LE SIFFLET (2025)

Un objet macabre d’origine précolombienne tombe dans les mains d’un groupe de lycéens, qui ont la mauvaise idée de souffler dedans…

WHISTLE

 

2025 – CANADA / IRLANDE

 

Réalisé par Corin Hardy

 

Avec Dafne Keen, Sophie Nélisse, Sky Yang, Jhaleil Swaby, Ali Skovbye, Percy Hynes White, Mika Amonsen, Michelle Fairley, Stephen Kalyn, Nick Frost

 

THEMA MORT

Réalisateur de deux films d’horreur relativement confidentiels (Blood Fest et Mercy Black), Owen Egerton développe d’abord l’idée du Sifflet sous forme d’une nouvelle, avant d’en tirer le scénario d’un long-métrage. C’est Corin Hardy, signataire du peu mémorable La Nonne issu du « Conjuring Cinematic Universe », qui se charge de la mise en scène. Férus de cinéma de genre, les deux hommes décident de truffer Le Sifflet de références et de clins d’œil. Nous avons donc droit à un enseignant qui s’appelle Craven, à une lycéenne nommée Browning, à l’usine sidérurgique Verhoeven ou à la boîte à cigares Muschietti. Ces petits coups de coude sont bien sûr conçus pour s’attirer la complicité du public, mais n’empêchent pas le film de cumuler un grand nombre de lieux communs. Dès l’entame, nous découvrons donc l’archétype de l’adolescente marginale et solitaire qui vient s’installer dans une nouvelle ville et un nouveau lycée, griffonne des dessins dans son cahier, s’habille un peu « grunge » et écoute des chansons aux paroles déprimantes : « Desperate Times », « Social Suicide », « In the Dark and Lonely Night »… Ce mix cafardeux nous rappelle la playlist dépressive qu’écoutait l’héroïne du parodique Mords-moi sans hésitation.

Ce « cliché ambulant » est une jeune fille au prénom improbable, Chrysantemum (Dafne Keen) – Chrys pour les intimes. Bouleversée par la mort de son père, cette ancienne junkie emménage avec son jovial cousin décoloré Rel (Sky Yang) et découvre ses nouveaux camarades lycéens : la blonde populaire Grace (Ali Skovbye), son petit-ami sportif Dean (Jhaleil Swaby) et la sympathique Ellie (Sophie Nélisse) qui lui tape rapidement dans l’œil. En ouvrant son casier, Chrys tombe sur un objet étrange d’origine précolombienne : un sifflet antique en forme de crâne. Or les spectateurs ont un coup d’avance, puisque la scène prégénérique nous a montré le basketteur vedette du lycée, en possession de cet artefact antique, mourir dans des conditions spectaculaires : calciné dans sa douche après être entré en contact avec un homme en flammes. Le mystère est encore entier mais la menace très palpable. En retenue après une altercation dans les couloirs, nos élèves vedette sont surveillés par un professeur (Nick Frost) qui confisque le sifflet. Une fois seul, il souffle dedans. Les conséquences seront catastrophiques…

Souffler n'est pas jouer

Si l’on passe outre la galerie de personnages stéréotypés que met en scène Le Sifflet, il faut reconnaître que les séquences d’épouvante concoctées par Corin Hardy ne manquent ni d’efficacité ni d’impact, comme par exemple cette course-poursuite cauchemardesque dans le labyrinthe d’une fête foraine. Le design de l’objet lui-même est une jolie réussite, suscitant par sa seule présence d’irrépressibles frissons. Et lorsque la mort frappe, la retenue n’est plus de mise et le sang éclabousse l’écran avec une belle générosité. Mention spéciale pour le déchiquetage d’un lycéen par une force invisible, réminiscence ultra gore d’une des scènes les plus marquantes de Looper. Mais toutes ces belles qualités formelles ne cachent pas le sentiment de déjà-vu qui plane tout au long du métrage. La mécanique narrative évoque beaucoup d’autres films d’horreur – Smile, La Main, The Monkey et surtout la franchise Destination finale -, tandis que cette convocation des peurs intimes se retournant contre les jeunes héros nous ramènent directement à Ça. Dommage que le savoir-faire de Hardy ne soit pas mis au service d’un concept plus novateur et de protagonistes plus étoffés.

 

© Gilles Penso

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QUE SAIT-ON DU PROCHAIN CONAN ?

Plus de quarante ans après avoir brandi l'épée du Cimmerien pour la première fois à l'écran, Arnold Schwarzenegger pourrait bien renouer avec l'un de ses rôles les plus emblématiques.

