L’ÉTÉ DE LA PEUR (1978)

Dans ce téléfilm signé Wes Craven, l’héroïne de L’Exorciste se confronte à une jeune fille qui semble s’adonner à la sorcellerie…

STRANGER IN OUR HOUSE / SUMMER OF FEAR 

 

1978 – USA

 

Réalisé par Wes Craven

 

Avec Linda Blair, Lee Purcell, Jeremy Slate, Jeff McCracken, Jeff East, Jeff McCracken, Carol Lawrence, Macdonald Carey, Fran Drescher, James Jarnigan

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA WES CRAVEN

En 1977, Wes Craven lâche sur les écrans La Colline a des yeux et prend tout le monde par surprise. Récipiendaire de maintes récompenses à travers le monde, notamment à Londres, Sitges et Los Angeles, ce survival sauvage et sans concession aura permis d’assoir sa réputation, lancée par le brutal La Dernière maison sur la gauche, et de le sacrer nouveau maître de l’épouvante. Sur sa lancée, le réalisateur accepte la proposition du producteur Max Keller qui souhaite lui confier la réalisation d’un téléfilm d’épouvante pour la chaine NBC : L’Été de la peur (dont le titre original est Stranger in our House, autrement dit « Une étrangère dans notre maison »). Craven consent à mettre un peu la pédale douce sur l’horreur à l’occasion de cette parenthèse télévisée qui met en vedette Linda Blair, un an après qu’elle ait été en tête d’affiche de L’Exorciste 2. Le scénario adapte avec un certain nombre de libertés un roman de Loïs Duncan. L’une des concessions faites au texte original est l’importance donnée à l’équitation dans le film, pour satisfaire l’affection de Linda Blair pour les chevaux.

L’ancienne possédée de L’Exorciste incarne Rachel Bryant, une jeune fille adepte des concours hippiques qui doit cohabiter du jour au lendemain avec une cousine qu’elle ne connaissait pas, Julia Trent (Lee Purcell). Après la mort de ses parents dans un accident automobile, cette dernière est en effet recueillie par son oncle et sa tante, donc les parents de Rachel. Au début, les relations entre les deux adolescentes sont au beau fixe. Mais peu à peu, Rachel commence à soupçonner cette cousine énigmatique de cacher son jeu. Ne se rapproche-t-elle pas un peu trop de son petit-ami ? N’entretient-elle pas des relations étranges avec son père ? Et comment expliquer l’agressivité soudaine du cheval de Rachel dès qu’il croise le chemin de Julia, lui qui d’habitude est doux comme un agneau ? Plus elle s’interroge, plus elle collecte des indices qui lui font penser que Julia n’est pas vraiment qui elle affirme être, mais aussi qu’elle pratique la sorcellerie.

Cauchemar en cousine

Malgré sa facture de téléfilm, ses faibles moyens et son look daté (les brushings volumineux des actrices principales en attestent), cette production modeste sait susciter le malaise et la tension. Comme d’autres praticiens du genre s’étant essayé au format télévisé (John Carpenter avec Meurtre au 43ème étage, Steven Spielberg avec La Chose et Duel), le futur réalisateur des Griffes de la nuit parvient à s’astreindre aux contraintes budgétaires, techniques et éditoriales de la télévision américaine des années 70. Certes, L’Été de la peur est sans doute anecdotique au regard d’autres longs-métrages de Craven, mais plusieurs séquences sortent du lot, comme l’attaque impressionnante du cheval qui se jette sur Lee Purcell et entreprend de briser les vitres de la voiture dans laquelle elle s’est réfugiée. L’efficacité de la mise en scène de Craven, la précision du montage d’Howard Smith et le travail remarquable du dresseur Jim Medearis se combinent pour faire de ce moment l’un des temps forts du film. L’autre est sans doute le climax, une poursuite automobile endiablée où le responsable des effets spéciaux John Frazier et le régleur des cascades Mickey Gilbert sortent le grand jeu. Ses excellentes audiences sur NBC poussent les distributeurs à sortir le film en salles dans plusieurs pays d’Europe. Il est alors rebaptisé Summer of Fear, d’où son titre français. Dans la foulée, Max Keller proposera à Wes Craven de produire son long-métrage suivant : ce sera La Ferme de la terreur.

 

© Gilles Penso


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QUELQUES MINUTES APRÈS MINUIT (2016)

Pour fuir son quotidien triste et banal, un petit garçon s’invente un ami monstrueux et incontrôlable…

A MONSTER CALLS

 

2016 – ESPAGNE / GB / USA / CANADA

 

Réalisé par Juan Antonio Bayona

 

Avec Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones, Toby Kebbell, Ben Moor, James Melville, Oliver Steer, Dominic Boyle, Jennifer Lim et la voix de Liam Neeson

 

THEMA CONTES I RÊVES

L’idée du roman « A Monster Calls » naît dans l’imagination de Siobhan Dowd, romancière militante signataire de plusieurs livres pour la jeunesse. Mais le cancer dont elle est victime l’empêche de le mener à bien. Avant de mourir, elle propose à Patrick Ness de le terminer. L’écrivain anglo-américain s’acquitte de cette tâche et publie le livre en 2011, orné d’illustrations de Jim Kay. Lorsque l’idée d’en tirer un film commence à se concrétiser, Ness en signe lui-même le scénario qu’il souhaite le plus fidèle possible au texte original. Et c’est Juan Antonio Bayona, réalisateur de L’Orphelinat et The Impossible, qui se charge de la mise en scène. L’histoire s’intéresse à Conor O’Malley (Lewis MacDougall), un garçon de douze ans qui peine à trouver sa place dans le monde. Sa mère (Felicity Jones) souffre d’un cancer, son père (Toby Kebbell) a refait sa vie, sa grand-mère (Sigourney Weaver) lui est très antipathique et ses camarades de classe le maltraitent. Pour s’évader de ce quotidien morose, Conor dessine et regarde des films. Dans une séquence d’une grande tendresse, il visionne une copie super 8 de King Kong avec sa mère. L’émotion l’étreint lorsque le gorille géant, abattu par les avions, tombe du haut de l’Empire State Building. L’imagination de Conor est saisie en plein vol.

