L’ÉPÉE SAUVAGE (1982)

Le premier long-métrage d'Albert Pyun est une épopée d'Heroic-Fantasy qui compense son petit budget par une profusion d'effets inventifs et spectaculaires

THE SWORD AND THE SORCERER

1982 – USA

Réalisé par Albert Pyun 

Avec Lee Horsley, Kathleen Beller, Simon MacCorkindale, George Maharis, Richard Lynch, Richard Moll, Anthony de Longis

THEMA HEROIC-FANTASY

L’Epée Sauvage est le premier film d’Albert Pyun, futur spécialiste du cinéma d’action musclé à petit budget (CyborgNemesisCaptain America). Très inspirée de Conan le Barbare, cette œuvre inventive possède malgré tout sa propre originalité et son propre univers. Les premières séquences nous font découvrir Titus Cromwell d’Aragon (Richard Lynch), un tyran implacable ayant conquis les uns après les autres tous les royaumes voisins. Seul le roi Richard (Christopher Cary) ose encore lui résister. Cromwell fait alors alliance avec la magicienne Ban Urlu (Emily Yancy) afin qu’elle tire de sa tombe le redoutable sorcier Xusia (Richard Moll). Dans l’île brumeuse de Tomb Island, une petite procession pénètre alors dans une crypte souterraine où des visages pétrifiés dans la roche (conçus par les frères Chiodo, futurs créateurs des Critters) prennent soudain vie, hurlant et gémissant en une vision atroce digne de Lovecraft. La naissance de Xusia est l’un des moments forts du film. Rougeoyant, dégoulinant, cet être aux traits de démon émerge d’une tombe emplie d’un liquide épais. Son extraordinaire maquillage (un faciès bestial, des yeux de félin, des doigts griffus) est l’œuvre de plusieurs artistes talentueux, dont Greg Cannom (Dracula), Mark Shostrom (Evil Dead 2), Allan Apone (Le Retour des Morts-Vivants) et Jim Doyle (Les Griffes de la Nuit).

Pour prouver l’étendue de son pouvoir, Xusia n’hésite pas à arracher à distance le cœur de la sorcière. A mille lieues de là, le royaume d’Ehdan célèbre ses vingt ans de paix. Mais Cromwell détruit bientôt son armée, élimine le sorcier dont il n’a plus besoin (Xusia est une proie facile car ses incantations l’affaiblissent) puis assassine Richard et toute sa famille. Seul son fils Talon (James Jarnigan) réussit à s’échapper. Débordant de bravoure, le jeune homme manie avec virtuosité une étrange épée dont les trois lames se propulsent pour frapper leurs cibles. Devenu adulte, Talon prend les traits de Lee Horsley. Il pénètre dans la capitale et sauve Alana (Kathleen Beller) que des soldats allaient violer. En échange d’une nuit d’amour, la belle lui demande de soutenir la révolte qui couve et de libérer son frère Mikah (Simon MacCorkindale). Talon y parvient, mais il est bientôt capturé et crucifié dans une salle de banquet, contraint d’assister au mariage forcé d’Alana et de Cromwell.

Horreur, humour et érotisme

Peu avare en tortures et en morts violentes, L’Epée Sauvage se pare en outre d’une pincée d’érotisme (avec notamment les filles nues dans le harem) et d’un humour lié aux situations en décalage, en particulier lors de la course-poursuite dans le château, soutenue par la partition enjouée (à défaut d’être très originale) de David Whitaker (Docteur Jekyll et Sister Hyde, Le Cirque des vampiresHarry un ami qui vous veut du Bien). Au cours d’un mémorable climax, Talon affronte Xusia (ressuscité à l’issue d’une métamorphose particulièrement gore) puis l’immonde Cromwell, tandis qu’un énorme serpent s’enroule lentement autour du corps sans connaissance (et fort peu vêtu) d’Alana. Le générique de fin nous annonce une prochaine aventure de Talon, « Tales of the Ancient Empire », mais cette séquelle ne vit hélas jamais le jour.

© Gilles Penso

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FREEJACK (1991)

Mick Jagger, Emilio Estevez et Anthony Hopkins se débattent dans ce récit de science-fiction pas vraiment palpitant

FREEJACK

1991 – USA

Réalisé par Geoff Murphy

Avec Emilio Estevez, Mick Jagger, Rene Russo, Anthony Hopkins, Jonathan Banks, David Johansen, Grand Bush, Amanda Plummer

