COLONY (2026)

Après Dernier train pour Busan, Seoul Station et Peninsula, les zombies coréens de Yeon Sang-ho sont de retour !

GUNCHE

 

2026 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Yeon Sang-ho

 

Avec Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rock, Shin Hyeon-bin, Go Soo, Kim Hyung-mook

 

THEMA ZOMBIES

Avec Colony, Yeon Sang-ho, fer de lance d’une nouvelle vague sud-coréenne qui réinvente avec brio le film de zombies depuis la sortie de l’excellent et très graphique Dernier train pour Busan en 2016, a une nouvelle fois eu les honneurs de la sélection officielle du 79e Festival de Cannes, dans la catégorie des séances de minuit. Sous la maîtrise du cinéaste, le genre continue de se moderniser, au point de galvaniser une seconde fois le public du Palais des Festivals avant même la sortie française du film. La même année que Last Train to Busan, la préquelle animée Seoul Station était également présentée dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Bruxelles, Annecy et Neuchâtel. En 2020, c’est Peninsula qui nous ramenait dans la continuité du même univers mais avec des personnages différents. Ce dernier opus n’était pas tout à fait une suite, malgré les apparences. Colony marque donc le retour attendu du réalisateur aux prises avec une nouvelle invasion de zombies. « On ne peut pas dire que tous les réalisateurs de films de zombies sont influencés par George Romero, car lui-même rebondissait sur des sujets d’actualité de son époque », explique le réalisateur quand on l’interroge sur ses influences. « Comme lui, j’ai donc voulu surtout traiter de la peur latente de la société actuelle et c’est ce à quoi j’ai beaucoup réfléchi pour Colony. » (1)

Cette fois, le film se détache entièrement des précédentes œuvres du cinéaste pour explorer de nouvelles thématiques, notamment celle de la communication entre les êtres vivants – jusqu’au blob, idée aussi fascinante qu’inattendue. Plus sociologique qu’intime, Colony déploie, sur fond de bioterrorisme, de révolution cognitive, de neurosciences et de contamination, une réflexion sur le phénomène du groupe, bénéfique ou délétère selon les circonstances et les points de vue. Dans sa dimension la plus positive, l’humanité « fait groupe » pour le plaisir d’être ensemble, de partager des connaissances, un savoir-faire/être, des valeurs ou une entraide, que ce soit dans un cadre ludique ou dans la poursuite d’un objectif élevé. Mais le groupe peut aussi se constituer pour le pire, parfois même pour résister à une domination oppressante. « Comme vous le savez, la société actuelle se distingue des autres époques par un immense échange d’informations », explique Yeon Sang-ho, « et dans ce contexte qui a vu la naissance de l’intelligence artificielle, l’individualité s’efface. » (2)

Les zombies du 21ème siècle

C’est donc sous l’angle de la métaphore que les zombies de Colony – qui évoquent les envahisseurs de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel – ravivent l’éternelle nécessité de combattre le conformisme, l’abrutissement de masse et toute forme de déterminisme social. À travers l’alliance de personnages disparates, singuliers, et la revendication de leur individualité, le message porté par Yeon Sang-ho rejoint celui de John Carpenter dans Assaut, Invasion Los Angeles ou Los Angeles 2013. Sa philosophie humaniste rappelle avec sagesse que les droits de l’individu doivent primer pour le respect de sa liberté, de son intégrité et de ses valeurs propres, au risque de les voir absorbées par celles d’un groupe incertain. Surtout qu’ici, et c’est une grande nouveauté, les zombies modernes ne se contentent pas d’errer, décérébrés, voraces. Au contraire, grâce à la communication, ils évoluent rapidement. À l’instar des I.A, ils apprennent et vont très vite…

 

(1) et (2) Propos recueillis par Quélou Parente en mai 2026

 

© Quélou Parente

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LADIES FIRST (2026)

Sacha Baron Cohen incarne un macho de la pire espèce qui se retrouve soudain plongé dans un monde parallèle dominé par les femmes…

LADIES FIRST

 

2026 – USA / GB

 

Réalisé par Thea Sharrock

 

Avec Sacha Baron Cohen, Rosamund Pike, Tom Davis, Emily Mortimer, Weruche Opia, Charles Dance, Fiona Shaw, Richard E. Grant, Red Tennant

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

La plupart de ceux qui se sont aventurés devant Ce que veulent les hommes, variante pachydermique de Ce que veulent les femmes, se souviennent encore des soupirs d’exaspération provoqués par cette tentative grotesque de retrouver la formule magique de l’excellente comédie fantastique de Nancy Meyers. Pourtant, la pantalonnade embarrassante d’Adam Shankman passerait presque pour un modèle de finesse à côté de Ladies First, qui cherche lui aussi, à sa manière, à dénoncer les travers sexistes de nos sociétés patriarcales. Les intentions sont évidemment louables, mais l’invraisemblable lourdeur du scénario, coécrit par Natalie Krinsky, Cinco Paul et Katie Silberman, finit par se révéler spectaculairement contre-productive. Au lieu de mettre en lumière les mécanismes de la domination masculine, Ladies First les caricature au point de les vider de toute réalité. À force de simplification et de démonstration appuyée, le film finit par décrédibiliser son propre propos et produit exactement l’inverse de l’effet recherché. Au passage, l’idée n’est pas nouvelle, puisque Ladies First est le remake d’un autre film Netflix, Je ne suis pas un homme facile d’Eléonore Pourriat (2018) avec Vincent Elbaz en tête d’affiche. L’original n’était déjà pas d’une grande subtilité, mais celui-ci bat tous les records.