La nuit, Conor se met à rêver que l’arbre sur la colline qui surplombe le cimetière voisin se transforme en monstre noueux pour lui rendre visite et lui raconter d’étranges récits. Au fil de ces contes d’un autre âge, la notion de manichéisme semble toute relative et le paradoxe est roi. « Les histoires sont des bêtes sauvages », dit la créature au jeune garçon « Quand on les laisse s’échapper, qui sait ce qui peut arriver ? » Mais ces rêves contaminent la réalité et poussent bientôt Conor à commettre des actes imprévus. Car ce monstre n’est autre que la facette bestiale de sa propre personnalité, le symbole de sa rage, de sa colère, de sa frustration. C’est un peu son monstre de l’Id, son Hyde, son Hulk. Le Fantastique s’immisce ainsi dans un drame réaliste, pratique coutumière de nombreux cinéastes hispaniques, et prend du coup une dimension métaphorique.

« Les histoires sont des bêtes sauvages »

L’arbre-monstre charrie de nombreux symboles : la solidité, l’ancienneté, la nature, la sagesse, mais aussi et surtout une idée de transmission, comme le laisse comprendre de manière très explicite la toute fin du film. Conçue à l’aide d’effets visuels remarquables, la créature est magnifique, preuve que les trucages numériques sont rarement aussi beaux que lorsqu’ils se mettent au service de la poésie. Ce sens de l’esthétisme contamine aussi les petites histoires nocturnes, qui prennent vie à l’écran sous forme de splendides aquarelles animées. Contemporain mais atemporel, Quelques minutes après minuit est un conte de fée atypique, un peu morbide, un peu sinistre. La tristesse y est omniprésente, mais elle est transcendée par cette idée que le monde de l’imaginaire peut aider un enfant à vivre les moments les plus douloureux de son existence, à braver ses peurs, à accepter l’inacceptable, à assumer ses pensées les plus intimes, si confuses semblent-elles, et à aller de l’avant malgré tout. C’est un film rare, unique, qui ne pouvait pas plaire à tout le monde et qui ne remporta donc qu’un succès d’estime, malgré d’excellentes critiques partout dans le monde.

 

© Gilles Penso

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THE BOY (2016)

Une variante sur le thème classique de la poupée maléfique qui réserve son lot de surprises et de rebondissements…

THE BOY

 

2016 – USA / GB / CANADA / CHINE

 

Réalisé par William Brent Bell

 

Avec Lauren Cohan, Rupert Evans, Jim Norton, Diana Hardcastle, Ben Robson, James Russell, Jett Klyne, Lily Pater, Stephanie Lemelin

 

THEMA JOUETS

C’est en 2014 que William Brent Bell, réalisateur de Stay Alive et The Devil Inside, annonce officiellement qu’il va diriger un film d’horreur surnaturel baptisé d’abord The Inhabitant, puis In a Dark Place, et finalement The Boy. En changeant de titre, le projet évolue et cherche à élargir au maximum sa cible, quitte à effacer en cours de route les séquences les plus sanglantes et les passages trop sexuellement orientés. Coproduction ambitieuse entre les États-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada et la Chine, The Boy se mue donc au fil de ses réécritures en film d’horreur beaucoup plus « soft » que ce qui était initialement prévu. Exit le gore et la nudité, place à une épouvante « old school » qui s’appuiera majoritairement sur son atmosphère et sa bizarrerie. En tête d’affiche, nous retrouvons un visage familier du genre : Lauren Cohan, connue pour ses rôles récurrents dans des séries comme Supernatural, Vampire Diaries ou The Walking Dead. Charge à elle d’être le pôle d’identification des spectateurs qui vivront cette étrange aventure à travers ses yeux.

The Boy s’ouvre sur un très beau thème pour piano de Bear McCreary et s’amorce à la manière de nombreux films gothiques classiques : l’arrivée d’une étrangère dans un grand manoir en rase campagne britannique. Lauren Cohan incarne Greta Evans, une Américaine originaire du Montana qui vient d’accepter un travail de nounou pour la famille Heelshire. Greta fuit un passé tumultueux et sympathise sur place avec Malcolm (Rupert Evans), le jeune homme qui est chargé d’approvisionner les lieux en denrées diverses. La rencontre avec les Heelshire est assez particulière. Ce couple âgé un brin austère (Jim Norton et Diana Hardcastle) a des habitudes très « vieille Angleterre » et recherche une jeune femme prête à se plier à leurs exigences très strictes. Greta est prête à jouer le jeu. Mais quand vient le moment de présenter Brahms, l’enfant dont il faut s’occuper, le malaise cède le pas à la stupeur. Car Brahms est une poupée de porcelaine grandeur nature à l’effigie d’un petit garçon !

