DEATHSTALKER (2025)

Le héros musclé des années 80 ressurgit dans ce remake délirant qui regorge de monstres en caoutchouc et de combats sanglants…

DEATHSTALKER

 

2025 – CANADA / USA

 

Réalisé par Steven Kostanski

 

Avec Daniel Bernhardt, Laurie Field, Patton Oswalt, Christina Orjalo, Paul Lazenby, Nina Bergman

 

THEMA HEROIC FANTASY I SAGA DEATHSTALKER

Steven Kostanki est un fan pur et dur du cinéma de genre des années 80, avec une prédilection affirmée pour l’horreur, l’action et le fantastique. Expert en maquillages spéciaux et en trucages, il met son savoir-faire au service de plusieurs films et séries (The Divide, Hannibal, Pacific Rim, Crimson Peak, Suicide Squad, Ça) tout en passant lui-même derrière la caméra pour diriger quelques séries B (Manborg, Father’s Day, The Void, Psycho Goreman, Frankie Freako) conçues comme autant de déclarations d’amour aux films qu’il aime. Avec Deathstalker, il passe à la vitesse supérieure. Il s’agit cette fois-ci de concocter un remake du film du même titre, sous-Conan produit par Roger Corman en 1983, devenu objet de culte et suivi de trois séquelles. Ce projet crée un certain frémissement auprès des fans d’heroic-fantasy « à l’ancienne ». D’où le lancement d’une campagne de financement participatif sur Kickstarter qui permet de réunir plus de 95 000 dollars. La présence de Slash, célèbre guitariste du groupe Guns & Roses, en tant que producteur exécutif attise encore davantage les curiosités. Le rôle principal est confié à Daniel Bernhardt, acteur, cascadeur et expert des arts martiaux que les amateurs ont déjà pu apercevoir dans bon nombre de films d’actions aux côtés de Jean-Claude Van Damme, Sylvester Stallone, Chuck Norris ou Keanu Reeves.

Iconisé à l’extrême, le héros-titre apparait au tout début du film en ultra-ralenti, tandis que la bande son accentue le bruit de ses pas. Puis sa silhouette massive occupe tout l’écran en contre-jour. Mais son aura retombe aussitôt lorsque nous découvrons que le fier guerrier n’a pas une once de noblesse et détrousse les moribonds sur les champs de bataille sans le moindre remord. Si Deathstalker mettait jadis son épée au service du royaume d’Abraxeon sous le nom de Tritus, c’est désormais un mercenaire solitaire sans foi ni loi. Mais le fruit de son dernier larcin, l’amulette de Halgan, va lui attirer des ennuis inattendus. Non seulement l’objet est ensorcelé, mais en outre une horde d’assassins tous plus dangereux les uns que les autres est désormais à ses trousses. Pour pouvoir se débarrasser de la malédiction attachée à ses pas, il va lui falloir arpenter les coins les plus sinistres du pays. Il sera aidé dans sa quête par le goblin magicien Doodad et par la jeune voleuse Brisbayne.

Du latex, du sang et des tripes

L’une des premières choses qui frappe, dans ce nouveau Deathstalker, est l’environnement presque post-apocalyptique dans lequel l’action se déroule : de vastes étendues désertes et fumantes, des volcans qui grondent au loin, une faune mutante qui grouille dans les recoins sombres, de gigantesques squelettes de mastodontes qui jonchent le sable, des titans grands comme des montagnes qui s’affrontent dans la brume. Les trois lunes qui brillent dans le ciel suggèrent d’ailleurs que nous ne sommes pas sur la Terre, tandis que les vestiges d’une ancienne civilisation – comme ces poteaux télégraphiques reliés à des lampes électriques – évoquent une sorte de retour à l’ère barbare. Si Daniel Bernhardt assure dans le rôle du « musclor » décomplexé, les vraies stars du film sont les nombreux monstres qui saturent l’écran et que Steven Kostanski a tenu à concevoir avec des effets spéciaux « old school », sans recours aux images de synthèse. On se régale donc face à ce freak bossu bicéphale, ces crapauds voraces, ces vers géants souterrains, cette chauve-souris cyclope, ce démon chevelu qui vole, ces hommes-cochons, ces arbres gémissants, ces guerriers-statues aux visages amovibles, ces monstres des marécages et cette multitude de créatures gluantes ou tentaculaires qui fleurent bon la mousse de latex. Le climax recourt même à la stop-motion pour un hommage exaltant à Jason et les Argonautes. Qu’importe donc si le scénario ne tient qu’à un fil. Ici, seul compte le spectacle. Si le gore excessif est souvent de la partie, Kostanski décide en revanche de se priver d’un des gimmicks récurrents des Deathstalker des années 80 : l’érotisme. Les hectolitres de sang et les tripes peuvent donc jaillir avec générosité mais la nudité est désormais problématique. Autres temps, autres mœurs. Toujours est-il que Deathstalker version 2025 reste un plaisir régressif qui se savoure sans modération. Cerise sur le gâteau : la bande originale reprend sur un mode épique le fameux thème composé par Chuck Cirino pour Deathstalker 2, en y greffant pour le générique de fin la voix rocailleuse de Brendan McCreary et la guitare de Slash.

 

© Gilles Penso

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SHELBY OAKS (2024)

Alors qu’elle se lance dans la recherche obsessionnelle de sa sœur disparue, une femme réveille de vieux démons liés à leur enfance…

SHELBY OAKS

 

2024 – USA

 

Réalisé par Chris Stuckmann

 

Avec Camille Sullivan, Sarah Durn, Brendan Sexton, Robin Bartlett, Michael Beach, Keith David, Eric Francis Melaragni, Anthony Baldasare, Caisey Cole, Charlie Talbert