Tout commence comme une parodie de James Bond – le « macho man » par excellence. Dans son beau smoking, Sacha Baron Cohen drague tout ce qui bouge au bord d’une piscine, conduit un bolide luxueux, se prélasse à bord d’un yacht… Mais dès l’entame, une voix off insistante nous explique que cet homme est un sale type et qu’il n’aura bientôt que ce qu’il mérite. Le ton du film est donc donné : il s’agira de surligner toutes les péripéties, d’accentuer tous les effets comiques, d’enfoncer toutes les portes ouvertes pour s’assurer que les spectateurs – manifestement considérés comme faibles d’esprit – puissent bien tout comprendre. Difficile de jouer le jeu dans ces conditions. Le postulat de départ nous offre exactement ce que nous attendons : Cohen campe Damien Sachs, cadre d’une agence de publicité n’offrant aux femmes que des rôles subalternes. Mais un jour, il se cogne la tête et se trouve plongé dans un monde inversé où ce sont les femmes qui dominent la société…

La farandole des clichés

Au-delà de l’emprunt d’une infinité d’idées – notamment la concurrence hommes/femmes dans le milieu publicitaire – à Ce que veulent les femmes, Ladies First s’échine à arpenter tous les sentiers battus, son scénario s’acheminant exactement là où on imagine qu’il ira. Le comble de ce refus de la surprise et de l’audace intervient lorsque Damien rencontre un SDF « magique » qui sait tout et qui lui annonce carrément la suite du synopsis : s’il veut sortir de cette situation, il va devoir changer. Et donc… il va changer. Et tout va rentrer dans l’ordre. Et le happy end sera dégoulinant de bons sentiments. Sans doute les comédiens talentueux qui ont accepté d’intégrer ce projet – Rosamund Pike, Charles Dance, Fiona Shaw – pensaient-ils agir pour la bonne cause. Mais rien ne fonctionne dans Ladies First. Même Baron Cohen nous semble en total sous-régime, y compris lorsqu’il endosse l’improbable tenue d’un cowboy stripteaseur, joue les pianistes romantiques caricaturaux ou gémit face aux séances d’épilation. Qu’il nous semble loin, l’incontrôlable trublion de Borat ! Décidément, personne n’a encore réussi à faire mieux que Nancy Meyers sur son propre terrain. 26 ans plus tard, la cause féministe et la lutte pour l’égalité ne méritaient-elle pas une vraie comédie fantastique digne de ce nom : fine, drôle, sensible et écrite avec un minimum de justesse ?

 

© Gilles Penso

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THE MANDALORIAN & GROGU (2026)

Le célèbre guerrier casqué et son fidèle « bébé Yoda » jaillissent hors des écrans télévisés pour connaître leur première aventure au cinéma…

THE MANDALORIAN & GROGU

 

2026 – USA

 

Réalisé par Jon Favreau

 

Avec Pedro Pascal, Sigourney Weaver, Jeremy Allen White, Steve Blum, Martin Scorsese, Matthew Willig, Hemky Madera, Jonny Coyne, Myles Humphus

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Si The Mandalorian & Grogu est le premier film Star Wars à débarquer sur les grands écrans depuis L’Ascension de Skywalker (sorti sept ans plus tôt), sa genèse remonte à 2017. À cette époque, Jon Favreau propose à Kathleen Kennedy une série centrée sur les Mandaloriens. En parallèle, Dave Filoni développe lui aussi une idée proche après son travail sur les séries animées Star Wars. Kennedy pousse alors les deux créateurs à unir leurs visions. De cette collaboration naît la série The Mandalorian, lancée en novembre 2019 avec Disney+, et rapidement devenue un phénomène culturel grâce au personnage de Grogu, alias « Bébé Yoda ». Le succès colossal de la série incite Lucasfilm à envisager une adaptation cinématographique, mais la transition du petit au grand écran ne se fait pas immédiatement. Favreau et Filoni travaillent d’abord sur une quatrième saison, dont les scripts sont achevés début 2023. Lorsque les grèves hollywoodiennes ralentissent la production, le studio revoit ses priorités et décide de faire le grand saut : au lieu d’une saison 4, la suite des aventures de Din Djarin et de Grogu se déroulera dans les salles de cinéma. Ce passage du petit au grand écran impose bien sûr un gros travail de réécriture, mais les intrigues feuilletonnantes de la série n’ont pas été abandonnées pour autant.

De fait, le film prend vite les allures d’une saison entière de la série ramenée à une durée de 132 minutes. Tout se passe comme si les scénarios écrits pour la télé avaient été compressés et artificiellement collés entre eux. Fatalement, les péripéties s’enchaînent de manière un peu aléatoire, sautant d’un enjeu immédiat à un autre sans nous offrir une intrigue solide ou une construction dramatique digne de ce nom. C’est le défaut majeur de The Mandalorian & Grogu, l’autre étant sans conteste son abandon corps et âme à la cause du fan service. Rarement film aura été autant conditionné par son envie de titiller la fibre nostalgique, de saturer l’écran de « cadeaux » conçus sur mesure pour les aficionados… et accessoirement de vendre un maximum de produits dérivés. Il faut sans doute remonter à Spider-Man No Way Home pour retrouver une telle propension à l’euphorie immédiate et sans conséquences. Dans certains cas, l’exercice fait son petit effet : comment ne pas soupirer de joie dans une séquence comme celle du Dejarik grandeur nature, convoquant avec une boulimie jouissive une partie du bestiaire de La Guerre des étoiles ? Dans d’autres cas, nous sommes plus perplexes. Le traitement des Hutt – et notamment de Rotta, le fils de Jabba – nous embarrasse plus qu’il ne nous enthousiasme.