THEMA FUTUR

Mixant science-fiction et phénomènes paranormaux, le roman « Immortality Inc.. », que Robert Sheckley publia en 1958, sert ici de base à un scénario co-écrit par Ronald Shussett, Dan Gilroy et Steven Pressfield. Mais Sheckley n’est qu’un prétexte, et Freejack semble tout miser sur deux facteurs au fort potentiel commercial : des séquences d’action mouvementées et la présence quasi-surréaliste de Mick Jagger en tête d’affiche. La finesse n’est donc pas vraiment de mise. Alex Furlong (Emilio Estevez), champion de courses automobiles, est victime d’un accident spectaculaire. Soudain, le voilà transporté en l’an 2009 à New York. A peine a-t-il de temps de comprendre la situation qu’il est pris en chasse par le mercenaire Victor Vacendak (Mick Jagger). Car Alex est désormais un « freejack », c’est-à-dire un homme du passé transporté au début de vingt-et-unième siècle – époque où l’on maîtrise donc les voyages dans le temps grâce à la technologie du « Spiritual Switchboard » – pour que son corps frais et dispos puisse être recyclé par les citoyens riches et vieillissants de cette société agonisante. Le milliardaire Ian McCandless (Anthony Hopkins) semble prêt à tout pour mettre la main sur ce « freejack ». En disposant de son corps, il se donnerait une seconde jeunesse, et pourrait en profiter pour conquérir la petite amie du pilote de course, Julie Redlund (René Russo). Alex entend bien retrouver cette dernière, vieillie de dix-huit ans dans l’intervalle, afin qu’elle l’aide à sortir de cette situation inextricable. Une nonne haute en couleurs incarnée par Amanda Plummer s’efforcera de lui prêter main forte…

L’idée qui sert de base au scénario ne manque certes pas d’originalité, mais tout tourne bien vite à la banale course-poursuite d’un héros traqué, seul contre tous dans une cité futuriste moyennement réussie. Les immeubles y sont un peu plus grands que nature, les affiches publicitaires vidéo omniprésentes, et les véhicules ressemblent à des prototypes futuristes des années cinquante au design un peu douteux. Il faut dire que depuis Blade Runner, les spectateurs sont devenus exigeants en matière de mégapoles du futur. Si Emilio Estevez se débat avec pas mal de conviction dans cet univers hostile qui n’est pas le sien, Mick Jagger, lui, convainc beaucoup moins en chasseur de prime à la solde des méchants, et Anthony Hopkins, dont on connaît l’extraordinaire potentiel dramatique, est terriblement sous-exploité dans le rôle d’un homme d’affaires qui n’apparaît pratiquement que par l’entremise d’écrans vidéo. 

Coups de théâtre en série

Modérément palpitante, l’intrigue se suit donc d’un œil assez distrait, ce qui n’interdit pas cependant d’y trouver de l’entrain et quelques sources de réjouissances, à défaut d’un réel intérêt. Mais tout l’humour et le cynisme de Sheckley, dont un des romans inspira le délirant La Dixième Victime dans les années 60, se sont totalement évaporés. Le climax, au cours duquel les héros entrent dans l’esprit moribond d’Hopkins, est assez déroutant, et multiplie les coups de théâtre avec pas mal de bonheur. Le final, en revanche, manque sérieusement de crédibilité, et clôt sur une note bizarre un film qui ne l’est pas moins.

© Gilles Penso

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VENGEANCE DIABOLIQUE (1991)

Une adaptation mineure de Stephen King dans laquelle un enseignant voit ressurgir dans sa classe les fantômes terrifiants de son passé

SOMETIMES THEY COME BACK

1991 – USA

Réalisé par Tom MacLoughlin

Avec Tim Matheson, Brooke Adams, Robert Rusler, Nicholas Sadler, Bentley Mitchum, Chadd Nyerges

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Réalisé directement pour le petit écran, ce slasher surnaturel s’avère assez dispensable malgré une mise en scène soignée et des comédiens plutôt convaincants. Le scénario adapte la nouvelle « Cours, Jimmy, Cours » de Stephen King parue en 1978 dans le recueil « Danse Macabre ». Jim Norman (Tim Matheson) revient dans sa ville natale avec sa femme Sally (Brooke Adams) et son fils Scott (Robert Gorman) pour prendre un poste d’enseignant. Il l’avait quittée après un traumatisme d’enfance survenu en 1963. Son frère aîné Wayne avait en effet été agressé par des voyous dans un tunnel, et un train passant à toute vitesse les avait tous tués, Jim s’en sortant de justesse.

Cet épisode aurait été inspiré à Stephen King par un drame survenu dans sa propre enfance (un camarade écrasé par un train). Le futur écrivain avait alors quatre ans et le drame lui a été raconté par sa mère. On en trouve des traces dans plusieurs de ses écrits, notamment dans la nouvelle “Le Corps“, devenue à l’écran Stand By Me. Les cours que donne son « alter ego » Jim Norman au lycée ne se déroulent pas à merveille. Les élèves le chahutent et ne le respectent guère. Pour couronner le tout, les souvenirs du drame passé le hantent avec de plus en plus d’insistance, érodant les frontières entre le rêve et la réalité. Dans un état de semi-conscience, il revoit la voiture des voyous, perçoit ses propres pleurs d’enfant, entend le bruit du train au loin…

Les souvenirs peuvent-ils prendre corps ?

