REBEL MOON – PARTIE 2 : L’ENTAILLEUSE (2024)

Le deuxième chapitre du space opera de Zack Snyder raconte la violente bataille opposant des villageois à un dictatorial empire galactique…

REBEL MOON – PART 2: THE SCARGIVER

 

2024 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Sofia Boutella, Djimon Hounsou, Ed Skrein, Michiel Huisman, Doona Bae, Ray Fisher, Anthony Hopkins, Staz Nair, Fra Free, Cleopatra Coleman, Stuart Martin

 

THEMA SPACE OPERA

Le second volet de l’épopée Rebel Moon concoctée par Zack Snyder pour Netflix (après que les dirigeants de Lucasfilm aient refusé d’intégrer les concepts du cinéaste à la saga Star Wars) raconte exactement ce que le premier opus annonçait : les préparatifs des villageois opprimés et des champions intergalactiques rameutés par la guerrière Kora (Sofia Boutella) pour faire front face à l’oppresseur impérial personnifié par le vil amiral Attikus Noble (Ed Skrein). La mécanique des Sept samouraïs et des Sept mercenaires est donc convoquée une fois de plus. Toujours aussi impressionnant dans le rôle de l’antagoniste, Skrein campe ici un super-vilain aux pouvoirs quasi-surnaturels, puisque son dernier affrontement avec Kora aurait logiquement dû lui faire passer l’arme à gauche. Ressuscité par les miracles technologiques de la Mère-Monde, il semble désormais indestructible, porteur d’une cicatrice au beau milieu de la poitrine qui justifie le sous-titre de cet épisode 2 : The Scargiver en V.O. (la « donneuse de cicatrice »), L’entailleuse en VF. Réfugiés parmi les fermiers de Veldt, les survivants de la bataille précédente s’échauffent donc en prévision du futur assaut de Noble et de ses troupes. C’est l’occasion pour chaque mercenaire de raconter en flash-back son passé et ses motivations dans ce combat imminent.

Fidèle à ses habitudes, Zack Snyder multiplie les séquences très graphiques, affirmant une volonté de stylisation qui dote certes le film d’une impeccable patine (le réalisateur signe lui-même la très belle photographie du métrage) mais confine souvent au maniérisme, d’autant que la dramaturgie ne justifie pas toujours ces abus d’ultra-ralentis, ces couchers de soleil de carte postale, ces angles de prises de vue insolites (la contre-plongée sur Djimon Hounsou depuis l’intérieur d’un tonneau plein d’eau, par exemple) ou cette bande originale envahissante chargée en vocalises orientalisantes qui appuie chacune des scènes bucoliques. À cette esthétisation quelque peu « forcée », Snyder ajoute des idées singulières mais parfois saugrenues qui privilégient l’originalité au détriment de la crédibilité, comme cet orchestre de chambre cagoulé qui reste imperturbable alors qu’une fusillade se déclenche et vire au massacre.

Plus d’un tour dans son Zack

Si l’influence de Star Wars est beaucoup moins prégnante dans ce second volet que dans le précédent, avec un déferlement de machines de guerre et de vaisseaux aux designs atypiques, la trame reste extrêmement basique et très prévisible. Peu concerné par cette spectaculaire échauffourée à cause de la caractérisation très primitive des belligérants, le spectateur se réfugie alors dans le spectacle pur dont on ne peut nier l’incroyable générosité. Très ouverte, la fin de cette deuxième partie laisse imaginer de nouvelles aventures et de nouvelles batailles. « J’aimerais beaucoup réaliser d’autres films autour de la saga Rebel Moon », déclarait Snyder quelques jours avant la diffusion de The Scargiver. « Attendons d’abord que le film sorte, y compris sa version director’s cut, et ensuite nous déciderons quoi faire » (1). Un montage plus long et plus violent (classé R aux États-Unis) est en effet prévu. Mais l’accueil de Rebel Moon – partie 2 ayant été particulièrement glacial (avec une virulence souvent exagérée de la part de certaines critiques), l’avenir de cette saga reste à ce jour très incertain.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans GamesRadar+ en avril 2024.

 

© Gilles Penso

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ODYSSEUS : VOYAGE AU CŒUR DES TÉNÈBRES (2008)

Découvert par le grand public grâce à La Momie, Arnold Vosloo joue le rôle d’Ulysse dans cette épopée mythologique fauchée…

ODYSSEUS AND THE ISLE OF THE MISTS / ODYSSEUS : VOYAGE TO THE UNDERWORLD

 

2008 – GB / CANADA / ROUMANIE

 

Réalisé par Terry Ingram

 

Avec Arnold Vosloo, Stefanie Von Pfetten, Randal Edwards, J.R. Bourne, Mike Antonakos, Steve Bacic, Leah Gibson, Sonya Salomaa, Perry Long

 

THEMA MYTHOLOGIE

Terry Ingram est un téléaste en activité depuis le milieu des années 90. Son travail intensif sur toutes sortes de séries TV (The Adventures of Sinbad, Total Recall 2010, Invasion planète Terre, Chérie j’ai rétréci les gosses, Mutant X) révélant une prédilection manifeste pour le genre fantastique, il était le candidat idéal pour mettre en scène Odysseus : voyage au cœur des ténèbres, une épopée mythologique à tout petit budget (1 100 000 dollars) tournée au Canada et en Roumanie et destinée à une diffusion sur Sci-Fi Channel. Pour jouer le rôle principal, la production engage Arnold Vosloo, second rôle efficace de 1492 : Christophe Colomb et Chasse à l’homme, remplaçant honnête de Liam Neeson dans Darkman II et Darkman III et surtout inoubliable Im-Ho-Tep dans La Momie de Stephen Sommers. Vosloo entre ici dans la peau d’Ulysse, tenant la vedette d’une aventure complètement imaginaire censée s’être déroulée en marge du récit de l’Odyssée. L’entame de ce téléfilm se révèle frustrante, puisque les dialogues évoquent l’histoire du cyclope Polyphème, des sirènes et des Lestrygons sans que jamais le public ait la possibilité de voir ces créatures fantasmagoriques. En effet, l’intrigue d’Odysseus : voyage au cœur des ténèbres se résume à un séjour sur « l’île de la brume », un lieu sinistre et mystérieux hanté par une nuée de démons volants.

