BLOOD RED SKY (2021)

Le voyage d’un avion transatlantique détourné par des pirates de l’air se transforme en bain de sang lorsqu’une femme à bord révèle son terrible secret…

BLOOD RED SKY / TRANSATLANTIC 473

 

2021 – GB / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Peter Thorwarth

 

Avec Carl Anton Koch, Peri Baumeister, Kais Setti, Kai Ivo Baulitz, Graham McTavish, Roland Møller, Dominic Purcell, Alexander Scheer, Chidi Ajufo

 

THEMA VAMPIRES

Imaginez un Die Hard en plein vol dans lequel John McLane serait remplacé par une femme-vampire assoiffée de sang et vous aurez une petite idée du spectacle inédit proposé par ce film d’horreur venu tout droit d’Allemagne. Son réalisateur, Peter Thornwarth, est surtout connu à l’international pour avoir écrit le scénario de La Vague de Dennis Gansel et son adaptation sous forme de série télévisée. Le voilà ici à la tête d’un long-métrage particulièrement ambitieux qui séduit d’emblée par le soin apporté à sa mise en forme. Blood Red Sky commence sur les chapeaux de roue, avec l’atterrissage forcé d’un avion de ligne visiblement détourné par un terroriste. La situation à l’intérieur n’est pas très claire et les choses ne sont visiblement pas ce qu’elles semblent être de prime abord. Seul un enfant, Elias, parvient à s’échapper de l’avion. Sous le choc, il raconte aux autorités les événements survenus à bord. Le film se structure donc autour d’un long flash-back qui nous ramène plusieurs heures en arrière. Elias est alors à l’aéroport avec sa mère Nadja. Ils sont allemands et s’apprêtent à traverser l’Atlantique pour se rendre à New York où Nadja a rendez-vous avec un éminent médecin, seul capable de la soigner d’une maladie grave qui ressemble à une leucémie…

Blood Red Sky respecte avec soin l’adage d’Alfred Hitchcock selon lequel il vaut mieux partir d’un cliché qu’y arriver. Après un point de départ très intriguant, le film met en effet en place une mécanique familière héritée des films catastrophe des années 70. Quelques passagers et plusieurs membres d’équipage nous sont ainsi succinctement présentés. Il y a là le businessman macho et antipathique, le vieux couple acariâtre, le steward exagérément efféminé, les hôtesses et leurs histoires de cœur… Celle dont on ne sait presque rien et que l’intrigue suit pas à pas depuis pourtant une vingtaine de minute est Nadja, qui semble porter tout le poids du monde sur ses épaules. Bientôt s’insèrent au sein de ce grand flash-back d’autres retours dans un passé plus lointain, des souvenirs furtifs d’une vie heureuse et désinvolte qui vire au drame, expliquant le mal étrange qui frappe la jeune veuve. Lorsque la situation à bord dégénère, les masques tombent, les clichés volent en éclat et le film prend une tournure inattendue…

Les ailes de l’enfer

La mise en scène très soignée de Thorwarth, les séquences de suspense diablement efficaces qui ponctuent le récit, les multiples rebondissements et la violence radicale du film sont ses atouts majeurs. Avec son traitement résolument au premier degré, Blood Red Sky s’éloigne même considérablement de la tonalité volontiers plus récréative et référentielle des films d’horreur estampillés Netflix. Ici, aucun clin d’œil, aucun coup de coude, aucune blague ne viennent désamorcer la noirceur de l’intrigue, narrée comme un drame intimiste virant soudain au mixage entre le film d’action et le film d’horreur. Seul visage familier du casting, Dominic Purcell (Prison Break) campe un antagoniste glacial et charismatique. Mais il se fait voler la vedette par le « vrai » méchant du film, un psychopathe proprement terrifiant, et bien sûr par Peri Baumeister, dont la performance de femme désemparée se muant en prédateur redoutable est proprement hallucinante. Cette approche novatrice du vampirisme peut d’ailleurs s’appréhender comme une métaphore de l’instinct maternel capable de muer n’importe quel parent en bête féroce pour protéger son enfant. Ici, les vampires n’ont rien de gothique ou de romantique. Ce sont des malades dont les symptômes sont la perte progressive de leur humanité. Et si le design des créatures évoque celui de 30 jours de nuit, sans doute faut-il remonter aux sources pour saisir l’inspiration première de Blood Red Sky : le Nosferatu matriciel de Murnau. C’est donc à un véritable retour aux racines du mythe que nous convie Peter Thorwarth, dotant son héroïnes des mêmes attributs physiques que l’inoubliable comte Orlock.

