CYBORG (1989)

Dans un monde post-apocalyptique, Jean-Claude Van Damme affronte une redoutable bande de barbares pour tenter de sauver l’humanité…

CYBORG

 

1989 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Jean-Claude Van Damme, Deborah Richter, Vincent Klyn, Alex Daniels, Dayle Haddon, Ralf Moeller

 

THEMA FUTUR

À la fin des années 80, Menahem Golan et Yoram Globus, les légendaires dirigeants de Cannon Films, essuient coup sur coup deux revers : l’annulation de leur projet Spider-Man et l’incapacité de récupérer les droits des Maîtres de l’univers pour en produire une suite. Ces deux projets alléchants sont donc laissés en plan. Pour amortir en partie les dépenses effectuées dans les repérages, les préparatifs et les designs, le réalisateur Albert Pyun arrive à la rescousse avec l’idée d’un petit film d’action futuriste. Pyun est un proche de Cannon depuis que Menahem Golan a vu L’Épée sauvage et lui a proposé de réaliser plusieurs films sous son giron comme Campus, Le Trésor de San Lucas ou L’Aventure fantastique. Rompu à l’exercice du cinéma de genre à petit budget, le prolifique metteur en scène imagine donc une course-poursuite post-apocalyptique qu’il destine à Chuck Norris. Mais Golan et Globus pensent que ce projet vise un public plus jeune et nécessite donc une star montante. D’où l’entrée en scène de Jean-Claude Van Damme, alors passé sous le feu des projecteurs grâce à Bloodsport. Pyun réadapte donc l’écriture pour la future star de Kickboxer, signe son scénario sous le pseudonyme de Kitty Chalmers (le nom de son chat !) et choisit pour le nom de ses personnages principaux des marques de guitares célèbres. Le héros et son antagoniste s’appellent donc respectivement Gibson et Fender.

L’intrigue de Cyborg se situe dans une ambiance très proche de celle des imitations italiennes de Mad Max 2 et New-York 1997 qui fleurissaient sur les écrans depuis le début des années 80. À ces « post-apo » transalpins, le film de Pyun emprunte d’ailleurs des accès de violence graphique décomplexés : les gorges sont tranchées, les têtes coupées, les membres sectionnés… Ce futur ravagé par la guerre – tourné principalement dans des ruines, des décharges publiques et des terrains vagues – voit errer une populace hagarde décimée par la peste. C’en est donc bientôt fini de l’humanité, à moins qu’une équipe de chercheurs réunie à Atlanta ne parvienne à endiguer l’épidémie. Pour y parvenir, ils ont besoin de récupérer les précieuses informations que transporte Pearl (l’ex-mannequin Dayle Haddon), un cyborg pris en chasse par la redoutable bande de Fender (le très impressionnant Vincent Klyn). Plongé malgré lui dans cette course-poursuite, l’ancien mercenaire Gibson (JCVD) va devoir s’impliquer dans ce combat dont l’issue pourrait bien être la survie de la race humaine. L’acteur belge compose donc une figure qui deviendra récurrente dans sa filmographie, celle du bagarreur qui a pris sa retraite anticipée, loin du tumulte du monde, et qui se retrouve malgré lui obligé de redonner du poing et de la savate pour se positionner sur l’échiquier du bien et du mal.

Grand écart et crucifixion

Le script un peu paresseux de Cyborg, qu’on imagine rédigé en quatrième vitesse, joue le jeu de la linéarité primaire. Tout n’est que prétexte à ponctuer régulièrement le métrage de combats musclés riches en cascades et en exploits physiques. Le budget ne permet pas de réaliser des miracles, mais quelques effets spéciaux audacieux constellent le film, comme une poignée de matte paintings figurant les panoramas d’un monde dévasté, quelques plans en stop-motion permettant d’animer en gros plan la tête du cyborg et plusieurs maquillages spéciaux conçus par le talentueux Greg Cannom (futur maître d’œuvre des métamorphoses du Dracula de Coppola). Cyborg nous offre un super-vilain mémorable, sorte de Terminator à dreadlocks et en cotte de maille, dont la voix de ténor déclame des tirades caricaturales du genre « J’aime ce monde, j’aime la misère, je serai un dieu, je reviens de l’Enfer », et dont les sbires poussent des rugissements d’hommes préhistoriques. Taillé sur mesure pour Jean-Claude Van Damme, le film nous offre l’incontournable scène de grand-écart et les non moins incontournables coups de pieds levés. Devenu martyr après avoir reçu la raclée du siècle, le héros se transforme littéralement en figure christique au cours du dernier acte, crucifié sur le mat d’une épave de bateau, nouveau Jésus belge et futuriste se découpant sur fond de coucher de soleil. Cette étape douloureuse mais nécessaire permettra à ce Phénix musclé de renaître de ses cendres pour aller en découdre une fois pour toutes avec le Mal. Très mal reçu lors des projections tests, Cyborg sera entièrement remonté sous la supervision de Van Damme, et c’est cette version qui sortira sur les écrans, plus édulcorée, plus classique et plus « mainstream » que ce qu’Albert Pyun avait initialement en tête.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER 5 (1994)

Des démons buveurs de sang, des jouets tueurs, de la magie noire, des robots miniatures… Puppet Master V tire dans tous les sens !