Les monstres en question sont des espèces de gargouilles vampiriques en image de synthèse pas trop mal fichues, au regard du budget alloué à l’équipe des effets spéciaux (supervisée par Ian Cumming), et visiblement inspirées par les harpies de Jason et les Argonautes. Après avoir décimé la majorité de l’équipage, les démons prennent la poudre d’escampette et laissent les survivants s’aventurer dans une zone de l’île où vit une déesse séduisante et énigmatique (Stefanie Von Pfetten) qu’ils prennent pour une sirène mais qui s’avère être Perséphone, la reine des Enfers. Celle-ci accepte de soigner et protéger Ulysse et ses hommes s’ils l’aident à s’échapper de cette île, mais c’est un leurre. Comme notre héros l’apprend dans un de ses rêves où le visite la déesse Athena (Sonya Salomaa), Perséphone n’attend qu’une occasion pour asservir toute l’humanité. S’ils veulent vaincre le mal, nos héros vont devoir trouver « la croix du feu de l’enfer » (tout un programme) forgée par Héphaïstos et taillée par Appolon…

« La croix du feu de l’enfer »

Odysseus : voyage au cœur des ténèbres possède quelques atouts, le moindre n’étant pas Arnold Vosloo lui-même dont l’interprétation d’Ulysse reste très honorable. Le scénario a l’idée – inattendue et originale – d’intégrer dans l’équipage Homère en personne, ici présenté comme un simple scribe qui se met en tête de noter chacune des péripéties de cette aventure. Autres aspects intéressants : un climat d’angoisse réussi, quelques effets gore assez osés (les entrailles qui sortent des corps des victimes) et une poignée de dialogues intéressants. Mais tout ça ne vole pas très haut et la minceur du budget saute sans cesse aux yeux (dès l’apparition de cette petite douzaine d’acteurs censés représenter tous les marins au service d’Ulysse). L’intrigue elle-même s’avère franchement absurde et s’assortit d’éléments anachroniques bizarres, comme cette épée dorée d’allure médiévale après laquelle courent les héros. Ce « direct-to-video » est donc gentiment tombé dans l’oubli, et ce n’est que justice. De toutes façons, pour les cinéphiles férus de l’Odyssée, un seul film vaut véritablement le détour : le merveilleux Ulysse de Mario Camerini.

 

© Gilles Penso


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LA MASCOTTE (2023)

Une étudiante adopte un paresseux pour devenir populaire auprès de ses amies… mais l’animal est un tueur psychopathe !

SLOTHERHOUSE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Matthew Goodhue

 

Avec Lisa Ambalavanar, Sydney Craven, Andrew Horton, Bianca Beckles-Rose, Olivia Rouyre, Tiff Stevenson, Sutter Nolan, Milica Vrzic, Stefan Kapicic

 

THEMA MAMMIFÈRES

« Je ne vais pas mentir, nous avons trouvé le titre en quelques secondes », raconte le scénariste Brad Fowler. « Tout a commencé lorsque quelqu’un nous a demandé : “ Quelle est l’idée la plus stupide que vous puissiez avoir ? ”. Après avoir plaisanté pendant environ cinq minutes, non seulement le concept était né, mais aussi le titre » (1). Ce titre, Slotherhouse, est intraduisible en français, puisqu’il joue avec les mots « Sloth » (paresseux) et « Slaughterhouse » (abattoir). Les distributeurs français optent donc pour une appellation plus traditionnelle : La Mascotte. Co-écrit par Cady Lanigan et réalisé par Matthew Goodhue, ce slasher animalier cherche à rendre hommage au cinéma d’horreur des années 80 en s’appuyant sur deux de ses composantes clés : les étudiantes transformées en chair à saucisse et des effets spéciaux pratiques réalisés en direct face à la caméra. Pour trouver la juste tonalité, les trois hommes tentent un cocktail d’influences singulier. « Nous voulions que notre film soit un mélange de Lolita malgré moi et de Happy Birthdead avec une touche de Gremlins », explique ainsi Lanigan, « en espérant que tous ces éléments ressortent dans le résultat final » (2). En voyant La Mascotte, on décèle en effet ces sources d’inspiration composites, même si nous sommes face à un OVNI singulier qui aurait tendance à échapper aux comparaisons.

L’héroïne de La Mascotte est Emily Young (Lisa Ambalavanar), étudiante en dernière année dont la mère fut jadis une présidente de sororité très populaire. La favorite à la présidence des Sigma Lambda Theta, cette année, est l’odieuse Brianna (Sydney Craven) qui semble rallier tous les suffrages. Mais le jour où Emily tombe par hasard sur un paresseux femelle ramené du Panama par une équipe de braconniers, elle en fait sa mascotte et voit soudain sa cote de popularité grimper en flèche. L’idée lui vient alors de se présenter face à Brianna. Tandis que la rivalité entre les deux jeunes filles crée des tensions nouvelles et que la date de l’élection approche, le sympathique petit paresseux, baptisé Alpha, révèle sa véritable nature : c’est un monstre assoiffé de sang doté d’une redoutable intelligence…

