X-TRO II, ACTIVITÉS EXTRA-TERRESTRES (1991)

Une fausse suite de X-Tro qui cherche surtout son inspiration du côté d’Alien en donnant la vedette à l’ex-héros de Supercopter

X-TRO II : THE SECOND ENCOUNTER

 

1991 – CANADA

 

Réalisé par Harry Bromley Davenport

 

Avec Jan-Michael Vincent, Paul Koslo, Tara Buckman, Jano Frandsen, Nicholas Lea, W.F. Wadden, Rolf Reynolds, Nic Amoroso, Bob Wilde, Rachel Hayward

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

X-Tro avait défrayé la chronique en son temps, non parce qu’il s’agissait d’un chef d’œuvre de la science-fiction mais parce que son réalisateur Harry Bromley Davenport avait réussi à bricoler avec les moyens du bord – autrement dit un budget extrêmement réduit et un nombre limité d’acteurs et de décors – l’un des films d’extra-terrestres les plus originaux et les plus singuliers de sa génération, à une époque où le thème était pourtant surexposé sur les écrans. Le climat très étrange de X-Tro était d’ailleurs partiellement involontaire, certains des choix forcés de Davenport ayant été interprétés comme des partis-pris artistiques. Toujours est-il que le titre X-Tro fit rêver beaucoup de fantasticophiles, en ces temps reculés où les vidéoclubs exhibaient généreusement des jaquettes alléchantes. Dix ans plus tard, alors qu’il n’est pas parvenu à transformer l’essai et que le besoin d’argent se fait ressentir, le cinéaste se lance un peu à contrecœur dans un X-Tro 2 au titre trompeur qui s’octroie abusivement le statut de séquelle, alors qu’il n’a en fait aucun rapport avec le premier film. Le fait est que Davenport possède alors les droits du nom « X-Tro » mais pas ceux de l’histoire ni des personnages. Il demande alors à un quatuor de scénaristes (Edward Kovach, Robert Smith, Stephen Lister et John A. Curtis) d’imaginer un nouveau récit, histoire de capitaliser sur un titre dont l’éclat brille encore un peu.

Le docteur Alex Summerfield (Paul Koslo) travaille dans un laboratoire souterrain, le Nexus, entièrement contrôlé par ordinateur, pour se livrer à des expériences top secrètes sur la téléportation. Il envoie trois volontaires dans une autre dimension, sous les yeux du secrétaire américain à la Défense Bob Kenmore (Bob Wilde). Mais l’opération se passe mal. Deux des cobayes meurent et le troisième, Marshall (Tracy Westerholm), ramène dans son ventre un monstre extra-terrestre, ce qui est ballot (et nous rappelle donc vaguement le premier X-Tro). Le docteur Ron Shepherd (Jan Michael Vincent, dans sa période post-Supercopter), contre lequel Summerfield a de sérieux griefs, va tenter de maîtriser la situation. Tout bascule dans la panique et dans l’horreur lorsque le monstre s’échappe de sa prison de chair et sème la mort alentours.…

Le X-Tro de trop…

Si X-Tro II n’a donc aucun lien avec X-Tro, il ressemble presque à la suite d’un film imaginaire, les protagonistes ne cessant de faire allusion à des événements qui les mettent en cause trois ans auparavant. Ces précautions ont-elles été prises pour justifier le « II » accolé au titre ? Peu importe, car le thème de ce film, la téléportation dans un monde parallèle, voit ses prometteuses possibilités gâchées par un plagiat éhonté des deux premiers Alien. Tout y est : le cosmonaute qui ramène un monstre de son expédition, puis la bête qui traverse de l’intérieur la poitrine de l’infortunée victime pour s’échapper dans les conduits, se cacher dans le noir et tuer un à un les membres d’un commando qui se prennent pour Rambo en les chassant dans les sombres corridors… Rarement pillage est allé aussi loin. La créature elle-même, conçue par Charlie Grant et Wayne Dang, est largement inspirée par le travail de Giger. Par conséquent, même lorsque l’action est efficacement rythmée (comme lors de la scène de la chute de l’ascenseur), le terrain est tellement connu que le spectateur refuse de jouer le jeu. Rétrospectivement, Harry Bromley Davenport garde un très mauvais souvenir de cette expérience. « C’est un très mauvais film qui n’est pas du tout une suite », avoue-t-il. « C’était un film horrible avec comme acteur principal un ivrogne, Jan Michael Vincent, qui vagabondait, vomissait et frappait les gens. Il était épouvantable. Il ne devrait plus jamais être employé comme acteur. Il était presque constamment ivre sur le plateau » (1). Les finances venant à manquer, Davenport commettra tout de même un X-Tro III en 1995.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Cinefantastique en novembre 1995

