DANS LES HAUTES HERBES (2019)

Vincenzo Natali porte à l'écran une nouvelle co-écrite par Stephen King et Joe Hill et transforme un champ en labyrinthe cauchemardesque…

IN THE TALL GRASS

 

CANADA – USA

 

Réalisé par Vincenzo Natali

 

Avec Patrick Wilson, Laysla De Oliveira, Harrison Gilbertson, Avery Whitted, Rachel Wilson, Will Bluie Jr

 

THEMA VÉGÉTAUX I SAGA STEPHEN KING

Versatile, Vincenzo Natali exerce autant son talent sur le grand que le petit écran. Après le coup d’éclat de Splice (injustement passé inaperçu auprès du large public), on l’a vu ainsi imprimer sa patte inventive sur des séries telles que Hannibal, Wayward Pines, Luke Cage, The Strain, American Gods, Perdus dans l’espace ou Westworld. Le cinéaste révélé par Cube reste ainsi fidèle au genre fantastique qu’il se plaît à déployer sous toutes ses formes. En 2015, il s’intéresse fortement à la nouvelle « In the Tall Grass » co-écrite par Stephen King et son fils Joe Hill et publiée une première fois trois ans plus tôt dans le magazine « Esquire ». Fasciné par ce récit court muant en vecteur d’épouvante un environnement à priori totalement inoffensif, en l’occurence un champ d’herbes, Natali est prêt à relever le défi et à transformer le texte en film. Mais le projet met du temps à se développer et ne se concrétise finalement qu’en 2018, au moment où Netflix acquiert les droits de l’adaptation. Portant comme souvent la double casquette de scénariste et de réalisateur,Vincenzo Natali s’installe avec son équipe à Toronto, dans un décor extérieur au bord duquel il fait édifier une vieille église abandonnée. Pour s’adapter à l’horizontalité de ce site naturel canadien, il tourne le long-métrage dans un ample format Cinémascope. Les prémisses de Dans les hautes herbes évoquent beaucoup la saga des Démons du maïs, dont on retrouve ce grand champ inquiétant, ce couple en voiture arrêté en rase campagne, cet enfant étrange qui semble en détresse ou encore ces connotations religieuses et païennes mystérieuses. À ces motifs récurrents s’ajoute celui du labyrinthe végétal de « Shining » qui est ici décliné et décuplé jusqu’au vertige.

Dans les hautes herbes entre assez vite dans le vif du sujet, si vite que l’étrangeté s’y installe en un clin d’œil. A peine a-t-on le temps de nous familiariser avec ses deux personnages principaux. Becky (Laysla De Oliveira), enceinte de six mois, est en route vers San Diego. À ses côtés, Cal (Avery Whitted)tient le volant et tente de se montrer rassurant. Ce couple n’en est pas un, puisqu’ils sont frères et sœur. Mais l’ambiguïté perdure quelques minutes, et ce n’est pas en vain. Le lien qui unit ces deux êtres est en effet très fort, sans doute un peu trop. Alors qu’ils marquent une pause au pied d’une vieille église visiblement abandonnée, Becky et Cal sont intrigués par une voix qui surgit du grand champ de hautes herbes situé sur le bas-côté. C’est le cri d’un enfant perdu, qui cherche désespérément son chemin. Plus étrange encore, une autre voix – celle de sa mère ? – lui demande discrètement d’arrêter d’appeler à l’aide. Que faire ? Becky aimerait aller secourir cet enfant, d’autant que le son de sa voix laisse imaginer qu’il est tout près. Cal n’est pas très chaud mais accepte finalement de jouer les sauveteurs improvisés. Tous deux s’enfoncent donc dans ce grand labyrinthe vert, sans imaginer une seule seconde qu’ils s’apprêtent à basculer dans le cauchemar et l’horreur…

L’enfer vert

Dans les hautes herbes est un « film concept », exercice avec lequel Vincenzo Natali est familier depuis Cube. Il semble d’ailleurs vouloir prendre ici le contre-pied exact de son premier long-métrage, remplaçant la claustrophobie clinique par l’agoraphobie organique. L’enfermement glacial cède ainsi le pas aux grands espaces ensoleillés, mais la terreur est la même, celle de l’inconnu, de la perte de contrôle et du caractère insaisissable de certains personnages qui ne se révèlent qu’en cours de route. Dans ce domaine, la prestation de Patrick Wilson s’avère très étonnante, le héros de la saga Conjuring remplaçant au pied levé James Mardsen parti tenir la vedette du film Sonic. Le piège d’un tel scénario pourrait être son incapacité à déployer une intrigue digne de ce nom sur une longue durée. En effet, une fois la situation installée, nous nous interrogeons sur la capacité du film à rebondir suffisamment sans éviter les redites. Après tout, le texte écrit par King et Hill est assez succinct et ce postulat ressemble presque à un sujet de court-métrage. Mais Vincenzo Natali a de la ressource. En brisant les notions d’espace et de temps, en désorientant les personnages et les spectateurs, en déclinant le principe de la boucle spatio-temporelle pour mieux nous prendre au piège, il provoque une surprise permanente. Chaque pas dans ce champ infernal ouvre la voie vers de nouveaux rebondissements et de nouvelles frayeurs. Cinéaste extrêmement visuel – qui fit ses premiers pas comme storyboarder – Natali pare son film d’une mise en scène virtuose, saisissant l’incroyable photogénie de ces herbes interminables au sein de plans parfois vertigineux où la lumière évolue en même temps que le tempérament des personnages et où le monde se reflète dans les gouttes de roseau ou dans les yeux des corbeaux. Dans les hautes herbes met ainsi la beauté plastique au service de la peur. Du grand art.