PUBLIÉ LE 10 MARS 2026

Les rotatives se sont emballées et les réseaux sociaux ont surchauffé lorsque l’ex-Terminator a évoqué le développement d’un nouveau film consacré au barbare qui le rendit célèbre. C’était il y a quelques jours à peine, lors de sa prise de parole à l’Arnold Sports Festival de Columbus. Résumons ce que l’on sait pour l’instant de ce projet qui a longtemps joué l’arlésienne. Selon les informations publiées notamment par Deadline et The Guardian, le film porterait le titre provisoire de King Conan et serait conçu comme une suite tardive des deux premiers volets, Conan le barbare (1982) et Conan le destructeur (1984). Le concept s’inscrirait dans une approche crépusculaire du personnage imaginé par Robert E. Howard. « Ils sont en train d’écrire le rôle », explique Arnold. « Ils ne l’écrivent pas comme si j’avais 40 ans, mais en tenant compte de mon âge. Je vais toujours aller botter des fesses, mais ce sera différent. King Conan sera une grande histoire à l’ancienne dans laquelle Conan a été roi pendant quarante ans, mais il est maintenant contraint de quitter le royaume. Il y aura bien sûr des combats, toutes sortes de folie, de la violence, de la magie, des créatures et d’autres choses du genre. Ils vont aussi mettre le paquet sur les effets spéciaux. Le studio est prêt à mettre beaucoup d’argent pour que le film soit de grande envergure. »

 

Développé par 20th Century Fox, King Conan est confié au scénariste et réalisateur Christopher McQuarrie, un choix qui peut légitimement laisser perplexe. Car s’il sut redynamiser avec talent la saga Mission impossible en lui offrant l’un de ses meilleurs opus (Rogue Nation), McQuarrie contribua aussi hélas à l’inexorable infléchissement qualitatif de la franchise dédiée aux exploits de Tom Cruise, jusqu’à un double dernier épisode jouant artificiellement les prolongations. Pourquoi ne pas plutôt confier un tel bébé à un cinéaste de la trempe de Paul Verhoeven ? Ne faut-il pas une vraie vision de cinéaste, un souffle épique et du culot pour raviver le culte du massif Cimmérien ? Le studio préfère sans doute jouer la carte de la sécurité plutôt que celle de l’audace. Pour l’instant, aucun calendrier de tournage ni date de sortie n’ont été annoncés. Mais si le projet se concrétise, il marquerait le retour spectaculaire d’un héros majeur de la fantasy cinématographique et offrirait à Arnold Schwarzenegger l’occasion de reprendre l’épée du barbare qui l’a fait entrer dans la légende. Wait and see…

 

© Gilles Penso

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WAR MACHINE (2026)

En pleine mission d’entraînement au beau milieu de la forêt, une escouade de militaires se heurte à une créature mécanique d’origine inconnue…

WAR MACHINE

 

2026 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Patrick Hughes

 

Avec Alan Ritchson, Dennis Quaid, Stephan James, Jai Courtney, Easi Morales, Keiyan Lonsdale, Daniel Webber, Blake Richardson, Jack Patten, Jacob Hohua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I ROBOTS

War Machine n’a aucun lien avec le film homonyme diffusé sur Netflix en 2017, dans lequel Brad Pitt tenait le haut de l’affiche, ni avec le super-héros cuirassé dérivé de l’univers d’Iron Man. Il s’agit cette fois-ci de l’œuvre du couteau-suisse Patrick Hughes, scénariste, réalisateur et producteur australien spécialisé dans les films d’action musclés (Red Hill, Expendables 3, Hitman & Bodyguard, The Man From Toronto). Le concept de War Machine – un commando surentraîné qui fait face à une menace extra-terrestre incontrôlable – n’a rien de bien nouveau, dans la mesure où deux films emblématiques l’ont quasiment mué en sous-genre du cinéma de science-fiction : Aliens et Predator. Hughes assume pleinement cette filiation et semble d’ailleurs vouloir emprunter la voie du cinéma d’action des années 80, volontiers gorgé de testostérone. Alan Ritchson, que le grand public connaît notamment grâce à la série Reacher, bande donc les muscles et serre les dents en parfait émule de Chuck Norris ou de Steven Seagal. L’un des motifs visuels récurrents du film – le héros à bout de forces qui porte sur son dos un frère d’arme blessé – nous renvoie d’ailleurs directement au célèbre poster de Retour vers l’enfer de Ted Kotcheff. Étant donné que nous sommes sur un terrain relativement familier, le défi de War Machine consiste à faire du neuf avec du vieux. À ce jeu, Patrick Hughes s’en sort plutôt bien.

Le prologue nous permet rapidement d’appréhender la tonalité du film : il nous semble visionner une sorte de spot de pub adressé aux potentielles futures jeunes recrues de l’armée américaine. Nous sommes en Afghanistan, où un convoi de soldats US est tombé en panne. Un sergent-chef venu filer un coup de main à cette petite équipe tombe sur son frère, chef de la mission, et tous deux échangent aussitôt une belle accolade virile en se promettant de s’engager dans les Rangers après cette opération. Mais ils sont frappés par une attaque des insurgés talibans qui sème le chaos et ne laisse qu’un seul survivant : notre sergent-chef. Incapable de sauver son frère, c’est désormais un homme brisé qui s’engage dans le programme RASP pour rejoindre le 75e régiment de Rangers, conformément à la promesse qu’il a tenue à son frère. Alors que les épreuves de plus en plus difficiles écrèment progressivement l’effectif des candidats, il tient toujours bon, malgré son incapacité à se lier avec les autres. La dernière étape de cette sélection est une mission de simulation dans la forêt, visant à détruire un avion classé secret et à secourir son pilote. Mais au beau milieu de cette ultime épreuve, nos soldats se retrouvent face à un engin bizarre à la ligne futuriste. « Ils ont mis le paquet sur les effets spéciaux ! », dit l’un d’eux. Sauf que cette machine n’appartient pas à l’armée américaine et se révèle mortellement dangereuse…

