS

Rob Zombie a toujours été un grand fan des Monstres, série culte des années 60 parodiant allègrement les créatures gothiques du répertoire classique (Frankenstein et Dracula en tête) en se positionnant sur le même registre que La Famille Addams, l’une étant diffusée sur CBS, l’autre sur ABC. Cette passion pour la tribu des Munsters – variante loufoque des crossovers orchestrés par Erle C. Kenton dans La Maison de Frankenstein et La Maison de Dracula – transparaît dans le premier long-métrage de Zombie, La Maison des 1000 morts, qui doit autant à Massacre à la tronçonneuse qu’aux Universal Monsters. C’est d’ailleurs à l’époque de ce film, au début des années 2000, que le musicien devenu réalisateur commence à réfléchir à une nouvelle version des Monstres. Voir ce cinéaste porté sur le gore, la violence hardcore et les ambiances malsaines se laisser tenter par un spectacle familial et burlesque peut sembler de prime abord totalement improbable, mais après tout pourquoi pas ? En déplaçant le curseur de l’horreur vers la comédie tout en conservant son penchant pour l’épouvante old-school, Zombie réalise ainsi le tout premier film de sa carrière qui ne soit pas classé R (interdit aux mineurs non accompagnés d’un adulte). Il démarre son tournage en novembre 2021, à Budapest, et se lance dans une « prequel » du célèbre show télévisé.

C’est donc l’idylle naissante de Lily et Herman Munster que le film nous raconte. La première, incarnée par l’incontournable égérie/épouse du réalisateur, Sheri Moon Zombie, est une ghoule gothique dont la garde-robe semble empruntée à un film de Tim Burton. Languide, elle erre dans le grand château familial en compagnie de son père vampire (Daniel Roebuck) et de leur domestique Igor (Sylvester McCoy). En quête du grand amour, Lily découvre l’existence d’une créature qui fait soudain palpiter son cœur : Herman Munster (Jeff Daniel Philips), sosie du monstre de Frankenstein né des folles expériences du professeur Henry Augustus Wolfgang (Richard Brake) assisté du maladroit Floop (Jorge Garcia) ayant par erreur remplacé le cerveau d’un grand savant initialement prévu par celui d’un humoriste minable. Entre Herman et Lily commence une romance euphorique, au grand dam du patriarche qui regarde ce futur gendre rustre et lourdaud d’un très mauvais œil…

Train fantôme

Très généreux, The Munsters nous offre une jolie galerie de monstres à l’ancienne : vampires à la Max Schreck ou à la Bela Lugosi, momies, zombies, loup-garou, sorcières, robot échappé d’un serial, homme-poisson écailleux… Les clins d’œil frontaux aux Universal Monsters abondent (des extraits de Deux nigauds contre docteur Jekyll et de L’Étrange créature du lac noir passent à la télé, une photo de Boris Karloff dans La Momie repose sur un guéridon), bref nous sommes de toute évidence en présence d’un hommage énamouré et sincère. Mais pour que le film fonctionne, Zombie se devait de construire une véritable histoire avec des enjeux dramatiques dignes de ce nom, au lieu de se contenter d’une succession de sketches très modérément drôles. Le jeu outrancier des acteurs (grimaces excessives, pantomimes pataudes, dialogues déclamés comme « Au théâtre ce soir ») et la musique éléphantesque (qui se lance dans des « pouet pouet » de circonstance pour indiquer les passages drôles) n’arrangent rien. D’autant que les décors – certes très graphiques et très joliment éclairés – semblent empruntés à ceux d’un train fantôme de fête foraine. Autrement dit, The Munsters ressemble plus à un show télévisé d’Halloween qu’à un véritable film. Il est difficile de ne pas se laisser gagner par un élan de nostalgie en repensant aux merveilles que fit Mel Brooks dans Frankenstein Junior dont le cahier des charges était finalement assez similaire. Au jeu de la comparaison, ce bon vieux Rob Zombie ne fait évidemment pas le poids. Les effets cartoon (gros plans des acteurs incrustés sur des motifs dessinés, façon Creepshow) et les guest stars (Cassandra « Elvira » Peterson en agent immobilier, Dee Wallace en voix off de l’émission « Good Morning Transylvania ») n’y changent pas grand-chose : The Munsters est poussif, preuve que la comédie n’est vraiment pas le point fort de Zombie, à moins qu’elle soit cynique, cruelle et tachée de sang.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

MAUVAIS ESPRIT (2003)

