ARCADE (1993)

Un groupe d’adolescents fait face à un jeu vidéo maléfique qui emprisonne les joueurs dans une inquiétante réalité virtuelle…

ARCADE

 

1993 – USA

 

Réalisé par Albert Pyun

 

Avec Megan Ward, Peter Billingsley, John de Lancie, Sharon Farrell, Seth Green, A.J. Langer, Bryan Dattilo, Brandon Rane, Sean Bagley, B.J. Barrie

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I SAGA CHARLES BAND

Arcade entre en production fin mars 1991, juste après Dollman. Les deux films sont produits par Charles Band (patron de la compagnie Full Moon), dirigés par Albert Pyun (réalisateur de Cyborg) et écrits par David S. Goyer (futur scénariste de Blade). Mais si Dollman est mis en scène sans accrocs et démarre sa carrière dans les vidéoclubs début 1992, Arcade ne sort qu’en mars 1994, après maintes déconvenues. Le premier problème du film est d’ordre scénaristique. Si Charles Band envisage un simple petit film d’horreur autour d’une salle d’arcades hantée, Goyer voit plus grand. Il souhaite plonger les jeunes héros dans un jeu vidéo en dix niveaux de plus en plus complexes et leur faire vivre des aventures virtuelles épiques. C’est évidemment impensable quand on connait les budgets rachitiques des productions Full Moon. « Le budget d’Arcade était de 750 000 dollars je crois », raconte Albert Pyun. « Je pense que le scénario que David Goyer et moi-même avons élaboré était trop complexe et ambitieux. J’ai proposé l’idée de la réalité virtuelle, au grand regret de tout le monde. C’était trop en avance sur ce qui était économiquement faisable. C’est ma faute. » (1) Paniqué face aux rushes catastrophiques et à un premier montage incompréhensible, Pyun ne sait que faire et doit surtout quitter le navire pour partir réaliser Nemesis. Charles Band et son équipe se retrouvent donc avec un film parfaitement inexploitable sur les bras.

Les premières séquences du film tiennent à peu près la route. Nous y découvrons l’adolescente Alex Manning (Megan Ward), passablement perturbée par le suicide de sa mère. Pour fuir sa vie morose, elle traîne souvent avec sa petite bande de copains (parmi lesquels on reconnaît un tout jeune Seth Green) et avec son petit-ami Greg (Bryan Dattilo). Un jour, ils se retrouvent dans la salle d’arcade de leur quartier, « Dante’s Inferno ». Là, le patron d’une société informatique (John de Lancie) leur fait découvrir un tout nouveau jeu en réalité virtuelle et leur offre même des échantillons gratuits à tester chez eux. Mais ce jeu est maléfique. Les joueurs qui perdent la partie se retrouvent emprisonnés dans un monde virtuel sinistre sans espoir d’en réchapper. Alex va donc devoir y plonger à son tour pour sauver ses amis… Voilà pour le postulat. Pas particulièrement palpitantes, les scènes situées dans le monde réel sont filmées platement et jouées sans beaucoup de conviction. Mais lorsque les héros s’immergent dans le jeu vidéo, c’est bien pire. L’univers digital dans lequel ils évoluent est tellement hideux que le véritable danger de cet univers virtuel semble être une migraine carabinée pour les spectateurs.

La foire du Tron

Même si l’on considère l’année de réalisation du film et son budget, force est de constater que les images de synthèse d’Arcade sont vraiment trop affreuses pour convaincre. Filmés devant un fond bleu, les acteurs s’agitent face à des polygones, des textures dégoulinantes de pixels et une sorte de harpie squelettique à tête de dragon qui les menace avec ses griffes numériques. En charge de la post-production du film après le départ précipité d’Albert Pyun, Daniel Schweiger en garde un souvenir amer. « Nous n’avions pratiquement pas d’argent et l’infographie n’en était qu’à ses balbutiements, à l’époque », raconte-t-il. « Nous avons fait de notre mieux. C’est comme si nous tentions de créer l’homme qui valait trois milliards avec les restes brisés d’un Steve Austin. » (2) Alors qu’Arcade est enfin sur le point de sortir, un autre problème de taille apparaît : Walt Disney menace d’intenter un procès à Full Moon à cause des trop fortes ressemblances avec Tron, notamment une course de motos futuristes sur un sol grillagé. Charles Band s’arrache donc les cheveux, car il est nécessaire de refaire l’intégralité des images de synthèse d’Arcade pour éviter toute ressemblance avec le fameux long-métrage de Steve Lisberger. Aujourd’hui, les fans hardcore s’arrachent des copies en vidéocassette du montage original, avant les ultimes retouches numériques, sous le titre « Original CGI Version ». Mais pour le commun des mortels, Arcade a sombré dans un oubli poli.

 

(1) et (2) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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PERFECT SENSE (2011)

Eva Green et Ewan McGregor vivent une romance désespérée dans un monde où la population perd peu à peu ses cinq sens…

PERFECT SENSE

 

2011 – GB / SUÈDE / DANEMARK / IRLANDE

 

Réalisé par David Mackenzie

 

Avec Ewan McGregor, Eva Green, Denis Lawson, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Ewen Bremner, Alaistar Mackenzie, Des Hamilton, Malcolm Shields

 

THEMA MUTATIONS I CATASTROPHES

Perfect Sense est au départ un scénario de Kim Fupz Aakeson, auteur notamment de la romance Okay avec Paprika Steen, du drame Prag avec Mads Mikkelsen ou encore de la comédie policière Un chic type avec Stellan Skarsgård. D’abord titré The Last Word (« le dernier mot »), le film se situe initialement à Copenhague, Aakeson étant d’origine danoise. Mais lorsque le réalisateur David Mackenzie entre en piste, l’intrigue est relocalisée à Glasgow, dans son Ecosse natale. Mackenzie ayant gardé un excellent souvenir de son tournage avec Ewan McGregor sur le drame policier Young Adam, il lui propose de s’embarquer avec lui dans l’aventure. L’acteur n’attendait visiblement que ça et s’engage aussitôt. Eva Green est choisie pour lui donner la réplique. Le couple vedette étant constitué, il reste au réalisateur une « formalité » avant de se lancer dans Perfect Sense : visionner le film Blindness de Fernando Meirelles, qui aborde lui aussi le sujet de la perte des sens, afin de s’en éloigner le plus possible. À vrai dire, malgré la similitude de leurs postulats, les deux longs-métrages diffèrent par bien des aspects. La mise en scène de Mackenzie, notamment, possède une personnalité très particulière, détournant les codes habituels du cinéma indépendant pour les adapter aux films de genre.