Des poils et des griffes

Même si La Mascotte n’invite pas ses spectateurs à se prendre au sérieux, une bonne dose de suspension d’incrédulité s’avère nécessaire pour croire aux exactions de cette créature dont rien ne justifie le comportement agressif et vengeur, ni la force et l’intelligence quasi-surnaturelles. Car la bête se montre capable d’utiliser l’électricité et la plomberie, de faire des recherches sur Internet, d’envoyer des SMS et des photos sur un smartphone et même de conduire une voiture ! On voit bien que le film n’obéit à aucune autre logique que celle d’exploiter son concept fou, avec en prime quelques dialogues surlignant le caractère absurde de l’intrigue, comme l’inénarrable « on va toutes mourir dans d’atroces souffrances à cause d’une tueuse trop mignonne ! » Pour autant, le ton de La Mascotte n’est pas tout à fait celui d’une parodie potache truffée de gags. L’approche est certes légère mais reste positionnée la plupart du temps au premier degré, ce qui surprend dans la mesure où l’enjeu dramatique principal – l’élection de la future présidente de la sororité – nous laisse parfaitement de marbre. Un petit discours gentiment moralisateur autour de la quête de popularité et des amitiés superficielles émerge certes en filigrane du scénario, assorti d’un jeu régulier sur l’esthétique des réseaux sociaux (affichage de fenêtres d’informations en pop-up, d’émoticones, de messages, de photos), mais cet aspect reste anecdotique. La Mascotte a en tout cas le mérite de solliciter une créature 100% animatronique (même si la marionnette souffre d’un certain statisme et de mouvements pas toujours très fluides) et de soigner tout particulièrement sa mise en forme, avec en prime une très belle bande originale signée Sam Ewing.

 

(1) et (2) Extrait d’une interview publiée dans « Forbes » en aout 2023.

 

© Gilles Penso


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LA GORGONE (1964)

Peter Cushing et Christopher Lee font face à un monstre mythologique dans ce conte fantastique signé Terence Fisher…

THE GORGON

 

1964 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Barbara Shelley, Peter Cushing, Christopher Lee, Richard Pasco, Prudence Hyman, Michael Goodliffe, Patrick Troughton

 

THEMA MYTHOLOGIE

Au milieu des années soixante, les studios Hammer ont déjà bien exploité le filon des monstres classiques d’Universal, notamment Dracula, Frankenstein, la Momie et le Loup-Garou. Même si ces créatures immortelles séviront encore pendant une bonne dizaine d’années sous les bons auspices de la firme britannique, celle-ci se met en quête de nouvelles sources d’inspiration, histoire de renouveler un peu son bestiaire. D’où la mise en scène de la Gorgone, un monstre femelle tiré de la mythologie grecque, que Terence Fisher et son équipe s’efforcent de transporter dans le contexte britannique victorien cher aux productions Hammer. « Parmi les films que j’ai réalisés, il y a en a beaucoup que je n’aime pas, mais je dois avouer être très fier de La Gorgone parce qu’il s’appuie plus sur la poésie et le fantastique que sur l’horreur », affirmait à l’époque le réalisateur (1). Le scénariste John Gilling se révèlera moins enthousiaste quelques années plus tard, chagrin que l’auteur et producteur Anthony Hinds ait réécrit toute la scène d’introduction. « Il a changé une grande partie du dialogue et a massacré ce qui, à mon avis, aurait pu être un très bon film », déclarait-il (2). Sans être aussi sévère que Gilling, nous aurions effectivement tendance à constater que le potentiel de La Gorgone n’est pas exploité à son maximum, malgré ses grandes qualités.

Nous sommes au début des années 1900. Lorsque son père et son frère meurent dans des circonstances mystérieuses, Paul Heitz (Richard Pasco) se rend dans une petite ville pour comprendre ce qui se passe. Il constate rapidement que les villageois se méfient des étrangers et vivent dans la peur d’une sorte de malédiction, tout particulièrement les nuits de pleine lune. Ces craintes seraient liées à la légende de Megara, une Gorgone si hideuse qu’il suffit de la regarder pour être transformé en pierre. Bientôt, notre homme fait la rencontre de deux éminents professeurs campés par les deux stars de la compagnie Hammer, en l’occurrence Christopher Lee et Peter Cushing. Le premier joue l’excentrique Karl Meister, qui cherche à percer le mystère de la région. Le second incarne Namaroff, un homme qui semble en savoir plus qu’il n’en dit et dont le comportement très possessif à l’égard de sa jeune assistante Carla Hoffman (Barbara Shelley) semble cacher quelque chose…

« Elle est libre, désormais… »

La Gorgone regorge de séquences fortes (la transformation progressive d’un homme en statue de pierre, les panoramas du vieux château gothique dont la maquette servit également dans L’Empreinte de Frankenstein), mais il faut bien avouer que le look du monstre vedette, interprété par Prudence Heyman, n’a rien de bien convaincant. Malgré les astuces de mise en scène de Terence Fisher (via des jeux de reflets dans l’eau ou dans un miroir déformant), le maquillage est très sommaire et les serpents en plastique qui remuent mollement sur sa tête sont plus risibles qu’effrayants. Barbara Shelley avait pourtant proposé au producteur Anthony Nelson Keys de jouer elle-même la Gorgone et de porter une perruque spéciale agrémentée de vrais serpents, mais cette idée fut rejetée à cause des complications techniques qu’elle laissait augurer. Bien sûr, face au résultat final, Keys admit qu’il aurait dû écouter son actrice principale. Christopher Lee se fendra à ce propos d’une remarque cinglante : « La seule chose qui ne va pas dans La Gorgone, c’est la Gorgone ! » Il n’empêche que c’est lui qui a droit à la réplique finale, après avoir enfin vaincu la créature victime d’un sort funeste. « Elle est libre, désormais… », dit-il tristement. Lors de sa sortie, le film fut exploité en double programme avec Les Maléfices de la momie.