L’intrigue de Vengeance Diabolique bascule lorsque deux des élèves de Jim meurent dans des circonstances suspectes. L’un tombe dans un ravin, l’autre est retrouvée pendue dans une grange. Or Jim a des visions au cours desquelles ses anciens agresseurs sont les assassins. Pire : ces derniers réapparaissent vraiment, sous forme de nouveaux élèves intégrant sa classe. Devient-il fou ? Les souvenirs peuvent-ils prendre corps ? Une scène volontairement grand-guignolesque semble confirmer cette dernière possibilité. On y voit les voyous enlever l’un des élèves au milieu de la nuit, puis se transformer en monstres mi-démons mi-zombies qui se jettent sur lui et le déchiquètent membre par membre. Le massacre est vu de loin et en partie suggéré, mais les effets – signés Gabe Bartalos – restent spectaculaires, témoignant des penchants du réalisateur pour le gore outrancier (il signa l’excessif Jason le Mort-Vivant). La théorie d’un policier à la retraite que Jim a connu dans son enfance semble associer ces créatures du passé à des fantômes. « Parfois ils sont dans nos pensées, et parfois ils sont dans nos cœurs », dit-il. « Mais s’ils sont partis avant d’avoir réglé leurs comptes sur Terre, ils reviennent parfois ici-bas. » Dans le rôle de Jim, Tim Matheson offre une prestation assez solide, et McLoughlin parvient à instiller le malaise de manière très efficace, même si sa réalisation reste anonyme. Un peu mécanique, la résolution de l’intrigue déçoit par sa platitude, les scénaristes Lawrence Konner et Mark Rosenthal ayant sans doute préféré éviter de se conformer au climax de la nouvelle qui prenait la forme d’une sorte de messe noire bizarre.

© Gilles Penso

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LADY FRANKENSTEIN (1971)

Cette version italienne du roman de Mary Shelley nous dévoile les intentions peu catholiques de la fille du docteur Frankenstein

LA FIGLIA DI FRANKENSTEIN

1971 – ITALIE

Réalisé par Mel Welles

Avec Joseph Cotten, Rosalba Neri, Paul Müller, Peter Whiteman, Mickey Hargitay, Herbert Fux

THEMA FRANKENSTEIN

En 1971, Mel Welles, qui jouait le rôle du vendeur de fleurs dans La Petite Boutique des Horreurs de Roger Corman, réalisait cette version décadente du thème de Frankenstein. Pourtant, tout commence sous un angle extrêmement classique. Le baron est d’ailleurs incarné par un acteur pour le moins prestigieux, puisqu’il s’agit de Joseph Cotten, qui eut l’honneur d’être dirigé par Orson Welles (Citizen Kane) et Alfred Hitchcock (L’Ombre d’un doute). Avec son assistant Charles Marshall (Paul Muller), il poursuit des expériences sur la réanimation. Son assistant émet bien quelques doutes, jugeant que ce qui concerne la vie et la mort devrait être laissé entre les mains de Dieu. Mais Frankenstein balaie ces scrupules d’un revers de main. « L’homme est Dieu » répond-il ainsi fièrement. Pour les besoins de leurs travaux, les deux hommes louent les services du sinistre Lynch (Herbert Fux), un pourvoyeur de cadavre qui parvient à leur fournir le corps robuste d’un condamné à mort. 

C’est le moment que choisit Tania, la fille de Frankenstein, incarnée par la toute belle Rosalba Neri, pour entrer en scène. Après avoir brillamment terminé ses études de chirurgie, elle regagne le château familial et s’intéresse de près aux activités de son père. Ce dernier préfère cependant la tenir à l’écart, malgré les protestations de la jeune fille, qui clame à qui veut l’entendre « je ne suis plus une enfant, je suis chirurgien ! ». Lorsque l’expérience commence, Mel Welles n’hésite pas à en faire trop : gros plans anatomiques, glougloutements de liquides dans les cornues, bande son surchargée de sonorités synthétiques angoissantes… La foudre frappe enfin le corps inanimé, le ramenant à la vie mais lui brûlant irrémédiablement le visage. Le monstre se redresse alors de toute sa hauteur et révèle des traits peu avenants : un crâne chauve hypertrophié, une figure à moitié déchiquetée et un œil protubérant qui sort bizarrement de son orbite. Aussitôt, « l’opéré » révèle ses instincts homicides en étouffant son créateur d’un câlin un peu trop expansif.

