WARLOCK 2 (1993)

Un deuxième épisode violent et spectaculaire qui met une nouvelle fois en vedette le diabolique sorcier incarné par Julian Sands…

WARLOCK : THE ARMAGEDDON

 

1993 – USA

 

Réalisé par Anthony Hickox

 

Avec Julian Sands, Chris Young, Paula Marshall, Joanna Pacula, Steve Kahan, R.G. Armstrong, Charles Hallahan

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I DIABLE ET DÉMONS I SAGA WARLOCK

C’est en 1989 que le premier Warlock sort les écrans, narrant face à la caméra inspirée de Steve Miner la lutte d’un couple contre un redoutable sorcier incarné par Julian Sands. Produit par une compagnie New World Pictures en plein déclin, le film connaît une première distribution discrète avant d’être repris en main par la société Trimark Pictures qui lui offre une sortie mieux orchestrée – avec à la clef un certain succès d’estime bien mérité. D’où la mise en chantier de ce second opus, confiée cette fois-ci à Anthony Hickox (Waxwork, Waxwork 2, Hellraiser 3, Full Eclipse). À dire vrai, il est difficile de considérer Warlock 2 comme une véritable suite du premier, dans la mesure où le scénario, le style de la mise en scène et la structure narrative des deux films n’ont rien en commun, le seul lien étant assuré par le diabolique héros interprété par Julian Sands. Finalement, Warlock 2 est plutôt un remake (ou même un « reboot », mais le mot n’était pas encore entré dans le langage hollywoodien à l’époque) de son prédécesseur, et peut donc s’appréhender de manière autonome.

Dans un passé lointain, des druides ont empêché l’ascension du fils de Satan en utilisant six pierres runiques magiques capables de créer une lumière renversant les ténèbres. Alors que ces druides sont persécutés par des chrétiens persuadés qu’ils ont affaire à des sorciers païens, la plupart d’entre eux meurent et les pierres sont dispersées. Après ce prologue d’un autre âge, nous voilà dans le présent. Nous y découvrons Kenny (Chris Young) et Samantha (Paula Marshall), deux jeunes amoureux qui, justement, sont les descendants de ces fameux druides. Or le redoutable Warlock vient de ressusciter, à l’issue d’une scène d’accouchement sordide qui semble puiser ses racines dans Alien. À peine surgi des entrailles de la malheureuse ayant servi malgré elle de mère porteuse, le fils du diable n’a désormais plus qu’une idée en tête : retrouver dans les six jours qui viennent les six pierres runiques. Kenny et Samantha vont devoir s’initier à la magie pour se mettre en travers de son chemin…

Mon sorcier mal aimé

Là où Steve Miner faisait mouche, maniant allègrement l’humour, l’horreur et le fantastique, il faut avouer qu’Anthony Hickox se casse les dents, desservi il faut l’avouer par une intrigue peu propice à d’intéressants développements. Warlock 2 évolue en effet avec une terrible linéarité, alternant mécaniquement la quête des pierres par le « super-vilain » et l’apprentissage spirituel des deux jeunes guerriers appelés à l’affronter (façon chevaliers Jedi). D’un côté, nous suivons donc les méfaits d’un Julian Sands prompt à multiplier les victimes avec une cruelle imagination digne de Freddy Krueger (avec une mention spéciale pour la transformation d’un collectionneur d’art en statue à la Picasso, ou la métamorphose d’un directeur de cirque en fantôme hantant le palais des glaces). De l’autre, nous assistons à l’apprentissage de nos deux tourtereaux découvrant les joies de la télékinésie via des images de synthèse assez peu réalistes (pour figurer les objets en lévitation). Les autres effets spéciaux du film sont plus heureux, mixant les trucages numériques (le Warlock passe à travers une branche plantée dans son corps comme le T 1000 de Terminator 2), les effets optiques (Sands voltige dans les airs et descend même dans le ciel sur un escalier invisible), et de croustillants maquillages spéciaux jouant volontiers la carte du gore. Le fait que le diable, sur le point de paraître, soit chassé par de simples phares de voiture et que notre Warlock soit anéanti par un petit poignard ôte au dénouement toute crédibilité et laisse donc les spectateurs sur une impression mitigée. Bien sûr, le dénouement de Warlock 2 laisse la porte ouverte vers une nouvelle suite potentielle. Elle se concrétisera en 1999.

 

© Gilles Penso

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ROBOCOP 2 (1990)

Le réalisateur de L’Empire contre-attaque prend la relève de Paul Verhoeven pour cette suite qui met en scène un robot psychopathe très impressionnant…

ROBOCOP 2

 

1990 – USA

 

Réalisé par Irvin Kershner

 

Avec Peter Weller, Nancy Allen, Dan O’Herlihy, Tom Noonan, Robert DoQui, Felton Perry, Tom Rosales