 

(1) Extrait d’un entretien avec Michael Caen publié dans « Midi Minuit Fantastique » en décembre 1964.

(2) Extrait d’un entretien publié dans « Little Shop of Horrors » en avril 1978.

 

© Gilles Penso


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HERCULE L’INVINCIBLE (1964)

Dans ce péplum fantastique délirant, Hercule affronte un lion apathique, un dragon bizarre, un ours, des éléphants et un volcan en éruption…

ERCOLE L’INVINCIBILE

 

1964 – ITALIE

 

Réalisé par Alvaro Mancori

 

Avec Dan Vadis, Spela Rozin, Carla Calo, Ken Clark, Maria Fiore, Ugo Sasso, Howard Ross, Olga Solbelli, Alberto Cevenini, Rosemarie Lindt, Kriss Moss

 

THEMA MYTHOLOGIE

En vingt ans de carrière, Dan Vadis aura joué les gros bras dans tous les films passant à sa portée : péplums, westerns, aventure, comédie, action… Il apparaît même – sans en être crédité – au générique du Corniaud aux côtés de Louis de Funès et Bourvil. Hercule l’invicible est son cinquième long-métrage, après Maciste contre les géants, Ursus le rebelle, Les Pirates du Mississipi et Les Dix gladiateurs. Il y incarne Ursus, réincarnation du célèbre demi-dieu Hercule. Au tout début de cet improbable long-métrage mythologique, une jolie fille ingénue, Teica (Spela Rozin), échappe à la surveillance de sa chaperonne pour aller se baigner. Mais alors qu’elle se dévêt (le reflet de l’eau masquant à peine sa poitrine dénudée, ce qui s’avère assez osé pour un film tout public de l’époque), un lion agressif surgit. Pas de problème : le massif Ursus, qui s’abreuvait justement dans le coin, intervient. Le combat qui s’ensuit est d’une incroyable mollesse, l’homme et le fauve donnant plus l’impression de se câliner que de s’affronter. Mais Ursus est un sensible, et la folle bataille contre l’animal l’a épuisé. La belle le ramène alors au village dont le roi n’est autre que son père. Or selon la coutume, celui qui sauve une fille dans cette communauté a le droit de l’épouser. « C’est formidable ! » s’écrie Ursus en se pourléchant les babines, avant d’apprendre que cette règle ne s’applique pas à la fille du roi. Bigre !

Hercule l’invincible s’affirme ainsi comme un sommet de kitscherie non dénué d’autodérision. Alors que notre musculeux héros boude dans son coin, déçu d’avoir raté une bonne occasion d’épouser la belle Teica, une lueur d’espoir surgit soudain. En effet, s’il tue le dragon qui terrorise la région et ramène comme preuve une dent de sa mâchoire, cette histoire de mariage pourra se renégocier. Notre Hercule prend donc conseil auprès d’une prêtresse grandiloquente qui le dote d’une lance spéciale, au milieu d’une belle nappe de fumigènes, puis monte sur un rocher pour attraper une toison accrochée à un arbre. Mais le rocher se met soudain à bouger : c’est le dragon, autrement dit un homme dans un costume ridicule qui se redresse, fait tomber toutes les feuilles qui le recouvraient et fait face à Hercule. Son corps ressemble vaguement à celui d’un tyrannosaure, sa bouche à celle d’un phacochère et ses bras à ceux d’un paresseux. Le combat lui-même ne dure que quelques secondes, puisque ce monstre évasif est immédiatement terrassé lorsqu’Hercule lui envoie une lance en travers de la gorge. Embarrassé par cette séquence de combat grotesque, le distributeur Embassy Pictures la supprimera sans vergogne et la remplacera par celle – légèrement plus convaincante – des Travaux d’Hercule avec Steve Reeves pour la sortie d’Hercule l’invincible sur le territoire américain (sous le titre Hercules Against the Elephant’s Empire).

Rebondissements invraisemblables

La suite des péripéties du long-métrage d’Alvaro Mancori multiplie les rebondissements invraisemblables. Car après être revenu triomphant de ce combat, la dent de dragon à la main, prêt à passer la bague au doigt de sa promise, Ursus doit renverser les hommes qui veulent usurper le trône sous les ordres d’une reine maléfique (Carla Calo), sauver le village, affronter un ours, éviter d’être écartelé par des éléphants auxquels on l’a enchaîné ou encore échapper à un cataclysme de lave et de feu qui menace de l’engloutir, le tout avec l’aide d’un faire-valoir peureux et – censément – comique. Signé sous le pseudonyme américain d’Al World, Hercule l’invincible ne sera pas le succès escompté, la grande mode des super-héros antiques torse-nu étant alors en train de décliner. On note pour l’anecdote que le montage du film est signé par un certain Franck Boberston, un pseudonyme derrière lequel se cache Franco Fraticelli, futur monteur attitré de Dario Argento (à l’œuvre sur Cinq jours à Milan, Les Frissons de l’angoisse, Suspiria, Inferno, Ténèbres, Phenomena et Terreur à l’opéra, ainsi que sur les deux Démons de Lamberto Bava et sur Dellamorte Dellamore de Michele Soavi).

