DOLLMAN (1991)

Un policier extra-terrestre de trente centimètres de haut débarque sur la Terre et affronte des gangsters dans le Bronx…

DOLLMAN

 

1991 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Tim Thomerson, Jackie Earle Haley, Kamala Lopez, Humberto Ortiz, Frank Collison, Nicholas Guest, Judd Omen, Michael Halsey

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I NAINS ET GÉANTS I SAGA CHARLES BAND

Depuis le début des années 80, Albert Pyun s’est fait un nom en tant que sympathique artisan d’un cinéma d’action décomplexé compensant souvent le manque de moyens par une inventivité à toute épreuve. Après L’Épée sauvage, L’Aventure fantastique, Cyborg, Captain America, Kickboxer 2 et une demi-douzaine d’autres séries B du même acabit, Pyun retrouve le producteur Charles Band – pour qui il avait réalisé l’anecdotique Pleasure Planet – à l’occasion de Dollman. Le concept initial que Band a en tête est une imitation de L’Homme qui rétrécit. Pyun propose quelque chose d’un peu plus original : une version miniature de L’Inspecteur Harry ! Le patron de Full Moon lui donne son feu vert et lui propose même de tourner quasi-simultanément un autre film de science-fiction pour lui : Arcade. C’est donc le système D qui guide la réalisation de Dollman, et ce dès le prologue situé dans une cité futuriste de la lointaine planète Arturos, empruntant tranquillement plusieurs plans à la série TV Buck Rogers au 25ème siècle. Dans ce monde extra-terrestre qui ressemble beaucoup à la Terre et où tout le monde parle anglais – ce qui est bien commode -, Brick Bardo (Tim Thomerson) est un flic dur à cuire, renié par sa hiérarchie pour ses méthodes expéditives à la Clint Eastwood. Équivalent science-fictionnel du célèbre Magnum 357 d’Harry Calahan, l’arme favorite de Bardo est le « Kruger Blaster », le pistolet le plus puissant de l’univers.

Après avoir libéré par la force les otages d’un désaxé dans une laverie, ce policier brut de décoffrage est kidnappé par les hommes de main de Sprudge, un redoutable criminel qui, suite à ses différents affrontements avec Bardo, est réduit à l’état de tête volante ! Le trucage – maladroit mais amusant – utilise tour à tour une fausse tête grimaçante suspendue par des fils et des gros plans de l’acteur Frank Collison outrancièrement maquillé. Deux ou trois échauffourées plus tard, Bardo et Spruge se lancent dans une poursuite spatiale improbable (à base de maquettes en plastique et d’incrustations hasardeuses) puis atterrissent sur la Terre, et plus particulièrement à New York, dans le quartier du Bronx. Le problème, c’est que les proportions ne sont pas les mêmes que sur Arturos. Sur Terre, Brado mesure en effet 33 centimètres de haut. Et tandis qu’il se retrouve chez Debi Alejandro (Kamala Lopez), une mère célibataire qui lutte énergiquement pour chasser les dealers de son quartier, Sprudge s’installe chez des gangsters patibulaires menés par le sanguin Braxton Red (Jackie Earle Haley). L’inévitable affrontement se prépare…

Le flic qui rétrécit

Généreux dans les effets gore (les corps explosent, les blessures saignent abondamment) et dans les quelques effets pyrotechniques qu’il peut se payer avec le maigre budget à sa disposition, Pyun a en revanche beaucoup de difficultés à tenir les promesses du concept de Dollman, faute d’effets spéciaux convenables. Il bricole ce qu’il peut avec les moyens du bord – une petite incrustation par ci, une petite poupée par-là, un ou deux décors modestement surdimensionnés – mais évite la plupart du temps les interactions entre Bardo et les êtres humains. Le potentiel du film n’est donc que très partiellement exploité. Un moment, nous nourrissons l’espoir d’un affrontement entre le flic miniature et un rat. Mais le rongeur se contente de montrer le bout de son museau, Bardo lui dit (comme s’il s’adressait aux spectateurs) « N’y pense même pas », et la scène s’arrête là. Nous qui espérions retrouver quelques frissons hérités de L’Homme qui rétrécit, nous voilà frustrés ! Dollman reste gentiment divertissant, d’autant qu’Albert Pyun intègre dans le film un petit discours social – léger, certes, mais tout de même inattendu dans une production de cet acabit – en filmant réellement dans les coins sensibles du Bronx, parfois en caméra cachée, et en dressant un tableau peu reluisant de quartiers où certaines familles tentent de survivre dans une jungle urbaine gangrénée par le trafic de drogue. Jackie Earle Haley, qui incarne le chef de gang, réapparaîtra dans des productions plus argentées, notamment en Rorschach dans Watchmen et en Freddy Krueger dans Freddy, les griffes de la nuit.