 

© Gilles Penso

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THE SHADOW (1994)

Le réalisateur d’Highlander dirige Alec Baldwin dans le rôle du plus ancien et du plus énigmatique de tous les super-héros…

THE SHADOW

 

1994 – USA

 

Réalisé par Russell Mulcahy

 

Avec Alec Baldwin, John Lone, Penelope Anne Miller, Tim Curry, Peter Boyle, Ian McKellen, Jonathan Winters, Sab Shimono, Andre Gregory

 

THEMA SUPER-HÉROS

C’est sur le tournage de L’Affaire Karen McCoy que le producteur Martin Bregman propose au réalisateur Russell Mulcahy de se pencher sur une adaptation de The Shadow, l’un des tout premiers super-héros de tous les temps, découvert par le grand public dans les années trente à la faveur d’une série de romans et de feuilletons radiophoniques. The Shadow est une institution depuis longtemps. Bob Kane avoue s’en être inspiré pour créer Batman et Orson Welles lui prêta même sa voix en 1937. C’est bien sûr pour profiter du regain d’intérêt pour le genre initié par le Batman de Tim Burton, le Dick Tracy de Warren Beatty et The Crow d’Alex Proyas qu’un long-métrage consacré à « l’Ombre » est mis en chantier au milieu des années 90 par le studio Universal. Le scénario de David Koepp, à qui nous devons notamment Jurassic Park et L’Impasse, ne reprend pas l’histoire d’un épisode en particulier mais mixe plusieurs éléments puisés dans cette vaste mythologie créée à l’origine par Walter Gibson (sous le pseudonyme de Maxwell Grant). Charge au trio scénariste/réalisateur/producteur de trouver le ton juste, équilibrant le mieux possible l’action, l’aventure, le mystère et l’humour. Et pour contrôler tous les éléments, Mulcahy fait reconstituer une version stylisée et art déco de la ville de New York à Hollywood, sur plusieurs plateaux des studios Universal.

Nous sommes à la fin des années 20. Le Tibet tremble sous la coupe du sanguinaire Ying Ko (Alec Baldwin). Enlevé sur ordre de Tulku (Brady Tsurutani), un saint homme aux pouvoirs surnaturels, le redoutable chef de guerre se rachète et devient son disciple. Sept ans plus tard, Ying Ko renaît à New York sous les traits de Lamont Cranston, un playboy oisif qui, la nuit, se mue en justicier masqué portant le nom de The Shadow. Ce super-héros ténébreux possède entre autres le don de se rendre invisible. Quelques fidèles, qui lui doivent la vie, connaissent son secret et sont à son service. Ils ne seront pas de trop lorsque Shiwan Khan (John Lone), disciple félon de Tulku qu’il a assassiné après avoir volé sa magie, émerge soudain de son sarcophage pour asservir l’Amérique à l’aide d’une méga-bombe. Le vil barbare enlève pour ce faire le professeur Lane (Ian McKellen), père de la belle Margo (Penelope Anne Miller)…

L’homme de l’ombre

Le casting de The Shadow est l’un de ses points les plus forts. Alec Baldwin, encore auréolé du succès de son rôle de Jack Ryan dans À la poursuite d’Octobre Rouge, endosse ici un personnage à trois facettes (le guerrier brutal, le séducteur débonnaire et le justicier nocturne) avec un enthousiasme palpable. À ses côtés, Penelope Anne Miller incarne le parfait archétype des femmes fatales des années 30 et Tim Curry nous régale en savant fou excessif. Mais le film est entravé par un scénario qui peine à définir clairement les attributs de son super-héros, soulevant une tonne de questions laissées en suspens. La métamorphose physique de Cranston au moment où il devient The Shadow (avec un allongement très surprenant de son appendice nasal) n’est jamais expliquée, pas plus que la capacité – ou non – qu’ont ses adversaires de le blesser en s’attaquant à son ombre. Le récit se laisse également jalonner par quelques invraisemblances, comme ces barbares en tenue exotique, censés pourtant se faire discrets, qui déambulent dans les rues de New York sans jamais attirer l’attention. Côté direction artistique, rien à redire. La reconstitution de cette mégalopole des années 30 est splendide, tout comme cette photographie somptueuse qui nimbe Alec Baldwin de ténèbres extrêmement graphiques. L’esthète Mulcahy n’a donc rien perdu de son savoir-faire pictural. En très grande forme, le compositeur Jerry Goldsmith dote quant à lui le film d’une partition flamboyante. Sur une base rythmique synthétique rappelant ses travaux sur Total Recall, Goldsmith construit un thème épique et puissant, porté par des cuivres tourmentés voisins de ceux de Danny Elfman pour Batman. Mais tous ces talents auraient mérité de se mettre au service d’un film plus personnel et mieux construit. Dans un registre voisin, comment ne pas préférer le grain de folie du Darkman de Sam Raimi ?

 

© Gilles Penso


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ABANDONNÉE (2006)

Une femme à la recherche de ses origines découvre la maison vétuste que possédaient ses parents biologiques et sombre dans le cauchemar…

THE ABANDONNED

 

2006 – ESPAGNE

 

Réalisé par Nacho Cerda

 

Avec Anastasia Hille, Karel Roden, Valentin Ganev, Carlos Reig, Jordanka Angelova, Kalin Arsov, Paraskeva Dijukelova

 

THEMA FANTÔMES

Nacho Cerda est partisan d’un cinéma fantastique profond et dénué de concessions, comme le prouvaient ses courts-métrages percutants, notamment Aftermath et Genesis. En passant au format long, il conserve sa ligne directrice et concocte un film de fantômes d’autant plus touchant qu’il est sincère et viscéral. Refusant les têtes d’affiches (malgré les insistances des producteurs de Filmax qui rêvaient de Nastassja Kinski ou Holly Hunter), Cerda donne le premier rôle à Anastassia Hille (aperçue dans The Hole), qui incarne à la perfection Marie, une productrice de cinéma américaine en quête de ses origines. Adoptée et emmenée aux États-Unis juste après sa naissance, elle décide, à quarante ans, de revenir dans sa Russie natale. Elle vient en effet d’hériter de la maison de ses défunts parents biologiques, une ferme isolée au beau milieu des montagnes. Abandonnés, les lieux ont fort mauvaise réputation et les autochtones, par ailleurs peu engageants, prétendent qu’ils sont hantés. Un homme accepte d’accompagner Marie jusqu’à la vénérable demeure, mais il disparaît mystérieusement en chemin et c’est seule qu’elle explore le site, sinistre à souhait. Elle y découvre Nikolaï (Karel Roden, vu dans Blade 2 et Hellboy), un homme étrange qui prétend être son frère jumeau. C’est là que le cauchemar commence…