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Encore un « found footage » sur de jeunes enquêteurs du paranormal portés disparus ? Ne nous a-t-on pas déjà suffisamment abreuvé de faux documentaires de cette nature ? Peut-on encore nous surprendre avec un tel exercice, 25 ans après Le Projet Blair Witch ? Telle est notre réaction naturelle lorsque démarre Shelby Oaks, mêlant des images de films amateurs, des extraits de vidéos postées sur les réseaux sociaux, des bouts de reportages et des morceaux de journaux télévisés. Mais au bout de 17 minutes – durée de son long prégénérique -, le film amorce un virage stylistique radical en adoptant une narration plus traditionnelle. Et force est de constater que, par un étrange paradoxe, les séquences de fiction assumées sonnent plus juste que les images de pseudo-réalité. Preuve que lorsqu’elle est bien menée, la « suspension d’incrédulité » du spectateur fonctionne parfaitement, quel que soit le médium choisi. Shelby Oaks est le premier long-métrage de Chris Stuckmann, youtubeur, podcasteur, critique de film et réalisateur de courts-métrages. Co-écrit avec son épouse Samantha Elizabeth, le scénario s’inspire d’un épisode réel de sa vie personnelle : l’éducation que sa sœur et lui ont reçue au sein de l’église des Témoins de Jéhovah. Grâce à une campagne de crowfunding savamment orchestrée, le jeune réalisateur parvient à réunir un million de dollars auprès de plus de 14 000 contributeurs et se lance donc dans le tournage.

Riley Brennan, Laura Tucker, David Reynolds et Peter Bailey forment un quatuor de youtubeurs spécialisés dans les phénomènes occultes. Leur nom ? Les « Paranormal Paranoids ». Lors d’une enquête menée dans l’ancienne prison de la ville fantôme de Shelby Oaks, leur expédition vire au cauchemar : trois d’entre eux sont retrouvés morts, une caméra gisant non loin des corps. Sur la bande, Riley apparaît terrorisée avant de disparaître sans laisser de trace. Dix-sept ans plus tard, Mia, la grande sœur de Riley, participe à un documentaire consacré à l’affaire. Persuadée que sa cadette est encore en vie, elle revient sur leur enfance tourmentée, marquée par les terreurs nocturnes de Riley, convaincue qu’une présence la guettait dans l’ombre. Cette conviction obsessionnelle a peu à peu fragilisé le mariage de Mia, déjà miné par l’impossibilité d’avoir un enfant. Un soir, un inconnu frappe à sa porte, prononce une phrase énigmatique (« Elle m’a enfin laissé partir ») puis se suicide devant elle. Sur son corps, Mia découvre une cassette mini-DV titrée « Shelby Oaks »…

Vidéodrame

Grand amateur de cinéma de genre, Chris Stuckmann avait été impressionné en 2020 par la performance de l’actrice Camille Sullivan dans le survival Hunter Hunter de Shawn Linden, et c’est non sans joie qu’il obtient son accord pour tenir le premier rôle de Shelby Oaks. Car le film repose en grande partie sur son implication et sa prestation à fleur de peau. Si cette intrigue est somme toutes assez classique, si le postulat diabolique n’est pas nouveau et si les mécanismes de la peur sollicités par Stuckmann nous sont familiers, l’actrice principale nous permet d’y croire et nous communique efficacement les frayeurs de son personnage. De fait, Shelby Oaks sollicite certes les figures classiques de l’horreur d’inspiration satanique – on pense tour à tour à La Malédiction, L’Exorciste, Rosemary’s Baby – mais parvient à les reconfigurer habilement en s’appuyant sur la caractérisation des deux sœurs et en ramenant son postulat sur un plan intime avec lequel le public entre facilement en empathie. Mike Flanagan ne s’y trompe pas. Ce spécialiste des adaptations de Stephen King (Jessie, Doctor Sleep, Life of Chuck) tombe sous le charme du film lors de sa projection au Festival international du film Fantasia, en 2024, et décide d’en devenir le producteur exécutif, finançant le tournage de séquences additionnelles pour le « muscler » un peu et lui offrant l’opportunité d’une distribution internationale dans les salles de cinéma. C’est l’occasion pour un large public de découvrir sur grand écran cet exercice de style très honorable.

© Gilles Penso

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RUNNING MAN (2025)

38 ans après la version kitsch avec Schwarzenegger, Edgar Wright se réapproprie le roman de Stephen King et lui offre l’adaptation idéale…

THE RUNNING MAN

 

2025 – USA

 

Réalisé par Edgar Wright

 

Avec Glen Powell, Emilia Jones, Josh Brolin, Katy O’Brian, Lee Pace, Colman Domingo, William H. Macy, Michael Cera, David Zayas, Jayme Lawson

 

THEMA FUTUR I SAGA STEPHEN KING

Décidément, Stephen King n’en finit pas de hanter les écrans. Après le bouleversant Life of Chuck de Mike Flannagan et l’éprouvant Marche ou crève de Francis Lawrence, Running Man s’invite à son tour dans la course, sous la houlette d’un réalisateur qu’on n’attendait pas forcément sur ce terrain : Edgar Wright. Le pari étant d’autant plus risqué que l’ombre du film de 1987 réalisé par Paul Michael Glaser, avec un Arnold Schwarzenegger caricatural en combinaison rouge pétard, continue de planer sur l’imaginaire collectif. Mais cette fois, pas question d’arènes fluo ni de gladiateurs de bande dessinée. Wright remonte à la source, celle du roman publié sous le pseudonyme Richard Bachman qu’il découvrit à l’âge de 14 ans et dont il souhaite retrouver l’esprit subversif et la hargne. Le réalisateur de Shaun of the Dead et Last Night in Soho réussit le miracle d’injecter dans le récit une folle énergie propre à son style turbulent – montage millimétré, ruptures de ton, écarts humoristiques – sans pour autant s’éloigner de la plume de King. Cette quête de fidélité pousse Wright à se réapproprier des éléments du roman qui pourraient sembler parfaitement anachroniques dans un récit d’anticipation, notamment l’obligation pour le héros d’enregistrer ses messages vidéo sur cassette et de les envoyer par la poste. Ce décalage, parfaitement assumé, nous plonge dans une sorte d’univers rétro-futuriste.