 

© Gilles Penso

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CRONOS (1993)

Le premier long-métrage de Guillermo del Toro s’intéresse à un objet capable de transformer son possesseur en vampire…

CRONOS

 

1993 – MEXIQUE

 

Réalisé par Guillermo del Toro

 

Avec Federico Luppi, Ron Perlman, Claudio Brook, Margarita Isabel, Tamara Shanath

 

THEMA VAMPIRES

Tombé très tôt amoureux du cinéma fantastique et des grands monstres classiques, Guillermo del Toro envisage d’abord une carrière dans les effets spéciaux de maquillage. Il se forme aux côtés d’une légende de cette discipline, le grand Dick Smith (L’Exorciste, Au-delà du réel, Scanners) puis met cet apprentissage en pratique sur une demi-douzaine de longs-métrages et une poignée d’épisodes de séries TV. L’envie de passer à la réalisation finit par le titiller. Après quelques courts-métrages, il décide de s’attaquer au format long. Il lui faut sept ans pour arriver au bout du scénario de Cronos, qu’il assortit d’une innombrable quantité de notes et de croquis. Pour réunir les fonds nécessaires à sa mise en production, Del Toro n’hésite pas à hypothéquer sa propre maison. Le postulat du film s’inspire de bijoux réels, conçus dans les années 70, qui avaient la particularité de sertir des insectes vivants dans leur chaînette. Évidemment, de telles pièces d’orfèvrerie fascinent Del Toro qui imagine la possibilité qu’un de ces insectes soit un suceur de sang capable de transmettre le vampirisme. Toute l’intrigue du film s’articule autour de cette idée insolite.

Cronos commence par un mystère. Un alchimiste du 16ème siècle aurait découvert le secret de la vie éternelle en créant le Cronos, un petit objet doré renfermant un mécanisme secret. 400 ans plus tard, on retrouve son corps mourant dans les ruines d’un immeuble effondré, le teint pâle comme la mort. Les autorités fouillent son appartement de fond en comble, en vain. Officiellement, le Cronos n’a jamais existé. Or un jour du milieu des années 90, l’antiquaire mexicain Jesus Gris (Federico Lupi) trouve dans le socle d’une des statuettes de sa boutique le fameux objet. Tout d’abord intrigué, celui-ci se laisse peu à peu vampiriser par cette découverte qui va le transformer en une créature assoiffée de sang. Parallèlement, un riche industriel gravement malade, De la Guardia (Claudio Brook), qui convoite cet objet depuis de nombreuses années, confie à son brutal neveu Angel (Ron Perlman) la mission de retrouver le Cronos…

Le cabinet des curiosités

Malgré son attachement aux « Universal Monsters », Guillermo del Toro tient ici à éloigner le vampirisme de ses habituels atours gothiques pour l’aborder sous un angle résolument original. De fait, le phénomène est ici traité comme une addiction. Le Cronos agit donc sur Jesus à la manière d’une drogue. Le vieil homme a besoin de sa dose régulière, seule capable de le soulager. Le voilà devenu un misérable junkie, léchant les gouttes de sang tombées sur le sol des toilettes publiques pour assouvir sa soif inextinguible. Sans cesse surprenant, Cronos joue sur les ruptures de ton, alternant l’humour noir (notamment à travers les personnages d’Angel ou de l’embaumeur), la tendresse (quand il brosse la relation complice entre le grand-père et sa petite fille mutique), l’horreur (le vampirisme n’est pas sans conséquence sur l’organisme) et la mélancolie (au cours d’un dénouement déchirant). Conçu manifestement comme un hommage au cinéma d’Alfred Hitchcock, le climax vertigineux clôt le film sur une note spectaculaire. En même temps que sa filmographie de réalisateur, Guillermo del Toro inaugure avec Cronos la belle collection de son cabinet des curiosités, l’œuf/insecte doré étant le premier d’une série de spécimens du bestiaire étrange que le cinéaste mettra en scène au fil des ans.

 

© Gilles Penso

 

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BALADA TRISTE (2010)

Au sein d’une troupe de cirque des années 70, le drame se noue autour d’une magnifique acrobate et bascule dans l’horreur et la folie…

BALADA TRISTE DE TROMPETA

 

2010 – ESPAGNE

 

Réalisé par Alex de la Iglesia

 

Avec Carlos Areces, Antonio de la Torre, Carolina Bang, Manuel Tallafé, Alejandro Tejerias, Manuel Tejada, Enrique Villen

 

THEMA FREAKS I TUEURS I CLOWNS

Il est de plus en plus rare de s’asseoir dans une salle de cinéma et d’ignorer où le film que nous allons voir s’apprête à nous embarquer, puis de voyager de surprise en surprise, chaque rebondissement bifurquant dans une nouvelle direction inattendue, et de réaliser finalement que cet objet cinématographique s’avère insaisissable. Balada Triste est l’un de ces objets rares. À la fois reconstitution historique, histoire d’amour, comédie, drame et film d’horreur, ce spectacle incroyable se vit comme un tour de montagnes russes nous ballotant sans cesse d’une émotion à l’autre pour finalement nous laisser K.O. Soucieux de revenir à ses racines, Alex de la Iglesia décide pour la première fois de sa carrière d’écrire un scénario seul, sans l’apport de son fidèle comparse Jorge Guerricaechevarria, et bâtit un récit torturé dont chaque déchirure semble être une métaphore de l’histoire espagnole, marquée par la guerre, le fascisme et le terrorisme.

L’intrigue démarre en 1937, au cœur de la guerre civile. Interrompus au milieu d’une représentation, les artistes d’un cirque sont réquisitionnés par l’armée pour participer à l’effort de guerre. C’est donc par une vision surréaliste digne de Terry Gilliam que s’ouvre le film : celle d’un groupe de clowns armés jusqu’aux dents qui se ruent à l’assaut des troupes ennemies. Puis le récit se transporte 36 ans plus tard et prend pour protagoniste Javier (Carlos Areces), un clown triste en quête de travail qui n’est autre que l’alter-ego fictionnel d’Alex de la Iglesia lui-même. « Un héros qui entre dans la norme ne m’intéresse pas », nous explique le réalisateur. « Lorsqu’il souffre plus que nous-mêmes, l’identification est maximale et immédiate, comme dans les tragédies grecques. Voilà ce qui m’attire chez les héros marginaux. » (1) En voyant pour la première fois la sublime acrobate Natalia (Carolina Bang), Javier est frappé par un coup de foudre irréversible. Mais cette idylle naissante semble vouée à l’échec, la sculpturale artiste étant fiancée à Sergio, un autre clown au tempérament extrêmement violent (Antonio de la Torre).