 

© Gilles Penso


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S.O.S. FANTÔMES : LA MENACE DE GLACE (2024)

Les héros de S.O.S. fantômes : l’héritage se joignent au casting du premier film de la franchise pour affronter une nouvelle entité démoniaque…

GHOSTBUSTERS : FROZEN EMPIRE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Gil Kenan

 

Avec Paul Rudd, Carrie Coon, Finn Wolfhard, McKenna Grace, Kumail Nanjiani, Patton Oswalt, Celeste O’Connor, Dan Aykroyd, Bill Murray, Ernie Hudson

 

THEMA FANTÔMES I SAGA S.O.S. FANTÔMES

Après la tentative ratée de redémarrage de la franchise Ghostbusters en 2016, sous la direction de Paul Feig, les chasseurs de fantômes imaginés par Ivan Reitman et Dan Aykroyd eurent droit à une seconde chance couronnée de succès avec S.O.S. fantômes : l’héritage en 2021. Le studio Columbia n’allait évidemment pas en rester là. Un nouvel opus est donc annoncé dès l’année suivante sous le titre provisoire de Ghostbusters : Firehouse (en référence à la caserne de pompiers newyorkaise qui sert de Q.G. aux casseurs de fantômes). Le réalisateur envisagé est toujours Jason Reitman, qui cède finalement sa place à Gil Kenan (Monster House, le Poltergeist de 2015) tout en restant attaché au film en tant que scénariste et producteur. Rebaptisé officiellement Ghostbusters : the Frozen Empire, le cinquième long-métrage de la franchise marque plusieurs anniversaires : les 40 ans de la sortie du premier Ghostbusters, les dix ans de la disparition d’Harold Ramis et le siècle d’existence de Columbia Pictures. Sans compter le décès tout récent d’Ivan Reitman. Pour se montrer à la hauteur d’un tel patrimoine, le film de Kenan s’efforce de trouver le juste équilibre entre l’univers des deux premiers épisodes de la saga (le retour d’une grande partie du casting des années 80, la relocalisation de l’action à New York) et celui bâti dans S.O.S. fantômes : l’héritage.

C’était à craindre : à trop vouloir remplir son cahier des charges en cochant sagement toutes ses cases, ce Ghostbusters part dans tous les sens et joue la carte de l’accumulation, calculant savamment chacun de ses traits d’humour au lieu de se laisser aller à la moindre spontanéité, donnant finalement au spectateur exactement ce qu’il attend sans lui offrir la moindre surprise voire un quelconque grain de folie digne de ce nom. L’embarras nous saisit d’emblée, face à ce scénario flottant qui n’en finit plus de mettre en place les éléments de son intrigue : les dégâts causés par les Ghostbusters dans la ville de New York occasionnant de sévères remontrances de la municipalité, l’amitié naissante entre Phoebe (McKenna Grace) et une triste fantômette, la découverte d’un ancien orbe qui semble abriter une force redoutable, la création d’une unité de recherche parapsychologique équipée d’un matériel high-tech, la révélation des pouvoirs pyrokinétiques d’un simple commerçant de quartier… Toutes ces péripéties s’imbriquent laborieusement les unes aux autres, et si le film s’émaille de quelques séquences fantastiques amusantes (notamment les élucubrations d’une entité qui possède les objets et se réfugie dans la statue d’un lion), il faut attendre les vingt dernières minutes pour que les choses démarrent vraiment !

Pas assez givré, malgré son titre…

Entre son interminable entrée en matière et son climax bâclé, il ne se passe rien de bien palpitant dans ce S.O.S. fantômes à peu près aussi anecdotique qu’un épisode de la série animée The Real Ghostbusters qui aurait été rallongé artificiellement pour pouvoir durer 100 minutes. C’est d’autant plus dommage que certains passages (comme le surgissement du tsunami glacé sur la plage, élément clé de la bande annonce qui semble puiser son inspiration dans Les Dents de la mer et Abyss) ne mènent nulle part et sont expédiés à la va-vite. Indécis quant à la tonalité à adopter, empêtré dans des clins d’œil hors-sujet (« Retourne à Narnia ! », « Il nous faut un plus gros piège »), S.O.S. fantômes : la menace de glace ressemble finalement à son poster : surchargé, peu digeste et noyé dans la masse de ses propres contradictions. Rien ne le distingue finalement d’un film Marvel lambda qui aurait oublié toute ambition artistique au profit d’une avalanche de « fan service » destinée à procurer au public un plaisir immédiat et temporaire. Voilà en tout cas une belle occasion de revoir sensiblement à la hausse le S.O.S. fantômes 2 que Reitman réalisa en 1989 et qui, à l’époque, s’était révélé décevant.

 

© Gilles Penso

 

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CIVIL WAR (2024)

Le réalisateur d’Ex Machina plonge le peuple américain dans une violente guerre civile dont le réalisme fait froid dans le dos…

CIVIL WAR

 

2024 – USA

 

Réalisé par Alex Garland

 

Avec Nick Offerman, Kirsten Dunst, Wagner Moura, Jefferson White, Nelson Lee, Evan Lai, Cailee Spaeny, Stephen McKinley Henderson, Vince Pisani

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Jusqu’à il y a peu, les moteurs de recherche proposaient comme résultat pour le film Civil War le populaire épisode du MCU où les iconiques Avengers se divisaient entre les partisans de Captain America, qui privilégiaient l’indépendance, et ceux qui soutenaient le choix d’Iron Man de se ranger du côté du gouvernement. Le quatrième film d’Alex Garland est venu changer la donne depuis son avant-première mondiale au SXSW Festival d’Austin en mars 2024. En effet, malgré une classification R (Restricted) par la MPA, la jauge de popularité penche désormais en sa faveur avec un week-end de démarrage fulgurant qui le classe en tête du box-office américain. Situé dans un futur proche dont il est difficile de se distancier dans l’état du monde actuel, cette dystopie au rythme haletant, glaçante de bout en bout, est paradoxalement aussi un hymne à la vie qui célèbre et questionne l’éthique journalistique et les grands reporters de guerre. Sans préambule, le film nous projette en plein chaos sur le continent américain où la fiction extrapole les peurs du moment, dans l’attente de la soixantième élection présidentielle qui divise dramatiquement le pays de la liberté d’expression. Ici le non-respect de la Constitution a viré au cauchemar lorsque le président en place (Nick Offerman), après avoir aboli le FBI, a violé la loi en se représentant pour un troisième mandat. C’est alors qu’un couple de journalistes aguerris, Lee Smith (Kirsten Dunst) et Joel McCullin (Wagner Moura), décide de braver émeutes et dangers pour couvrir le conflit et éventuellement obtenir une interview. Avec réticence, ils embarquent avec eux un vétéran journaliste ,Sammy (Stephen Henderson, interprète de Thufir Hawat dans Dune), et Jessie (Cailee Spaeny), une jeune admiratrice de Lee.