Les bêtes de guerre

Bien sûr, la finesse n’est pas la qualité première de War Machine. Les clichés inhérents aux films de commandos ne nous sont pas épargnés et la musique pompière de Dmitri Golovko rythme l’ensemble avec une lourdeur étourdissante. L’imperturbabilité du protagoniste – justifiée par son stress post-traumatique – n’offre par ailleurs pas beaucoup de tessiture de jeu à Alan Ritchson, qui se contente ici d’un registre monocorde. Mais toutes ces conventions sont comme les règles d’un jeu qui, si l’on accepte d’y participer sans être trop regardant, se révèle diablement distrayant. La solidité de la mise en scène de Patrick Hughes, l’efficacité des séquences de suspense et le déchaînement explosif des scènes d’action emportent habilement le morceau. On apprécie aussi la qualité des effets visuels qui donnent vie à cette créature mécanique redoutable à mi-chemin entre le Ed-209 de Robocop et l’AMP-Suit d’Avatar. Étant donné que Hugues connaît ses classiques, il puise volontiers certaines de ses idées visuelles dans Jurassic Park (la boussole détraquée qui remplace le gobelet d’eau pour annoncer l’arrivée imminente du monstre, la poursuite sur la route au cours de laquelle la caméra s’attarde sur le reflet menaçant dans le rétroviseur) et dans Aliens (le combat « mano a mano » final). Ce climax pétaradant permet de mieux mesurer le double-sens du titre du film, la « machine de guerre » se rapportant autant à l’engin extra-terrestre qu’au protagoniste monolithique. War Machine est finalement un spectacle régressif de haute tenue, qui frôle certes les excès du Roland Emmerich d’Independence Day ou du Michael Bay d’Armageddon mais n’y cède jamais totalement.

 

© Gilles Penso

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SCREAM 7 (2026)

Après un épisode délocalisé à New York, Scream 7 revient aux sources avec sa scream queen originale ainsi que le scénariste du premier film derrière la caméra…

SCREAM 7

 

2026 – USA

 

Réalisé par Kevin Williamson

 

Avec Neve Campbell, Courteney Cox, Isabel May, Anna Camp, McKenna Grace, Matthew Lillard, Joel McHale

 

THEMA TUEURS  SAGA SCREAM

De par son concept méta, la saga Scream peut tout se permettre et tout justifier par la volonté d’émuler les règles tacites des autres slashers. Ou, pour le dire de façon plus sarcastique : « si c’est pas bien, ça n’est pas de notre faute, on ne fait que reproduire les formules existantes ». Après un hiatus de 12 ans suite au déjà tardif Scream 4 de 2011, Scream 2022 et le Scream 6 des sympathiques duettistes Matt Bettinelli-Olgin et Tyler Gillett (Wedding Nightmare, Abigail) semblaient vouloir emboiter le pas du reboot de la franchise Halloween par David Gordon Green, à savoir une nouvelle trilogie supposée satisfaire les anciens et les jeunes fans, en mêlant personnages historiques et nouveaux venus. C’est le concept du « legacy-quel » (cité dans Scream 2022 justement). Mais Bettinelli-Olgin et Gillett n’auront pas réussi à aller jusqu’au bout de leur projet : leur Scream 7 prévoyait de montrer Sam Carpenter (Melissa Barrera) cédant au côté obscur en revêtant elle-même le masque de Ghostface, comme son père avant elle. Une fin satisfaisante qui aurait également entériné le passage de témoin d’une génération de personnages (et de spectateurs) à l’autre, puisque Neve Campbell ne figurait déjà plus au casting de Scream 6 en raison d’exigences salariales jugées déraisonnables. Nous laisserons à Variety et au Hollywood Reporter les affaires de contentieux entre stars et producteurs, mais il semblerait que Paramount et Spyglass aient décidé de remercier Melissa Barrera suite à des déclarations polémiques sur Tweeter. On pourra également penser que l’accueil tiède réservé au film précédent incita Paramount à revoir sa stratégie en acceptant les exigences de Neve Campbell pour revenir aux sources de la saga, impliquant de jeter aux orties le scénario initialement prévu et recentrer l’histoire sur le personnage de Sidney Prescott. Bettinelli-Olgin et Gillett sont également remerciés et s’en iront tourner un Wedding Nightmare 2 s’annonçant autrement plus réjouissant. Après que Chris Landon (Happy Birthdead 1 et 2, Freaky) ait brièvement travaillé sur le projet, Paramount s’en va chercher un autre revenant afin de garantir un authentique retour aux sources de la saga : Kevin Williamson, le scénariste malin du Scream original (et créateur de la série Dawson accessoirement), titre de gloire qui fut à la fois le début et le point culminant de la carrière déclinante depuis la catastrophe industrielle Cursed. On se souviendra également que Williamson était passé derrière la caméra en 1999 pour réaliser Mrs Tingle, une déception qui coupa court à sa carrière de metteur en scène. Mais comme on revient le courtiser, il est en position de force pour négocier, et s’il accepte d’écrire Scream 7, il obtient également de pouvoir le réaliser.