Le clown tueur venu d’ailleurs

Les éléments du drame étant en place, la situation ne tarde pas à basculer dans l’horreur et la folie destructrice. Le miracle de Balada Triste tient dans sa capacité à conserver intacte sa cohérence et son unité malgré son mélange troublant de styles à priori antithétiques. Rares sont les films capables d’alterner harmonieusement la farce, la tragédie, la satire politique, le survival et le slasher ! D’autant que De la Iglesia tient à inscrire son récit dans un contexte historique tangible, fusionnant la fiction et la réalité en plaçant ses protagonistes aux premières loges de l’attentat qui frappa le premier ministre franquiste Carrero Blanco en 1973. La disparité des influences du cinéaste s’avère tout aussi surprenante, Balada Triste citant presque littéralement L’Inconnu de Tod Browning, La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock ou L’Homme qui rit de Paul Leni. Rire, larmes, frissons et suspense sont donc au menu de ce long-métrage décidément atypique, qui récolta pas moins de quinze nominations aux Goya (les Oscars espagnols) ainsi que deux prix lors du Festival de Venise, ceux du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2013

 

© Gilles Penso

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DEMONIC (2021)

Le réalisateur de District 9 et Chappie est de retour pour un thriller étonnant où la science-fiction et l’horreur cohabitent de très près…

DEMONIC

 

2021 – CANADA

 

Réalisé par Neill Blomkamp

 

Avec Carly Pope, Chris William Martin, Nathalie Boltt, Michael J. Rogers, Terry Chen, Kandyse McClure, Jason Tremblay, Quinton Boisclair

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I MÉDECINE FOLIE

Dans la foulée du tiercé gagnant District 9, Elysium et Chappie, le talentueux Neill Blomkamp développe plusieurs projets très alléchants, notamment un Alien 5 soutenu à fond par Sigourney Weaver et un Robocop Returns que nous aurions été curieux de découvrir. Les prémices sont prometteuses et les dessins de pré-production pleins de trouvailles, mais ces productions n’aboutissent pas, nous laissant comme tristes lots de consolation le Alien Covenant de Ridley Scott et le Robocop de Jose Padilha. Ces relectures personnelles des mythes portés originellement à l’écran par Scott et Verhoeven sont donc à ranger dans la vaste salle des archives où reposent tant de films appétissants n’ayant jamais vu le jour. Après avoir signé de nombreux courts-métrages, histoire sans doute de ne pas perdre la main, Blomkamp décide de prendre le taureau par les cornes et de faire fi de l’épidémie mondiale du Covid-19 pour tourner de manière quasiment clandestine un quatrième long-métrage issu de son imagination. Avec une équipe réduite et deux actrices principales avec lesquelles il est familier, Carly Pope (Elysium) et Nathalie Boltt (District 9), il s’installe au Canada et tourne sous le titre de travail « Unlocked » un film qui portera finalement comme titre Demonic.

Carly (Carly Pope), une femme approchant la quarantaine qui vit seule en Colombie-Britannique, est un jour contactée par l’institut médical Therapol. Elle apprend que sa mère, une criminelle avec qui elle a complètement coupé les ponts suite à sa condamnation et son incarcération, est tombée dans le coma. Les scientifiques de Therapol ont mis au point une technologie de pointe qui permet, grâce à la réalité virtuelle, d’entrer dans l’esprit d’un patient pour communiquer avec lui. Carly est invitée à se soumettre à cette expérience afin d’entrer en contact avec sa mère. Malgré ses réticences, elle finit par accepter. Son avatar numérique est créé au cours d’une session qui ressemble beaucoup à de la motion capture (technique que Blomkamp avait lui-même porté aux nues avec les aliens de District 9 et le robot de Chappie). Carly s’allonge ensuite à côté de sa mère inanimée et s’apprête à plonger dans son cerveau, sans se douter qu’elle va ramener de ce voyage dans l’inconnu quelque chose de terrifiant…

Ça commençait si bien…

Le postulat de Demonic rappelle irrésistiblement celui de The Cell de Tarsem Singh. Mais les deux approches sont très différentes. Au surréalisme poétique adopté par le réalisateur des Immortels, Neill Blomkamp préfère une mise en image volontairement peu esthétique. L’univers virtuel dans lequel Carly évolue est donc pixellisé, plein d’artefacts numériques peu gracieux. Le réalisme semble d’ailleurs être le mot d’ordre de Demonic. Très finement interprété par une Carly Pope tout en justesse et en subtilité, le personnage principal du film révèle progressivement son passé et ses fêlures, répercutées sur ses deux amis d’enfance qu’interprètent Chris William Martin et Kandyse McClure. À l’avenant, la mise en scène de Blomkamp reste en retrait, élégante et discrète, à tel point que le spectateur finit par croire à ce récit complètement dingue et à ses conséquences inattendues. La curiosité cède le pas au malaise puis à la terreur pure au moment d’un premier climax éprouvant. Hélas, le château de carte minutieusement bâti par le cinéaste finit par s’écrouler au cours d’un dernier acte qui oublie toute rigueur et toute cohérence. Le comportement des personnages n’a plus grand-chose de crédible, dicté par les besoins d’un scénario qui soudain en fait trop, et l’on n’y croit plus. Quel dommage ! Demonic commençait pourtant si bien…