L’épidémie au cœur de Perfect Sense s’amorce en douceur, presque sur la pointe des pieds. Dans l’hôpital où travaille Susan (Eva Green) se déclare le cas d’un homme qui a perdu l’odorat. Ce serait presque anecdotique si de tels symptômes n’était pas apparus simultanément un peu partout dans le monde. Plus étrange encore : tous ceux qui sont frappés de cette soudaine carence olfactive sont préalablement terrassés par une sorte de crise de chagrin qui les laisse dans un bien piteux état. La contamination s’étend bientôt à la planète entière, ce qui n’arrange évidemment pas les affaires de Michael (Ewan McGregor), chef dans un restaurant de poisson situé en face de l’appartement de Susan. Privés d’odorat, les gens ne prennent plus goût aux aliments et désertent les restaurants. Au cœur de cette pandémie incompréhensible, Susan et Michael se rapprochent, apprennent à se connaître et vivent le début d’une intense relation amoureuse. Mais la perte d’odorat n’était que le début de la maladie. Bientôt, la population de la Terre perd l’un après l’autre tous ses autres sens. Comment l’humanité saurait-elle se remettre d’une telle situation ?

La panne des sens

L’originalité principale de Perfect Sense est de traiter son concept apocalyptique sous un angle résolument intimiste. Malgré les flashs planétaires nous donnant un aperçu de ce qui se passe en Inde, en Afrique ou ailleurs (à travers ce qui ressemble souvent à des images « volées », ou du moins tournées manifestement avec des acteurs non professionnels), l’intrigue reste centrée sur les amours naissantes et tourmentées du couple incarné par Green et MacGregor. C’est à travers leur prisme qu’est décrite la contamination, prélude à ce qu’il est difficile d’appréhender autrement que comme la fin du monde. Pourtant, jusqu’au bout, c’est l’incroyable pouvoir d’adaptation de l’humain et sa résilience que le film s’efforce presque désespérément de mettre en avant, comme en témoigne par exemple cette reprise du rituel des moments agréables passés au restaurant, même lorsque plus personne n’a de goût ou d’odorat. Les deux acteurs principaux crèvent l’écran, dégageant une sensualité glamour qui reste malgré tout réaliste, ou du moins non-hollywoodienne, en ce sens qu’elle est saisie par une caméra libre, charnelle et à fleur de peau. Difficile de ne pas être chamboulé par ce final qui fait froid dans le dos, mettant à rude l’épreuve l’optimisme des spectateurs. Curieusement, Perfect Sense n’a pas fait grand bruit lors de sa sortie en salles et s’est depuis évaporé dans la nature. Il mérite largement d’être redécouvert, d’autant que son visionnage après la pandémie du Covid-19 offre un effet de mise en abyme pour le moins perturbant.

 

© Gilles Penso


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PUPPET MASTER : DOKTOR DEATH (2022)

Une sinistre poupée à tête de mort habillée comme un médecin sème la terreur dans une maison de retraite…

PUPPET MASTER : DOKTOR DEATH

 

2022 – USA

 

Réalisé par Dave Parker

 

Avec Jenny Boswell, Chad Patterson, Emily Sue Bengtson, Erin Eva Butcher, Melissa Moore, Ashton Wolf, Tari Lyn Bergoine, Zach Zebrowski

 

THEMA JOUETS I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Apparue pour la première fois dans le dispensable Retro Puppet Master, la poupée du « Doktor Death » était trop attrayante pour ne pas refaire un tour de piste sur les écrans. Vingt-trois ans après ses débuts, le grimaçant médecin à tête de mort a donc droit à un film solo, dans la foulée de Blade The Iron Cross qui inaugurait une nouvelle série de longs-métrages dérivés de la longue saga Puppet Master. Mais contrairement à l’opus précédent situé en pleine seconde guerre mondiale, cet épisode se déroule dans un cadre contemporain. Un lien est tout de même assuré entre les deux époques dès l’entame, lorsqu’un vieil homme est hanté par d’affreux cauchemars où s’agitent les nazis et les Alliés au milieu de la tourmente, tandis qu’apparaît furtivement le faciès squelettique de la poupée vedette. Secoué par un spasme ultime, l’homme succombe à un arrêt cardiaque. C’est ainsi que commence Puppet Master : Doktor Death. Le défunt, Max Cuda, était un pensionnaire de la petite maison de retraite Shady Oaks Senior Living, qui ne prend en charge que quatre autres résidents. Sa mort coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle infirmière venue de Californie, April Duval (Jenny Boswell). Celle-ci est avenante et de bonne composition, même si la raison de son arrivée dans cette petite ville américaine reste floue. Elle serait à la recherche d’une personne de sa famille disparue…

Sur place, April découvre le personnel soignant (majoritairement sympathique, à l’exception du balourd Flynn incarné par Zach Zebrowski) et se charge avec eux de vider les affaires de Max Cuda. Parmi celles-ci se trouve un très vieux coffre solidement verrouillé. Lorsque Flynn fait sauter la chaîne sans scrupule, c’est pour y découvrir un sinistre jouet : le fameux Doktor Death. Cette trouvaille serait anecdotique si la poupée n’avait pas tendance à disparaître régulièrement pour réapparaître dans les lieux les plus inattendus. Ces bizarreries sont le prélude d’un jeu de massacre qui ensanglante bientôt les lieux et que rien ne semble arrêter. Alors que le compositeur Richard Band, épaulé par Jerry Smith, recycle le fameux thème musical de la saga sur un mode sombre, le réalisateur Dave Parker (Kaa ! The Sea Monster, Les Morts haïssent les vivants) soigne sa mise en scène du mieux qu’il peut malgré des moyens qu’on devine très limités. Les décors sont en effet extrêmement réduits, tout comme les personnages et les situations. Le film lui-même dure à peine une heure, ce qui a le mérite de resserrer son rythme et ses actions mais ne permet guère de développer le potentiel de l’intrigue et de cette fameuse poupée adepte du scalpel.