Une saison complète en un film

On peut aussi regretter que Martin Scorsese n’ait pas été mieux exploité. Avoir une personnalité aussi prestigieuse dans son casting et se contenter de donner sa voix à un alien de seconde zone au lieu de lui offrir un rôle digne de ce nom – un redoutable baron du crime à la solde de l’Empire, par exemple – relève du crime de lèse-majesté ! Bien sûr, le savoir-faire de Jon Favreau et de son équipe reste intact. La direction artistique de Doug Chiang et Andrew L. Jones, les effets visuels supervisés par John Knoll et les images de synthèse animées sous la direction de Hal Hickel rivalisent de beauté, nous offrant de nouveaux panoramas extra-terrestres mémorables, mais aussi des créatures inédites particulièrement impressionnantes. La plastique du film est donc irréprochable, s’offrant même des élans « old school » du plus bel effet, comme le combat contre les robots en stop-motion conçus par le Tippett Studio, réminiscence de Robocop 2 et du Talos de Jason et les Argonautes. À un bémol près – la musique de Ludwig Göransson qui, lorsqu’elle ne se repose pas sur les acquis de la série, se lance dans des variantes hip-hop ou manouches complètement à côté de la plaque -, The Mandalorian & Grogu est un film de très haute tenue d’un point de vue artistique. Dommage que sa structure narrative soit si évasive et ne nous propose pas autre chose qu’un épisode rallongé de la série. Le potentiel était pourtant énorme. L’occasion nous semble partiellement manquée, ce qui n’ôte rien au plaisir régressif irrépressible que les fans de la première heure ressentiront face à ce spectacle extrêmement généreux.

 

© Gilles Penso

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LA POUPÉE (2025)

Après une cruelle déception amoureuse, un homme se met en couple avec une poupée grandeur nature… qui soudain devient vivante !

LA POUPÉE

 

2025 – FRANCE

 

Réalisé par Sophie Beaulieu

 

Avec Vincent Macaigne, Zoé Marchal, Cécile de France, Gilbert Melki, Mariane Basler, Adèle Journeaux, Souleymane Sylla, Ludovic Thievon, Eric Guerin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

Praticienne du court-métrage depuis 2012, Sophie Beaulieu a l’idée de La Poupée en découvrant un reportage télévisé, situé aux États-Unis, dans lequel des hommes vivent en ménage avec des poupées en silicone hyperréalistes qu’ils considèrent comme leurs compagnes. Le sujet lui semble tellement incroyable – et en même temps si représentatif des maux de la société des années 2020 – qu’elle décide d’en tirer le scénario de son premier long-métrage. Mais l’idée n’est pas simple à vendre. Les éventuels investisseurs sont frileux, craignant de ne pas bien comprendre la tonalité du film. Un homme solitaire vivant avec une poupée qui devient autonome, ça n’est pas banal dans le paysage audiovisuel français. S’agit-il d’un drame social glauque ? D’une histoire de science-fiction ? D’un film d’horreur ? En réalité, Sophie Beaulieu n’envisage pas La Poupée autrement que comme une comédie romantique légère et décomplexée. Le projet finit par se monter grâce à la motivation de plusieurs producteurs indépendants, avec quelques aides publiques et finalement l’apport de Canal +. Désireuse d’inscrire son histoire dans un cadre où la nature est visuellement très présente, la réalisatrice choisit un décor montagnard – en l’occurrence au cœur du Jura -, ce qui contraste joyeusement avec le métier du personnage principal du film : un vendeur de gazon synthétique !

Rémi (Vincent Macaigne), la quarantaine, ne s’est jamais remis d’une rupture ayant bouleversé sa vie. Pour éviter de revivre une cruelle déception amoureuse, il a décidé de se mettre en couple avec une poupée grandeur nature qu’il a baptisée Audrey (Zoé Marchal). Grande, blonde, les yeux bleus, c’est à ses yeux la femme idéale. Il lui parle, dîne en sa compagnie, regarde la télé avec elle et lui fait l’amour. Ni ses collègues de travail, ni ses parents ne savent que la femme dont il vante sans cesse les mérites est en réalité un bel objet en plastique parfaitement inerte. Mais un soir, sans raison apparente, Audrey s’anime et devient vivante. Paniqué, Rémi ne sait pas du tout comment réagir. Faut-il prévenir la police ? En parler à sa famille ? La ramener dans l’usine qui l’a fabriquée ? Au même moment, Patricia (Cécile de France), une nouvelle collègue de travail, débarque dans son entourage et ne le laisse pas indifférent. Pour Rémi, la situation va devenir de plus en plus ingérable…

