A CLASSIC HORROR STORY (2021)

Cinq personnes qui voyagent en covoiturage dans un minibus sont victime d’un accident et se retrouvent isolés en pleine forêt…

A CLASSIC HORROR STORY

 

2021 – ITALIE

 

Réalisé par Roberto De Feo et Paolo Strippoli

 

Avec Matilda Lutz, Will Merrick, Yuliia Sobol, Justin Korovkin, Peppino Mazzotta, Cristina Donadio, Francesco Russo, Alida Baldari

 

THEMA TUEURS

A Classic Horror Story est le premier long-métrage de Paolo Strippoli, signataire jusqu’alors d’une demi-douzaine de films courts. Roberto De Feo, son coréalisateur, n’en est quant à lui pas à son coup d’essai puisqu’il dirigea le thriller Ice Scream et le huis-clos flirtant avec l’épouvante Le Domaine. Comme le laisse imaginer le titre de cette œuvre commune, A Classic Horror Story est un film d’horreur qui discourt sur lui-même et sur les codes du genre. De fait, la situation de départ exhale de forts relents de déjà-vu. Cinq personnes qui ne se connaissent pas s’embarquent ensemble dans un minibus pour partager les frais d’un voyage qui les mènera en Calabre. Cette petite virée en covoiturage est constituée du chauffeur Fabrizio (Francesco Russo), de la jeune femme solitaire Elisa (Matilda Lutz), du couple extraverti Sofia et Mark (Yuliia Sobol et Will Merrick) et du médecin Riccardo (Peppino Mazzotta). Certains d’entre eux semblent trimballer quelques bagages émotionnels intimes, mais l’ambiance est plutôt bonne… jusqu’à ce qu’un cadavre de chèvre sur l’asphalte ne provoque une embardée violente du minibus qui percute violemment un arbre. Et c’est le black-out.

Au moment du réveil après le choc, la déstabilisation frappe nos cinq compagnons de voyage de manière collégiale. Car s’ils se retrouvent toujours dans leur véhicule, c’est au beau milieu d’une forêt très dense et visiblement à des kilomètres de la route. Comment ont-ils pu atterrir là ? Les seuls signes de vie alentour sont une vieille maison rustique garnie de trophées de chasse et de photos bizarres, ainsi que des totems inquiétants dans les bois qui laissent imaginer une sorte de culte diabolique ancestral. L’extrême classicisme de la situation est bien sûr assumé d’emblée, notamment à travers les dialogues de Fabrizio qui déclare à ses comparses : « On percute un arbre à côté de la route et on se retrouve devant la maison de Sam Raimi, avec des têtes coupées et des photos de fermiers fous. On est loin de tout. Nos portables ne marchent pas. Personne ne veut le dire, mais c’est le film d’horreur classique. » La complicité des spectateurs est donc sollicitée de manière très explicite.

Tout s’explique

Intrigués, nous attendons donc patiemment que le film finisse par bifurquer hors des sentiers battus pour révéler sa nature véritable. Mais cette évacuation des lieux communs tarde à venir. A Classic Horror Story parvient malgré tout à conserver notre attention grâce à sa mise en forme soignée – une très belle photographie désaturée d’Emanuele Pasquet, une bande originale oppressante de Massimiliano Mechelli -, à sa capacité probante à bâtir une atmosphère anxiogène qui va crescendo, et à ses brèves mais fulgurantes incursions dans l’horreur pure. Il n’empêche que toute cette patine cosmétique, si soignée soit-elle, ne compense pas les lacunes d’un scénario qui peine à se déployer avec plénitude. Nous découvrons donc les abominations d’un culte religieux païen incompréhensible, quelque part à mi-chemin entre Wicker Man et Midsommar, en misant tous nos espoirs sur le twist qui expliquera tout. Ce dernier survient comme prévu au cours du dernier acte et permet de remettre tout en perspective sous un angle inattendu. L’effet de surprise fait mouche, même si cette révélation comporte son lot d’invraisemblances pour qui se prête à une relecture minutieuse des événements précédents. L’exercice n’est donc qu’à moitié convaincant, le postmodernisme n’étant visiblement pas la clé d’un renouveau digne de ce nom du cinéma d’horreur italien. Mario Bava et Dario Argento n’ont donc pas encore trouvé leurs successeurs, loin s’en faut.

 

© Gilles Penso

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BUNNY LAKE A DISPARU (1965)

Otto Preminger concocte une enquête policière insolite qui bascule progressivement dans le cauchemar…

BUNNY LAKE IS MISSING

 

1965 – GB

 

Réalisé par Otto Preminger

 

Avec Laurence Olivier, Carol Lynley, Keir Dullea, Martita Hunt, Anna Massey, Clive Revill, Lucie Mannheim, Finlay Currie

 