 

© Gilles Penso

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DOS (2021)

Un homme et une femme qui ne se connaissent pas se réveillent dans un lit, entièrement nus et cousus l’un à l’autre par l’abdomen…

DOS

 

2021 – ESPAGNE

 

Réalisé par Mar Targanora

 

Avec Marina Gatell, Pablo Derqui, Kanido Uranga, Anna Chincho Serrano, Esteban Galilea

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Mar Targanora est une productrice et réalisatrice éclectique. Après avoir dirigé la comédie Mor Vida Meva, le thriller Secuestro et le biopic Le Photographe de Mauthausen, elle s’attaque à Dos, un film-concept à cheval entre le mystère, le suspense et l’horreur organique. Tout commence par le très gros plan d’un œil qui s’ouvre. Agrémentée de discrets effets sonores humides, l’image est déjà inconfortable dans la mesure où elle impose aux spectateurs une trop forte proximité avec un corps humain. Or tel est justement le principe de Dos : l’intimité physique forcée entre deux personnages qui ne se connaissent pas. Sara (Marina Gatell, vue dans la romance J’ai failli te dire je t’aime) se réveille dans une chambre d’hôtel. Elle est allongée dans un lit, entièrement nue, aux côtés d’un homme qu’elle n’a jamais vu de sa vie, David (Pablo Derqui, à l’affiche des Yeux de Julia). Celui-ci s’éveille à son tour, dénudé lui aussi, et semble aussi déconcerté qu’elle. Passée la surprise et un moment bien naturel de panique, tous deux essaient de s’éloigner l’un de l’autre. Mais c’est impossible : leurs corps sont cousus par l’abdomen !

L’horreur absurde de ce postulat sert de point de départ à un huis-clos implacable co-écrit par Cuca Canals (La Femme de chambre du Titanic), Christian Molina (I Want to be a Soldier) et Mike Hostench (La Malédiction des profondeurs), sur une idée initiale de Daniel Padro. Comprenant bien vite qu’il leur est impossible de se séparer sans provoquer des dommages physiques irrémédiables, ces deux personnes que tout sépare – et qui sont justement devenues inséparables, d’où la cruelle ironie de leur situation – vont devoir passer outre la contigüité très inconfortable de leurs corps pour tenter de s’échapper. Bien sûr, la pièce est fermée et le téléphone ne fonctionne pas. S’ils comprenaient dans quels draps ils se sont fourrés, peut-être pourraient-ils se tirer d’affaire. Sont-ils victimes d’un savant fou émule du médecin de The Human Centipede ? Un mari jaloux a-t-il décidé d’exercer sur eux une épouvantable vengeance ? S’agit-il d’un kidnapping tordu ? Aucune théorie ne semble tenir la route. Sara et David cherchent alors des indices dans la pièce qui pourraient les mettre sur la voie…

L’esthétique de l’horreur

Dos est donc une sorte d’« escape game » d’un genre très spécial qui, malgré les apparences, ne concourt pas du tout dans la même catégorie qu’un Cube ou un Saw. L’implication du spectateur est immédiatement acquise, dans la mesure où aucun autre point de vue que celui des deux protagonistes ne lui est offert. Comme eux, il cherche la clé de l’énigme et serre les dents chaque fois que leurs corps s’éloignent de quelques centimètres, provoquant des douleurs manifestes. La manière dont les comédiens donnent de leur personne force le respect. On imagine sans difficulté la complexité et le désagrément d’un tel tournage, nécessitant un incontestable abandon de soi et une confiance totale dans la réalisatrice. Celle-ci parvient à jouer habilement avec la lumière, les cadrages et la chorégraphie des comédiens afin de cacher leur nudité frontale. Certes, certaines positions des personnages semblent impossibles, comme si leur fusion chirurgicale était à géométrie variable. Mais la plupart du temps, leur « assemblage » est crédible, presque palpable. Dos s’achemine vers une chute un peu excessive mais qui possède sa propre logique, proche d’une certaine manière des univers de David Cronenberg, jusqu’à une image finale d’une troublante beauté où, soudain, l’horreur devient incroyablement esthétique.

 

© Gilles Penso


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DARK ANGEL (1990)

Dolph Lundgren affronte un massif extra-terrestre qui débarque sur Terre et multiplie les victimes humaines…

DARK ANGEL / I COME IN PEACE

 

1990 – USA

 

Réalisé par Craig R. Baxley

 

Avec Dolph Lundgren, Brian Benben, Betsy Brantley, Matthias Hues, Jim Haynie, David Ackroyd, Jay Bilas, Sam Anderson, Mark Lowenthal

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

C’est en 1984 que Jonathan Taylor, alors scénariste débutant, écrit l’histoire de Dark Angel, qui se nomme alors « Lethal Contact », autrement dit « Contact mortel ». Lorsque le projet entre en production, David Koepp (futur auteur des scripts de Jurassic Park, Mission impossible et Spider-Man) participe largement à la réécriture. Ce film d’action et de science-fiction conçu sur mesure pour Dolph Lundgren (qui vient d’enchaîner Dangereusement vôtre, Rocky IV et Les Maîtres de l’univers) est confié aux bons soins de Craig R. Baxley. Futur réalisateur de plusieurs adaptations télévisées de Stephen King (La Tempête du siècle, Rose Red, Le Journal d’Ellen Rimbauer, la série Kingdom Hospital), Baxley dirige là son deuxième long-métrage après l’explosif Action Jackson, et force est de constater que notre homme a du savoir-faire. Ironiquement, c’est la seconde fois que Baxley met en vedette un adversaire de Rocky Balboa. Après Carl Weathers (alias Apollo Creed) dans Action Jackson, il dirige ainsi Lundgren (qui fut Ivan Drago) dans Dark Angel. Le film démarre fort. Un automobiliste qui essaie tant bien que mal de faire fonctionner son lecteur CD a un accident de voiture. A peine a-t-il le temps de se remettre de ses émotions qu’un objet non identifié surgit des cieux et réduit son véhicule en bouille, dans une grande explosion incandescente. Du brasier surgit alors un homme étrange, les yeux blancs, les cheveux décolorés, qui se contente de dire : « Je viens en paix ».