 

© Gilles Penso

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KONGA TNT (2020)

Un petit singe à qui un savant a injecté de l’ADN extra-terrestre se transforme en gorille géant dans ce nanar affligeant aux effets spéciaux… très spéciaux !

KONGA TNT

 

2020 – CANADA

 

Réalisé par Brett Kelly

 

Avec John Migliore, Steve Kasan, Chance Kelly, Jennie Russo, Jordan Randall, Sébastien Godin, Dove Kennedy, Christina Roman, Kim Valentine, Glena Chao

 

THEMA SINGES

En 1960, John Lemont met en scène Konga, une sympathique série B britannique dans laquelle Michael Gough cabotine en diable sous la blouse d’un savant fou qui transforme un petit chimpanzé en gorille géant pour assouvir une sombre vengeance et satisfaire ses besoins les plus primaires. Cette variante délirante autour du motif de King Kong génère un petit culte et donne même naissance à une série de bandes dessinées éditées par Charlton Comics entre 1960 et 1965, dont le premier illustrateur n’est autre que Steve Ditko, futur co-créateur de Spider-Man avec Stan Lee. Profitant que cette BD soit tombée dans le domaine public faute du renouvellement de ses droits, le réalisateur Brett Kelly et le scénariste Trevor Payer décident d’en signer une adaptation à leur sauce. « Librement inspiré des comic books Konga de Charlton Comics, dans le domaine public », peut-on ainsi lire dans le générique de Konga TNT. Voici donc l’adaptation de l’adaptation de Konga. Tout un programme ! Le fait que Kelly et Prayer n’aient aucun budget à leur disposition – et visiblement pas le moindre talent dans la confection de films dignes de ce nom – ne semble pas les stopper le moins du monde dans leur élan, hélas…

Qu’apprend-on dans Konga TNT ? Que le général Mills (John Migliore, qui joue comme une savate et en fait des tonnes face à une caméra le filmant pendant de longues et interminables minutes en train d’improviser ses tirades), le général Mills, donc, mène des recherches sur les formes de vies extra-terrestres. Un OVNI s’étant crashé au beau milieu de la jungle sauvage (donc dans un jardin public dont la caméra ne cherche même pas à cacher les grilles), une équipe de spécialistes est dépêchée sur place, autrement dit un Indiana Jones du pauvre et sa co-équipière. Tous deux tombent entre les griffes d’une peuplade de sauvageonnes en peaux de bêtes qui jouent à la balle en gloussant et obéissent à une reine qui se prend pour Martine Beswick. Celle-ci porte un pendentif fait à partir de la source d’énergie extra-terrestre. Notre Indy le récupère habilement (suite à une manœuvre de séduction très embarrassante), ce qui permet au professeur Mills (John Migliore toujours, aussi pénible en savant qu’en général) de créer un sérum qu’il injecte à un petit singe. Or celui-ci s’échappe et subit une étrange mutation…