PUPPET MASTER V : THE FINAL CHAPTER

 

1994 – USA

 

Réalisé par Jeff Burr

 

Avec Gordon Currie, Chandra West, Ian Ogilvy, Teresa Hill, Guy Rolfe, Nicholas Guest, Willard E. Pugh, Diane McBain

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE I SAGA PUPPET MASTER CHARLES BAND

Puppet Master 4 marquait un tournant dans l’histoire des poupées meurtrières imaginées par Charles Band, puisque celles-ci passaient du côté des « bons » afin d’affronter les forces du mal. Tournée dans la foulée, sa séquelle immédiate prolonge donc cette idée et reprend les événements exactement là où ils se sont arrêtés. Les effets visuels sont toujours supervisés par David Allen, assisté de Chris Endicott et Joseph Grossberg. Cette fois-ci, Allen ne met pas directement la main à la pâte, laissant deux de ses poulains prendre en charge l’animation à proprement parler. Joel Fletcher et Paul Jessel se chargent donc de donner vie aux petites créatures dans les plans larges, le reste étant obtenu comme toujours à l’aide de marionnettes mécaniques. La stop-motion intervient au bout de quarante minutes de métrage pour montrer la naissance d’un « ultime Totem » éveillé par le diabolique Sutekh. Elle permet ensuite aux petits belligérants de courir ou de sauter (on note un plan très dynamique où le Totem traverse une porte pour se jeter sur le massif Pinhead). Une douzaine de plans animés s’insèrent ainsi au milieu des marionnettes conçues par Mark Rappaport et manipulées en direct, le montage permettant d’alterner avec fluidité les deux techniques.

Les affrontements entre le petit démon et les poupées de Toulon ont donc plus de panache que dans le film précédent, d’autant que Torch fait son grand retour avec son bras lance-flammes. Decapitron lui-même révèle un peu plus l’étendue de ses pouvoirs en exhibant de nouvelles têtes et en imitant régulièrement les traits d’André Toulon. De la magie noire, de l’intelligence artificielle, de la sorcellerie, des démons… Débordant d’idées et de rebondissements, ce cinquième opus est finalement victime de ce trop-plein de composantes qui parfois ont du mal à s’assembler avec cohérence. La faute en incombe sans doute à une écriture un peu chaotique prise en charge simultanément ou à tour de rôle par cinq auteurs (Tod Henschell, Steven E. Carr, Jo Duffy, Doug Aarniokoski et Keith Payson).

La fin d’une ère

La déception légitime que les fans peuvent ressentir vis-à-vis de ce cinquième épisode provient surtout de sa nature de quasi-remake du précédent, dont il reprend de nombreux moments forts et de nombreuses séquences (notamment la résurrection du nouveau-venu Decapitron). C’est sans doute le syndrome d’un film qui devait être unique et a été coupé en deux parties assez tardivement dans son processus de développement. D’un autre côté, il faut souligner la qualité et la variété des effets spéciaux, surtout au regard du budget très restreint alloué aux équipes techniques. Au-delà du travail remarquable de David Allen et Mark Rappaport, les artistes de l’atelier Alchemy FX élaborent un costume très impressionnant pour le démon Sutekh qu’incarne Jake McKinnon. Le film se pare aussi d’effets visuels audacieux combinant rétroprojections, rotoscopie, morphings et même images de synthèse. Pas transcendants mais très distrayants, Puppet Master 4 et 5 se regardent sans déplaisir et marquent la fin d’une sorte d’« âge d’or » de la franchise, les opus suivant marquant un net infléchissement qualitatif.

 

© Gilles Penso

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PINOCCHIO (2002)

Des deux côtés de la caméra, Roberto Benigni met en scène et incarne le célèbre pantin vivant imaginé par Collodi

PINOCCHIO

 

2002 – ITALIE / FRANCE / ESPAGNE

 

Réalisé par Roberto Benigni

 

Avec Roberto Benigni, Nicoletta Braschi, Carlo Giuffrè, Kim Rossi Stuart, Peppe Barra, Mino Bellei, Alessandro Bergonzoni

 

THEMA JOUETS I CONTES

Après le triomphe de La Vie est belle, Roberto Benigni était libre de se lancer dans n’importe quel projet cinématographique. L’idée lui est donc venu de réaliser et d’interpréter une nouvelle adaptation du célébrissime conte imaginé par Collodi. La pertinence d’une telle entreprise laisse quelque peu perplexe. En effet, non seulement « Pinocchio » a fait l’objet de maintes versions filmées, limitant du coup considérablement l’effet de surprise (celle de Steve Barron sortit sur les écrans à peine six ans plus tôt), mais en outre Benigni était âgé de cinquante ans lors du tournage du film. Malgré son éternelle jeunesse et son grain de folie permanent, le fringuant acteur/réalisateur manquait donc singulièrement de crédibilité dans le rôle d’un pantin juvénile transformé en petit garçon ! Ici, le vénérable sculpteur Gepetto est interprété par Carlo Giuffré. Un jour, un tronc d’arbre doué de vie grâce aux pouvoirs magiques de la fée bleue (Nicoletta Braschi) traverse tout le village en semant une belle panique pour venir cogner à sa porte. Séduit par la qualité de ce bois, du pin massif, il en fait un pantin articulé qu’il nomme Pinocchio.