I Come in Peace est d’ailleurs le titre sous lequel le film est sorti aux États-Unis, pour éviter la confusion avec deux longs-métrages précédents s’appelant déjà Dark Angel. Mais pour sa sortie internationale, l’énigmatique référence à un « ange sombre » a été conservée. « Je viens en paix » est donc la phrase leitmotiv de ce visiteur venu d’ailleurs, incarné par le gigantesque Matthias Hues, un acteur si grand (deux mètres de haut) qu’aucune doublure de sa taille ne fut dénichée par la production, le poussant donc à réaliser ses cascades lui-même. L’extra-terrestre écume les rues de la ville en quête de victimes humaines auxquelles il fait toutes subir le même sort. Il leur injecte une dose massive d’héroïne (subtilisée à des gangsters), puis leur perfore le crâne et récupère leur endorphine afin d’obtenir une drogue d’une valeur inestimable. Car notre alien est un dealer d’outre-espace ! Deux hommes vont se dresser sur son chemin : le policier Jack Caine (Dolph Lundgren), qui vient tout juste de perdre son partenaire au cours d’une opération sous couverture qui a mal tourné, et l’agent du FBI Arwood Smith (Brian Benben). Entre eux s’installe immédiatement une mécanique bien huilée de buddy movie. Car tout les oppose : d’un côté le grand flic instinctif, brut de décoffrage et monolithique, de l’autre le petit fonctionnaire procédurier, méthodique et nerveux. Même la différence de taille et de gabarit crée un effet comique. Et si le registre de jeu de Lundgren reste très limité (dès qu’il veut exprimer la colère ou la tristesse, on n’y croit plus du tout), Benben excelle avec l’abattage qu’il allait ensuite largement exploiter dans la série TV Dream On.

Le dealer de l’espace

Le casting s’offre quelques seconds couteaux intéressants : Jay Bilas (dont ce sera le seul titre de gloire) dans le rôle d’un autre extra-terrestre venu chasser le premier, Betsy Brantley (la mère du jeune héros de Princess Bride) dans la peau de la petite amie légiste de Lundgren, David Ackroyd (émule d’Iron Man dans le téléfilm Exo Man) en agent du FBI qui cache bien son jeu, ou encore Mark Lowenthal (Bons baisers d’Hollywood) sous la défroque d’un scientifique excentrique et surexcité. Sans oublier la prestation furtive d’Al Leong, le fameux acteur asiatique dont la spécialité était de mourir de manière spectaculaire dans une quantité astronomique de films d’action de l’époque. Dark Angel contient son lot réglementaire de fusillades, de poursuites de voitures, d’explosions, de vitres brisées, de bagarres et de kung-fu, ainsi que plusieurs idées de montage astucieuses, comme ce coup porté par l’extra-terrestres qui s’enchaîne avec le choc d’une boule de billard, ou l’aspiration de l’endorphine d’une victime qui devient l’écoulement d’un café dans une tasse. Lourdaud mais extrêmement divertissant, Dark Angel s’achève sur une punchline hélas intraduisible en français. Alors que le vil alien affirme une ultime fois « I come in peace », Lundgren lui répond « and you go in peaces, asshole !” (“et tu repars en morceaux, connard !”) avant de le faire exploser !

 

© Gilles Penso

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LE DÉCLIC (1985)

Grâce à une télécommande de son invention, un homme réveille la libido d’une femme qu’il convoite…

LE DÉCLIC

 

1985 – FRANCE

 

Réalisé par Jean-Louis Richard

 

Avec Jean-Pierre Kalfon, Florence Guérin, Bernie Kuby, Géraldine Pernet, Jacqueline Chauvet, Corinne Corron, Gérard-Antoine Huart, Fabrice Josso

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

L’intérêt majeur du Déclic tient à trois choses : une idée de départ joyeusement excentrique, le magnétisme froid de Jean-Pierre Kalfon et les charmes impudiques de Florence Guérin. Il n’y a pas là de quoi en faire un grand film, certes, ni même une œuvre très mémorable. Mais voilà qui justifie tout de même le visionnage distrait de cette curiosité effrontément « eighties ». À l’origine se trouvent les quatre tomes d’une bande-dessinée en noir et blanc que ce polisson de Milo Manara dessine dans les années 80. Les scénarios de la BD s’appuient sur un argument de science-fiction prétexte à de folles dérives érotiques, discipline dans laquelle Manara excelle depuis la fin des années 60, notamment sous l’influence du « Barbarella » de J.C. Forest. Un an après leur publication, les albums sont donc adaptés sous forme d’un film, face à la caméra de Jean-Louis Richard, ex-comédien (A bout de souffle, Jules et Jim, La Peau douce, Le Dernier métro) et scénariste (Fahrenheit 451, La Mariée était en noir, La Nuit américaine) très attaché à la Nouvelle Vague. En rédigeant en 1974 le scénario d’Emmanuelle, Richard révèle d’indiscutables accointances avec le genre érotique qu’il va décliner en dirigeant une décennie plus tard ce fameux Déclic, son quatrième long-métrage.