 

© Gilles Penso


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ATOMIK CIRCUS (2004)

Vanessa Paradis, Jean-Pierre Marielle et Benoît Poelvoorde font face à une invasion de méduses géantes extra-terrestres…

ATOMIK CIRCUS

 

2004 – FRANCE

 

Réalisé par Didier et Thierry Poiraud

 

Avec Vanessa Paradis, Jason Flemyng, Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Marielle, Dominique Bettenfeld, Venantino Venantini

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Les frères Poiraud se sont d’abord fait remarquer par leurs courts-métrages déjantés, mélange d’animation en volume et de prises de vues réelles, marqués par l’influence de David Lynch, Sam Raimi et Tim Burton. Leur passage au long-métrage était attendu avec une curiosité mêlée de perplexité, les duettistes ayant souvent privilégié une forme originale aux dépens de scénarios un peu chaotiques. Or le même travers handicape Atomik Circus, qui démarre pourtant de fort prometteuse manière. Nous sommes à Skotkett City, une petite bourgade paysanne perdue dans des bayous qui pourraient tout aussi bien se situer en France profonde ou en Louisiane. Là des autochtones qui n’auraient guère dépareillé dans Délivrance préparent avec ardeur le festival de la tarte à la vache, dont le point culminant sera le micro-crochet récompensant la meilleure performance musicale. La jolie Concia (Vanessa Paradis) a toutes ses chances, d’autant qu’elle est soutenue par son père Bosco (Jean-Pierre Marielle), notable de la ville qui tient le bistrot où se déroulera cet événement. C’est dans cette ambiance étrange que débarque Allan Chiasse (Benoît Poelvoorde), impresario en panne de voiture obligé de faire halte dans ce trou perdu. Tombant sous le charme de Concia, il lui promet monts et merveilles. Les choses se corsent lorsqu’interviennent James Bataille (Jason Flemyng), le petit ami de Concia tout juste évadé de prison, et une armada de créatures extra-terrestres redoutables surgissant de leur monde parallèle suite au crash d’une météorite à deux pas de Skotlett City.

D’emblée, Atomik Circus se positionne comme un produit hybride à mi-chemin entre l’impertinente comédie à la française (comme en témoigne le choix des trois acteurs principaux) et la science-fiction rétro largement imbibée de culture pulp. On y trouve ainsi pêle-mêle les influences des romans futuristes des années 50 aux couvertures criardes, des bandes dessinées déjantées généreuses en aliens baveux et des serials des années 20 et 30. D’où un sous-titre fort évocateur : « le retour de James Bataille ». Mais le héros en question n’occupe qu’un rôle secondaire, comme si les remaniements du scénario avaient peu à peu recentré le film sur les têtes d’affiche susceptibles d’attirer les amateurs d’humour bien de chez nous.

La mayonnaise atomique

Poelvoorde, Marielle et Paradis nous offrent certes des prestations mémorables, agrémentées de dialogues souvent hilarants. Mais Atomik Circus ne sait jamais sur quel pied danser, se lâchant soudain en livrant sur les écrans des centaines de méduses extra-terrestres en 3D et des séquences gore à la Peter Jackson. « Ces dernières étaient quasiment improvisées », raconte le maquilleur spécial Jean-Christophe Spadaccini. « Nous sommes arrivés sur le plateau avec tout un stock de mannequins, de fausses têtes, de membres, de tentacules de faux sang, et nous nous sommes laissés aller sur place. Ce tournage était un véritable terrain de jeu. A la fin, nous étions tous rouges de la tête aux pieds ! » (1) Indépendamment, ces séquences fonctionnent comme autant de gags isolés, mais l’ensemble prend un tour indigeste regrettable. Quant au final, soutenu par une voix off incompréhensible, il atteint les sommets de l’absurde et de l’incohérence, empêchant définitivement la mayonnaise atomique de prendre.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2004

 

© Gilles Penso


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KANDISHA (2020)

Trois amies réveillent une créature ancestrale et maléfique qui s’emploie aussitôt à semer la mort autour d’elles

KANDISHA

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Alexandre Bustillo et Julien Maury

 

Avec Mériem Sarolie, Walid Afkir, Suzy Bemba, Bakary Diombera, Sandor Funtek, Félix Glaux-Delporto, Dylan Krief, Mathilde Lamusse, Nassim Lyes

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA BUSTILLO & MAURY

Et si une version féminine et nord-africaine du croquemitaine de Candyman s’installait dans les décors de La Haine pour déclencher un massacre en série sous les yeux de trois jeunes héroïnes désemparées ? Telle pourrait être l’accroche de Kandisha, le cinquième long-métrage de l’infatigable duo Alexandre Bustillo et Julien Maury. Après l’expérience frustrante d’une franchise hollywoodienne phagocytée par des producteurs peu enclins aux idées neuves, nos duettistes laissent Leatherface derrière eux et regagnent leurs pénates pour inscrire leur nouveau récit horrifique dans un cadre cette fois-ci typiquement français. Nous voici donc dans une banlieue qu’on imagine parisienne, au beau milieu d’une troupe turbulente et rafraîchissante de jeunes acteurs qui nous séduisent d’emblée par leur spontanéité, leur justesse et leur énergie. Loin des clichés habituellement associés aux banlieusards en jogging et capuche, Maury et Bustillo posent un regard tendre et bienveillant sur leurs personnages. Ils sont drôles, complices, à fleur de peau, un peu perdus, parfois agressifs… Mais surtout humains, avec tout ce que ça comporte de faiblesses et de failles. Kandisha dure à peine une heure et demie. Pour autant, le film prend son temps pour nous présenter ses protagonistes, leur cadre de vie, leur environnement et leurs problèmes personnels avant de déclencher le drame.