Assez curieusement, le film prend le parti de nous montrer d’emblée Benigni sous forme humaine, sous-entendant l’acceptation par le public de deux données un peu difficiles à avaler : le joyeux quinquagénaire habillé comme un clown est un pantin en bois, et il représente un gamin de sept ou huit ans. La fée concède à muer Pinocchio en véritable petit garçon à condition que celui-ci se montre honnête et travailleur. Hélas, les tentations sont nombreuses, et le petit homme de bois n’a pas la force de caractère d’y résister, malgré un bon fond manifeste, et malgré les mises en garde de sa conscience qui a pris la forme d’un grillon parlant (incarné par le comédien Peppe Barra, affublé pour l’occasion de deux jolies antennes). Ainsi, alors que son père se saigne aux quatre veines pour lui acheter un abécédaire, Pinocchio s’éloigne du chemin de l’école pour assister au spectacle de marionnettes d’un théâtre ambulant tenu par un ogre colossal (Franco Javarone). Ensuite, ce sont un renard et un chat (Max Cavallari et Bruno Arena) qui abusent de sa naïveté en lui volant son argent. Pinocchio n’est pas au bout de ses peines, car son chemin sera encore semé d’obstacles et de créatures étranges…

Benigni en roue libre

Armé de moyens importants, Benigni a pu donner corps aux séquences féeriques qui ponctuent le récit à l’aide de décors somptueux et d’effets spéciaux numériques haut de gamme. Ces derniers permettent notamment de visualiser les évolutions hystériques d’un tronc d’arbre vivant, les bonds frénétiques du minuscule grillon aux côtés de Pinocchio, les centaines de souris qui tirent le carrosse de la fée bleue, le gigantisme de l’ogre Mange-le-Feu ou encore la monstrueuse baleine aux allures de requin colossal. Le film se pare également d’une partition enjouée signée Nicola Piovani (Intervista, Jambon jambon, La Vie est belle). Mais toutes ces qualités formelles sont gâchées par le jeu insupportable de Benigni, en totale roue libre, qui gesticule, s’agite, sautille et s’avère incapable de prononcer une seule ligne de dialogue sans hurler, sabordant du même coup son film par un trop plein d’hystérie.

 

© Gilles Penso

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PUPPET MASTER 4 (1993)

Dans ce quatrième opus, les fameuses poupées tueuses deviennent des sortes de super-héroïnes liguées contre des entités démoniaques…

PUPPET MASTER IV

 

1993 – USA

 

Réalisé par Jeff Burr

 

Avec Gordon Currie, Chandra West, Jason Adams, Teresa Hill, Guy Rolfe, Felton Perry, Stacie Randall, Mike Wiles, Dan Zukovic

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I ROBOTS ET INTELLIGENCE ARTIFICIELLE I SAGA PUPPET MASTER CHARLES BAND

La première trilogie Puppet Master aura été le grand succès du producteur Charles Band. Dans la foulée du troisième opus, celui-ci décide donc de passer à la vitesse supérieure tout en continuant à capitaliser sur cette franchise à la popularité croissante. Sa première idée est un crossover qu’il baptise Puppet Master vs Demonic Toys et qu’il annonce officiellement lors du marché du film du Festival de Cannes en 1992. Mais le projet tombe à l’eau et Band revient à la charge avec un effet d’annonce encore plus spectaculaire : Puppet Master 4 sera un long-métrage au budget important destiné aux salles de cinéma. Le scénariste J.S. Cardone est chargé d’écrire ce Puppet Master : The Movie que Band envisage de réaliser lui-même. Mais cette option non plus n’est pas menée à terme. Il faut donc revoir les ambitions à la baisse et opter pour une solution plus expéditive, plus économique et un peu moins excitante : tourner simultanément Puppet Master 4 et 5 dans les mêmes décors et avec la même équipe, en à peine un mois, et revenir au marché que Full Moon Pictures connaît bien : la vidéo.

La réalisation de ce diptyque écrit à la hâte par une demi-douzaine de scénaristes est confiée à un spécialiste des séquelles de films d’horreur, Jeff Burr, qui s’est illustré avec les peu mémorables Massacre à la tronçonneuse 3 et Beau-père 2. Dans Puppet Master 4, le tranchant Blade, le colosse Pinhead, le perforant Tunneler, le bouffon Jester et le cow-boy Six-Coups sont réactivés par Rick Myers, un jeune expert en intelligence artificielle, et trois de ses amis scientifiques. Un nouveau venu se joint à la bande : Decapitron, un robot miniature dont les têtes varient au fil des armes qu’il utilise, échappé en fait d’une production de Charles Band qui ne vit jamais le jour. « Decapitron devait être un film produit par Empire », explique le superviseur des effets visuels David Allen. « C’était l’histoire d’androïdes qui changeaient de tête en fonction des missions qu’ils avaient à accomplir. Ce film n’a jamais abouti, et certains concepts ont été réutilisés pour l’un des personnages de Puppet Master 4. Nous avons donc créé une poupée qui s’appelle Decapitron et qui donne une idée assez précise des personnages qui avaient été imaginés pour le film. Chaque tête représente un état d’âme différent de André Toulon. » (1)

