MULHOLLAND DRIVE (2001)

Face à la camera de David Lynch, une Naomi Watts en début de carrière incarne le rêve hollywoodien… qui se transforme bientôt en cauchemar

MULHOLLAND DRIVE

 

2001 – USA

 

Réalisé par David Lynch

 

Avec Naomi Watts, Laura Elena Harring, Justin Theroux, Ann Miller, Dan Hedaya, Brent Briscoe, Robert Forster, Lee Grant

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I RÊVES I SAGA DAVID LYNCH

Mulholland Drive fait partie de ces films qui auront eu besoin de temps avant d’éclore sous leur forme définitive. Au départ, l’idée est de lancer une série télévisée dérivée de Twin Peaks qui s’intéresserait au personnage d’Audrey Horne incarnée par Sherilyn Fenn. David Lynch et Mark Frost travaillent un temps sur ce projet dont ils trouvent déjà le titre, Mulholland Drive, mais n’aboutissent à rien. Lynch tente de ressusciter l’idée au milieu des années 90 avec le scénariste Bob Engels, sans plus de succès. C’est l’ancien agent du cinéaste, Tony Krantz, qui le persuade d’écrire une toute nouvelle série sous ce titre. Un synopsis de deux pages est proposé à la chaîne ABC, qui se laisse séduire. Le pitch ? Une aspirante actrice débarque à Hollywood et se retrouve plongée dans une enquête dangereuse. En réalité, Lynch n’a aucune idée de la manière dont la série peut se développer à partir de là, mais ses arguments sont suffisamment convaincants pour lancer le tournage du pilote. C’est un montage approximatif de ce premier épisode qui parvient à l’un des cadres d’ABC. Dire que sa réaction est épidermique est un doux euphémisme. Il déteste ce qu’il voit, au point qu’ABC annule aussitôt la série. Mulholland Drive aurait donc pu disparaître dans les limbes de l’oubli. Mais un beau jour, Pierre Edelman de Canal + demande à voir ce fameux pilote et en tombe amoureux. Le projet renaît donc de ses cendres, non plus comme une série TV mais sous forme d’un long-métrage. Au bout d’un an de négociations, un financement de 7 millions de dollars est levé et le tournage reprend.

A Hollywood, durant la nuit, une jeune femme incarnée par Laura Elena Harring devient amnésique suite à un violent accident de voiture sur la route sinueuse de Mulholland Drive. Encore sous le choc, elle fait la rencontre de Betty Elms (Naomi Watts), une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles et rêve déjà de devenir une star. Avec son aide, l’accidentée tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité. L’enquête que mènent ensemble les deux jeunes femmes va s’avérer de plus en plus inquiétante. « Il y a d’innombrables histoires à raconter sur Hollywood », nous confie David Lynch à propos de ce scénario énigmatique. « C’est un endroit qui change, qui porte tant de rêves, de mystères, de possibilités… Cette ville peut abriter des millions d’histoires, et aucune d’entre elles ne peut tout raconter. J’adore la lumière de Los Angeles et ce sentiment que tout est possible, ainsi que la liberté qu’on y ressent. Parfois je pense qu’un lieu peut conjurer des idées » (1). L’enthousiasme du cinéaste et sa déclaration d’amour à la cité du cinéma n’aboutit pas pour autant à un portrait idyllique et fantasmé de Los Angeles. C’est au contraire un cauchemar qui s’apprête à défiler sur l’écran…

Le miroir des chimères

A travers la caméra de Lynch, Hollywood se mue en effet en univers alternatif bizarre où les grandes décisions sont prises par des éminences grises omniscientes cachées dans des repaires secrets et dont les porte-paroles sont des mafieux italiens patibulaires, des gros bras en costume et des cowboys philosophes ! Cette vision sombre, surréaliste et effrayante contraste avec la candeur euphorique de l’actrice incarnée par Naomi Watts. L’étrangeté et l’inquiétude s’immiscent partout, même dans les scènes les plus banales. Dans Mulholland Drive, un déjeuner dans un snack-bar peut virer à l’horreur, une séance de casting anodine peut créer le malaise, une représentation théâtrale peut faire basculer ses spectateurs dans l’abîme… Et puis il y a toujours ces motifs visuels récurrents et vertigineux, comme lorsqu’une actrice brune devient blonde, réminiscence de Lost Highway qui faisait lui-même écho à Sueurs froides. La trame suit pourtant un cours à peu près logique, du moins jusqu’au dernier acte. Là, les barrières de l’espace et du temps s’abolissent, les personnages se dédoublent ou se superposent, le fil du récit se distend et s’embrouille. Pourtant, à quelques détails indécryptables près (la clé bleue, le clochard dans l’allée, le vieux couple miniaturisé), l’intrigue se renoue sans trop de difficulté, pour peu qu’on accepte la scission entre deux visions complémentaires d’une même situation : la dure réalité et son reflet fantasmé. A moins que ce ne soit le contraire, bien sûr. En 2001, Mulholland Drive obtient le prix de la mise en scène au Festival de Cannes, preuve que tous les architectes de cette œuvre d’exception eurent raison de la pousser jusqu’au bout de ses possibilités.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2007

 

© Gilles Penso

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HYPNOTIC (2023)

Robert Rodriguez met en scène Ben Affleck dans un thriller parapsychologique où la réalité et l’illusion s’entrechoquent brutalement…