THEMA ENFANTS

Adapté du roman homonyme écrit par Evelyn Piper, Bunny Lake a disparu s’ouvre sur un générique de Saul Bass assez troublant dans la mesure où la musique de Paul Glass, plutôt enjouée, accompagne le gros plan d’une main déchirant l’écran pour laisser apparaître la liste des noms et le titre. Puis nous faisons connaissance avec l’Américaine Ann Lake (Carol Lynley), qui inscrit sa petite fille de quatre ans Bunny dans une école maternelle en Angleterre. Lorsqu’elle revient la chercher, l’enfant n’est pas là, et personne ne l’a vue ou n’a entendu parler d’elle. Avec son frère (Keir Dullea), elle commence à enquêter et s’inquiète rapidement. L’inspecteur Newhouse (Laurence Olivier), chargé de l’affaire, épuise une à une toutes les possibilités, et finit par douter de l’existence même de Bunny. D’autant que, aux dires du frère, la jeune maman jouait, dans son enfance, avec une amie imaginaire qu’elle avait baptisée Bunny. Pour prouver ses dires, Ann va donc tenter par tous les moyens de retrouver des objets ayant appartenu à Bunny ou des témoins l’ayant vue. Mais tout ce qui concerne la fillette a été subtilisé, et personne ne se souvient d’elle.

Bâti à priori sur le même schéma narratif que le fameux Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock, le scénario de Bunny Lake a disparu s’amorce lui aussi de manière fort anodine. Le récit s’achemine vers l’enquête policière, puis se mue progressivement en thriller psychologique assez trouble avant de basculer au moment du final dans l’angoisse pure. Preminger se plaît à entourer les héros de personnages insolites et plutôt inquiétants, comme cette vieille femme au dernier étage de l’école (Martita Hunt) qui étudie avec une étrange délectation les cauchemars que des enfants racontent sur la bande d’un magnétophone, ou ce propriétaire envahissant (Noel Coward) qui collectionne les objets liés au marquis de Sade et demande à la police de le frapper ! Ces éléments, ainsi que le ton général du film, évoquent les premiers films d’épouvante de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary’s Baby, Le Locataire).

Horreur psychologique

La photographie noir et blanc signée Denys Coop sied à merveille à l’atmosphère trouble du film, le cinéaste n’hésitant pas à déformer le visage de ses comédiens via des gros plans en courte focale partiellement plongés dans la pénombre, ou à utiliser des caméras portées façon reportage pour déstabiliser quelque peu le spectateur. En revanche, on s’étonne que Preminger nous assène autant de larges extraits des chansons des Zombies, vus sur l’écran de télévision d’un bar où Ann Lake se morfond d’inquiétude. Certes, le contraste entre la musique pop guillerette et l’état psychologique de l’héroïne est intéressant, mais le rythme du film en pâtit pendant un moment. Laurence Olivier excelle ici en inspecteur de police posé et rationnel, seul personnage auquel le spectateur peut pleinement s’identifier, dans la mesure où lui aussi essaie de comprendre, jusqu’à se demander si Bunny Lake existe réellement. La clef de l’énigme apparaît dans un dénouement fort éprouvant qui se rapproche presque de celui Psychose en matière d’horreur psychologique et de révélation vertigineuse.

 

© Gilles Penso

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FOG (2005)

Le réalisateur de Stigmata se lance dans le remake d’un classique de l’épouvante signé John Carpenter…

FOG

 

2005 – USA

 

Réalisé par Rupert Wainwright

 

Avec Tom Welling, Maggie Grace, Selma Blair, DeRay Davis, Rade Serbedzija, Kenneth Welsh, Adrian Hough, Sara Botsford

 

THEMA FANTÔMES

Il était inévitable que John Carpenter soit tôt ou tard en ligne de mire des faiseurs de remakes hollywoodiens des années 2000. Inaugurée avec l’Assaut sur central 13 de Jean-François Richet, la relecture « modernisée » de l’œuvre du père de Michael Myers se poursuit avec un nouveau Fog produit par David Foster (The Thing), écrit par Cooper Lane (Fusion – The Core) et réalisé par Rupert Wainwright (Stigmata). Carpenter lui-même a soutenu le projet à 100%, mais il y a fort à parier que cet engouement démesuré ait été dicté par des raisons financières et non artistiques. Comment pourrait-il en être autrement au vu du résultat ? Des acteurs de séries télévisées à la mode, notamment Tom Welling (Smallville) et Maggie Grace (Lost) nous rejouent donc l’histoire de la petite île d’Antonio Bay frappée inexplicablement par des phénomènes inquiétants un siècle tout juste après la création du site par les « pères fondateurs », tandis qu’un brouillard mystérieux envahit les parages. Parallèlement aux morts violentes qui se succèdent sur terre ou en mer, la jeune héroïne fait des cauchemars récurrents, entend des bruits bizarres, voit des empreintes de pas humides parcourir le plafond. Mais que se passe-t-il ?

Ceux qui n’ont pas vu le classique de Carpenter seront peut-être surpris d’apprendre qu’il s’agit de la vengeance d’outre-tombe de naufragés sauvagement coulés et incendiés cent ans plus tôt par les quatre fondateurs d’Antonio Bay, leur crime odieux ayant été dissimulé par une brume opaque. Les autres s’affligeront face à ce spectacle d’une parfaite inutilité. Cela dit, il était difficile de rivaliser avec le style impeccable de Big John, avec la photographie magnifique de Dean Cundey et l’excellent casting original dominé par Jamie Lee Curtis, Tom Atkins et Adrienne Barbeau. Certes, le brouillard numérique de ce nouvel opus est indéniablement photogénique et quelques scènes du film parviennent encore à surprendre, comme ce passage digne du Blob de Chuck Russell où une femme attaquée par une main surgie de son évier se décompose à toute vitesse et finit sous forme de squelette fumant.