Complètement Kong

Il est toujours embarrassant de regarder un film qui essaie de nous faire rire et de ne pas décrocher le moindre sourire. D’autant que dans le cas de Konga TNT, on ne comprend même pas ce qui est censé être comique… Bien sûr, la mise en forme de ce long-métrage navrant, aux allures de film de vacances tourné avec un caméscope, n’incite pas à l’indulgence. Ni ses décors plus laids les uns que les autres (le placard à balais qu’on essaie de nous faire passer pour un laboratoire secret, des trottoirs mornes et des parcs sinistres). Ni bien sûr les acteurs qui rivalisent d’amateurisme. Au bout d’un quart d’heure paraît enfin le singe, autrement dit une petite peluche avec laquelle jouent deux enfants mignons tout pleins. Lorsque le primate décide d’un seul coup de grandir pour atteindre la taille de King Kong, la peluche est remplacée par un acteur (John Migliore, encore lui !) qui s’agite devant un fond bleu dans un costume de gorille, affronte des stock-shots d’avion et détruit des immeubles numériques. Le plus incroyable dans tout ça ? Le fait que ce machin incroyablement mal-fichu ait été commercialisé comme s’il s’agissait d’un vrai film, non seulement en DVD et en Blu-Ray mais aussi en streaming ! Le seul véritable intérêt de ce Konga TNT aura finalement été de donner au Konga de 1960 les allures d’un chef d’œuvre impérissable.

 

© Gilles Penso


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L’EXORCISTE – DÉVOTION (2023)

Cinquante ans après le classique de William Friedkin, le réalisateur d’Halloween version 2018 en signe une suite tardive…

THE EXORCIST : BELIEVER

 

2023 – USA

 

Réalisé par David Gordon Green

 

Avec Leslie Odom Jr, Ann Dowd, Jennifer Nettles, Norbert Leo Butz, Lidya Jewett, Olivia O’Neill, Ellen Burstyn, Okwui Okpokwasili, Raphael Sbarge

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I ENFANTS I SAGA L’EXORCISTE

David Gordon Green ne serait-il plus bon qu’à s’emparer des créations des autres pour en tirer des suites/remakes à sa sauce ? Après avoir pris la relève de John Carpenter pour revisiter la saga Halloween, le voilà maintenant sur les traces de William Friedkin. Le projet de L’Exorciste – Dévotion ressemble d’abord à une opération marketing qui consiste à profiter du cinquantième anniversaire de la sortie du premier Exorciste pour en proposer une suite directe, située plusieurs décennies après les événements racontés en 1973, tout en ignorant ouvertement Exorciste II : l’hérétique, L’Exorciste : la suite, L’Exorciste : au commencement et la série L’Exorciste créée par Jeremy Slater. La démarche est donc très proche de celle de l’Halloween de 2018 qui, lui aussi, jouait la double carte de la date anniversaire et de l’effacement des épisodes intermédiaires. Autre point commun : initier une nouvelle trilogie dont L’Exorciste : Dévotion serait le premier volet. Flairant là l’opération juteuse, le studio Universal s’associe à la compagnie Peacock pour faire l’acquisition des droits de distribution de la franchise. Coût de l’opération ? 400 millions de dollars. Reste-t-il une quelconque intention artistique derrière ces tractations financières et commerciales ? C’est ce que les spectateurs sont naturellement en droit d’espérer.

Le prologue de L’Exorciste – Dévotion se situe à Haïti. Le photographe Victor Fielding (Leslie Odom Jr.) et sa femme enceinte Sorenne (Tracey Graves), bénie par des praticiens vaudou, sont en lune de miel. L’atmosphère est festive mais un peu étrange, signe avant-coureur d’une catastrophe imminente. Celle-ci survient lorsqu’un violent tremblement de terre s’abat sur le pays. Gravement blessée, Sorenne gît sous les décombres. Paniqué, Victor se retrouve face à un dilemme. Les secours lui annoncent en effet qu’il doit choisir entre sauver sa femme ou son enfant à naître. Le destin semble choisir pour lui. Victor en perd la foi et élève désormais seul sa fille Angela (Lidya Jewett) en Géorgie. Tous deux vivent depuis treize ans selon une routine tranquille et paisible qui s’apprête bientôt à voler en éclats…