HYPNOTIC

 

2023 – USA

 

Réalisé par Robert Rodriguez

 

Avec Ben Affleck, Alice Braga, J.D. Pardo, Dayo Okeniyi, Jeff Fahey, Jackie Earle Haley, William Fichtner, Zane Holtz, Ruben Cabaalero, Kelly Frye, Sandy Avila

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

L’histoire d’Hypnotic aura obsédé Robert Rodriguez pendant deux bonnes décennies. C’est en 2002, alors qu’il est aux commandes du sympathique Spy Kids 2, que le prolifique réalisateur d’El Mariachi ébauche les premières esquisses de ce qu’il qualifiera plus tard d’une de ses histoires préférées. Mais ce projet restera longtemps en sommeil, le temps pour Rodriguez d’aborder d’autres sujets avec plus ou moins de bonheur : Spy Kids 3 et 4, Desperado 2, Sin City 1 et 2, Les aventures de Shark Boy et Lava Girl, Planète terreur, Machete et Machete Kills, Red 11, Alita : Battle Angel, C’est nous les héros… Autant dire que notre homme est éclectique (et inégal). En 2018, Rodriguez décide de réactiver Hypnotic, qui ne verra le jour que quelques années plus tard sous forme d’un blockbuster mêlant les codes du film d’action, du thriller parapsychologique et de la fable de science-fiction mâtinée d’espionnage. Co-écrit avec Max Borenstein (auteur attitré du « monsterverse » du studio Legendary dominé par Kong et Godzilla), le scénario définitif d’Hypnotic laisse transparaître plusieurs sources d’inspiration, les plus évidentes étant le Scanners de David Cronenberg et le Firestarter de Mark Lester. Pour autant, ce récit alambiqué se révèle déconcertant, riche en surprises et en rebondissements vertigineux.

Au départ, la situation semble claire. Ben Affleck entre dans la peau de Danny Rourke, un inspecteur de la police d’Austin encore bouleversé par la disparition de Minnie, sa fille de sept ans. La thérapeute qu’il consulte régulièrement doit pouvoir juger de sa capacité à poursuivre ses activités. Mais le temps n’est pas à la réflexion. Un appel anonyme vient en effet de parvenir aux oreilles de la police, annonçant le cambriolage du coffre-fort d’une banque voisine. Or le casse a bel et bien lieu. En intervenant sur place arme au poing, Rourke découvre un homme mystérieux (William Fichtner) qui semble télécommander à distance et d’un simple regard les faits et gestes de tous ceux qui ont le malheur de croiser sa route. Cet homme est un « hypnotique », doué d’une capacité hors du commun lui permettant d’annihiler la volonté de n’importe qui pour dicter son comportement et ses actes. Or il n’est pas seul à posséder ce pouvoir. En poussant plus loin l’enquête, Rourke se retrouve piégé dans un labyrinthe de pièges physiques et mentaux dont il aura beaucoup de mal à sortir indemne…

Les labyrinthes du cerveau

Beaucoup de séquences d’action et de suspense redoutablement efficaces ponctuent Hypnotic, preuves du savoir-faire et de la virtuosité toujours intacts de Robert Rodriguez en ce domaine. Pour visualier certaines des illusions provoquées par les « hypnotiques », ce dernier n’hésite pas à se laisser influencer par Dark City et Inception, notamment lorsqu’il s’agit de recomposer l’architecture des bâtiments et des rues. Le concept du film est malin et permet de nombreuses déclinaisons dramatiquement intéressantes. Le problème, c’est que le scénario passe son temps à nous expliquer les règles du jeu à travers de trop nombreux dialogues d’exposition disséminés tout au long de l’intrigue (par l’entremise du personnage de Danny Rourke qui découvre tout ça en même temps que les spectateurs). Le procédé, très mécanique, fixe rapidement ses propres limites. Fort heureusement, un vertigineux coup de théâtre survient à mi-parcours en questionnant non seulement les protagonistes mais aussi le public sur les notions de réalité et d’illusion ainsi que sur les tours que le cerveau nous joue pour reconstruire – volontairement ou non – notre propre environnement. Le médium cinéma n’en est-il pas le meilleur exemple, temple de la suspension d’incrédulité et de l’immersion fictive dans d’autres vies que les nôtres ? Ne serait-ce que sur ce point, Hypnotic est un exercice de style fascinant, même si ses maladresses l’empêchent d’échapper au statut de simple série B à gros budget.

 

© Gilles Penso

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LA CHOSE SURGIT DES TÉNÈBRES (1957)

C’est la panique ! Une mante religieuse grande comme une locomotive sème la terreur dans les rues de New York…

THE DEADLY MANTIS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Nathan Juran

 

Avec Craig Stevens, Florenz Ames, Alix Talton, William Hopper, Donald Randolph, Pat Conway, Paul Smith, Phil Harvey

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Né en Hongrie, Nathan Juran était un architecte et un décorateur de talent, oscarisé en 1941 pour la direction artistique du film de guerre Qu’elle était verte ma vallée. Devenu réalisateur au début des années 50, il s’avéra capable du meilleur comme du pire. Si sa complicité avec le génie des effets spéciaux Ray Harryhausen donna naissance à quelques joyaux de la SF et du fantastique (A des millions de kilomètres de la Terre, Le Septième voyage de Sinbad), ses réalisations en solo pouvaient s’avérer de redoutables nanars (le mémorable Attack of the 50 Foot Woman). Situé entre ces deux tendances, La Chose surgit des ténèbres conte l’attaque d’une mante religieuse géante, comme l’indique assez clairement son titre original. Le titre français, lui (qui existe aussi avec une orthographe alternative, La Chose surgie des ténèbres), semble se référer à La Chose d’un autre monde, ce qui s’explique par le fait que le monstre ait émergé des glaces après la rupture d’un iceberg au pôle Nord. Après plusieurs crash et disparitions mystérieuses dans cette zone, le Pentagone fait appel à l’éminent paléontologue Ned Jackson.