Bouh fais-moi peur !

Mais si la technique des effets spéciaux a évolué depuis 1980, l’art de la mise en scène est en pleine régression. Ici, Wainwright cherche l’effet facile avant tout, le « bouh fais-moi peur ! » basique. Dès qu’il sent que son film manque d’action, le réalisateur casse des vitres au ralenti et filme des accidents de voiture dans le brouillard en guise de climax. Ce Fog réchauffé est donc un film sans style, sans personnalité, encombré d’acteurs insipides, de dialogues banals et de situation peu imaginatives. Nous sommes même contraints de supporter les tentatives d’humour de Snooper, le sidekick noir aux dialogues « irrésistibles » (« les femmes ont la télépathie testiculaire »). Sans compter les incohérences totales qui parsèment le récit, comme lorsque le héros confie à se petite amie une pièce à conviction qui pourrait innocenter son ami accusé de meurtre au lieu de la donner à la police. Quant à la confrontation finale avec les fantômes, elle aurait dû être effrayante, étonnante, oppressante… Elle n’est que grotesque.

 

© Gilles Penso


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MACISTE CONTRE LES MONSTRES (1962)

Habitué aux péplums musclés, Maciste se retrouve ici en pleine préhistoire au milieu de dinosaures fantaisistes…

MACISTE CONTRO I MOSTRI

 

1962 – ITALIE

 

Réalisé par Guido Malatesta

 

Avec Reg Lewis, Margaret Lee, Luciano Marin, Andrea Aureli, Myriam kent, Birgit Bergsen, Giovanni Pazzafini, Fulvia Gasser

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Jusqu’alors héros imaginaire d’une mythologie fantaisiste s’érigeant en concurrent direct d’Hercule, Maciste se retrouve bizarrement en pleine préhistoire dans cet étrange opus situé pendant les grandes glaciations, dans un âge de pierre alternatif proche de celui des futures productions Hammer (Un million d’années avant JC, Quand les dinosaures dominaient le Monde). Aidar, fils du vieux roi de la tribu du soleil, se fiance. Soudain, un monstre marin menace ce futur ménage, mais Maciste intervient à temps et tue la créature. Peu après cet acte de bravoure, la peuplade des adorateurs de la lune se met à saccager le village d’Aidar et à enlever toutes les femmes de la tribu. Aidar, aidé de Maciste, va préparer sa contre-attaque. Vantés par un titre sans détour et par des posters dénués de la moindre retenue, les monstres tant attendus sont en réalité des amas de latex, timidement animés par des systèmes mécaniques rudimentaires, qui arrachent d’inévitables sourires aux spectateurs au lieu des frayeurs escomptées. Le premier est un saurien aquatique au long cou, une sorte de plésiosaure dont la tête évoque plus ou moins un lion. Grossièrement sculptée, cette maquette grandeur nature remue à grand-peine. Maciste s’en débarrasse en lui plantant une lance dans l’œil. Puis surgissent un serpent sous-marin à têtes multiples (réminiscence de l’Hydre de Lerne ?), un vrai varan grossi à l’écran – qui n’apparaît jamais dans les mêmes plans que Maciste histoire d’éviter les trucages optiques – et un dragon quadrupède aussi massif qu’apathique.

Entre ces interventions vaguement dinosauriennes, le film conte le combat très manichéen des sympathiques adorateurs du soleil (blonds et en fourrure blanche), vivant paisiblement dans les plaines, contre ceux de la Lune (bruns et tout de noir vêtus), fomentant leurs sinistres plans dans d’obscures cavernes. Même s’il prend fait et cause pour les premiers, Maciste (un Reg Lewis huilé et fort peu expressif, à ne pas confondre avec Reg Park qui tenait la vedette dans Hercule à la conquête de l’Atlantide et Hercule contre les vampires) semble vouloir faire office de médiateur, s’autoproclamant « fils du soleil et de la Lune ». Et pour que la symbolique des couleurs n’échappe à personne, notre héros musclé arbore fièrement une fourrure écarlate et une tignasse rousse idoine !

Le fils du soleil et de la Lune

Une fois n’est pas coutume, les scènes humaines s’avèrent plus distrayantes que celles des monstres (sauf pour les amateurs de second degré, évidemment), d’autant que les décors extérieurs naturels s’avèrent franchement photogéniques et que les batailles inter-tribus sont plutôt bien menées. Le film s’achève de fort classique manière par un cataclysme naturel (volcan et tremblements de terre à l’appui, comme il se doit) et par le combat singulier des chefs des deux tribus. Bref, une curiosité tout à fait facultative. Aux États-Unis, le fil sortit sous le titre très fantaisiste de Fire Monster Against the Son of Hercule (autrement dit « Le Monstre de feu contre le fils d’Hercule »), tandis que les affiches françaises, pour leur part, pillaient allègrement les visuels de Capitaine Sinbad et Jack le tueur de géants.