La femme objet

Le potentiel d’un tel scénario était énorme. Le problème, c’est que Sophie Beaulieu se contente d’enfoncer des portes ouvertes en restant sagement à la surface des sujets qu’elle aborde. Il eut pourtant été intéressant de profiter de cette métaphore pour explorer plus profondément les travers d’une société préférant la virtualité au réel, mais aussi le fossé qui sépare parfois les mentalités féminines et masculines, ou encore la question de l’identité de genre – très maladroitement et superficiellement amenée par le personnage de Domi (Adèle Journeaux), la sœur de Rémi. Autre souci : le film ne profite quasiment jamais des mille possibilités de comédie de situation qu’offre un tel concept. À peine a-t-on droit à une petite grimace de Gilbert Melki – terriblement sous-exploité en père bourgeois et conventionnel – lorsqu’Audrey évoque ses problèmes de menstruations avec un franc parler inattendu. Comme en outre le principe même de la réanimation inexpliquée de la poupée est traité volontairement par-dessus la jambe (comme si le scénario, sous prétexte d’une approche fantastique, s’autorisait tout et n’importe quoi), la suspension d’incrédulité du spectateur est sérieusement mise à mal. Fort heureusement, le casting choisi par la réalisatrice apporte une fraîcheur qui ferait presque oublier les faiblesses et les facilités du film. Vincent Macaigne excelle comme toujours dans le rôle d’un être distrait et inadapté, tandis que Cécile de France est plus pétillante et gouailleuse que jamais. Quant à Zoé Marchal, elle crève l’écran dans un registre pourtant pas simple. Dommage qu’avec de telles têtes d’affiches, La Poupée reste si tiède et si peu audacieux. Une belle occasion manquée, en somme.

 

© Gilles Penso

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APEX (2026)

Charlize Theron s’investit à fond dans ce survival sauvage à mi-chemin entre Cliffhanger et Les Chasses du comte Zaroff

APEX

 

2026 – USA / GB / ISLANDE

 

Réalisé par Baltasar Kormákur

 

Avec Charlize Theron, Taron Egerton, Eric Bana, Matt Whelan, Bessie Holland, Aaron Pedersen, Rob Carlton, Duncan Fellows, Julia Ohanessian, Niam Hogan

 

THEMA TUEURS

Même si le mot latin « apex » – qu’on pourrait traduire par « sommet » – nous semble parfaitement approprié à cette aventure sauvage basculant lentement mais sûrement vers l’horreur, on ne peut s’empêcher de penser qu’un autre titre eut été préférable. Car Apex est déjà le nom d’un jeu vidéo très populaire et de plusieurs films de science-fiction. Toujours est-il que John Logan, scénariste de la série The Purge, concocte ici un récit tendu qui ménage son lot de rebondissements, même s’il emprunte un terrain déjà maintes fois balisé avant lui. Le sentiment de déjà-vu ne concerne donc pas uniquement le titre, mais le film tout entier. La mise en scène est confiée à Baltasar Kormákur, ce qui semble logique dans la mesure où ce cinéaste d’origine islandaise est familier des récits de survie en milieu hostile. Nous lui devons notamment Survivre, Everest, À la dérive ou encore Beast, dans lequel Idris Elba affrontait un lion particulièrement agressif. En tête d’affiche, Charlize Theron s’implique à fond. Non contente de tenir le premier rôle d’Apex et d’en assurer la coproduction, l’athlétique quinquagénaire tient à emboîter le pas de Tom Cruise en exécutant elle-même la majorité des cascades et des nombreuses séquences d’escalade du film. À cette occasion, elle s’entraîne intensivement avec la grimpeuse professionnelle Beth Rodden. Pour lui donner la réplique, le choix s’arrête sur Taron Egerton, dont l’éclectisme lui fit interpréter pêle-mêle l’agent secret de Kingsman, le Robin des Bois de 2018 ou carrément Elton John dans Rocketman.

Le prologue vertigineux d’Apex, situé dans les montagnes de Norvège, nous ramène à l’époque de Cliffhanger et Vertical Limits. En quelques minutes se met en place le trauma que trimballera notre héroïne tout au long du récit. Cette mécanique narrative a fait ses preuves dans une infinité de films catastrophe des années 90 et sert donc de point de départ à Apex. L’intrigue redémarre cinq mois plus tard en Australie. En direction du parc national de Wandarra, la grimpeuse Sasha a décidé de se vider la tête en s’adonnant à son activité préférée : le sport extrême. Sur place, un garde forestier l’avertit d’une série de disparitions dans la région. Cette information n’est pas sans importance, on s’en doute. Elle vit ensuite un moment tendu à la station-service du coin avec un petit groupe de chasseurs bourrins et machos qui la chahutent un peu. Mais Sasha ne se démonte pas et part installer son campement dans un recoin sauvage et isolé. La première journée est paradisiaque. Sa descente dans les rapides en kayak, loin de la civilisation, se révèle particulièrement revigorante. Mais le paradis ne va pas tarder à se transformer en enfer…

Randonnée pour un tueur

Le protagoniste étranger qui se jette dans la gueule du loup, en butte à des rednecks hostiles, est un motif que nous connaissons bien. De Délivrance à Razorback en passant par I Spit on your Grave, ce genre de confrontation ne nous est pas étranger. Son efficacité reste cependant intacte et installe efficacement un climat de malaise diffus. Lorsque se met en branle à mi-parcours la mécanique du slasher, l’une des sources d’inspiration majeures du film nous saute alors aux yeux, jusque dans l’emploi de l’arbalète meurtrière : Les Chasses du comte Zaroff. Car voilà Sasha soudain muée en proie dans un jeu sanglant qui s’apprête à mettre son endurance à rude épreuve. Un autre thriller primitif plus récent, La Rivière sauvage de Curtis Hanson, nous vient aussi à l’esprit. Et lorsque la psychopathie de l’antagoniste s’affirme enfin pleinement, c’est l’influence de Psychose qui affleure. Norman Bates n’est en effet pas loin. On l’aura compris, Apex croule sérieusement sous le poids de ses prestigieux aînés, et c’est l’une de ses faiblesses majeures. Ce qui ne retire rien à la mise en scène très solide – comme toujours – de Baltasar Kormákur, la pleine implication de Charlize Theron – qui ira jusqu’à se blesser sérieusement pendant le tournage –, la prestation très impressionnante de Taron Egerton et les superbes décors naturels australiens. Tous ces ingrédients ne suffisent pas à faire d’Apex un grand film, mais permettent au moins d’assurer un spectacle de qualité.