Nudité, horreur et décadence

Dès lors, Lady Frankenstein s’autorise toutes les démesures, incitant d’abord la majorité du casting féminin à se déshabiller intégralement. D’où une série de saynettes délicieusement gratuites où un couple copule en pleine nature, où la créature transporte une fille nue dans ses bras vigoureux avant de la jeter à l’eau (réminiscence du Frankenstein de 1931 ?), où une demoiselle peu pudique apparaît dans le lit de Lynch. Tania elle-même dévoile ses charmes en même temps que ses intentions inavouables. Elle compte en effet poursuivre les travaux de son défunt père et pousse le vieux Charles, amoureux transi, à laisser son cerveau à disposition pour qu’elle le greffe dans le corps jeune et beau d’un domestique attardé. Ce qui nous vaut un climax impensable où les deux créatures s’affrontent dans le château des Frankenstein. Tant d’excès posèrent les jalons d’autres œuvres outrancières comme Chair pour Frankenstein de Paul Morrisey. Les distributeurs français du film de Mel Welles, conscients du parfum de scandale potentiel, le sortirent d’ailleurs sous le titre très explicite de Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle.

 

© Gilles Penso

 

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DARKSIDE, LES CONTES DE LA NUIT NOIRE (1990)

Un film à sketches produit par George Romero qui s'efforce de retrouver la formule de Creepshow

TALES FROM THE DARKSIDE

1990 – USA

Réalisé par John Harrison

Avec Deborah Harry, Christian Slater, Steve Buscemi, Julianne Moore, David Johansen, James Remar, Rae Dawn Chong

THEMA MOMIES I MAMMIFERES I SORCELLERIE ET MAGIE

Compositeur des étonnantes BO de Creepshow et Le Jour des Morts-Vivants, John Harrison a tissé des liens étroits avec George Romero, jusqu’à ce que celui-ci ne lui confie la mise en scène d’une dizaine d’épisodes de la série Histoires de l’Autre Monde dont il fut le producteur. Fort inégale, cette collection d’épisodes horrifiques fut lancée sur les écrans en 1984, suite au succès de Creepshow dont elle tentait maladroitement de retrouver la recette. Six ans plus tard, une version cinéma éclaboussait les écrans, Darkside, toujours produite par Romero et réalisée par Harrison en personne. Une fois n’est pas coutume, le film est plus réjouissant que son modèle télévisé, et eut d’ailleurs constitué une bien meilleure suite à Creepshow que le très passable Creepshow 2 anonymement réalisé par Michael Gornick.

Les scénarios des trois sketches, reliés par l’histoire d’une sorcière cannibale interprétée par Deborah Harry, ne sont pas ébouriffants, mais la mise en scène d’Harrison les transcende avec efficacité. C’est notamment vrai dans la seconde histoire, « Cat From Hell », tirée d’un texte de Stephen King, dans laquelle le récit joue à mêler présent et passé via des transitions qui semblent héritées des facéties visuelles de Francis Coppola dans Coup de Cœur. Le thème du chat maléfique se pare ici de plans subjectifs monochromatiques, censés visualiser le regard du félin, et se clôt par une scène démente, véritable prouesse d’effets spéciaux. Le premier segment, « Lot 249 », inspiré d’une nouvelle d’Arthur Conan Doyle, aborde un thème encore plus classique, celui de la momie vivante, et s’en sort surtout grâce aux pirouettes de l’histoire, tout en cultivant volontairement les clins d’œil aux films Universal et à tout un pan du cinéma d’horreur des années 30 et 40. Malgré ce second degré et ce penchant pour le rétro, la momie en question s’éloigne du look habituel popularisé par Jack Pierce et Boris Karloff pour tendre vers un faciès grimaçant plus réaliste. Le concepteur de cette créature n’est autre que le grand Dick Smith (Little Big ManLe ParrainL’Exorciste).

Momies, félins et gargouilles

Quant au dernier sketch, « Lover’s Vow », c’est le plus original des trois. Il s’agit ouvertement de celui qu’Harrison préfère, s’efforçant de mêler l’épouvante à une romance quasiment féerique. Une gargouille s’y transforme en jolie jeune femme (Rae Dawn Chong) par amour pour un homme à qui elle fait promettre de garder le secret de son origine. Mais celui-ci finit par délier sa langue après plusieurs années de vie commune, et la malédiction se matérialise. A l’issue d’une éprouvante métamorphose, la belle redevient donc une impressionnante gargouille, créée par les maquilleurs de KNB. Assez curieusement, ce troisième segment reprend fidèlement la trame de l’épisode « La Femme des Neiges » du film à sketches nippon Kwaidan. Modeste succès outre-Atlantique, Darkside sortit sur nos écrans auréolé du Grand Prix du Festival d’Avoriaz, avant de sombrer dans un oubli un peu immérité.

