Saga ROGER CORMAN

Plus qu’un producteur, plus qu’un réalisateur, plus qu’un scénariste, Roger Corman est une véritable légende, une institution dans le monde du cinéma. Si son champ d’activité s’est toujours exercé dans le domaine de la série B (les petits films bricolés avec les moyens du bord mais souvent pleins d’ambitions), l’homme a révélé une infinité de talents qui ont ensuite pesé lourd à Hollywood, de James Cameron à Jack Nicholson en passant par Joe Dante ou Jonathan Demme. En s’éteignant le 9 mai 2024, il laisse derrière lui un immense vide mais aussi une filmographie impressionnante. Près de 500 longs-métrages portent son nom dans leur générique ! Il en signa lui-même 56 en tant que réalisateur, dont le somptueux cycle Edgar Poe dans les années 60. Voici un panorama coloré de tous les films rattachés au genre fantastique qu’il mit en scène.

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1955: The Beast With a Million Eyes

 

1956: It Conquered the World

1957: L’Attaque des crabes géants

1957: Pas de cette Terre

 

1957: The Undead

1958: La Guerre des satellites

1960: La Dernière femme sur Terre

1961: Atlas

1961: La Créature de la mer hantée

1962: La Tour de Londres

LA PLANÈTE DES SINGES : LE NOUVEAU ROYAUME (2024)

Le réalisateur de la trilogie Le Labyrinthe s’empare de la célèbre saga simiesque et plonge ses héros dans un monde post-apocalyptique en ébullition…

KINGDOM OF THE PLANET OF THE APES

 

2024 – USA

 

Réalisé par Wes Ball

 

Avec Owen Teague, Freya Allan, Kevin Durand, Peter Macon, William H. Macy, Lydia Peckham, Travis Jeffery, Sara Wiseman, Neil Sandilands, Eka Darville

 

THEMA SINGES I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Tout a commencé par une histoire de souris. Réalisateur des trois volets de la franchise Le Labyrinthe, Wes Ball est en effet en pleins préparatifs d’une adaptation sur grand écran de « La Légende de la Garde », une série de comic books créés par David Petersen et narrant les exploits d’un petit rongeur héroïque dans un monde médiéval fantaisiste anthropomorphique, lorsqu’il apprend la nouvelle : ce projet ne se fera pas, à cause de l’acquisition du studio 20th Century Fox par Disney. Une souris qui annule une autre souris, en quelque sorte. Cruelle ironie ! Ball et son ami producteur Matt Reeves sont dépités mais souhaitent rester dans la même énergie et développer aussitôt un autre long-métrage. Et s’il s’agissait d’un nouvel opus de La Planète des singes? Reeves ayant réalisé les deux volets précédents et Disney étant preneur d’un quatrième épisode suite au succès du reboot né en 2011, l’idée tombe sous le sens. Mais Wes Ball est intimidé par la trilogie que constituent La Planète des singes : les origines, La Planète des singes : l’affrontement et La Planète des singes : suprématie. Pas question pour lui d’écorner un triptyque qu’il juge parfait. L’idée lui vient alors d’une suite qui se déroulerait non pas dans la directe continuité de l’épisode précédent, mais plusieurs siècles plus tard. Ainsi naît La Planète des singes : le nouveau royaume.

Le film se déroule donc trois siècles après la mort de César. Le monde a bien changé depuis La Planète des singes : suprématie. Désormais, les primates vivent par clans répartis un peu partout dans le monde et l’espèce humaine semble avoir presque disparu. Réduits à quelques petits groupes privés de paroles et d’intelligence qui vivotent dans les bois, les hommes n’ont plus de rôle à jouer sur cette planète qui a oublié le temps lointain où ils y régnaient. Le protagoniste de cette nouvelle histoire s’appelle Noa (Owen Teague), membre d’un groupe de chimpanzés fauconniers dirigés par son père Koro (Neil Sandilands). Noa se prépare avec ses amis Soona (Lydia Pechma) et Anaya (Travis Jeffery) à un rite de passage à l’âge adulte en ramassant des œufs d’aigle dans la montagne. Mais la cérémonie est bouleversée par le surgissement d’une tribu de singes guerriers qui attaquent le village. Pour sauver la situation, Noa va devoir entamer un voyage initiatique aux côtés de deux compagnons inattendus : l’orang-outan Raka (Peter Macon) et une jeune humaine qui semble se distinguer de ses semblables (Freya Allan)…

Il faut rendre à César ce qui lui appartient

Si l’épilogue de La Planète des singes : suprématie annonçait l’aube d’un nouveau monde, ce quatrième volet nous plonge dans un univers ouvertement post-apocalyptique où la nature a repris ses droits, où les constructions humaines ne sont plus que des vestiges recouverts de végétation sauvage et où d’immenses carcasses de navires rouillés se dressent sur les plages. Imaginé comme un trait d’union entre la trilogie des années 2010 et la pentalogie originale, le film de Wes Ball tient à rendre plusieurs hommages directs au classique de Franklin J. Schaffner, en reprenant certains éléments de décors, en laissant le compositeur Joe Paesano décliner les thèmes originaux et les sonorités tribales de Jerry Goldsmith, mais aussi en réinventant la célèbre séquence de la chasse aux humains par des cavaliers simiesques équipés de filets. La démarche n’est pas du tout celle du fan service mais plutôt de l’imbrication de cet épisode dans un tout cohérent. D’autres allusions émergent, non seulement au Secret de la planète des singes, à La Conquête de la planète des singes et à La Bataille de la planète des singes mais aussi à la série TV La Planète des singes (on pense notamment au fameux épisode « The Trap »). Bourré de séquences d’action époustouflantes et souvent vertigineuses, repoussant plus loin que jamais les possibilités techniques offertes par la « performance capture », offrant à Freya Allan (transfuge de la série The Witcher) un rôle délicieusement ambigu, La Planète des singes : le nouveau royaume aborde au fil de son scénario aux rebondissements multiples le thème de l’appropriation d’une figure messianique (en l’occurrence Cesar) à des fins politiques. C’est sans doute l’un de ses aspects les plus fascinants, s’assortissant d’une absence de manichéisme tranché qui laisse en suspens une question sans réponse : deux espèces intelligentes et dominantes peuvent-elles cohabiter sans heurt sur la même planète ?