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA ROBOCOP

A la fin des années 80, le succès de Robocop déclenche naturellement chez la compagnie de production Orion l’envie d’en tourner une suite. Paul Verhoeven étant parti filmer d’autres horizons futuristes avec Total Recall, c’est Irvin Kershner qui est chargé de le remplacer. Avec L’Empire contre-attaque et Jamais plus jamais dans sa filmographie, le cinéaste semble tout à fait à la hauteur. Si ce n’est qu’il est engagé quelques semaines seulement avant le début du tournage, après le départ précipité de Tim Hunter, le premier réalisateur pressenti. Avec en main un scénario à peine rédigé, le vénérable cinéaste craint de se laisser dépasser par la charge de travail. D’autant qu’il souhaite un peu édulcorer la violence présente dans le premier Robocop pour pratiquer un humour noir plus proche de celui d’une bande dessinée. La présence de Frank Miller à l’écriture le conforte dans cette idée. Kershner sait surtout qu’il peut s’appuyer sur le talent créatif de Phil Tippett, avec qui il collabora une décennie plus tôt sur L’Empire contre-attaque, et qui monte à l’occasion de Robocop 2 une équipe imposante afin d’englober l’énorme masse d’effets spéciaux requis par le film. Car si ED-209, l’opposant de Peter Weller dans le premier Robocop, était un monstre bipède tenant la vedette d’une poignée de séquences mémorables, son successeur est prévu pour être une machine beaucoup plus complexe.

Cette nouvelle créature métallique passe par de nombreux designs avant de trouver son look définitif, défini par l’artiste Craig Hayes. « Il est un peu inspiré des jouets japonais, notamment les robots Transformers, mais aussi du corps des bodybuilders et des armures médiévales », nous explique Phil Tippett. « Il est doté de quatre bras de tailles différentes montés sur une tourelle tournante, et chacun de ses membres peut s’articuler dans tous les sens. C’est un design particulièrement complexe. En fait, sa forme précise n’est pas lisible immédiatement. Il faut attendre quelques plans avant de comprendre à quoi il ressemble vraiment. Et il a un plus gros potentiel effrayant que ED-209, qui prêtait parfois à rire » (1). À ce physique cauchemardesque s’ajoute un comportement effrayant, dans la mesure où ce robot possède le cerveau d’un criminel psychopathe nommé Cain (et incarné par Tom Noonan, le serial killer du Sixième sens). Le monstre intervient dans une série de séquences incroyables repoussant les limites de ce qui avait été fait jusqu’alors dans le domaine de la stop-motion. Sa première apparition se situe dans un hangar sombre, les jeux d’ombres laissant encore planer un doute sur sa morphologie précise. La séquence est extrêmement dynamique, mais ce n’est rien à côté du climax du film qui décrit l’affrontement homérique entre Robocop et Cain et multiplie jusqu’à l’excès les impacts de balle et les destructions. Tout au long de ces folles séquences, Phil Tippett et son équipe réussissent à faire passer toute une gamme d’expressions dans cet amas sauvage de métal : la surprise, l’envie, la satisfaction, la colère…

Métal hurlant

Grâce au savoir-faire et à l’inventivité de Tippett, qui assure aussi la réalisation de deuxième équipe et gère seul toutes les scènes à effets spéciaux, Kershner peut se concentrer sur les comédiens malgré les délais très serrés qui lui sont impartis et parvient presque à calquer son style sur celui de Paul Verhoeven. La satire sociale est toujours aussi cinglante, la violence visuelle guère édulcorée, mais il manque au film une vision et une singularité. Kershner n’ayant pas eu le temps d’apposer un point de vue vraiment personnel sur le sujet, Robocop 2 sent un peu la redite. Le guet-apens tendu à Robocop et son démembrement remplacent ainsi la mise à mort d’Alex Murphy dans le premier film, Tom Noonan reprend le rôle du gangster tenu précédemment par Kurtwood Smith, les spots publicitaires et les flashs d’information n’ont pas changé de ton… Bref, nous sommes en terrain connu. Seule véritable nouveauté : Robocop, reprogrammé, se transforme en boy-scout caricatural et ridicule. Reste également la patte Frank Miller et quelques extravagances qui semblent directement issues des pages d’un comic book, comme ce cerveau et cette moelle épinière flottant dans un bocal. Dommage, par exemple, que cette suite n’ait pas plus creusé les possibilités d’humanisation que laissaient espérer les scènes du début. Au jeu de la comparaison, Robocop 2 ne fait donc pas le poids face à son prédécesseur. Mais la folle ambition de ses séquences d’action, la redoutable monstruosité de son super-vilain mécanique et sa description désenchantée d’une société à peine futuriste gangrénée par la corruption sont d’inestimables atouts qui le placent au-dessus du lot… surtout si l’on tient compte du dérisoire Robocop 3.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso


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DEMONIC TOYS (1992)

Réfugiés dans un entrepôt sinistre, des gangsters et des policiers sont attaqués par des jouets possédés par un esprit maléfique…

DEMONIC TOYS

 

1992 – USA

 

Réalisé par Peter Manoogian

 

Avec Tracy Scoggins, Bentley Mitchum, Daniel Cerny, Michael Russo, Barry Lynch, Ellen Dunning, Pete Schrum, Jeff Weston, Richard Speight

 