 

© Gilles Penso

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HYPNOSE (1999)

David Koepp adapte un roman de Richard Matheson et offre un rôle en or à Kevin Bacon, confronté à d'effrayantes visions spectrales

STIR OF ECHOES

1999 – USA

Réalisé par David Koepp

Avec Kevin Bacon, Kathryn Erbe, Illeana Douglas, Kevin Dunn, Zachary David Cope, Conor O’Farrell, Eddie Bo Smith Jr

THEMA FANTÔMES

Richard Matheson est un écrivain talentueux, prolifique et très exigeant. Ainsi, hormis Quelque part dans le temps de Jeannot Szwarc, aucun des films tirés de ses romans (parmi lesquels on compte pourtant quelques chefs d’œuvre comme L’homme qui rétrécit) ne l’a pleinement satisfait. Sauf Hypnose, qui fait donc un peu figure d’exception. Il faut dire que David Koepp, scénariste à succès (La Mort vous va si bienJurassic Park) passant ici pour la seconde fois derrière la caméra, a tenu à respecter au maximum le texte initial tout en y injectant un style très personnel. Kevin Bacon, époustouflant, incarne Tom Witzky, un modeste ouvrier qui vit avec sa femme et son fils Jake dans un quartier populaire de Chicago. Un soir, au cours d’une fête organisée dans le voisinage, il défie sa belle-sœur Lisa (Illeana Douglas) de l’hypnotiser. La séance s’avère plus éprouvante que prévue, et Tom n’en ressort pas indemne. Désormais, il est frappé de visions effrayantes et hanté par l’image d’une jeune fille blafarde. Scénario en béton armé, réalisation impeccable, comédiens excellents, Hypnose est une réussite sur tous les tableaux et parvient même à éviter la comparaison avec Sixième Sens, sorti à peine un mois plus tôt sur les écrans américains, avec lequel il partage pourtant de nombreux points communs (y compris une partition signée James Newton Howard).

Par petites touches, Koepp nous présente ses personnages en profondeur, met en évidence la frustration d’un travailleur manuel qui espérait une vie moins banale, et inscrit son récit dans un contexte social très prégnant. L’une des idées passionnantes du film est d’admettre le postulat selon lequel la séance d’hypnose a ouvert une porte et révélé une sensibilité nouvelle que Tom n’aurait jamais cru posséder mais dont son fils semble naturellement doté, puisque dès la séquence d’introduction, nous le voyons parler avec Samantha, une amie imaginaire qui est en réalité le fantôme d’une jeune fille disparue. Kevin Bacon joue à merveille cet homme sans histoire qui se laisse gagner par l’obsession au-delà du raisonnable, obsession qui atteint son paroxysme lorsqu’il se met à creuser partout dans son jardin sans savoir ce qu’il y cherche. 

Élucider le passé pour préserver l'avenir

Pour avoir travaillé à plusieurs reprises avec Brian de Palma (il fut le scénariste de l’Impasse, Snake Eyes et Mission Impossible), David Koepp connaît l’efficacité des manipulations de l’espace-temps au sein du récit. Ainsi, l’objectif du protagoniste – et du spectateur – consiste non seulement à élucider le drame passé mais aussi à décrypter les visions prémonitoires qui l’assaillent. L’intrigue progresse ainsi comme une énigme éprouvante (Koepp parvient à effrayer ses spectateurs avec les choses les plus simples) jusqu’à un suspense final d’anthologie qui permet à toutes les pièces du puzzle de s’assembler avec une logique implacable. Au sommet de son art, le cinéaste se permet même quelques clins d’œil à l’œuvre de Richard Matheson, à travers le livre « L’Homme qui rétrécit » que lit la baby-sitter ou les extraits de La Nuit des Morts-Vivants (adaptation officieuse de « Je suis une légende ») que regarde Jake à la télévision.

 

© Gilles Penso

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SANS UN BRUIT (2018)

Dans un monde hanté par des créatures voraces et terrifiantes, le silence absolu est la seule clé de la survie…

A QUIET PLACE

2018 – USA

Réalisé par John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinski, Noah Jupe, Millicent Simmonds, Cade Woodward

THEMA EXTRA-TERRESTRES I SAGA SANS UN BRUIT

Partant du principe que les séquences les plus efficaces du cinéma d’horreur sont généralement celles qui se déroulent dans le silence, pendant les accalmies précédant les éclats de violence, les scénaristes Scott Beck et Bryan Woods ont développé l’idée d’un film dans lequel les protagonistes seraient obligés d’éviter de faire du bruit pour pouvoir survivre. Séduit par le concept, le studio Paramount achète cette première version d’un scénario qui sera finalement réécrit et réalisé par John Krasinski. Ce dernier, révélé dans la version américaine de la série The Office, tient le premier rôle de Sans un Bruit avec son épouse Emily Blunt. Tous deux incarnent les parents de trois enfants obligés de subsister dans un monde post-apocalyptique où vivent des créatures terrifiantes et aveugles qui attaquent et dévorent tout ce qui fait du bruit. Cette famille de rescapés a mis en place une routine lui permettant de mener la vie la plus paisible possible du moment que leurs faits et gestes se déroulent dans le silence. Mais une erreur ou un oubli sont inévitables, et les monstres qui rôdent guettent le moindre bruit pour fondre sur leurs proies… 