 

© Gilles Penso


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IMAGINARY (2024)

Depuis qu’elle a emménagé avec sa famille dans une nouvelle maison, Alice a un ami imaginaire : un ours en peluche pas aussi mignon qu’il en a l’air…

IMAGINARY

 

2024 – USA

 

Réalisé par Jeff Wadlow

 

Avec DeWanda Wise, Taegen Burns, Pyper Braun, Betty Buckley, Tom Payne, Veronica Falcon, Samuel Salary, Matthew Soto, Alix Angelis, Wanetah Walmsley

 

THEMA JOUETS

Réalisateur du slasher Cry Wolf et de Kick-Ass 2, Jeff Wadlow est un habitué des productions Blumhouse pour lesquelles il a déjà mis en scène Action ou vérité et Nightmare Island. Il rempile cette fois-ci à l’occasion d’un projet au concept alléchant : Imaginary, qui détourne le principe des amis imaginaires pour les muer en entités démoniaques se nourrissant de l’imagination et de la créativité des enfants dans le but d’alimenter leur propre monstruosité. Wadlow écrit lui-même le scénario avec Greg Erb et Jason Oremland (La Princesse et la grenouille). Sur le papier, Imaginary est très prometteur. A l’écran, hélas, le château de cartes s’effondre lamentablement. C’est d’autant plus dommage que les prémices laissaient entrevoir le joli potentiel d’un tel film. Après une séquence de cauchemar introductive qui doit beaucoup à la saga Freddy Krueger, l’intrigue nous familiarise avec Jessica (DeWanda Wise, que nous avions vue faire face aux dinosaures de Jurassic World : le monde d’après). Auteur de livres pour enfant dont le héros est une araignée nommée Simon, elle a vécu un trauma d’enfance qui explique ses fêlures et son apparente fragilité. Sa mère étant décédée et son père ayant sombré dans la démence, elle a trouvé un certain équilibre en épousant Max (Tom Payne, le « Jesus » de The Walking Dead) qui lui-même traîne un certain passif. Sa première épouse est en effet internée dans un institut psychiatrique, ce qui a laissé un vide dans la vie de ses deux filles Alice et Taylor.

Le tableau étant dressé, l’histoire peut commencer. La famille recomposée emménage ainsi dans la maison d’enfance de Jessica. En fouillant dans la cave, Alice découvre un petit ours en peluche qu’elle baptise Chauncey et qui devient son ami imaginaire. Elle le trimballe partout avec elle, lui parle, l’écoute, le fait participer à ses dinettes et se lance dans une chasse au trésor dont il serait – selon elle – l’initiateur. Il s’agit de collecter toutes sortes d’objets, du plus innocent au plus effrayant. Le comportement de la petite fille se révélant de plus en plus étrange, voire dangereux, on décide de solliciter une psychologue qui s’efforce de comprendre le lien étrange en train de se nouer entre Alice et Chauncey. Or l’ourson en peluche n’est pas si innocent qu’il n’y paraît et cache bien son jeu derrière sa frimousse. Bientôt, la petite vie tranquille de tout ce beau monde va basculer dans le cauchemar…

Demonic Toy

Si nous sommes encore indulgents en début de métrage, tous disposés à jouer le jeu d’un scénario qu’on sent un peu mécanique mais plein d’intéressantes intentions, les choses vont bientôt de mal en pis. L’un des problèmes majeurs d’Imaginarium tient au traitement de ses personnages, tellement archétypaux et caricaturaux qu’ils semblent presque échappés d’une parodie. Il y a la petite fille qui s’appelle Alice (au cas où le public n’aurait pas compris l’allusion à la traversée du miroir) et qui nous joue rapidement un remake de Poltergeist, l’adolescente rebelle qui n’aime pas sa belle-mère et entend bien le lui faire savoir, le père qui disparaît purement et simplement du film à mi-parcours parce que les scénaristes n’ont plus besoin de lui et – cerise sur le gâteau – la vieille voisine qui sait tout et nous donne soudain d’interminables explications sur les esprits qui se cachent derrière les amis imaginaires (livre illustré à l’appui !). Le film ne cherche même plus à cacher ses ficelles au cours de sa seconde moitié, débitant les informations dans le but de donner aux protagonistes un mode d’emploi précis pour combattre le mal et muant tous les protagonistes en marionnettes au comportement invraisemblable. Le climax lui-même, censé nous offrir une vision de ce qu’est l’esprit d’un enfant imaginatif, est d’une désespérante platitude, exempt de la moindre idée visuelle novatrice. Dommage, il y avait tant à faire avec un tel sujet…

 

© Gilles Penso


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REBEL MOON – PARTIE 2 : L’ENTAILLEUSE (2024)