En analysant une aiguillon d’un mètre cinquante qui a été découvert sur place, le savant en arrive à l’alarmante théorie de l’insecte géant, alors très en vogue dans les années 50 depuis les fourmis des Monstres attaquent la ville. « Dans tout le règne animal, il n’existe pas d’espèce aussi vorace et aussi dangereuse que la mante religieuse » annonce-t-il solennellement. Accompagné par Marge Blaine, journaliste pour la revue du Muséum, il part étudier le phénomène… Il faut reconnaître que le monstre est une marionnette très réussie qui évolue dans des décors miniatures particulièrement soignés. Lorsqu’elle doit interagir avec les humains ou les décors réels, le talentueux superviseur des effets visuels Clifford Stinne (Tarantula, L’Homme qui rétrécit) concocte des rétro-projections et des incrustations souvent convaincantes. Du coup, le film de Nathan Juran collectionne quelques images saisissantes, comme l’attaque d’un bus dans une rue brumeuse et nocturne, l’escalade du monument de Washington, ou encore le climax situé dans un tunnel autoroutier de New York.

Monstre géant et propagande

En revanche, les tentatives d’humour avec lesquelles Nathan Juran essaie d’agrémenter le métrage s’avèrent particulièrement éléphantesques, notamment lorsque tous les hommes d’une station radar se pâment grotesquement en voyant débarquer la pimpante Marge. Mais le plus perturbant, dans La Chose surgit des ténèbres, réside probablement dans son caractère un tantinet propagandiste. Par moments, le film ressemble en effet à un spot publicitaire pour l’armée américaine, tant y sont glorifiés les systèmes de défense des Etats-Unis avec force détails techniques soulignés par une voix off emphatique. « Merci à l’Unité d’Observation au Sol pour sa coopération » peut-on d’ailleurs lire au générique. Comme si ce scénario n’était finalement qu’un prétexte pour prouver la réactivité et l’efficacité des soldats d’Uncle Sam en cas d’invasion ennemie. Toute polémique politique mise à part, La Chose surgie des ténèbres demeure un « monster movie » franchement divertissant auquel Juran a su apposer son indéniable savoir-faire technique et artistique.

 

© Gilles Penso


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FRANKENSTEIN ET LE MONSTRE DE L’ENFER (1974)

Pour sa dernière incarnation du docteur Frankenstein, Peter Cushing conçoit une créature incarnée par le futur interprète de Dark Vador

FRANKENSTEIN AND THE MONSTER FROM HELL

 

1974 – GB

 

Réalisé par Terence Fisher

 

Avec Peter Cushing, David Prowse, Madeline Smith, Shane Briant, Bernard Lee, John Stratton

 

THEMA FRANKENSTEIN

Ce dernier Frankenstein portant le sceau Hammer Films clôt la série sur une note mitigée. Le scénario, riche en rebondissements souvent artificiels, manque singulièrement de crédibilité. Et nous sommes plus éloignés que jamais de Mary Shelley. Réfugié dans un asile d’aliénés de Carlsbad sous le nom du docteur Victor, le baron Frankenstein (Peter Cushing) poursuit toujours ses travaux sur la réanimation et le don artificiel de la vie dans un laboratoire secret, mais ses mains, brûlées à la fin du Retour de Frankenstein, ne lui permettent plus d’exercer lui-même la chirurgie. L’un de ses disciples et admirateurs, le docteur Simon Helder (Shane Briant), est interné dans cet asile. Il devient le complice de Frankenstein et greffe le cerveau d’un savant décédé sur le monstre que le docteur a construit à partir d’un colosse débile et de membre épars, notamment les mains d’un violoniste virtuose. La créature tombe amoureuse de « l’Ange » (la magnifique Madeline Smith de Vampire Lovers), une jeune sourde et muette, et Frankenstein envisage de les accoupler pour mener ses expériences encore plus loin…

Peter Cushing, si marquant dans les cinq épisodes précédents, ne semble plus vraiment concerné par son rôle. Coiffé d’une étrange perruque, il laisse quasiment la vedette à Shane Briant, dans le rôle d’un jeune Frankenstein en herbe. La créature, de son côté, est affublée d’un maquillage grotesque et d’un pelage hirsute qui lui donnent les vagues allures d’un gorille mité et raccommodé. David Prowse, ancien garde du corps de Patrick Magee dans Orange mécanique, avait incarné un monstre autrement plus intéressant, ne serait-ce que du point de vue de son aspect physique, dans Les Horreurs de Frankenstein en 1970. Ici, il se contente de quelques grognements et gesticulations sommaires. D’ailleurs, l’audace de Jimmy Sangster, auteur de quelques-uns des meilleurs scénarios de la série, fait ici cruellement défaut.