 

© Gilles Penso

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LES ENFANTS DU DIABLE (1996)

La séquelle d’une adaptation de Stephen King avec une toute jeune Hilary Swank et un démon dégoulinant…

SOMETIMES THEY COME BACK… AGAIN

 

1996 – USA

 

Réalisé par Adam Grossman

 

Avec Michael Gross, Alexis Arquette, Hilary Swank, Bojesse Christopher, Glen Beaudin, Jennifer Elise Cox, Jennifer Aspen

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

Vengeance diabolique ayant connu un petit succès en vidéo, la compagnie Trimark Pictures rachète les droits de la nouvelle “Cours, Jimmy, cours“ de Stephen King à Dino de Laurentiis pour en produire une pseudo-séquelle. Ce sera Les Enfants du diable (Sometimes They Come Back… Again), dont la mise en scène est confiée à Adam Grossman. Si les personnages de ce téléfilm ne sont plus les mêmes que ceux du précédent – et de la nouvelle originale – le principe reste rigoureusement le même. Un psychiatre quadragénaire, Jon Porter (Michael Gross, acteur récurrent de la série Urgences et de la saga Tremors), est en deuil après la mort improbable de sa mère. La malheureuse s’est en effet coupée la main en lavant un grand couteau de cuisine un soir d’orage, puis s’est brisée le crâne en tombant d’un tabouret après avoir cherché à atteindre une boîte de pansements ! De retour dans sa ville natale avec sa fille Michelle (Hilary Swank, future révélation de Million Dollar Baby), Jon se laisse hanter par des souvenirs d’enfance manifestement influencés par l’univers de King (notamment les réunions d’amis dans une cabane héritée de Stand By Me). De son côté, Michelle sympathise avec deux filles du coin et rencontre Tony Reno (Alexis Arquette), un beau garçon ténébreux drapé de mystère. Or Tony est l’un des trois voyous qui tuèrent trente ans plus tôt Lisa, la sœur de Jon, au cours d’une sorte de rite satanique dans une mine où ils moururent eux-mêmes électrocutés (via des effets visuels un peu grotesques). Inexplicablement, ils sévissent encore et n’ont pas pris une ride.

Si le scénario des Enfants du Diable se contente de reproduire mécaniquement celui de Vengeance diabolique, le spectateur y trouve matière à se divertir grâce à une poignée de séquences d’horreur joyeusement excessives. Au cours d’un cauchemar, Michelle fait ainsi l’amour avec Tony qui se mue en créature diabolique aux mains griffues et à la queue tentaculaire et visqueuse s’enroulant autour de son corps. Plus tard, dans la mine qui fut le lieu du crime originel, un démon gluant et nu surgit d’un magma incandescent pour prendre l’apparence d’un des trois autres voyous.

Meurtres à la tondeuse et aux cartes de tarot

Les meurtres eux-mêmes sont pour le moins outranciers. Michael, le simple d’esprit qui passe la tondeuse dans le jardin, est attaqué par des herbes qui l’entraînent sous terre jusqu’à ce que sa tête, émergeant du sol, soit déchiquetée par la tondeuse, en une sorte de clin d’œil sanglant à la nouvelle “La Pastorale“ dont s’était très librement inspiré Le Cobaye de Brett Leonard. Une autre victime est quant à elle assassinée à coups de cartes de tarot qui lévitent et se plantent dans son corps. Les effets spéciaux de maquillage, signés Bart J. Mixon (le téléfilm Ça) et Earl Ellis (Le Sous-sol de la peur), sont très efficaces, et la musique de Peter Manning Robinson nous gratifie d’un très beau thème principal pour piano et synthétiseur. Mais ce n’est que de la cosmétique. Le film lui-même ne déborde pas d’intérêt et s’achève sur un climax ridicule empruntant quelques éléments de la nouvelle de King non utilisés dans Vengeance diabolique.

 

© Gilles Penso

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LES CRADOS (1987)

L'un des pires films de tous les temps ? Probablement…

THE GARBAGE PAIL KIDS MOVIE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Rod Amateau

 

Avec Anthony Newley, Mackenzie Astin, Katie Barberi, Ron MacLachlan, J.P. Amateau, Marjory Graue, John Herman Shaner, Patty Lloyd, John Cade

 

THEMA FREAKS PETITS MONSTRES

C’est en 1985 que la compagnie Topps lance sur le marché les « Garbage Pail Kids » (qui deviendront « Les Crados » en Belgique et en France), des cartes à collectionner graveleuses conçues comme des parodies des très populaires « Cabbage Patch Kids » (« Les Câlinous »). Chaque carte représente un personnage enfantin difforme atteint d’une maladie bizarre ou d’une manie honteuse. Les adultes grincent des dents mais les ados adorent, évidemment, et transforment en objet de culte cette collection (conçue par Art Spiegelman et dessinée par Brent Engstrom) qui se décline en posters, en albums illustrés et en livres. Deux ans plus tard, le producteur Rod Amateau (un vétéran de la TV qui œuvra notamment sur la série Shérif fais-moi peur) décide d’en tirer un long-métrage en prises de vues réelles. En charge des effets spéciaux, John Carl Buechler envisage de réaliser le long-métrage lui-même, qu’il imagine comme un film d’horreur gorgé d’humour noir où les petits personnages monstrueux ayant muté à cause de radiations se transforment en serial killers. On sent là l’influence de Troll, que Buechler a réalisé l’année précédente, mais aussi de Ghoulies dont il a conçu les créatures voraces. Mais cette approche déplaît à la production, qui préfère orienter le film vers un public plus large. Buechler reste donc en charge des effets mais cède le pas à Amateau derrière la caméra. Et le désastre commence.