 

© Gilles Penso

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A-T-ON VRAIMENT BESOIN D’UNE VERSION LIVE DE VAIANA ?

Disney relance la machine à remakes… et cette fois, c’est (déjà) au tour de Vaiana : La Légende du bout du monde de passer à la moulinette du « live ».

PUBLIÉ LE 24 MARS 2026

Dix ans à peine après le succès du film d’animation original, la firme aux grandes oreilles remet les voiles. La jeune Catherine Lagaʻaia hérite du rôle-titre, tandis que Dwayne Johnson, affublé d’une perruque invraissemblable, reprend son personnage de Maui, qu’il doublait déjà dans le film animé. Autour d’eux, une distribution majoritairement issue de Nouvelle-Zélande (John Tui, Frankie Adams, Rena Owen) cherche manifestement à ancrer le récit dans ses racines polynésiennes. La réalisation est confiée à Thomas Kail, spécialiste du film musical (Grease Live, Hamilton), qui se voit ici épaulé par une armada de producteurs veillant manifestement à ce que le cahier des charges soit méticuleusement respecté. Sur le papier, tout semble réuni pour un nouveau carton. Après tout, Disney a déjà transformé plusieurs de ses classiques en machines à cash. Mais le succès financier n’a jamais vraiment rimé avec réussite artistique. Depuis une décennie, les remakes live Disney peinent en effet à justifier leur existence autrement que par la nostalgie et le box-office. Les rares exceptions sont des écarts de route signés par des cinéastes à la personnalité singulière (un Peter et Eliott par ci, un Dumbo par-là), mais ce sont des cas isolés.

 

Comme on pouvait s’y attendre, la bande-annonce de ce nouveau Vaiana laisse entrevoir la tendance du mimétisme pur et simple. Le « live » semble ici se contenter d’imiter l’animation, sans proposer de regard neuf. Une stratégie prudente, presque scolaire, qui ravive l’éternelle question : à quoi bon ? Le timing lui-même interroge. Adapter un film aussi récent – encore bien ancré dans la mémoire collective et déjà prolongé par une suite à succès – ressemble moins à un geste artistique qu’à une exploitation accélérée d’une licence rentable. Disney, à court de classiques « anciens » à revisiter, pioche désormais dans ses succès récents. Cette fuite en avant pourrait bien finir par transformer son catalogue en boucle autoréférentielle. Reste que le public familial répondra probablement présent. Porté par la popularité intacte de l’original et par une fenêtre estivale favorable, le remake de Vaiana a tout du futur hit. Mais ce syndrome de la photocopie continuera-t-il longtemps à faire illusion ? Et si le vrai défi n’était plus de refaire ses classiques… mais de réapprendre à en créer ?  

 

© Gilles Penso

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GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE (2025)

Un homme bizarre débarque dans un restaurant de Los Angeles et affirme qu’il vient du futur, en quête de volontaires pour l’aider à sauver le monde…

GOOD LUCK, HAVE FUN, DON’T DIE

 

2025 – USA

 

Réalisé par Gore Verbinski

 

Avec Sam Rockwell, Juno Temple, Haley Lu Richardson, Michael Peña, Zazie Beetz, Asim Chaudhry, Tom Taylor, Georgia Goodman, Daniel Barnett

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DOUBLES I MONDES VIRTUELS ET PARALLÈLES

Voilà huit ans que nous n’avions plus de nouvelles de Gore Verbinski. Depuis l’échec critique et commercial du pourtant fascinant A Cure for Life, le réalisateur de Pirates des Caraïbes, du Cercle et de Rango était aux abonnés absents. Le voilà enfin de retour aux commandes de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, une fable de science-fiction délirante qui n’est pas sans raviver l’esprit de certains films de Terry Gilliam (on pense notamment à L’Armée des 12 singes, Fisher King ou L’Homme qui tua Don Quichotte). Imaginé par Matthew Robinson, le scénario de ce long-métrage parfaitement inclassable sera passé par de nombreuses itérations. Conçu au départ pour le pilote d’une série TV centrée sur un étudiant en littérature, le récit évolue peu à peu vers un autre format, se structure autour de saynètes à priori indépendantes mais toutes liées à un homme venu du futur, et intègre les progrès constants de l’intelligence artificielle. Le producteur Erwin Stoff tente d’approcher plusieurs réalisateurs avec ce concept atypique, mais c’est Verbinski qui se montre le plus enthousiaste. Habitué à changer radicalement de registre d’un film à l’autre – ce qui explique sa filmographie particulièrement éclectique -, le cinéaste bénéficie ici d’une grande liberté dans la mesure où il s’agit de son premier film indépendant. Libéré de la pression des gros studios, Verbinski compose avec un budget raisonnable de 23 millions de dollars et se lance ainsi dans l’un des projets les plus fous de sa carrière.

Presque méconnaissable sous sa barbe hirsute et son accoutrement invraisemblable fait de bric et de broc, Sam Rockwell joue un homme bizarre qui débarque dans un restaurant de Los Angeles, à 22h10 précises, et affirme à tous les gens présents qu’il vient du futur. Son objectif : réunir une équipe de gens choisis sur place pour l’aider à empêcher la fin du monde. Persuadées qu’elles ont affaire à un sans-abri divagant, quelques personnes présentes dans l’établissement décident de se débarrasser de lui manu-militari. Mais notre homme exhibe alors un dispositif complexe caché sous sa combinaison, relié à un bouton. C’est une bombe, qu’il fera exploser s’il rencontre la moindre résistance. Poursuivant son discours incohérent, l’intrus déclare qu’il en est à sa 117ème tentative et qu’il espère aller cette fois-ci au bout de sa mission. Il s’agit de toute évidence du délire d’un pauvre gars atteint de paranoïa aigue. Mais un détail reste troublant : il connaît plusieurs informations très personnelles parmi les clients et les serveurs. Faut-il pour autant accorder le moindre crédit à ses théories abracadabrantes ?