Double possession

L’Exorciste – Dévotion ne se raccorde avec le premier Exorciste qu’à mi-parcours, marquant cette connexion par une réinterprétation musicale du fameux « Tubular Bells » de Mike Oldfield. Mais le raccord est ténu, très artificiel, et pourrait honnêtement être supprimé sans beaucoup altérer le cours de l’intrigue. Seulement voilà : le film ne pourrait alors pas s’appuyer sur la franchise née en 1973 et passerait totalement inaperçu. En effet, cette histoire de possession diabolique n’a rien de particulièrement palpitant et se contente bien souvent d’aligner les lieux communs du genre, malgré quelques tentatives pour varier les plaisirs (la possession se dédouble, les rites païens se mêlent aux pratiques catholiques). Par ailleurs, David Gordon Green gère ses cadrages d’une manière curieuse, comme s’il ne savait jamais exactement quoi placer devant sa caméra. Ses plans sont indécis, hésitants, incapables de se focaliser sur les visages et les regards, leur caractère faussement dynamique s’efforçant manifestement de masquer un problème plus vaste : une totale absence de point de vue. Restent des acteurs très investis dans leurs rôles (adultes comme enfants) et quelques scènes d’inconfort qui jouent habilement avec le sentiment d’un malaise omniprésent mais indicible. C’est peu, mais il faudra s’en contenter. Autant dire que nous attendrons les deux épisodes suivants avec beaucoup de patience.

 

© Gilles Penso

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LA MORT PREND DES VACANCES (1934)

Incapable de comprendre pourquoi les humains ont peur d’elle, la Mort décide de se mêler à eux et d’étudier leur comportement…

DEATH TAKES A HOLIDAY

 

1934 – USA

 

Réalisé par Mitchell Leisen

 

Avec Frederic March, Evelyn Venable, Guy Standing, Katharine Alexander, Gail Patrick, Helen Westley, Kent Taylor, Kathleen Howard, Henry Travers

 

THEMA MORT

Écrite en 1924 par l’auteur italien Alberto Casella, la pièce « La Morte in vacanza » est adaptée pour la scène américaine en 1929 par Walter Ferris et triomphe à Broadway jusqu’en été 1930. Hollywood s’empare à son tour de cette histoire à mi-chemin entre le conte fantastique et la comédie romantique, par l’entremise du réalisateur Mitchell Leisen (L’Aventure d’une nuit, Par la porte d’or, La Mère du marié) et du duo de scénaristes Maxwell Anderson (À l’Oust rien de nouveau) et Gladys Lehman (Le Torrent de glace). Le postulat de la pièce – et donc du film – ne manque pas de sel : se demandant pourquoi les gens la craignent, la mort décide de se joindre à un groupe d’humains pendant trois jours, espérant ainsi trouver une réponse. La première apparition de la Camarde est une évocation surréaliste inquiétante, combinant des maquettes et des effets optiques supervisés par le vétéran Gordon Jennings. On y voit une ombre étrange qui s’insère entre deux voitures sur une route de montage. La Mort prend ensuite ses atours classiques d’être encapuchonné translucide et révèle son identité au duc Lambert (Guy Sranding). Tous deux passent un accord, selon lequel la Faucheuse se fera passer pour le prince Sirki, un hôte du duc. Dès lors, c’est Frédéric March (inoubliable héros à deux visages du Docteur et Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian) qui incarne la mort.