Mauvais garçon

The Boy est un film qui joue d’abord sur l’ambiance, les petites touches d’étrangeté, l’inquiétude latente. Pour y parvenir, William Brent Bell s’appuie sur une direction artistique de premier ordre : une photographie très soignée de Daniel Pearl (Massacre à la tronçonneuse et son remake), des décors somptueux conçus par John Willett (La Firme, Lake Placid, Destination finale), un site naturel très photogénique capté au Canada (le Craigdarroch Castle)… Le deuxième atout majeur du film est la prestation de Lauren Cohan, crédibilisant avec subtilité les différents états par lesquels passe son personnage : l’incrédulité amusée, la surprise, l’inquiétude et finalement la terreur. The Boy n’échappe pas aux clichés d’usage (les cauchemars à répétition, l’incontournable scène de la douche, des « jump scares » attendus) mais parvient à réfréner les raccourcis faciles pour créer la surprise. De fait, Brahms n’est ni un émule de Chucky, ni même une version masculine d’Annabelle. Il se rattache à un autre sous-genre du cinéma d’horreur, persistant à semer le doute jusqu’à un dernier acte qui offre une toute nouvelle lecture des événements racontés dans le film. Sans doute The Boy est-il trop « sage », trop aseptisé pour convaincre totalement. Mais si la critique reste mitigée, le public lui réserve un triomphe. Avec des recettes mondiales de plus de 68 millions de dollars pour un budget de dix millions, c’est un succès incontestable. Une séquelle inévitable sera mise en chantier en 2020.

 

© Gilles Penso

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SUPERGIRL (1984)

La petite cousine de Superman prend son envol dans cette aventure infantilisante qui restera sans suite…

SUPERGIRL

 

1984 – USA / GB

 

Réalisé par Jeannot Szwarc

 

Avec Helen Slater, Faye Dunaway, Peter O’Toole, Mia Farrow, Simon Ward, Brenda Vaccard, Peter Cook, Mark McClure

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

Dans la foulée de Superman 3, les producteurs Alexander et Ilya Salkind décident de décliner la franchise qu’ils ont su porter aux nues en s’intéressant à la petite cousine du super-héros en rouge et bleu. Pour le Supergirl qu’ils ont en tête, ils aimeraient solliciter à la mise en scène Richard Lester ou Robert Wise, mais tous deux déclinent la proposition. Sous les conseils de Christopher Reeve, qui a apprécié son travail sur Quelque part dans le temps, les Salkind font finalement appel au réalisateur français Jeannot Szwarc, dont le savoir-faire sautait déjà aux yeux dans Les Insectes de feu et Les Dents de la mer 2ème partie. Le problème, c’est que Reeve lui-même finit par refuser de jouer dans le film, ce qui bouleverse le scénario initialement prévu (Supergirl devait venir à sa rescousse) ainsi que la campagne marketing qui ne peut donc plus s’appuyer sur sa présence. Côté casting, le seul lien entre Supergirl et les trois films précédents est finalement assuré par Mark McClure, l’interprète du reporter Jimmy Olsen. Les Salkind se rabattent sur quelques guest-stars de renom comme Faye Dunaway en super-vilaine exubérante, Peter O’Toole en mentor de l’héroïne et Mia Farrow dans le rôle de sa mère. Pour incarner la justicière aux super-pouvoirs, la politique est la même que sur le premier Superman, autrement dit le choix d’un visage inconnu. Après avoir auditionné des centaines de postulante, la production opte pour Helen Slater, alors à peine âgée de 21 ans.

Tourné entièrement à Londres, notamment dans les célèbres studios Pinewood, Supergirl commence dans la cité spatiale d’Argo City et annonce très tôt la couleur : la subtilité ne sera pas au rendez-vous. En effet, le film multiplie dès son entame les péripéties absurdes et les rebondissements invraisemblables. Artiste parfaitement improbable, Peter O’Toole subtilise pour ses travaux l’Omegahedron, une pierre magique aux pouvoirs immenses. Son élève Kara (Helen Slater), la lui emprunte pour créer un papillon, mais ce dernier s’envole, brise les parois de la cité et propulse la pierre magique dans l’espace. La jeune fille emprunte alors un vaisseau spatial et part à sa recherche. Dès qu’elle arrive sur Terre, hop, la voilà soudain revêtue sans la moindre explication de sa panoplie de super-héroïne : la combinaison rouge et bleu avec un gros S, la cape, les bottines, la jupette, tout y est. Nous apprendrons d’ailleurs par la suite qu’elle est capable de changer de tenue à volonté (elle arborera ainsi un uniforme d’écolière surgi de nulle part). Parallèlement, voilà que l’Omegatruc tombe littéralement du ciel jusque sur la nappe de pique-nique de Selena (Faye Dunaway), une voyante mégalomane qui dit à qui veut l’entendre qu’elle rêve de dominer le monde. Le hasard faisant décidément bien les choses, Kara se fait passer pour une étudiante dans l’établissement où enseigne le mentor de Selena (Peter Cook) et devient colocataire de Lucy Lane (Maureen Teefy), la sœur de Loïs Lane. Le scénario de David Odell part donc dans tous les sens en accumulant les énormités sans la moindre retenue.

Le début de la fin

Si Jeannot Szwarc parvient à emballer quelques séquences d’action solidement mises en scène (l’enchaînement de catastrophes de la pelleteuse « hantée » par exemple), rien ne les justifie vraiment d’un strict point de vue narratif. D’autant que l’affrontement entre Supergirl et Selena se résume finalement à un crêpage de chignons pour les beaux yeux d’un jardinier musclé (Hart Bochner) ! Comme enjeu dramatique, on a connu plus palpitant ! Plus le film avance, plus la puérilité s’installe. Faye Dunaway cachetonne en cabotinant sans garde-fou, son personnage déployant des pouvoirs magiques dont la cohérence est toute relative (de la télékinésie, des philtres d’amour, une sorte de monstre géant diabolique, beaucoup de fumigènes et de lumières clignotantes). Quant à sa colocataire/confidente/comparse (Brenda Vaccaro), on se demande encore à quoi elle sert dans le film. Au milieu de ce fatras sans queue ni tête, Helen Slater s’en sort plutôt bien, sa prestation candide apportant une touche rafraîchissante bienvenue. Il faut aussi souligner le travail du compositeur Jerry Goldsmith qui, dans la continuité des travaux grandioses et symphoniques de John Williams, concocte un tout nouveau thème héroïque qu’il décline tout au long de sa très belle bande originale. Comme on pouvait s’y attendre, Supergirl ne fait pas beaucoup d’éclat au box-office. Superman 3 n’ayant pas non plus rempli les tiroir-caisse, les Salkind décident de revendre les droits des personnages à Cannon Films, qui initiera l’impayable Superman 4 enterrant définitivement la franchise.