En tête d’affiche, Glenn Powell assure, impeccable dans la peau de ce Ben Richards en cavale dont la rage contenue n’efface pas son caractère profondément sympathique. Après Top Gun : Maverick et Twisters, l’acteur confirme sa capacité à conjuguer le physique athlétique et l’intensité dramatique. À ses côtés, Josh Brolin impose son autorité carnassière en directeur de chaîne télévisée au sourire éclatant et au cynisme inoxydable. Quant à Colman Domingo (Fear the Walking Dead), il est comme un poisson dans l’eau sous la défroque du présentateur TV gouailleur et excessif. Sa prestation haute en couleur s’éloigne du jeu de Richard Dawson, son prédécesseur des années 80, lequel mimait tant le Michel Piccoli du Prix du danger que le film de Glaser écopa d’un procès fort médiatisé, orchestré – et finalement gagné – par Yves Boisset. Même William H. Macy (Pleasantville, Fargo) s’invite pour un petit rôle savoureux.

La course à la mort de l'an 2025

Comme toujours, Edgar Wright truffe sa mise en scène virtuose de morceaux d’anthologie (la poursuite vertigineuse dans l’hôtel de Boston, le climax dans l’avion), motivé par l’une des idées maîtresses du roman : la falsification des images pour pouvoir faire avaler au public tout et son contraire. Le film de 1987 effleurait à peine le sujet pour mieux se concentrer sur les combats de gladiateurs opposant l’ex-Terminator à des ennemis tous plus exubérants les uns que les autres. Mais Wright tient à retrouver non seulement l’essence mais aussi la forme du texte. Et si les derniers rebondissements du film peuvent sembler excessifs, pour ne pas dire difficiles à avaler, ils reprennent quasiment à la lettre la prose de King. Le cinéaste aurait-il péché par excès de fidélité ? Peut-être. Il n’empêche que cette vision d’un monde privant les citoyens de leurs libertés individuelles les plus élémentaires nous semble encore plus d’actualité qu’à l’époque où le roman fut publié. Preuve que King, entre deux récits d’horreur plus allégoriques, faisait preuve d’une inquiétante préscience au regard de la société. Le hasard faisant d’ailleurs très bien les choses, le roman se situait en 2025, précisément l’année de sortie du film.

 

© Gilles Penso

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FRANKENSTEIN (2025)

Un vieux rêve se réalise : Guillermo del Toro s’empare du roman de Mary Shelley et en tire une adaptation magnifique…

FRANKENSTEIN

 

2025 – USA / MEXIQUE

 

Réalisé par Guillermo del Toro

 

Avec Oscar Isaac, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Mia Goth, Felix Kammerer, Charles Dance, David Bradley, Lars Mikkelsen, Christian Convery, Nikolaj Lie Kaas

 

THEMA FRANKENSTEIN

Guillermo del Toro a toujours déclaré sa flamme aux grands monstres de l’âge d’or d’Universal, et l’on sait que son visionnage très jeune du Frankenstein de James Whale, dans un environnement familial catholique extrêmement rigide, forgea sa passion pour le cinéma fantastique et planta les graines de sa vocation. Mais n’était-il pas trop risqué de se frotter de trop près au mythe lui-même ? Après tout, n’avait-il pas perdu un peu de sa personnalité et de sa verve en cherchant à tout prix à muer La Forme de l’eau en hommage énamouré à L’Étrange créature du lac noir ? Comment allait-il pouvoir se réapproprier la créature légendaire imaginée par Mary Shelley sans tomber dans les mêmes travers ? D’autant que, contrairement au « Gill Man », le monstre de Frankenstein n’en finit plus de revenir hanter les écrans depuis quasiment l’invention du cinéma. Un regard neuf était-il encore envisageable ? Pour Del Toro, le défi est d’autant plus grand que ce Frankenstein est conçu comme une œuvre somme, combinant une infinité de trouvailles, d’envies, de croquis et d’ébauches de textes que le cinéaste rassemble au fil des ans dans l’espoir de pouvoir, un jour, passer à l’acte. En un sens, il y a sans doute un parallèle à dresser entre les intentions du docteur Frankenstein – désireux de créer la vie à partir d’un amoncellement de corps disparates – et celle de Del Toro lui-même, ressuscitant cette créature en « collant » minutieusement un patchwork d’idées patiemment accumulées ?

Le réalisateur s’entoure d’abord d’un casting de rêve. Oscar Isaac campe à merveille le démiurge enflammé sombrant peu à peu dans la folie, Christopher Waltz prête son charisme inaltérable à Harlander – un mécène inventé pour l’occasion qui va donner à Frankenstein les moyens de ses ambitions -, Mia Goth entre dans la peau d’une Elizabeth beaucoup plus complexe qu’à l’accoutumée – son personnage entamant avec Victor un jeu du chat et de la souris à la fois élégant, passionné et gorgé d’humour. Tous les seconds rôles sont traités avec le même soin. Mais la véritable révélation du film est Jacob Elordi, déjà exposé sur les petits (Euphoria) et les grands (Priscilla) écrans, mais amorçant ici un virage crucial dans sa carrière. La créature qu’il campe, d’abord naïve, pure et maladroite, puis consumée par la colère et la frustration, en quête d’une paix intérieure inaccessible, se révèle bouleversante. Comme toujours, chez Del Toro, le monstre est beau, transfigurant toutes les incarnations précédentes qui nous furent offertes au fil des ans, de Karloff à De Niro en passant par les déclinaisons de la Hammer, Paul Morrisey ou Franc Rodam. Ici, c’est une sorte d’écorché d’albâtre, version grandeur nature de la miniature d’ivoire en pièces détachées que manipulait le jeune Victor pour réviser ses leçons d’anatomie. Conçu par le génial designer Mike Hill, cet homme artificiel est un nouvel Adam, permettant à Del Toro de revisiter à travers l’œuvre de Shelley le motif éternel de la Belle et la Bête.