Le récit s’intéresse tout particulièrement à un trio de jeunes femmes dont la diversité d’origine semble avoir davantage noué les liens (un peu comme les trois héros de La Haine, pour revenir au classique de Matthieu Kassovitz qui, c’est vrai, nous revient parfois à l’esprit au cours du premier tiers de Kandisha). Il y a Amélie (Mathilde Lamusse), qui vit une relation conflictuelle avec son père et protège son petit frère sous les yeux un peu passifs d’une mère visiblement dépassée par les événements ; Bintou (Suzy Bemba), qui vient de s’installer dans une partie plus résidentielle du quartier avec son père ouvrier et supporte mal les quolibets de ses amies qui la traitent de « bourgeoise » ; et Morjana (Samarcande Saadi), qui vit avec son frère après la mort de leurs parents et travaille à l’hôpital pour gagner de quoi les faire vivre. Le décor est planté, l’intrigue peut avancer d’un cran. Un soir, alors que toutes trois se retrouvent comme souvent pour recouvrir de graffitis des murs déjà saturés de dessins, Morjana évoque la légende d’Aïsha Kandisha, un esprit féminin et vengeur qui survient lorsqu’on l’invoque. S’ensuivent les éclats de rires et les boutades. Personne ne prend bien sûr cette histoire au sérieux. Mais lorsqu’Amélie est violemment agressée par son ex-petit ami Farid qui manque de la violer, elle rentre chez elle traumatisée et, dans un élan de fureur, appelle de ses prières la venue d’Aïsha Kandisha. Le bain de sang ne saura tarder…

Aïsha, écoute-moi !

La légende urbaine que convoque le film s’appuie sur un mythe folklorique marocain bien réel, celui d’une jeune femme d’une grande beauté qui aurait lié son esprit vengeur à un Djinn malfaisant après avoir été torturée et tuée pendant la colonisation portugaise du 18ème siècle… C’est donc une sorte d’équivalent nord-africain de la fée Carabosse ou de la Dame Blanche. Si Kandisha évoque Candyman (le film de Bernard Rose est évoqué sans être cité et plusieurs motifs visuels et narratifs s’y réfèrent ouvertement, sans compter l’homonymie des deux premières syllabes), Maury et Bustillo s’éloignent de cette influence assumée pour bâtir leur propre mythologie avec une minutie d’orfèvre. La mise en scène est ciselée, la photographie de Simon Roca somptueuse, la musique de Raf Keunen envoûtante et le montage de l’indéboulonnable Baxter d’une redoutable efficacité. Quant à ce croquemitaine féminin inédit, il est à géométrie variable, passant de la mystérieuse silhouette voilée à la belle ogresse au regard noir en passant par des formes hybrides et surdimensionnées beaucoup plus inquiétantes. Comme toujours chez Bustillo et Maury, les mises à mort sont brutales, douloureuses et sanglantes, s’appuyant sur les effets spéciaux toujours impeccables de l’atelier CLSFX d’Olivier Afonso. Une très belle surprise, donc, présentée en avant-première au Festival du Film Fantastique de Sitges en octobre 2020 avant une sortie mondiale en VOD en été 2021. Entre-temps, les deux réalisateurs auront eu le temps de se lancer dans l’aventure The Deep House.

 

© Gilles Penso

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INTRUSION (1999)

Johnny Depp incarne un astronaute revenu changé d’une mission spatiale, ce qui trouble fortement son épouse interprétée par Charlize Theron

THE ASTRONAUT’S WIFE

 

1999 – USA

 

Réalisé par Rand Ravich

 

Avec Johnny Depp, Charlize Theron, Joe Morton, Clea DuVall, Nick Cassavetes, Donna Murphy, Samantha Eggar, Gary Grubbs

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Pour son premier long-métrage, Rand Ravich est parvenu à réunir deux têtes d’affiche en pleine gloire ascendante : Johnny Depp (à peine échappé de Las Vegas Parano, Donnie Brasco et La Neuvième porte) et Charlize Theron (révélée dans L’Associé du diable, Celebrity et Mon ami Joe). Tous deux interprètent Spencer et Jillian Armacost, un jeune couple heureux qui vit à Washington. Jillian est institutrice et Spencer astronaute, son blouson, ses lunettes noires et sa désinvolture évoquant tour à tour le Tom Cruise de Top Gun et le Dennis Quaid de L’Etoffe des héros. Au cours d’une mission spatiale de routine, Spencer et son collègue Alex Streck sont frappés par une explosion d’origine inconnue. Pendant deux minutes, le contact entre leur navette et la NASA est brutalement interrompu. Les deux hommes rentrent sains et saufs sur Terre, et sont accueillis en héros par les États-Unis.