 

© Gilles Penso

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SWEET SIXTEEN (1983)

Dans une petite ville américaine, les morts sanglantes s’accumulent autour d’une jeune fille qui s’apprête à fêter ses seize ans…

SWEET SIXTEEN

 

1983 – USA

 

Réalisé par Jim Sotos

 

Avec Bo Hopkins, Susan Strasberg, Patrick Macnee, Don Stroud, Dana Kimmell, Don Shanks, Aleisa Shirley, Steve Antin, Sharon Farrell, Logan Clarke, Michael Pataki

 

THEMA TUEURS

Le postulat de Sweet Sixteen évoque à priori celui d’Happy Birthday, sorti sur les écrans trois ans plus tôt. Pourtant les deux films diffèrent par bien des aspects, et si Jim Sotos assume l’influence des films d’horreur en général et des slashers en particulier, son film emprunte des voies inattendues qui l’emmènent aussi sur le terrain du thriller psychologique, de l’enquête policière et même de la chronique sociale de l’Ouest américain. Car l’intrigue se situe dans une petite ville où les rivalités entre les cowboys bourrus piliers de comptoirs et les minorités indiennes s’efforçant de vivoter paisiblement tournent souvent au vinaigre, sous l’arbitrage d’un shérif qui tente de maintenir un calme fragile dans la bourgade. Réalisateur d’une centaine de spots de pub, de clips musicaux et du thriller Viol sans issue avec Tanya Roberts et Nancy Allen, Jim Sotos (alias Dimitri Sotirakis) installe donc son récit dans un cadre qu’il veut crédible, ancré dans une réalité palpable où les tensions raciales sonnent juste. Erwin Goldman, auteur du scénario de Sweet Sixteen, avait d’ailleurs déjà approché la question de l’intolérance et du racisme – sur un ton très différent – à l’occasion de la série TV Room 22.

Le film tourne autour du personnage de Melissa Morgan (Aleisa Shirley). À l’aube de ses seize ans, la lycéenne vient de s’installer en ville avec ses parents et promène son étrange nonchalance sans laisser les hommes du coin indifférents. Or deux garçons à qui elle donne rendez-vous coup sur coup sont retrouvés morts, lardés de coups de couteaux, victimes d’un assassin psychopathe insaisissable. Le shérif Dan Burke (Bo Hopkins) mène l’enquête tout en s’occupant de ses deux enfants adolescents Marci et Hank (Dana Kimmell et Steve Antin). Si Melissa est mise hors de cause, les soupçons commencent à se former autour de Jason Longshadow (Don Shanks), un Indien qui travaille avec le père de la jeune fille sur des fouilles archéologiques et a déjà eu maille à partir avec quelques autochtones. Tandis que se collectent peu à peu les indices, Melissa prépare une fête pour célébrer ses seize ans, prélude à un inévitable bain de sang…

L’anniversaire macabre

La cohabitation entre le slasher et le western moderne est l’une des singularités les plus intéressantes de Sweet Sixteen, qui s’appuie sur une galerie de personnages singuliers. Vétéran de l’écran vu dans des films aussi variés que La Horde sauvage, Midnight Express ou American Graffitti, Bo Hopkins campe un shérif presque languide dont la voix traînante ne semble pas avancer au même rythme que le reste du film. Sa fille Marci (Dana Kimmell, l’une des ados de Meurtres en trois dimensions) passe son temps à dévorer des romans policier et s’imagine elle-même protagoniste d’un récit d’épouvante gothique. Les parents de Melissa sont incarnés par deux prestigieuses guest-stars : Susan Strasberg, fille du directeur de l’Actors Studio Lee Strasberg et héroïne de Hurler de peur, et Patrick MacNee (l’éternel John Steed de Chapeau melon et bottes de cuir), dans un registre austère et patibulaire qu’il joue à merveille en prenant la relève de Leslie Nielsen initialement prévu pour le rôle. Quant à Melissa (la quasi-débutante Aleisa Shirley, qui apparaissait la même année dans Le Guerrier de l’espace et avait en réalité vingt ans au moment du tournage), elle trouble tous les lycéens par sa beauté distante mais semble cacher des fêlures profondes. Ses regards perdus et son indolence s’accompagnent d’une chanson mélancolique écrite par Joel et Mark Werten et susurrée par Frank Sparks. Tout s’achemine vers une résolution mouvementée, du double point de vue physique et psychologique, avant l’inévitable fin ouverte achevant sous forme de point d’interrogation ce slasher décidément à part.