Place aux Totems

Tout ce beau monde affronte d’autres créatures de taille réduite, les Totems, des monstres buveurs de sang et quasi-invulnérables commandés par Sutehk, un sorcier adepte de la magie noire aux allures de squelette sous stéroïdes. Les Totems sont affublés d’une tête cuirassée hypertrophiée et d’une mâchoire garnie de dents acérées. Leurs mains et leurs pieds arborent des griffes redoutables et leur corps musclé et reptilien est hérissé de pointes. David Allen prend une nouvelle fois en charge l’animation de cette galerie de personnages miniatures, épaulé par ses vieux complices Randy Cook et Chris Endicott. La stop-motion intervient principalement lors des séquences d’attaque des Totems, qui s’en prennent d’abord aux scientifiques d’un laboratoire de recherche puis surgissent d’un tableau Ouija, après une séance de spiritisme, pour agresser les jeunes protagonistes. L’animation en volume continue de fournir également plusieurs plans larges des poupées lorsqu’elles marchent ou sautent. On regrette toutefois que la technique fétiche de David Allen ne soit quasiment jamais sollicitée pour les corps à corps entre créatures. Les combats y auraient gagné en dynamisme et en énergie. Mais la stop-motion prend beaucoup de temps, d’où la sollicitation fréquente de marionnettes mécaniques à baguettes. Comme on peut s’y attendre, la fin de Puppet Master 4 est très ouverte et nous offre même une courte bande-annonce de l’épisode suivant.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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COMTESSE DRACULA (1971)

Révélée par Vampire Lovers, la voluptueuse Ingrid Pitt retrouve la Hammer pour donner corps à la sanglante comtesse Bathory…

COUNTESS DRACULA

 

1971 – GB

 

Réalisé par Peter Sasdy

 

Avec Ingrid Pitt, Nigel Green, Sandor Elès, Maurice Denham, Patience Collier, Peter Jeffrey, Lesley Ann-Down, Leon Lissek

 

THEMA VAMPIRES

L’affaire de la comtesse hongroise Elizabeth Nadasdy, née Bathory, qui fut condamnée pour avoir kidnappé et assassiné des centaines de jeunes filles afin de se baigner dans leur sang et de prolonger ainsi sa jeunesse, fit couler beaucoup d’encre en 1611. Ce cas réel de vampirisme non surnaturel frappa évidemment les imaginations, et le studio Hammer profita du relâchement de la censure au début des années 70 pour en proposer une adaptation cinématographique. Vampire Lovers, qui fonctionnait déjà sur un registre voisin, révéla la belle Ingrid Pitt, qui reprend ici du service dans le rôle de la comtesse sanglante. Celle-ci, vieillissante, vient d’enterrer son époux lorsque le film commence. Cruelle avec son petit personnel, elle maltraite un soir une de ses femmes de chambre, la blessant avec un couteau. Le sang de la donzelle gicle sur la joue de la comtesse, et aussitôt les rides y disparaissent. Stupéfaite par l’incroyable découverte, Elizabeth décide désormais de faire enlever les jeunes vierges du village et de les égorger pour enduire son corps de leur sang, avec la complicité de son amant le capitaine Dobi. Rajeunissant miraculeusement, elle choisit de se faire passer pour sa propre fille Ilona, tandis que la véritable Ilona est séquestrée dans la forêt pour éviter de mettre à jour la supercherie. Sa libido s’accroissant, la comtesse se met à tourner autour du bel Imre Toth, ce qui n’est évidemment pas du goût de Dobi…

Le lieu commun affirmant que la réalité dépasse la fiction s’applique hélas on ne peut mieux à ce frileux Countess Dracula réalisé sans panache par un Peter Sasdy que l’on connut plus inspiré (il venait de signer l’audacieux Une messe pour Dracula). Là où l’on attendait des débordements érotico-horrifiques, des visions dantesques de baignoires emplies de sang virginal et d’éprouvants meurtres en série, le film ne dévoile qu’un timide bout de sein et se contente de montrer la comtesse s’éponger chastement la joue avec quelques gouttes de sang. Comme en outre Ingrid Pitt ne semble que très peu concernée par son personnage, et que Sandor Elès est un héros d’une incroyable fadeur, le film ne ressort guère grandi par son casting, malgré la conviction de Nigel Green en capitaine Dobi et l’indiscutable charme de Lesley-Anne Down qui interprète Ilana.

Les stigmates du crime

On peut également regretter le manque de finesse des maquillages vieillissants de Tom Smith, qui nuisent beaucoup à la crédibilité de l’ensemble. Toutes ces faiblesses sont d’autant plus malencontreuses que le scénario possédait un vrai potentiel horrifique, mêlant habilement le thème du vampirisme au mythe de Dorian Gray, dans la mesure où la comtesse enlaidit davantage chaque fois qu’elle retrouve son âge véritable, comme si elle portait les stigmates de ses crimes et de ses péchés. Pour justifier un titre faisant allusion à Dracula sans autre justification que le fort impact commercial du comte imaginé par Bram Stoker, Peter Sasdy achève son film sur une poignée de villageois regardant avec mépris la criminelle emprisonnée en crachant et l’affublant du surnom peu enviable de « comtesse Dracula », le sobriquet étant dès lors repris en chœur comme une sinistre litanie.

 

© Gilles Penso


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TAMMY AND THE T-REX (1994)

Denise Richards est amoureuse d’un tyrannosaure animatronique meurtrier piloté à distance par le cerveau de son fiancé !