S’appuyant sur un concept fort, malin et plutôt audacieux, Sans un Bruit est un film quasiment dénué de dialogues. La bande son y occupe donc une place de premier ordre puisqu’elle en devient l’un des moteurs narratifs majeurs. Le silence est ici tellement présent que le moindre bruit prend dès lors une importance démesurée. Pas muet pour autant, le film de Krasinski laisse la musique de Marco Beltrami entretenir efficacement le suspense, le compositeur étant visiblement sous l’influence des travaux de Brad Fiedel pour Terminator 2Exploitant toutes les facettes possibles de son postulat, Sans un Bruit s’articule autour d’une série de séquences de suspense toutes plus intenses et éprouvantes les unes que les autres, l’intrigue elle-même étant volontairement réduite à sa plus simple expression. Œuvres d’ILM, les créatures surgissant régulièrement dans l’ombre des protagonistes sont d’autant plus réussies que leur morphologie est très difficile à appréhender dans un premier temps, un peu à la manière du monstre titanesque de Cloverfield

SIlencieux mais pas muet

Dommage que le film se sente obligé de les montrer de plus en plus distinctement, un parti-pris qui édulcore leur caractère terrifiant dans la mesure où l’impalpable fait toujours plus peur que ce qui est visible. Certaines scènes d’attaque de ces monstres évoquent Jurassic Park (on pense notamment à la scène du T-Rex sur la route et des vélociraptors dans la cuisine) et l’ambiance générale du film n’est pas sans faire penser à Signes de M. Night Shyamalan. Mais ces rémanences n’empêchent pas le film de posséder sa propre personnalité et surtout une singularité qui le fait agréablement sortir du lot. Produite par Michael Bay pour Platinum Dunes, voilà donc une série B efficace et extrêmement bien réalisée, mise en boîte après 26 jours de tournage et un important travail de post-production dirigé par le superviseur des effets visuels Scott Farrar (la saga TransformersA.I.Minority Report). Le film constitue une surprise d’autant plus forte qu’il entre en rupture avec les deux précédentes réalisations de Krasinski, les comédies Brief Interviews With Hideous Men et La Famille Hollar.

 

© Gilles Penso

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ÇA (1990)

L'adaptation ambitieuse d'un des plus fameux romans de Stephen King sous forme d'un téléfilm de trois heures

IT

1990 – USA

Réalisé par Tommy Lee Wallace

Avec Dennis Christopher, Tim Curry, Olivia Hussey, Annette O’Toole, John Ritter, Richard Thomas, Harry Anderson

THEMA DIABLES ET DÉMONS I CLOWNS I SAGA STEPHEN KING

Difficile tâche que d’adapter, “Ça“, un roman fleuve qui aura demandé à Stephen King quatre ans de travail acharné et dont l’épaisseur ne rebuta guère les lecteurs lors de sa sortie en 1986. Sous les atours de l’horreur surnaturelle, l’auteur évoque des travers très humains, notamment le racisme, l’homophobie et les violences faites aux femmes. C’est au scénariste Lawrence D. Cohen (Carrie) et au réalisateur Tommy Lee Wallace (Halloween 3) que revient la mission de transposer ce texte de plus de mille pages sous forme d’un téléfilm de trois heures. Les écueils d’une telle adaptation étaient légion. Comment rester fidèle à un livre aussi foisonnant ? D’autant que le format télévisé oblige à l’atténuation des passages les plus crus du roman et à une certaine édulcoration, sans compter les restrictions budgétaires empêchant l’emploi d’effets spéciaux haut de gamme. « Le roman de King est riche et épais, et mon respect pour le scénario de Lawrence D. Cohen a considérablement augmenté quand je me suis rendu compte du travail d’adaptation complexe auquel il s’était livré », nous raconte Tommy Lee Wallace. « Son scénario pour la seconde partie fonctionnait moins bien et nécessitait beaucoup de révision pour être fidèle à l’histoire telle que le roman la racontait – ce qui explique la présence de mon nom en tant qu’auteur au générique de la seconde partie. Larry n’avait pas la possibilité de venir à Vancouver pour travailler avec moi sur l’écriture, donc en tant que réalisateur, je me suis tourné vers la solution la plus pratique et la plus abordable : m’engager moi-même ! » (1)

Pour rendre l’adaptation viable, les deux hommes sont obligés de passer sous silence les passages les plus gore, les plus explicitement sexuels et les plus mystico-psychédéliques du roman. La réussite de Ça n’en est que plus remarquable. Adaptation oblige, le scénario reconstruit, raccourcit, mixe, inverse et invente des événements et des situations pour pouvoir fonctionner sur une durée limitée. Du coup, les événements s’enchaînent beaucoup plus vite que dans le livre et la profondeur des personnages et de leurs sentiments en souffre quelque peu. Le film parvient pourtant à rendre justice non seulement à la forme mais aussi à l’esprit du texte de King, resserrant même certains moments sans doute trop longs ou trop accessoires. Le nœud de l’intrigue reste le même, s’articulant autour d’une entité maléfique quitous les trente ans, revient jeter sa malédiction sur la ville de Derry et détruit ses enfants, sous les traits du clown Pennywise. 