 

© Gilles Penso


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SORCERESS (1982)

Un sous-Conan produit par Roger Corman avec deux jumelles guerrières, un viking, un barbare et quelques créatures étranges…

SORCERESS

 

1982 – USA / MEXIQUE

 

Réalisé par Jack Hill

 

Avec Leigh Harris, Lynette Harris, Bob Nelson, David Millbern, Bruno Rey, Ana De Sade, Roberto Ballesteros, Douglas Sanders, Tony Stevens, Martin LaSalle

 

THEMA HEROIC FANTASY I ZOMBIES

Jack Hill est l’un des nombreux réalisateurs ayant participé à L’Halluciné, le film d’horreur qu’initia Roger Corman en 1963. Metteur en scène de plusieurs films de prisons de femmes (The Big Doll House, Big Bird Cage) et de blaxploitation (Coffy la panthère noire de Harlem, Foxy Brown), Hill est recontacté au début des années 80 par Corman qui, suite au succès de Conan le barbare, souhaite lancer en quatrième vitesse son propre film d’heroic fantasy. Le réalisateur voit là l’occasion de se lancer dans une production plus ambitieuse que ses films précédents, en s’appuyant sur la compagnie d’effets spéciaux New World Studios de Corman qui avait notamment conçu les effets visuels, les maquettes et les matte paintings de New York 1997. Mais Hill va aller de désillusion en désillusion. Le scénario, qu’il signe seul, est ensuite revu par Jim Wynorski qui sera le seul à en être crédité au générique. Les lieux de tournage ne cessent de changer. Après les Philippines, le Portugal et l’Italie, Roger Corman opte finalement pour le Mexique à quelques semaines du tournage, dans la mesure où un deal financier intéressant lui permet de mettre sur pied une coproduction américano-mexicaine. Pris au dépourvu, Jack Hill doit se débrouiller sans avoir pu effectuer les repérages nécessaires. Quant au budget promis, il brille par son absence. Il faut composer avec des moyens anémiques, une figuration réduite à sa plus simple expression et des effets spéciaux simplistes. Le film ne bénéficie même pas de musique originale, se contentant de recycler les morceaux écrits par James Horner pour Les Mercenaires de l’espace.

Sorceress se situe dans une époque bizarre à mi-chemin entre l’antiquité, l’Asie féodale, les mille et une nuits et le moyen-âge. Pour posséder les pouvoirs qui lui permettront de régner sur le monde, le sorcier maléfique Traigon (Roberto Ballesteros) doit sacrifier son premier enfant à la divinité Kalghara. Le problème, c’est que son épouse a accouché de deux jumelles et s’est enfuie dans les bois avec elles. Laquelle est l’aînée ? Refusant de le dire, leur mère succombe sous les blessures que lui inflige l’homme de main de son vil époux qu’elle parvient à poignarder avant de rendre son dernier souffle. Sauvés par un vieux sage roi des arts-martiaux (Martin LaSalle), les bébés sont confiés à un couple de paysans. Vingt ans plus tard, Traigon a ressuscité grâce à ses pouvoirs magiques et les jumelles sont devenues deux jolies jeunes filles, Mira et Mara (Leigh Harris et Lynette Harris), qui veulent se venger de leur maléfique géniteur. Elles seront aidées dans leur quête par un viking (Bruno Rey) et un barbare (Roberto Nelson)…

L’improbable bestiaire

Sachant qu’un bon film d’exploitation s’assortit presque toujours de violence et de nudité, Roger Corman et Jack Hill ne peuvent s’empêcher de céder à la tentation malgré la vocation « grand public » du film. Les sœurs Harris ne sont donc pas avares de leurs charmes et quelques giclées de sang éclaboussent l’écran. Mais Sorceress vaut surtout le détour pour son bestiaire exubérant : un satyre aux pattes de bouc qui joue de la flûte de pan et bêle comme une chèvre, un singe grimaçant qui convoite lubriquement l’une des deux jumelles (un acteur dans un costume grotesque en peluche), des guerriers zombies qui s’animent dans des catacombes enfumées, la sinistre divinité Kalghara (un visage féminin à moitié reptilien qui flotte dans le ciel nocturne) et enfin cette improbable créature qui mixe l’anatomie d’un lion avec celle d’une gargouille et vient sauver la situation en tirant des rayons laser avec ses yeux (il s’agit en réalité d’une marionnette figée et maladroitement surimpressionnée). Le créateur de cette ménagerie inventive est John Carl Buechler, futur maquilleur spécial de Re-Animator, From Beyond et la saga Ghoulies. Quelques séquences insolites ponctuent le métrage (l’une des sœurs s’éveille à la sexualité pendant que l’autre, à distance, vit les mêmes sensations qu’elle) mais les hautes ambitions de Sorceress se heurtent à son cruel manque de moyens. Déçu, Jack Hill refusera de signer le film (c’est le pseudonyme Brian Stuart qui est crédité à la réalisation), cessera toute collaboration avec Roger Corman et quittera le monde du cinéma. Corman, lui, a de la suite dans les idées. Il continuera donc de creuser le sillon « épée et sorcellerie », notamment avec le diptyque Deathstalker.

 

© Gilles Penso

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SHEITAN (2005)

Vincent Cassel joue les dangereux psychopathes dans cette tentative maladroite de bouleverser les codes du genre horrifique…

SHEITAN

 

2005 – FRANCE

 

Réalisé par Kim Chapiron

 

Avec Vincent Cassel, Olivier Bathelemy, Roxane Mesquida, Nico Le Phat Tan, Ladj Ly, Leïla Bekhti, Julie-Marie Parmentier

 

THEMA TUEURS

Le manque d’humilité de l’équipe à l’origine de Sheitan, qualifiant le film de « grande claque au cinéma français qui commençait à s’encroûter », d’« attentat cinématographique » ou de « riff de guitare » (rien que ça !), n’incitait guère à l’indulgence au moment du visionnage de cette œuvre autoproclamée révolutionnaire. Pourtant, les premières images sont plutôt prometteuses, servies par une mise en scène dynamique et de jeunes comédiens débordant d’énergie. La veille de Noël, Bart (Olivier Bathelemy), Ladj (Ladj Ly), Thaï (Nico Le Phat Tan), Yasmine (Leïla Bekhti) et Eve (Roxane Mesquida) quittent une soirée survoltée qui s’est mise à virer au pugilat. Alors qu’ils errent en voiture dans les rues nocturnes de Paris, Eve leur propose de passer le reste du week-end chez elle, dans sa grande maison de campagne. Quelques kilomètres plus tard, les voilà en pleine France profonde, au milieu d’une route perdue envahie de chèvres. Bientôt, nos citadins en vadrouille sont accostés par Joseph (Vincent Cassel), le gardien de la maison d’Eve.