Thierry Lhermitte incarne un brillant architecte dont le bébé est possédé par un homme revanchard dont il a provoqué accidentellement la mort…

MAUVAIS ESPRIT

 

2003 – FRANCE

 

Réalisé par Patrick Alessandrin

 

Avec Thierry Lhermitte, Ophélie Winter, Maria Pacôme, Michel Müller, Leonor Watling, François Levantal, Clémentine Célarié

 

THEMA ENFANTS

Thierry Lhermitte fait partie de ces comédiens qu’on a du mal à ne pas trouver sympathique, et ses hallucinantes performances dans des œuvres mythiques comme Le Père Noël est une ordure ou Le Dîner de cons le hissent au niveau des meilleurs acteurs comiques de sa génération. Notre désarroi de spectateur est donc d’autant plus grand lorsqu’on le voit échouer dans des naufrages aussi navrants que ce Mauvais esprit. « Je n’ai jamais eu beaucoup de flair dans le choix de mes films », nous avoue-t-il. « A l’époque où l’on m’avait proposé l’un des rôles principaux dans Trois hommes et un couffin, j’avais préféré jouer dans Le Mariage du siècle, c’est vous dire ! » (1) Il est probable que l’intuition lui fit à nouveau défaut ici. Pourtant, il faut reconnaître que Mauvais esprit partait avec quelques atouts en poche, notamment un auteur réalisateur prometteur qui signa la rafraîchissante comédie Quinze août (taillée sur mesure pour Jean-Pierre Darroussin, Richard Berry et Charles Berling). Mais le scénario, mariant maladroitement le concept d’Allo Maman ici bébé avec un vague argument fantastique, ruine rapidement tout le potentiel comique du film.

Lhermitte incarne ici Vincent Porel, grand ponte de l’industrie du bâtiment. Son dernier projet en date est la construction d’un stade olympique. Or l’architecte auteur du concept original est Simon Variot (Michel Müller), qui l’avait conçu pendant ses études et s’est fait tout bonnement voler le projet. Orphelin, frappé par les oreillons au moment de passer le concours d’architecture, errant de petits boulots en petits boulots, trompé par sa petite amie Carmen (Leonor Watling) qui se jette dans les bras de son meilleur ami (François Levantal), Simon est le parfait archétype du malchanceux. Lorsqu’il découvre que son projet de stade olympique est en train de lui échapper, il décide d’aller en toucher deux mots à Porel. Mais ce dernier l’éconduit prestement et le renverse accidentellement avec sa voiture (Müller est à l’occasion remplacé par un personnage en 3D qui voltige au-dessus du véhicule comme dans un cartoon). Simon meurt aussitôt, mais il se réincarne dans le corps du bébé de Porel. Pour se venger, Simon va donc devenir un enfant infernal, insupportable et incontrôlable, transformant rapidement la vie de son père en véritable enfer.

Chérie j’ai réincarné le bébé !

L’idée de base repose donc sur un concept pour le moins tiré par les cheveux. Comme en outre les gags sont poussifs, les situations comiques fort mal amenées et les dialogues médiocres, il n’y a pas grand-chose à sauver de cette triste entreprise. Sans parler de Michel Müller, qui assure la voix off du bébé avec un manque de conviction qui ne prête que rarement au rire. Lhermitte fait donc ce qu’il peut mais en vain, Ophélie Winter est parfaitement transparente dans le rôle de son épouse glaciale, Clémentine Célarié assure le service minimum en associée de Porel. Reste Maria Pacôme, qui apporte un petit grain de folie plutôt bienvenu en incarnant la mère de Porel (de toutes façons Pacôme est toujours impeccable, quel que soit son personnage). Pour augmenter l’impact de ses séquences « comiques », Alessandrin fait appel à moult trucages numériques souvent très réussis, permettant de visualiser les gigantesques bêtises de bébé Porel. Mais sans bonnes idées à défendre ni scénario digne de ce nom, les meilleurs effets spéciaux du monde ne sont que des cache-misères.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2002

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

FIRESTARTER (2022)

Cette relecture du fameux roman de Stephen King, signée par le réalisateur de The Vigil, ne parvient pas à surpasser la version de 1984…

FIRESTARTER

 

2022 – USA

 

Réalisé par Keith Thomas

 

Avec Ryan Kiera Armstrong, Zac Efron, Sydney Lemmon, Kurtwood Smith, John Beasley, Michael Greyeyes, Gloria Reuben