March incarne à merveille cette créature surnaturelle qui s’efforce d’avoir l’air humaine sans trop savoir comment s’y prendre. La démarche rigide, un monocle vissé sur l’œil droit, ce faux prince aborde sans cesse des sujets un peu morbides avec un détachement qui ne cesse de surprendre les autres convives. La plupart attribuent ce comportement au fait qu’il soit étranger, issu d’une culture différente. Mais seuls les spectateurs – et le duc – sont en mesure d’apprécier pleinement le double sens de chacun de ses propos. « Qui est ce prince ? » s’interroge l’une des invitées. « Il nous attire et nous effraie tant », ignorant qu’elle n’est pas loin de percer son secret. « Je suis une menace, une ombre, une errance » affirme Sirki lui-même pour se définir, subissant une véritable crise d’identité. « Je croyais la revêtir comme un vêtement et l’enlever aussi facilement » dit-il au duc en parlant de son enveloppe charnelle provisoire. Mais en effleurant les plaisirs de la chair, il est troublé, forcément. Et tandis qu’il s’initie à l’amour, plus personne ne décède sur Terre…

Le prince des ténèbres

Les dialogues brillants et l’interprétation impeccable du film sont ses atouts les plus forts. On en oublierait presque l’ultra-classicisme de la mise en scène très théâtrale de Mitchell Leisen et l’omniprésence de sa musique (puisant régulièrement dans le répertoire classique) qui a tendance à faire office de remplissage au lieu de participer pleinement à la narration. Il n’empêche que La Mort prend des vacances est un film d’une folle élégance distillant un délicieux charme suranné. Il faut aussi saluer l’impeccable direction artistique, qui nous rappelle que le réalisateur a commencé à Hollywood comme chef costumier. Le dernier acte s’appuie sur un suspense particulièrement efficace, lié à la décision que s’apprête à prendre Grazia (Evelyn Venable), la fiancée du fils du duc dont la Mort s’est éprise, tandis que le compte à rebours vers minuit s’écoule à toute allure. Va-t-elle rester parmi les siens ou accompagner le prince jusque dans son lointain royaume ? Connu également en France sous le titre Trois jours chez les vivants, Le Défunt récalcitrant fera l’objet d’un très beau remake en 1998 réalisé par Martin Brest sous le titre Rencontre avec Joe Black. Brad Pitt y reprend le rôle de la Mort et Anthony Hopkins celui du duc.

 

© Gilles Penso

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SAW X (2023)

Le redoutable John Kramer est de retour dans cet épisode flash-back qui se situe entre les deux premiers opus de la sanglante saga…

SAW X

 

2023 – USA

 

Réalisé par Kevin Greutert

 

Avec Tobin Bell, Shawnee Smith, Synnøve Macody Lund, Steven Brand, Renata Vaca, Joshua Okamoto, Octavio Hinojosa, Paulette Hernandez, Jorge Briseño

 

THEMA TUEURS I SAGA SAW

Jigsaw et Sirale n’ayant pas particulièrement convaincu le public, malgré les efforts de Lionsgate pour faire croire que la saga Saw prenait une nouvelle dimension en sollicitant de nouveaux metteurs en scène (les frères Spierig) et quelques têtes d’affiche (Chris Rock, Samuel L. Jackson), le studio décide de revenir aux bonnes vieilles recettes et de rappeler derrière la caméra le réalisateur de Saw 6 (dont on ne vantera jamais assez la merveilleuse sonorité du titre) et d’un Saw chapitre final au titre aussi mensonger que celui de Vendredi 13 chapitre final. Pour que le retour aux sources soit complet, pourquoi ne pas solliciter l’acteur vedette de la franchise, autrement dit Tobin Bell ? Petit problème : son personnage est mort depuis le troisième épisode. Greutert et ses scénaristes Pete Goldfinger et Josh Stolberg jouent donc la carte de la prequel. Saw X se situe ainsi chronologiquement entre Saw et Saw 2. Pourquoi pas ? Après tout, cette saga ne cesse de bousculer sa propre chronologie en truffant ses épisodes de flash-backs révélateurs. Mais Tobin Bell a désormais 81 ans. Essayer de faire croire aux spectateurs qu’il en a vingt de moins (pour assurer la continuité avec le premier Saw) nécessite de leur part une sacrée suspension d’incrédulité.