L’enfant du charnier

L’incident déclencheur qui va motiver tous les actes futurs de Victor Frankenstein survient au moment où meurt sa mère, que son père (l’impérial Charles Dance), pourtant le médecin le plus réputé et le plus orgueilleux de son époque, n’a pas réussi à sauver. « Nul ne peut vaincre la mort », avance ce dernier. « Je la vaincrai », rétorque un Victor soudain déterminé. Pour la créature, le point de rupture n’intervient que bien plus tard, lorsqu’il réalise non sans tristesse sa véritable nature. « Je suis l’enfant d’un charnier, une carcasse faite de détritus et de cadavres abandonnés, un monstre », lâche-t-il au moment d’une douloureuse prise de conscience. Mais qui est vraiment le monstre dans cette histoire ? L’homme qui joue à Dieu refuse d’en assumer les conséquences, ou le fruit de ses expériences lâché malgré lui dans la nature ? Le suivi respectueux du récit de Shelley n’empêche pas une série de nouveautés frappantes – comme cette démonstration devant les hautes autorités médicales, digne de Re-Animator. Mais l’esprit du texte est bel et bien là, comme en témoignent les multiples références au mythe de Prométhée. Somptueuse, la direction artistique reprend à son compte bon nombre de figures artistiques classiques – les vanités, la sculpture grimaçante d’une gorgone, les martyrs et les sains de l’imagerie religieuse, l’homme de Vitruve – en évitant volontairement l’esthétique expressionniste des classiques de la période Universal, même si Del Toro sacrifie à l’influence gothique lorsque Frankenstein découvre la vieille tour médiévale qui lui servira de laboratoire. C’est par surprise que le cinéaste finit par secouer ses spectateurs, le temps d’un climax déchirant jusqu’aux larmes, achevant de faire de ce Frankenstein l’une des plus belles relectures du roman décidément inusable de Mary Shelley.

 

© Gilles Penso

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GOOD BOY (2025)

Pour son premier long-métrage, Ben Leonberg se lance un défi singulier : tourner un film d’horreur entièrement du point de vue d’un chien…

GOOD BOY

 

2025 – USA

 

Réalisé par Ben Leonberg

 

Avec Indy, Shane Jensen, Arielle Friedman, Larry Fessenden, Stuart Rudin, Hnuter Goetz, Anya Krawcheck et Max

 

THEMA MAMMIFÈRES I FANTÔMES

Ce n’est pas la première fois qu’un film d’horreur adopte le regard d’un chien. Il suffit de se souvenir de Pleine Lune d’Eric Red, où un sympathique toutou s’opposait courageusement à un loup-garou, ou même de La Colline a des yeux 2 de Wes Craven, avec son flash-back bizarre vécu par un berger allemand. Mais pour son premier long-métrage, Ben Leonberg veut pousser le dispositif beaucoup plus loin. Good Boy ne lâchera jamais le point de vue de son héros canin, filmé par une caméra qui restera sans cesse à sa hauteur. Produit pour un budget d’un peu plus de deux millions de dollars – c’est-à-dire franchement pas grand-chose -, le film cumule donc les challenges. D’autant que Leonberg n’a ni les moyens, ni l’envie de recourir aux effets visuels pour remplacer son chien vedette, qui sera interprété par son propre retriever baptisé Indy. Face à la complexité du projet, le tournage s’étale sur trois ans et dure 400 jours. Aucun studio hollywoodien n’aurait pu s’embarquer dans une telle aventure. Good Boy est donc un film 100% indépendant, chapeauté par la compagnie de production du réalisateur et de Kari Fischer, « What’s Wrong With Your Dog ? ».

Indy (qui porte dans le film le même nom que son interprète réel) est un retriever de Nouvelle-Ecosse qui a toujours grandi et vécu avec Todd (Shane Jensen), un jeune homme souffrant d’une maladie pulmonaire chronique. Après une crise un peu plus violente que les autres, Todd décide de quitter New York pour s’installer au fin fond de la campagne, dans la vieille maison inhabitée de son grand-père. Sa sœur Vera (Arielle Friedman) n’est pas particulièrement emballée par cette idée. L’isolement de Todd la préoccupe, non seulement à cause de son état de santé, mais aussi parce que cette bicoque isolée dans les bois a selon elle contribué à le mort de leur grand-père. Elle la soupçonne même hantée. Todd écoute ces arguments avec amusement. Mais dès qu’il pénètre dans la maison, Indy ressent une présence inhabituelle et troublante. Problème : comment communiquer ses sentiments à son maître ?

Chienne de vie

Good Boy adopte le même principe d’échelle narrative inversée que les cartoons de Warner ou MGM, dans lesquels les animaux tiennent la vedette et laissent à l’arrière-plan les humains (dont on ne voit généralement que les jambes). Le chien étant notre pôle d’identification, les autres personnages ne sont que des silhouettes périphériques. C’est un choix esthétique osé, qui n’évite pas certaines répétitions mais se tient d’un bout à l’autre du métrage. L’élément le plus fascinant de Good Boy n’est pas tant sa manière de cadrer l’action que sa capacité à nous faire entrer dans la tête de son protagoniste quadrupède. Ses perceptions, ses instincts, sa sensibilité et son intelligence différent grandement de celles des hommes, et c’est précisément sa manière d’appréhender les événements que la mise en scène nous communique. Sans dialogue, Indy nous raconte sa rencontre avec un phénomène paranormal qui altère peu à peu le comportement de son maître et nous fait vivre son dilemme : doit-il rester fidèle coûte que coûte à Todd, malgré la métamorphose qui s’opère lentement, ou faut-il qu’il prenne ses pattes à son cou ? C’est une émotion inattendue qui finit par nous saisir en cours de métrage, alors que l’inquiétude s’intensifie. Difficile de ne pas craquer face à la bouille incroyablement expressive d’Indy. Ce film concept accuse certes quelques longueurs, malgré sa courte durée, mais comment ne pas saluer la folle audace d’un tel exercice de style ?

 

© Gilles Penso

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L’HOMME QUI RÉTRÉCIT (2025)

Jean Dujardin et Jan Kounen revisitent le chef d’œuvre de Jack Arnold pour nous offrir un remake palpitant, vertigineux et poétique…

L’HOMME QUI RÉTRÉCIT

 

2025 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Jan Kounen

 

Avec Jean Dujardin, Marie-Josée Croze, Daphné Richard, Serge Swysen, Salim Talbi, Stéphanie Van Vye

 