TAMMY AND THE T-REX

 

1994 – USA

 

Réalisé par Stewart Raffill

 

Avec Denise Richards, Theo Forsett, Paul Walker, Ellen Dubin, Terry Kiser, Buck Flower, Ken Carpenter, George Pilgrim, Sean Whalen, John Franklin

 

THEMA DINOSAURES

Produit dans la foulée du succès fou de Jurassic Park et baptisé d’abord Teenage T-Rex au moment de sa présentation au Marché du film de Cannes en 1994, puis Tanny & the Teenage T-Rex et finalement Tammy and the T-Rex, cet objet filmique est parfaitement indéfinissable. La genèse du long-métrage elle-même laisse rêveur. Stewart Raffill, réalisateur de Ice Pirates, Philadelphia Experiment et Mac et moi, est un jour contacté par le propriétaire de plusieurs salles de cinéma en Amérique du Sud qui lui affirme posséder pour un temps limité un tyrannosaure animatronique grandeur nature. La bête doit ensuite voyager vers le Texas pour être exploitée dans un parc d’attractions. Mais si Raffill est capable d’écrire un scénario en une semaine et de tourner le film dans la foulée, le dinosaure pourra en être la vedette. Voilà comment est né cet improbable Tammy and the T-Rex ! Le cinéaste part donc en tournage en septembre 1993 avec un script à peine ébauché qui sera réécrit au fur et à mesure des prises de vues. Pour gagner du temps et faire quelques économies, Raffill choisit des lieux de tournage les plus proches possibles de son domicile et s’embarque dans l’aventure la plus bizarre de sa carrière.

Quelques années avant que Starship Troopers ne la fasse accéder à la célébrité, la délicieuse Denise Richards incarne la Tammy (ou Tanny, selon les versions) du titre, une étudiante follement amoureuse de Michael (Paul Walker, futur héros de la franchise Fast and Furious). Mais tous deux sont surpris en pleins ébats par le vil Billy (George Pilgrim), ex-petit ami de la jeune fille qui apprécie très peu de la voir exulter dans les bras d’un autre. Avec la bande de voyous qui l’accompagne, Billy kidnappe Michael et l’abandonne en pleine nuit dans un zoo où le malheureux se fait déchiqueter par un léopard ! Le point de départ est donc déjà une belle épreuve pour la suspension d’incrédulité des spectateurs. Mais ce n’est qu’un hors d’œuvre. Le meilleur – ou le pire, c’est selon – reste à venir. Car le corps mutilé du jeune homme est bientôt récupéré par le génial mais fou docteur Wachenstein (Terry Kiser) qui a construit un tyrannosaure mécanique grandeur nature et projette de connecter le cerveau de Michael au corps du monstre animatronique ! Cette expérience délirante que même les séries B les plus excessives des années 50 n’auraient pas osé mettre en scène réussit au-delà de toute espérance. Bien sûr, le dinosaure/robot/humain s’énerve, massacre tous les scientifiques à la solde de Wachenstein et s’enfuit pour retrouver sa dulcinée…

Bizarrosaure

Tammy and the T-Rex est un film d’autant plus aberrant que sa tonalité nous échappe totalement. Un tel postulat semble taillé sur mesure pour une comédie loufoque riche en clins d’œil et en gags référentiels. Mais s’il collecte volontiers les passages humoristiques, Stewart Raffill aborde la plupart du temps ses séquences avec un premier degré désarmant qui renforce davantage son caractère comique – involontaire ou non, allez savoir – notamment lorsque la belle, en observant ce gros dinosaure pataud, comprend soudain qu’il s’agit de son petit ami ! Denise Richards écarquille ses jolis yeux embués, la bande originale sort les violons, le T-Rex fait « grrrr grrr » et le spectateur ne sait plus où donner de la tête. Ce grand écart prend une tournure encore plus déstabilisante lorsque Tammy and the T-Rex bascule soudain dans le gore le plus décomplexé. Têtes coupées, membres déchiquetés, intestins arrachés, corps broyés, le maquilleur spécial John Carl Buechler (Re-Animator) s’en donne à cœur joie sans la moindre retenue, face à la caméra d’un Stewart Raffill qui visiblement ne sait même pas ce qu’il est en train de filmer. La plupart de ces séquences ultra-sanglantes seront coupées au montage, dans l’espoir de faire de Tammy and the T-Rex un spectacle familial acceptable. Mais c’est une peine perdue. Le film est tellement « autre » qu’il passe à côté de cette cible potentielle et se transforme en objet de culte pour tous les amateurs de bobines déjantées et inclassables. D’où la réinjection dans le montage de ses exactions gore au moment de sa restauration.

 

© Gilles Penso

 

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REPO MEN (2010)

Une fable futuriste cinglante et sanglante dans laquelle Jude Law et Forrest Whitaker démembrent ceux qui ne peuvent plus payer leurs organes…

REPO MEN

 

2010 – USA

 

Réalisé par Miguel Sapochnik

 

Avec Jude Law, Forrest Whitaker, Alice Braga, Liev Schreiber, Carice Van Houten, Chandler Canterbury, Joe Pingue, Liza Lapira

 

THEMA FUTUR

Il est surprenant qu’un grand studio comme Universal et que des comédiens aussi populaires que Jude Law et Forrest Whitaker aient osé se lancer dans cette fable futuriste qui, sous ses allures de divertissement de science-fiction grand public, abrite une satire sociale cinglante qui ne recule devant aucun effet gore pour délivrer ses salves acerbes. Certes, le sujet même du roman « The Repossession Mambo », écrit par Eric Garcia, n’avait rien d’un conte pour enfants. Mais une adaptation « mainstream » aurait tout à fait été envisageable, surtout avec de telles têtes d’affiche. Or ni les scénaristes (Garcia lui-même et son complice Garrett Lerner), ni le réalisateur Miguel Sapochnik ne semblent vouloir édulcorer le propos initial. Ainsi, lorsque nos « héros » entrent en scène pour récupérer un organe impayé, les armes les plus tranchantes s’acharnent sur les corps des malheureux endettés, le sang gicle sans la moindre demi-mesure, et l’équipe des effets spéciaux s’en donne à cœur joie, sous les bons auspices du maquilleur Andy Clement.