Les traits taillés à la serpe, le regard de biais, la voix traînante, Jean-Pierre Kalfon incarne le docteur Fedorovich, alias Fez, bras droit de Christiani (Bernie Kuby), un homme d’affaires mafieux qui sévit en Louisiane. Fez n’aime pas beaucoup son employeur, qui le traite lui-même avec un certain mépris. L’épouse du mafieux, la ravissante Claudia (Florence Guérin), considère elle-même Fez avec une arrogance hautaine qui lui déplaît fortement. N’y tenant plus, il décide de se venger. Dans un petit laboratoire d’électronique, notre homme bricole une télécommande d’un genre très spécial qui permet d’éveiller de manière brutale la libido de la personne qui y est soumise après avoir été préalablement mise sous hypnose. Fez choisit bien sûr Claudia comme cobaye. Désormais, chaque fois qu’il active le déclic, cette femme du monde bien sous tous rapports se transforme en redoutable nymphomane que rien ne semble pouvoir réfréner…

Tu ris, tu pleures

Dès les premières minutes, Kalfon nous accompagne avec sa voix off désabusée, façon héros de film noir, et pousse même la chansonnette à l’occasion du titre « Tu ris, tu pleures » qu’il interprète en début et en fin de métrage (le single de la chanson sera exploité en 45 tours au moment de la sortie du film). Son jeu « autre » et sa présence inimitable dotent d’emblée Le Déclic d’une tonalité singulière. Mais l’atout majeur du long-métrage de Jean-Louis Richard est bien sûr Florence Guérin. Cette dernière excelle dans le registre de la bourgeoise glaciale qui se mue subitement en bête de sexe insatiable et agressive dès que Fez actionne sa machine infernale. Les scènes érotiques qui s’ensuivent ne se départissent jamais du second degré propre au comique des situations dans lesquelles elles s’insèrent. Ainsi, les ébats lascifs de Claudia dans une cabine d’essayage de grand magasin, face à un prêtre paniqué, devant un majordome peu farouche ou au milieu des bayous ne se contentent pas de titiller la libido du spectateur mâle. Ils ont aussi vocation de provoquer le rire. Mais passé l’effet de surprise, Le Déclic commence à patiner, multipliant les sous-intrigues qui ne mêlent nulle part (les malversations de Christiani, le futur anniversaire de la nièce d’un de ses associés) pour combler le vide narratif. Le passage du dessin à l’écran n’est donc qu’à moitié convaincant, Manara reprenant la place de choix qui lui revient au cours du générique de fin qui égrène quelques-unes des plus belles planches de ses albums.

 

© Gilles Penso


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REMINISCENCE (2021)

Dans une cité futuriste engloutie sous les flots, Hugh Jackman mène une petite entreprise de voyage à l’intérieur des souvenirs…

REMINISCENCE

 

2021 – USA

 

Réalisé par Lisa Joy

 

Avec Hugh Jackman, Rebecca Ferguson, Thandiwe Newton, Daniel Wu, Cliff Curtis, Nico Parker, Angela Srafyan, Natalie Martinez, Brett Cullen

 

THEMA FUTUR

Co-créatrice et productrice déléguée de la série Westworld, variante télévisée du thriller de science-fiction Mondwest de Michael Crichton, Lisa Joy fait ses premières armes de réalisatrice sur un des épisodes du show en 2018. La prochaine étape logique est un long-métrage, qu’elle souhaite co-produire avec son époux Jonathan Nolan, jeune frère de Christopher. Elle s’attelle ainsi à l’écriture d’un polar futuriste situé dans un monde mis à mal par une série de conflits, et dont plusieurs grandes villes se retrouvent en partie immergées sous les flots suite au réchauffement climatique. C’est notamment le cas de Miami, où vit Nick Bannister (Hugh Jackman), un vétéran ayant servi sous le drapeau. Depuis la fin de la guerre, il a monté une petite entreprise grâce à une technologie de pointe qui permet à ses clients de voyager dans leurs souvenirs, pour revivre des moments heureux de leur vie ou enquêter sur certains éléments de leur passé. Le texte que Nick prononce lors de chaque « plongeon » dans le passé n’est pas sans rappeler le célèbre monologue de Rod Serling dans La Quatrième dimension (« Préparez-vous à un voyage… »). De temps en temps, il prête main forte à la police pour permettre d’élucider certaines affaires. Sa vie est réglée selon une routine qu’il partage avec son employée et seule véritable amie « Watts » (Thandiwe Newton), elle aussi ancienne combattante d’élite (le spectateur attentif reconnaîtra sous ses traits charismatiques l’héroïne de Mission Impossible 2). Un soir, une inconnue (Rebecca Ferguson) débarque dans leurs locaux, à la recherche d’un souvenir précis. À partir de là, la vie de Nick bascule définitivement.