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA STEPHEN KING

Le roman « Charlie » de Stephen King, publié en 1980, avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique sous la direction de Mark Lester, laquelle fut surtout médiatisée à l’époque pour la présence en tête d’affiche de Drew Barrymore (révélée dans E.T.) accompagnée de quelques solides partenaires tels que Martin Sheen ou George C. Scott. Une sorte de suite télévisée fut diffusée en 2002, signée Robert Iscove, puis « Charlie » retomba un peu dans l’oubli. Pour remettre au goût du jour la petite fille pyromane et lui offrir un long-métrage à la hauteur du roman qui lui donna naissance, les producteurs Jason Blum et Akiva Goldsman initient donc une nouvelle version, sous le double label de Blumhouse et Universal. Goldsman envisage un temps de réaliser Firestarter lui-même, puis cède sa place au cinéaste allemand Faith Akin (Soul Kitchen) qui lui aussi passe son tour. C’est finalement Keith Thomas qui hérite du bébé, sur la foi de son film d’horreur The Vigil qui parvenait à susciter un climat d’angoisse très efficace avec une remarquable économie de moyens. Or ce Firestarter cru 2022 cherche justement à aborder son sujet brûlant sous un angle intimiste.

C’est par une image paisible et douce que s’amorce d’ailleurs le film, celle d’un bébé allaité par sa mère. Mais le calme cède le pas à la panique lorsque l’enfant provoque un incendie à distance. Désormais âgée d’une dizaine d’années, Charlene « Charlie » McGee (Ryan Kiera Armstrong), s’efforce de vivre avec ses parents Vicky (Sydney Lemmon) et Andy (Zac Efron) l’existence tranquille d’une petite fille normale. Sauf que Charlie n’est pas comme les autres. Lorsque ses émotions sont trop fortes, elle enflamme littéralement son entourage. Non contentes de faire désordre, ces manifestations incendiaires risquent surtout d’attirer l’attention d’une organisation scientifique top-secrète qui cherche par tous les moyens à mettre la main sur cette mutante. Les parents de Charlie eux-mêmes furent les cobayes d’une expérience soi-disant inoffensive, l’injection de la drogue expérimentale baptisée Lot-6, les ayant dotés de capacités paranormales. Andy est désormais télépathe et Vicky douée de télékinésie, et chacun vit dans la peur d’être mis à jour. Lorsque Charlie provoque involontairement un accident incandescent dans son école, la situation bascule et la longue traque commence…

Où est Charlie ?

Bénéficiant du jeu tout en retenue de Zac Efron et Sydney Lemmon, de la mise en scène élégante de Keith Thomas (privilégiant les gros plans à la longue focale et les jeux sur les reports de mise au point) et d’une bande originale atmosphérique « so eighty » de John Carpenter, Cody Carpenter et Daniel Davies (qui signèrent pour Blumhouse la musique de la trilogie Halloween de David Gordon Green), le premier tiers de Firestarter est assez prenant, construit comme un lent crescendo laissant la tension s’installer et monter inexorablement. Mais lorsque le rythme s’emballe, le film perd paradoxalement toute son énergie, alors que la cavale aurait logiquement dû être le point culminant de Firestarter. Quelques idées intéressantes émergent, comme le transfert du pouvoir du père de Charlie à sa fille par télépathie, mais le film se traîne et s’engourdit sans jamais retrouver l’énergie et le punch de la version de 1984 qui – malgré ses imperfections – n’était pas avare en séquences d’action spectaculaires. De toute évidence, Mark Commando Lester était plus dans son élément que ne l’est Keith The Vigil Thomas. Le scénario de Scott Teems (Halloween Kills) intègre en outre maladroitement le motif du super-héros (via une réplique de la grande méchante incarnée par Gloria Reuben et l’imagerie de la capuche héritée d’Incassable). Même s’il nous épargne la scène post-générique à la Marvel, le film montre à travers sa fin ouverte une volonté manifeste de lancer une nouvelle franchise. Mais l’accueil glacial de la critique et du public étouffent ce projet dans l’œuf. Dans un registre similaire, on préfèrera très largement le Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

MORBIUS (2022)

Après avoir été le Joker de Suicide Squad, Jared Leto passe chez Marvel pour se muer en « super-héros » vampire…

MORBIUS

 

2022 – USA

 

Réalisé par Daniel Espinosa

 

Avec Jared Leto, Matt Smith, Adriana Arjona, Jared Harris, Al Madrigal, Tyrese Gibson, Corey Johnson, Zaris-Angel Hator, Joe Ferrara, Charlie Shotwell

 