Morts sans ordonnance

Si le design du Doktor Death est une réussite indiscutable, on regrette évidemment que les marionnettes mécaniques utilisées pour lui donner vie ne lui offrent qu’une latitude de jeu très restreinte. En charge des effets spéciaux de maquillage, Greg Lightner (Corona Zombies, Baby Oopsie) nous offre quelques séquences de meurtres assez gratinées (notamment celle de la morgue), même si beaucoup de choses se passent hors-champ, et surtout quelques visions macabres délirantes dignes des EC Comics en fin de métrage. Car la poupée grimaçante ne se contente pas de tuer : elle est capable de ranimer les morts selon une méthode très personnelle en inversant les notions de marionnette et de marionnettiste. Une poignée de séquences de suspense sortent du lot (celle de la buanderie par exemple) grâce aux effets de mise en scène s’amusant habilement avec les angles bas et les ombres portée. Petit shocker efficace à la mise en forme soignée et aux acteurs solides, Puppet Master : Doktor Death s’apprécie sans déplaisir, laisse quelques guest stars y faire une apparition (l’ancienne scream queen Melissa Moore, les catcheurs The Bunny et The Blade) et s’achève sur un coup de théâtre ouvrant la porte vers une suite potentielle.

 

© Gilles Penso


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BLADE THE IRON CROSS (2020)

Ce premier « film dérivé » issu de la franchise Puppet Master donne la vedette à la plus blafarde des poupées de la saga : le fameux Blade…

BLADE THE IRON CROSS

 

2020 – USA

 

Réalisé par John Lechago

 

Avec Tania Fox, Vincent Cusimano, Griffin Blazi, Roy Abramsohn, Bobby Reed, Angelica Briones, Todd Gadjusek, Nihilist Gelo, Noel Jason Scott

 

THEMA JOUETS I ZOMBIES I SAGA PUPPET MASTER I CHARLES BAND

Après la parenthèse de Puppet Master : the Littlest Reich, sur laquelle il ne fut crédité qu’à titre honorifique, le producteur Charles Band reprend en main sa franchise la plus fructueuse et décide de poursuivre la trilogie guerrière qu’il concocta entre 2010 et 2017 : Puppet Master : Axis of Evil, Puppet Master : Axis Rising et Puppet Master : Axis Termination. Pour varier les plaisirs, Band décide cette fois-ci de ne donner la vedette qu’à une seule des poupées de la saga, en l’occurrence le tranchant Blade, amorçant ainsi une démarche qui lui permettra de consacrer plusieurs longs-métrages solos à chacun des jouets maléfiques de la série. Cette politique du spin-off lui vient en grande partie de sa passion pour les comics Marvel, qui ne cessaient pas, sous la supervision de Stan Lee, d’entrecroiser les personnages d’une aventure à l’autre en alternant les récits collectifs et les épisodes « solistes ». La mise en scène et le montage de Blade the Iron Cross échoient à John Lechago, qui dirigea plusieurs opus de la franchise Killjoy. Personnage secondaire de Puppet Master : Axis Termination, la jeune médium russe Elisa Ivanov (toujours jouée par Tania Fox) devient désormais le protagoniste majeur de l’histoire, écrite par le scénariste Neal Marshall Stevens sous le pseudonyme de Roger Barron.

Les nazis caricaturaux sont donc de retour, cachés au cœur de la Californie et pratiquant des expériences inavouables dans le but de créer une armée de zombies pour dominer le monde. De son côté, Elisa Ivanov travaille désormais en tant que journaliste pour le Daily Herald. Frappée régulièrement par des cauchemars prémonitoires, elle devance systématiquement la police lorsqu’il s’agit de débarquer sur les scènes de crime en compagnie du jeune photographe Barney (Griffin Blazi). C’est ainsi qu’elle découvre les cadavres abominables que les nazis laissent derrière eux après chaque expérience ratée. Elisa fait du gringue à l’inspecteur de police Joe Gray (Vincent Cusimano), qui visiblement ne la laisse pas indifférente, et cache dans son placard les poupées d’André Toulon. Toutes vidées de leur fluide vital, elles sont désormais incapables de bouger. Elisa décide alors de ranimer Blade en partageant avec lui sa propre énergie. Au bout d’une demi-heure de film, le petit tueur au visage blafard s’éveille enfin et le massacre peut commencer.

Poupée tranchante et zombies nazis

C’est une petite nouveauté dans la saga : désormais Elisa est capable de piloter Blade à distance lorsqu’elle est plongée dans un état second. Tandis qu’elle s’agite dans son lit comme une émule de la Regan de L’Exorciste, la poupée se déchaîne donc à coups de pointes, de crochet et de lame. Aux exactions de Blade (relativement rares dans le film, ce qui s’avère un tantinet frustrant) se mêlent celles des zombies nazis. Le film part donc un peu dans tous les sens, confiant au responsable des effets spéciaux de maquillage Tom Devlin (Poultrygeist, Mega Piranha, plusieurs opus des sagas Killjoy et Evil Bong) la tâche de visualiser quelques mises à mort saignantes, une poignée de morts-vivants pas très frais et des cadavres bien dégoulinants. Pour quelques plans larges d’actions rapides, la marionnette de Blade (aux mouvements très limités) est remplacée par l’acteur Alan Maxson dans un costume à sa taille. Certes, la reconstitution historique se résume à quelques décors confinés et les plans larges de Los Angeles semblent bien trop contemporains pour se dérouler dans les années 40, mais la mise en image du film reste très soignée. La photo est léchée, les effets spéciaux réussis et les acteurs donnent de leur personne (notamment Tania Fox qui finit par quitter ses atours chics rétros pour finir nue comme un ver !). Prévu pour une sortie en décembre 2019, Blade the Iron Cross est retardé de quelques mois pour l’ajout de quelques plans supplémentaires tournés sur fond vert. Distrayant à défaut d’être inoubliable, le film de John Lechago aura permis de relancer cette longue franchise née en 1989.