Pennywise, le clown de l'enfer

Sobre mais très efficace, la mise en scène de Tommy Lee Wallace met en avant la performance des jeunes acteurs et du cabotin Tim Curry (Rocky Horror Picture ShowLegend) dans le rôle du clown maléfique. Chacune de ses apparitions est un choc, grâce au charisme indéniable du comédien aidé par les maquillages spéciaux de Bart J. Mixon. Le casting est justement l’un des points forts du film. Les enfants et leurs contreparties adultes, qui jouent un rôle clef dans la seconde partie du métrage, sont tous impeccables, restant fidèles à leurs modèles littéraires décrits par King. La scène des retrouvailles des anciens amis, qui ne s’étaient pas vus depuis près de trente ans, demeure d’ailleurs assez émouvante. « Nous avons choisi les adultes en premier, ce qui nous permettait de sélectionner les enfants en fonction d’eux », raconte le réalisateur. « Nous avons organisé des séances de répétition au cours desquelles les adultes et les enfants jouaient ensemble, ce qui permettait à chacun d’appréhender son personnage à l’âge de l’enfance et à l’âge adulte. Ils ont ainsi pu développer ensemble quelques tics de comportement, comme Stan qui tire sur son oreille ou le bégaiement de Bill. » (2) La réalisation de Wallace reflète par moments l’influence de John Carpenter auprès duquel il eut l’occasion de travailler (il fut le monteur de La Nuit des Masques et de Fog). Sa gestion de l’espace et du hors champ demeure remarquable, et son utilisation de la caméra mouvante autour des personnages donne parfois le vertige, notamment lors de la scène du repas dans le restaurant chinois. « Je sais que Stephen King a beaucoup apprécié le film », conclut Tommy Lee Wallace. « Comme moi, il aurait aimé des effets spéciaux plus performants et un meilleur budget, mais il nous a adressé de nombreux compliments, ce qui nous a fait chaud au cœur. » (3) Toujours aussi terrifiant malgré ses effets visuels un peu datés, le téléfilm de Tommy Lee Wallace est une indéniable réussite. Il sera retitré Il est revenu lors de ses diffusions en France.

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2016

 

© Gilles Penso

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LE SINGE DU DIABLE (1984)

Un petit garçon reçoit un cadeau redoutable : un petit singe qui provoque la mort dès qu'il frappe ses cymbales…

THE DEVIL’S GIFT

1984 – USA

Réalisé par Kenneth J. Berton

Avec Bob Mendelsohn, Vicki Saputo, Struan Robertson, Bruce Parry, Madelon Philips, J. Renee Gilbert, Marlene Ryan

THEMA JOUETS I SAGA STEPHEN KING

Si le scénario de ce film anecdotique est signé Hayden O’Hara, Jose Vergelin et Kenneth Berton, il s’agit pourtant d’un plagiat manifeste de la nouvelle Le Singe de Stephen King, parue initialement dans le magazine Gallery en 1980 puis rééditée dans le recueil Brume cinq ans plus tard. Cette petite histoire effrayante met en scène un singe mécanique joueur de cymbales qui provoque la mort dès que son mécanisme s’actionne. Les terreurs d’enfance, cheval de bataille de King, nourrissent très efficacement sa narration courte et nerveuse. En transposant officieusement le récit sous forme de long-métrage, Berton le fait commencer dans un manoir perdu au beau milieu d’une forêt sinistre balayée par les éclairs d’une nuit d’orage. Là, une vieille femme (Olwen Morgan) tente de communiquer avec une entité de l’au-delà à l’aide d’une tablette de ouija. Mais l’esprit s’emballe soudain et entre en possession d’un petit singe joueur de cymbales. Les yeux du jouet simiesque s’illuminent, ses cymbales s’entrechoquent, puis soudain un éclair (en dessin animé) frappe le manoir (une maquette) et tue la vieille femme. 

ELe scénario s’intéresse ensuite à David Andrews (Bob Mendelsohn), un père célibataire, à Susan (Vicky Saputo), sa petite amie, et à Michael (Struan Robertson), son jeune fils. Pour fêter les neuf ans du petit garçon, Susan lui offre un singe à cymbales qu’elle achète chez un antiquaire. C’est bien sûr le même que celui du prologue. Désormais, dès qu’il allume ses yeux et claque des cymbales, quelque chose ou quelqu’un meurt. L’hécatombe commence par une plante, puis une mouche, un poisson rouge, un chien… Bientôt, le singe semble prendre possession de Susan qui essaie de tuer Michael, tandis que David, soupçonneux, se renseigne sur les esprits auprès d’une voyante. Celle-ci lui conseille de se débarrasser du singe et lui donne un collier avec un pentagramme pour le protéger. Mais on ne se débarrasse pas comme ça d’un jouet maléfique… 