THEMA JOUETS I CLOWNS I SAGA CHARLES BAND I DEMONIC TOYS

C’est à David S. Goyer, futur scénariste des trilogies Blade et The Dark Night, que nous devons l’histoire de Demonic Toys, tentative manifeste de la part du producteur Charles Band de capitaliser sur l’idée des jouets maléfiques popularisée par la saga Puppet Master. Fan de Re-Animator et de From Beyond, Goyer est ravi lorsque Band le contacte et lui propose d’écrire deux films pour lui, avec la promesse de réaliser l’un d’entre eux. L’une des méthodes habituelles de ce roi du marketing est de faire dessiner des posters alléchants sans aucun scénario et de vendre les films sur ces simples visuels. Goyer observe donc la généreuse collection d’affiches prometteuses de projets qui trônent dans le bureau de Band et en choisit deux : Arena et Demonic Toys. La grosse difficulté est qu’il n’a que deux semaines pour écrire les deux films ! Il s’acquitte non sans mal de cette tâche délicate, scénarisant Arena pour le réalisateur Albert Pyun et Demonic Toys pour lui-même. Mais au dernier moment, Goyer craint de ne pas être capable d’apporter une quelconque plus-value en tant que réalisateur, dans la mesure où tous les membres de l’équipe lui sont imposés, ainsi qu’un grand nombre de choix artistiques. Il passe donc son tour et livre son scénario à Charles Band, qui en confiera finalement la mise en scène à Peter Manoogian.

Pris en chasse par un duo de policiers qui leur ont tendu un piège, des gangsters en cavale se réfugient dans un entrepôt où sont stockés de vieux jouets. Blessé, l’un d’entre eux perd son sang, éveillant un esprit maléfique en sommeil. Celui-ci anime un clown carnassier, un bébé de plastique grimaçant, un ours en peluche anthropophage et un robot équipé de bras canons. L’influence de Jeu d’enfant, point de départ d’une autre célèbre franchise à base de jouets démoniaques, semble ainsi s’être taillée une part importante dans le scénario de Goyer, que Manoogian retravaille de son côté pour mieux s’approprier cette histoire improbable. Petit budget oblige, la quasi-totalité de l’intrigue se situe dans un lieu unique et s’appuie sur une mécanique efficace à défaut d’être innovante : les adultes piégés dans cet entrepôt sont massacrés un à un par les jouets monstrueux ramenés à la vie.

Le clown, le bébé, l’ours et le robot

Les personnages humains étant aussi transparents qu’une feuille de papier calque (malgré les efforts redoublés du scénariste et du réalisateur pour tenter de les épaissir un peu), c’est naturellement vers les jouets qu’est attirée l’attention des spectateurs. Conçus conjointement par Dennis Gordon, Hervey Mayo, Mark Rappaport et John Carl Buechler, ils savent égailler le métrage d’une poignée de séquences horrifiques originales mettant à contribution d’habiles effets mécaniques, des marionnettes et des costumes spéciaux. La stop-motion intervient de son côté pour mettre en mouvement des cubes qui écrivent des messages de menace aux protagonistes. Puis elle permet de donner vie à un petit soldat de bois qui sort de sa boîte pour contrer les forces du mal. Cette séquence n’est pas sans rappeler Les Puppetoons et Les Aventures de Tom Pouce, l’hommage aux féeries de George Pal s’avérant surprenant dans le contexte d’un tel film. On regrette surtout que David Allen, maître d’œuvre des trucages de la saga Puppet Master, n’ait pas pu mettre son grain de sel dans le film pour donner un peu plus de dynamique à ces jouets agressifs. Sympathique à défaut d’être inoubliable, Demonic Toys sera rebaptisé Jouets démoniaques lors de sa première distribution en VHS en France.

 

© Gilles Penso

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PRIS AU PIÈGE (2017)

Alex de la Iglesia isole dans un bar huit personnes disparates qui doivent s’enfermer si elles veulent rester en vie…

EL BAR

 

2017 – ARGENTINE / ESPAGNE

 

Réalisé par Alex de la Iglesia

 

Avec Blanca Suarez, Mario Casas, Jaime Ordoñez, Carmen Machi, Terele Pavez, Secun de la Rosa, Alejandro Awada, Joaquin Climent

 

THEMA CATASTROPHE

Cinéaste de tous les excès, de toutes les exubérances et de toutes les folies, Alex de la Iglesia s’est toujours amusé à mélanger les genres pour mieux déconcerter ses spectateurs, avec une prédilection pour la comédie, l’horreur, le thriller et parfois même la science-fiction. Une fois de plus, il brouille ici les pistes en jouant d’abord la carte de l’humour pour progressivement teinter son œuvre de noirceur jusqu’à un point de non-retour. Avec son fidèle coscénariste Jorge Guerricaechevarria, le réalisateur d’Action Mutante et Le Jour de la bête inscrit son intrigue dans un Madrid contemporain et familier duquel surgiront l’insolite et l’inexpliqué. Dès son entame, Pris au piège annonce la couleur. Le générique se déroule sur la vue microscopique de divers organismes mono ou pluricellulaires, un choix visuel déconcertant qui évoque autant les composantes d’un virus (le « McGuffin » du scénario) que l’étude scientifique d’espèces animales en lieu clos. Or Pris au piège va justement s’employer à isoler plusieurs individus pour analyser leur comportement, adoptant presque une approche ethnologique. L’ouverture du film est d’ailleurs un plan-séquence virtuose en pleine rue englobant un microcosme de personnages dans le même espace-temps, la caméra passant de l’un à l’autre en s’accrochant à leurs bribes de conversations.