Pendant le générique, une poubelle vogue dans l’espace et se dirige vers la Terre, nous laissant imaginer que les petits monstres ont une origine extra-terrestres. Sans transition ni explication, cette poubelle se retrouve stockée dans l’échoppe d’un antiquaire, « capitaine Manzini » (Anthony Newley), qui veille à ce qu’elle reste bien fermée. Dans cette boutique travaille un gamin de 15 ans, Dodger (Mackenzie Astin), qui visiblement n’a pas d’amis, pas de parents et pas de cours à l’école puisqu’il passe son temps entre la boutique et la rue où il est régulièrement maltraité par des voyous plus âgés que lui. Or le chef de ces « bad boys » est le petit ami de la belle Tangerine (Katie Barberi) dont Dodger tombe amoureux. Après avoir ouvert par mégarde la poubelle mystérieuse, le garçon découvre sept créatures plus hideuses et stupides les unes que les autres. Mais ces freaks ont bon fond et vont l’aider à vaincre les méchants.

Moi, moche et gluant

On ne saurait dire ce qui afflige le plus dans ce film : l’invraisemblance de son concept, la vacuité abyssale de son scénario, l’absence totale de péripéties ou le design hideux des créatures. Sans doute tout ça à la fois. Pour jouer les « crados », la production opte pour des nains portant des costumes et des masques animatroniques : un crocodile à perruque amateur d’orteils (Ali Gator), un boutonneux incontinent habillé en super-héros (Nat Nerd), un horrible bébé en salopette (Foul Phil), une fillette joufflue qui a la morve au nez (Messy Tessie), un émule difforme d’Elvis Presley (Greaser Greg), un pétomane en chemise hawaïenne (Windy Wintston) et une fille à couette à l’estomac fragile (Valerie Vomit). John Buechler et son équipe n’ont visiblement pas eu le temps de peaufiner leurs créatures, à tel point que ce défilé d’acteurs miniatures en latex prend des allures cauchemardesques, comme si les Télétubbies, les Minikeums et Téléchat avaient fusionné en une impensable orgie contre-nature. Ces petits monstres hydrocéphales et grotesques ne seraient peut-être pas aussi choquants si le film jouait la carte de l’humour bête et méchant véhiculé par les cartes originales. Sans aller jusqu’au film d’horreur imaginé par Buechler, des gags trash et impertinents auraient peut-être pu sauver l’affaire. Mais Les Crados est d’une retenue désespérante et d’un ennui mortel. La cerise sur le gâteau est sans conteste la chanson « Nous pouvons tout faire si nous travaillons ensemble » qu’entonnent les petits monstres en fabriquant plein de jolis vêtements pour un défilé de mode. Le film fut bien sûr un flop retentissant, mais quelques fans déviants le visionnent entre eux lors de soirées probablement très arrosées.

 

© Gilles Penso


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TITANE (2021)

Après la claque de Grave, Julia Ducournau transforme l’essai sans concessions et rafle au passage une Palme d’Or controversée…

TITANE

 

2021 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Julia Ducournau

 

Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, Laïs Salameh, Domonique Frot, Myriem Akheddiou, Nathalie Boyer, Théo Hellermann

 

THEMA TUEURS

Forte du succès de Grave, Julia Ducournau aura néanmoins prudemment peaufiné la préparation de son deuxième long-métrage pendant quatre ans. On y retrouve son sens aigu du cadrage et du mouvement de caméra chic, ainsi qu’une exploration carnassière de la chair qui relance la comparaison avec une de ses idoles, David Cronenberg. Cette flatteuse analogie s’avère quelque peu réductrice : si Titane s’ouvre sur un accident de voiture et érotise le rapport de son héroïne à la machine, évoquant immanquablement Crash, ici ce sont les modifications corporelles qui ont un impact sur le psychisme et non l’inverse. Il serait également hâtif de penser que la réalisatrice brandit un unique étendard féministe à travers l’histoire tourmentée d’Alexia : certes, cette dernière reste totalement maîtresse de sa sexualité qu’elle utilise comme une arme (telle une égérie de Paul Verhoeven), et danse lascivement devant des hommes en rut à des salons automobiles non pas pour satisfaire leur regard lubrique mais ses fantasmes personnels. Cependant Ducournau dépasse rapidement le débat en vogue de l’identité de genre pour transformer son personnage en hybride, ni masculin ni féminin, ni humain ni mécanique, mais tout à la fois. Cette démarche décomplexée faisant fi de toute logique et ne lésinant pas sur les outrances visuelles convoque une sensibilité déviante plus japonaise qu’hexagonale (on pense notamment à Tetsuo).