Mais peu après, Streck meurt dans d’étranges circonstances et son épouse se suicide quelques jours plus tard. Ébranlée par ce double trépas, Jillian accepte de suivre Spencer à New York, où celui-ci a accepté un poste d’ingénieur astronautique. Peu à peu, des détails insolites vont conduire la jeune femme vers un doute croissant : son mari semble avoir changé depuis son retour sur Terre. Sa personnalité, son comportement, son caractère. Tout porte à croire qu’il n’est plus le même. L’inquiétude de Jillian monte d’un cran lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte de son époux, et lorsqu’un ancien employé de la NASA tente d’entrer en contact avec elle pour lui faire d’étonnantes révélations… Plus l’intrigue progresse, plus il semble évident que nous sommes en présence d’une possession extra-terrestre insidieuse, de type « body snatcher ». À moins que tout ceci ne soit une affabulation due à la paranoïa de la jeune héroïne.

Sous l’influence de Polanski

Ce parti pris narratif évoque bien plus Rosemary’s Baby que L’Invasion des profanateurs de sépultures auquel le récit pourrait à priori faire penser. Et les points communs entre le film de Randy Ravich et celui de Roman Polanski sont légion : la sauvagerie avec laquelle l’époux fait l’amour avec sa femme à peine consentante, le doute entretenu sur la nature humaine du fœtus, la disparition mystérieuse du témoin prêt à divulguer des informations cruciales… Même la coupe de cheveux de Charlize Theron ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de Mia Farrow. Hélas, nous sommes ici à mille lieues du diabolique chef d’œuvre de Polanski, malgré l’indéniable savoir-faire de Ravich, dont la mise en scène virtuose pare certaines séquences d’un caractère fort angoissant. C’est ici le scénario qui est en cause, incapable de se développer correctement malgré un point de départ pour le moins intriguant. L’intrigue s’essouffle donc progressivement et l’intérêt se relâche, d’autant que le dénouement déçoit par son manque de réalisme et de crédibilité. Les comédiens eux-mêmes assurent le service minimum, Charlize Theron s’efforçant de réitérer sa performance dans L’Associé du diable et Johnny Depp jouant sans panache un antagoniste moyennement crédible. Intrusion passa donc inaperçu et sombra peu à peu dans l’oubli malgré son casting prestigieux.

 

© Gilles Penso


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LE CORPS ET LE FOUET (1963)

Christopher Lee incarne un homme violent et malsain qui semble revenu d’entre les morts après son assassinat…

LA FRUSTA E IL CORPO

 

1963 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Mario Bava

 

Avec Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Ida Galli, Harriet Medin, Gustavo de Nardo, Luciano Pigozzi

 

THEMA FANTÔMES

Pendant les années soixante, Christopher Lee enchaîne les films d’épouvante italiens avec une boulimie qu’explique probablement sa longue traversée du désert en début de carrière. Désormais très sollicité, il ne refuse quasiment aucune proposition et provoque des frissons sur tous les plateaux transalpins qui le réclament. En 1963, Lee retrouve ainsi le réalisateur Mario Bava. Ce dernier avait déjà dirigé le coméfdien britannique dans Hercule contre les vampires, mais il n’avait exploité que sa présence physique en lui confiant le rôle du félon Lico. Le cinéaste italien comprit rapidement que le registre de Lee était beaucoup plus riche, ce qu’il prouva dans Le Corps et le fouet. Lee y trouve l’un de ses rôles les plus troublants, celui du cruel Kurt Menliff, de retour au château familial en plein 19ème siècle. Lorsque la nouvelle épouse de son frère repousse ses avances, il la suit jusque sur la plage et la fouette jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Plus tard, Kurt est retrouvé éventré par un poignard, mort comme la fille de la servante qui se suicida jadis de chagrin à cause de lui. D’autres meurtres s’ensuivent, et la famille finit par se persuader que le mauvais fils est sorti du tombeau…

Le Corps et le fouet est probablement l’un des films les plus somptueux et les plus équivoques de Mario Bava. Si le rythme se fait parfois languissant, surtout dans sa dernière partie, la poésie et la beauté, en revanche, ne défaillent jamais et nimbent en permanence le film d’une aura toute particulière, à travers ses décors magnifiques (en particulier cet impressionnant château médiéval surplombant la plage), sa photographie extrêmement soignée et sa partition musicale très envoûtante, conçue surtout à partir de variantes sur une sonate pour piano. Christopher Lee forme avec la toute belle Daliah Lavi un couple maudit mémorable, dont les relations pour le moins morbides et ambiguës oscillent constamment entre la haine et l’amour, le plaisir et la douleur. A ce titre, la scène de la plage, qui donne au titre tout son sens, s’avère des plus perturbantes.

Les amants maudits

De nombreuses facéties visuelles (apparitions et disparitions de Kurt derrière une fenêtre, main crispée s’approchant de l’héroïne terrorisée, bottes souillées de tourbe égrainant le sol d’empreintes boueuses) évoquent le diptyque L’Effroyable secret du professeur Hichcock et Le Spectre du professeur Hichcock, réalisé pendant la même période par Riccardo Freda. Le dénouement du film de Bava, en forme de coup de théâtre et de révélation finale, clôt Le Corps et le fouet en beauté, alors que les flammes envahissent peu à peu le tombeau de Kurt, fils renié, frère maudit et amant fatal. Christopher Lee joua son rôle en italien mais n’était pas disponible pour se doubler lorsque fut réalisée la version anglaise du film. C’est donc Dan Sturkie qui lui prête sa voix, d’où le trouble que peivent ressentir les spectateurs anglophones habitués au timbre si spécifique de Lee. Pour l’anecdote, la plupart des membres de l’équipe du film furent sommés d’utiliser un pseudonyme pour faire croire que Le Corps et le fouet était une production anglo-saxonne. C’est ainsi que Mario Bava devint John Old, un pseudonyme qu’il réutilisa souvent par la suite.