THEMA VAMPIRES I SAGA MARVEL COMICS

Le studio Sony Pictures dut se mordre les doigts après avoir rendu à Marvel son super-héros le plus populaire, le bien nommé homme-araignée. Après le semi-fiasco du second The Amazing Spider-Man et le retour en fanfare du « monte-en-l’air » sous les traits de Tom Holland, les têtes pensantes de Sony se mirent donc à racler les fonds de tiroir pour y trouver ce qui pouvait, parmi les propriétés intellectuelles dont elles possédaient encore les droits, se rapprocher le plus possible des aventures de Peter Parker et de son bondissant alter-ego. Elles y trouvèrent le dégoulinant Venom et le blafard Morbius, deux anti-héros apparus respectivement dans « The Amazing Spider-Man » n°252 (en 1984) et « The Amazing Spider-Man » n°101 (en 1971). L’existence de ces sinistres individus est indissociable de celle du tisseur de toiles, mais Sony ne peut plus porter à l’écran l’homme-araignée. D’où un Venom et un Venom : Let There Be Carnage qui se passent de la présence de Spidey et qui – avouons-le – font peine à voir. Dans la foulée, place donc au vampire Michael Morbius qui part au moins avec un atout supplémentaire en main : la présence du réalisateur Daniel Espinosa, signataire du remarquable thriller de science-fiction Life dans lequel – ironie du sort – s’animait une entité extra-terrestre très proche du symbiote ayant donné naissance à Venom. Mais le cinéaste avait-il une chance d’apposer sa patte sur un produit aussi formaté ? Encore eut-il fallu que le scénario soit à la hauteur…

C’est d’abord à l’âge de dix ans que nous découvrons Michael Morbius, hospitalisé en Grèce pour une maladie du sang qui l’affaiblit considérablement. Son camarade de chambrée, qu’il surnomme Milo, souffre des mêmes troubles génétiques. Refusant de se laisser abattre, Morbius se plonge dès qu’il le peut dans les études de médecine et devient un éminent scientifique. Refusant publiquement le prix Nobel pour ses travaux sur le sang artificiel, Morbius part capturer au Costa Rica des centaines de chauves-souris vampires dans l’espoir de mélanger leurs gènes avec les siens et d’éradiquer ainsi la maladie qui le frappe. N’importe qui aurait pu lui dire que c’était une mauvaise idée, mais dans ce cas-là il n’y aurait pas eu de film. L’expérience qu’il s’apprête à pratiquer étant parfaitement illégale, il met en place un laboratoire clandestin dans un bateau voguant au beau milieu des eaux internationales. Bien sûr les choses tournent mal et Morbius subit soudain une mutation imprévue qui le transforme en monstre assoiffé de sang…

Mauvais sang

Même s’il ne possède pas vraiment les attributs du vampire maudit imaginé par Roy Thomas et dessiné par Gil Kane en 1971, Jared Leto entre habilement dans la peau de Michael Morbius, le dotant d’un charisme ténébreux bienvenu, loin des excès caricaturaux dont il avait affublé le Joker de Suicide Squad par exemple. Le problème, c’est que le film n’a rien d’autre à raconter que ses origines, somme toute assez classiques (un sérum censé le guérir mais qui a de redoutables effets secondaires, refrain connu). Pour faire bonne mesure, le scénario de Matt Sazama et Burk Sharpless (Gods of Egypt, Power Rangers) le dote d’un adversaire qui n’a clairement qu’une seule fonction : muer artificiellement Morbius en super-héros. Le gentil vampire ne boit donc que du sang artificiel (à l’exception de celui de quelques méchants) et son ennemi est une caricature incarnée sans la moindre finesse par un Matt Smith en roue libre (sa petite danse torse nu devant un miroir vaut le détour !). Visuellement non plus, Morbius ne fait pas dans la dentelle, accompagnant les super-pouvoirs des vampires de traînées de particules multicolores du plus curieux effet. On comprend mieux ce parti pris douteux (qui rend les poursuites et les affrontements souvent illisibles) quand on sait que les influences majeures du cinéaste pour ces séquences furent les démonstrations de pouvoir des Pokémons ! Le film se clôt bien entendu sur une fin très ouverte et nous assène l’incontournable double séquence post-générique conçue pour faire frétiller d’impatience les fans en clignant de l’œil vers le Marvel Cinematic Universe.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

FUMER FAIT TOUSSER (2022)

Une équipe de super-héros à mi-chemin entre Bioman et les Power Rangers prend quelques jours de repos au bord d’un lac…

FUMER FAIT TOUSSER

 