Technophobie

Dès l’entame du film, Gore Verbinski parvient ainsi à capter l’attention du spectateur et à piquer sa curiosité au vif. Le phénomène d’identification s’active face à cet hurluberlu au look improbable, et les mêmes questions que celles que se pose l’assistance nous titillent aussitôt : y a-t-il la moindre parcelle de vérité dans ce que raconte cet homme ? La narration se fragmente aussitôt, adoptant presque la structure d’un film à sketches, dans la mesure où plusieurs flashbacks s’attardent sur des clients du restaurant et développent des histoires autonomes. Là, le film bascule ouvertement dans une atmosphère science-fictionnelle très proche de celle de la série Black Mirror. On y évoque tour à tour la contamination des esprits via les smartphones, les dangers du clonage, le plongeon dans les réalités virtuelles, le développement de l’intelligence artificielle… Tous ces récits convergent bientôt pour tisser un fil narratif commun qui dépasse en extravagance toutes les attentes. Et si Good Luck, Have Fun, Don’t Die aborde plusieurs fléaux bien réels frappant la société américaine et surtout ses jeunes générations – l’addiction aux réseaux sociaux, les tueries dans les lycées -, c’est sous un angle volontairement excessif et grotesque qui n’atténue pas pour autant son caractère satirique. Certes, cette mise en garde contre l’abus de technologie ne fait pas dans la dentelle et n’hésite pas à chausser de gros sabots pour étayer sa démonstration. Mais on ne pourra pas reprocher à Verbinski son manque d’audace ou d’irrévérence. Il faut voir comment le film visualise les dérives de l’IA générative au cours de son dernier acte ! Nous voilà face à un véritable OVNI, dont le grain de folie n’est pas sans rappeler Everything Everywhere All at Once.

 

© Gilles Penso

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PROJET DERNIÈRE CHANCE (2026)

Ryan Gosling fait une rencontre du troisième type au cours d’une mission spatiale pour raviver le soleil mourant…

PROJECT HAIL MARY

 

2026 – USA

 

Réalisé par Chris Miller & Phil Lord

 

Avec Ryan Gosling, James Ortiz, Sandra Hüller, Ken Leung, Liz Kingsman, Milana Vayntrub, Lionel Boyce

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Depuis leur éviction du tournage de Solo pour Lucasfilm en 2016, on n’avait plus revu Phil Lord et Chris Miller derrière la caméra. Projet dernière chance était donc attendu au tournant, afin de vérifier la capacité des deux trublions à mener un projet à terme dans une industrie de plus en plus corporatiste. Si Amazon MGM Studios a le mérite d’allouer un budget de 200 millions de dollars à des « auteurs » et de sortir le film en salles, on est désormais familier du cahier des charges établi par les plateformes de streaming. Et dans le cas présent, il ne fait aucun doute qu’il a été respecté à la lettre par Miller et Lord. Projet dernière chance est la seconde adaptation d’un roman d’Andy Weir par Drew Goddard, après Seul sur Mars. En 2015, ce « McGyver dans l’espace » réalisé par Sir Ridley Scott avait connu un inespéré succès critique et public, bien que la décontraction ambiante du film ne lui permit pas de trouver sa place au palmarès des grands films d’exploration spatiale tels que 2001 l’odyssée de l’espace ou Interstellar, d’illustres modèles à côté desquels Projet dernière chance fait à nouveau bien pâle figure, tant il s’avère dérivatif de tout ce que le genre nous a offert depuis quarante ans : Sunshine, Gravity, Wall-E, Passengers, Oxygène, Ad Astra, voire même Armageddon. Le sauveur de l’humanité, Ryland Grace (Ryan Gosling – en mode Fall Guy plutôt que First Man), forcément américain malgré le casting alibi de seconds rôles sortis d’une publicité pour Benetton, est ici aussi un parfait anti-héros débonnaire qui, chez Michael Bay ou Roland Emmerich, aurait suscité bien des critiques. Toutes ces références (emprunts ?) font partie du vocabulaire méta de Lord et Miller, mais elles offrent à Amazon un produit familier, sans rugosité, caressant le spectateur dans le sens du poil. Même la bande originale de Daniel Pemberton trahit certains morceaux ayant servi de musique temporaire, notamment les passages désarticulés et loufoques composés par Thomas Newman pour Wall-E ou les accords écrasants de Hans Zimmer pour Interstellar. Pour quiconque attend une « vraie » proposition de cinéma, les 2h36 de projection les laisseront sur leur faim, à moins de s’amuser à repérer les morceaux qui constituent ce best-of de la SF.