Mais là où l’œuvre désarçonne et s’élève au-delà de ses références pour acquérir une singularité marquante (passé une séquence de massacre souffrant d’un humour décalé maladroit), c’est lors de son virage inattendu vers le drame social, coïncidant avec l’entrée en scène d’un Vincent Lindon écorché vif, pompier shooté aux stéroïdes qui croit retrouver son fils perdu en recueillant la danseuse en fuite. Leur relation incandescente pénètre violemment le cœur du spectateur pour ne plus en sortir, union indéfinissable de deux solitudes dévastatrices : il fallait bien un combattant du feu pour prétendre dompter la rage intérieure d’Alexia, tueuse en série mutique en mal d’amour, monstre incapable de s’adapter à une société conservatrice où le jugement de l’autre règne en maître. Dès cette rencontre électrique, la cinéaste manie avec une infinie délicatesse les démences complémentaires de ce duo construit sur une imposture mais générant progressivement un amour inconditionnel absolu qui brise les codes avec une liberté de ton jouissive, laissant toute considération morale en suspens. Les dialogues se font rares, Ducournau privilégiant avec subtilité le simple échange entre les corps, voyant un conflit se régler dans une étreinte musicale aussi brutale que sensuelle, une danse sur le toit d’un camion révéler subrepticement des mâles alpha à eux-mêmes, ou une réanimation cardiaque s’effectuer sur le tempo de la Macarena (séquence à la fois miraculeusement drôle et lourde de sens dans la consolidation des liens des protagonistes, le tout ancré dans une réalité sordide que ne renierait pas le Gaspar Noé de Seul Contre Tous).

Mourir d’aimer

Trouver sa place au beau milieu du chaos quand on est un « freak » infréquentable, tutoyer une rédemption mystique même lorsqu’on est un assassin : Titane rappelle dans sa trajectoire humaniste le magnifique Bad Boy Bubby, autre plaidoyer vibrant pour les différences les plus inacceptables. A l’instar du chef-d’œuvre de Rolf de Heer, la famille élue se révèle bien plus importante et fondatrice que la famille de sang, souvent destructrice et départie d’une véritable objectivité quant à ses membres. Comme l’a confessé sa réalisatrice lors de la réception de sa prestigieuse Palme d’Or cannoise, ce nouvel essai n’est pas parfait : outre une introduction laborieuse qui sacrifie à quelques écueils du film de genre, on pourra déplorer un point d’orgue final pas aussi puissant émotionnellement qu’il ne l’aurait dû, dispensant un espoir salvateur mais surpassé par l’intensité de ce qui a précédé. Reste qu’en l’état cette fantaisie aux allures de conte cauchemardesque, parabole fascinante sur les préjugés et les prérequis aux fulgurances formelles incontestables et à la tendresse immanente pour les laissés pour compte, inaugure une ère passionnante pour un cinéma fantastique français qui semble enfin en passe de briser ses entraves thématiques.

 

© Julien Cassarino

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L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE (2018)

Après quinze ans de déconvenues et de faux départs, le film fou rêvé par Terry Gilliam a pu enfin prendre son envol…

THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE

 

2018 – ESPAGNE / PORTUGAL / GB / BELGIQUE / FRANCE

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgård, Joana Ribeiro, Oscar Jaenada, Sergi Lopez, Rossy de Palma

 

THEMA CONTES

Ce film-là, on ne l’espérait plus. Tout le monde avait fait une croix dessus depuis belle lurette, le rangeant avec dépit dans la catégorie des « plus grands films jamais réalisés » aux côtés du Dune d’Alejandro Jodorowsky. Mais Terry Gilliam n’a peur de rien : ni des projets plus grands que nature, ni des coups de sort du destin. C’est en 1990 que l’ex-Monty Python formule pour la première fois l’envie de porter à l’écran les écrits de Cervantès. D’emblée, il souhaite s’éloigner d’une adaptation littérale en confrontant Don Quichotte à un comparse anachronique, en l’occurrence un publicitaire du monde moderne. Les deux acteurs qu’il choisit semblent taillés sur mesure pour le rôle : Jean Rochefort dans l’armure défraîchie du chevalier fantasque et Johnny Depp sous la défroque d’un Sancho Panza du vingtième siècle. Le budget tarde à se boucler et le tournage s’amorce enfin à Madrid en 2000. Mais dès les premiers tours de manivelle, les difficultés logistiques s’enchaînent, et finalement l’état de santé défaillant de Rochefort interrompt définitivement le tournage. Ce film inachevé fera l’objet d’un fameux documentaire baptisé Lost in la Mancha. Terry Gilliam passe les quinze années suivantes à tenter de remonter le projet avec d’autres acteurs potentiels (Robert Duvall, John Hurt ou Michael Palin pour Don Quichotte, Ewan McGregor, Owen Wilson ou Jack O’Connell pour son compagnon de route). Beaucoup auraient abandonné en cours de route, mais le cinéaste finit par ressembler à son personnage principal, opiniâtre et obstiné face aux moulins à vent de l’adversité. Et le destin lui donne raison : en 2017, il parvient enfin à mettre sur pied son Don Quichotte sous forme d’une coproduction européenne.