Contre toute attente, Saw X démarre tout en douceur, presque à pas feutrés. L’intrigue prend son temps, avance tranquillement, sur un rythme auquel les films précédents ne nous ont pas habitué. C’est plutôt bon signe, témoignage d’une envie manifeste de casser les habitudes. Nous avons certes droit à une scène de piège/torture assez tôt dans le métrage, mais c’est un prétexte quasiment assumé comme tel, une manière de dire au public : « Ne vous inquiétez pas, vous êtes bien dans Saw, soyez patients. » Le scénario s’intéresse à la lutte de John Kramer contre le cancer qui le ronge et à ses maigres espoirs de guérison qui n’entament pas pour autant ses penchants naturels pour une justice expéditive, cruelle et sophistiquée. À une femme médecin qui l’interroge sur ses hobbies, il répond : « J’aide les gens à surmonter leurs obstacles intérieurs, à apporter des changements positifs dans leur vie. » La réplique fait rire au second degré, mais elle reflète bien l’état d’esprit de Kramer, persuadé que ses exactions sanglantes sont bien fondées. Notre homme a un code d’honneur et s’y tient.

« Ce n’est pas un châtiment, c’est un réveil »

Cette entame laisse planer beaucoup d’espoirs, qui s’envolent malheureusement à mi-parcours du film. Car lorsque l’intrigue se met enfin en place, la saga retrouve ses travers, ses raccourcis scénaristiques habituels et ses incohérences qu’il nous faut accepter sans sourciller malgré bon nombre d’énormités. La routine se réinstalle donc, véhiculant un fâcheux effet de déjà vu (depuis vingt ans que dure la saga, la mécanique commence à gripper sérieusement), d’autant que les pièges nous semblent moins inventifs que d’habitude, comme si les scénaristes eux-mêmes n’y croyaient plus, comme si Greutert commençait à se lasser de faire tourner frénétiquement sa caméra autour des victimes hurlante en surchargeant sa bande son de bruitages stridents et de musique agressive. C’est d’autant plus dommage que Tobin Bell campe un Jigsaw plus attachant et plus humain qu’à l’accoutumée, se muant en véritable héros du film, même si ses méthodes n’ont rien perdu de leur mordant. « Ce n’est pas un châtiment, c’est un réveil » dit-il à ses captifs. Pour nous, en revanche, c’est la lassitude qui finit par prendre le pas.

 

© Gilles Penso

 

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LE MONSTRE AUX YEUX VERTS (1962)

Un alien au squelette métallique, au regard hypnotisant et au contact mortel imite les humains pour préparer la conquête de la Terre…

I PIANETI CONTRA DI NOI

 

1962 – ITALIE / FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Romano Ferrara

 

Avec Michel Lemoine, Jany Clair, Peter Dane, Marco Guglielmi, Maria Pia Luzi, Otello Toso, Piero Palermini, Jacopo Tecchi, Osvaldo Ruggieri, Adriano Micantoni

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Co-production entre l’Italie, la France et l’Allemagne, Le Monstre aux yeux verts (dont le titre italien pourrait se traduire par « Les planètes contre nous ») est le premier long-métrage de Romano Ferrara, dont la modeste carrière de réalisateur n’a rien d’exceptionnel, si l’on excepte peut-être la sympathique aventure exotique Gungala, la vierge de la jungle. Co-écrite par Ferrara et Piero Pieriotti (Le Retour de Robin des Bois, La Ruée des Vikings), cette étrange fable de science-fiction s’inspire d’un roman de Massimo Rendina, surtout connu pour ses articles dans la presse italienne et pour ses engagements politiques antifascistes. Lorsque le film commence, l’avion qui transportait le professeur Landersen, spécialiste de l’atome, et son fils Robert s’écrase dans le désert du Sahara, ne laissant aucun survivant. Parallèlement, des vols spatiaux américains et soviétiques sont sabotés par une force mystérieuse et un homme inconnu est vu simultanément en plusieurs endroits éloignés de nombreux kilomètres. Fait encore plus surprenant : cet homme a les mêmes traits que le défunt Robert Landersen. En réalité, il s’agit d’un cyborg extra-terrestre au squelette métallique ayant imité des traits humains pour mieux s’intégrer parmi les habitants et fomenter de l’intérieur un complot d’outre-espace…