Projet dernière chance commence par une mauvaise nouvelle : le soleil est en train de s’éteindre car des particules appelées « astrophages » le consument. Heureusement, une étoile voisine du soleil, non affectée, semble posséder des « anticorps ». La mission, si vous l’acceptez, est d’aller récupérer ces cellules saines, les cultiver et soigner le soleil. Dit comme ça, ça a l’air aussi simple qu’un exposé de Michel Chevalet, mais rappelons que dans ses romans, Andy Weir n’établit pas une thèse universitaire. Il use au contraire de vulgarisation et de libertés scientifiques pour offrir à son Robinson de l’espace de multiples problèmes à résoudre, préservant l’illusion de la plausibilité scientifique et se focalisant sur la résolution technique plutôt que sur la philosophie et la métaphysique. De la science-fiction ludique pour les fans de jeux vidéo et d’escape games, en quelque sorte. Pourquoi pas après tout ? D’autant que cela correspond parfaitement aux aspirations de Miller et Lord. La menace d’extinction pesant sur l’humanité n’est tout simplement pas traitée et fait office de prétexte pour le sujet principal du film : la relation entre Ryland Grace et Rocky, un extraterrestre arachnide minéral aussi amical et candide que le Numéro 8 de Short Circuit, prenant vie à l’écran grâce à l’expertise animatronique du vétéran Neal Scanlan (Oz, un monde extraordinaire, Babe, Le Réveil de la Force, la série Andor). Comme dans Enemy de Wolfgang Petersen, Projet dernière chance se focalise sur l’amitié naissante des deux compagnons de fortune, en expédiant rapidement les formalités d’usage. Le mystère du premier contact avec une forme de vie étrangère et la résolution du problème de la langue sont ainsi évacués via un montage musical émaillé de gags, amusants si le spectateur espère retrouver l’humour de 21 Jump Street ou The Lego Movie, navrants s’il s’attend à une odyssée spatiale plus sérieuse. D’autant que la facilité avec laquelle les deux êtres parviennent à se comprendre annihile complètement l’exotisme de la rencontre. Rocky aurait pu tout aussi bien parler anglais dès le départ, comme un extraterrestre d’un épisode de la série Star Trek originale, que la progression dramatique de Projet dernière chance n’en aurait pas souffert.

2001 Jump Street

Quel a été l’influence de Lord et Miller sur le ton du film ? On sait que la productrice Kathleen Kennedy et le scénariste Jon Kasdan leur avaient reproché de transformer Solo en comédie d’action avant de les limoger. Et s’ils avaient adopté exactement le même parti pris sur Projet dernière chance, avec cette fois-ci la bénédiction d’Amazon MGM ? Au vu du résultat, la décision à priori injuste de Lucasfilm mérite d’être reconsidérée sous une lumière différente. On connaît leur propension à tirer leurs scénarios vers le second degré et la parodie, qui fonctionne à merveille dans 21 Jump Street et sa suite, dans La Grande aventure Lego et même dans le délicieusement déjanté Tempête de Boulettes géantes. Ici, elle dessert plutôt les ambitions du projet, dont la simplicité et la linéarité dramatiques peinent à justifier une durée excessive. Car la narration en flashbacks est un simple prétexte pour se passer d’une exposition classique et ouvrir le film dans l’espace en cours de mission, en fournissant par la suite au spectateur les quelques informations nécessaires à l’explication d’un contexte qui n’a finalement que peu d’incidence sur le « buddy movie » au cœur de l’histoire. On peut même se demander si Projet dernière chance n’a pas été envisagé à la base pour être monté dans l’ordre chronologique, avant que la structure « enrôlement / entrainement / mission » ne soit jugée lassante pour le spectateur avant même le décollage de la fusée. N’oublions pas que, production Amazon oblige, le film servira avant tout de produit d’appel pour la plateforme Prime, et qu’une sortie en salle et un tournage en IMAX ne signifient pas forcément que Projet dernière chance soit pensé pour le grand écran. En témoignent de nombreux gros plans, une mise en scène confinée à des espaces restreints et une profondeur de champ limitée en conséquence. De ce point de vue, on comprend mieux la dilution et la schématisation des enjeux, ainsi que le rythme lâche, qui trahissent probablement la volonté de s’accommoder au « second screen viewing », ce nouveau fléau consistant à consulter son téléphone pendant le visionnage d’un programme chez soi… et parfois même au cinéma ! Si vos paupières deviennent trop lourdes pendant le film après une longue journée de travail, rassurez-vous : dans l’espace, personne ne vous entendra ronfler !

 

© Jérôme Muslewski

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LE SIFFLET (2025)

Un objet macabre d’origine précolombienne tombe dans les mains d’un groupe de lycéens, qui ont la mauvaise idée de souffler dedans…

WHISTLE

 

2025 – CANADA / IRLANDE

 

Réalisé par Corin Hardy

 

Avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Sky Yang, Jhaleil Swaby, Ali Skovbye, Percy Hynes White, Mika Amonsen, Michelle Fairley, Stephen Kalyn, Nick Frost

 

THEMA MORT

Réalisateur de deux films d’horreur relativement confidentiels (Blood Fest et Mercy Black), Owen Egerton développe d’abord l’idée du Sifflet sous forme d’une nouvelle, avant d’en tirer le scénario d’un long-métrage. C’est Corin Hardy, signataire du peu mémorable La Nonne issu du « Conjuring Cinematic Universe », qui se charge de la mise en scène. Férus de cinéma de genre, les deux hommes décident de truffer Le Sifflet de références et de clins d’œil. Nous avons donc droit à un enseignant qui s’appelle Craven, à une lycéenne nommée Browning, à l’usine sidérurgique Verhoeven ou à la boîte à cigares Muschietti. Ces petits coups de coude sont bien sûr conçus pour s’attirer la complicité du public, mais n’empêchent pas le film de cumuler un grand nombre de lieux communs. Dès l’entame, nous découvrons donc l’archétype de l’adolescente marginale et solitaire qui vient s’installer dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, griffonne des dessins dans son cahier, s’habille un peu « grunge » et écoute des chansons aux paroles déprimantes : « Desperate Times », « Social Suicide », « In the Dark and Lonely Night »… Ce mix cafardeux nous rappelle la playlist dépressive qu’écoutait l’héroïne du parodique Mords-moi sans hésitation.