Comme Law et Whitaker, dans le rôle des deux « repo-men » les plus efficaces de leur génération, s’acquittent de leur tâche avec une bonne humeur excessive pour pouvoir toucher leur prime, il semble difficile de trouver chez ces tueurs officiels un pôle d’identification. D’autant que si l’un d’entre eux finit par se retourner contre le système, c’est moins par un élan soudain de conscience humaniste que pour des raisons strictement personnelles. Pourtant, ces protagonistes nous attirent et nous touchent, suscitant auprès des spectateurs une empathie qui semblait de prime abord impensable. Ce petit miracle, sans lequel Repo Men ne serait qu’un défouloir dénué d’émotion, repose beaucoup sur les épaules des deux comédiens principaux, cassant volontairement leur image de superstars sympathiques pour composer des anti-héros cyniques et désabusés. Même l’excellent Liev Schreiber parvient à contourner les écueils du manichéisme, malgré les ignominies perpétrées par la société que dirige son personnage.

Violent et décomplexé

Le questionnement moral est donc au cœur du récit, mais le scénario refuse ostensiblement de se soumettre au dictat du politiquement correct. Aucune réelle rédemption ne vient illuminer le destin de ces employés modèles, et si l’acte final de Repo Men semble vouloir racheter les péchés de chacun en préservant la morale, ce n’est qu’un leurre savamment orchestré qui s’achemine sans détour vers un dénouement pour le moins surprenant. Et pour mieux noyer le poisson, le long-métrage de Miguel Sapochnik s’offre les atours d’une superproduction d’anticipation digne de ce nom, révélant d’impressionnants panoramas d’une cité cyclopéenne où le métro aérien se faufile tel un serpent entre d’immenses immeubles, et ponctuant ses péripéties de combats musclés et spectaculaires au cours desquels Forrest Whitaker peut pleinement exploiter sa maîtrise des arts martiaux. Violent, décomplexé, rythmé par une bande originale énergisante qui alterne les envolées symphoniques de Marco Beltrami et une playlist musicale joyeusement décalée, Repo Men nous évoque les œuvres subversives et impertinentes de Paul Verhoeven. Comme référence, il y a pire.

 

© Gilles Penso

LES ENFANTS DU MAÏS 4 : LA MOISSON (1996)

Naomi Watts et Karen Black tiennent la vedette de ce quatrième épisode où de nouveaux enfants sont possédés par le démon imaginé par Stephen King

CHILDREN OF THE CORN IV : THE GATHERING

 

1996 – USA

 

Réalisé par Greg Spence

 

Avec Naomi Watts, Karen Black, Jamie Renée Smith, Mark Salling, Brent Jennings, Toni Marsh, Lewis Fanagan III

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

Contrairement aux trois premiers films de la saga des Démons du maïs, ce quatrième épisode, sobrement sous-titré La Moisson, sort directement en vidéo. C’est un signe des temps, et il en sera de même pour tous les opus suivants. Le titre français opte d’ailleurs bizarrement pour Les Enfants du Maïs au lieu des Démons du Maïs. Oubliant le final du long-métrage précédent,  qui annonçait une apocalypse à l’échelle planétaire avec le déploiement d’un grand monstre animatronique digne de Lovecraft, celui-ci revient à un cadre rural et modeste. Alors en début de carrière, Naomi Watts interprète la jeune Grace Rhodes, interrompant ses études pour rendre visite à sa mère June (Karen Black) dans une petite ville du Nebraska. Prise d’une peur irrationnelle des champs de maïs, en proie à de terribles cauchemars, June refuse de dépasser le perron de sa maison. Nous découvrons alors le reste de la famille de Grace : sa petite sœur Margaret, encore enfant, et son frère James, préadolescent. De toute évidence, ce sont des proies idéales pour le culte du maïs.

Grace reprend provisoirement son ancien travail d’infirmière pour le médecin local et découvre que les jeunes enfants du coin sont tous pris de violents accès de fièvre et de convulsions. Il ne s’agit évidemment pas d’un simple virus. Ils sont possédés par l’esprit d’un enfant fantôme/zombie surgi d’un puits. Bientôt, tous ces charmants bambins se mettent à déambuler en groupe, à la façon de ceux du Village des damnés, et à assassiner les habitants. Lors d’une scène assez marquante, le sang des enfants stocké dans les tubes à essai déborde pour se transformer en une marre écarlate d’où émerge une main armée d’une faucille. Mais le reste du temps, les séquences horrifiques et les meurtres surprennent surtout par leur manque d’inventivité. L’homme transpercé par toutes sortes d’outils dans une grange (faux, fourche, faucille) et plus tard l’infirmière assaillie par des objets tranchants se contentent ainsi de plagier le climax de Carrie.