 

© Gilles Penso

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ANT-MAN ET LA GUÊPE : QUANTUMANIA (2023)

Panique à bord : Scott Lang et sa famille se retrouvent accidentellement propulsés dans le « royaume quantique »…

ANT-MAN AND THE WASP: QUANTUMANIA

 

2023 – USA

 

Réalisé par Peyton Reed

 

Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michelle Pfeiffer, Michael Douglas, Jonathan Majors, Kathryn Newton, David Dastmalchian, Katy O’Brian, Bill Murray

 

THEMA SUPER-HÉROS I NAINS ET GÉANTS I SAGA MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Avant même qu’Ant-Man et la Guêpe ne sorte sur les écrans en 2018, le réalisateur Peyton Reed laissait déjà entendre son envie de poursuivre les aventures de l’homme-fourmi et de sa compagne à l’occasion d’un troisième film explorant le « royaume quantique », à peine évoqué dans les deux longs-métrages précédents. De fait, même si Marvel aime varier les plaisirs en changeant régulièrement de réalisateur d’un film à l’autre, Reed rempile pour un troisième chapitre consacré à Ant-Man, son approche et sa mise en scène collant visiblement bien au jeu de Paul Rudd et de ceux qui partagent l’affiche à ses côtés. Pour autant, Ant-Man et la Guêpe : Quantumania marque volontairement une rupture stylistique brutale. La mécanique du « film de casse » léger et urbain adoptée dans Ant-Man puis Ant-Man et la Guêpe s’évapore ici au profit d’une épopée de space-fantasy digne des récits pulp de science-fiction des années 30-40. Nous voilà bien plus proches du « Cycle de Mars » d’Edgar Rice Burroughs ou des comics strips « Flash Gordon » que de Mission impossible ou Bullit. Ce parti-pris permet de varier les plaisirs et d’offrir aux spectateurs un généreux lot de surprises.

Tout commence pourtant de manière très « terre-à-terre ». Scott Lang fait des clins d’œil à tous les passants dans la rue, très heureux de son statut de super-héros dont il a tiré un livre à succès. Gorgé d’autosatisfaction, il sourit béatement et échange quelques blagues bon enfant. Mais sa fille Cassie (Kathryn Newton) lui cause de petits soucis. Activiste politique, elle multiplie les séjours en prison. Comme si ça ne suffisait pas, elle s’adonne en douce, avec l’aide de son grand-père Hank (Michael Douglas), à des expériences scientifiques complexes et dangereuses. L’une d’entre elles est un appareil permettant de communiquer avec le « royaume quantique ». Or cette trouvaille est incontrôlable. Bientôt, un portail dimensionnel s’ouvre et emporte Scott et toute sa famille dans un univers parallèle inconnu. Les premières visions de cette jungle microscopique ne manquent ni de poésie, ni de beauté surréaliste. On se croirait dans un mélange contre-nature du Voyage fantastique et d’Au-delà de nos rêves. Là grouille une infinité d’entités minuscules qui, ramenés à une taille titanesque face à nos héros humains, se muent en monstres redoutables. Mais ce n’est qu’un avant-goût des mystères dont regorge le « royaume quantique ».

Intra-terrestres

Dans cet environnement bizarre où tout semble possible, la direction artistique se laisse volontiers inspirer par la saga Star Wars: aliens aux morphologies empruntées à diverses espèces animales, montures aux allures préhistorico-fantastiques, technologie rétro-futuriste, robots et vaisseaux… Nous avons même droit à l’incontournable remake de la scène de la Cantina de La Guerre des étoiles, le temps pour Bill Murray de faire une apparition amusante mais parfaitement inutile. Le monde subatomique décrit dans le film est donc empli de peuplades inconnues, de civilisations étranges, de créatures hybrides. Bref c’est un véritable univers « intra-terrestre » à part, où se dressent des cités cyclopéennes survolées par des engins militaires et cernées par des armées sans visages. Tout ce décorum fantasmagorique a quelque chose de franchement rafraîchissant.  Ce qui n’empêche pas pour autant de grosses fautes de goût, comme le design parfaitement ridicule de Modok. Au monstre hideux, hydrocéphale et mutant conçu jadis par le génial dessinateur Jack Kirby, le film préfère une espèce de clown flottant caricatural à la tête gonflée comme un ballon de baudruche. Sous son armure grimaçante, cet antagoniste en apesanteur fait son petit effet. Mais dès qu’il retire son masque pour révéler une version numérique difforme du comédien Corey Stoll, quel embarras ! Sans compter ce problème récurrent d’un super-vilain quasiment invincible, dont la puissance dépasse l’imaginable, et qui finit pourtant vaincu de manière bien triviale. Ant-Man et la Guêpe : Quantumania demeure extrêmement distrayant et permet à Michelle Pfeiffer de voler la vedette du reste du casting pour tenir le rôle central du film, ce qui n’est évidemment pas pour nous déplaire.