À partir de là, rien ne va plus, et Sheitan se met à sombrer lentement mais sûrement vers le grand n’importe quoi. Il faut dire que la prestation de Cassel, censée effrayer les protagonistes et le spectateur, a de quoi laisser perplexe. Le sourire figé, les yeux écarquillés, la démarche claudicante et la voix gutturale, le héros des Rivières pourpres nous livre probablement la plus grotesque de toutes ses performances (et pourtant ses intervention dans Le Pacte des loups étaient déjà assez gratinées !). Certes, Kim Chapiron, qui réalise là son premier long-métrage après dix ans de films courts conçus au sein du collectif « Kourtrajmé », définit Sheitan comme un mixage assumé entre la comédie et l’horreur. Mais le résultat n’étant ni vraiment drôle, ni franchement terrifiant, l’objectif semble clairement manqué.

Tous les ingrédients sont pourtant là…

Pourtant, tous les ingrédients ont été savamment réunis : le groupe de jeunes pluriethnique post-La Haine en pleine parade amoureuse (pour la partie comique « dans l’air du temps »), la maison isolée dans les bois, les campagnards retardés façon Délivrance ou Les Chiens de paille, le grenier garni de poupées sinistres (pour la partie épouvante), les jeunes filles peu farouches qui aguichent les mâles en se trémoussant lascivement et semblent prêtes à se donner corps et âme (pour la partie pseudo-érotique). Hélas, agencés n’importe comment au fil d’une intrigue filiforme, ces éléments épars se juxtaposent sans la moindre cohérence, et les frayeurs promises brillent par leur absence. Ni les coups de folie de Vincent Cassel (qui officie ici pour la première fois en tant que producteur), ni cette mystérieuse femme enceinte qui hante les couloirs du manoir, ni ce twist final aux effets empruntés à Audition ne parviennent à éveiller un quelconque intérêt. Kim Chapiron tente bien de créer un petit événement en jouant la carte de la provocation (une jeune fille délurée masturbe un chien, une autre se laisse prendre par deux garçons en chaleur, Cassel arrache des yeux avec un couteau en forme de tire-bouchon), mais l’impact de telles scènes est quasiment nul en l’absence d’un quelconque enjeu dramatique.

 

© Gilles Penso

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ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR (1999)

Claude Zidi signe la première adaptation « live » de l’univers de Goscinny et Uderzo, sans convaincre les amateurs de la BD…

ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR

 

1999 – FRANCE / ALLEMAGNE / ITALIE

 

Réalisé par Claude Zidi

 

Avec Christian Clavier, Gérard Depardieu, Roberto Benigni, Michel Galabru, Claude Piéplu, Daniel Prévost, Laetitia Casta, Jean-Pierre Castaldi, Sim

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

En 1999, à l’initiative du producteur Claude Berri et de son fils Thomas Langmann, l’une des bandes dessinées belges les plus populaires du monde devient le film français le plus cher de l’histoire du cinéma. Pour s’imprégner le plus possible de l’univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo, le réalisateur Claude Zidi relit les trente albums de la saga mais décide finalement de n’en adapter aucun. Astérix et Obélix contre César est donc une histoire originale qui reprend tous les éléments et tous les personnages du fameux petit village d’irréductibles Gaulois luttant contre l’invasion romaine. Une fois ce scénario validé par Uderzo et par la fille de Goscinny, la production se met en branle et les dialogues sont confiés à Gérard Lauzier. Si Gérard Depardieu est depuis le début l’interprète que tout le monde a en tête pour incarner le massif Obélix, c’est d’abord Daniel Auteuil qui est prévu pour jouer Astérix. La star des Sous-doués se prête au jeu, aux essayages de costumes et aux répétitions. Au vu de ces quelques tests, force est de constater que l’alchimie entre les deux comédiens est impeccable. Mais Auteuil se voit finalement contraint d’abandonner pour des raisons de planning, et c’est Christian Clavier qui le remplace au pied levé. Clavier et Depardieu avaient déjà partagé l’affiche des Anges gardiens de Jean-Marie Poiré, mais on ne peut pas dire que le résultat ait été très enthousiasmant. La réussite du film ne pouvait donc pas reposer seule sur les épaules du duo. Pour mettre toutes les chances de leur côté, Berri et Zidi s’entourent de tout ce que le cinéma compte alors d’acteurs comiques populaires, auxquels s’ajoutent l’atout de charme Laetitia Casta, le trublion italien Roberto Benigni et le vétéran allemand Gottfried John dans le rôle de César (pour des raisons de coproduction).