Dès les premières minutes de Reminiscence, la volonté de la scénariste/réalisatrice est très explicite : mêler les codes du film de science-fiction à ceux du film noir pour concocter une sorte de Faucon maltais futuriste. Tous les ingrédients sont là, disséminés avec soin : la voix off lasse et désabusée du personnage principal, ses allures de détective privé post-Bogart (la barbe de trois jours, le regard triste, un penchant pour la boisson, un passé qui le hante), la femme fatale chanteuse de cabaret qui débarque sans crier gare, les gangsters, les policiers corrompus, les mensonges et les trahisons. Le compositeur Ramin Djawadi, déjà complice de Lisa Joy sur Westworld, s’engouffre dans cette brèche en laissant des guitares électriques et des basses mélancoliques s’inviter dans sa bande originale majoritairement électronique. De fait, la tonalité de Reminiscence est sombre et taciturne, à l’image de son personnage principal blessé par la vie et prêt à tout abandonner pour une obsession qui le mine et le détruit peu à peu.

Un potentiel gâché

Le film est scandé par des visions magnifiques de la ville Miami à moitié enfouie sous les eaux, le sommet des buildings s’érigeant au-dessus des flots qui s’immiscent partout. La Floride se retrouve ainsi transformée en une Venise rétro-futuriste, un train slalomant parfois tel un serpent métallique entre les éoliennes qui surgissent des eaux. La mise en forme de Reminiscence est donc très soignée et son atmosphère parfaitement rendue. Mais c’est du côté de l’intrigue que le bât blesse. Pas particulièrement palpitante, l’enquête de Nick traîne en longueur, d’autant que l’alchimie du couple Hugh Jackman / Rebecca Fergusson (qui partageaient déjà l’affiche de The Greatest Showman) ne saute pas aux yeux. Les deux acteurs ne semblent que peu concernés par leurs rôles, comme s’ils n’y croyaient qu’à moitié. Pire : le principe du voyage dans les souvenirs et des indices qui peuvent s’y cacher offrait mille possibilités scénaristiques passionnantes, quelque part à mi-chemin entre Philip K. Dick et Brian de Palma. On pense à Total Recall, à Inception, à ce que les vas et vient entre le passé et le présent, la réalité et l’illusion, auraient pu apporter à l’intrigue. Hélas, le potentiel du récit est terriblement sous-exploité. L’expérience de Reminiscence s’avère donc décevante, comme en témoigne l’accueil glacial que reçut le film au box-office.

 

© Gilles Penso

 

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RESIDENT EVIL: BIENVENUE À RACCOON CITY (2021)

Après six films mettant en vedette Milla Jovovich, la franchise Resident Evil redémarre sur de nouvelles bases, sans forcément y gagner au change…

RESIDENT EVIL: WELCOME TO RACCOON CITY

 

2021 – USA / ALLEMAGNE / FRANCE / CANADA / AUSTRALIE / GB

 

Réalisé par Johannes Roberts

 

Avec Kaya Scodelario, Hannah John-Kamen, Robbie Amell, Avan Jogia, Tom Hopper, Lily Gao, Neal McDonough, Donald Logue; Holly de Barros

 

THEMA ZOMBIES I MUTATIONS I SAGA RESIDENT EVIL

L’idée d’un reboot de la saga inspirée par les jeux d’épouvante Capcom est née alors même que le sixième épisode de la franchise, Resident Evil : chapitre final, était encore à l’affiche en 2016. Sentant la série battre de l’aile et l’intérêt du public s’éroder, les producteurs de Constantin Film veulent éviter que le soufflé ne retombe trop vite et initient donc un épisode reprenant tout depuis le début. James Wan est d’abord associé au projet, aux côtés du scénariste Greg Russo, mais les deux hommes décident finalement de s’attacher à l’adaptation d’une autre franchise vidéoludique, en l’occurrence le Mortal Kombat de 2021. C’est ensuite que le réalisateur anglais Johannes Roberts entre en scène, au double poste d’auteur et de metteur en scène. Très attaché aux jeux originaux, notre homme souhaite y être le plus fidèle possible, prévoyant de disséminer tout au long de son film des clins d’œil adressés aux gamers (dans les décors, les accessoires, la musique). Séduites par le concept de ce Resident Evil : bienvenue à Raccoon City, les équipes de Capcom mettent à la disposition du cinéaste les plans originaux ayant permis de modéliser certains décors clés des premiers jeux de la série, notamment le manoir Spencer et le commissariat de police. Bref, les intentions sont louables et tous les espoirs sont permis. La déception n’en est hélas que plus forte.

Vouloir retrouver l’esprit et les éléments visuels des deux premiers jeux de la série, c’est bien. Construire un scénario digne de ce nom susceptible d’intéresser les spectateurs et de les impliquer, c’est mieux. Car la difficulté majeure des adaptations de jeux consiste à trouver un moyen de compenser le manque de proactivité du public, redevenu simple spectateur passif, faute de quoi l’ennui s’installe rapidement. Or tel est le travers principal de ce septième Resident Evil. Nous découvrons d’un œil distrait la ville sinistre de Raccoon City, devenue quasiment fantôme après que la compagnie pharmaceutique Umbrella Corporation ait décidé de quitter les lieux, laissant dans son sillage le fruit de quelques expériences inavouables. Ancienne pensionnaire de l’orphelinat local, Claire (Kaya Scodelario) revient à la rencontre de son frère Chris (Robbie Amell) qui, avec ses collègues policiers, est parti en mission dans l’inquiétant manoir Spencer perdu au milieu des bois… L’intrigue met un temps fou à s’installer, compensant le manque de péripéties par des petits détails insolites : une mère et sa fille au crâne hypertrophié et au regard bizarre, des autochtones qui se mettent inexplicablement à saigner des yeux, une femme heurtée par un camion qui disparaît sans laisser de trace…