En bout de course

Dommage, car ce Monstre de l’enfer portait en son sein un intéressant potentiel émotionnel, comme dans cette séquence pathétique au cours de laquelle la créature essaie de jouer quelques notes de violon avec ses mains désespérément malhabiles. Terence Fisher continue à injecter tant qu’il peut du rythme et de l’humour noir dans son film, tout en ne reculant devant aucune surenchère en matière d’opération sanglante à crâne ouvert (ces séquences seront d’ailleurs considérablement allégées dans les copies d’exploitation américaines), mais on sent bien que le cœur n’y est plus vraiment, la Hammer poursuivant là l’inexorable pente descendante amorcée par Dracula 73 et Dracula vit toujours à Londres. Comme à l’époque d’Abbott et Costello, la seule suite logique des aventures du docteur et du monstre semble dès lors être la parodie, et Mel Brooks s’en donnera à cœur joie dans la foulée avec Frankenstein Junior. Assez ironiquement, Peter Cushing et David Prowse allaient se retrouver en 1977 dans La Guerre des étoiles, respectivement dans le rôle du général Tarkan et du sinistre Dark Vador.

 

© Gilles Penso

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VARAN, LE MONSTRE GÉANT (1958)

Le réalisateur de Godzilla lâche dans la nature un nouveau monstre géant fantaisiste venu de la nuit des temps…

DAIKAIJU BARAN

 

1958 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Kozo Nomura, Ayumi Sonoda, Tsuruko Kobayashi, Fuyuki Murakami, Derick Shimatsu, Fumito Matsuo, Koreya Senda

 

THEMA DINOSAURES

Après un Rodan mémorable aux couleurs éclatantes, Inoshiro Honda revient au noir et blanc avec Varan, lequel reprend sans trop de nouveauté le schéma classique de Godzilla, En effet, il est à nouveau question d’un saurien géant soudain réveillé de son sommeil antédiluvien pour s’attaquer aux humains terrorisés. Tout commence lorsque le professeur Sugimoto s’étonne de la découverte d’un groupe d’écoliers dans la région montagneuse de Honsyu surnommée « le Tibet Japonais » : des papillons sibériens extrêmement rares. L’éminent scientifique missionne sur place deux de ses chercheurs. Se heurtant à des villageois guère loquaces vénérant le dieu Baradagi, ces derniers sont tués par un monstre mystérieux dont le spectateur n’entend dans un premier temps que l’étrange rugissement. La sœur de l’une des victimes, journaliste, et deux chercheurs – obéissant au cliché antithétique du trouillard rondouillard et du beau gosse courageux – décident alors de mener l’enquête…

Avec sa forêt isolée, sa peuplade primitive et sa divinité monstrueuse, Varan évoque souvent King Kong. Le monstre lui-même surgit dans un magnifique décor de lac brumeux, mélange de maquettes et de peintures. Face à ce cousin de Godzilla au dos hérissé de longues épines, l’un des savants affirme qu’il s’agit d’un varan (on aurait pourtant plus volontiers opté à priori pour un écureuil volant géant mixé avec un hérisson !) et prophétise, en guise de bande-annonce : « imaginez les dégâts dans une grande ville ». L’un de ses confrères, quant à lui, ne recule devant aucune déclaration érudite farfelue, identifiant là « un varanoïde ayant survécu depuis l’ère Mésozoïque » ! L’armée jette dans le lac du monstre bon nombre d’armes chimiques puis le bombarde allègrement, mais le varan semble invincible, et déploie même des ailes membraneuses pour s’envoler hors de portée des canons.

Un écureuil volant géant mixé avec un hérisson

L’un des moments forts du film est une spectaculaire bataille navale réalisée avec de belles maquettes de navires et d’avions et une poignée de stock-shots de l’armée, le tout aux accents d’une de ces marches militaires enjouées dont le compositeur Akira Ifukube s’est fait une spécialité. Ce dernier, très inspiré, livre par ailleurs une BO d’une grande richesse, mêlant chœurs emphatiques, ostinatos au piano à la manière de Bernard Herrman sur Le Jour où la Terre s’arrêta, ou encore graves contrepoints aux cuivres à mi-chemin entre Max Steiner et Igor Stravinsky. Après un ultime affrontement nocturne avec l’armée, Varan disparaît dans la baie de Tokyo, emportant avec lui le secret de son existence. La version américaine du film, baptisée Varan the Unbelievable, fera subir quelques outrages au travail d’Inoshiro Honda, supprimant plus d’un quart d’heure du métrage original, éliminant la musique d’Ifikube, agençant les séquences dans un ordre différent et ajoutant des séquences avec le comédien Myron Healy dans le rôle d’un scientifique occidental. Varan, quant à lui, n’aura pas la carrière de son aîné Godzilla, se contentant d’une furtive réapparition à la fin des Envahisseurs attaquent dix ans plus tard.