Dans le rôle de l’envahisseur (« Branco » pour les intimes), Michel Lemoine assure une présence physique troublante à souhait, figeant ses traits et son regard clair (qu’on imagine vert si l’on se réfère au titre français du film) aux vertus hypnotisantes, tandis que ses doigts métalliques ont le redoutable pouvoir de tuer les humains par simple contact, ce qui a pour effet de provoquer une décomposition accélérée. À ce titre, la mort d’Audrey (Jany Clair), l’une des nombreuses femmes qui se laisse séduire par le bel alien, est mémorable : dans une succession de fondus enchaînés rapides, elle se mue en squelette puis disparaît. Dans le même esprit, on retiendra la scène finale dans laquelle le corps du cyborg, par le biais de l’animation image par image, retourne à l’état de squelette métallique. Au cours d’une ultime poursuite en voiture, son visage tombe en morceaux avant qu’il ne disparaisse complètement, détruit par un rayon en provenance d’une soucoupe volante. Ladite soucoupe apparaît dans un premier temps en ombre chinoise, au moment où elle abat un avion, puis affirme sa véritable nature : un jouet en plastique suspendu par un fil bien visible. Car les effets spéciaux du film ne sont clairement pas son point fort.

Ils sont parmi nous…

Le Monstre aux yeux verts est un film qui déborde de maladresse, malgré son point de départ intriguant et son approche surprenante de l’invasion extra-terrestre (pour une fois les envahisseurs ne s’immiscent pas dans le corps des humains pour leur faire perdre leur personnalité, façon L’Invasion des profanateurs de sépultures, mais sont des êtres métalliques qui se fabriquent un corps et un visage à leur image). Les dialogues enfantins et le jeu très approximatif des comédiens jouent beaucoup en défaveur du film, provoquant souvent des rires absolument pas voulus par les auteurs. Il y avait certes en filigrane de ce scénario bancal un intéressant message écologique et anti-atomique. Mais il est noyé dans la masse des balourdises à répétitions du film. L’autre problème majeur du Monstre aux yeux verts est l’absence de personnages auxquels le spectateur pourrait s’identifier. Ni Branco, ni les femmes qui se laissent charmer par lui, ni les scientifiques ne remplissent ce rôle indispensable de protagoniste. Le film se regarde donc d’un œil très distrait. On note tout de même un épilogue savoureux, au cours duquel un savant américain affirme que d’autres extra-terrestres vivent cachés parmi nous en se tournant vers les spectateurs d’un œil accusateur…

 

© Gilles Penso


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LES DIX COMMANDEMENTS (1923)

Cecil B. De Mille porte à l’écran les épisodes les plus spectaculaires de l’Exode et montre leurs répercussions sur le monde moderne…

THE TEN COMMANDMENTS

 

1923 – USA

 

Réalisé par Cecil B. De Mille

 

Avec Theodore Roberts, Charles De Roche, Estelle Taylor, Julia Faye, Pat Moore, James Neill, Lawson Butt, Clarence Burton, Noble Johnson, Edythe Chapman

 

THEMA DIEU, LA BIBLE ET LES ANGES

Si tout le monde connaît Les Dix Commandements que réalisa en 1956 Cecil B. De Mille, avec Charlton Heston sous la barbe de Moïse et Yul Brynner dans la peau de Ramsès, moins nombreux sont les spectateurs familiers avec la version de 1923. Loin d’être un simple « brouillon » de la superproduction colorée passée à la postérité, son prédécesseur muet a ceci d’étonnant qu’il n’obéit pas à une structure narrative classique. La première partie résume certes le célèbre épisode de l’Exode narré dans l’Ancien Testament, avec son lot de tableaux dantesques dignes de Gustave Doré, de miracles divins, de décors gigantesques, de figuration vertigineuse et d’effets spéciaux audacieux. Mais à mi-parcours, le film change brutalement de cap pour s’intéresser à une poignée de personnages de l’Amérique des années 1920, afin d’étudier l’impact des commandements inscrits sur les tables de la loi dans le monde moderne. Ce parti-pris singulier est choisi d’un commun accord par Cecil B. De Mille et sa scénariste Jeanie MacPherson, qui envisagèrent dans un premier temps un film « à épisodes » avant d’opter par cette franche scission en deux parties : le prologue biblique et le récit contemporain.