Le deuxième chapitre du space opera de Zack Snyder raconte la violente bataille opposant des villageois à un dictatorial empire galactique…

REBEL MOON – PART 2: THE SCARGIVER

 

2024 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Sofia Boutella, Djimon Hounsou, Ed Skrein, Michiel Huisman, Doona Bae, Ray Fisher, Anthony Hopkins, Staz Nair, Fra Free, Cleopatra Coleman, Stuart Martin

 

THEMA SPACE OPERA

Le second volet de l’épopée Rebel Moon concoctée par Zack Snyder pour Netflix (après que les dirigeants de Lucasfilm aient refusé d’intégrer les concepts du cinéaste à la saga Star Wars) raconte exactement ce que le premier opus annonçait : les préparatifs des villageois opprimés et des champions intergalactiques rameutés par la guerrière Kora (Sofia Boutella) pour faire front face à l’oppresseur impérial personnifié par le vil amiral Attikus Noble (Ed Skrein). La mécanique des Sept samouraïs et des Sept mercenaires est donc convoquée une fois de plus. Toujours aussi impressionnant dans le rôle de l’antagoniste, Skrein campe ici un super-vilain aux pouvoirs quasi-surnaturels, puisque son dernier affrontement avec Kora aurait logiquement dû lui faire passer l’arme à gauche. Ressuscité par les miracles technologiques de la Mère-Monde, il semble désormais indestructible, porteur d’une cicatrice au beau milieu de la poitrine qui justifie le sous-titre de cet épisode 2 : The Scargiver en V.O. (la « donneuse de cicatrice »), L’entailleuse en VF. Réfugiés parmi les fermiers de Veldt, les survivants de la bataille précédente s’échauffent donc en prévision du futur assaut de Noble et de ses troupes. C’est l’occasion pour chaque mercenaire de raconter en flash-back son passé et ses motivations dans ce combat imminent.

Fidèle à ses habitudes, Zack Snyder multiplie les séquences très graphiques, affirmant une volonté de stylisation qui dote certes le film d’une impeccable patine (le réalisateur signe lui-même la très belle photographie du métrage) mais confine souvent au maniérisme, d’autant que la dramaturgie ne justifie pas toujours ces abus d’ultra-ralentis, ces couchers de soleil de carte postale, ces angles de prises de vue insolites (la contre-plongée sur Djimon Hounsou depuis l’intérieur d’un tonneau plein d’eau, par exemple) ou cette bande originale envahissante chargée en vocalises orientalisantes qui appuie chacune des scènes bucoliques. À cette esthétisation quelque peu « forcée », Snyder ajoute des idées singulières mais parfois saugrenues qui privilégient l’originalité au détriment de la crédibilité, comme cet orchestre de chambre cagoulé qui reste imperturbable alors qu’une fusillade se déclenche et vire au massacre.

Plus d’un tour dans son Zack

Si l’influence de Star Wars est beaucoup moins prégnante dans ce second volet que dans le précédent, avec un déferlement de machines de guerre et de vaisseaux aux designs atypiques, la trame reste extrêmement basique et très prévisible. Peu concerné par cette spectaculaire échauffourée à cause de la caractérisation très primitive des belligérants, le spectateur se réfugie alors dans le spectacle pur dont on ne peut nier l’incroyable générosité. Très ouverte, la fin de cette deuxième partie laisse imaginer de nouvelles aventures et de nouvelles batailles. « J’aimerais beaucoup réaliser d’autres films autour de la saga Rebel Moon », déclarait Snyder quelques jours avant la diffusion de The Scargiver. « Attendons d’abord que le film sorte, y compris sa version director’s cut, et ensuite nous déciderons quoi faire » (1). Un montage plus long et plus violent (classé R aux États-Unis) est en effet prévu. Mais l’accueil de Rebel Moon – partie 2 ayant été particulièrement glacial (avec une virulence souvent exagérée de la part de certaines critiques), l’avenir de cette saga reste à ce jour très incertain.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans GamesRadar+ en avril 2024.

 

© Gilles Penso


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LA MASCOTTE (2023)

Une étudiante adopte un paresseux pour devenir populaire auprès de ses amies… mais l’animal est un tueur psychopathe !

SLOTHERHOUSE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Matthew Goodhue

 

Avec Lisa Ambalavanar, Sydney Craven, Andrew Horton, Bianca Beckles-Rose, Olivia Rouyre, Tiff Stevenson, Sutter Nolan, Milica Vrzic, Stefan Kapicic

 

THEMA MAMMIFÈRES

« Je ne vais pas mentir, nous avons trouvé le titre en quelques secondes », raconte le scénariste Brad Fowler. « Tout a commencé lorsque quelqu’un nous a demandé : “ Quelle est l’idée la plus stupide que vous puissiez avoir ? ”. Après avoir plaisanté pendant environ cinq minutes, non seulement le concept était né, mais aussi le titre » (1). Ce titre, Slotherhouse, est intraduisible en français, puisqu’il joue avec les mots « Sloth » (paresseux) et « Slaughterhouse » (abattoir). Les distributeurs français optent donc pour une appellation plus traditionnelle : La Mascotte. Co-écrit par Cady Lanigan et réalisé par Matthew Goodhue, ce slasher animalier cherche à rendre hommage au cinéma d’horreur des années 80 en s’appuyant sur deux de ses composantes clés : les étudiantes transformées en chair à saucisse et des effets spéciaux pratiques réalisés en direct face à la caméra. Pour trouver la juste tonalité, les trois hommes tentent un cocktail d’influences singulier. « Nous voulions que notre film soit un mélange de Lolita malgré moi et de Happy Birthdead avec une touche de Gremlins », explique ainsi Lanigan, « en espérant que tous ces éléments ressortent dans le résultat final » (2). En voyant La Mascotte, on décèle en effet ces sources d’inspiration composites, même si nous sommes face à un OVNI singulier qui aurait tendance à échapper aux comparaisons.