THEMA NAINS ET GÉANTS

Ce n’est pas la première fois que Jean Dujardin se diminue à l’écran. Dans Un Homme à la hauteur, il tentait de séduire Virginie Efira du haut de son mètre 36. Mais ici, la donne est différente. Nous sommes face à un chef d’œuvre du cinéma de science-fiction des années 50, coup de maître d’un réalisateur alors au sommet de son art : Jack Arnold, l’homme qui dirigea Tarantula et L’Étrange créature du lac noir. Avant le film original, L’Homme qui rétrécit est déjà un classique de la littérature du genre signé par un maestro incontesté : Richard Matheson. Malgré de nombreux projets annoncés puis annulés au fil des ans, cette aventure fantastique était jusqu’alors passée entre les mailles du filet de l’usine à remakes hollywoodiennes. Et s’il inspira de nombreux films aux styles variés (Chérie j’ai rétréci les gosses et Ant-Man lui doivent beaucoup), personne n’avait encore réussi à se confronter frontalement à ce monument. Bizarrement, c’est la France qui s’y colle, via le réalisateur Jan Kounen, un amoureux du genre dont le style nerveux et exubérant (ceux qui découvrirent son moyen-métrage Vibroboy puis son explosif Doberman s’en souviennent encore) se calma plus tard pour offrir aux spectateurs des œuvres moins provocatrices comme le biopic Coco Chanel & Igor Stravinsky ou la comédie Mon cousin. Autant dire que le projet était risqué et attendu au tournant.

C’est Jean Dujardin qui est à l’initiative du film. Songeant depuis longtemps à entrer dans la peau du héros incarné jadis par Grant Williams, il en touche un mot au producteur Alain Goldman – qui trouve un accord avec Universal pour les droits d’adaptation – et retrouve Jan Kounen qui l’avait dirigé dans 99 francs. Main dans la main avec le scénariste Chris Deslandes, le réalisateur choisit d’ajouter des éléments absents du film, notamment la relation entre le personnage principal et sa fille. Changement d’époque oblige, le phénomène inexpliqué qui provoque la mutation n’est pas d’origine atomique mais à priori environnementale, même si le mystère reste volontairement entier. La mise en scène de Kounen est ici d’autant plus efficace qu’elle reste discrète, y compris dans ses moments les plus virtuoses. Le plan-séquence elliptique qui montre l’épouse et la fille évoluer au fil des jours dans la maison, jusqu’à révéler la taille soudain ridicule qu’a atteint Paul, le père de famille, est par exemple une merveille de minutie qui ne cherche pourtant jamais à être ostentatoire. Le cinéaste procède ainsi par petites touches pour dire d’emblée que notre protagoniste semble plus spectateur qu’acteur de sa vie, qu’une barrière invisible s’est déjà dressée entre lui et sa famille ou ses collègues de travail. Ainsi, lorsqu’il est filmé dans sa voiture en début de métrage, il nous semble presque que c’est le véhicule qui le porte, que lui-même est passif. C’est finalement sa lutte pour la survie, au cœur des enjeux de la seconde moitié du film, qui le repositionnera comme un être actif.

Corps et âme

La caméra restant attachée à Paul et ne le lâchant jamais, L’Homme qui rétrécit se vit alors comme un voyage sensoriel dans lequel le monde ne cesse de changer d’échelle. Ce « survival » s’appuie sur des effets visuels remarquables jouant avec les décors et les perspectives. La fameuse araignée, antagoniste croissante de notre héros, se comporte ici comme un véritable animal, non comme un monstre de film d’horreur, même si ses confrontations avec Dujardin colleront bien des sueurs froides aux arachnophobes. À ces passages obligatoires, le film ajoute des idées nouvelles, belles ou effrayantes, comme les scènes de l’aquarium ou du piège à souris. Dans le rôle-titre, Dujardin est parfait, jamais aussi bon que lorsqu’il reste sobre, s’investissant physiquement dans un rôle pas simple, d’autant que les dialogues se comptent sur les doigts de la main. On pourra émettre quelques réserves sur la voix off qui vient régulièrement – et artificiellement – traduire les états d’âme du protagoniste et sa vision philosophique de la vie et du destin. Cette surcouche narrative – de toute évidence une concession acceptée pour rassurer les investisseurs – nuit un peu à l’immersion du spectateur en altérant la sécheresse qu’un tel récit appelait. En son temps, Blade Runner souffrit du même travers. La seconde réserve est liée à la musique d’Alexandre Desplat, qui en fait sans doute un peu trop. Lorsqu’elle est atonale et atmosphérique, cette bande originale fait mouche, nous plongeant dans un univers troublant où les repères ne cessent de se résorber. Mais quand elle se veut trop lyrique, trop emphatique ou trop héroïque, elle crée une petite distance avec le spectateur. Mais elle dit bien la volonté de Kounen d’approcher son histoire sous un angle avant tout poétique, retrouvant en fin de parcours la verve de Richard Matheson pour un ultime voyage dans l’infiniment petit, qui laisse sombrer corps et âme le héros et le public dans les vertigineux paradoxes des lois de la relativité.

 

© Gilles Penso

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CHIEN 51 (2025)

Le réalisateur de BAC Nord transforme Gilles Lelouche en flic du futur dans un Paris dystopique où règnent les intelligences artificielles…

CHIEN 51

 

2025 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Cédric Jimenez

 

Avec Gilles Lelouche, Adèle Exarchopoulos, Louis Garrel, Artus, Romain Duris, Valeria Bruni Tedeschi, Lala Ace, Hugo Dillon, Stéphane Bak, Daphné Patakia

 

THEMA FUTUR

Après avoir enchaîné les polars, les thrillers et les films de guerre solidement ancrés dans la réalité (Aux yeux de tous, La French, HHhH, BAC Nord, Novembre), Cédric Jiménez s’aventure sur le terrain de la science-fiction sans pour autant renoncer aux codes avec lesquels il est familier, ceux du film d’action urbain immergeant ses personnages à fleur de peau dans un contexte hostile. Pour Chien 51, il s’appuie sur un roman de Laurent Gaudé, récipiendaire du prix des écrivains du Sud en 2022. Le titre, énigmatique, rappelle la condition précaire de son héros, un policier déclassé devenu chien de garde et arborant le matricule 51. L’entrée en matière du film évoque tant l’univers de John Carpenter qu’il est difficile de ne pas y voir un hommage frontal et assumé : musique au synthétiseur, cadre en cinémascope, panoramas nocturnes de la cité, armée de policiers futuristes… On se croirait dans une relecture de New York 1997. D’autres œuvres phares d’anticipation nous viendront à l’esprit au fil du film, de Strange Days à Minority Report en passant par Les Fils de l’homme. Il y a pires références, nous en conviendrons. D’autant que Cédric Jimenez a le bon goût de ne pas jouer la carte du mimétisme ou du clin d’œil cinéphilique. Chien 51 reste un film singulier, qui possède sa propre personnalité et s’inscrit surtout dans un cadre inhabituel : un Paris futuriste.