2022 – FRANCE

 

Réalisé par Quentin Dupieux

 

Avec Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier, Jean-Pascal Zadi, Oulaya Amamra, Vincent Lacoste, Alain Chabat, Adèle Exarchopoulos, Benoît Poelvoorde

 

THEMA SUPER-HÉROS I ROBOTS

La deuxième partie de 2022 aura pris la forme d’un double cadeau pour tous les amateurs du cinéma déjanté de Quentin Dupieux. Coup sur coup – à cinq mois à peine d’intervalle – seront en effet sortis en salle son neuvième et son dixième long-métrage, autrement dit Incroyable mais vrai et Fumer fait tousser, respectivement en juin et novembre de la même année. Tout juste remis du sous-sol à voyager dans le temps qui détraquait la vie d’Alain Chabat et Léa Drucker, nous voilà face à une sorte de parodie de Bioman qui se transforme en cours de route en variante de Creepshow ou des Contes de la Crypte ! Comme s’il voulait célébrer son dixième long sous forme d’un feu d’artifice bizarroïde, Dupieux convoque plusieurs de ses acteurs fétiches plus d’autres visages familiers du grand public et parvient ainsi à réunir l’un des castings les plus savoureux et les plus variés de sa déconcertante filmographie. En plantant ses caméras dans la campagne du Gard et en occupant une fois de plus la grande majorité des postes artistiques clés (le scénario, la réalisation, la photographie), « Mr. Oizo » concocte donc une nouvelle œuvre totalement inclassable, en totale roue libre, à mi-chemin entre la comédie burlesque, l’horreur satirique et la science-fiction japonaise.

Dans une époque indéterminée qui semble – comme souvent chez Dupieux – coincée entre les années 80 et les années 2000, un enfant demande à ses parents d’arrêter leur voiture pour aller se soulager la vessie. Dans le terrain vague où il s’isole, le petit garçon assiste à une scène digne d’un épisode des Power Rangers : cinq super-héros casqués en combinaison moulante se battent contre une tortue géante en caoutchouc. Il s’agit des membres de la « Tabac Force », des justiciers intrépides qui portent le nom de Benzène (Gilles Lellouche), Nicotine (Anaïs Demoustier), Methanol (Vincent Lacoste), Ammoniaque (Oulaya Amamra) et Mercure (Jean-Pascal Zadi). Accompagnés de leur fidèle robot Didier-500, ils combinent leurs pouvoirs toxiques pour détruire le super-vilain (en une belle explosion visqueuse) puis s’auto-congratulent joyeusement. Mais avant leur prochaine mission, ils sont sommés de partir au vert pendant une semaine pour améliorer la cohésion de leur groupe. Entretemps, le sinistre Lézardin (Benoît Poelvoorde), empereur du mal, se prépare à anéantir la planète Terre…

Sans queue ni tête

Complètement délirante, cette parodie des programmes dont se délectaient les jeunes téléspectateurs des années 80, à mi-chemin entre le Bioman des Nuls et le Biouman des Inconnus, part brutalement dans une toute nouvelle direction. Les « Super Sentaï » cèdent alors le pas à l’horreur burlesque, le temps de quelques histoires courtes hallucinantes (sur lesquelles plane l’ambiance des « EC Comics ») animées par d’autres comédiens tout aussi désopilants que ceux qui incarnent la « Tabac Force ». Place donc à Adèle Exarchopoulos, David Marsais, Doria Tillier et Jérome Niel pour le récit d’un casque de pensée aux effets inattendus, ou plus tard à Blanche Gardin, Anthony Sonigo et Raphaël Quenard pour nous raconter les méfaits d’une machine broyeuse. Véritable best-of d’idées folles jetées les unes après les autres au fil d’un scénario qui s’efforce de les enchaîner comme il peut, Fumer fait tousser nous offre une galerie de créatures aberrantes, du petit robot échappé de San Ku Kaï au cafard géant caoutchouteux à la Spectreman en passant par un rat baveux digne des Feebles (qui s’exprime avec la voix d’Alain Chabat) ou un barracuda qui parle. C’est drôle, absurde, sans queue ni tête, et le tout s’achève sur une « non-fin » en suspension qui nous laisse totalement frustrés et incrédules – mais également euophoriques, allez comprendre !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

BEAST (2022)

Pour protéger sa famille, Idris Elba affronte un monstrueux lion revanchard au beau milieu de la savane africaine…

BEAST

 

2022 – USA

 

Réalisé par Baltasar Kormakur

 