D’emblée, nous comprenons que notre point de repère dans ce récit pluriel sera Elena (Blanca Suarez), en chemin pour un rendez-vous galant. La jeune femme fait halte momentanément dans un bar pour y recharger son téléphone portable et découvre les futurs acteurs du drame qui ne saurait tarder à se jouer : la gérante Amparo, le barman Satur, le hipster Nacho, l’accro aux jeux d’argent Trini, le mendiant fanatique religieux Israel, les clients Sergio et Andres, ainsi qu’un homme malade qui se précipite en hâte dans les toilettes. Huit personnes, un décor simple, une situation banale. En quelques minutes, Alex de la Iglesia met en place son unité de lieu et de temps. Les choses basculent soudain lorsqu’un homme d’affaire qui sort du bar est aussitôt atteint d’un coup de feu en pleine tête. Que s’est-il passé ? Que faire ? Un homme qui se dévoue pour porter secours à la victime est brutalement abattu de la même façon. Paniqués, les occupants du bar décident de ne plus sortir en attendant de comprendre ce qui se passe…

Piliers de comptoir

Alex de la Iglesia profite de ce huis-clos quasiment théâtral pour se jouer des clichés et mener ses spectateurs en bateau. Car pendant longtemps, on ne sait pas où se dirige cette intrigue. S’agit-il d’un film d’horreur ? De science-fiction ? D’autre chose ? L’imagerie familière des histoires de zombies et de contagion s’invite bientôt, mais les choses ne sont pas aussi simples. Et comme dans tout film catastrophe qui se respecte, la situation extrême révèle les personnalités, attise les tensions et fait craquer le vernis. Le courage, la lâcheté, l’agressivité, tout s’exacerbe. « La peur nous change », dira Elena, avant de s’entendre répondre : « Non, la peur nous montre qui on est vraiment ». Reprenant certaines des thématiques développées dans ses comédies noires Mes chers voisins et Le Crime farpait, le cinéaste prouve une fois de plus que la mesquinerie et l’égoïsme n’ont d’autre issue que le chaos. Pour renforcer son propos, il ne cesse de restreindre l’espace de jeu de ses « héros », rétrécissant peu à peu le décor, éliminant un à un les protagonistes, nouant la tragédie à l’extrême. Remarquable dans son équilibrage permanent entre la comédie et le drame, Pris au piège s’appréhende rétrospectivement avec un certain trouble. Deux ans avant la crise du Covid 19, Alex de la Iglesia nous parlait en effet de virus, de contamination, de confinement et de luttes autour d’une vaccination…

 

© Gilles Penso

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SHAKMA (1990)

Un singe qui a servi de cobaye à des expérimentations médicales s’échappe de sa cage et entame un massacre méthodique…

SHAKMA

 

1990 – USA

 

Réalisé par Hugh Parks et Tom Logan

 

Avec Christopher Atkins, Amanda Wyss, Ari Meyers, Roddy McDowall, Robb Morris, Tre Laughlin, Greg Flowers, Ann Kymberlie, Donna Jarrett

 

THEMA SINGES

Tourné aux studios Universal de Floride pour un budget estimé à un million et demi de dollars, ce modeste film d’horreur tente un curieux mélange. Si son intrigue s’appuie sur la mécanique classique de l’attaque animale, le scénario de Roger Engle (dont ce sera le seul « titre de gloire ») cherche aussi à capitaliser sur la vogue croissante des jeux vidéo, des jeux de rôle et de l’avènement de l’informatique à l’aube des années 90. Il en résulte un « shocker » un peu hybride co-réalisé par Hugh Parks et Tom Logan qui, quelques mois plus tôt, signaient l’obscure comédie Dream Trap. Shakma s’intéresse au professeur Sorenson (Roddy McDowall) et à six de ses étudiants. Ces derniers conduisent plusieurs expériences sur des animaux dans le but d’abolir leur hormone d’agressivité. Ils injectent ainsi le produit de leur invention, la corticotropine, à l’un de leurs cobayes, le babouin Shakma. Bien sûr, chaque habitué du cinéma fantastique sait qu’il n’est jamais bon de jouer à l’apprenti-sorcier. Mais nos protagonistes n’en sont visiblement pas conscients. Le résultat de leurs expérimentations sera donc l’inverse de celui qu’ils escomptent.

 

À ce stade du récit, Shakma tente d’apporter un peu d’originalité à travers la traditionnelle soirée de jeu de rôle à laquelle participe le groupe d’étudiants dans les locaux du laboratoire. Un jeu qui, avouons-le, semble ennuyeux à mourir, au point qu’il nous semble improbable que les étudiants puissent s’y adonner avec autant de passion. Mais bon, admettons. Cette distraction ludique n’est de toutes façons qu’un prétexte à détourner l’attention des spectateurs, puisque le singe Shakma ne tarde pas à s’échapper pour roder dans les couloirs en quête de proies dans lesquelles planter ses crocs. Le jeune Sam (Christopher Atkins), organisateur du jeu et responsable du soin des animaux, va bientôt regretter de ne pas avoir euthanasié le quadrumane, comme le lui avait demandé initialement le professeur.