L’héroïne de La Mascotte est Emily Young (Lisa Ambalavanar), étudiante en dernière année dont la mère fut jadis une présidente de sororité très populaire. La favorite à la présidence des Sigma Lambda Theta, cette année, est l’odieuse Brianna (Sydney Craven) qui semble rallier tous les suffrages. Mais le jour où Emily tombe par hasard sur un paresseux femelle ramené du Panama par une équipe de braconniers, elle en fait sa mascotte et voit soudain sa cote de popularité grimper en flèche. L’idée lui vient alors de se présenter face à Brianna. Tandis que la rivalité entre les deux jeunes filles crée des tensions nouvelles et que la date de l’élection approche, le sympathique petit paresseux, baptisé Alpha, révèle sa véritable nature : c’est un monstre assoiffé de sang doté d’une redoutable intelligence…

Des poils et des griffes

Même si La Mascotte n’invite pas ses spectateurs à se prendre au sérieux, une bonne dose de suspension d’incrédulité s’avère nécessaire pour croire aux exactions de cette créature dont rien ne justifie le comportement agressif et vengeur, ni la force et l’intelligence quasi-surnaturelles. Car la bête se montre capable d’utiliser l’électricité et la plomberie, de faire des recherches sur Internet, d’envoyer des SMS et des photos sur un smartphone et même de conduire une voiture ! On voit bien que le film n’obéit à aucune autre logique que celle d’exploiter son concept fou, avec en prime quelques dialogues surlignant le caractère absurde de l’intrigue, comme l’inénarrable « on va toutes mourir dans d’atroces souffrances à cause d’une tueuse trop mignonne ! » Pour autant, le ton de La Mascotte n’est pas tout à fait celui d’une parodie potache truffée de gags. L’approche est certes légère mais reste positionnée la plupart du temps au premier degré, ce qui surprend dans la mesure où l’enjeu dramatique principal – l’élection de la future présidente de la sororité – nous laisse parfaitement de marbre. Un petit discours gentiment moralisateur autour de la quête de popularité et des amitiés superficielles émerge certes en filigrane du scénario, assorti d’un jeu régulier sur l’esthétique des réseaux sociaux (affichage de fenêtres d’informations en pop-up, d’émoticones, de messages, de photos), mais cet aspect reste anecdotique. La Mascotte a en tout cas le mérite de solliciter une créature 100% animatronique (même si la marionnette souffre d’un certain statisme et de mouvements pas toujours très fluides) et de soigner tout particulièrement sa mise en forme, avec en prime une très belle bande originale signée Sam Ewing.

 

(1) et (2) Extrait d’une interview publiée dans « Forbes » en aout 2023.

 

© Gilles Penso


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S.O.S. FANTÔMES : LA MENACE DE GLACE (2024)

Les héros de S.O.S. fantômes : l’héritage se joignent au casting du premier film de la franchise pour affronter une nouvelle entité démoniaque…

GHOSTBUSTERS : FROZEN EMPIRE

 

2024 – USA

 

Réalisé par Gil Kenan

 

Avec Paul Rudd, Carrie Coon, Finn Wolfhard, McKenna Grace, Kumail Nanjiani, Patton Oswalt, Celeste O’Connor, Dan Aykroyd, Bill Murray, Ernie Hudson

 

THEMA FANTÔMES I SAGA S.O.S. FANTÔMES

Après la tentative ratée de redémarrage de la franchise Ghostbusters en 2016, sous la direction de Paul Feig, les chasseurs de fantômes imaginés par Ivan Reitman et Dan Aykroyd eurent droit à une seconde chance couronnée de succès avec S.O.S. fantômes : l’héritage en 2021. Le studio Columbia n’allait évidemment pas en rester là. Un nouvel opus est donc annoncé dès l’année suivante sous le titre provisoire de Ghostbusters : Firehouse (en référence à la caserne de pompiers newyorkaise qui sert de Q.G. aux casseurs de fantômes). Le réalisateur envisagé est toujours Jason Reitman, qui cède finalement sa place à Gil Kenan (Monster House, le Poltergeist de 2015) tout en restant attaché au film en tant que scénariste et producteur. Rebaptisé officiellement Ghostbusters : the Frozen Empire, le cinquième long-métrage de la franchise marque plusieurs anniversaires : les 40 ans de la sortie du premier Ghostbusters, les dix ans de la disparition d’Harold Ramis et le siècle d’existence de Columbia Pictures. Sans compter le décès tout récent d’Ivan Reitman. Pour se montrer à la hauteur d’un tel patrimoine, le film de Kenan s’efforce de trouver le juste équilibre entre l’univers des deux premiers épisodes de la saga (le retour d’une grande partie du casting des années 80, la relocalisation de l’action à New York) et celui bâti dans S.O.S. fantômes : l’héritage.