Le quatuor multigénérationnel prend donc la route de New York à Washington D.C., dans un contexte où chacun semble armé jusqu’aux dents et prêt à tirer à vue sur quiconque se présente à lui. Ce n’est donc pas une menace extérieure ni étrangère qui ravage le mainland des Etats-Unis disloqués mais, comme le titre du film l’indique, une guerre civile qui fait écho de façon par trop réaliste au choc civilisationnel qu’a été dans la réalité l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, lorsque le président sortant a encouragé ses supporters (à l’appel de « Save America ») à contester par tous les moyens les résultats de l’élection américaine de 2020. Pour autant, si les oppositions idéologiques et les violentes émeutes de l’actualité sont de toute évidence une source d’inspiration concernant le contexte fictionnel du film, le propos d’Alex Garland n’est pas tant de dresser un tableau anxiogène qui exacerbe la montée des extrêmes en confrontant les USA à ses propres démons. Le film se positionne avant tout pour défendre avec force ce qui reste le garant d’une saine démocratie : le droit à l’information fiable et objective d’une presse libre et indépendante. Si les portraits d’un président autocratique et d’états qui font sécession nous ramènent à l’inquiétude face à la politique contemporaine, le réalisateur britannique brouille les pistes pour éviter le piège du manichéisme qui ne ferait que renforcer les divisions déchirant les états du nord au sud et d’est en ouest. Il imagine donc pour sa fiction une seconde guerre civile, comme l’avait fait Joe Dante avant lui sur le ton de la comédie, mais qui ici fait rage. Surtout, il oppose d’un côté les forces rebelles de l’Ouest qui rallient la Californie et le Texas, rejointes par la Floride et soutenues par l’armée officielle, et de l’autre les milices gouvernementales du pouvoir fédéral. Dans ce marasme où tout le monde se ressemble et où chacun peine à identifier qui est un ennemi ou un allié (ce qui rajoute à l’absurdité de la situation) règne la loi de la jungle avec pour seul mot d’ordre : « Quelqu’un veut nous tuer, on le tue ».

God Bless America !

Cette atmosphère apocalyptique et primaire renvoie également d’une façon non anodine à celle des jeux de survie en équipe en ligne (Garland a également participé à l’écriture du scénario de « Enslaved : Journey to the West » sorti sur Playstation 3 et Xbox 360 en 2010) Et on peut voir plus qu’une coïncidence du calendrier dans le fait que d’autres films comme Knit’s Island ou The Sweet East traitent en même temps de l’inquiétude face au possible déclin d’une civilisation que l’on pensait garante des valeurs de liberté, et du système démocratique que l’on croyait le plus à même de la protéger. Kirsten Dunst, que la maternité et la vie familiale avaient provisoirement écartée des écrans, fait ici un retour triomphal dans ce rôle de reporter de guerre rappelant les grandes figures historiques du photojournalisme, à commencer par ses illustres pionnières comme Gerda Taro et Lee Miller à qui la protagoniste principale emprunte son prénom, tandis que le personnage de Joel s’inspire de Don McCullin. La démesure triomphe dans un final à la Scarface de Brian de Palma, dont le scénario était signé par Oliver Stone. Il n’est donc pas si étrange que le réalisme exalté et romanesque du film évoque Salvador (1986), l’un des meilleurs films du réalisateur de Platoon, et qu’une filiation transparaisse entre ces fictions qui lorgnent vers le documentaire politique. Si Civil War effraie par son déferlement de violence et n’est donc pas destiné à tous les publics, il devrait agir sur les consciences en tant que mise en garde de cette possible escalade des violences dont nous ne connaissons que trop bien les conséquences.

 

© Quélou Parente

 

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L’ÉNIGME DU SPHINX (2008)

Un couple d’aventuriers improbables se met en quête de pierres magiques et fait face à un redoutable monstre volant…

RIDDLES OF THE SPHINX

 

2008 – USA

 

Réalisé par George Mendeluk

 

Avec Dina Meyer, Lochlyn Munro, Mackenzie Gray, Donnelly Rhodes, Caity Babcock, Donovan Cerminara, Emily Tenant

 

THEMA MYTHOLOGIE

Des « creature features » de piètre qualité, il en existe des tonnes, et c’est souvent avec un plaisir coupable que l’on découvre ces productions fauchées aux scénarios anémiques et aux monstres féroces auxquels de médiocres images de synthèse s’efforcent de donner vie. Mais dans le domaine du grotesque, L’Énigme du Sphinx place la barre assez haut. Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que les auteurs se soient totalement pris au sérieux en imaginant cette improbable « épopée » mythologique. Qu’on en juge : un timide professeur d’histoire qui adopte la panoplie complète d’Indiana Jones (Lochlyn Scary Movie Munro, parfaitement insipide) et une belle employée du gouvernement qui se prend pour Lara Croft (Dina Starship Troopers Meyer, qu’on regrette de voir tomber si bas) parcourent les quatre coins du monde à bord d’un jet, flanqués de leur supérieur taciturne et d’une adolescente qui sait tout grâce à sa console portable. Leur mission : rapporter un certain nombre de pierres magiques avant qu’une redoutable épidémie ne s’abatte sur l’humanité.