Cauchemars à répétition

Au fil d’une intrigue routinière et ennuyeuse, les personnages n’en finissent plus de faire des cauchemars imbriqués les uns dans les autres jusqu’à ce que les événements tournent à la parodie involontaire. Finalement, le film de Greg Spence illustre à merveille la théorie de la relativité développée par Albert Einstein. En effet, malgré sa courte durée (à peine plus d’une heure), Les Enfants du maïs : la Moisson semble interminable. Spence réalisera deux ans plus tard un autre film de genre, Prophecy 2, avant de se concentrer sur ses activités de producteur (on le retrouvera au générique de nombreuses séries dont Game of Thrones). Naomi Watts, quant à elle, devra attendre le Mulholland Drive de David Lynch pour se muer progressivement en superstar et tenter de faire oublier de sa filmographie ces premiers pas embarrassants aux côtés des enfants du maïs.

 

© Gilles Penso

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ABBY, LA MALÉDICTION NOIRE (1974)

Une version Blaxploitation de L’Exorciste qui raconte la possession diabolique d’une jeune femme par un esprit africain…

ABBY

 

1974 – USA

 

Réalisé par William Girdler

 

Avec William Marshall, Terry Carter, Austin Stoker, Carol Speed, Juanita Moore, Charles Kissinger, Elliott Moffitt

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Le cinéma de Blaxploitation des années 70 s’étant attaqué sans vergogne aux grands classiques du fantastique avec Blacula et Blackenstein, William Girdler décida de prendre la relève en puisant cette fois-ci son inspiration dans un succès tout récent, l’incontournable L’Exorciste de William Friedkin. L’initiative est bien peu inventive et le résultat pas vraiment folichon. Parti au Nigeria faire des fouilles archéologiques, le père Garnet Williams (William Marshall, qui incarna justement le rôle-titre de Blacula) découvre un étrange coffret en bois renfermant l’esprit du démon Eshu. Comme la Pandore de la mythologie, Williams ouvre malencontreusement le reliquat, libérant aussi sec l’entité vaporeuse. Les fâcheuses conséquences ne tardent pas à se faire sentir plusieurs milliers de kilomètres plus loin. Abby Williams (Carol Speed), belle-fille de l’ecclésiastique, se met en effet à adopter un comportement étrange de plus en plus préoccupant. Elle se taillade d’abord le bras avec un couteau de cuisine, puis blasphème avec une voix de ténor, bave abondamment et déplace les meubles à distance, tandis que le visage du démon grimaçant apparaît furtivement dans le montage. Merci William Friedkin !

En pleine hystérie, Abby provoque même la crise cardiaque d’une pauvre femme. Le brave pasteur Emmett Williams (Terry Carter), son époux, la fait hospitaliser d’urgence, mais elle s’en échappe aussitôt et se met à écumer un night-club qui obéit à tous les clichés de l’époque : musique funky, boule à facettes et coupes afro. Là, notre possédée aguiche tous les hommes qu’elle croise, notamment un de ses amis qu’elle entraîne dehors avant de se jeter sur lui dans sa voiture, tirant abondamment la langue et poussant des gémissements bestiaux. Puis la force démoniaque tue le malheureux (à l’écran, la voiture est secouée tandis qu’une machine à fumée envoie des volutes à tout va !). 

Procès pour plagiat

En désespoir de cause, Garnet Williams fait appel à son père afin qu’il se lance dans un exorcisme, pratique décidément très à la mode dans le cinéma d’épouvante des années 70. La séance a lieu directement dans le night-club, après que tous les occupants aient été instamment priés d’aller se trémousser ailleurs. Tous les lieux communs de la possession démoniaque sont alors de la partie : grognements de monstres, incantations dans des langues étrangères, lévitation. Simple mais efficace, le maquillage d’Abby, au sommet de ses crises, est constitué de lentilles de contact blanches et de sourcils épaissis, tandis que le démon Eshu apparaît brièvement sous forme d’un visage grimaçant généreusement garni de prothèses déformant son faciès. A l’issue de l’exorcisme, les explosions s’enchaînent, puis le démon réintègre sa prison de bois et tout rendre dans l’ordre. Mal réalisé, mal joué, Abby la malédiction moire s’avère finalement très routinier et n’apporte pas grand-chose au genre. N’appréciant guère le plagiat, Warner Bros intenta un procès à American International afin d’empêcher la distribution en salles du film. Abby fut donc longtemps invisible, et ceux qui le découvrirent sur le tard constatèrent finalement qu’ils n’avaient pas manqué grand-chose.