 

© Gilles Penso


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EVIL DEAD RISE (2023)

Ellie vit avec ses trois enfants dans un immeuble vétuste de Los Angeles. Mais un démon invoqué par mégarde prend possession de son âme…

EVIL DEAD RISE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Lee Cronin

 

Avec Tim Alyssa Sutherland, Lily Sullivan, Nell Fisher, Morgan Davies, Jayden Daniels, Mark Mitchinson, …

 

THEMA ZOMBIES I DIABLE ET DEMONS I LOVECRAFT I SAGA EVIL DEAD

La saga Evil Dead initiée en 1981 a probablement déjà dépassé toutes les attentes de ses créateurs en termes de longévité au vu de sa dramaturgie limitée visant avant tout à maltraiter son personnage principal au cours de péripéties de plus en plus cartoonesques. Devant l’impossibilité de développer une intrigue digne de ce nom sur une mythologie tenant du prétexte (des incantations réveillent des démons qui prennent possession du premier pékin venu), le remake de Fede Alvarez en 2013 se contente dès lors de refaire très efficacement et avec plus de moyens ce que Raimi avait bricolé avec des bouts de ficelle. Evil Dead Rise se pose dès lors comme le premier rejeton s’émancipant enfin du concept initial de Sam Raimi, dont le style de réalisation constituait en fait la véritable vedette et le cœur de la trilogie initiale. Pour mieux signifier cette rupture bienvenue, le réalisateur Lee Cronin (un novice pourtant puisqu’il s’agit de son second long-métrage après The Hole in the Ground, re-titré The only Child en DVD chez nous) ouvre son film sur un de ces longs travelings aériens en vue subjective dans une forêt qui constitue la marque de fabrique de la franchise, invitant le cinéphile à constater la supériorité technologique moderne par rapport au système D du Evil Dead original, avant de révéler qu’il s’agissait effectivement d’une caméra montée sur drone ! Il s’agira néanmoins du seul trait d’humour méta d’un film sec comme la vieille carne d’une « deadite », ces créatures démoniaques qui hantent la franchise.

Après une courte scène d’introduction que Marvel aurait volontiers servi en scène post-générique, Evil Dead Rise nous transporte à Los Angeles (en réalité la NouvelleZélande) et introduit Beth (Lily Sullivan) qui, découvrant qu’elle est enceinte, s’en va rendre visite à sa sœur Ellie (Alysson Sutherland), vivant dans un immeuble en passe d’être démoli, avec ses trois enfants. Comme pour souligner la situation précaire des sœurs, un tremblement de terre survient, ouvrant une faille au sous-sol dans laquelle Danny (Morgan Davies), le fils de Beth, découvre par hasard le Livre des Morts. Les incantations qu’il contient ramènent des enfers un démon qui va prendre tout d’abord possession de sa mère, puis des autres occupants de l’immeuble, bloqués là en raison d’un ascenseur défaillant. Si, comme dans le remake de 2013, le rôle principal échoit à nouveau à une femme, il n’est nullement question de se conformer au diktat de l’inclusivité moderne. Les velléités féministes ne sont évidemment pas un souci en soi, mais on remarquera ici (ou pas justement) leur intégration organique dans le cadre de l’horreur. Ainsi, si l’héroïne évoque volontiers Sigourney Weaver ou Jamie Lee Curtis dans sa façon d’en découdre avec les démons, Cronin évite l’écueil du féminisme 2.0 qui l’aurait probablement poussé à donner le rôle du « méchant » à un homme. Il préfère au contraire pervertir la sacro-sainte figure maternelle, en mettant en scène une mère infanticide. Pour autant, malgré le calvaire vécu par la plus petite fille de la fratrie, il n’est jamais question de transformer le film en drame ou d’intellectualiser son propos pour échapper à son statut de série B du samedi soir : Evil Dead Rise s’inscrit parfaitement dans la continuité tonale de son prédécesseur, en se montrant agressif et sec. Même les deux « jump scares » totalement factices survenant avant la lecture des incantations contribuent en fait à nous faire baisser la garde pour mieux nous prendre à la gorge quand le mal se manifeste.

Le changement dans la continuité

Evil Dead Rise réussit là où de nombreuses suites échouent, en trouvant le parfait équilibre entre la familiarité et la nouveauté. Car si le décor (un immeuble résidentiel dans un milieu urbain) et le profil des personnages (deux femmes et des enfants) changent à priori la donne, le cahier des charges et la dynamique définis par Sam Raimi n’en restent pas moins respectés, du déroulement en huis clos aux gimmicks habituels : la tronçonneuse, un clin d’oeil à Henrietta, des deadites bondissants et des hectolitres d’hémoglobines ! Concernant les effets gore, que les fans de la première heure se rassurent : à défaut d’être entièrement réalisés à l’ancienne, les trucages utilisent à bon escient les possibilités offertes par le numérique pour les compléter, jamais pour les supplanter. Lee Cronin se permet toutefois quelques audaces payantes en intégrant et en citant des références inattendues, comme Shining (avec un joli hommage graphique mais surtout thématique puisqu’il s’agit ici aussi d’un parent possédé s’en prenant à son enfant), Lovecraft (la deadite finale) et Aliens (l’attitude de Beth et sa relation avec sa nièce), le tout sans jamais verser dans la distanciation méta ou le second degré. Le résultat dépasse ainsi largement les espoirs tout relatifs (et c’est un euphémisme) mis dans cette suite que personne n’attendait vraiment dans le contexte d’un cinéma commercial versant de plus en plus souvent dans la nostalgie fabriquée ou le second degré cynique et désinvolte. Pas prétentieux pour un sou, Evil Dead Rise remplit son contrat en parvenant à émuler la tension et l’hystérie qui constituent la marque de fabrique de la saga.