« Ce n’est pas parce que vous avez tiré un trait sur le passé que le passé a tiré un trait sur vous » prononce une voix off en guise d’introduction. Et ce sont effectivement les fantômes du passé qui vont venir harceler notre héroïne… A moins que ce ne soient les prémonitions d’un futur proche épouvantable ? Avec la minutie d’un orfèvre et la virtuosité d’un concertiste, Cerda capte la peur avec sa caméra et ne la quitte plus d’une semelle. Pétrifiée par une angoisse trop familière, prisonnière d’un lieu qui n’offre aucune échappatoire et se dérobe aux notions rassurantes de l’espace et du temps, Marie s’avère bien incapable d’échapper au piège qui se referme sur elle. Et lorsqu’elle distingue une silhouette effrayante qui lui tourne le dos et prend lentement la fuite dans les recoins sombres de la maison hantée, c’est sa propre mort qu’elle est sur le point d’affronter.

Les fantômes du passé

Partant d’un postulat simple, l’intrigue se noue peu à peu et se complexifie au fur et à mesure des déambulations de Marie, suivie pas à pas par des spectateurs en totale phase d’identification. Jouant sur les atmosphères poisseuses et les peurs basiques, distillant parcimonieusement les visions d’horreur et l’hémoglobine, le cinéaste s’appuie sur des comédiens extraordinaires, tout en sobriété et en justesse. Bien que les cinéastes espagnols taquinant le genre fantastique réfutent généralement l’appartenance à un groupe géographique donné – « Nous avons vu les mêmes films que les réalisateurs français, anglais ou américains de notre génération », nous disait à ce propos Paco Plaza, « et nous n’avons pas plus d’affinités entre nos compatriotes qu’avec un Neil Marshall ou un Xavier Gens » (1) -, on ne peut s’empêcher de rapprocher Abandonnée de certaines œuvres de Guillermo del Toro ou Jaume Balaguero, notamment L’Échine du Diable et Fragile. Comme référence, il y a pire !

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 2008

 

© Gilles Penso

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CRITTERS 4 (1992)

Pour leur quatrième aventure, les petites boules de poils voraces et extra-terrestres se transportent dans le futur à bord d’une station spatiale…

CRITTERS 4

 

1992 – USA

 

Réalisé par Rupert Harvey

 

Avec Don Opper, Terrence Mann, Paul Whitthorne, Anders Hove, Angela Bassett, Brad Dourif, Eric DaRe

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES PETITS MONSTRES I SAGA CRITTERS

Passé Critters 2, la compagnie New Line Cinema décide d’accélérer la cadence pour rentabiliser au maximum cette franchise bâtie sur la popularité de Gremlins. D’où cette décision un peu folle de faire tourner simultanément les épisodes 3 et 4 par deux équipes différentes. Ainsi, tandis que Kristine Peterson met en scène Critters 3 avec un tout jeune Leonardo Di Caprio, Rupert Harvey réalise Critters 4 dans d’autres décors et avec d’autres protagonistes, les deux longs-métrages étant filmés entre février et juin de l’année 1991. Harvey n’est pas un réalisateur à proprement parler (Critters 4 sera son seul et unique film) mais un prolifique producteur avec à son actif non seulement tous les films de la série Critters mais aussi Androïde, Le Blob, Freddy 5 ou encore Pump Up the Volume. Le fait de transporter tous les personnages et les monstres dans l’espace témoigne hélas d’un certain essoufflement créatif qu’on retrouvera dans d’autres franchises d’horreur en perte de vitesse (Hellraiser IV, Leprechaun 4 et Jason X joueront eux aussi la carte du space opera). Pour économiser un maximum d’argent, Rupert Harvey tourne d’ailleurs la majorité de Critters 4 dans les décors futuristes d’Androïde dont il réutilise au passage de nombreuses séquences spatiales.

Si Critters 4 est tourné au rabais, le producteur/réalisateur tient tout de même à l’agrémenter d’un casting attrayant. Aux côtés de Don Opper et Terrence Mann, toujours fidèles au poste dans le rôle des chasseurs de prime intergalactiques Charlie et Ug, on trouve donc l’inénarrable Brad Dourif (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Les Yeux de Laura Mars, Dune, Blue Velvet, Jeu d’enfant, L’Exorciste la suite), Angela Bassett (future tête d’affiche de Tina, Strange Days et Un Vampire à Brooklyn) en pilote charismatique et même Martine Beswick (Bons baisers de Russie, Un million d’années avant JC, Docteur Jekyll et Sister Hyde) qui prête sa voix à l’ordinateur Angela. L’histoire démarre en 1992 dans le Kansas, où Charlie s’apprête à détruire les deux derniers œufs de Critters. Or une loi intergalactique l’en empêche, sous prétexte de sauvegarde des espèces menacées. Il les dépose donc dans une capsule mais se retrouve coincé à l’intérieur et s’envole dans l’espace. Et hop, nous voilà transportés en 2045 dans le quadrant de Saturne. La capsule est interceptée par l’équipage du vaisseau RSS Tesla qui s’apprête à la restituer aux autorités. Si ce n’est que le capitaine entend bien garder cette cargaison pour lui et en tirer un bon prix. Tous se retrouvent dans une station spatiale abandonnée où les petits monstres poilus ne vont pas tarder à montrer leurs dents…