La topographie de la capitale française fait partie intégrante de la narration : la Seine, la Tour Eiffel, le périphérique, et surtout une nouvelle division par strates sociales : la zone 1, la zone 2 et la zone 3. Entendez trois classes, comme à bord du Titanic ou du train hivernal de Snowpiercer. Dans cette cité redécoupée comme un nouveau Metropolis, chacun cherche à échapper à sa condition pour gravir les échelons, tandis que les programmes de téléréalité abrutissent les masses en offrant à une poignée de chanceux le fragile espoir d’échapper à leur triste condition. Pour couronner le tout, cette société policière est désormais assistée par une intelligence artificielle qui épaule solidement les forces de l’ordre, pilote ses drones, identifie les citoyens et scénarise les scènes de crime. Rien de tel pour faire régner l’ordre et lutter contre les malfrats, notamment ce groupuscule gênant qui dit non à la technologie et au contrôle des masses. Comme dans tout film policier qui se respecte, c’est un meurtre qui déclenche l’intrigue. Mais pas n’importe lequel : celui du fondateur d’Alma, cette fameuse IA qui régit désormais la vie de tous. Salia (Adèle Exarchopoulos), une enquêtrice d’élite de la Zone 2, et Zem (Gilles Lelouche), un policier désillusionné de la Zone 3, vont devoir travailler ensemble pour trouver le coupable. Leur enquête va vite dévoiler une vaste conspiration…

Paris 2045

Comme toujours, la mise en scène de Jimenez se révèle d’une solidité à toute épreuve, virtuose même lorsque les voitures se lancent dans d’ébouriffants chassés croisés ou que les individus sont poursuivis par des drones programmés pour les tuer. Chien 51 est un film extrêmement ambitieux et s’en donne les moyens. Pour autant, le réalisateur n’essaie pas de se lancer dans un film « à l’américaine ». S’il a digéré ses influences, il cherche à conserver sa patte et une approche la plus réaliste possible. Son duo d’acteurs principaux emporte d’ailleurs immédiatement l’adhésion par sa justesse et sa sobriété, Lelouche et Exarchopoulos ayant déjà eu l’occasion de jouer pour lui dans BAC Nord. On ne peut pas toujours en dire autant de certains seconds rôles. Car selon les séquences qui les mettent en scène, Romain Duris, Louis Garel, Artus et Valeria Bruni Tedeschi crèvent l’écran avec panache ou au contraire font retomber le soufflé à cause d’un surjeu qui aurait sans doute nécessité quelques ajustements. Même si certains raccourcis scénaristiques sont un peu durs à avaler, même si quelques répliques sonnent un peu faux et même si le simplisme de la démonstration altère parfois notre suspension d ‘incrédulité, Chien 51 fonctionne la plupart du temps à plein régime, sur un rythme haletant qui nous laisse K.O. en fin de projection. En tendant vers les spectateurs le miroir d’un monde en marche vers sa propre déshumanisation, Jimenez prouve surtout qu’un cinéma de genre à la française peut exister sans renier ses racines sociales et politiques.

 

© Gilles Penso

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TRON : ARES (2025)

Truffé de morceaux d’anthologie, ce troisième Tron bâtit son scénario autour de la problématique du contrôle des intelligences artificielles…

TRON : ARES

 

2025 – USA

 

Réalisé par Joachim Rønning

 

Avec Jared Leto, Greta Lee, Evan Peters, Jodie Turner-Smith, Hasan Minhaj, Arturo Castro, Cameron Monaghan, Gillian Anderson, Jeff Bridges

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES I SAGA TRON

Un troisième Tron n’était pas forcément l’idée commerciale la plus pertinente du studio Disney, l’aura et le culte entourant le premier et – dans une moindre mesure – le deuxième film n’ayant pas vraiment trouvé leur écho au box-office. De fait, ce nouvel opus aura mis plusieurs années avant de se frayer un chemin jusque sur les écrans. Le développement d’une suite de Tron : l’héritage est pourtant annoncé dès l’automne 2010 par Steven Lisberger lui-même, le père du premier Tron. Mais rien ne se passera comme prévu. L’échec au box-office de A la poursuite de demain, puis l’acquisition par Disney de Lucasfilm et Marvel seront autant d’obstacles dressés sur le chemin de ce troisième volet, pas complètement annulé mais en état de « suspension cryogénique », pour reprendre les termes de Joseph Kosinski, réalisateur de Tron : l’héritage. Les grèves des acteurs et scénaristes hollywoodiens de 2023 n’arrangent évidemment pas les choses. Mais Disney tient bon. Après un grand jeu de chaises musicales, le film est finalement confié au réalisateur norvégien Joachim Rønning, habitué aux séquelles des films de la maison de Mickey (Pirates des Caraïbes : la fontaine de jouvence, Maléfique : le pouvoir du mal) et le tournage s’amorce en janvier 2024 à Vancouver. Refusant de faire de Tron : Ares une sorte de remake déguisé du premier film (c’était l’un des reproches qu’on pouvait adresser à Tron : l’héritage) ou même de reprendre les personnages du deuxième épisode (malgré une fin ouverte qui laissait planer plusieurs prolongements possibles), les scénaristes Jesse Wigutow et David Digilio jouent la carte du renouveau.