Cette longue gestation a forcément modifié le projet en cours de route et renforcé l’effet miroir entre Terry Gilliam et son protagoniste, incarné finalement par Adam Driver. Alors en pleine période Star Wars, l’interprète de Kylo Renn joue Toby, un réalisateur arrogant et désabusé parti en Espagne pour tourner un clip publicitaire qui détourne sans finesse l’imagerie de Don Quichotte et Sancho Panza. Un soir, à l’hôtel où réside l’équipe, il rencontre un gitan qui vend toutes sortes de DVD, parmi lesquels il reconnaît le film de fin d’études qu’il réalisa il y a fort longtemps. Son sujet ? Don Quichotte. Troublé, Toby revoit les images de son œuvre de jeunesse et, pris de nostalgie, part à la recherche du petit village de Los Sueños où il tourna. Sur place, il se retrouve impliqué dans des catastrophes en chaîne et découvre que ce film de fin d’étude a bouleversé la vie de tous ceux qui y ont participé. C’est notamment le cas de Javier, un vieux cordonnier que Toby engagea à l’époque pour incarner Don Quichotte et qui se prend désormais pour le personnage. Il était difficile de passer après Jean Rochefort, Robert Duvall, John Hurt ou Michael Palin, mais il faut bien avouer que Jonathan Pryce est sublime dans le rôle de ce faux chevalier fou, retrouvant avec un enthousiasme communicatif le réalisateur qui le dirigea avec panache dans Brazil, Les Aventures du baron de Munchausen et Les Frères Grimm.

Folie douce

Plusieurs connexions avec la filmographie passée de Gilliam se dessinent d’ailleurs à travers ce Don Quichotte factice qui s’avère plus vrai que nature. Il y a du Munchausen dans ce personnage haut en couleurs qui raconte ses exploits fantasmagoriques à une foule ébahie, mais aussi du Fisher King lorsqu’il se retrouve frappé par des visions cauchemardesques où les monstres et les manifestations magiques s’invitent dans son quotidien. On pense aussi à Sacré Graal et Jabberwocky via cette propension à tourner en dérision l’imagerie médiévale (un sens du pastiche qui était justement la raison d’être du roman original de Cervantès). Toute la folie et la démesure du réalisateur de Bandits bandits sont là, miraculeusement préservées, mêlées d’une tonalité douce-amère qui rend le film totalement inclassable. Au fil de ce récit cahotant, le spectateur est sans cesse balloté entre la réalité et l’illusion. Le monde réel, le film de fin d’études et les reconstitutions en costumes se mêlent aux images fantastiques (les sacs de vin qui adoptent des visages monstrueux, le moulin qui se transforme en trio de géants grimaçants) jusqu’à ce qu’il devienne impossible de départager le vrai du faux. Toby lui-même, devenu Sancho Panza malgré lui, se laisse porter par cette aventure incongrue sans beaucoup résister, comme si la folie douce de ce faux Don Quichotte était salutaire pour qu’il puisse abatre une à une toutes les couches de cynisme l’ayant anesthésié au fil des ans. Pour autant, le film n’est jamais moralisateur et se rit des codes classiques de la fable hollywoodienne. En définitive, rien ne semble être ce qu’il est dans cet Homme qui tua Don Quichotte, et ce jusqu’à un final délicieusement poétique porté par la magnifique partition de Roque Baños.

 

© Gilles Penso

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GATE II (1990)

Une séquelle du petit film culte de Tibor Takacs qui s’efforce de développer la mythologie des « minions » diaboliques…

GATE II : THE TRESPASSERS

 

1990 – CANADA

 

Réalisé par Tibor Takacs

 

Avec Louis Tripp, Simon Reynolds, James Villemaire, Pamela Segall, Neil Munro, James Kidnie, Irene Pauzer

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES

Pas totalement satisfait par The Gate, qu’il destinait à l’origine aux pré-adolescents, Tibor Takacs décide à la fin des années 80 de profiter de son petit succès pour en réaliser une séquelle mieux ciblée à son goût. Le jeune Terry (Louis Tripp) revient donc dans la maison de son ami Glen, envahie par les démons dans le film précédent. Pour que son père alcoolique retrouve son emploi de pilote de ligne, il invoque à nouveau les démons. Il est surpris en pleine incantation par deux loubards et leur amie Liz (Pamela Adlon), qui deviennent ses assistants improvisés. Étant donné les nombreuses maladresses de The Gate, que ne réussissaient pas à sauver totalement des trouvailles visuelles pourtant extraordinaires, le pire était à craindre avec cette séquelle. Effectivement, les choses s’amorcent de manière peu rassurante : le retour du héros du film précédent, désormais adolescent, un prétexte incohérent pour ramener dans notre monde les démons, une idylle pas crédible pour un sou, des teenagers bêtes et méchants, l’évacuation de toute allusion à H.P. Lovecraft…

Pourtant, Gate II se regarde sans trop de déplaisir. Peut-être est-ce dû à la légèreté volontaire avec laquelle le sujet est abordé cette fois-ci, à son rythme plus trépidant, aux débordements de ses effets spéciaux et à la dimension apocalyptique que prend peu à peu le récit. Certes, le scénario est presque strictement dénué d’intérêt, mais la frénésie qui règne dans le film au bout d’un petit quart d’heure est presque plus divertissante que les langueurs sans but du premier film. Tibor Takacs réussit même à retrouver les insolites atmosphères dont il a le secret dans la première partie du film, lorsque le petit démon gît, immobile mais inquiétant, dans un bocal de formol, ou lorsque la musique du film accompagne progressivement la mélodie sommaire d’une boîte à musique.