 

© Gilles Penso

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DUNE (2021)

37 ans après David Lynch, Denis Villeneuve propose sa propre version du classique de Frank Herbert et livre aux spectateurs un film-monument…

DUNE

 

2021 – USA / CANADA

 

Réalisé par Denis Villeneuve

 

Avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Jason Momoa, Stellan Skarsgård, Josh Brolin, Javier Bardem, David Bautista, Zendaya, Charlotte Rampling

 

THEMA SPACE OPERA

Pour Denis Villeneuve, Dune est un rêve d’enfant qui se réalise. À l’âge de douze ans, il dévore le roman de Frank Herbert et ne pense dès lors qu’à une chose : en faire un film. La version de David Lynch qu’il découvre quelques années plus tard ne le décourage pas. Elle le pousse au contraire à poursuivre ce rêve pour être le plus fidèle possible à la prose de l’écrivain. Dix ans plus tard, Villeneuve devient réalisateur, et lorsqu’il se lance enfin dans la science-fiction, c’est sciemment pour préparer le terrain du futur Dune qu’il a toujours en tête. Premier contact et Blade Runner 2049 sont donc à ses yeux les étapes nécessaires pour atteindre son graal. Et pour se sentir libre de sa création, le cinéaste canadien décide de produire lui-même ce nouveau Dune. Le scénario est signé Eric Roth (auteur entre autres de Forrest Gump, Munich, Benjamin Button ou encore A Star is Born). Incapable de réduire son texte en dessous de la barre des 200 pages – ce qui impliquerait une durée trop longue d’après le studio Warner Bros -, il est relayé par la plume moins prestigieuse de John Spaihts (Prometheus, Doctor Strange, La Momie). Cette écriture à quatre mains, supervisée de près par le réalisateur, restitue avec beaucoup de finesse l’essence du roman d’Herbert, capitalisant sur l’aura mystique du texte sans jamais perdre les spectateurs dans une quelconque nébulosité. Chaque enjeu – qu’il soit familial, militaire, politique ou personnel – est clairement défini. Tout tourne finalement autour de l’acceptation d’une immense responsabilité et de l’anticipation des conséquences qu’elle implique.

Comme son prédécesseur de 1984, Dune s’appuie sur un casting de premier ordre. Du côté des Atréides, le charisme dévore l’écran. Comment pourrait-il en être autrement face à des figures aussi fortes que Rebecca Ferguson, Oscar Isaac, Josh Brolin ou même Jason Momoa (dans son meilleur rôle) ? Certes, Timothée Chalamet a beaucoup moins de caractère et n’imprime pas le film d’une grande empreinte. Mais Kyle McLachlan ne crevait guère plus l’écran chez David Lynch. Paul Atréides a besoin de s’affirmer au sein d’un récit tumultueux qui le montre d’abord immature et mal dégrossi, première étape d’une quête initiatique creusant plus tard chez lui les sillons de la maturité. On pourra en revanche regretter le traitement du Baron Harkonnen. Recouvert de prothèses grossissantes, Stellan Skarsgård a du mal à laisser affleurer son talent sous la défroque d’un « super-vilain » plus blême et moins impressionnant que l’horrible « pustule flottant » qu’incarnait Kenneth McMillan en 1984. Du côté des monstres, c’est surtout la réinvention des vers des sables qui saute aux yeux. Ceux conçus par Carlo Rambaldi pour Lynch avaient déjà de quoi marquer les mémoires. Ici, leur taille devient démente, cyclopéenne, à tel point qu’il nous est quasiment impossible de les appréhender d’un seul regard, leur bouche démesurée s’ouvrant dans les dunes comme le Sarlacc du Retour du Jedi.

Un demi-film

Dès ses premières secondes, Dune frappe par la magnificence de sa mise en forme. Ceux qui ont vu Blade Runner 2049 ne doutaient pas des dons d’esthète de Denis Villeneuve, mais force est de reconnaître que l’écrin visuel dans lequel il sertit son film est d’une beauté à couper le souffle, loin de la grisaille morose que laissait craindre un poster officiel bizarrement neurasthénique. Villeneuve a surtout l’art de composer des plans étonnant dans lequel les éléments de science-fiction pure s’insèrent avec un naturel désarmant. Comment ne pas être persuadé que tous ces objets gigantesques se libérant de la loi de la gravité n’existent pas réellement ? Comment ne pas croire dur comme fer à la tangibilité des « ornithoptères » empruntant leur morphologie à celle des libellules ? Cette pleine harmonie entre la mise en scène et la mise en image surprend d’autant plus que Villeneuve se prive de son directeur de la photographie habituel Roger Deakins et collabore pour la première fois avec Greig Fraser (Rogue One). Mais cette somptuosité indiscutable finit par s’assortir d’une certaine fadeur. Face aux visions folles d’artistes aussi singuliers qu’Alejandro Jodorowsky (dont le Dune ne vit jamais le jour) ou David Lynch (qui signa une œuvre « malade » mais ponctuée de fulgurances), il est difficile de ne pas reprocher au Dune de Villeneuve son caractère un tantinet terne et impersonnel. Et l’on ne peut s’empêcher de trouver présomptueuses les déclarations du réalisateur définissant Dune comme un « Star Wars pour adultes », comme si la saga de George Lucas ne portait pas elle-même en germe des motifs universels propres à toucher toutes les générations. Autre frustration : Dune n’est en réalité qu’un « demi-film », s’interrompant à mi-parcours pour laisser les spectateurs en suspens, dans l’attente d’un second épisode que Warner a préféré ne mettre en chantier qu’après s’être assuré des bénéfices du premier opus. Contrairement à L’Empire contre-attaque ou La Communauté de l’Anneau qui s’arrêtaient certes sur une fin très ouverte mais n’oubliaient pas de développer chacun la structure complète d’un film autonome avec tous ses actes dramatiques et tous ses climax émotionnels, Dune s’arrête sans avoir eu le temps de décoller. Il faudra donc voir la suite pour pouvoir vraiment juger le film dans son intégralité.

 

© Gilles Penso

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