Avec Idris Elba, Sharlto Copley, Iyana Halley, Leah Jeffries, Martin Munro, Thalepo Sebogodi, Chris Langa, Tafara Nyatsanza, Ronald Mkwanazi

 

THEMA MAMMIFÈRES

Baltasar Kormarkur est un réalisateur d’origine islandaise, signataire de plusieurs longs-métrages d’abord sur sa terre natale puis à Hollywood, parmi lesquels on se souvient notamment de 1010 Reykjavik, Contrebande, Everest ou A la dérive. Un point commun relie plusieurs de ces films : le thème de l’individu contraint de revenir à ses instincts les plus primitifs pour survivre dans un environnement naturel hostile. Rarement ce motif fut traité de manière aussi frontale que dans Beast, dont le concept se résume finalement à peu de choses : pour sauver sa famille, un homme doit se débarrasser de son costume de citoyen civilisé pour retrouver son animalité la plus élémentaire. D’emblée, nous sommes saisis par la magnifique photographie de Philippe Rousselot, sublimant les extérieurs naturels africains où fut tourné le film, et par la bande originale mi-tribale mi-lyrique de Steven Price (Gravity, Suicide Squad). C’est dans ce cadre qu’entrent en scène nos trois personnages principaux, le docteur Nate Samuels (Idris Elba) et ses deux filles adolescentes Meredith (Iyana Halley) et Norah (Leah Jeffries). L’équilibre de cette famille est instable, les tensions sont palpables. La mère tant aimée, originaire d’Afrique du Sud, est morte depuis peu, et c’est un regard accusateur que les filles portent sur leur père. Pourquoi l’a-t-il quittée avant son décès ? Pourquoi n’a-t-il pas compris qu’elle était malade ? Pourquoi n’a-t-il pas pris ses responsabilités ? Ce trio dysfonctionnel s’installe dans une réserve naturelle gérée par « l’oncle Martin » (Sharlto Copley) dont la bonhomie et la bienveillance apaisent un peu les douleurs encore à vif.

Le décor étant planté et les protagonistes bien définis, le drame peut survenir. Il prend la forme d’un lion qui, ayant échappé de peu au massacre perpétré par des braconniers, s’enfuit dans la nature et décide dès lors de massacrer tous les humains qui croisent son chemin. À ceux qui pourraient reprocher au film de dresser un portrait peu flatteur du sympathique félidé à crinière, le scénario oppose d’emblée un argument irréfutable : le prédateur de Beast n’est plus un lion mais un monstre vengeur quasi-invincible, un terminator quadrupède que plus rien ne semble pouvoir arrêter. Il dépasse donc allègrement sa nature première de mammifère pour se muer en symbole d’une nature en furie prête à rendre aux humains la monnaie de leur pièce. Œil pour œil, croc pour croc. La réalisation virtuose de Baltasar Kormakur se met au service de cette intrigue ramenée volontairement à sa plus simple expression. Les nombreux longs plans-séquence qui saisissent en temps réel la grande majorité des actions du film ont un remarquable pouvoir immersif, sans pour autant que ces effets de style répétés ne soient ostentatoires. Kormarkur n’essaie pas d’en mettre plein la vue à ses spectateurs mais à les plonger au cœur de cet impitoyable conflit.

La loi de la jungle

Pour que Beast fonctionne à plein régime, il fallait bien sûr que sa créature soit crédible. De ce point de vue, la réussite est totale. Les équipes de la société d’effets visuels Framestore, supervisées par le vétéran Enrik Pavdeja (Inception, Doctor Strange, Jurassic World : Fallen Kingdom), ont conçu un « uber-lion » incroyablement réaliste. Les ébouriffantes séquences d’attaque dans les véhicules évoquent tour à tour Cujo et Jurassic Park (cette dernière référence étant assumée par le T-shirt que porte Meredith en début de métrage). Quant au duel au corps à corps entre l’homme et l’animal, il n’est pas sans rappeler l’un des plus célèbres morceaux d’anthologie de The Revenant. Ce n’est pas un hasard : en amont du tournage, Baltasar Kormakur s’est entretenu avec son collègue mexicain Alejandro González Iñárritu pour savoir quelles techniques avaient été utilisées dans la scène de combat entre Leonardo DiCaprio et un ours. Couplé à la prestation toute en retenue d’Idris Elba, des jeunes comédiennes incarnant ses filles et d’un Sharlto Copley beaucoup plus sobre que d’habitude (nous sommes loin de ses prestations chez Neil Blomkamp ou dans Hardcore Henry), ce gigantesque tour de force technique et artistique hisse Beast au niveau des meilleurs survivals de sa génération.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

TARZAN TROUVE UN FILS (1939)

Pour sa quatrième aventure sur grand écran, l’homme-singe incarné par Johnny Weissmuller agrandit sa famille sauvage…

TARZAN FINDS A SON !