 

© Jérôme Muslewski


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OUVRE LES YEUX (1997)

Le second long-métrage d’Alejandro Amenabar est un puzzle fascinant qui plonge Eduardo Noriega et Penelope Cruz dans une spirale infernale…

ABRE LE OJOS

 

1997 – ESPAGNE

 

Réalisé par Alejandro Amenabar

 

Avec Eduardo Noriega, Peneolope Cruz, Chete Lera, Fele Martinez, Najwa Nimri, Gérard Barray, Jorge de Juan

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE I RÊVES I MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

Ouvre les yeux est le second long-métrage d’Alejandro Amenabar. Entre 1991 et 1994, il réalise plusieurs films courts qui font presque office de « brouillons » de son œuvre à venir. Déterminante, sa rencontre avec le producteur José Luis Cuerda lui permet de diriger son premier long, Thesis, un thriller déjà très prometteur qui fait connaître son nom partout dans le monde. Pour Ouvre les yeux, il se laisse inspirer par des cauchemars qui le saisirent en pleine nuit alors qu’il était grippé. On comprend mieux pourquoi ce film au récit alambiqué prend bien vite les allures d’un rêve fiévreux. Dès la première scène (qui évoque un passage similaire avec Keanu Reeves dans L’Associé du diable et annonce le prologue de 28 jours plus tard), l’anormalité s’installe dans le quotidien. Le beau et riche César (Eduardo Noriega), au volant de sa Coccinelle, traverse les rues de Madrid puis s’arrête d’un seul coup. Lorsqu’il sort de sa voiture, c’est pour découvrir que la rue est totalement vide. Aucun véhicule, aucun passant, pas âme qui vive. Cette vision n’est qu’un rêve, s’évaporant dès que César se redresse dans son lit, régissant au message « ouvre les yeux » que susurre la voix féminine de son réveille-matin. Des sommeils agités s’achevant par un sursaut, le film en comptera beaucoup d’autres.

César est pourtant un jeune homme comblé au-delà de toute mesure. Son magnétisme auprès de la gent féminine est tel qu’il a la réputation de ne jamais passer deux nuits avec la même femme. Même s’il l’apprécie beaucoup, son meilleur ami Pelayo (Fele Martinez) est forcément jaloux d’un succès pareil. Lors de sa fête d’anniversaire, César rencontre Sofia (Penelope Cruz) que Pelayo a emmené avec lui. Ils sont immédiatement attirés l’un par l’autre et passent la nuit ensemble. Le lendemain matin, César tombe nez à nez avec Nuria (Najwa Nimri), une de ses anciennes conquêtes qui refuse de le laisser quitter sa vie. Ouvre les yeux commence donc comme une chronique légère pleine de fraîcheur sur les amours frivoles madrilènes… mais l’intrigue bascule soudain dans le drame. Lorsque le beau garçon se transforme soudain en freaks, la légèreté n’a plus droit de cité…

Les yeux sans visage

A l’instar de César, le spectateur finit par perdre le sens des réalités. La frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus floue. Avons-nous affaire à un cauchemar ? Une maladie mentale ? Un souvenir ? A moins que l’intrigue ne soit justifiée par un postulat de science-fiction vertigineux. La narration en flash-back brouille davantage les pistes. Les tranches de vie appartenant au passé se mélangent avec celles issus des songes et la temporalité s’altère. « Essayons d’y voir un peu plus clair » dit un inspecteur de police à César qui se perd lui-même dans le fil de son témoignage. Un second niveau de lecture semble possible en filigrane, et ce n’est que le climax qui nous offrira une réponse tangible… Mais est-ce la véritable explication ? Nous voilà comme à la fin de Total Recall incapables de trancher fermement. Amenabar soigne sa mise en scène au millimètre près, nous offrant l’image très graphique – et hautement symbolique – d’un César bicéphale, le temps d’une séquence où, émule du dieu Janus, il porte deux visages : le sien, défiguré via un incroyable maquillage signé Colin Arthur, et un masque en plastique qu’il porte à l’arrière de la tête. Plus tard, dans le miroir des toilettes, il en voit un troisième : le sien avant l’accident. Trois visages, mais lequel est le vrai ? N’est-ce pas une autre manière pour le réalisateur de nous faire comprendre que son intrigue est à tiroirs ? Que chaque couche du récit en abrite une autre, comme une série de poupées russes ? Puzzle passionnant et souvent déstabilisant, Ouvre les yeux assoit définitivement Alejandro Amenabar comme un cinéaste à suivre de près et fera l’objet d’un remake américain réalisé en 2001 par Cameron Crowe, Vanilla Sky.  

 

© Gilles Penso


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STARDUST (2007)

Le futur réalisateur de Kick-Ass, X-Men le commencement et Kingsman nous offre un conte de fées jubilatoire et décalé…

STARDUST

 

2007 – USA / GB

 

Réalisé par Matthew Vaughn

 

Avec Charlie Cox, Claire Danes, Michelle Pfeiffer, Robert de Niro, Mark Strong

 

THEMA CONTES

C’est au célèbre romancier Neil Gaiman que nous devons la bande-dessinée « Stardust », illustrée par Charles Vess et publiée par DC Comics en 1997. Sous l’impulsion de l’éditeur Avon, Gaiman réadapte son récit pour en faire un roman sans dessin qui paraît deux ans plus tard. Le cinéma s’intéresse bientôt à cette histoire, mais la transformation de « Stardust » en scénario n’est pas simple. Le traitement qu’écrit Ehren Kruger pour Bob Weinstein déplaît à l’écrivain qui récupère ses droits. Plus tard, c’est le réalisateur Terry Gilliam qui s’y intéresse, pour finalement se désister afin de partir réaliser Les Frères Grimm. Matthew Vaughn est le suivant sur la liste. Ce dernier est un producteur à succès (Arnaques crimes et botaniques, Snatch, À la dérive) qui vient de passer à la réalisation à l’occasion de Layer Cake. Stardust sera son second long-métrage. Épaulé par la co-scénariste Jane Goodman, que lui recommande Gaiman lui-même, Vaughn envisage Stardust comme une sorte de mixage étrange entre Princess Bride et Midnight Run. Doté d’un budget d’environ 80 millions de dollars et d’un casting mêlant les jeunes talents (Charlie Cox, Claire Danes) et quelques anciennes superstars sur le retour (Michelle Pfeiffer, Robert de Niro), le futur réalisateur de Kick-Ass et X-Men le commencement se fait plaisir… et nous fait plaisir par la même occasion.