Kevin Williamson et Neve Campbell, aussi complices qu’opportunistes, tirent donc la couverture à eux et font complètement abstraction des personnages introduits dans les deux derniers films. Tous ? Non, car ils choisissent d’en préserver deux : Mindy (Jasmin Savoy Brown) et son frère Chad (Mason Gooding), promus ici apprentis-reporters au côté de l’indéboulonnable Gale Weathers (Courteney Cox). Mais leurs personnages totalement insipides suggèrent qu’ils sont un simple alibi pour nous convaincre d’une vague reconnaissance des évènements précédents. Comme le veut la tradition, la scène d’introduction met en scène des personnages qui rendront leur dernier souffle avant que le titre du film n’apparaisse. Comme avec James Bond, c’est aussi l’occasion de remettre la saga dans le contexte contemporain. Ici, il est question d’un couple de fans de Stab qui viennent passer la nuit dans la maison où se sont déroulés les meurtres qui ont inspiré le film dans le film (aujourd’hui reconverti en Airbnb, comme dans la vraie vie). Le méta au carré en quelque sorte, qui permet d’introduire l’idée que certains fans ne font plus la différence entre fiction et réalité, et que la popularité des émissions TV du type « True Crime » pose une question morale lorsque les meurtriers fascinent plus qu’ils n’effraient, et que les victimes sont réduites à des figures anonymes pour favoriser l’apathie. Comme d’habitude avec Scream, cette critique (disons plutôt « observation ») ne restera pas implicite et les « True Crime » seront cités à plusieurs reprises dans les dialogues, afin de préparer à la révélation bavarde de l’identité des tueurs (encore un passage obligé). Un semblant de cohérence scénaristique bienvenu mais loin d’être suffisant pour relever le plat.

True Scream

Un problème fondamental de la franchise Scream est la nature même de son croque-mitaine. Ne s’agissant pas d’un être surnaturel ou fantomatique comme dans Les Griffes de la nuit, Vendredi 13 ou Halloween, ses incessants retours à l’écran peinent toujours plus à trouver une explication qui tienne la route. Car Ghostface n’existe pas en soi et les Scary Movie n’ont bien sûr pas grand-chose à changer pour le parodier : pourquoi chaque nouveau repreneur du costume persiste-t-il à porter ce masque obstruant la vision et cette tunique avec laquelle il ne cesse de tomber ? Bien que Scream 7 semble lui-même rire du sujet, nous arrivons définitivement au point de rupture quant aux motivations des tueurs et il sera difficile de gober plus gros que celles-ci. Kevin Williamson cherche avant tout à recentrer la franchise sur le personnage de Sidney Prescott qu’il a créé trente ans plus tôt, aujourd’hui quinquagénaire, mariée et mère d’une grande ado (Isabel May, pourtant âgée de 26 ans, soit trois de plus que sa « mère » dans Scream en 1996 !). Mais Neve Campbell n’a pas eu la carrière de Jamie Lee Curtis. Si le retour de cette dernière dans la franchise Halloween combinait l’argent facilement gagné et la reconnaissance envers une saga qui lui a mis le pied à l’étrier, la prestation de Campbell se rapproche ici malheureusement plus du désespoir des acteurs d’Hélène et les garçons condamnés à jamais à incarner l’unique personnage de leur carrière pour assurer les rentrées d’argent. Neve Campbell assume ouvertement ces raisons financières lors de la promo du film : elle explique avoir refusé Scream 6 faute d’un cachet à la hauteur de sa valeur, mais avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour ce septième film – nous en sommes ravis pour elle. Le lien mère-fille renforcé dans Scream 7 fait-il office de happy end pour Sidney, ou Williamson laisse-t-il la porte ouverte à une union renforcée face au prochain porteur du masque de Ghostface ? On sait malheureusement que seul de très mauvais résultats au box-office pourraient dissuader Paramount de donner le feu vert à un nouvel épisode…

 

© Jérôme Muslewski

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MANIAC COP EST BIENTÔT DE RETOUR !

Après près d'une décennie de rumeurs, de changements de format et de faux départs, le flic zombie s'apprête enfin à ressortir sa matraque…

PUBLIÉ LE 5 MARS 2026

Figure culte de la série B horrifique des années 1980, Maniac Cop est l’œuvre conjointe du scénariste Larry Cohen et du réalisateur William Lustig. Le concept, simple mais redoutablement efficace, fit les beaux jours des vidéoclubs et engendra une trilogie inégale, certes, mais chère au cœur des « shockers » de cette décennie légendaire. Lui-même grand amateur de ce genre de pellicules, Nicolas Winding Refn (Drive, Only God Forgives) planche depuis le milieu des années 2010 sur une nouvelle version du film de Lustig. À l’origine, il prévoit de produire le film, sur la base d’un scénario d’Ed Brubaker, et de céder la réalisation à John Hyams. Mais le projet ne cesse de changer de forme. Un temps transformé en série pour HBO et Canal+, le reboot envisage d’explorer un univers urbain peuplé de policiers, de criminels et de citoyens pris dans une spirale de paranoïa autour d’un mystérieux « exterminateur en uniforme ». Jusqu’à ce que la vente de HBO à Discovery mette fin au projet télévisé, après plusieurs années de développement et plus d’un million de dollars investis dans l’écriture des scripts. Aujourd’hui, ce nouveau Maniac Cop semble enfin se réenclencher. Refn est actuellement en pleins préparatifs pour un tournage prévu à l’automne. Le flic zombie pourrait donc enfin revenir hanter les rues américaines. Et si l’on se fie au style hypnotique du réalisateur de The Neon Demon, cette résurrection pourrait bien transformer la vieille série B grindhouse en cauchemar urbain stylisé et brutal.