 

© Gilles Penso


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LE CRI DE LA MORT (1959)

L’intrépide cowboy mexicain Gaston Santos enquête sur d’étranges statuettes antiques et se retrouve confronté à une sinistre femme-zombie…

EL GRITO DE LA MUERTE

 

1959 – MEXIQUE

 

Réalisé par Fernando Mendez

 

Avec Gaston Santos, Maria Duval, Pedro de Aguillon, Carlos Ancira, carolina Barret, Antonio Raxel, Hortensia Santoveña

 

THEMA ZOMBIES

Le producteur mexicain Alfredo Ripstein Jr et le réalisateur Rafael Baledon s’étaient essayés en 1957 au mixage du western et du fantastique avec Le Monstre du marécage, qui confrontait des cow-boys avec une bête aquatique et écailleuse se démarquant de L’Étrange créature du lac noir. Fernando Mendez, maître d’œuvre des Proies du vampire et du Retour du vampire, se laisse à son tour tenter par le mélange des genres en prenant la relève de Baledon pour une nouvelle aventure de l’intrépide héros du Far West Gaston et de son fidèle compagnon Coyote Loco. Il quitte du même coup son noir et blanc de prédilection pour un Technicolor plus adapté aux cavalcades à cheval et aux vastes panoramas rocailleux. Point d’homme-poisson ici, mais une morte-vivante sinistre et exsangue qui reprend à son compte la fameuse légende de la « pleureuse », déjà illustrée dans le très gothique Les Larmes de la malédiction.

Le récit prend place en 1916, dans une hacienda jadis prospère mais tombée depuis dans le discrédit et la ruine. L’intrépide Gaston enquête sur deux étranges statuettes aux allures d’idoles antiques. La belle Maria Elena lui apprend que c’est sa défunte tante Clotilde qui les a sculptées, en mémoire des deux fils qu’elle a perdus, engloutis dans les sables mouvants. Ces poupées, représentant chacune une femme éplorée, symbolisent la mort. Or Clotilde a disparu de sa tombe le lendemain de son enterrement, voilà un an. Depuis, on dit qu’elle erre en pleurant près du sinistre « marécage du squelette ». Pour empêcher le retour de la morte-vivante, les superstitieux ont planté un couteau dans le cadran d’une horloge, à l’heure exacte de sa mort. Mais Maria Elena se moque de ces croyances bigotes, et finit même par arracher le couteau, un soir de désespoir. Bien mal lui en prend, car bientôt Clotilde revient d’entre les morts, le visage terreux, le regard sombre, et les griffes acérées…

Le retour de la morte-vivante

Le Cri de la mort mixe ainsi les codes du film d’épouvante classique (brumes inquiétantes, cadavre ambulant, victimes ensanglantées) et ceux du western (combat de saloon, fusillades, poursuites à cheval). A vrai dire, le mixage fonctionne plutôt bien, malgré la relative insipidité de Gaston Santos dans le rôle du héros sans peur et sans reproche, et la lourdeur des gags véhiculés par son faire-valoir comique (Pedro de Aguilon), qui passe son temps à chercher un lit pour dormir et dont les scènes de combat sont accompagnées de bruitages de dessin animé. Le passage à la couleur prive également le film de la photogénie macabre dont Fernando Mendez s’était fait une spécialité. Le Cri de la mort se laisse malgré tout apprécier sans déplaisir, grâce aux charmes de Maria Duval, aux apparitions morbides de la morte-vivante assoiffée de vengeance, et aux rebondissements d’un scénario plein de surprises laissant jusqu’au bout planer le doute quant à la possibilité d’une explication logique et rationnelle à tous ces événements surnaturels. Après avoir résolu enfin cette étrange affaire, nos deux héros regagnent leurs pénates en s’éloignant à cheval dans la plaine, à la manière de Lucky Luke, tandis que la partition de Gustavo Carrion prend des accents épiques qui n’auraient pas dépareillé dans un film de John Ford.

 

© Gilles Penso


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KWAÏDAN (1965)

Un film de fantômes japonais qui allie l’épouvante primitive, les croyances ancestrales et une splendeur esthétique de premier ordre…

KAIDAN

 

1965 – JAPON

 

Réalisé par Masaki Kobayashi

 

Avec Tatsuya Nakadai, Tetsuro Tamba, Rentaro Mikuni, Michiyo Aratama, Keiko Kishi, Katsuo Nakamura, Kan-Emon Nakamura

 

THEMA FANTÔMES

Inspiré par les contes de l’auteur Lafcadio Hearn, Kwaïdan est conçu sous forme d’un film à sketches et démarre sur un très beau générique où de l’encre colorée dessine des nuages dans l’eau. Le ton est donc donné dès les premières minutes : le spectacle qui nous attend sera graphique, folklorique et contemplatif. La première histoire de cette anthologie nippone, « Les Cheveux noirs », raconte l’aventure d’un samouraï abandonnant sa femme pour épouser la fille d’un homme fortuné dans le but de pouvoir évoluer sur l’échelle sociale. Mais les jours heureux avec son ancienne femme finissent par lui manquer. Toujours amoureux d’elle, il décide de la rejoindre… La macabre découverte qui l’attend annonce avec 25 ans d’avance la grande vogue des fantômes féminins aux longs cheveux noirs qui hanteront les écrans japonais des années 2000. (Ring, Dark Water, The Grudge et consort).