 

© Gilles Penso


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TARZAN L’HOMME-SINGE (1981)

Cette relecture des aventures du héros sauvage d’Edgar Rice Burroughs a pour objectif principal la mise en valeur de la plastique de Bo Derek

TARZAN THE APE MAN

 

1981 – USA

 

Réalisé par John Derek

 

Avec Richard Harris, Bo Derek, John Philip Law, Miles O’Keefe, Akushula Selayah, Steve Strong, Maxime Philoe, Leonard Bailey

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I THEMA TARZAN

Dès que le logo de la MGM apparaît et que le traditionnel rugissement du lion est remplacé par le cri de Tarzan, on se doute que cette nouvelle version de Tarzan ne va pas faire dans la finesse. Nous sommes en 1910. A la mort de sa mère, Jane Parker décide de retrouver son père en Afrique, où il s’apprête à partir en quête du fameux cimetière des éléphants. Sous les traits de Richard Harris, Parker est ici un explorateur fou, une espèce de variante caricaturale du Marlon Brando d’Apocalypse Now. Quand on le découvre pour la première fois, il dort sous une tente de fortune, un cabot ébouriffé dans les bras, une indigène alanguie à ses côtés. Puis il s’agite, hurle des jurons, chante pour calmer les éléphants, et surtout joue en roue libre sous la direction d’un John Derek visiblement occupé ailleurs. Car le cinéaste semble surtout intéressé par la mise en valeur des appâts généreux de sa compagne et comédienne principale. Et si Jane Parker lâche quelques répliques pseudo féministes en début de film (« je ne hais pas les hommes, mais je les envie, car j’estime avoir les mêmes droits qu’eux »), c’est pour mieux se prêter l’instant d’après au rôle de la femme-objet. Témoin cette scène d’une superbe gratuité où elle s’ébat totalement nue dans les vagues d’une mer intérieure, plus proche d’une couverture de Playboy que d’un roman d’Edgar Rice Burroughs.

Bientôt surgit sur la plage un lion menaçant, aux accents d’une partition empruntée aux Dents de la mer, avant que n’intervienne enfin Tarzan, autrement dit le débutant Miles O’Keefe, dont le visage d’adolescent affublé d’un bandeau de tennisman s’assortit bizarrement avec un corps de bodybuilder digne d’Arnold Schwarzenegger. La seconde scène de sauvetage, où l’homme-singe arrache Jane des anneaux visqueux d’un anaconda, est sabotée par une surabondance de ralentis et de fondus enchaînés à la fois hideux et interminables. Lorsque Tarzan, épuisé par son combat, s’écroule aux pieds de l’ingénue, celle-ci déclare, le regard coquin, « je n’ai jamais touché d’homme », puis laisse sa main se promener non loin de l’entrejambe de son sauveur ! « Je suis toujours vierge » répètera-t-elle plus tard en mangeant langoureusement une banane devant un Tarzan inexpressif qui finit par se montrer entreprenant et explore bientôt la poitrine de Jane d’une main fébrile.

Jane a la banane

Bo Derek finira le film topless, capturée par des indigènes, longuement savonnée et frictionnée par des autochtones attentionnées, puis enduite de peinture blanche ! Si O’Keefe ne prononce pas un seul mot (même ses cris sont empruntés à Johnny Weissmuller), il eut peut-être mieux valu que la blonde comédienne en fasse autant plutôt que déclamer des répliques tellement stupides qu’elles feraient presque passer celles de Jessica Lange dans King Kong pour du Shakespeare. Et que dire du pauvre John Philip Law, dans le rôle d’un Harry Holt parfaitement inutile ? Bref, à part sa tendance à émoustiller le spectateur mâle friand d’érotisme exotique, le Tarzan des époux Derek vaut surtout pour son humour involontaire, ce que confirme un générique de fin hors concours où Tarzan, Jane et Cheeta semblent s’exercer pour une partie de jambes en l’air à trois !

 

© Gilles Penso

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BORROWER, LE VOLEUR DE TÊTES (1991)

Un extra-terrestre banni de sa planète est contraint de se réfugier sur Terre sous une forme humaine en changeant régulièrement de tête…

THE BORROWER

 

1991 – USA

 

Réalisé par John McNaughton

 

Avec Rae Dawn Chong, Don Gordon, Tom Towles, Antonio Fargas, Neil Giuntoli, Larry Pennell, Pam Gordon

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Après le psycho-killer glacial et hyperréaliste Henry, Portrait d’un Serial Killer, John McNaughton plonge de plain-pied dans la science-fiction pure matinée d’horreur et d’humour noir, avec un postulat qui repose grosso-modo sur le même principe que Hidden. Banni de sa planète, un extra-terrestre est obligé de purger une peine sur Terre sous une forme humaine au métabolisme capricieux. Il est en effet contraint de changer régulièrement de tête, car celles-ci, comme des greffes ratées, finissent toutes invariablement par exploser douloureusement. « Votre ingénuité vous aidera à survivre » lui déclarent sévèrement les instances supérieures. Notre exilé commence par « emprunter » la tête d’un braconnier, passe à celle d’un clochard puis d’un médecin. Fatalement, l’alien accumule sur sa route les cadavres décapités dont il en profite pour manger les entrailles. Diana Pierce, une femme flic, est chargée de l’enquête.