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BRUCE CAMPBELL BRISE LE SILENCE SUR SA MALADIE

Le diagnostic est tombé, irrévocable. Pour chasser les éventuelles fake news, l'acteur fétiche de Sam Raimi a décidé de prendre la parole pour s'adresser directement à ses fans.

PUBLIÉ LE 3 MARS 2026

Voici le message de Bruce Campbell, tel qu’il fut publié sur ses comptes Instagram et X. Le reste se passe sans doute de commentaires :

 

Salut tout le monde, de nos jours, quand quelqu’un a un problème de santé, on parle d’une « opportunité », alors allons-y pour ça : j’en ai une. On parle aussi d’un type de cancer « traitable » et non « guérissable ». Je m’excuse si ça vous choque, ça m’a choqué aussi.

 

La bonne nouvelle, c’est que je ne vais pas entrer dans les détails. Je publie ce message parce que, sur le plan professionnel, certaines choses vont devoir changer : les apparitions publiques, les conventions et le travail en général devront passer au second plan pour laisser la place au traitement.

 

Mon objectif est de me rétablir autant que possible pendant l’été afin de pouvoir partir en tournée avec mon nouveau film Ernie & Emma cet automne.

 

Je dois annuler plusieurs conventions cet été. Je le regrette beaucoup. Les besoins liés au traitement et les obligations professionnelles ne vont pas toujours de pair.

 

C’est à peu près tout. Je ne cherche pas à susciter la sympathie, ni à obtenir des conseils, je veux simplement prendre les devants au cas où de fausses informations seraient diffusées (ce qui sera le cas).

 

N’ayez crainte, je suis un vieux salaud dur à cuire et je bénéficie d’un soutien formidable, donc je pense être encore là pendant un certain temps.

 

Comme toujours, vous êtes les meilleurs fans du monde et j’espère vous revoir bientôt !

 

Avec toute mon affection,

Bruce Campbell

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IRON LUNG (2026)

Dans ce huis-clos claustrophobique tiré d’un jeu vidéo d’horreur, un détenu enfermé dans un sous-marin rétrofuturiste explore un océan de sang…

IRON LUNG

 

2026 – USA

 

Réalisé par Mark Fischbach

 

Avec Mark Fischbach, Caroline Kaplan, Troy Baker, Elsie Lovelock, Elle LaMont, Mick lauer, Dave Pettitt, Holt Boggs, Isaac McKee, Roman Parsons Crow

 

THEMA FUTUR

Grand spécialiste des tests de jeux vidéo – de préférences ceux qui se rattachent à l’horreur et sont produits par des compagnies indépendantes -, Mark Fischbach s’est mué en véritable phénomène depuis son arrivée sur YouTube en 2012 sous le pseudonyme de Markiplier. Le succès de sa série de vidéos « Let’s Play » est tel qu’il finit par cumuler 38 millions d’abonnés, reçoit plusieurs prix prestigieux, engrange une petite fortune et devient l’une des stars les plus populaires de la plateforme. Après avoir réalisé une grande quantité de films courts diffusés en ligne, son envie de cinéma commence sérieusement à le titiller. Lorsqu’il teste le jeu Iron Lung, une aventure de science-fiction oppressante au concept minimaliste et au graphisme volontairement simpliste, il décide de se lancer. Cet univers conçu par David Szymanski le séduit suffisamment pour qu’il décide d’en faire l’objet de son premier long-métrage. Pour conserver un contrôle total – mais aussi parce qu’aucun studio n’aurait sans doute osé le suivre -, il décide d’écrire, de réaliser, de produire et de distribuer lui-même Iron Lung, dont il tient aussi le rôle principal. Financé à hauteur de trois millions de dollars, le film est tourné dans un décor unique édifié sur les plateaux de Troublemaker Studios, la société de Robert Rodriguez. Le pari était osé, mais Markiplier a vu juste. Grâce à son immense communauté de followers, son modeste long-métrage se hisse au sommet du box-office et se mue en véritable petit phénomène.

Conformément aux informations que nous donne le jeu Iron Lung en début de partie, un texte introductif nous annonce le contexte peu reluisant dans lequel va se dérouler le film. Nous sommes dans le futur. Les étoiles ont cessé de briller, les planètes se sont éteintes et seuls quelques survivants flottent encore, à bord de stations abandonnées ou de vaisseaux dérivant dans le vide, observant gravement cette fin du monde à laquelle ils ont donné un nom imagé : « le rapt silencieux. » Alors que toutes les structures s’effondrent les unes après les autres, la compagnie Iron Consolidation fait une découverte singulière sur la lune désolée AT-5 : un océan de sang. Une expédition y est immédiatement lancée, dans l’espoir de mettre la main sur des ressources vitales et peut-être de renverser le cours de l’anéantissement. Pour l’explorer, un sous-marin est construit et un prisonnier y est enfermé avec pour mission d’aller sonder les profondeurs. S’il survit, il retrouvera sa liberté. Sinon, un autre prendra sa place…