Baby Aliens

Le spectateur amateur de créatures voraces doit prendre son mal en patience dans ce quatrième opus puisqu’il faut presque attendre quarante minutes avant que les Critters montrent le bout de leur museau. Surgissant d’abord sous forme de bébés-monstres (ce qui n’enlève rien à leur voracité, bien au contraire), ces émules gloutons du diable de Tasmanie atteignent leur taille adulte en un rien de temps, se multiplient à la vitesse grand V et se lancent dans un joyeux carnage. Comme toujours, les frères Chiodo, en charge des multiples effets spéciaux, font des merveilles avec des moyens très limités. A mi-parcours, nous apprenons que cette station spatiale abrite un site d’expérimentations où flottent des bêtes hybrides mutantes dans des bocaux (ce qui n’est pas sans nous rappeler les laboratoires de Piranhas et Mutant) et qu’une nouvelle espèce redoutable, les Syphaloïdes, a été créée par des scientifiques irresponsables. Mais cette idée scénaristique semble abandonnée en cours de route et le combat inter-espèces que nous étions en droit d’espérer n’aura jamais lieu. Le décorum spatial de Critters 4 apporte certes un peu de nouveauté à la franchise, mais en l’absence d’une intrigue un tant soit peu construite, ça n’est qu’une cosmétique sympathique sans intérêt majeur. Poussif, répétitif, chiche en péripéties, Critters 4 sortira directement en vidéo en 1992 et mettra fin à cette mini-saga.

 

© Gilles Penso

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SOYEZ SYMPAS REMBOBINEZ (2008)

Michel Gondry dirige Jack Black, Mos Def et Danny Glover dans cette comédie déjantée et nostalgique teintée de science-fiction…

BE KIND REWIND

 

2008 – USA

 

Réalisé par Michel Gondry

 

Avec Mos Def, Jack Black, Danny Glover, Melonie Diaz, Mia Farrow, Arjay Smith, Quinton Aaron, Chandler Parker, Karolina Wydra, Sigourney Weaver

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Après Human Nature, Eternal Sunshine of Spotless Mind et La Science des rêves, Michel Gondry poursuit sa carrière atypique, changeant à chaque fois de registre et d’univers sans jamais perdre son grain de folie et son excentricité poétique. Grand amateur des effets spéciaux « faits maison » et des trouvailles bricolées avec les moyens du bord, il peut ici s’en donner à cœur joie puisque l’essence même du scénario de Soyez sympas rembobinez repose sur la créativité naïve et les rafistolages inventifs. L’idée du film lui vient en visitant le quartier de Passaic, dans le New Jersey, dont il tombe amoureux. L’atmosphère, les bâtiments et les habitants lui inspirent une histoire s’appuyant sur une crainte locale bien réelle: les nuisances provoquées par une centrale électrique édifiée à proximité. A ce point de départ s’ajoute une autre envie, celle de raviver la nostalgie des vidéoclubs d’antan. Toujours apte à attirer les superstars désireuses de s’offrir un bol d’air en sortant de leur zone de confort, Gondry réunit autour du projet Jack Black, Mos Def, Danny Glover, Mia Farrow et même Sigourney Weaver le temps d’une petite apparition remarquée. La présence de cette dernière est d’autant plus savoureuse que la cassette VHS de S.O.S. fantômes joue un rôle clé dans Soyez sympas rembobinez.

L’intrigue prend donc place dans un coin populaire de Passaic où Elroy Fletcher (Danny Glover) s’efforce de faire vivoter son petit vidéoclub de quartier. On sent bien que cet homme reste cramponné à son passé. À l’époque où tout le monde ne jure que par les DVD, il s’accroche encore aux vieilles VHS et raconte à qui veut l’entendre que son immeuble a vu naître le légendaire jazzman Fats Waller. Le problème, c’est que les lieux sont menacés de démolition pour céder la place à un projet immobilier flambant neuf. Fletcher reste confiant. Pendant son absence, il laisse la responsabilité du magasin à son employé Mike (Mos Def). Celui-ci s’efforce de se montrer à la hauteur d’une telle responsabilité. Mais son ami Jerry (Jack Black), paranoïaque excentrique et complotiste, a décidé de saboter l’usine électrique voisine, coupable selon lui d’altérer son cerveau.  Sa « mission » échoue lamentablement et Jerry reçoit un choc électrique gigantesque (visualisé par des arcs en rotoscopie comme dans les films de science-fiction des années 80). Désormais chargé d’énergie magnétique, il entre dans le vidéoclub et efface par sa seule présence toutes les cassettes VHS disposées sur les rayons. La situation est catastrophique. Comment sauver la mise ? Les deux compères ont alors une idée farfelue : tourner eux-mêmes des versions bricolées des blockbusters à la location et faire croire aux clients qu’il s’agit des films réels…

Ma cassette !

L’histoire que Gondry raconte dans Soyez sympas rembobinez induit un changement de style de mise en scène. Oubliées les caméras portées d’Eternal Sunshine of Spotless Mind ou La Science des rêves, place ici à un certain « classicisme » : format anamorphique, caméras sur pied et même mouvements de grue ample, comme pour cette impressionnant plan aérien d’ouverture qui s’achève sous un pont où les héros mettent la dernière touche à une fresque murale. Mais parallèlement, il y a les « films dans le film », que le réalisateur choisit de tourner vraiment au format VHS, avec un caméscope, en s’appuyant sur l’expertise de la directrice de la photographie Ellen Kuras. Tous les systèmes D que déploient ses héros sont vraiment mis à contribution, y compris un vieux ventilateur placé devant l’objectif pour simuler les rayures et le battement d’un vieux film muet. Gondry pousse le vice jusqu’à tourner réellement en plan-séquence cette scène elliptique qui montre les vidéastes amateurs reconstituer tour à tour When We Were Kings, 2001 l’odyssée de l’espace, King Kong, Carrie et Men in Black. Ce marathon filmé en continuité onlige les acteurs à courir à toute vitesse d’un décor en carton-pâte à l’autre tout en changeant sans cesse de déguisement. Parmi tous les films « suédés » (soi-disant venus de Suède) dans Soyez sympas rembobinez, on note aussi des versions délirantes de S.O.S fantômes, Rush Hour 2, Le Roi lion, Robocop, Miss Daisy et son chauffeur et Boys in the Hood (où des pizzas étalées au sol simulent le sang des victimes par balle). Certes, le film est un peu lâche dans sa narration et avance de manière parfois erratique. Mais comment ne pas se laisser séduire par autant de spontanéité, de justesse et de sincérité ?