Malin comme un singe

L’intrigue n’étant pas foncièrement palpitante, seules les agressions du babouin nous secouent un peu de notre torpeur, même si elles sont filmées sans inventivité. Car la mise en scène de Parks et Logan est relativement anonyme, souffrant en outre d’une lumière télévisuelle et d’une affreuse bande originale synthétique. Une ou deux scènes de suspense dans les couloirs fonctionnent tout de même assez bien et quelques trouvailles visuelles surnagent, notamment la gueule ensanglantée du monstre qui occupe tout l’avant-plan tandis qu’une fille terrorisée hurle à l’arrière-plan. Le babouin lui-même s’avère impressionnant lorsqu’il pique des crises d’hystérie, se met à attaquer tout ce qui entre dans son champ de vision, court à toute allure dans les corridors ou tape frénétiquement contre les portes en sautant dans tous les sens. Il faut à ce titre saluer le travail remarquable du dresseur Gerry Therrien et de son singe savant Typhoon, qui jouait aussi dans La Mouche de David Cronenberg. Shakma s’offre quelques écarts gore (deux ou trois cadavres sont assez gratinés) et développe même une idée qui sera reprise dans Jurassic Park : la créature est capable d’ouvrir des portes. Le film nous offre surtout la joie ironique de retrouver Roddy McDowall, l’éternel Cornelius de La Planète des singes, dans un film où le « héros » est justement un primate.

 

© Gilles Penso

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SYNTHOID 2030 (1990)

Dans un monde futuriste où la couche d’ozone a disparu, un petit groupe de rebelles affronte un robot tueur caché parmi eux…

CRASH AND BURN

 

1990 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Paul Ganus, Megan Ward, Bill Moseley, Eva LaRue, Jack McGee, Ralph Waite, Elizabeth MacIellan, Katherine Armstrong, John David Chandler

 

THEMA ROBOTS I FUTUR I SAGA CHARLES BAND

Au début des années 90, Charles Band est dans sa période « gros robots ». Dans la foulée de son projet surdimensionné Robot Jox, réalisé par Stuart Gordon sous la bannière de sa compagnie en pleine faillite Empire Pictures, il décide de s’atteler à un film au sujet voisin conçu cette fois-ci avec un budget minuscule. À vrai dire, Crash and Burn (que les distributeurs vidéo français affublèrent du titre surréaliste Synthoid 2030) n’entretient que très peu de liens avec Robot Jox, mais Band alimente la confusion pour profiter de la campagne marketing du film de Gordon. Sur certains territoires, Crash and Burn sera d’ailleurs titré Robot Jox 2. Le scénario original, écrit par John S. Cardone puis révisé par David Pabian, se situe dans un futur post-apocalyptique désertique qui n’est pas sans rappeler celui de Parasite, une autre micro-production de Charles Band. Tourné dans le site d’Alabama Hills, où furent jadis filmés de nombreux western, le film prend place dans un monde guère engageant où la couche d’ozone n’existe quasiment plus et où ceux qui s’aventurent en plein jour sans combinaison spéciale s’exposent à des rayons ultra-violets particulièrement corrosifs.

C’est dans ce contexte pessimiste que s’active « l’Union pour la Liberté de Conscience », une troupe de rebelles qui tentent de résister contre le pouvoir en place, autrement dit le groupe Unicom. Employé de cette compagnie surpuissante, le motard Tyson Keen (Paul Ganus) finit par se rallier à la « bonne cause » lorsqu’il rend visite à une jeune fille et à son grand-père qui ont monté un studio de télévision autonome dans une ancienne usine désaffectée. Sur le terrain voisin trône la carcasse d’un ancien robot géant, du type de ceux que le gouvernement utilisait jadis dans les mines d’uranium. Une tempête thermique menaçant au loin, la petite équipe reste sur place. Synthoid 2030 prend alors la tournure d’un film de couloirs ennuyeux où tout le monde cherche tout le monde dans la pénombre moite tandis qu’un mystérieux tueur rôde dans les coursives.

L’éveil tardif du robot géant

Les influences du film sont mixtes, notamment Terminator (l’androïde assassin qui menace les héros) et The Thing (le test qui permet de déterminer qui est le monstre parmi les membres de l’équipe). Quelques clins d’œil émaillent le métrage (le poster de The Angry Red Planet qui trône dans une des chambres) mais son visionnage s’avère être une épreuve soporifique. Les acteurs sont insipides, les dialogues creux, les situations répétitives, les décors banals, bref l’ennui se propage à la vitesse grand V. Charles Band tente bien d’exhiber quelques seins nus et de saupoudrer le film d’effets gore (conçus par le futur maestro Greg Cannom), mais rien n’y fait. La seule attraction à laquelle le spectateur puisse se rattacher est le DV-8, ce fameux robot géant qui git au milieu des décombres et sort de sa léthargie pour venir en aide aux héros. C’est une jolie création de David Allen, dans l’esprit des créatures qu’il avait conçues pour Robot Jox, mais son intervention est extrêmement frustrante, puisqu’elle ne dure que trois minutes, montre en main ! D’autant que Charles Band ne laisse à Allen ni le temps ni l’argent nécessaires pour animer le géant de fer en stop-motion. La marionnette remue donc timidement au cours d’un climax qui nous sort à peine de notre torpeur.