Nous suivons donc en parallèle deux destins qui ne vont pas tarder à se croiser. D’un côté, Eve Kim (Greta Lee), talentueuse programmeuse et présidente de la société Encom, l’immense entreprise technologique autrefois dirigée par Kevin Flynn, s’isole loin de la civilisation pour tenter de percer le mystère du « Code de Permanence » afin de perpétuer les travaux de sa défunte sœur et d’œuvrer pour le bien commun. De l’autre, Julian Dillinger (Evan Peters), héritier aux dents longues d’un empire technologique bâti par son grand-père, développe la création d’un arsenal high-tech piloté par des intelligences artificielles. Mais ses créations, si impressionnantes soient-elles, se désagrègent au bout de 29 minutes. Il se met donc en quête du fameux « Code de Permanence », missionant sur le terrain un programme à qui il a donné une forme humaine et un corps physique : Arès (Jared Leto). Petit problème inattendu : ses interactions avec l’humanité vont pousser Arès à remettre en question son allégeance à Dillinger. Car cette fois, ce ne sont plus seulement les humains qui s’aventurent dans les univers virtuels. Les programmes, à leur tour, franchissent le miroir numérique, avec des conséquences pour le moins spectaculaires. D’où une série de séquences d’action complètement dingues, en particulier une course de cycles au milieu de la circulation urbaine et un climax aux proportions titanesques.

Quand le virtuel devient réel

Puisque désormais les intelligences artificielles s’invitent dans notre monde et prennent une apparence humanoïde, l’analogie avec Terminator – manifestement assumée – saute aux yeux, notamment lorsque ces simulacres d’êtres vivants se lancent dans une mission destructrice et finissent par échapper au contrôle de leurs créateurs. L’idée de l’autodestruction des créatures artificielles, au bout d’une demi-heure, reflète l’obsolescence programmée de nos outils technologiques mais se fait aussi l’écho des vies successives des personnages de jeux vidéo… avec à la clé une question fascinante : vaut-il mieux vivre mille vies fugaces, ou une seule, mais durable ? Après le coup médiatique qui avait placé les Daft Punk à la tête de la bande originale de Tron : l’héritage, il fallait transformer l’essai. En choisissant cette fois-ci Nine Inch Nails, les producteurs ont le nez creux. La musique incroyablement énergique de Trent Reznor et Atticus Ross contribue beaucoup à l’impact du film, qui se pare visuellement d’une esthétique plus chaleureuse que celle du deuxième volet. A ce titre, la séquence du « hacking » est un morceau de bravoure quasiment hypnotique. Le casting est l’autre bonne surprise du film. Jared Leto est impeccable en être virtuel troublé par des sentiments humains inattendus, Jodie Turner-Smith parfaite en « Terminatrice » dénuée d’émotion. On apprécie aussi le rôle nuancé tenu par Gillian Anderson et l’apparition incontournable de Jeff Bridges. Bien sûr, le film n’est pas exempt de faiblesses : quelques raccourcis scénaristiques pas toujours faciles à avaler, une approche parfois simpliste de l’intelligence artificielle et un fan service appuyé, jusqu’à une scène post-générique à la Marvel. Mais la générosité du spectacle l’emporte haut la main… surtout au format Imax 3D, pour lequel Tron : Arès a été conçu, garantie pour le public d’une immersion totale et vertigineuse.

 

© Gilles Penso

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PRIMITIVE WAR (2025)

La guerre du Vietnam et la préhistoire s’entrechoquent dans ce qui est probablement le meilleur film de dinosaures depuis Jurassic Park !

PRIMITIVE WAR

 

2025 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Luke Sparke

 

Avec Ryan Kwanten, Tricia Helfer, Nick Wechhsler, Jeremy Piven, Anthony Ingruber, Aaron Glenane, Carlos Sanson Jr., Albert Mwangi, Adolphus Waylee, M.J. Kokolis

 

THEMA DINOSAURES

Contrairement à ce que pourraient faire croire son poster et son titre, Primitive War n’est pas un « creature feature » de seconde zone façon Asylum (Jurassic City), Syfy (Dinocroc) ou Nu Image (Raptor Island) mais une production australienne ultra-ambitieuse rivalisant sans rougir avec la saga Jurassic Park. Le miracle tient dans le fait que le film a été réalisé sans grand studio, sans subvention ni prévente, avec un budget extrêmement modeste estimé à 7 millions de dollars, soit 66 fois moins que celui de Jurassic World : le monde d’après ! En s’appuyant sur l’expérience acquise sur ses films précédents et sur le travail acharné d’un groupe d’artistes indépendants rompus aux techniques numériques, Luke Sparke porte le projet à bout de bras, assurant lui-même la production, la réalisation, le scénario, le montage, les décors et la co-supervision des effets visuels. Le film s’inspire d’une série de romans écrite par Ethan Pettus et publiée pour la première fois en 2017. « J’ai été captivé par les images qui entourent ces livres d’Ethan et l’histoire qu’ils racontent », explique-t-il. « J’ai travaillé dur pour capturer cette essence, mais aussi le côté cru, les aspects horrifiques et le contexte militaire. Mon objectif était de donner l’impression que les personnages du film Platoon se retrouvaient face aux plus grands prédateurs que la planète ait jamais connus. » (1) Pari largement réussi.

Fidèle à la plume d’Ethan Pettus, le film s’ancre dans un contexte historique tangible. Pendant la guerre du Vietnam, en 1968, un peloton de Bérets verts est stationné dans une vallée reculée de la jungle. Pris dans une embuscade, les soldats sont attaqués et décimés par des prédateurs inconnus. Face à la disparition de l’unité, le colonel qui les avait sous sa responsabilité fait appel à une équipe de reconnaissance connue sous le nom de « Vulture Squad ». L’objectif est clair : retrouver les Bérets verts disparus sans chercher à comprendre quelle était la nature de leur mission top secrète. Parachutés dans la vallée, les membres de l’escouade avancent dans la jungle touffue, découvrent des traces étranges, d’énormes plumes et des empreintes qui semblent appartenir à un animal inconnu. L’expédition prend vite des allures cauchemardesques lorsque nos braves soldats tombent nez à nez avec une meute de dinosaures affamés… Certes, les clichés de films de guerre du Vietnam ne nous sont pas épargnés, notamment la ponctuation régulière de la bande son avec des morceaux de rock et de blues des années 60, tandis que la mécanique narrative reste proche de celle d’Aliens : le commando militaire qui affronte des monstres lors d’une mission de sauvetage.  Mais le film transcende allègrement ces lieux communs pour nous offrir un spectacle de très grande qualité. Les effets visuels y sont extrêmement soignés, la reconstitution de la guerre du Vietnam très ambitieuse et les acteurs franchement convaincants.