 

© Gilles Penso

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LA MOUCHE 2 (1989)

Une suite étrange et hybride mise en scène avec beaucoup d’entrain par le roi des effets spéciaux Chris Walas…

THE FLY 2

 

1989 – USA

 

Réalisé par Chris Walas

 

Avec Eric Stolz, Daphne Zuniga, Lee Richardson, John Getz, Frank C. Turner

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS I SAGA LA MOUCHE

Le succès de La Mouche était inespéré. Certes, il s’agit sans doute du film le plus commercial de David Cronenberg, mais l’inconfort, le malaise et les tabous que ce long-métrage véhicule ne se conforment pas forcément aux canons hollywoodiens classiques. Toujours est-il que le studio décide aussitôt d’enclencher une suite. La première version du scénario est confiée à Mick Garris, qui sort d’un important travail éditorial sur la série Histoires fantastiques produite par Steven Spielberg. « Pour La Mouche 2, je voulais une histoire très adulte dans l’esprit du film de Cronenberg », raconte-t-il. « C’était assez orienté politiquement, avec un discours sur le droit d’avorter. Certains exécutifs du studio appréciaient cette approche, mais d’autres souhaitaient faire un simple film de monstre pour adolescents. Sentant qu’ils n’arriveraient pas à se mettre d’accord, j’ai lâché l’affaire et j’ai saisi une autre opportunité : la réalisation de mon premier film Critters 2. » (1) Exit donc Mick Garris, place à Frank Darabont. Avec à son actif les scénarios de Freddy 3 et Le Blob, le futur réalisateur des Évadés semble être un choix judicieux. Son travail intègre certaines idées de Garris mais peine encore à convaincre le studio, qui demande aux frères Jim et Ken Wheat (Ewoks la bataille d’Endor, Le Cauchemar de Freddy) de le réécrire. Du côté de la mise en scène, c’est aussi les chaises musicales. Cronenberg n’est pas intéressé, Sam Raimi est contacté mais ce qu’il envisage semble trop loufoque pour convaincre les producteurs, et c’est finalement l’as des effets spéciaux Chris Walas qui hérite du poste. Créateur des maquillages spéciaux des Aventuriers de l’arche perdue, concepteur des bestioles de Gremlins et orchestrateur des effets inoubliables du premier La Mouche, Walas saute sur l’occasion et réalise ainsi son premier long-métrage.

Le prégénérique de La Mouche 2 recycle la fameuse scène de cauchemar du premier film dans lequel Geena Davis accouchait d’une espèce de larve peu ragoûtante. Mais ici, ce n’est pas un rêve. Veronica (incarnée cette fois-ci par Saffron Henderson) donne bien naissance à une chose informe et gluante avant de passer de vie à trépas, sous les yeux du tout puissant industriel Anton Bartok (Lee Richardson). À l’intérieur de ce cocon visqueux et boursouflé se trouve un bébé humain bien dodu. Cet enfant semble normal, si ce n’est que sa croissance est très accélérée et son intelligence aiguë. À l’âge de cinq ans, le fils de Seth Brundle a déjà un corps d’adulte. La prestation d’Eric Stolz dans le rôle de Martin Brundle, toute en fraîcheur et en dynamisme, nous donne une idée assez précise du genre de Marty McFly qu’il aurait pu incarner si Robert Zemeckis l’avait conservé sur le tournage de Retour vers le futur. Le couple qu’il forme avec Daphné Zuniga (suggérée par Mel Brooks qui l’avait dirigée dans La Folle histoire de l’espace) s’avère assez irrésistible. Poussé par Bartok, qui s’octroie le rôle de père adoptif, Martin accepte de reprendre les expériences de son père. Mais le jeune homme nourrit une rancœur envers l’industriel depuis le jour où un chien auquel il s’était attaché, victime d’une téléportation ratée, s’est mué en créature pathétique maintenue en vie pendant des années dans un état pitoyable. La scène est déchirante, preuve que Chris Walas était la personne idéale pour muer les effets spéciaux en vecteurs d’émotion. « Notre réaction aux monstres n’est pas intellectuelle », nous confie-t-il. « Ils nous terrifient et nous fascinent. Pour qu’ils possèdent des éléments permettant de nous connecter à eux immédiatement, la réponse émotionnelle doit être contenue dans leur design. » (2)

Un film mutant

De fait, les effets supervisés par l’atelier de Chris Walas s’avèrent très impressionnants : le cocon initial, le chien-monstre, les étapes successives de l’inexorable métamorphose de Martin, le redoutable monstre final et en prime plusieurs effets gore très visqueux qui faillirent coûter au film une interdiction aux moins de 18 ans. À vrai dire, La Mouche 2 est une œuvre assez insaisissable, opérant des ruptures de ton et de style déstabilisantes. Tout commence comme un conte pour enfants, s’oriente vers la comédie romantique pour adolescents puis bascule dans l’horreur graphique et psychologique. Tout se passe comme si ce film en perpétuelle mutation subissait la même croissance accélérée et les mêmes métamorphoses que son personnage principal. Ces changements de cap successifs sont sans doute le reflet des indécisions premières du studio face à la tournure du scénario. Mais elles dotent finalement ce second épisode d’une singularité surprenante qui rend chacun de ses visionnages très appréciables. C’est aussi l’occasion de mesurer le talent de Chris Walas qui, hélas, n’aura pas eu beaucoup d’autres occasions de transformer l’essai derrière la caméra. Aucune Mouche 3 ne verra le jour, mais une suite directe sera publiée en bande dessinée en 2015, reprenant le récit juste après l’épilogue cruellement ironique sur lequel se clôt le film de Walas.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2014