C’était à craindre : à trop vouloir remplir son cahier des charges en cochant sagement toutes ses cases, ce Ghostbusters part dans tous les sens et joue la carte de l’accumulation, calculant savamment chacun de ses traits d’humour au lieu de se laisser aller à la moindre spontanéité, donnant finalement au spectateur exactement ce qu’il attend sans lui offrir la moindre surprise voire un quelconque grain de folie digne de ce nom. L’embarras nous saisit d’emblée, face à ce scénario flottant qui n’en finit plus de mettre en place les éléments de son intrigue : les dégâts causés par les Ghostbusters dans la ville de New York occasionnant de sévères remontrances de la municipalité, l’amitié naissante entre Phoebe (McKenna Grace) et une triste fantômette, la découverte d’un ancien orbe qui semble abriter une force redoutable, la création d’une unité de recherche parapsychologique équipée d’un matériel high-tech, la révélation des pouvoirs pyrokinétiques d’un simple commerçant de quartier… Toutes ces péripéties s’imbriquent laborieusement les unes aux autres, et si le film s’émaille de quelques séquences fantastiques amusantes (notamment les élucubrations d’une entité qui possède les objets et se réfugie dans la statue d’un lion), il faut attendre les vingt dernières minutes pour que les choses démarrent vraiment !

Pas assez givré, malgré son titre…

Entre son interminable entrée en matière et son climax bâclé, il ne se passe rien de bien palpitant dans ce S.O.S. fantômes à peu près aussi anecdotique qu’un épisode de la série animée The Real Ghostbusters qui aurait été rallongé artificiellement pour pouvoir durer 100 minutes. C’est d’autant plus dommage que certains passages (comme le surgissement du tsunami glacé sur la plage, élément clé de la bande annonce qui semble puiser son inspiration dans Les Dents de la mer et Abyss) ne mènent nulle part et sont expédiés à la va-vite. Indécis quant à la tonalité à adopter, empêtré dans des clins d’œil hors-sujet (« Retourne à Narnia ! », « Il nous faut un plus gros piège »), S.O.S. fantômes : la menace de glace ressemble finalement à son poster : surchargé, peu digeste et noyé dans la masse de ses propres contradictions. Rien ne le distingue finalement d’un film Marvel lambda qui aurait oublié toute ambition artistique au profit d’une avalanche de « fan service » destinée à procurer au public un plaisir immédiat et temporaire. Voilà en tout cas une belle occasion de revoir sensiblement à la hausse le S.O.S. fantômes 2 que Reitman réalisa en 1989 et qui, à l’époque, s’était révélé décevant.

 

© Gilles Penso


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CIVIL WAR (2024)

Le réalisateur d’Ex Machina plonge le peuple américain dans une violente guerre civile dont le réalisme fait froid dans le dos…

CIVIL WAR

 

2024 – USA

 

Réalisé par Alex Garland

 

Avec Nick Offerman, Kirsten Dunst, Wagner Moura, Jefferson White, Nelson Lee, Evan Lai, Cailee Spaeny, Stephen McKinley Henderson, Vince Pisani

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Jusqu’à il y a peu, les moteurs de recherche proposaient comme résultat pour le film Civil War le populaire épisode du MCU où les iconiques Avengers se divisaient entre les partisans de Captain America, qui privilégiaient l’indépendance, et ceux qui soutenaient le choix d’Iron Man de se ranger du côté du gouvernement. Le quatrième film d’Alex Garland est venu changer la donne depuis son avant-première mondiale au SXSW Festival d’Austin en mars 2024. En effet, malgré une classification R (Restricted) par la MPA, la jauge de popularité penche désormais en sa faveur avec un week-end de démarrage fulgurant qui le classe en tête du box-office américain. Situé dans un futur proche dont il est difficile de se distancier dans l’état du monde actuel, cette dystopie au rythme haletant, glaçante de bout en bout, est paradoxalement aussi un hymne à la vie qui célèbre et questionne l’éthique journalistique et les grands reporters de guerre. Sans préambule, le film nous projette en plein chaos sur le continent américain où la fiction extrapole les peurs du moment, dans l’attente de la soixantième élection présidentielle qui divise dramatiquement le pays de la liberté d’expression. Ici le non-respect de la Constitution a viré au cauchemar lorsque le président en place (Nick Offerman), après avoir aboli le FBI, a violé la loi en se représentant pour un troisième mandat. C’est alors qu’un couple de journalistes aguerris, Lee Smith (Kirsten Dunst) et Joel McCullin (Wagner Moura), décide de braver émeutes et dangers pour couvrir le conflit et éventuellement obtenir une interview. Avec réticence, ils embarquent avec eux un vétéran journaliste ,Sammy (Stephen Henderson, interprète de Thufir Hawat dans Dune), et Jessie (Cailee Spaeny), une jeune admiratrice de Lee.