Nous sommes dans l’Angleterre du 19ème siècle. Un grand mur a été édifié pour séparer le monde des humains et le royaume magique de Stormhold. Un jour, le villageois Dunstan Thorn (Ben Barnes) parvient à tromper la vigilance du gardien du mur et passe une nuit à Stormhold, où il rencontre la jeune esclave d’une sorcière (Kate Magowan) dont il s’éprend. De leur union naît Tristan. Dix-huit ans plus tard, ce dernier (Charlie Cox) semble avoir hérité du caractère intrépide de son père. Il promet en effet à sa bien-aimée de lui ramener une étoile tombée du ciel qu’ils ont vu chuter au-delà du mur. Or l’étoile a l’apparence d’une jeune fille, Yvaine (Claire Danes), qui est fort belle mais bien peu disposée à suivre Tristan jusque dans son village. Ce dernier l’oblige à la suivre en l’enchaînant, sans se douter que son parcours sera semé d’embûches…

Une étoile est née

La réussite de Stardust repose d’abord sur son casting impeccable. Charlie Cox (futur Daredevil) est parfait en jeune héros fougueux et naïf, tout comme Claire Danes en étoile candide tombée du ciel. Michelle Pfeiffer excelle en sorcière vile et hypocrite qui, chaque fois qu’elle utilise ses pouvoirs, voit sa peau vieillir (ce qui nous rappelle le sort réservé au sorcier du Voyage fantastique de Sinbad). Quant à Robert de Niro, il se révèle truculent en faux pirate patibulaire à la tête d’un équipage de voleurs de foudre dans son navire volant. D’autres visages familiers égaient le film de leur présence, comme Henry Cavill, Peter O’Toole, Mark Strong, Jason Flemyng, Ricky Gervais ou Rupert Everett (sans compter Ian McKellen qui assure la voix off du narrateur). Dans ce monde médiéval fantaisiste où l’égoïsme et la cupidité sont monnaie courante, les jeunes héros s’affirment comme les seuls personnages vraiment positifs. Quelques visions insolites ponctuent le métrage, notamment ces frères encore vivants qui traînent avec eux tous les fantômes des frères défunts, apparaissant dans l’état dans lequel ils ont été tués (façon Beetlejuice). Si la qualité des effets visuels est inégale, le film reste visuellement très audacieux, multipliant les idées de mise en scène étonnantes et dégageant même par moments une indéniable poésie, comme lorsqu’Yvaine scintille en proie à des émotions un peu plus fortes que les autres. Le film ne se départit jamais vraiment de ce second degré un peu insolent qui semble être l’apanage de son réalisateur, sans pour autant céder aux facilités du cynisme. Stardust est donc le fruit d’un mélange fragile et délicat à l’équilibre presque miraculeux.

 

© Gilles Penso


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PEGGY SUE S’EST MARIÉE (1986)

Francis Ford Coppola plonge Kathleen Turner et Nicolas Cage dans un voyage dans le temps romantique et nostalgique…

PEGGY SUE GOT MARRIED

 

1986 – USA

 

Réalisé par Francis Ford Coppola

 

Avec Kathleen Turner, Nicolas Cage, Catherine Hicks, Barry Miller, Jim Carrey, Joan Allen, Barbara Harris, Don Murray, Leon Ames

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS

Peggy Sue s’est mariée est passé entre plusieurs mains avant de connaître sa forme définitive. Mari et femme à la ville, Jerry Leichtling et Arlene Sarner sont les auteurs du scénario, dont le titre se réfère à un standard du rock vintage écrit par Buddy Holly en 1959. La première actrice envisagée pour le rôle principal est Debra Winger (Officier et gentleman). Jonathan Demme est choisi pour réaliser le film, mais il ne parvient pas à s’entendre avec les scénaristes et quitte la production, tout comme Penny Marshall qui rend à son tour son tablier. Ce double départ marque aussi celui de Debra Winger. Il faut donc tout reprendre à zéro. Les producteurs tentent alors leur chance auprès de Francis Ford Coppola, qui est remonté en selle en dirigeant Outsiders, Rusty James et Cotton Club après l’échec retentissant de Coup de cœur. Coppola accepte et Peggy Sue s’est mariée repart sur les chapeaux de roue. Le cinéaste propose le rôle-titre à Kathleen Turner et embauche deux membres de sa propre famille pour jouer à ses côtés : sa fille Sofia Coppola dans le rôle de la petite sœur chipie de Peggy Sue et son neveu Nicolas Cage sous la défroque du rocker Charlie. D’autres visages familiers et encore tout jeunes apparaissent au détour du casting, notamment Jim Carrey et Helen Hunt.

La traversée du miroir que vit l’héroïne de Peggy Sue s’est mariée s’annonce dès les premières secondes du film, le temps d’un plan anodin et naturaliste qui se révèle pourtant totalement artificiel. Sur l’écran d’un téléviseur des années 80, Nicolas Cage s’agite pour vanter les mérites d’un matériel électro-ménager dans un spot publicitaire caricatural. La caméra recule pour nous révéler sa fille (Helen Hunt) en train de glousser, puis son épouse blasée (Kathleen Turner) qui se maquille face à une grande glace. Pour obtenir ce plan sans que la caméra et l’équipe technique ne se reflètent dans le miroir, Coppola utilise un subterfuge habile : il n’y a pas de miroir et une doublure de dos imite tous les gestes de Turner de face. Nous sommes déjà dans un trucage, révélé par l’inévitable décalage de quelques secondes entre les gestes de l’une et de l’autre. Le cinéaste – connu pour son perfectionnisme – sait sans doute que son illusion n’est pas parfaite. Mais le réel et l’imaginaire sont justement sur le point de s’entrechoquer. Peggy Sue se rend un peu à contrecœur à une fête organisée pour réunir les anciens élèves du lycée Buchanan. Elle n’a pas le cœur à la fête, car le couple idéal qu’elle formait avec Charlie (Cage) est en train de se désagréger. Au cœur de la soirée, elle est prise d’un malaise… et se retrouve propulsée soudain vingt-cinq ans dans le passé, en 1960.