 

1939 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Ian Hunter, henry Stephenson, Frieda Inescort, henry Wilcoxon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Tarzan et Jane formant un parfait petit couple depuis trois longs-métrages à succès, il était temps que la famille s’agrandisse. Mais les mœurs américaines des années 30 étant très rigoristes, et la Censure n’étant pas du genre à plaisanter avec les sujets graves, la MGM n’osa leur donner un fils naturel en dehors des liens du mariage ! D’où l’idée de l’adoption d’un enfant sauvage. Lorsque le film commence, Richard Lancing (Morton Lowry), neveu de Lord Greystoke, se dirige en avion vers Cape Town, en compagnie de sa femme et de son bébé. Mais soudain des trous d’airs perturbent le vol et le pilote est contraint d’atterrir en catastrophe dans la jungle africaine. Seul survivant du crash, le bébé est recueilli par un groupe de singes, comme jadis le fut Tarzan. Ce dernier récupère le nouveau-né avant que des hyènes affamées n’en fassent leur goûter, et Jane décide de l’adopter après que la tribu des Zambele ait fait disparaître le corps des parents dans l’avion. Pour nourrir le bébé, Tarzan capture une biche après un sprint impressionnant. Quant à Cheetah, elle est chargée de la traire, tâche dont le chimpanzé s’acquitte avec une étonnante dextérité ! Pragmatique, Tarzan décide de nommer ce petit garçon Boy, autrement dit « garçon ».

Cinq ans plus tard, cet émule de Mowgli casse-cou et facétieux a pris les traits de Johnny Sheffield, que Johnny Weismuller lui-même sélectionna parmi des centaines de jeunes candidats (et à qui il enseigna la natation pour les besoins du film). Acrobate hors pair, Boy rivalise avec son père adoptif dans l’art de se balancer au bout des lianes, mais s’avère inconscient du danger. Il se retrouve ainsi prisonnier d’une immense toile d’araignée, menacé par six énormes tarentules (réelles dans les gros plans, remplacées par des marionnettes dans les plans larges), au cours d’une scène de suspense très efficace qui se clôt par un sauvetage in extremis. Les choses se compliquent le jour où Austin Lancing (Ian Hunter) et Sir Thomas Lancing (Henry Stephenson) débarquent dans la jungle pour retrouver le défunt père naturel de Boy, car le petit garçon est l’héritier d’une immense fortune.

Jane revient d’entre les morts

Les objectifs des deux hommes diffèrent. Car si Thomas souhaite ramener Boy à Londres pour le doter de la fortune qui est la sienne, le fourbe Austin aimerait bien toucher le pactole à la place de cet enfant sauvage. Il pousse même Jane à trahir Tarzan, en lui faisant croire qu’elle agit pour le bien de Boy, mais celle-ci comprend bien vite qu’elle a fait erreur, manquant même de mourir sous les flèches des Zambele. Le scénario original prévoyait d’ailleurs le trépas de la belle, suite aux demandes répétées de Maureen O’Sullivan d’arrêter de jouer dans la série. Mais les fans de Tarzan n’auraient jamais accepté un tel outrage. Jane s’en sort donc avec une blessure superficielle, amoureusement pansée par un Tarzan pas rancunier pour un sou, et le film s’achève sur un happy end un brin expéditif. Agrémenté d’une poignée de séquences empruntées aux opus précédents (notamment une impressionnante attaque de rhinocéros issue de Tarzan et sa compagne), Tarzan trouve un fils respecte allégrement son quota de scènes d’action exotiques, en particulier la course-poursuite au cours de laquelle Boy essaie d’échapper à un lion puis un crocodile et la traditionnelle charge finale des éléphants.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

SEVEN SISTERS (2017)

Noomi Rapace incarne sept sœurs jumelles dans cette fable de futuriste où sévit une impitoyable politique de l’enfant unique…

WHAT HAPPENED TO MONDAY?