 

© Gilles Penso

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ILSA, GARDIENNE DE HAREM (1976)

La super-vilaine tortionnaire est de retour dans une séquelle délirante qui mêle une fois de plus l’horreur et l’érotisme dans un cadre désormais exotique…

ILSA, HAREM KEEPER OF THE OIL SHEKS

 

1976 – USA

 

Réalisé par Don Edmonds

 

Avec Dyanne Thorne, Michael R. Thayer, Spalding Gray, Uschi Digard, Sharon Kelly, Haji Cat, Tanya Boyd, Marilyn Joi, Su Ling

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA ILSA

Moins malsain et plus récréatif que son prédécesseur, Ilsa gardienne de harem fut initié par la société de production Cinepix suite au succès inespéré d’Ilsa la louve des SS. Don Edmonds reprend le poste du réalisateur, mais le producteur David F. Friedman n’est plus de la partie. Cette séquelle démarre sur une séquence presque burlesque qui témoigne d’une sensible augmentation budgétaire et d’une volonté manifeste de changer un peu de ton. On y voit un cavalier traverser le désert au galop, tandis qu’un hélicoptère transporte trois caisses étiquetées « fragile ». Les caisses sont ramenées en camion par un groupe de mercenaires jusqu’à un palais arabe. Lorsqu’elles sont ouvertes, on y trouve trois femmes nues, kidnappées en Occident pour venir gonfler les rangs du harem du cheikh El Sharif (Jerry Delony, camouflé ici sous le pseudonyme de Victor Alexander). Comme le titre l’indique, c’est la redoutable Ilsa qui mène avec autorité ces femmes soumises au bon plaisir de leur maître.

Ainsi, au mépris de toute logique, la blonde dominatrice abattue en pleine seconde guerre mondiale à la fin d’Ilsa la louve des SS est ici de retour, intacte et sans une ride, au beau milieu des années 70. Comme si elle était devenue un personnage générique, une incarnation du mal traversant les genres et les époques à la manière d’un Monstre de Frankenstein. Penchant oriental des deux ariennes qui secondaient jadis Ilsa, deux Africaines athlétiques prénommées Velours et Satin servent d’assistantes à la blonde matrone, et sont interprétées avec fougue par Marilyn Joi et Tanya Boyd. Visiblement inspirées par Bambi et Perle Noire, les deux lutteuses qui attaquaient Sean Connery dans Les Diamants sont éternels, elles se livrent ici à un sanglant combat de catch contre un massif renégat. James Bond et les serials semblent d’ailleurs avoir marqué de leur empreinte cette séquelle exotique, comme en témoignent certaines séquences archétypiques : le retour du prince déchu, la danseuse du ventre qui cache un micro dans le diamant sur son nombril ou la tête du héros enfermée dans une cage qui libèrera une tarentule affamée dès que la flamme d’une bougie aura fait brûler la corde qui la retient prisonnière.

Le désert des barbares

Les scènes de tortures extrêmes, marque de fabrique de la série, sont toujours de mise, notamment sur une victime féminine aux seins écrasés dans un étau, à l’œil arraché, au corps envahi de fourmis carnivores, ou encore au sexe empli d’une charge explosive ! Sans compter cette esclave aux dents brisées à coups de marteau, ce voleur à la main tranchée avec un sabre ou cet autre homme couvert de pétrole puis immolé… Et c’est toujours le maquilleur Joe Blasco qui orchestre ce festival du gore crasseux. Comme dans le premier film, Ilsa se laisse soumettre par un athlétique Américain, le commandant Adam de l’US Navy (Max Thayer) venu rendre visite au cheikh en compagnie du diplomate Kaiser (Wolfgang Roehm) afin de le faire chanter et de lui soutirer son pétrole. Comme dans le film précédent, tout s’achève par une rébellion générale, avec force gunfights et explosions hérités eux aussi de la saga 007.

 

© Gilles Penso


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BANDITS BANDITS (1981)

Le second long-métrage solo de Terry Gilliam est un conte de fée étrange où se croisent plusieurs personnages historiques et mythologiques…

TIME BANDITS

 

1981 – GB

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec John Cleese, Sean Connery, Shelley Duvall, Katherine Helmond, Ian Holm, Michael Pain, Ralph Richardson

 

THEMA CONTES I NAINS ET GÉANTS I VOYAGES DANS LE TEMPS

Après dix ans de bons et loyaux services au sein de la délirante équipe des Monty Pythons, Terry Gilliam s’est mis en tête de réaliser des longs-métrages bien à lui. Si Sacré Graal (co-dirigé par Terry Jones) et Jabberwocky (son premier film solo) participaient encore du délire collectif des joyeux trublions du « Flying Circus », Bandits Bandits s’affirme comme sa première œuvre personnelle. Certes, l’esprit des Pythons est toujours perceptible et plusieurs complices de Gilliam comme John Cleese ou Michael Palin sont de la partie, ce dernier officiant même comme co-scénariste. Mais l’univers de Gilliam surnage explicitement. L’une des grosses erreurs de la campagne marketing de Bandits Bandits aura d’ailleurs été de s’axer sur l’humour nonsensique de l’équipe de La Vie de Brian, alors que la tonalité du film est sensiblement différente. L’ambiance y même parfois oppressante, sinistre, inquiétante, empreinte d’une certaine mélancolie que soutient la belle bande originale écrite par George Harrison, producteur du film. C’est donc tout un cocktail d’émotions complémentaires, mixées tout de même avec une bonne dose de comédie, qui dote ce conte de fée pas comme les autres de sa précieuse singularité.