La différence majeure entre le principe d’Hidden et celui de Borrower provient des décapitations successives nécessaires à la survie de cet improbable criminel d’outre-espace. D’où un certain nombre de scènes gores joliment mises en scène, avec notamment des transformations surprenantes à base de bladders. Avec ce visiteur d’un autre monde aux allures d’insecte géant qui se retrouve condamné à voler les têtes des humains ou cet OVNI qui traverse le ciel nocturne en rase-campagne, autant dire que le réalisateur s’écarte beaucoup de l’ambiance intimiste de son premier film. Pourtant, certaines scènes étonnent quelque peu par leur réalisme froid, en rupture avec le postulat résolument fantaisiste. Il s’agit en particulier de la captation des bas quartiers de la ville, filmés souvent en pleine rue avec des passants devenus figurants malgré eux, ainsi que l’adoption du point de vue des sans-abris, des ivrognes et des miséreux, des personnages rarement mis en avant dans ce genre de récit.

Tête à tête

On note au passage la prestation hallucinante d’Antonio Fargas (« Huggy les bons tuyaux » chez Starsky et Hutch), un clochard devenu à son tour victime de l’alien. L’intrigue prend vite des allures policières, les déambulations du voleur de tête étant narrées parallèlement à l’enquête d’un duo de policiers sur les meurtres et les décapitations en série. Ce duo est interprété avec beaucoup de conviction par Rae Dawn Chong et Don Gordon. Dans l’une de ses ultimes métamorphoses, l’E.T. se mue carrément en homme à tête de chien (nous avions eu droit au contraire dans L’Invasion des profanateurs). Les méfaits d’un tueur en série humain sont greffés à l’intrigue, mais il ne s’agit en fait que d’un prétexte scénaristique pour offrir aux spectateurs un petit rebondissement final assez incongru. Victime de nombreux problèmes de production et d’un manque cruel de financement, The Borrower faillit s’interrompre plus d’une fois, et ne fut finalement exploité que trois ans après les premiers tours de manivelle. John McNaughton accèdera ensuite à des budgets plus décents, notamment via des films tels que Mad Dog and Glory ou Sexcrimes, puis se spécialisera dans la série TV policière (Homicide, Lansky, FBI porté disparu).

 

© Gilles Penso

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BIG (1988)

Un enfant de treize ans rêve d’être plus grand, ignorant que son vœu va être exaucé d’une manière très particulière…

BIG

 

1988 – USA

 

Réalisé par Penny Marshall

 

Avec Tom Hanks, Elizabeth Perkins, Robert Loggia, John Heard, Jared Rushton, David Moscow, John Lovitz

 

THEMA ENFANTS I CONTES

C’est Anne Spielberg (auteur de la comédie de science-fiction Timewarp) et Gary Ross (futur réalisateur de Pleasantville) qui sont à l’origine de Big. Leur scénario, écrit en 1984, séduit immédiatement les studios hollywoodiens. Steven Spielberg est pressenti pour réaliser le film, mais il craint de faire de l’ombre à sa sœur et juge qu’un seul Spielberg au générique est amplement suffisant. Du reste, la naissance de son fils Max lui fait définitivement renoncer au projet. Le projet évolue donc et des dizaines d’acteurs sont pressentis dans le rôle principal de cet enfant qui se retrouve du jour au lendemain dans un corps d’adulte. De Harrison Ford à Robert de Niro en passant par John Travolta, Dennis Quaid, Bill Murray, Michael Keaton, Robin Williams et Steve Guttenberg, on ne compte plus les grands noms qui se bousculent au portillon. Mais aujourd’hui, comment imaginer quelqu’un d’autre que Tom Hanks en tête d’affiche de Big ? Révélé dans Splash, le futur acteur fétiche de Steven Spielberg (tiens, comme par hasard !) embrasse ce rôle avec tant de conviction qu’il ne semble pas exagéré d’attribuer à sa prestation une grande partie du succès du film. La mise en scène échoit finalement à Penny Matshall, qui n’avait alors dirigé qu’un seul long-métrage, Jumpin’ Jack Flash, et allait retrouver Hanks quatre ans plus tard à l’occasion d’Une équipe hors du commun. On note que la photographie de Big est signée Barry Sonnenfeld, chef opérateur de talent (Quand Harry rencontre Sally, Miller’s Crossing, Misery) et futur réalisateur à succès (La Famille Addams, Get Shorty, Men in Black).