Le quatuor multigénérationnel prend donc la route de New York à Washington D.C., dans un contexte où chacun semble armé jusqu’aux dents et prêt à tirer à vue sur quiconque se présente à lui. Ce n’est donc pas une menace extérieure ni étrangère qui ravage le mainland des Etats-Unis disloqués mais, comme le titre du film l’indique, une guerre civile qui fait écho de façon par trop réaliste au choc civilisationnel qu’a été dans la réalité l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, lorsque le président sortant a encouragé ses supporters (à l’appel de « Save America ») à contester par tous les moyens les résultats de l’élection américaine de 2020. Pour autant, si les oppositions idéologiques et les violentes émeutes de l’actualité sont de toute évidence une source d’inspiration concernant le contexte fictionnel du film, le propos d’Alex Garland n’est pas tant de dresser un tableau anxiogène qui exacerbe la montée des extrêmes en confrontant les USA à ses propres démons. Le film se positionne avant tout pour défendre avec force ce qui reste le garant d’une saine démocratie : le droit à l’information fiable et objective d’une presse libre et indépendante. Si les portraits d’un président autocratique et d’états qui font sécession nous ramènent à l’inquiétude face à la politique contemporaine, le réalisateur britannique brouille les pistes pour éviter le piège du manichéisme qui ne ferait que renforcer les divisions déchirant les états du nord au sud et d’est en ouest. Il imagine donc pour sa fiction une seconde guerre civile, comme l’avait fait Joe Dante avant lui sur le ton de la comédie, mais qui ici fait rage. Surtout, il oppose d’un côté les forces rebelles de l’Ouest qui rallient la Californie et le Texas, rejointes par la Floride et soutenues par l’armée officielle, et de l’autre les milices gouvernementales du pouvoir fédéral. Dans ce marasme où tout le monde se ressemble et où chacun peine à identifier qui est un ennemi ou un allié (ce qui rajoute à l’absurdité de la situation) règne la loi de la jungle avec pour seul mot d’ordre : « Quelqu’un veut nous tuer, on le tue ».

God Bless America !

Cette atmosphère apocalyptique et primaire renvoie également d’une façon non anodine à celle des jeux de survie en équipe en ligne (Garland a également participé à l’écriture du scénario de « Enslaved : Journey to the West » sorti sur Playstation 3 et Xbox 360 en 2010) Et on peut voir plus qu’une coïncidence du calendrier dans le fait que d’autres films comme Knit’s Island ou The Sweet East traitent en même temps de l’inquiétude face au possible déclin d’une civilisation que l’on pensait garante des valeurs de liberté, et du système démocratique que l’on croyait le plus à même de la protéger. Kirsten Dunst, que la maternité et la vie familiale avaient provisoirement écartée des écrans, fait ici un retour triomphal dans ce rôle de reporter de guerre rappelant les grandes figures historiques du photojournalisme, à commencer par ses illustres pionnières comme Gerda Taro et Lee Miller à qui la protagoniste principale emprunte son prénom, tandis que le personnage de Joel s’inspire de Don McCullin. La démesure triomphe dans un final à la Scarface de Brian de Palma, dont le scénario était signé par Oliver Stone. Il n’est donc pas si étrange que le réalisme exalté et romanesque du film évoque Salvador (1986), l’un des meilleurs films du réalisateur de Platoon, et qu’une filiation transparaisse entre ces fictions qui lorgnent vers le documentaire politique. Si Civil War effraie par son déferlement de violence et n’est donc pas destiné à tous les publics, il devrait agir sur les consciences en tant que mise en garde de cette possible escalade des violences dont nous ne connaissons que trop bien les conséquences.

 

© Quélou


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VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT (2023)

Une jeune fille issue d’une famille de suceurs de sang refuse de tuer les humains pour se nourrir jusqu’à une rencontre inattendue…

VAMPIRE HUMANISTE CHERCHE SUICIDAIRE CONSENTANT

 

2023 – CANADA

 

Réalisé par Ariane Louis-Seize

 

Avec Sara Montpetit, Félix-Antoine Bénard, Steve Laplante, Sophie Cadieux, Noémie O’Farrell, Marie Brassard, Gabriel-Antoine Roy, Madeleine Péloquin

 

THEMA VAMPIRES

C’est du Québec que nous vient Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, premier long-métrage que sa réalisatrice Ariane Louis-Seize co-écrit avec Christine Doyon et qu’elle tourne à Montréal pendant un mois (dont deux semaines en pleine nuit) au cours de l’automne 2022. Issue de l’Institut National de l’image et du son, comme la grande majorité des membres de son équipe technique, Louis-Seize fait ses premières armes sur une série de courts-métrages avant d’effectuer le grand saut. Si les deux personnages centraux du film, incarnés tout en subtilité et en retenue par Sara Montpetit et Félix-Antoine Bénard, pourraient parfaitement s’échapper d’une œuvre de Tim Burton (la fille ténébreuse et blafarde aux longs cheveux noirs et le marginal rachitique aux grands yeux écarquillés), la cinéaste ne cède jamais aux attraits du gothisme d’Épinal. Son scénario s’ancre dans un cadre certes atemporel mais ouvertement contemporain ou du moins réaliste, que le directeur de la photographie Shawn Pavlin nimbe d’une touche légèrement expressionniste. Les jeux d’ombres se glissent donc volontiers entre les lignes de cette étrange romance vampirique.

Nous découvrons d’abord Sasha, une petite fille adorable mais dont les parents sont inquiets. En effet, ses canines n’ont pas encore poussé et elle ne montre pas le moindre instinct sanguinaire. Voilà qui est fâcheux quand on appartient à une famille de vampires ! Le constat que fait leur médecin n’a rien de rassurant : « C’est la compassion de votre fille qui est stimulée quand elle voit des gens mourir, pas sa faim. » Devenue adolescente, Sasha continue de se nourrir à la paille en puisant dans les stocks de poches de sang conservés dans le frigo. Il faudra pourtant bien un jour qu’elle accepte de partir chasser, comme les siens, et qu’elle tue pour pouvoir subvenir à ses besoins. C’est alors qu’elle rencontre Paul, un lycéen aux idées noires maltraité par ses camarades. « J’aime pas la vie et ça me ferait plaisir de la donner pour une bonne cause si jamais l’occasion se présentait », dit-il au milieu d’une réunion des « dépressifs anonymes ». Le titre à rallonge du film trouve alors tout son sens : la buveuse de sang allergique au meurtre et le jeune homme déçu par l’existence vont-ils pouvoir s’accorder ?