Bandits Bandits s’intéresse à un petit garçon de onze ans qui s’échappe de la maison banlieusarde et ennuyeuse de ses parents intoxiqués de télévision pour partir voyager à travers le temps et l’espace par le biais d’une série de portes, accompagné par un gang de six nains voleurs qui ont enfreint les ordres de l’Être suprême (autrement dit Dieu en personne). Au cours de son aventure extraordinaire, il rencontre toutes sortes de créatures étranges mais aussi plusieurs célèbres figures historiques ou fictives légendaires. L’une des idées les plus intéressantes du film est justement de démythifier ces « héros » en confiant de surcroît leur rôle à des visages familiers. Napoléon (Ian Holm) est un petit homme bardé de névroses et de complexes, Robin des Bois (John Cleese) un dandy maladroit et égoïste, Dieu (Ralph Richardson) un vieil homme en costume-cravate blasé et fatigué. Nous croisons aussi la route du vaillant Agamemnon (Sean Connery), de l’ogre courbaturé (Robert Vaughn) ou encore du mal personnifié (David Warner)…

En équilibre instable

Tout ce beau monde s’anime dans un film curieux qui s’efforce de canaliser un trop-plein d’idées, d’envies et d’influences sans toujours trouver le bon dosage. Comme toujours chez Gilliam, les idées visuelles folles surgissent avec éclat, le réalisateur optant souvent pour des angles de caméras bas pour faire adopter aux spectateurs le point de vue de son jeune héros et de ses compagnons nains. D’où un sentiment régulier de vertige. La direction artistique, les décors, les effets spéciaux rivalisent d’inventivité, avec une collection de visions délicieusement surréaliste (comme ce géant coiffé d’un navire qui s’invite sur le poster du film). « Lorsque je réalise un film, il s’agit toujours d’une énergie collective », nous confie Terry Gilliam. « C’est ce que j’aime dans ce métier. A l’époque des Monty Pythons, le travail collectif était surtout concentré sur l’écriture et l’interprétation. Aujourd’hui, je travaille avec des auteurs, des acteurs, des charpentiers, des peintres, des musiciens… C’est un groupe beaucoup plus grand, et c’est très gratifiant d’être entouré de gens doués et motivés. » (1) Bâti autour du parcours initiatique d’un enfant s’acheminant vers l’âge adulte, Bandits Bandits s’appréhende comme une œuvre de transition dans la carrière de Gilliam. Car s’il s’agit encore d’une œuvre collégiale, sa filmographie à venir creusera un sillon plus solitaire. Son film suivant trouvera enfin l’équilibre parfait. Ce sera Brazil, chef d’œuvre maudit et impérissable.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2009

 

© Gilles Penso

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BAISER MACABRE (1980)

Pour son premier long-métrage, le fils de Mario Bava compose un récit cauchemardesque s’appuyant sur les perversions de ses « héros »…

MACABRO

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Lamberto Bava

 

Avec Bernice Stegers, Stanko Molnar, Veronica Zinny, Roberto Posse, Fernandino Orlandi

 

THEMA MORT

Quand on est le fils d’un réalisateur ayant marqué de manière indélébile le cinéma de genre international, il n’est pas simple de se faire un nom. Dans l’ombre de l’illustre Mario Bava, le jeune Lamberto a d’abord fait ses premières armes à ses côtés, officiant comme assistant-réalisateur ou réalisateur de deuxième équipe sur des films comme Opération peur, Danger Diabolik, Une Hache pour la lune de miel, La Baie sanglante, Baron Blood ou La Maison de l’exorcisme. À l’occasion des Démons de la nuit, dernier long-métrage de son père, Lamberto Bava dirige officieusement plusieurs séquences lui-même. Puis il est temps de faire le grand saut. Baiser macabre fera pour lui office de baptême du feu. Le scénario, qu’il co-écrit avec Antonio Avati, Pupi Avati et Roberto Gandus, s’inspire vaguement d’un fait divers sinistre ayant défrayé la chronique à la Nouvelle-Orléans. C’est pour cette raison que l’intrigue du film se situe là-bas.

Ce scénario écrit à huit mains, malsain à loisir, puise sa force dans la perversion et le désaxage de ses personnages. Baiser Macabre lie ainsi le sexe et la mort, sans se laisser réfréner par une quelconque autocensure, certes, mais sans pour autant chercher la provocation gratuite et un peu facile d’un Nekromantic qui lui devra beaucoup.Ce climat trouble s’instaure dès l’entame au cours de laquelle Jane Baker (Berenice Stegers), mère de famille, abandonne ses deux enfants pour s’ébattre joyeusement avec son amant Fred Kellerman (Roberto Posse) dans une chambre louée. Pendant ce temps, sa fille aînée, Lucy (Veronica Zinny), qui ne supporte plus le comportement de sa mère, noie en souriant son petit frère de cinq ans dans la baignoire. Choquée par ce qu’elle croit être un accident domestique, Jane rentre en voiture avec Fred, mais tous deux sont victimes d’un violent accident qui décapite l’amant ! Passablement traumatisée par ces deux trépas violents, Jane perd la raison et échoue dans un hôpital psychiatrique. Après un an d’internement, toujours perturbée psychologiquement, elle est libérée et s’installe dans l’appartement de Fred. Là, les choses dégénèrent…