Le second récit, « La Femme des neiges », est une pure merveille visuelle. Un vieux bûcheron et son apprenti sont surpris par une tempête de neige et trouvent refuge dans une cabane. Soudain surgit une créature féminine se repaissant du sang du vieil homme et acceptant d’épargner son disciple à condition que ce dernier ne raconte jamais cette mésaventure. On trouve là une superbe forêt enneigée reconstituée en studio. Sur les cieux peints apparaît régulièrement un œil inquisiteur, réminiscence de celui de Caïn, qui semble veiller à ce que le héros ne brise pas sa promesse. Ce sketch propose également un jeu fascinant sur l’éclairage, qui permet en plan séquence de passer d’une chaumière chaleureuse à un paysage glacé. « Hoïchi sans oreilles », la troisième histoire, met en scène un jeune moine aveugle mandé par des fantômes pour leur conter tous les soirs le combat homérique qui mit fin à leur vie. Ce segment accumule lui aussi les visions mémorables, de l’incroyable bataille navale, tournée dans un bassin devant de nouveaux cieux artificiels, au cimetière embrumé dans lequel les auditeurs fantômes se muent progressivement en pierres tombales, en passant par le corps d’Hoïchi entièrement recouvert de texte sacré calligraphié.

Que se passe-t-il si on avale une âme ?

Le dernier sketch, « Dans un bol de thé », aborde une question étrange : que se passe-t-il si on avale une âme ? Un seigneur est en effet hanté par le visage d’un guerrier qui apparaît dans le bol du thé qu’il boit, avant d’être confronté physiquement à ce mystérieux personnage. Inachevé, cet ultime conte se clôt sur une image pour le moins effrayante. Chaque protagoniste de Kwaïdan est ainsi confronté à un fantôme symbolisant un regret, une rancœur ou une erreur : celui d’un abandon égoïste, d’une promesse bafouée, d’une bataille perdue ou d’une dépossession surnaturelle… Si l’œuvre de Kobayashi est une indéniable réussite visuelle, étalant sur un généreux format Cinémascope ses somptueux décors de studio, la froideur de sa mise en scène et la langueur de son rythme nuisent parfois à l’impact de ses histoires. Chaque conte s’étire en effet sur trois bons quarts d’heure, alors que bien souvent la moitié aurait amplement suffi. Cette réserve mise à part, Kwaïdan demeure la référence ultime en matière de film de fantôme japonais.

 

© Gilles Penso


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NEKROMANTIK 2 (1991)

Jörg Buttgereit donne une suite à son premier long-métrage choc en s’intéressant aux tourments d’une jeune femme nécrophile en quête d’amour…

NEKROMANTIK 2

 

1991 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Jörg Buttgereit

 

Avec Monika M., Mark Reeder, Simone Spörl, Beatrice Manowski, Wolfgang Müller, Lena Braun, Käthe Kruse, Florian Koerner von Gustorf, Eddi Zacharias

 

THEMA MORT

C’est dans une Allemagne encore secouée par la chute du mur de Berlin que Jörg Buttgereit décide de réaliser Nekromantik 2, la suite de son long-métrage sulfureux devenu culte après avoir eu maille à partir avec la censure locale. L’idée de ce second opus est née suite à la lecture du témoignage d’une véritable nécrophile dans les pages du livre « Apocalypse culture ». En découvrant à travers la confession de cette femme non pas un monstre mais une romantique désespérée, Buttgereit sait sous quel angle aborder Nekromantik 2. Au lieu de proposer aux amateurs du premier film une sorte de remake poussant plus loin les excès érotiques et horrifiques, le cinéaste préfère raconter cette suite comme une sorte d’histoire d’amour triste ponctuée d’images gore. Toujours tourné dans des conditions précaires et indépendantes, loin de l’industrie cinématographique officielle, Nekromantik 2 troque le format super 8 de son prédécesseur contre une pellicule 16 mm. La patine reste celle d’un film amateur à l’image délavée, aux mouvements de caméra accidentés, au montage approximatif et à la musique synthétique primitive. Le rythme lui-même est volontairement lent, à l’image des déplacements de cet escargot que le réalisateur filme en gros plan à mi-parcours de son métrage.

Le générique de début se déroule sur les images choc qui achevaient le premier Nekromantik, autrement dit un hara-kiri en pleine érection. Le corps du suicidé est aussitôt dérobé dans son cercueil par Monika (Monika M.) qui le ramène dans son appartement. Après avoir déballé le cadavre hors de son sac mortuaire, elle entreprend de le caresser et de l’embrasser, peu soucieuse de la matière gluante en décomposition qui le recouvre, et ne nous laissant pas de doute sur la suite de ses intentions. Dès qu’elle fait l’amour au macchabée, Jörg Buttgereit recours une nouvelle fois aux hideux effets de ralenti vidéo du film précédent, qui n’ont pas plus d’intérêt esthétique que dramatique. Mais au-delà de l’effet répulsif recherché, cette séquence présente une nouveauté qui justifie la démarche du cinéaste : Monika n’est pas du tout satisfaite par cette séance de nécrophilie. Dégoûtée, elle se réfugie même dans les toilettes. Incapable d’être satisfaite sexuellement par ce fantasme morbide, elle tente alors de mener une vie amoureuse normale auprès d’un jeune homme qu’elle a rencontré au cinéma, le sympathique Mark (Mark Reeder), dont le métier n’est pas banal pour autant : il est doubleur de films pornographiques !