Le sang des innocents

La tonalité de Vampire humaniste cherche suicidaire consentant évolue en même temps que les états d’âme de Sasha. La loufoquerie des premières séquences cède ainsi progressivement le pas à une atmosphère de comédie dramatique douce-amère où le vampirisme sert de prétexte à la description sans fard du mal-être des adolescents en quête d’une raison d’être, d’une identité et d’une place dans un monde dont ils se sentent étrangers. Ce n’est donc pas à un pastiche de film d’horreur que nous avons affaire – ce qu’aurait pu laisser imaginer son prologue – mais plutôt à un récit initiatique dont le caractère surnaturel totalement assumé permet de grossir le trait. Sous l’influence d’œuvres telles que Les Prédateurs de Ridley Scott ou Only Lovers Left Alive de Jim Jarmush (dont elle ne cherche jamais pour autant à imiter le style), Ariane Louis-Seize trouve à travers la figure du vampire le moyen idéal de cerner la solitude, l’incommunicabilité et la pulsion de mort propres à cette période à la fois fascinante et terrifiante qu’est la sortie de l’enfance et le passage à l’âge adulte. Les premiers émois amoureux s’invitent aussi dans ce film qui sait rester léger malgré tout et qui remporta à travers le monde un nombre conséquent de récompenses au gré de ses passages en festivals.

 

© Gilles Penso


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LA DEMOISELLE ET LE DRAGON (2024)

Millie Bobby Brown incarne une princesse « badass » dans ce survival nerveux déguisé en conte de fées…

DAMSEL

 

2024 – USA

 

Réalisé par Juan Carlos Fresnadillo

 

Avec Millie Bobby Brown, Ray Winstone, Angela Bassett, Brooke Carter, Nick Robinson, Robin Wright, Milo Twomey, Nicole Joseph, Patrice Naiambana

 

THEMA DRAGONS

En 2020, Millie Bobby Brown est devenue la nouvelle coqueluche des ados. Après trois saisons de Stranger Things et le succès d’Enola Holmes, la jeune actrice est l’une des valeurs montantes les plus importantes de la plateforme Netflix, qui souhaite continuer à capitaliser sur sa popularité. Alors que se tourne la quatrième saison de Netflix se prépare donc le projet La Demoiselle et le dragon, un ambitieux « anti-conte de fées » dont le budget est estimé entre 60 et 70 millions de dollars. Alors que Bobby Brown, qui approche alors des 20 ans, est nommée non seulement actrice principale mais aussi productrice exécutive du film, le scénario est l’œuvre de Dan Mazeau (La Colère des Titans, Fast & Furious X) et la mise en scène est confiée à Juan Carlos Fresnadillo (Intacto, 28 semaines plus tard). L’association de ce scénariste aux faits d’arme très anecdotiques et de ce réalisateur talentueux nous laissait très interrogatifs quant à la qualité du résultat final. Que fallait-il attendre de La Demoiselle et le dragon ? Le titre original, Damsel, évoque les jeunes femmes secourues par les héros des chansons de geste médiévales. Mais la voix off qui se prononce dès l’entame du film nous met en garde contre les apparences : « Dans bien des récits chevaleresques, un valeureux chevalier sauve une demoiselle en détresse », nous dit-elle. « Cette histoire est différente. »

Pour enfoncer le clou, la jeune Elodie campée par Millie Bobby Brown nous est présentée d’emblée comme une fille forte et indépendante, coupant vigoureusement du bois pour aider à chauffer le peuple appauvri sur lequel règne son père Lord Bayford (Ray Winstone), tenant gentiment tête à sa belle-mère Lady Bayford (Angela Bassett) et veillant comme une seconde mère sur sa sœur cadette Floria (Brooke Carter). Si elle accepte de se plier aux conventions d’un mariage arrangé, c’est pour venir en aide à son pays en y apportant des richesses secourables. En épousant le prince Henry d’Aurea (Nick Robinson), fils de la reine Isabelle (Robin Wright), elle permettra ainsi aux siens de redresser leur situation en profitant d’une dot conséquente. Au départ résignée, Elodie finit par se trouver des affinités avec son prétendant. Mais cette union cache un terrible secret, tapi au fin fond d’un gouffre où se terre un redoutable dragon…

Le gouffre aux chimères

Le concept n’est pas sans évoquer celui du Dragon du lac de feu. Mais si dans le conte sombre de Matthew Robbins un preux gentilhomme campé par Peter MacNicol venait se confronter au monstrueux cracheur de feu pour empêcher le sacrifice d’innocentes jouvencelles, l’héroïne de La Demoiselle et le dragon ne peut compter que sur elle-même pour sauver sa peau. Et la pimpante princesse endimanchée de se muer en guerrière dépenaillée au fil d’une aventure perdant ses atours de conte de fées pour se muer en survival impitoyable. Dans ce rôle très physique, Millie Bobby Brown se révèle très convaincante, portant une grande partie du film sur ses épaules. La bête qui lui « donne la réplique » ne démérite pas, même si son exposition en pleine lumière nous convainc moins que les séquences où elle est plongée dans la pénombre. Création 100% numérique d’après un design de Patrick Tatopoulos (le Godzilla de Roland Emmerich, I Robot), ce dragon qui parle avec la voix caverneuse de la comédienne Shohreh Aghdashloo nous rappelle bien souvent le Smaug de la trilogie du Hobbit mais aussi plusieurs passages de Games of Throne (notamment lors du dernier acte). On apprécie au passage la prestation de Robin Wright, dont la simple présence confirme la volonté de déconstruire les codes du conte traditionnel (ne tenait-elle pas la vedette de Princess Bride ?). Efficace à défaut d’être inoubliable, La Demoiselle et le dragon a le mérite – au-delà de ses qualités formelles – d’aborder sous un angle original le motif de l’enfant contraint de payer pour le péché des aînés.