Big raconte donc l’histoire du petit Josh Baskin (David Moscow), qui vit avec ses parents et sa petite sœur dans le New Jersey. Il fait les quatre cents coups avec son ami Billy (Jared Rushton) et rêve d’impressionner la jolie Cynthia (Kimberlee M. Davis). Un jour, dans une fête foraine où il s’est fait refuser l’entrée d’un manège à cause de sa petite taille, Josh découvre une machine à lire la bonne aventure appelée Zoltar. Face au visage un brin inquiétant d’une sorte de diable qui grimace derrière la vitrine, il formule le vœu d’être grand. Aussitôt, une petite carte sort de la machine et lui annonce que son vœu a été exaucé. Or Josh découvre que la machine est débranchée. Surpris par ce prodige, il le sera beaucoup plus le lendemain matin en se réveillant dans le corps d’un adulte de trente ans !

Little Big Man

Big est l’un de ces films en état de grâce dont l’alchimie de talents combinés produit un véritable miracle. Le scénario de Ross et Spielberg est d’une minutie remarquable. La mise en scène de Marshall est tellement millimétrée qu’elle en devient imperceptible. Quant à Hanks, il réalise le prodige de nous faire croire à l’incroyable. Il lui suffit d’un seul coup d’œil dans le miroir face à sa soudaine transformation, d’abord pouffant de rire puis écarquillant des yeux éberlués, pour suspendre aussitôt l’incrédulité des spectateurs. Nous y croyons parce que ce grand corps dégingandé semble vraiment appartenir à un enfant de treize ans ayant grandi beaucoup trop vite. Pour guider le comédien dans son jeu, la réalisatrice a l’excellente idée de demander au garçon qui interprète son personnage au début du film (David Moscow) de jouer d’abord toutes les scènes lui-même. Hanks se lance alors dans un exercice de mimétisme, réadapte à sa sauce les mimiques et les gestuelles de l’enfant et livre l’une de ses prestations les plus étonnantes. Au-delà du rire provoqué naturellement par cette situation insolite, l’émotion change de tonalité lorsque Josh, seul dans une chambre d’hôtel sinistre de New York, pleure dans son lit parce qu’il a peur et que sa mère lui manque. L’espace de quelques minutes, ce grand dadais ne nous amuse plus, il nous touche. Cette satire sans concession du cynisme adulte, doublée d’un vif plaidoyer pour conserver son âme d’enfant (visiblement le leitmotiv de la famille Spielberg), est gorgée de séquences irrésistibles, de l’improbable réunion marketing autour d’un nouveau robot Transformer à la nuit romantique qui se transforme en concours de trampoline en passant par ce moment culte où Tom Hanks et Robbert Loggia dansent sur les touches d’un piano géant. Nommé aux Oscars pour son scénario et son acteur principal, Big est un colossal succès critique et public qui assoit définitivement le statut de star de Tom Hanks.

 

© Gilles Penso

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HARD CANDY (2006)

Pour son premier long-métrage, David Slade entraîne Ellen Page et Patrick Wilson dans une vénéneuse descente aux enfers…

HARD CANDY

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Slade

 

Avec Ellen Page, Patrick Wilson, Sandra Oh, Gilbert John, Odessa Rae, Cori Bright, Erin Kraft

 

THEMA ENFANTS

En l’espace de quelques films marquants (le classique Misery, le controversé La Jeune fille et la mort ou le peu connu Ça peut vous arriver demain), le motif de l’homme captif d’une geôlière féminine s’étant octroyé le rôle de juge et de bourreau s’est quasiment imposé comme un sous-genre du cinéma, à mi-chemin entre le thriller, le drame psychologique et l’horreur. Hard Candy s’inscrit de plain-pied dans cette lignée et fut inspiré à son producteur David Higgins par une série de faits divers survenus au Japon. Plusieurs jeunes filles y donnaient rendez-vous à des hommes plus âgés qu’elles, après avoir lié connaissance sur Internet, et leur tendaient un traquenard pour les agresser avec un groupe d’amis à elles. Resserrant l’intrigue sur une seule adolescente et localisant l’action aux États-Unis, Higgins décide de confier le film à deux hommes faisant là leurs premiers pas sur le grand écran : le scénariste Brian Nelson (auteur de plusieurs épisodes de Loïs et Clark) et le réalisateur David Slade (spécialiste jusqu’alors des spots de pub et des vidéoclips).

Lorsque Hard Candy commence, Hayley, une gamine de 14 ans, et Jeff, un photographe trentenaire, se retrouvent dans un café après avoir entamé une relation sur le Web. Un petit jeu de séduction s’entame aussitôt, et Hayley finit par suggérer de poursuivre leur rencontre chez lui, loin des regards curieux. La simplicité de l’argument de départ, la justesse des comédiens et la sobriété de la mise en scène emportent immédiatement l’adhésion. En quelques minutes, un climat malsain s’installe ainsi de manière feutrée, presque polie. La symbolique du petit chaperon rouge se jetant sans méfiance dans la gueule du grand méchant loup est pleinement assumée par une affiche métaphorique et par le survêtement à capuche écarlate qu’endosse Hayley, mais bien vite Charles Perrault et les frères Grimm cèdent le pas à une réalité brute et sans concession qui ne fait qu’accroître le malaise.