La mort dans la peau

Dès lors, le film s’attarde sur des saynètes en caméra libre décrivant la romance naïve (à la fête foraine, au parc, au zoo) qui s’installe entre Monika et Mark. Malgré le caractère candide de ces séquences, Monika n’a visiblement pas réglé tous ses comptes avec ses envies de cadavres. Lorsqu’elle fait ses adieux déchirants au corps qu’elle a dérobé, le découpant en morceaux dans sa baignoire tandis que la bande originale tente la reprise d’un prélude de Bach, c’est pour finalement décider de conserver sa tête coupée et ses parties génitales. Quand plus tard elle fera l’amour à Mark, le montage alternera furtivement des images du cadavre à la place de son petit ami dans le lit. On sent bien que cette histoire va s’achever dans un bain de sang… Mais avant ce climax extrêmement brutal, Buttgereit prouve qu’il a aussi beaucoup d’humour, concoctant une parodie d’un film d’auteur européen en noir et blanc que va voir notre couple au cinéma (dans lequel un homme et une femme nus avalent des dizaines d’œufs en discutant ornithologie) ou une sorte de vidéoclip sirupeux autour d’une chanson en français qui évoque la putréfaction. Plus encore que Nekromantik, Nekromantik 2 aura de sérieux problèmes avec la censure. Accusé de glorifier la violence, le film est saisi par la police de Berlin en juin 1991 et Buttgereit mis au pilori. Il faudra attendre l’intervention d’un éminent expert en cinéma, prouvant la démarche artistique du réalisateur, pour que cette confiscation prenne fin. Entretemps, le film aura gagné ses galons d’œuvre culte auprès d’une communauté de fans irréductibles.

 

© Gilles Penso


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PREHYSTERIA 3 : LES DINOSAURES ENCHANTÉS AU GOLF (1995)

Les dinosaures miniatures qui surfaient jadis sur le succès de Jurassic Park jouent à la baballe le temps d’une dernière aventure anecdotique…

PREHYSTERIA 3

 

1995 – USA

 

Réalisé par David DeCoteau

 

Avec Whitney Anderson, Owen Bush, Dave Buzzotta, Thomas Emery Dennis, John Fujioka, Matt Letscher, Pam Matteson, Michael R. Thayer, Bruce Weitz, Fred Willard

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CHARLES BAND I PREHYSTERIA

Le producteur Charles Band n’est pas du genre à passer à côté d’un filon susceptible de faire entrer quelques dollars dans les tiroir-caisse. Après le succès en vidéoclub du sympathique premier Prehysteria, surfant habilement sur la « dinomania » provoquée par Jurassic Park, un second opus sans grand intérêt était venu alimenter les bacs sous la direction peu inspirée d’Albert Band. Les ventes baissèrent considérablement, certes, mais il y avait sans doute encore un peu de miettes à ramasser. Et surtout, il était temps d’exploiter une dernière fois les marionnettes de dinosaures en latex avant qu’elles ne se détériorent complètement et deviennent inutilisables. Voici donc Prehysteria 3 (titré Les Dinosaures enchantés au golf pour sa sortie en vidéocassette en France). Cette fois-ci, aucun des Band (père ou fils) n’assure la mise en scène, qui est confiée à David DeCoteau. Familier des productions Band mais plutôt porté sur l’horreur à forte connotation érotique que sur l’aventure fantastique pour enfants (Dreamaniac, Creepozoids, Les Créatures de l’au-delà), DeCoteau accepte la mission à condition de signer le film avec un pseudonyme. Prehysteria 3 est donc officiellement réalisé par un certain Julian Breen.

Seul lien humain avec le film précédent, le vénérable monsieur Cranston (Owen Bush) trimballe les cinq petits dinosaures dans son camion rempli de caisses de raisins secs (apparemment le péché mignon des sauriens miniatures) et tombe en panne à l’entrée d’un terrain de golf. Le brachiosaure Paula, le chasmosaure Hammer, le tyrannosaure Elvis, le stégosaure Jagger et le ptéranodon Madonna en profitent pour prendre la poudre d’escampette. Plus blagueurs et anthropomorphes que jamais (il ne leur manque plus que la parole !), les mini-dinos viennent en aide à Ella MacGregor (Whitney Anderson), une gamine amoureuse de la culture écossaise qui rêve de remettre à neuf le terrain de mini-golf de son jardin, transformé en décharge publique, et qui doit lutter contre les manigances de son oncle Hal (Bruce Weitz), déterminé à s’emparer du terrain par tous les moyens afin de créer un gigantesque complexe de golf professionnel.

La guerre du golf

Honnêtement, cette histoire de golf et de mini-golf nous indiffère au plus haut point, d’autant que les problèmes des héros sont réglés dès le milieu du film, la suite du scénario s’évertuant alors à inventer toutes sortes d’obstacles artificiels pour relancer l’intrigue et atteindre les 90 minutes de métrage. Certes, la mise en scène s’avère mieux maîtrisée que dans le film précédent. Le rythme est plus resserré, la photo plus soignée et la musique plus habilement utilisée. Quelques seconds couteaux charismatiques pointent même le bout de leur nez dans le film, comme Bruce Weitz (pilier de la série Hill Street Blues), John Fujioka (American Warrior, Mortal Kombat) ou Bill Moseley (The Devil’s Rejects). Le scénario co-écrit par Michael Davis et Neil Ruttenberg s’octroie au passage une série de clins d’œil cinéphiliques plus ou moins surprenants (Godzilla et Les Flintstones, mais aussi Marathon Man, JFK et Apocalypse Now !). Plus figés que jamais, les dinosaures se contentent de mouvements mécaniques extrêmement limités (hochements de tête, ouvertures de gueules, remuages de queues) et n’interviennent donc dans aucune séquence mémorable. Ils pourraient d’ailleurs disparaître du film sans incidence majeure sur le déroulement des événements. Après ce Prehysteria 3, les cinq petites bêtes seront rangées dans un placard pour une retraite bien méritée.