Un budget de 42 millions de dollars, des centaines de techniciens et de figurants, des décors gigantesques, Astérix et Obélix voit très grand. « C’est un projet difficile dans la mesure où il faut faire adhérer le public dès les premières images en évitant les comparaisons désavantageuses avec les dessins originaux », nous expliquait le chef décorateur Jean Rabasse à l’époque des préparatifs du film. « Nous nous sommes efforcés de respecter au maximum la bande dessinée tout en offrant au spectateur bon nombre de surprises. » (1) L’un des décors les plus impressionnants est le cirque romain où Astérix et Obélix doivent affronter plusieurs animaux dangereux. « Ce décor s’inspirait en partie de celui du Dôme du Tonnerre de Mad Max 3 », remarque Jean-Christophe Spadaccini, responsable des animaux factices. « Les Romains y sont agglutinés derrière une grille. Nous sommes bien loin du parc Astérix ou même des dessins de Uderzo » (2). Peu habitué à gérer un film aussi pharaonique malgré sa longue expérience, Claude Zidi tient bon, parvient même à maintenir le cap après que Depardieu, victime d’un grave accident de moto, soit immobilisé pendant 40 jours. Malgré tout, Astérix et Obélix contre César prend l’eau de toutes part et ne parvient à séduire totalement ni les amateurs de la BD originale, ni les fans de cinéma comique.

Un humour déjà daté

L’un des gros problèmes du film est sans doute sa difficulté manifeste à trouver le ton juste. Coincé entre les albums que tout le monde connaît, un casting « old school » qui génère un humour déjà daté et une volonté un peu vaine d’en mettre plein la vue, le film se perd sans trouver sa cohérence. Même les choix artistiques et techniques sont discutables. Demander à Jean-Jacques Goldman de composer la bande originale est une belle opération marketing mais n’apporte aucune plus-value réelle à l’atmosphère musicale du film. Surcharger le métrage d’effets spéciaux numériques sous prétexte que la technologie est encore innovante et donc sous le feu des projecteurs n’est pas vraiment justifié. « J’ai eu une petite frustration, car la plupart de mes cascades ont été remplacées par des effets numériques, et je trouve le résultat peu convaincant », nous raconte à ce propos le cascadeur Philippe Guéguan. « Ils pensaient que les images de synthèse seraient plus faciles à mettre en œuvre, et il faut avouer qu’elles étaient également un argument commercial. Car à l’époque la promotion d’un film à gros budget se faisait beaucoup autour de ses trucages. » (3) D’un point de vue commercial, Astérix et Obélix contre César reste une bonne affaire, remplissant allègrement les salles de cinéma. Mais la critique reste glaciale, les amateurs grincent des dents et les fans de la BD n’y trouvent pas leur compte. Il faudra attendre qu’Alain Chabat prenne la relève pour que tous ces avis dissonants s’accordent enfin.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1998

(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 1999

(3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004

 

© Gilles Penso

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TERRORVISION (1986)

Un monstre baveux venu d’une autre planète passe par les ondes télévisées pour dévorer les membres d’une famille américaine…

TERRORVISION

 

1986 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Diane Franklin, Chad Allen, Gerrit Graham, Mary Woronov, Jon Gries, Jennifer Richards, Alejandro Rey, Bert Remsen, Randi Brooks, Ian Patrick Williams

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I CINÉMA ET TÉLÉVISION I SAGA CHARLES BAND

Terrorvision est un film produit par Empire, la compagnie que dirigeait Charles Band avant sa faillite et la création de sa « petite sœur » Full Moon Pictures. Entreprise familiale s’il en est, le film est co-écrit par Charles et son père Albert Band et mis en musique par son frère Richard Band. À la réalisation, nous trouvons Ted Nicolaou, qui fit justement ses premières armes en dirigeant l’un des segments du film à sketches « maison » Le Maître du jeu et qui restera un fidèle collaborateur de Band, signant notamment les épisodes des franchises Subspecies et Dragonworld. Comme beaucoup de productions Empire, Terrorvision est tourné en studio en Italie. Les toutes premières images annoncent un film « cheap » et sympathique. Dans le cosmos lointain flotte une station spatiale (autrement dit une maquette constituée de plusieurs jouets assemblés entre eux, dont un modèle réduit de l’Enterprise de Star Trek). Nous sommes sur la planète Pluthon, où s’agite furtivement un extraterrestre humanoïde au visage reptilien. Bientôt, une boule lumineuse en dessin animé traverse l’espace jusqu’à la planète Terre. Le générique du film (une mauvaise chanson rock ultra-années 80 sur fond de parasites télévisés) nous fait comprendre que la finesse ne sera pas au rendez-vous. Cette impression est confirmée lorsqu’apparaissent les personnages principaux du film, autrement dit le père de famille idiot Stanley Putterman (Gerrit Graham, le « Beef » de Phantom of the Paradise), son épouse adepte de l’aérobic Raquel (Mary Woronov, la Calamity Jane de La Course à la mort de l’an 2000), leurs enfants caricaturaux (le fils Sherman se prend pour un militaire, la fille Suzy arbore une coupe de cheveux indescriptible et flirte avec un hard-rocker tête à claque) et le grand-père farfelu vétéran de la guerre (qui présente une troublante ressemblance physique avec Benny Hill).

Alors que Stanley vient d’installer non sans mal une nouvelle antenne télévisée dans le jardin et brandit fièrement une télécommande high-tech (une boîte en plastique avec des gros boutons), la lumière venue de l’espace frappe la parabole et les phénomènes étranges s’apprêtent à commencer. La soirée commence pourtant calmement : Stanley et son épouse vont chercher un couple d’amis, Suzy va retrouver son copain. Sherman et son grand-père en profitent pour paresser devant la télévision qui diffuse un programme présenté par Medusa (Jennifer Richards). Cette émule d’Elvira ou de Vampira, engoncée dans une tenue sexy et arborant une perruque faite de faux serpents en plastique, présente avec cynisme des films d’horreur et de science-fiction. Terrorvision en profite pour nous offrir quelques extraits de Tumak fils de la jungleRobot Monster, The Giant Claw ou Les soucoupes volantes attaquent. Mais la diffusion est interrompue par des interférences, et bientôt un monstre immonde et vorace se téléporte dans le salon, prêt à dévorer tout ce qui passe à sa portée…