Un singe raccourci et recyclé

Très amateur dans sa mise en scène, sa photographie, son montage et son jeu d’acteurs, Le Singe du Diable est bourré de maladresses et souffre en outre de sérieuses pertes de rythme. Ça et là, quelques éléments de ce curieux métrage captent tout de même l’attention des spectateurs, notamment ces cauchemars récurrents de David imaginant son fils mort dans une baignoire ou découvrant un grand monstre velu qui l’attaque dans sa cuisine en lui crachant du sang au visage. Le final joue la carte du spectaculaire avec un tremblement de terre, un orage, de la foudre et un arbre déraciné, mais la pauvreté des moyens mis en œuvre reste flagrante. En 1996, Le Singe du Diable sera raccourci pour s’intégrer dans un film à sketches en deux parties, Les Nouvelles Aventures de Merlin l’EnchanteurErnest Borgnine y joue un grand-père racontant à son petit-fils deux histoires liées au fameux magicien, incarné par George Milan. Le film s’adressant à un public familial, les passages les plus « terrifiants » du Singe du Diable sont donc retirés et un happy end y est inséré, dans lequel Merlin récupère le singe qui avait été volé dans son atelier.

 

© Gilles Penso

LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE (1990)

Dans le souterrain d'une manufacture de textile, des ouvriers sont confrontés à une bête monstrueuse et affamée…

GRAVEYARD SHIFT

1990 – USA

Réalisé par Ralph S. Singleton

Avec David Andrews, Brad Dourif, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Robert Alan Beuth, Vic Polizos, Robert Alan Beuth

THEMA MAMMIFERES I SAGA STEPHEN KING

Ralph S. Singleton a un peu touché à tout à Hollywood depuis le début des années 70. Deuxième assistant réalisateur de Taxi Driver et des Trois Jours du Condor, directeur de production de la série Kojak et de La Folle Histoire du Monde, producteur associé de Simetierre, il réalise ici son premier long-métrage. Adaptation de la nouvelle « L’équipe de nuit » parue en 1978 dans le recueil « Danse Macabre », La Créature du Cimetière repose sur un scénario de John Esposito qui oublie en cours de route la plupart des salves anti-capitalistes du texte initial. Le taciturne John Hall (David Andrews) débarque dans la petite commune de Gate Falls, dans le Maine, et accepte un poste de nuit au broyeur de l’usine de textile qui jouxte le cimetière de la ville, suite à la mort mystérieuse de son prédécesseur. Le contremaître Warwick (Stephen Macht) s’avère être un sale type qui pratique allègrement le droit de cuissage. Une nuit, il charge un groupe d’ouvriers, dont Hall, de nettoyer les sous-sols de la vieille fabrique, qui ne l’ont pas été depuis Mathusalem. Armés de lances à incendie, nos hommes se heurtent à des hordes de rats qu’ils chassent comme ils peuvent et finissent par dénicher une trappe donnant sur une cave abandonnée. Il s’agit de l’antre d’une créature inconnue, jonchée d’ossements humains. 

Le monstre tant attendu par le spectateur tarde à se manifester : une griffe pas-ci, une queue par-là, un bout de museau… Il n’apparaît dans son intégralité qu’à cinq minutes de la fin, et encore dans l’ombre et l’humidité, façon Alien. Croisement contre-nature entre un rat et une chauve-souris, gros comme un éléphant, ce bestiau peu fréquentable a les allures de monstre médiéval, à mi-chemin entre la gargouille et le dragon, et dévore allègrement les ouvriers qui croisent son chemin. Etiré sur la durée d’un long-métrage (qui atteint pourtant à peine les 80 minutes), le récit imaginé par King perd beaucoup de son impact, et eut mérité à coup sûr une narration plus nerveuse. D’autant que, bizarrement, le scénario choisit de ne mettre en scène qu’un seul monstre – inventé de toutes pièces – au lieu de ceux décrits dans la nouvelle. 

L'antre du monstre

Restent quelques indéniables qualités formelles (notamment un décor glauque et suintant à souhait et une belle photographie jouant avec les contrastes, les zones d’ombre et le monochromatisme), un montage parfois percutant (le plan d’un ouvrier se faisant dévorer s’enchaîne avec celui d’une femme affichant la pancarte « on embauche ») et une poignée de clins d’œils aux fans de King (la fabrique s’appelle « Bachman Mills », l’héroïne Jane Wisconsky vient de Castle Rock). Au milieu d’un casting inconnu mais plutôt convaincant, qui donne corps à de nombreux personnages absents de la nouvelle originale, on reconnaît la trogne impayable de Brad Dourif. Dans le rôle d’un vétéran du Viêt-Nam reconverti à l’extermination de rats, ce dernier évoque d’un air illuminé ses souvenirs de guerre, à la manière de Robert Shaw expliquant sa haine des requins dans Les Dents de la Mer, et décrit avec un luxe de détails les tortures à base de rongeurs infligées à certains prisonniers !

© Gilles Penso

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