Quant au Sphinx du titre, il s’agit d’une espèce de démon au corps de lion et aux ailes de rapace qui pousse de vilains grognements, traverse les cieux, étripe les humains qui passent à portée à coups de griffes, puis se transforme régulièrement en catcheur grimaçant. La logique de sa présence dans l’intrigue, tout comme l’intérêt scénaristique de ses exactions, nous échappent quelque peu. Pas moins de trois scénaristes unirent pourtant leurs efforts pour concocter cette « chose » : Brook Durham et Kevin Leeson (à qui nous devons le peu glorieux Odysseus : Voyage au cœur des ténèbres) et le nouveau venu Jacob Eskander, le trio s’emmêlant les pinceaux en mixant à la va vite les mythes grecs et égyptiens en un curieux imbroglio. Et c’est d’ailleurs Ian Cumming (le même Odysseus, ainsi que Mammouth et quelques épisodes d’Alias et Lost) qui est chargé ici de concevoir la créature vedette.

Un mythe tout mité

Plutôt réussie au regard du budget du film (deux millions de dollars), la bébête n’a hélas pas grand-chose à voir avec son modèle antique, qui poussait les hommes dans leurs retranchements en les soumettant à des « devinettes » souvent insolubles. Ici, le Sphinx se contente de tout détruire sur son passage et ne constitue finalement qu’une menace physique (avec au passage quelques écarts gore furtifs mais surprenants), les énigmes étant maladroitement disséminées sous forme de pièges que nos héros doivent franchir au péril de leur vie. Les dialogues se surchargent de références historiques et symboliques assénées sous forme d’interminables monologues, comme si les protagonistes se croyaient dans une variante du Da Vinci Code. Pour pimenter quelque peu les choses, un traître se glisse sournoisement dans le récit. Mais étant donné que son identité se devine en quelques minutes, c’est un doux euphémisme d’affirmer que le piment manque de piquant. Un climax d’une grande absurdité parachève le massacre. Finalement, L’Énigme du Sphinx réside dans les raisons qui ont poussé les producteurs à investir dans un tel projet…

 

© Gilles Penso


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PERSÉE L’INVINCIBLE (1963)

Une relecture spectaculaire d’un des plus célèbres épisodes de la mythologie, riche en batailles épiques et en monstres agressifs…

PERSEO L’INVICIBILE

 

1963 – ITALIE

 

Réalisé par Alberto de Martino

 

Avec Richard Harrison, Arturo Dominici, Anna Ranalli, Leo Anchoriz, Antonio Molino Rojo, Roberto Camardiel, Elisa Cegani, Angel Jordan, Fernando Liger

 

THEMA MYTHOLOGIE

Pour son troisième long-métrage, Alberto de Martino (futur réalisateur de L’Antéchrist et Holocaust 2000) décide de profiter de la grande popularité des péplums italiens pour s’attaquer à la légende de Persée, l’homme qui osa défier la redoutable Méduse dans la mythologie grecque (et dont Ray Harryhausen allait conter l’histoire avec panache dans Le Choc des Titans). Persée l’invincible commence par une scène de guerre entre les cités d’Argos et Seriphos. Tombés dans une embuscade tendue par l’armée rivale, Alcée (Angel Jordan) et ses hommes sont en déroute. Un malheur n’arrivant jamais seul, voici qu’un dragon surgi des eaux leur barre la route. Cette création mécanique grandeur nature signée Carlo Rambaldi (l’homme qui concevra les aliens de Rencontres du troisième type et d’E.T.) nous rappelle à plus petite échelle le dragon qu’affrontait Siegfried dans Les Nibelungen et permet au film de démarrer d’emblée sur une note spectaculaire et fantastique. La bataille entre le monstre et le berger Persée (Richard Harrison) bénéficie d’une mise en scène et d’un montage efficaces qui permettent de contourner habilement les limitations techniques de la marionnette. La mise à mort du dragon, en revanche, s’avère frustrante, dans la mesure où le combat s’achève sous l’eau dans la confusion la plus totale.

Battant en retraite, nos hommes ne sont pas au bout de leurs peines, puisque les voilà égarés dans la vallée des pétrifiés, un magnifique décor surréaliste prolongé par une peinture sur verre. Là surgit la Méduse qui les transforme en statues de pierre. Faisant fi des représentations traditionnelles de la créature, celle du film (toujours signée Rambaldi) prend les allures d’une sorte d’arbre vivant qui marche, affublé d’un œil unique et lumineux. Original à défaut d’être pleinement convaincant, ce design audacieux montre des limites que ne connaîtra pas la superbe gorgone animée en 1981 par Harryhausen. Mais l’on sait Rambaldi peu amateur de stop-motion. « Je n’aime pas l’image par image, je trouve que ça ne donne pas de bons résultats », affirmait-il quelques décennies plus tard. « Le plus grand animateur du monde, Ray Harryhausen, n’a jamais gagné d’Oscar. Il est arrivé à un maximum et il manque toujours à ses réalisations un petit quelque chose, un certain réalisme » (1). Oscar ou pas, les monstres du Choc des Titans enfoncent bien sûr ceux de Persée l’invincible, et c’est par pure charité que nous éviterons de comparer le King Kong en stop-motion de 1933 à la version conçue par Rambaldi en 1976. Mais revenons à nos guerriers antiques…