 

© Gilles Penso

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BARB WIRE (1996)

Pamela Anderson joue une mercenaire dure à cuire à la gâchette facile dans cette adaptation ratée d’une bande-dessinée de SF…

BARB WIRE

 

1996 – USA

 

Réalisé par David Hogan

 

Avec Pamela Anderson, Temuera Morrison, Victoria Rowell, Jack Noseworthy, Xander Berkeley, Udo Kier, Steve Railsback, Mary Anna Reyes, Andre Rosey Brown

 

THEMA FUTUR

Créé par Chris Warner et l’équipe de Comics Greatest Worlds (un label de Dark Horse Comics), le personnage de Barb Wire fait sa première apparition sur papier en 1993 puis a droit à sa propre série le temps de neuf numéros publiés entre 1994 et 1995. Cette héroïne experte en combats et en armes en tous genres vit des aventures mouvementées dans un monde alternatif où les super-pouvoirs, les technologies science-fictionnelles et les entités extra-terrestres sont monnaie courante. Les scénaristes Ilene Chaiken (Le Prince de Bel-Air) et Chuck Pfarrer (Darkman, Chasse à l’homme) s’emparent de ce matériau prometteur pour l’adapter à l’écran. Revu de fond en comble, l’univers des aventures de Barb Wire est désormais futuriste, les éléments surnaturels ou trop fantastiques ayant été quant à eux largement revus à la baisse. Bizarrement, le scénario présente en filigrane de très nombreuses similitudes avec celui du Casablanca de Michael Curtiz (avec Pamela Anderson à la place d’Humphrey Bogart !). Réalisateur d’une tonne de clips musicaux pour des artistes aussi divers que Toto, Survivor, Diana Ross, Prince, Rod Stewart, Kylie Minogue, Earth Wind & Fire ou Sheryl Crow, David Hogan se voit confier la mise en scène de Barb Wire. Ce sera son premier long-métrage.

Nous sommes en 2017, soit environ dix ans dans le futur. Encore auréolée du succès de la série Alerte à Malibu qui l’a muée en icône sexy s’exhibant en maillot de bain sur les petits écrans du monde entier, Pamela Anderson incarne Barbara Kopetski, alias Barb Wire, mercenaire et chasseuse de prime qui vend ses services aux plus offrants. Lorsqu’elle ne joue pas de la gâchette, elle dirige le Hammerhead, une boîte de nuit de Steel Harbor, la dernière ville encore libre dans ces Etats-Unis futuristes ravagés par la seconde guerre civile de son histoire. Or un beau jour débarque Axel (Temuera Morrison), un « combattant de la liberté » dont Barb fut jadis amoureuse et qui vient réclamer son aide. Il s’est en effet fixé pour mission d’aider la résistante Cora (Victoria Rowell) à rejoindre le Canada. Cette dernière semble la seule capable de contrecarrer les plans diaboliques du gouvernement qui entend bien utiliser une redoutable arme bactériologique pour mettre fin à la guerre…

Barb nous barbe

Fort du budget de 9 millions de dollars mis à sa disposition, David Hogan multiplie à loisir les fusillades, les cascades et les explosions pour en mettre plein la vue au public. Mais cette cosmétique de film d’action nerveux et violent (qui lorgne vers son climax du côté de Mad Max) reste très superficielle. Sans charme, sans style, sans véritable dynamique, Barb Wire souffre en outre de son incapacité à intéresser les spectateurs à son intrigue nébuleuse, entravée par des enjeux dramatiques mous et une héroïne finalement très peu sympathique. A trop vouloir jouer les dures à cuire, Pamela Anderson nous indiffère. Lucide, le réalisateur mise plus sur la profondeur du décolleté de l’actrice que sur la finesse de son interprétation. En désespoir de cause, la star aguiche comme elle peut les spectateurs en enfilant toutes les tenues sexy qui passent à sa portée, jouant tour à tour les strip-teaseuses dégoulinantes, les prostituées en corset ou les baigneuses en monokini mousseux. C’est sympathique mais bien peu mémorable. Pour assumer ses emprunts au film noir, le film sollicite la voix off de la comédienne qui vient inutilement paraphraser ce qui se passe à l’écran, tandis qu’Udo Kier et Temuera Morrison gâchent leur charisme en jouant les faire-valoir d’arrière-plan. Certains mauvais films prennent de la patine avec l’âge. Celui-ci, hélas, n’a pris que de la poussière. L’échec cuisant du film au box-office a d’ailleurs provoqué l’arrêt de la publication du comics original. Et si Barb Wire a finalement atteint cette petite notoriété « culte » à laquelle il tenait tant, c’est surtout au regard de sa spectaculaire médiocrité.

 

© Gilles Penso


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