Déjà vu

On sent bien l’envie chez Johannes Roberts de s’inspirer du style de John Carpenter (la musique synthétique, l’unité de lieu et de temps, le huis-clos dans le commissariat, la petite ville nocturne). De toute évidence, Assaut, Fog et Prince des ténèbres sont les influences majeures du cinéaste. Mais faute de personnages intéressants et de motivations claires, comment s’intéresser à leur sort ? Le schéma classique du film de morts-vivants n’est brisé que le temps de mettre en scène quelques monstres intéressants (un chien zombie, un mutant décharné à la mâchoire immense garnie de dents acérées, et surtout un « boss » final complètement délirant), mais le sentiment de déjà vu ne s’estompe pas pour autant. Sans compter les invraisemblances de certaines séquences qui donnent au film la tournure d’une parodie involontaire. Notamment lorsque ce jeune policier assoupi à l’accueil du commissariat ne se réveille pas alors qu’un semi-remorque vient de se renverser et d’exploser à quelques mètres de lui ! Entre deux placements produits Sony et quelques tubes des années 90, Resident Evil : bienvenue à Raccoon City fixe donc très vite ses limites et nous ferait presque regretter Paul Anderson et Milla Jovovich, c’est dire !

 

© Gilles Penso

 

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BLACK FRIDAY (2021)

Le soir de Thanksgiving, les employés d’un magasin de jouets doivent faire face à des clients qui se métamorphosent en monstres redoutables…

BLACK FRIDAY

 

2021 – USA

 

Réalisé par Casey Tebo

 

Avec Devon Sawa, Ivana Baquero, Ryan Lee, Stephen Peck, Michael Jai White, Bruce Campbell, Louie Kurtzman, Celeste Olivia, Ellen Colton

 

THEMA MUTATIONS

C’est dans son passé d’employé chez Toys “R“ Us que le scénariste Andy Greskoviak puise son inspiration pour écrire Black Friday. Séduit par le projet, Bruce Campbell accepte d’en être l’un des producteurs et l’un des acteurs principaux, assurant ainsi au film une aura dont il n’aurait pas pu bénéficier sans lui. Signataire de plusieurs clips musicaux, de courts-métrages de science-fiction et du thriller horrifico-comique Happy Birthday, Casey Tebo hérite de la mise en scène. Tourné entre novembre et décembre 2020 dans le Massachussetts, Black Friday s’intéresse à une poignée d’employés d’un grand magasin de jouets, « We Luv Toys », qui se préparent à travailler tout le week-end de Thanksgiving, avec la bénédiction tranquille du directeur de l’établissement Jonathan Wexler (Campbell). Il y a là le dur à cuire Ken (Devon Sawa), sa petite-amie officieuse Marnie (Ivana Baquero), le novice Chris (Ryan Lee), l’assistant du directeur Brian (Stephen Peck), le solide Archie (Michael Jai White), la « bonne élève » Anita (Celeste Oliva), la vieille habituée Ruth (Elle Colton), les débonnaires Emmett et Bircher (Louie Kurtzman et Stanley Bruno).

En plein Black Friday, tous ces vendeurs s’attendent aux habituels débordements transformant les consommateurs en fous furieux et la plus paisible des mères de famille en furie hystérique. Mais ce qui les attend dépasse tout ce qu’ils pouvaient imaginer. En effet, le comportement excessif des clients sort du cadre habituel de la folie consumériste pour prendre une tournure très inquiétante. Peu à peu, chacun d’entre eux se transforme en bête féroce, mutante et affamée, attaquant les employés et se regroupant autour d’une étrange substance gélatineuse qui ne cesse de croître. La résistance s’organise face à cette menace incompréhensible, tandis que chacun s’efforce de garder la tête froide. C’est bien sûr avec beaucoup d’humour que Black Friday aborde cet argument d’horreur et de science-fiction, ne se prenant jamais au sérieux tout en rendant un évident hommage au cinéma de genre des années 80/90. D’où cette volonté de recourir majoritairement à de bons vieux effets spéciaux à l’ancienne, concoctés par le génie des maquillages spéciaux Robert Kurtzman. Ce dernier s’en donne à cœur joie, ne se réfrénant ni dans les effets de mutation excessifs, ni dans les substances dégoulinantes, ni dans ce « boss » final, un monstre géant qui nous rappelle les délires de John Buechler pour Stuart Gordon (From Beyond) ou de Screaming Mad George pour Brian Yuzna (Society).

Sympathique et facultatif

Le caractère décomplexé et hautement distrayant de l’entreprise est donc son point fort. Mais Black Friday fixe aussi très rapidement ses limites en se contentant d’arpenter des sentiers mille fois battus avant lui. Conçu principalement comme un hommage humoristique aux films de zombies, le long-métrage de Casey Tebo arrive un peu tard dans un registre déjà usé jusqu’à la corde. Les clins d’œil directs restent fort heureusement en demi-mesure (on pense au Blob dès l’entame, un extrait de La Malédiction de Chucky passe à la télé, la radio annonce que les comtés de Columbus, Carpenter, Lynch et Wright ont été évacués) mais il n’y a rien de vraiment neuf là-dedans. Par la nature même de son concept, le film aurait pu au moins s’offrir une satire cinglante – et sanglante – de la société de consommation. Mais le Zombie de Romero est déjà passé par là et Black Friday n’a visiblement pas vocation d’apporter la moindre pierre à l’édifice. Comme en outre aucun des personnages n’est foncièrement attachant et que Bruce Campbell assure le service minimum, voilà une expérience agréable mais tout à fait facultative. Sitôt vu sitôt oublié.

 

© Gilles Penso


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