L’œil de la Méduse

Après avoir exhibé ses deux monstres principaux, le film d’Alberto de Martino se concentre sur des péripéties plus triviales : Persée qui tombe amoureux d’Andromède (Anna Ranalli), son rival Galenor (Leo Anchoriz) qui fomente des plans de domination en ricanant sous cape, des histoires rocambolesques de trahisons, d’usurpation de trône et de soulèvement des opprimés… Le tout s’achemine vers une bataille finale entre Argos et Seriphos riche en rebondissements. Machines de guerre, chevaux par centaines, catapultes, huile chaude, portes enfoncées, figuration abondante, la production dépense sans compter pour que le spectateur en ait pour son argent, mettant à contribution de superbes décors édifiés sur les plateaux de Cinecitta. Parallèlement à ce combat à grande échelle, Persée s’en va affronter la Méduse pour ramener à la vie ses victimes et gonfler ainsi les rangs de l’armée de Seriphos. Persée l’invincible ne manque donc pas d’attrait, même si la plus belle de toutes les transpositions à l’écran de la mythologie grecque demeure Jason et les Argonautes de Don Chaffey, sorti sur les écrans la même année. Aux États-Unis, le film est connu sous le titre fantaisiste de Medusa Against The Son of Hercules.

 

(1) Extrait d’un entretien avec Yves-Marie Le Bescond publié dans Mad Movies en avril 1985.

 

© Gilles Penso


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STOPMOTION (2023)

Une jeune femme s’isole pour réaliser un film d’animation avec des personnages inquiétants qui viennent bientôt la hanter…

STOPMOTION

 

2023 – GB

 

Réalisé par Robert Morgan

 

Avec Aisling Franciosi, Stella Gonet, Tom York, Caoilinn Springall, James Swanton, Joshua J. Parker, Jaz Hutchins, Bridgitta Roy

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Généralement, la stop-motion (ou animation image par image) est associée aux contes fantastiques et aux univers fantasmagoriques : la jungle préhistorique de King Kong, les épopées mythologiques de Ray Harryhausen, les tableaux surréalistes de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, les aventures délirantes de Wallace et Gromit… Mais chez Robert Morgan, cette technique joyeusement artisanale se mue en vecteur de cauchemar, de névrose et d’horreur. Après avoir réalisé une quinzaine de courts-métrages, dont deux pour les films d’anthologie Small Gauge Trauma et The ABCs of Death 2, Morgan passe au format long et nous prend ainsi par surprise en s’appuyant sur un scénario qu’il a co-écrit avec Robin King. De fait, Stopmotion ne ressemble à rien de connu. Dès l’entame, le visage d’une jeune femme, éclairé de manière intermittente par une lumière stroboscopique, adopte alternativement des traits avenants ou menaçants, joyeux ou tourmentés. Les mouvements sont saccadés, comme si elle était elle-même animée image par image. Non contente de plonger immédiatement le spectateur dans un sentiment d’inconfort, cette entrée en matière dessine déjà le motif récurrent du premier long-métrage de Robert Morgan, que l’on pourrait trivialement résumer ainsi : « l’animatrice animée ».

Stopmotion raconte l’histoire d’Ella Blake (Aisling Franciosi) dont la mère, paralysée par l’arthrite, n’est plus capable de réaliser les courts-métrages d’animation dont elle était jusqu’alors une experte. Sa dernière œuvre, un étrange récit mettant en scène des cyclopes, reste donc inachevée. À moins qu’Ella ne soit capable de prendre la relève et de terminer ce film ultime à sa place. Lorsque la vieille réalisatrice tente d’expliquer à sa fille comment faire bouger millimètre par millimètre la figurine d’un de ses personnages, crispant ses propres mains devenues désespérément inutiles en espérant presque « télécommander » à distance les gestes de la jeune femme, le motif obsédant de Stopmotion revient à la charge. L’animatrice en herbe semble n’être que le jouet de mains extérieures qui la manipulent. Plus tard, c’est une petite fille énigmatique qui lui dictera le scénario de son nouveau film et la manière de créer des personnages plus crédibles. Une fois de plus, Ella ne semble pas maîtresse de ses mouvements et de ses intentions. « Tu es une marionnette empêtrée dans tes propres ficelles » lui dira sa mère dans une scène hallucinatoire. 

Arrêt sur image

L’imagerie des marionnettes et des pantins s’invite d’ailleurs bientôt au cours d’une soirée de laquelle notre héroïne ne reviendra pas indemne. Les corps réels se mêlent à ceux en plastique, les yeux vivants croisent ceux en porcelaine, la frontière entre la réalité et le cauchemar se brise. Isolée dans un appartement que son petit ami a mis à sa disposition pour qu’elle puisse travailler tranquillement, Ella bascule peu à peu dans une frénésie créatrice qui confine à la folie. Car soudain, les figurines en stop-motion qu’elle a créées – de plus en plus difformes et inquiétantes – prennent vie et viennent à sa rencontre. C’est le signe du point de non-retour. Les mondes tourmentés de Roman Polanski, David Lynch, Phil Tippett et Jan Svankmeier semblent alors s’entrechoquer en un maelström implacable. Et même si le scénario cligne furtivement de l’œil vers les mondes magiques de Ray Harryhausen (les cyclopes, la gorgone), la féerie première (le film qu’Ella cherche à réaliser ressemble a priori à un conte de fées traditionnel) cède rapidement la place à l’angoisse et à la mort. Stopmotion est donc une œuvre singulière et déstabilisante, sorte de mariage contre-nature entre Répulsion, Eraserhead, Alice et Mad God qui semble tendre un miroir déformant à sa propre démarche artistique (à force d’animer une créature artificielle, ne devient-on pas soi-même la créature ?) en un vertigineux exercice de mise en abyme.

 

© Gilles Penso

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