 

© Gilles Penso


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ARGYLLE (2024)

Une écrivaine à succès est embarquée par un agent secret dans des aventures qui ressemblent étrangement à ses écrits

ARGYLLE

 

2024 – USA/ GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Bryce Dallas Howard, Sam Rockwell, Henry Cavill, Bryan Cranston, John Cena, Catherine O’Hara, Dua Lipa

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Trois ans après l’échec au box-office du troisième épisode de sa franchise Kingsman, King’s Man: première mission, Matthew Vaughn persiste et signe malgré tout avec un nouveau film d’espionnage, en délaissant momentanément les fantaisies uchroniques pour revenir au style « pop » de Kingsman – services secrets et Kingsman – le cercle d’or. Mais les temps changent et les hommes aussi : Vaughn n’est plus le cinéaste frondeur et « effronté » du premier Kick-Ass, et ses responsabilités de producteur semblent cette fois avoir pris définitivement le pas sur ses ambitions de réalisateur. Co-financé par Apple et Universal pour un budget hallucinant de 200 millions de dollars (King’s Man – première mission avait couté deux fois moins pour un résultat de meilleure tenue), le produit final ressemble malheureusement plus à du contenu pour plateforme qu’à du cinéma, sur le fond comme sur la forme. Et si la production pourrait hypocritement tenter de justifier le rendu grossier de la grande majorité des incrustations et effets spéciaux par le fait que l’histoire présente en partie des situations fantasmées ou imaginaires, l’argument ne tiendrait plus dès lors que la finition des effets des scènes se situant dans le monde réel ne s’avère jamais plus convaincante (mention spéciale au chat en images de synthèse…). Les Kingsman possédaient aussi leur lot de plans pas très réalistes mais ils compensaient leur manque occasionnel de moyens par une inventivité et une stylisation d’une efficacité imparable.

Elly Conway (Bryce Dallas Howard) est l’auteure d’une série de romans d’espionnage hyper-populaires mettant en scène l’agent Argylle (Henri Cavill). Dans le train qui l’emmène chez ses parents où cette célibataire endurcie espère trouver l’inspiration pour conclure son prochain manuscrit, un véritable agent secret du nom d’Aidan Wilde (Sam Rockwell) l’aborde pour lui expliquer que ses histoires ne sont pas uniquement des fictions issues de son imagination, mais que les évènements qu’elle décrit pourraient bien arriver… à moins qu’ils ne se soient déjà déroulés? D’où viennent ces hallucinations intempestives où Argylle lui apparait et s’adresse à elle lorsqu’elle est seule ? Pourquoi son visage se substitue-t-il parfois dans son imagination à celui d’Aidan ? Après avoir aidé Elly à échapper à des agents ennemis eux-mêmes inquiets des connaissances du milieu de l’espionnage dont elle fait preuve dans ses écrits, Aidan va l’aider à comprendre qui elle est vraiment… Nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher la surprise car Argylle mise beaucoup, voire tout, sur ses retournements de situations et ses révélations. Ce qui, en soi, est une forme de générosité envers son public. Sauf que…

« L’espionne qui mémé »

S’il a toujours joué avec les codes des genres qu’il abordait, Vaughn s’appuyait sur les œuvres déjà très « méta » qu’il adaptait. Qu’il s’agisse de Stardust écrit par son compatriote anglais Neil Gaiman ou des comics « Kick-Ass » et « Kingsman – services secrets » de l’écossais Mark Millar, son cinéma a toujours fait preuve d’un iconoclasme et d’une sensibilité « so British », qui semblent tristement dilués dans Argylle. Si le film était sorti dix ou quinze ans plus tôt, on aurait applaudi Vaughn pour sa volonté de déjouer les codes du film d’espionnage en faisant d’une actrice non-athlétique une héroïne d’action, aux antipodes de Tomb Raider, voire Salt pour qui s’en souvient encore. Mais vue à travers le prisme du « wokisme » actuel, l’audace devient ici démagogie. Pour ne rien arranger, la mise en scène (en plus des effets spéciaux décevants) se repose beaucoup sur des « têtes qui parlent » lors de très statiques champs / contre-champs très télévisuels dans une surabondance de dialogues explicatifs : la marque de fabrique des plateformes de streaming qui savent que leurs « contenus » sont en concurrence directe avec les téléphones et les tâches domestiques de leurs spectateurs ! Vaughn retrouve sa verve filmique pour emballer quelques séquences d’action dont il a le secret même si, là encore, on est très loin de l’émotion qu’il était capable de transmettre à travers les ruptures de ton spontanées de ses précédents films. Argylle est tellement calibré et aseptisé qu’il en devient poussif et presque ringard. La prestation de Sam Rockwell vaudrait néanmoins presque à elle seule le détour, tant il incarne parfaitement l’esprit « Vaughn », en brouillant subtilement les pistes du premier et du second degré. On pourra aussi préférer revoir Des agents très spéciaux de Guy Ritchie qui, en raison de la présence d’Henry Cavill déjà dans le rôle d’un espion, force un peu la comparaison directe avec Argylle.

 

 © Jérôme Muslewski


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