(2) Propos recueillis par votre serviteur en mai 2018

 

© Gilles Penso

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IMMORTEL (AD VITAM) (2004)

L’artiste Enki Bilal porte à l’écran deux de ses bandes dessinées les plus emblématiques et nous transporte dans le New York de 2095…

IMMORTEL (AD VITAM)

 

2004 – FRANCE / ITALIE / GB

 

Réalisé par Enki Bilal

 

Avec Linda Hardy, Thomas Kretschmann, Charlotte Rampling, Yann Collette, Frédéric Pierrot, Thomas M. Pollard

 

THEMA FUTUR

Décidément, l’univers d’Enki Bilal passe difficilement le cap du grand écran. Car si Immortel (Ad Vitam) s’avère moins austère que Bunker Palace Hotel et bien plus abouti que Tykho Moon, il en conserve le même travers principal : une terrible froideur, certes appropriée au papier glacé des BD du dessinateur mais rédhibitoire au sein d’un long-métrage censé impliquer et émouvoir ses spectateurs. Inspiré par les splendides albums « La Foire aux Immortels » (1980) et « La Femme Piège » (1986), le scénario nous entraîne dans le New York de 2095, en pleine campagne électorale. Dans ce futur extrêmement graphique, la ville est peuplée de mutants, d’extra-terrestres et d’humains réels ou synthétiques. Au milieu d’un ciel sans cesse survolé de véhicules en tout genre surgit soudain une gigantesque pyramide habitée par trois dieux égyptiens. Tandis que Bastet, la femme-chat, et Anubis, l’homme-chacal, entament une partie d’échecs, Horus, l’homme à tête de rapace, gagne la Terre à la recherche d’une enveloppe corporelle humaine. Il trouve son bonheur auprès de Nikopol, un prisonnier dont il orchestre l’évasion. En habitant son corps, il le force à rencontrer et aimer Jill, une femme mutante dont les cheveux et les larmes arborent une étrange couleur bleue. Le but d’Horus est de s’assurer une divine filiation. Violeur malgré lui, Nikopol va peu à peu tomber amoureux de la belle, un sentiment réciproque qui bouleverser les plans du tout puissant Horus.

La poésie surréaliste inhérente à un tel sujet trouve ici écho dans de superbes images qu’on croirait directement issues des albums de Bilal. Mais la fidélité visuelle ne suffit hélas pas à véhiculer les émotions, d’autant que certains choix artistiques s’avèrent discutables. Notamment l’utilisation surabondante de l’image de synthèse, qui se justifie lorsqu’il s’agit de matérialiser la cité du futur, les véhicules volants ou les différents monstres qui peuplent ce New York cosmopolite, mais qu’on ne peut s’empêcher de trouver déplacée pour visualiser la plupart des personnages humains du récit. Car dans Immortel (Ad Vitam), comédiens réels et acteurs numériques se côtoient sans logique. Du coup, le film donne l’effet d’un patchwork confus qui évoque tour à tour Final Fantasy, Blade Runner ou la seconde trilogie Star Wars, et dans lequel les moments de poésie pure alternent avec des séquences qu’on croirait issues d’un jeu vidéo.

Les larmes de la mutante

D’ailleurs, malgré l’impressionnant déploiement de moyens mis au service du film, les passages les plus intéressants s’avèrent être les scènes intimistes entre Nikopol et Jill, comme ce tête-à-tête dans la salle de bains où la mutante se baigne dans ses larmes bleues. Quoiqu’il en soit, Immortel (Ad Vitam) se démarque des œuvres de science-fiction de son temps et mérite au moins le détour pour cette indéniable singularité. « Ce qui est sûr, c’est que Bilal sait exactement ce qu’il veut », témoigne le maquilleur spécial Denis Gastou. « Tous les accessoires et maquillages que nous avons conçus pour le film sont passés par sa supervision. Notre but n’était donc pas d’avoir des initiatives artistiques mais de coller le plus précisément à sa demande. » (1) Bilal se positionne ainsi comme le créateur presque total de cette œuvre atypique, parfait émule des démiurges mythologiques qu’il met en scène comme autant d’alter-egos fantasmés. A l’issue d’un récit un peu accidenté et d’un climax chaotique, le film s’achève sur une note insolite et apaisée qui n’est pas sans évoquer l’épilogue de Dark City.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2004

 

© Gilles Penso


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HANTISE (1999)

Le réalisateur de Speed et Twister signe un remake du classique La Maison du diable, spectaculaire mais sans âme…

THE HAUNTING

 

1999 – USA

 

Réalisé par Jan de Bont

 

Avec Liam Neeson, Catherine Zeta-Jones, Owen Wilson, Lili Taylor, Bruce Dern, Maria Seldes, Alix Koromzay, Todd Field

 

THEMA FANTÔMES

Un médecin qui étudie les mécanismes de la peur emmène un groupe de cobayes dans un sinistre manoir en simulant un test sur l’insomnie. Petit problème : la maison est hantée ! A l’origine, il y a le fameux classique du cinéma d’épouvante réalisé en 1960 par Robert Wise, La Maison du diable, souvent considéré comme le mètre étalon du film de maison hantée. L’idée d’en tourner un remake n’était à priori pas plus mauvaise qu’une autre. Le projet partait même sous les meilleurs auspices : Steven Spielberg à la production, Jan de Bont à la réalisation (après que Wes Craven ait été un temps attaché au projet) et des comédiens de haut niveau devant la caméra. De fait, le film démarre plutôt bien et efface pendant un temps nos légitimes craintes premières. L’ample partition de Jerry Goldsmith – habitué aux fantômes et aux diableries depuis La Malédiction et Poltergeist – donne le ton, les décors du manoir conçus par Eugenio Zanetti sont absolument fabuleux, et les effets sonores du vétéran Gary Rydstrom savent provoquer d’indicibles frissons.