La mésaventure intérieure

Contrairement au jeu, d’autres personnages que le détenu enfermé dans son submersible apparaissent dans Iron Lung, mais surtout sous forme de voix off (à travers les fragiles canaux de communication installés à bord) ou de silhouettes derrière le hublot. Le reste du temps, Markiplier occupe tout l’écran et nous sert donc d’unique pole d’identification. Il faut moins y voir un « ego trip » qu’une pleine implication de l’acteur/réalisateur, manifestement trop heureux de pouvoir concrétiser son rêve à l’écran. Iron Lung est pétri de qualités et d’audaces : son design rétro-futuriste, son atmosphère oppressante, ses connotations lovecraftiennes, sa mise en scène solide et inventive. Il faut aussi saluer l’extrême radicalité du concept, qui consiste à enfermer les spectateurs avec un personnage unique pendant toute la durée du film – comme jadis Mélanie Laurent dans Oxygène ou Ryan Reynolds dans Buried. La musique électronique d’Andrew Hulshult, l’appareil photo qui saisit les immenses clichés rétroéclairés d’un inquiétant squelette surdimensionné, le sang qui commence à s’immiscer partout dans les coursives sont autant de gimmicks qui contribuent à renforcer le caractère anxiogène du récit. Mais avec ses 125 minutes, Iron Lung joue les prolongations avec excès et finit par susciter une sacrée dose de patience. Car le spectacle est somme toute limité en termes de situations et de rebondissements. Ce travers est d’autant plus étonnant qu’une partie d’Iron Lung se joue en trois-quarts d’heure à peine. Cette première œuvre n’est donc pas exempte de maladresses, mais son audace et son culot forcent le respect.

 

© Gilles Penso

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NIGHT OF THE REAPER (2025)

Dans une petite ville américaine, au cœur des années 80, un tueur masqué sème la terreur et se joue des forces de police…

NIGHT OF THE REAPER

 

2025 – USA

 

Réalisé par Brandon Christensen

 

Avec Jessica Clement, Ryan Robbins, Summer H. Howell, Keegan Connor Tracy, Matty Finochio, Max Christensen, Ben Cockell, David Feehan, Bryn Samuel

 

THEMA TUEURS

Si le réalisateur Brandon Christensen n’est pas une superstar du cinéma fantastique, il œuvre dans le genre avec une constance qui force le respect, malgré des moyens souvent limités et des exploitations parfois confidentielles. L’homme à qui nous devons le thriller horrifique Superhost, le film de possession The Puppet Man et le found footage Bodycam se lance avec Night of the Reaper dans un slasher « à l’ancienne » qui assume pleinement ses références : l’intrigue se situe dans les années 80, les télés diffusent des clips de MTV, des posters de Robocop et Massacre à la tronçonneuse 2 s’affichent dans les chambres, le magazine Fangoria traîne sur un bureau… Christensen pousse la démarche jusqu’à adopter un format Cinémascope et une bande originale synthétique façon John Carpenter, à isoler des baby-sitters en pleine nuit d’Halloween ou à utiliser des artefacts de cassettes VHS pour habiller le générique de son film. Cette démarche – qui évoque par moments celle de Ti West dans House of the Devil – semble de prime abord emboîter le pas de la « eightiesmania » déclenchée par Super 8, Ça, Stranger Things et consorts. Mais il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Si Christensen déclare ouvertement sa flamme aux années vidéoclub, il ne s’en tient pas là…

Tout commence pourtant de manière très classique, c’est le moins qu’on puisse dire. Les dix premières minutes s’attachent à Emily Golding (Summer H. Howell), une baby-sitter harcelée, menacée puis assassinée par un tueur habillé en Camarde (d’où le titre du film, qui peut se traduire par « La Nuit de la Faucheuse »). Non contente de multiplier les meurtres, cette figure fantomatique prend un malin plaisir à filmer ses exactions au caméscope et à se jouer du shérif local, le chef Rodney Arnold (Ryan Robbins), en semant sur son chemin des cassettes vidéo détaillant les méfaits sanglants en vue subjective, façon « snuff movie ». Sur les nerfs, ce policier volontiers impulsif, veuf depuis peu, doit travailler en pleine nuit et sollicite donc une baby-sitter pour surveiller son fils Max (Max Christensen). La jeune fille habituelle étant indisposée, c’est sa meilleure amie Deena (Jessica Clement) qui est sollicitée d’urgence. Celle-ci vient tout juste de débarquer dans la petite ville natale après son diplôme universitaire et accepte la mission un peu à contrecœur. Or dès la nuit tombée, le tueur masqué refait son apparition…

Déjà-vu ?