Dans la gueule du loup

Alors que l’adulte et l’adolescente s’enivrent quelque peu, jouent au photographe et au mannequin, et que la situation est sur le point de déraper, Jeff sombre soudain dans l’inconscience. Lorsqu’il revient à lui, ligoté, il comprend qu’il a été drogué. Hayley troque la naïveté ingénue contre une froideur clinique. Elle est persuadée de ne pas être la première adolescente à tomber entre les griffes de Jeff après une rencontre sur Internet, et l’accuse d’avoir violé et assassiné la jeune Donna Mauer, disparue sans laisser de trace. Le photographe, abasourdi, nie en bloc et demande à être libéré sur le champ. Mais Hayley a d’autres projets. Une encyclopédie médicale dans une main, un bistouri dans l’autre, elle souhaite castrer Jeff pour qu’il cesse définitivement de représenter une menace. Et rien ne semble pouvoir lui faire changer d’avis. Tandis que la tension monte inexorablement et que l’angoisse va crescendo, le manichéisme se trouble peu à peu. Jeff est-il vraiment un pédophile ? Hayley est-elle une psychopathe ? Le bien et le mal sont-ils clairement identifiables ? Évidemment, aucune réponse définitive ne sera donnée au spectateur, laissé seul juge de ce procès hors du commun s’achevant d’une manière particulièrement éprouvante.

 

© Gilles Penso


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SPY KIDS 2 : ESPIONS EN HERBE (2002)

Robert Rodriguez envoie ses agents secrets en culottes courtes sur une île peuplée de créatures hybrides et monstrueuses

SPY KIDS 2 : THE ISLAND OF LOST DREAMS

 

2002 – USA

 

Réalisé par Robert Rodriguez

 

Avec Antonio Banderas, Carla Gugino, Alexa Vega, Daryl Sabara, Steve Buscemi, Bill Paxton, Mike Judge, Danny Trejo

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA SPY KIDS

Fort du succès de son énergique Spy Kids, Robert Rodriguez enfonce le clou avec cette suite décuplant effets spéciaux, action spectaculaire, gadgets science-fictionnels et monstres en tous genres. Depuis le film précédent, les « Spy Kids » sont devenus une branche à part entière des services secrets, et Carmen et Juni Cortez en sont les membres les plus réputés. Mais deux autres espions en herbe, Gary et Gerti Giggles, viennent un peu marcher sur leurs plates-bandes, et leur volent la vedette lors d’une opération de sauvetage de la fille du Président. Rétrogradés, nos deux héros piratent le serveur informatique de l’OSS et partent en mission sur une île inconnue, à la recherche d’une machine capable de détruire tous les systèmes électroniques de la planète. Visiblement satisfait de ses expérimentations en matière d’images de synthèse sur Spy Kids premier du nom, Rodriguez se lâche carrément sur ce deuxième épisode, où la 3D fuse dans tous les sens, malgré un budget à peine revu à la hausse (tout juste cinq millions de dollars de plus que le premier Spy Kids).

Supervisés par Rodriguez lui-même, ainsi que par Dale Carman (la série G.I. Joe), Brad Kuehn (Spider-Man), Daniel Leduc (Battlefield Earth) et Brandon Oldenburg (The Keyman), les effets numériques permettent notamment de visualiser les attractions hystériques d’un parc à thème dirigé par un cow-boy qu’interprète avec enthousiasme Bill Paxton (le parc en question s’appelle d’ailleurs « Troublemaker », nom de la compagnie de production de Rodriguez). La 3D donne également corps aux véhicules volants et sous-marins des espions de tous âges qui s’agitent dans le film, ainsi qu’à toutes sortes de monstres hybrides, œuvres d’un savant fou nommé Romero (hommage au grand George ?) et savoureusement incarné par Steve Buscemi. « Nous sommes des enfants, pas des monstres », s’écrie Carmen lorsqu’elle est confrontée à Romero, lequel se contente de rétorquer le plus sérieusement du monde « Quelle est la différence ? ».

L’île du docteur Romero

Car le brave homme considère les êtres contre-nature issus de son laboratoire comme sa tendre progéniture.  « L’île des rêves perdus » qui donne son poétique sous-titre au film abrite ainsi une faune hétéroclite conçue comme un hommage direct aux films de Ray Harryhausen. On y trouve pèle mêle un dragon marin géant et bicéphale, des cochons aux ailes de pélicans, des poissons marcheurs et surtout un gorille-araignée et un crocodile-serpent qui se lancent dans un pugilat spectaculaire qu’on croirait issu de King Kong ou du 7ème voyage de Sinbad. Et puis, référence ultime, il y a ces squelettes armés de sabres qui attaquent nos jeunes héros, exactement comme dans Jason et les Argonautes. A ce titre, on ne peut qu’admirer le charme rétro des images de synthèse qui imitent avec soin le style de l’animation image par image des âges héroïques. Ainsi, non content d’avoir créé avec ses Spy Kids une véritable franchise propre à se décliner sous plusieurs formes, Robert Rodriguez donne un nouveau souffle et un véritable coup de jeune au cinéma d’aventure pour enfants.

 

© Gilles Penso


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