D’ailleurs, la première scène d’épouvante de Hantise, dans laquelle les deux personnages féminins sont terrorisés par une série de bruits étranges, repose uniquement sur l’utilisation des sons et du décor, suivant en cela l’exemple du film original. Pour capter le plus justement possible la réaction des comédiennes, Jan de Bont a d’ailleurs l’idée intéressante de faire jouer en direct ces bruitages inquiétants pendant le tournage sans forcément que les actrices sachent tout à fait à quoi s’attendre. « Dans Speed et Twister, le récit était construit autour d’une tension qui progressait en s’accélérant jusqu’au climax », nous explique le réalisateur en se référant à sa filmographie précédente. « Dans un film comme Hantise, il fallait plus suggérer que montrer. Le suspense prend donc le dessus sur l’action. Si j’avais filmé Hantise à la manière de Speed, ça n’aurait pas fonctionné du tout et nous aurions perdu toute la tension. » (1)

La suggestion cède le pas à la surenchère

Les intentions sont bonnes et Jan de Bont aurait pu continuer sur cette voie. Mais il ne résiste hélas pas à la tentation des effets spéciaux numériques et en sature la seconde partie de son film. Certes, le superviseur des effets visuels Phil Tippett a réalisé du un travail de haut vol, animant d’étranges formes vaporeuses et donnant vie aux statues comme dans un bon vieux film de Ray Harryhausen. « C’est vrai que Phil est un grand amateur des films de Harryhausen », reconnaît Jan de Bont, « mais ces statues sont des éléments que nous avons intégrés dans le scénario avant son intervention. J’adore les méthodes de travail de Phil. Il utilise son corps tout entier pour montrer à son équipe d’animateurs comment faire bouger les créatures ». (2) Le résultat à l’écran est payant, notamment lorsque ces visages angéliques observent fixement les protagonistes, lorsqu’un esprit maléfique se matérialise en grimaçant derrière une fenêtre, ou lorsque les cheveux d’une des jeunes femmes bougent tous seuls, comme caressés par une main invisible. Mais cette débauche de trucages brise toute la crédibilité du récit. Comme en outre le scénario finit par multiplier les rebondissements grotesques et que les comédiens ne semblent pas croire une seconde aux personnages qu’ils interprètent, le film se saborde lui-même et perd progressivement tout intérêt. La rumeur prétend que Steven Spielberg, fort mécontent du résultat, tourna lui-même quelques scènes additionnelles et modifia le montage. Personne ne confirma cependant cette participation non créditée.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1999

 

© Gilles Penso


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THE MASK (1994)

Jim Carrey crève l’écran dans le rôle d’un timide banquier transformé en mister Hyde cartoonesque grâce à un masque très particulier…

THE MASK

 

1994 – USA

 

Réalisé par Chuck Russell

 

Avec Jim Carrey, Cameron Diaz, Peyer Riegert, Peter Greene, Amy Yasbeck, Richard Jeni, Orester Matacena, Timothy Bagley, Nancy Fish, Johnny Williams

 

THEMA SUPER-HÉROS

A l’origine, « The Mask » est une bande dessinée assez violente publiée en 1985 par Dark Horse Comics. Mais le réalisateur Chuck Russell, pourtant signataire d’un Freddy 3 et d’un Blob assez gratinés, préfère transformer la brutalité de la BD en délire cartoonesque. C’est l’occasion pour New Line Cinema de passer à la vitesse supérieure en réunissant une vingtaine de millions de dollars, le plus gros budget de la compagnie à l’époque. Le studio et Russell évacuent donc volontairement le potentiel horrifique du comics original (balayant d’un revers le projet d’adaptation initial développé à la fin des années 80 et s’orientant vers une franchise gore pour adolescents à la Freddy) pour se tourner vers un très large public. Le scénario rédigé par Mike Werb prend la tournure d’une comédie romantique sur fond d’histoire de gangsters à l’ancienne qui vire subitement au fantastique pur et dur sous l’influence des Looney Tunes et surtout de Tex Avery. Pour enfoncer le clou de cette approche « old school », le cinéaste garnit son long-métrage de morceaux de bravoure chorégraphiques s’appuyant sur une réinvention endiablée de plusieurs standards du swing et de la musique latino (notamment le fameux « Cuban Pete »).

The Mask raconte l’histoire de Stanley Ipkiss, un employé de banque timide et fou de cartoons qui découvre un jour un masque en bois étrange. Lorsque Stanley le met sur son visage, il change de tête et devient un personnage de dessin animé en chair et en os. Il se déplace à toute vitesse, fait des bonds spectaculaires, évite les coups de feu en se tortillant, s’aplatit puis se regonfle comme un ballon… Bref, The Mask est une prouesse technique de tous les instants. « L’équipe d’ILM m’a dit que si j’étais venu les voir avec le scénario de The Mask six mois plus tôt, nous n’aurions pas pu le concrétiser en images de synthèse », nous raconte Chuck Russell. « Dans ce cas, j’aurais utilisé d’autres techniques, tout en mettant à contribution le talent comique de Jim Carrey. L’idée n’était pas que le public se dise : “Oh, quel bel effet spécial !“, mais qu’il se laisse prendre par les personnages et l’histoire. » (1) Le discours de Russel se tient, mais on a du mal à imaginer The Mask sans les prouesses en 3D de l’équipe d’ILM. Grâce à elles, le masque en bois se ramollit, devient vert et recouvre entièrement la tête d’Ipkiss. Plus tard, lorsque notre héros au visage vert voit une pulpeuse chanteuse de cabaret, ses yeux sortent de leurs orbites, sa mâchoire tombe sur la table, sa langue se déroule et sa tête devient celle d’un loup. Il faut aussi souligner le travail remarquable du maquilleur spécial Greg Cannom, qui crée pour l’occasion un masque inoubliable collant au plus près à la structure osseuse du comédien et l’affublant de dents gigantesques.