L’inconvénient principal d’un film comme Night of the Reaper est le sentiment de déjà-vu qui l’irrigue abondamment. Les personnages principaux (la baby-sitter sage et sérieuse, son amie délurée, le jeune geek accro à la vidéo, le footballer star de la fac, le shérif bourru et son adjoint sympathique) cumulent tous les stéréotypes attendus sans chercher à s’en affranchir. Les méfaits du tueur eux-mêmes nous semblent très familiers, tout comme sa tenue qui rappelle furieusement celle du premier opus de la petite saga Fear Street. Les spectateurs sentent donc qu’ils ont toujours un coup d’avance sur les personnages et qu’ils peuvent tout prévoir à l’avance. C’est là que Brandon Christensen nous prend par surprise. Car au cours de son troisième acte, le scénario rebondit de manière spectaculaire et réorganise toutes les pièces de l’échiquier. Le twist est franchement inattendu. Revers de la médaille : il nous semble tiré par les cheveux et manque de crédibilité. Mais si l’on se prend au jeu, les ultimes rebondissements ont quelque chose de jouissif – avec en prime une mise à mort cartoonesque sous forme de gag macabre. Tout ce catalogue de clichés prend alors une toute nouvelle tournure, et le cadre même des années 80 se justifie pleinement. Transposé à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux, le récit verrait en effet la majorité de ses péripéties court-circuitées. Night of the Reaper ne fera certes pas date dans l’histoire du slasher, mais les astuces de son intrigue et de sa mise en scène rendent son visionnage hautement recommandable.

 

© Gilles Penso

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DEAD BY DAWN (2025)

Dans ce giallo polonais expérimental, une troupe de comédiens est méthodiquement massacrée par un tueur sanguinaire…

MARTWI PRZED SWITEM / DEAD BY DAWN

 

2025 – POLOGNE

 

Réalisé par Dawid Torrone

 

Avec Sylwia Boron, Monika Frajczyk, Adam Machalica, Piotr Nerlewski, Lukasz Szczepanowski, Bartlomiej Topa, Paulina Zwierz

 

THEMA TUEURS I DIABLE ET DÉMONS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur Dawid Torrone entend bien frapper fort en proposant quelque chose de nouveau sur le marché du cinéma polonais, tout en rendant hommage aux films de genre qu’il chérit tant. Si le titre international Dead By Dawn évoque naturellement Evil Dead 2, c’est surtout du côté de l’Europe – et tout particulièrement de l’Italie – que Torrone puise son inspiration, au point de ranger son film dans une catégorie imaginaire qu’il surnomme avec auto-dérision « Giallo Pollo ». Dead By Dawn s’affirme donc comme un « giallo polonais », empruntant aux œuvres de Mario Bava et Dario Argento le caractère baroque de ses scènes de meurtres tout en se fendant de plusieurs références frontales. Le scénario s’appuie ainsi sur le même dispositif narratif que celui de Bloody Bird, tandis que le dernier acte reprend sans vergogne l’un des motifs visuels les plus fameux de Terreur à l’opéra. Tourné majoritairement dans le Palais de la Culture de Zagłębie, dont l’architecture monumentale offre à l’intrigue un écrin propice à l’exubérance dramaturgique, Dead By Dawn joue la carte de l’unité de lieu, de temps et d’action en gorgeant son atmosphère de tension, nuit d’orage à l’appui.

Les protagonistes du film sont un groupe de comédiens invités à répéter une nouvelle pièce dans le mystérieux théâtre appartenant à la famille Heissenhoff, une dynastie artistique bien connue qui aurait tissé des liens avec l’occultisme. Plusieurs drames ont eu lieu sur place dans le passé, notamment des arrêts cardiaques à répétition et la pendaison d’un exorciste paraplégique. L’endroit est donc chargé d’un lourd passé. Le tonnerre qui gronde cette nuit-là, provoquant une coupure partielle de l’électricité dans le théâtre et ses coulisses, renforce le caractère pesant de l’ambiance. La petite troupe n’en est pas plus affectée pour autant et décide de se mettre le plus rapidement possible au travail, d’autant que deux semaines les séparent de la grande première. Mais la répétition théâtrale se transforme bientôt en un jeu désespéré de survie lorsqu’un tueur masqué commence à les traquer et à les massacrer l’un après l’autre. Qui est-il ? Que veut-il ? Et comment échapper au carnage ?

La bête aux cent yeux

Divisé en actes, comme pour faire écho au milieu théâtral dans lequel il se déroule, Dead By Dawn dégage quelque chose de profondément atemporel. Les smartphones sont là, certes, mais aussi un vieux téléphone à cadran circulaire et une télévision cathodique aux images saturées de parasites analogiques, comme si deux courants technologiques cohabitaient. Les artefacts des cassettes VHS deviennent d’ailleurs un élément esthétique récurrent du film. Ce « choc des époques » transpire tout au long du métrage, dont la mise en scène sensorielle convoque aussi bien les œuvres des cinéastes italiens des années 70 que les expérimentations sonores et visuelles d’Hélène Cattet et Bruno Forzani (Amer, Reflet dans un diamant mort). Dawid Torrone soigne tout particulièrement la mise en forme de son film, serti dans un classieux format Cinemascope où s’invitent des couleurs saturées excessives. De fait, Dead By Dawn s’affranchit volontairement des contraintes du monde réel : les comédiens semblent soudain possédés dès qu’ils montent sur scène, un tueur psychopathe au look résolument surréaliste (dont le masque est constellé de centaines de globes oculaires) surgit comme une figure cauchemardesque, et les scènes de meurtres volontiers gore frôlent parfois l’abstraction pure. Le grand final, quant à lui, bascule dans une apothéose opératique délirante, quelque part à mi-chemin entre Lucio Fulci, Sam Raimi et David Lynch. Voilà donc une œuvre hautement recommandable, qui ne parvient certes pas toujours à transcender ses sources d’inspiration mais présente le mérite de nous offrir un spectacle radical, viscéral et déroutant.