Ce « cliché ambulant » est une jeune fille au prénom improbable, Chrysantemum (Dafne Keen) – Chrys pour les intimes. Bouleversée par la mort de son père, cette ancienne junkie emménage avec son jovial cousin décoloré Rel (Sky Yang) et découvre ses nouveaux camarades lycéens : la blonde populaire Grace (Ali Skovbye), son petit-ami sportif Dean (Jhaleil Swaby) et la sympathique Ellie (Sophie Nélisse) qui lui tape rapidement dans l’œil. En ouvrant son casier, Chrys tombe sur un objet étrange d’origine précolombienne : un sifflet antique en forme de crâne. Or les spectateurs ont un coup d’avance, puisque la scène prégénérique nous a montré le basketteur vedette du lycée, en possession de cet artefact antique, mourir dans des conditions spectaculaires : calciné dans sa douche après être entré en contact avec un homme en flammes. Le mystère est encore entier mais la menace très palpable. En retenue après une altercation dans les couloirs, nos élèves vedette sont surveillés par un professeur (Nick Frost) qui confisque le sifflet. Une fois seul, il souffle dedans. Les conséquences seront catastrophiques…

Souffler n'est pas jouer

Si l’on passe outre la galerie de personnages stéréotypés que met en scène Le Sifflet, il faut reconnaître que les séquences d’épouvante concoctées par Corin Hardy ne manquent ni d’efficacité ni d’impact, comme par exemple cette course-poursuite cauchemardesque dans le labyrinthe d’une fête foraine. Le design de l’objet lui-même est une jolie réussite, suscitant par sa seule présence d’irrépressibles frissons. Et lorsque la mort frappe, la retenue n’est plus de mise et le sang éclabousse l’écran avec une belle générosité. Mention spéciale pour le déchiquetage d’un lycéen par une force invisible, réminiscence ultra gore d’une des scènes les plus marquantes de Looper. Mais toutes ces belles qualités formelles ne cachent pas le sentiment de déjà-vu qui plane tout au long du métrage. La mécanique narrative évoque beaucoup d’autres films d’horreur – Smile, La Main, The Monkey et surtout la franchise Destination finale -, tandis que cette convocation des peurs intimes se retournant contre les jeunes héros nous ramènent directement à Ça. Dommage que le savoir-faire de Hardy ne soit pas mis au service d’un concept plus novateur et de protagonistes plus étoffés.

 

© Gilles Penso

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QUE SAIT-ON DU PROCHAIN CONAN ?

Plus de quarante ans après avoir brandi l'épée du Cimmerien pour la première fois à l'écran, Arnold Schwarzenegger pourrait bien renouer avec l'un de ses rôles les plus emblématiques.

PUBLIÉ LE 10 MARS 2026

Les rotatives se sont emballées et les réseaux sociaux ont surchauffé lorsque l’ex-Terminator a évoqué le développement d’un nouveau film consacré au barbare qui le rendit célèbre. C’était il y a quelques jours à peine, lors de sa prise de parole à l’Arnold Sports Festival de Columbus. Résumons ce que l’on sait pour l’instant de ce projet qui a longtemps joué l’arlésienne. Selon les informations publiées notamment par Deadline et The Guardian, le film porterait le titre provisoire de King Conan et serait conçu comme une suite tardive des deux premiers volets, Conan le barbare (1982) et Conan le destructeur (1984). Le concept s’inscrirait dans une approche crépusculaire du personnage imaginé par Robert E. Howard. « Ils sont en train d’écrire le rôle », explique Arnold. « Ils ne l’écrivent pas comme si j’avais 40 ans, mais en tenant compte de mon âge. Je vais toujours aller botter des fesses, mais ce sera différent. King Conan sera une grande histoire à l’ancienne dans laquelle Conan a été roi pendant quarante ans, mais il est maintenant contraint de quitter le royaume. Il y aura bien sûr des combats, toutes sortes de folie, de la violence, de la magie, des créatures et d’autres choses du genre. Ils vont aussi mettre le paquet sur les effets spéciaux. Le studio est prêt à mettre beaucoup d’argent pour que le film soit de grande envergure. »

 

Développé par 20th Century Fox, King Conan est confié au scénariste et réalisateur Christopher McQuarrie, un choix qui peut légitimement laisser perplexe. Car s’il sut redynamiser avec talent la saga Mission impossible en lui offrant l’un de ses meilleurs opus (Rogue Nation), McQuarrie contribua aussi hélas à l’inexorable infléchissement qualitatif de la franchise dédiée aux exploits de Tom Cruise, jusqu’à un double dernier épisode jouant artificiellement les prolongations. Pourquoi ne pas plutôt confier un tel bébé à un cinéaste de la trempe de Paul Verhoeven ? Ne faut-il pas une vraie vision de cinéaste, un souffle épique et du culot pour raviver le culte du massif Cimmérien ? Le studio préfère sans doute jouer la carte de la sécurité plutôt que celle de l’audace. Pour l’instant, aucun calendrier de tournage ni date de sortie n’ont été annoncés. Mais si le projet se concrétise, il marquerait le retour spectaculaire d’un héros majeur de la fantasy cinématographique et offrirait à Arnold Schwarzenegger l’occasion de reprendre l’épée du barbare qui l’a fait entrer dans la légende. Wait and see…

 

© Gilles Penso

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