Tex Avery en 3D

Cela dit, il faut reconnaître que la pantomime de Jim Carrey et l’exubérance de ses expressions faciales assurent une grande partie du potentiel comico-cartoonesque du personnage. Un autre comédien agrémenté des mêmes effets spéciaux n’aurait pas offert le même spectacle (comme le prouvera le dispensable Fils du Mask avec Jamie Kennedy). La grande trouvaille de The Mask est justement d’avoir confié le rôle principal à un Jim Carrey pas encore mué en icône du cinéma comique. Chuck Russell suit sa carrière de près depuis longtemps, assiste à plusieurs de ses spectacles à Los Angeles et c’est lui qui propose son nom à New Line. Ce choix de casting est explosif. A mi-chemin entre le Bruce Campbell d’Evil Dead 2 et le Jack Nicholson de Batman, cet ouragan débordant d’énergie est à lui seul un effet spécial, que les artistes d’ILM n’ont plus qu’à décupler pour le muer en incarnation en volume des folies de Tex Avery. The Mask aura donc contribué à transformer le comédien en superstar et à révéler le talent de Cameron Diaz, qui fait ici ses premiers pas à l’écran après des années de mannequinat. Le triomphe du film est planétaire, mais si ses acteurs stars se sont immédiatement retrouvés propulsés en tête d’affiche à Hollywood, Chuck Russell n’a pas aussi bien amorcé la suite de sa carrière, L’Effaceur, L’Élue ou Le Roi scorpion n’étant pas dignes de son talent et de son inventivité.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1995

 

© Gilles Penso


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DREAMCATCHER (2003)

Une adaptation ambitieuse d’un roman de Stephen King qui se paie un casting solide mais peine à équilibrer ses nombreux ingrédients…

DREAMCATCHER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Lawrence Kasdan

 

Avec Thomas Jane, Jason Lee, Damian Lewis, Timothy Olyphant, Morgan Freeman, Tom Sizemore, Donnie Wahlberg

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA STEPHEN KING

Lawrence Kasdan a signé deux grands classiques au sein du sous-genre très codifié de la comédie dramatique marquant les retrouvailles de vieux amis, Les Copains d’abord et Grand Canyon. Il a également écrit le scénario de deux des plus grands films d’action et de science-fiction de tous les temps, Les Aventuriers de l’arche perdue et L’Empire contre-attaque. Ce quadruple coup d’éclat faisait de lui le choix idéal pour diriger la transposition à l’écran du roman « Dreamcatcher » de Stephen King, dont le sujet oscille entre amitié masculine, thriller surnaturel et aventure science-fictionnelle. Pour mettre toutes les chances de leur côté, les producteurs confient même le scénario au vétéran William Goldman, déjà familier de l’univers de King avec ses adaptations très réussies de Misery et Cœurs perdus en Atlantide. Le récit s’attache d’abord à nous présenter ses quatre protagonistes, amis d’enfances doués d’un pouvoir télépathique depuis leur rencontre avec un étrange petit garçon surnommé « Duddits ». Comme chaque année, ils se retrouvent dans une vieille baraque, au milieu des bois enneigés de Derry, l’une des villes fétiches de l’auteur de « Carrie ».

La première partie du film évoque beaucoup Ça, dans la mesure où sa narration emprunte les voies du flash-back pour nous raconter les aventures du quatuor enfant et l’acquisition de leur don paranormal. Le jeu des comédiens, tous excellents, l’intriguant postulat de départ et la beauté plastique des images mises en scène par Kasdan nimbent cette première partie d’un véritable état de grâce. Puis soudain, le film bascule dans la science-fiction outrancière et caricaturale, via une invasion extra-terrestre improbable à mi-chemin entre Alien, Hidden et The Thing. Le tournant s’opère avec l’intrusion au beau milieu des quatre amis d’un homme très malade, habité par une créature qu’il évacue violemment par voie anale, avec force rôts, flatulences et jets de sang ! Autant avouer que ce sursaut sanglant et scato s’avère du plus surprenant effet en pareil contexte.

Un alien dans les toilettes

Passé le premier choc, Lawrence Kasdan nous offre une exceptionnelle séquence de suspense au cours de laquelle la bestiole, enfermée sous la cuvette des toilettes, est sur le point de surgir… Lorsqu’enfin elle paraît, elle a les allures d’une sangsue ouvrant une mâchoire garnie de dents acérées et exhibant une queue de scolopendre. Les remarquables effets spéciaux sont conçus par Steve Johnson, habitué depuis plusieurs années avec l’univers de Stephen King (Simetierre 2, Le Fléau, la mini-série Shining, Rose Red). Le scénario prend alors des atours très classiques, avec l’armée qui se déploie pour casser de l’alien, le méchant militaire décidé à tuer tous les gens infectés afin d’enrayer l’épidémie (Morgan Freeman, dans un total contre-emploi), son gentil second qui opte pour une solution plus modérée (Tom Sizemore, hélas très sous-exploité), et nos héros qui passent alors au second plan. Le mélange des genres ne fonctionne hélas que très partiellement, même si tout se recoupe évidemment au final. Quant au dénouement abrupt, il nous laisse un peu sur notre faim. Les prémisses nous laissaient pourtant présager quelque chose de bien plus consistant que ce film patchwork manifestement incapable de savoir sur quel pied danser.

 

© Gilles Penso


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