 

2017 – GB / FRANCE / USA / BELGIQUE

 

Réalisé par Tommy Wirkola

 

Avec Noomi Rapace, Clara Read, Willem Dafoe, Glenn Close, Marwan Kenzari, Pål Sverre Hagen, Adetomiwa Edun, Christian Rubreck, Santiago Cabrera, Nadiv Molcho

 

THEMA FUTUR I DOUBLES

Sans doute avait-on trop tôt collé sur le dos du réalisateur Tommy Wirkola l’étiquette de « petit malin » ne plaçant pas ses ambitions au-dessus de son impertinence potache. Il faut dire qu’avec ses deux premiers longs-métrages – le graveleux Kill Buljo et le gratiné Dead Snow -, ce jeune cinéaste d’origine norvégienne n’y allait pas avec le dos de la cuiller, exhibant son vengeur caricatural et ses zombies nazis avec une bonne humeur joyeusement éléphantesque. S’il amorçait un virage avec Hansel & Gretel : Witch Hunters, relecture des contes de Grimm façon film d’action survitaminé, la finesse n’était pas spécialement au rendez-vous, pas plus que dans l’inévitable Dead Snow 2 : Red vs. Dead. L’affaire était donc entendue : Wirkola était un réalisateur sympathique et généreux au registre limité. Or le voilà qui nous prend par surprise avec Seven Sisters, qui entre résolument en rupture avec ses films précédents. Situé dans un futur dystopique, cet haletant thriller de science-fiction s’appuie sur un scénario original de Max Botkin (Robosapien) qui figurait depuis 2010 sur la « liste noire » des meilleurs scénarios non encore produits à Hollywood. Prévu au départ pour un homme, le rôle principal multiple est finalement féminisé à la demande du cinéaste, désireux de travailler avec Noomi Rapace, un choix validé sans hésitation par la vénérable productrice Raffaella De Laurentiis.

Face à la surpopulation de la Terre, les autorités gouvernementales ont décidé d’instaurer la politique de l’enfant unique. Cette mesure est appliquée sévèrement par le Bureau d’Allocation des Naissances, dirigé par Nicolette Cayman (Glenn Close). Si une famille se risque à déroger à la règle, ses enfants « non désirés par l’état » sont arrêtés et cryogénisés en attendant des jours meilleurs. Or voilà qu’une femme donne naissance à des septuplées et ne survit pas à l’accouchement. Malgré les lois, le père de la défunte, Terrence Settman (Willem Dafoe), décide de garder secrète l’existence de ses sept petites-filles. Toutes prénommées d’un jour de la semaine, elles devront rester confinées dans leur appartement et partager une identité unique lors de leurs sorties extérieures à tour de rôle, celle de leur mère Karen Settman. Grâce à une discipline quotidienne très rigoureuse, ce lourd secret demeure intact jusqu’à l’âge adulte. Mais alors qu’elles arrivent à l’âge de trente ans, l’une d’elle, Lundi, disparaît sans laisser de trace…

Mes doubles, mes sœurs et moi

L’atmosphère futuriste oppressante dans laquelle s’inscrit l’intrigue de Seven Sisters renvoie aux deux sources d’inspiration majeures sur lesquelles s’est appuyé Tommy Wirkola, autrement dit Blade Runner et Les Fils de l’homme. Il y a pires références, nous en conviendrons. Le réalisateur installe ainsi ses caméras en Roumanie pendant 94 jours et y reconstitue un monde autocratique crédible. Malgré un budget relativement raisonnable – 20 millions de dollars –, le film se donne les moyens de ses ambitions (scènes de surpopulation, effets visuels impeccables permettant notamment de multiplier Noomi Rapace à l’écran) et nous offre avec régularité des moments de suspense d’une redoutable efficacité. Les nombreux rebondissements du scénario laissent la part belle aux combats mano a mano qui – loin des chorégraphies stylisées à la Matrix – prônent la brutalité, la violence et le réalisme. On pourra certes regretter un flagrant manque de finesse dans la caractérisation de chacune des sœurs jumelles. Entre la blonde délurée, la « nerd » à lunettes, la junkie nerveuse, la battante aux cheveux courts et la boxeuse athlétique, nous frôlons dangereusement la caricature. Il nous semble d’ailleurs avoir plus affaire à une dissociation de personnalités multiples qu’à des septuplées. Mais la performance septuple de Noomi Rapace reste impressionnante, tout comme son implication physique et émotionnelle. Une fois que la mécanique bien huilée se dérègle, le destin multiple des sœurs Settman prend la tournure d’une fuite en avant désespérée dont l’issue demeure incertaine jusqu’au bout. Imparfait mais gorgé d’audace, cet exercice de SF audacieux a le mérite de s’écarter autant que possible des sentiers battus. Ce n’est pas le moindre de ses atouts.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article