Démons de toutes tailles

Les maquillages de Craig Reardon pour le petit démon et les transformations finales sont très impressionnants. Quant aux effets d’animation de Randy Cook, d’une fluidité et d’une nervosité très étonnantes, ils matérialisent les agitations les plus frénétiques du démon en question. « C’est Andrea Ladányi, une grande danseuse hongroise, qui jouait le rôle du Minion, sous le costume de Craig Reardon », raconte Randy Cook. « J’étais très excité à l’idée d’avoir quelqu’un de son talent pour interpréter le monstre, et j’ai inventé beaucoup d’actions spectaculaires que seule une grande ballerine pouvait faire. Malheureusement, le costume de Craig, conçu en uréthane, était tellement rigide qu’il a fallu le couper aux articulations en laissant de grandes fentes. Andrea pouvait à peine bouger, les bords du costume lui coupaient la peau, et l’ensemble était tellement lourd qu’un jour elle a failli s’évanouir. J’ai donc dû reconcevoir beaucoup de plans en stop-motion. » (1) Vers la fin du film, l’animation est mise à contribution pour le démon simiesque de trois mètres de haut qu’est devenu l’un des deux voyous. Couvert d’écailles, doté de pattes de bouc à la Ray Harryhausen et de trois doigts griffus par main, le démon cligne de petits yeux globuleux et effectue des bonds très spectaculaires au-dessus des acteurs réels. Il demeure à vrai dire l’un des attraits principaux d’un film qui, par ailleurs, s’avère peu mémorable. La « saga » The Gate s’arrêtera du coup sur ce second opus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 1999

 

© Gilles Penso

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L’EXPRESS NE RÉPOND PLUS (1979)

Un téléfilm catastrophe garni de visages familiers dans lequel deux trains lancés à vive allure menacent d’entrer en collision…

DISASTER ON THE COASTLINER

 

1979 – USA

 

Réalisé par Richard C. Sarafian

 

Avec Lloyd Bridges, Raymond Burr, Robert Fuller, Pat Hingle, E.G. Marshall, Yvette Mimieux, William Shatner, Paul L. Smith

 

THEMA CATASTROPHES

Vétéran de la télévision américaine, Richard Sarafian compte à son actif la réalisation de bon nombre d’épisodes de Maverick, Bonanza, La Quatrième dimension, Les Mystères de l’Ouest, La Grande vallée et Batman. Pour les besoins de la chaîne ABC, le voilà à la tête d’un téléfilm catastrophe sacrifiant aux clichés du genre et ne laissant guère de place à la surprise. Après les avions, les bateaux et les immeubles en détresse sur les grands écrans depuis le début des années 70, L’Express ne répond plus prend pour cible les chemins de fer. Deux rapides, l’express n°3 et l’express n°12, partent chacun dans une direction opposée, l’un venant de San Francisco, l’autre de Los Angeles, et doivent se croiser grâce à un aiguillage, le tout étant contrôlé, dirigé et surveillé par des ordinateurs sophistiqués réunis dans une salle de contrôle. Or l’aiguillage ne fonctionne pas, sans explication apparente, et les deux trains risquent d’un moment à l’autre d’entrer en collision. Le n°12 est en fait conduit par un certain Victor Prescott, qui semble prêt à tout pour qu’on exécute ses ordres. 

Prescott se nomme en réalité Jim Waterman, et sa femme et son fils ont jadis été tués dans un accident ferroviaire à cause de la négligence de la compagnie des trains. Informaticien chevronné, il exige fermement que le directeur de cette compagnie avoue devant les caméras de la télévision qu’elle est coupable. Si on ne l’écoute pas, la collision aura lieu, car il a déréglé les ordinateurs et brouillé la radio. La compagnie cèdera-t-elle ? Les deux trains pourront-ils être stoppés à temps ? Le suspense et la tension inhérents à la situation fonctionnent plutôt bien, même si le rythme s’étire un peu en longueur et supporte mal une durée de 90 minutes. D’autant que la construction dramatique, la caractérisation des protagonistes et les dialogues laissent quelque peu à désirer. Malgré tout, Sarafian se paie des cascades et des effets spéciaux physique d’un niveau fort honorable, parant ainsi son film d’une poignée de séquences impressionnantes. On se souviendra notamment de la poursuite de la locomotive par un hélicoptère ou du fameux déraillement final tant attendu.

Y a-t-il un pilote dans le train ?

Dans les rôles principaux, on reconnaît bon nombre de visages familiers, notamment Lloyd Bridges, qui se parodiera un an plus tard dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Raymond Burr, transfuge de la série TV L’Homme de fer, Yvette Mimieux, délicieuse héroïne de La Machine à explorer le temps, ce bon vieux William Shatner, tête d’affiche la même année de Star Trek le film, et E.G. Marshall, futur ennemi juré d’une horde de cafards dans Creepshow. Quant au terroriste désespéré, il est incarné par le comédien Paul L. Smith (futur psychopathe cartoonesque de Mort sur le gril), lequel s’avère très convaincant dans le registre du protagoniste déséquilibré et pathétique à qui on ne peut pas franchement en vouloir, malgré la gravité de ses actes. Depuis, Richard Sarafian a tenu des petits rôles dans une bonne vingtaine de films et a réalisé le thriller de science-fiction Solar Crisis, dont il fut tellement peu fier qu’il le signa sous le pseudonyme Allen Smithee.

 

© Gilles Penso

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