« Le temps est exactement comme un burrito »

Inscrit dans une tendance nostalgique sur laquelle avait surfé avec le succès que l’on sait Retour vers le futur l’année précédente, Peggy Sue s’est mariée n’entre pas pour autant dans la même catégorie que le hit de Robert Zemeckis. Les partis pris de Coppola tournent le dos à la science-fiction classique au profit du romantisme et de la poésie. Le saut temporel est ici provoqué sans recours au moindre accessoire technique ou scientifique, comme dans Quelque part dans le temps de Jeannot Szwarc, les deux films bénéficiant d’une bande originale mélancolique signée John Barry. Cette approche a le mérite d’être originale. Revers de la médaille, la suspension d’incrédulité du spectateur est entravée par le comportement de Peggy Sue, qui s’adapte bien vite à cette situation insolite et l’intègre naturellement. Personne pourtant ne réagirait aussi bien face à ce voyage dans le temps que rien n’explique. Les exubérances de Nicolas Cage, affublé d’une banane blonde de rocker, de fausses dents et d’une voix de toon, n’aident pas non plus à la crédibilité de l’ensemble. Mais pour peu qu’on laisse sa rationalité au placard, il n’est pas difficile de se laisser porter par le charme du film, qui se contente d’une analogie culinaire pour justifier son argument fantastique (« le temps est exactement comme un burrito, en cela qu’un bord peut, en se repliant sur lui-même, venir s’ajuster et effleurer l’autre bord ») et s’affirme surtout comme une réflexion sur le destin et la possibilité de s’accorder une seconde chance.

 

© Gilles Penso


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SUR UN ARBRE PERCHÉ (1971)

Un huis-clos à flanc de falaise où l’automobiliste Louis de Funès et deux autostoppeurs risquent à tout moment de tomber dans le vide…

SUR UN ARBRE PERCHÉ

 

1971 – FRANCE

 

Réalisé par Serge Korber

 

Avec Louis de Funès, Géraldine Chaplin, Olivier de Funès, Alice Sapritch, Danielle Durou, Hans Meyer, Fernand Berset, Daniel Bellus, Jean-Jacques Delbo

 

THEMA CATASTROPHE

Alors qu’il travaille avec Serge Korber sur L’Homme-orchestre, une comédie gorgée de numéros musicaux qui lui permet d’exploiter avec brio ses dons de pantomime et d’offrir à son propre fils Olivier un rôle en tête d’affiche, Louis de Funès demande au cinéaste quel sera son prochain film. Korber lui parle alors d’un projet ambitieux nommé L’Accident. Il s’agit d’un film catastrophe d’un genre particulier, puisque c’est un huis-clos mettant en scène un couple coincé dans une voiture en équilibre à flanc de falaise. Les deux protagonistes menacés à tout moment d’être précipités dans le vide seront incarnés par Yves Montand et Annie Girardot, qui ont donné leur accord. De Funès adore l’idée et se dit que la situation décrite dans le scénario serait le support idéal d’une comédie originale. Face à son enthousiasme, Serge Korber revoit sa copie avec le scénariste Pierre Roustang et le dialoguiste Jean Halain. Exit Montand et Girardot (pourtant au faîte de leur gloire à l’époque), place à Louis de Funès. Ironiquement, les deux acteurs donneront ensuite la réplique à la superstar comique dans deux films ultérieurs, respectivement La Folie des grandeurs et La Zizanie. Grâce au nom de De Funès, véritable sésame, la production de Sur un arbre perché se monte rapidement.

 

De Funès incarne l’un de ces petits bourgeois antipathiques dont il raffole (affublé d’une perruque improbable), en l’occurrence le promoteur français Henri Roubier, revenu d’Italie après avoir conclu un accord lui assurant la mainmise sur les autoroutes européennes avec l’un de ses associés. Alors qu’il roule le long de la Méditerranée, Roubier embarque un jeune auto-stoppeur (Olivier de Funès) et une ravissante jeune femme en difficulté (Géraldine Chaplin). Les deux passagers le contraignent à faire un détour par Cassis, ce qui ne l’arrange guère. Alors que la nuit tombe et qu’il est exaspéré par ses deux passagers, Roubier manque un virage et son véhicule chute dans le vide au-dessus d’un précipice. L’automobile et ses occupants se retrouvent miraculeusement perchés sur un pin parasol accroché à la paroi d’une falaise. Tous trois tentent de se dégager, mais au moindre de leur mouvement, la voiture bouge, menaçant de basculer dans le vide. Leur vie ne semble alors plus tenir qu’à un fil…

Équilibre instable

Porter à l’écran le scénario de Sur un arbre perché représente un défi logistique hors du commun. Une fausse voiture allégée est réellement installée à flanc de montagne, sur un faux pin parasol. Pendant cinq semaines, Korber et son équipe filment tous les plans larges grâce à ce dispositif grandeur nature à l’intérieur duquel s’agitent trois cascadeurs qui doublent les acteurs principaux. Des alpinistes et un hélicoptère sont également sollicités pour ces prises de vue vertigineuses. La suite du tournage se déroule en studio, à l’intérieur d’une voiture montée sur vérins devant une falaise factice reconstituée par le chef décorateur Rido Mondelli. Les gros moyens sont donc à l’œuvre. Mais dès que se met en place le dispositif du film catastrophe, une évidence saute aux yeux du spectateur : Louis de Funès n’est pas dans son élément. Le génial comédien qui, habituellement, saute, gesticule, traverse l’espace avec fougue et transforme son corps en élastique monté sur ressort, se retrouve soudain confiné dans l’espace réduit d’une voiture. Privé de la latitude de jeu qu’il lui faudrait, il est en demi-mesure, face à des compagnons de jeu peu convaincants qui peinent donc à lui donner la réplique. Comme on pouvait le craindre, le public ne répond pas présent. Sur un arbre perché sera l’un des rares flops de Louis de Funès. Il faut tout de même reconnaître au film une audace et une originalité indiscutables. Après le tournage, Olivier de Funès abandonnera définitivement la carrière d’acteur à laquelle le destinait son père pour devenir pilote de ligne.

 

© Gilles Penso

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