Jurassic Platoon

De nombreuses images délicieusement surréalistes – bâtissant leur impact sur leur anachronisme – ponctuent Primitive War : un T-rex somnole dans un cimetière de pachydermes, un deinonychus trimballe un petit alligator dans sa gueule, une horde d’hadrosaure passe au loin tandis que les soldats traversent la brousse, des tricératops s’abreuvent en même temps que des éléphants, des dizaines de brontosaures se promènent en compagnie de notre commando sur les collines, des ptérosaures passent à l’attaque au-dessus des hautes herbes. On croirait parfois voir les tableaux légendaires de Charles Knight et Zdenek Burian, rois de la peinture paléontologique, prendre vie sous nos yeux. Face à ce spectacle incroyablement généreux, force est de constater qu’aucun épisode de la saga Jurassic Park/World n’avait osé montrer autant de dinosaures. Le nombre de morceaux de bravoure et de séquences d’action est sacrément impressionnant, le film ne se réfrénant pas non plus sur quelques effets gore gratinés, tout en s’efforçant de ne pas filmer les créatures comme des monstres mais comme des animaux se positionnant au sommet de la chaîne alimentaire dans un environnement qu’ils se sont réappropriés. Le postulat qui justifie la présence de ces bêtes préhistoriques en plein vingtième siècle n’emprunte cette fois-ci pas ses idées à la génétique mais à la physique quantique et aux trous de vers. Mais le constat est le même : quand l’homme joue à l’apprenti-sorcier, il se laisse dépasser par ses recherches. Malgré ses moyens extrêmement limités, Primitive War est donc non seulement une excellente surprise, mais aussi l’un des meilleurs films de dinosaures jamais vus sur un écran depuis le premier Jurassic Park !

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur Bloody Disgusting en septembre 2024

 

© Gilles Penso

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MARCHE OU CRÈVE (2025)

Cette adaptation sans concession d’un des récits les plus brutaux de Stephen King réunit 50 concurrents pour une compétition sanglante…

THE LONG WALK

 

2025 – USA

 

Réalisé par Francis Lawrence

 

Avec Cooper Hoffman, David Jonsson, Garrett Wareing, Tut Nyuot, Charlie Plummer, Ben Wang, Jordan Gonzalez, Joshua Odjick, Mark Hamill

 

THEMA POLITIQUE FICTION I SAGA STEPHEN KING

Parmi les centaines d’histoires inventées par Stephen King, la grande majorité semblait destinée à être portée très vite à l’écran. C’est Carrie – premier roman publié et premier film adapté – qui ouvrit le bal. D’autres, en revanche, ont longtemps rôdé en coulisses. Marche ou crève appartient à cette seconde catégorie. Écrit dans la jeunesse de l’auteur, ce texte féroce est demeuré pendant des décennies l’un de ses romans « impossibles à adapter ». Lorsque King imagine ce conte cruel à la fin des années 1960, il n’est encore qu’un jeune professeur arrondissant ses fins de mois avec des nouvelles éditées dans des magazines de seconde zone. Trop cru, trop violent, le manuscrit restera inédit jusqu’à la fin des années 1970, où il paraîtra sous le pseudonyme de Richard Bachman. Le fait que ce nom d’emprunt ait aussi servi pour Running Man n’est sans doute pas innocent, ces deux romans partageant la même plume acerbe et le même portrait d’une Amérique à la dérive où la compétition se transforme en cauchemar. Ici, nous voilà face à une sorte d’épreuve sportive insensée : cent adolescents marchent jusqu’à l’épuisement, surveillés par des soldats qui abattent les retardataires. Seul le dernier survivant sera récompensé. 

En portant ce récit à l’écran, Francis Lawrence insiste sur l’épuisement physique, filmant les tremblements, la sueur, les crampes, tout en adoptant une mise en scène volontairement minimaliste. Les jeunes comédiens eux-mêmes sont poussés à l’extrême : leurs visages marqués et leurs gestes alourdis sont corollaires du véritable marathon auquel ils ont dû se prêter sur le tournage. Une question finit par traverser le récit : qui regarde ? La Longue Marche est conçue comme un spectacle destiné à galvaniser une nation. Mais le film lui-même place le spectateur dans cette même position de voyeur. Assis dans son fauteuil, il observe ces jeunes corps s’effondrer les uns après les autres, pris entre fascination et malaise. En cela, Marche ou crève ne parle pas seulement d’une dystopie fictive : il nous renvoie au miroir de nos propres consommations d’images violentes, de télé-réalités humiliantes ou de compétitions déshumanisées. Face à l’autorité représentée par le personnage du major (Mark Hamill), les adolescents ne peuvent se raccrocher qu’à leur solidarité de fortune, leurs conversations brisées par la fatigue, leurs rêves murmurés entre deux halètements. 

Un pied dans la tombe

Si Marche ou crève résonne autant aujourd’hui, c’est que sa cruauté symbolise parfaitement notre époque. Les compétitions absurdes, la pression de la performance, la valorisation de l’endurance sans fin sont autant de réalités qui hantent nos vies quotidiennes, du monde du travail aux logiques de divertissement. On peut penser à Squid Game, Battle Royale ou Hunger Games, bref à ces fictions où la survie devient un jeu. Mais ici, l’épure est totale : pas de futurisme, pas d’arène spectaculaire, seulement une route et cinquante adolescents condamnés à avancer. Nous sommes finalement plus proches du glaçant Punishment Park. Cette simplicité radicale rend le propos d’autant plus universel. En divisant par deux le nombre de marcheurs par rapport au livre, en évitant toute scène de foule, en ne nous montrant jamais l’impact de cet événement national sur la population, Lawrence privilégie une sorte d’épure qui mue quasiment le récit en allégorie. Après des décennies de faux départs (George Romero, Frank Darabont, André Øvredal ont envisagé à tour de rôle de porter ce roman à l’écran), Marche ou crève s’impose comme l’une des adaptations les plus singulières – et les plus réussies ? – de Stephen King. C’est en tout cas le sommet de la carrière d’un cinéaste qui, avec Constantine, Je suis une légende et la saga Hunger Games, n’avait pas encore montré toute l’étendue de son talent. Voilà chose faite.

 

© Benjamin Braddock

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