« Oh Fred ! »

L’atmosphère vénéneuse de Baiser macabre ne se relâche pas, notamment lorsque nous découvrons que Jane, tourmentée régulièrement par sa cruelle progéniture (elle lui apporte une photo de son petit frère !), se livre sans retenue à la nécrophilie avec la tête décapitée de son amant qu’elle conserve au réfrigérateur malgré un état de décomposition avancé ! Pour couronner le tout, Robert Duval (Stanko Molnar), le jeune aveugle qui lui loue la chambre et qui l’entend nuitamment soupirer des « Oh Fred ! » lascifs, tombe amoureux d’elle. Il faut bien avouer que Lamberto Bava n’est pas en pleine possession de ses moyens et se contente souvent d’une mise en scène malhabile, d’un rythme mal maîtrisé et d’une direction d’acteur pas toujours convaincante – celle qui sort le plus du lot est finalement la perverse fillette, dont le sadisme, régulièrement confirmé, s’avère des plus troublants. Mais l’ambiance déliquescente du film l’emporte sur ses scories. Aucun personnage n’est foncièrement sympathique dans Baiser macabre, et les dés semblent joués d’avance. Dès les premières minutes, le spectateur sent que les acteurs de ce petit théâtre de l’horreur sont voués à un destin funèbre, ce que confirmera un final paroxystique sans appel.

 

© Gilles Penso

 

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L’INÉVITABLE CATASTROPHE (1978)

Le roi du cinéma catastrophe Irwin Allen convoque un parterre de stars pour conter l’invasion d’un essaim d’abeilles tueuses…

THE SWARM

 

1978 – USA

 

Réalisé par Irwin Allen

 

Avec Michael Caine, Katharine Ross, Richard Widmark, Richard Chamberlain, Olivia de Havilland, Henry Fonda, Bradford Dillman

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

L’Inévitable catastrophe démarre sur des chapeaux de roue. Aux accents d’une partition très dynamique de Jerry Goldsmith rappelant ses travaux sur Capricorn One ou Le Pont de Cassandra, une équipe en tenue de décontamination investit un site anti-missiles où gisent plusieurs cadavres exsangues, victimes d’un essaim d’abeilles venues d’Afrique et susceptibles de véhiculer la peste. Au cœur d’une cellule de crise mise en place dans l’urgence, l’entomologiste Brad Crane est chargé par la Maison Blanche de trouver une solution… Force est de reconnaître que les premières séquences d’action du film s’avèrent franchement réussies, notamment l’essaim des insectes obscurcissant le ciel, l’explosion des hélicoptères en plein vol (de belles maquettes) ou encore l’attaque d’une famille en plein pique-nique (les comédiens étant réellement couverts de centaines d’abeilles grouillantes). Mais bien vite, les dialogues surprennent par leur ineptie et les personnages par leur manque d’épaisseur. Même l’excellent Michael Caine surjoue sans retenue, ce qui est tout de même un comble (les mauvaises langues diront qu’à l’époque, le héros de Get Carter était moins regardant sur ses rôles et plus attentif au montant des chèques encaissés). Dans le rôle du docteur Crane, il convoque quelques stars sur le retour pour l’aider à endiguer la menace (Henry Fonda est le docteur Krim, Richard Chamberlain le docteur Hubbard), tandis que Katarine Ross se contente pour sa part de faire des sourires en arrière-plan.

Les répliques sentencieuses fusent alors, comme celle de Fonda affirmant avec aplomb : « ces petites bêtes vous embrassent, et vous avez deux minutes pour faire votre prière ». Alors que Crane se heurte à un général peu coopérant (Richard Widmark), Hubbard met au point un poison contre les abeilles et Krim un antidote contre leur venin. Mais rien ne fonctionne, ni même la pulvérisation d’un redoutable pesticide (joliment baptisé « neutracide ») ou les incendies provoqués au lance-flammes dans la ville de Houston. Ce sentiment d’impuissance face à la menace invertébrée est plutôt bien rendu, et un certain nombre de séquences de panique fonctionnent à plein régime, comme l’enfant alité à l’hôpital qui croit voir une abeille géante le menacer, la catastrophe ferroviaire consécutive à l’attaque de la locomotive par les abeilles ou encore l’explosion d’une centrale électrique.

Eau de rose

Mais la réussite des effets spéciaux de L.B. Abbott et l’ampleur du budget alloué au film ne camouflent guère le peu de soin apporté à la construction des protagonistes et de leurs relations, le pire venant probablement des pseudo-romances à l’eau de rose (les deux papys qui courtisent une vénérable maîtresse d’école pendant les préparatifs de la fête des fleurs, Michael Caine qui drague tranquillement Katarine Ross entre deux scènes d’attaques) que le scénario n’assume d’ailleurs même pas jusqu’au bout, préférant les abandonner en cours de route pour se concentrer sur la solution de dernière minute – hautement improbable – qui permet finalement d’occire les abeilles tueuses. En matière de film catastrophe, Irwin Allen était tout de même mieux inspiré lorsqu’il laissait la caméra à John Guillermin et Ronald Neame et se contentait de produire les prodigieux La Tour infernale et L’Aventure du Poséidon.

 

© Gilles Penso


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