 

© Gilles Penso

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RETOUR À SILENT HILL (2026)

Entre pure horreur anxiogène et ultra romantisme, ce retour aux enfers est l’aboutissement d’un projet longuement muri depuis la sortie du premier opus…

RETURN TO SILENT HILL

 

2026 – USA / FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange, Evie Templeton, Pearse Egan, Eve Macklin, Emily Carding, Martine Richards, Howard Saddler

 

THEMA MORT I SAGA SILENT HILL

Après les quatre premiers jeux originaux sur Playstation édités par Konami entre 1999 et 2004, l’auteur du Pacte des loups signe la première adaptation de Silent Hill en 2006. En 20 ans, la licence a donné lieu à diverses suites ainsi qu’à un second long-métrage, Silent Hill : Revelation 3D, réalisé cette fois par M.G. Bassett, également réalisatrice en 2009 de Solomon Kane et en 2025 d’une nouvelle adaptation d’un personnage créé par le texan Robert E. Howard, Red Sonja, avec l’actrice italienne Matilda Lutz éblouissante dans le Revenge de Coralie Fargeat. Si Christophe Gans a envisagé cette suite dès les débuts de son travail sur la licence, il a dû mettre le projet en stand-by pour mieux s’y consacrer avec sa co-scénariste, Sandra Vo-Anh – auteure de Dégénérescence dans la collection Frayeur dirigée par Jean Rollin et de Dans mon dedans sorti aux Belles Lettres – avec qui il a également écrit et porté à l’écran sa propre version du conte de La Belle et la Bête. Christophe Gans signe donc ici son grand retour sur les écrans avec un film dont l’atmosphère évoque les œuvres littéraires des auteurs macabres des 19ème et 20ème siècles (d’Edgar Poe à H.P. Lovecraft), ainsi que les grands thèmes romantiques chers au réalisateur depuis son segment The Drowned dans le Necronomicon, produit par Brian Yuzna en 1991, et son premier long-métrage Crying Freeman

Bien que Mary (Hannah Emily Anderson) soit morte trois ans auparavant, l’amour que lui porte James Sunderland (Jeremy Irvine) l’entraîne dans une quête éperdue dans l’univers terrifiant de la ville de Silent Hill, désireux de remonter le temps, porté par la culpabilité de l’avoir abandonnée à deux reprises par le passé. Cette incursion dans l’enfer de la ville incendiée – à l’instar de son âme – s’apparente aussi à un combat contre ses propres démons, comme semblent le lui signifier les multiples miroirs brisés rencontrés dans le jeu, ou encore l’alter-ego de Mary l’appelant une nouvelle fois à l’aide. Ni ville fantôme, ni ville morte puisqu’habitée d’abominations qui ne cessent de se multiplier, mais plutôt ville condamnée, Silent Hill est un mirage dans la brume, à l’orée d’une symbolique forêt et d’un lac (de larmes ?) qui la protège du sort des bâtiments lorsqu’ils s’effondrent sous les flammes. La restitution de ce volet, où les cendres n’en finissent pas de tomber, est une sublimation du jeu et de ses décors, où émergent de l’obscurité des camaïeux de couleurs gris-marron-vert, qui pointent dans la noirceur de ce monde comme des espoirs de (sur)vie, que le rouge du sang et l’orange du feu s’acharnent à détruire.

Des cendres et des pluies de larmes

Mais du Chaos de la mythologie nait aussi l’amour et l’harmonie. Ainsi James va affronter toutes ses peurs et transcender un monde fantasmagorique pour tenter de retrouver le chemin vers la vie, porté par le fol espoir d’une seconde chance après son rendez-vous manqué avec le bonheur ; celui-ci est hors de portée de la ville, là où le monde resplendit avec ses couleurs chatoyantes : le bleu du ciel tel celui des yeux de Mary, le vert de la nature luxuriante, le jaune du soleil qui vivifie. Silent Hill apparait alors à certains comme un purgatoire plus qu’un lieu infernal, qui donne à notre anti-héros, comme à nous-mêmes, de quoi méditer sur les mauvais choix, les erreurs passées qui hantent l’esprit, et sur les amours perdues. Conçues par Patrick Tatopoulos et chorégraphiées par Roberto Campanella d’après les designs de Masahiro Itō, une foultitude de créatures fantastiques chtuluhesques donne lieu à des scènes d’action pour lesquelles le cinéaste a toujours démontré à la fois son attirance et sa maîtrise du genre. La bande originale est signée par Akira Yamaoka lui-même, créateur, producteur et compositeur du jeu qui, par sa seule présence au générique, valide cette transposition de son œuvre. Retour à Silent Hill est une expérience immersive avec juste ce qu’il faut d’artificialité pour respecter la sensation ludique du jeu vidéo, en même temps qu’une réussite cinématographique qui n’est pas, comme d’autres transpositions, uniquement réservée aux gamers.

 

© Quélou Parente

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