Vorace et gluant

La créature en question est l’attraction majeure du film. Conçue par John Buechler (Ghoulies, Troll, Re-Animator), il s’agit d’une marionnette grandeur nature à la tête immense et à la gueule gigantesque garnie de dents acérées. Sa peau est visqueuse, ses yeux difformes, l’un de ses bras se termine en queue de scorpion, l’autre par un troisième œil protubérant. Bref, cette bête dégoulinante à souhait fait son petit effet et permet même de faire basculer le film à plusieurs reprises dans le gore cartoonesque et gluant. La même année, Buechler réalisait les effets spéciaux de From Beyond, dont nous retrouvons ici plusieurs composantes, sous un angle beaucoup plus burlesque. Mais entre les séquences répétitives où le monstre grogne et engloutit ses victimes humaines, il ne se passe pas grand-chose. Le potentiel vaudevillesque de la situation n’est pas vraiment traité, tous les acteurs surjouent en totale roue libre et chaque situation traîne désespérément en longueur. De plus, il est difficile de comprendre la cible visée par le film. Le côté bon enfant des scènes d’horreur et le jeune héros incarné par Chad Allen laissent imaginer que Terrorvision est destiné aux ados. Mais le film regorge d’allusions sexuelles (la soirée échangiste que préparent les parents, les peintures SM qui recouvrent tous les murs de la maison, le film porno diffusé sur le téléviseur, la fontaine qui expulse de l’eau par les seins d’une statue) qui contredisent cette impression première. Du coup le film passera inaperçu et n’aura droit qu’à une sortie très furtive sur les écrans, avant son exploitation en vidéo où il s’attirera un peu plus de suffrages.

 

© Gilles Penso

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HERCULE (2005)

Une relecture de la célèbre légende antique produite sous forme d’un long téléfilm qui prend beaucoup de libertés avec le mythe…

HERCULES

 

2005 – USA / GB

 

Réalisé par Roger Young

 

Avec Paul Telfer, Elizabeth Perkins, Timothy Dalton, Sean Astin, Kim Coates, Leelee Sobieski, Tyler Mane, Kristian Schmid

 

THEMA MYTHOLOGIE

Après le mièvre dessin animé estampillé Disney et la série digne de la foire d’empoigne produite par Sam Raimi, la compagnie Hallmark propose sa propre version du mythe d’Hercule, sous forme d’un long téléfilm prenant beaucoup de libertés avec la légende antique que nous connaissons. La plupart des personnages qui gravitent autour du récit d’Hercule sont pourtant à l’honneur, tandis qu’un slogan à la Robocop clame sur le poster du film : « moitié dieu, moitié homme, entièrement puissant ». Parmi les mortels, deux clans s’opposent farouchement : les adorateurs de Zeus et ceux de son épouse Héra. Cette dissension règne même au sein de couples comme Alcmène (Elizabeth Perkins) et Amphitryon (Timothy Dalton). Lorsque celle-ci est engrossée par le dieu des dieux, ayant pris l’apparence de son mari pour mieux la tromper, elle décide de tuer son bébé en le livrant à deux serpents. Mais Hercule – tel est son nom – les étrangle dans son berceau et révèle ainsi une force insoupçonnée. Celle-ci s’assortit d’un caractère brut de décoffrage. Vexé par les réprimandes de son professeur de musique Linus (Sean Satin), il le tue presque sous les yeux de son frère Iphiclès (Like Ford) et se retrouve banni de Thèbes, sans pour autant se départir de sa rudesse et de son arrogance. « Tu ne seras jamais un dieu ou un héros si tu ne commences pas par être un homme » le sermonne alors Chiron, son précepteur mi-homme mi-cheval. Mais Amphitryon, son père adoptif, croit en lui au point de lui déclarer : « tu as de la splendeur, le temps le révèlera ».

Au bout d’une heure de métrage, le fougueux adolescent se mue en jeune adulte bodybuildé (et imberbe) qui affronte enfin l’Hydre de Lerne. Hélas, le monstrueux dragon à sept têtes tant attendu (que Ray Harryhausen avait magnifiquement animé dans Jason et les Argonautes) prend ici corps sous forme d’images de synthèse d’une grande maladresse. Le scénario prend ensuite la liberté de réinterpréter les travaux d’Hercule à sa guise. De douze, ils passent à six, leur ordre s’avère tout à fait évasif et leur relecture assez surprenante.

Les six travaux d’Hercule

Ainsi les oiseaux du lac Stymphale deviennent-ils des harpies aux ailes métalliques, le lion de Némée un Sphinx capable de changer d’apparence, le taureau de Crète un brigand puisant sa force dans la terre (un recyclage du mythe d’Antée), les farouches amazones des femmes soumises qui se changent la nuit en juments anthropophages et la biche de Cérynie un cervidé en 3D absolument pas crédible. Quant au chien Cerbère annoncé pour un climax situé aux Enfers, il ne montre jamais un seul de ses trois museaux, à notre grande frustration. Les moyens mis en œuvre sont importants, la figuration imposante, les effets visuels nombreux (même s’ils sont souvent approximatifs) et l’intégration des complots politiques et des luttes de pouvoir au sein du récit fort louable. Mais le résultat reste très en deçà du potentiel initial. Qui osera enfin mêler la puissance d’un Gladiator, la brutalité d’un Conan le barbare, la féerie d’un Seigneur des anneaux et la folie d’un 300 pour nous offrir une adaptation à la hauteur du mythe d’Hercule ?

 

© Gilles Penso

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