C’est dans les dunes de Guadalupe-Nipomo, au nord de Santa Barbara, que Cecil B. De Mille s’installe avec son équipe pour reconstituer l’Égypte de l’antiquité. Comment ne pas s’émerveiller face à ces statues, ces monuments, ces pyramides et ces sphinx que le cinéaste fait construire grandeur nature pour qu’ils jaillissent avec panache à l’écran ? Certaines séquences sont d’autant plus impressionnantes qu’on les sait dénuées d’effets spéciaux et dont on imagine sans mal la complexité de mise en œuvre. Des milliers de figurants se déploient à grande échelle pour figurer la sortie du peuple hébreu hors d’Égypte, la traversée du désert ou encore la cavalcade des chariots menées par Ramsès. Les trucages entrent en jeu pour visualiser les colonnes de feu qui se dressent devant les Égyptiens, les éclairs divins qui traversent les cieux et bien sûr l’ouverture de la mer Rouge (un effet spectaculaire à base de caches et de prises de vues en bassin, qui sera réutilisé presque à l’identique dans la version de 1956). Chacun des dix commandements apparaît dans le ciel en lettres de feu, au milieu d’explosions incandescentes. Le film prend le temps de tous les montrer, décrivant en parallèle la fabrication et l’adoration du veau d’or par un peuple ayant perdu la foi. Dans cette version abrégée de l’Exode, ramassée sur 50 minutes, le scénario évacue volontairement de nombreux épisodes. C’est un Moïse monocorde que décrit le film. Jamais en proie au doute, prolongement humain de la voix et des agissements de Dieu, il adopte dès le début du métrage son look de vieux sage chenu et barbu. Nous ne le voyons jamais enfant, ni jeune, pas plus que l’on ne s’intéresse à ses liens fraternels avec le Pharaon.

Grandiose et moralisateur

Si le récit est si simplifié, ce n’est évidemment pas par paresse scénaristique mais parce que tout ce que nous venons de voir est une vision schématique de l’Ancien Testament, décryptée par une femme bigote qui intervient dans la suite du film. Ce second acte s’intéresse en effet à quatre personnages du monde contemporain et à leurs rapports contradictoires aux dix commandements : la mère étroite d’esprit qui tient à les respecter à la lettre en restant accrochée à sa bible comme à une bouée de sauvetage, le fils qui y croit mais fait preuve de tolérance, son frère qui affirme fièrement son athéisme et l’épouse de ce dernier qui n’a aucune opinion particulière à leur propos. Autour de ce quatuor s’installe une dynamique intéressante, faite de discordes, de mélodrames et de tragédies, avec pour point d’orgue une catastrophe aux répercussions bibliques et une morale qui s’énonce clairement en ces termes : « Si tu brises les dix commandements, ce sont eux qui te briseront. » Très – trop ? – moralisateur, ce film sera le plus gros succès de l’année 1923, poussant Cecil B. De Mille à se lancer dans deux autres films bibliques : Le Roi des rois en 1927 et Le Signe de la croix en 1932.

 

© Gilles Penso

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DRACULA (2006)

Cette relecture télévisée du célèbre mythe cache derrière son apparente fidélité au texte de Stoker quelques écarts surprenants…

DRACULA

 

2006 – GB

 

Réalisé par Bill Eagles

 

Avec Marc Warren, Dan Stevens, Stephanie Leonidas, Tom Burke, Sophia Myles, David Suchet, Rafe Spall, Donald Sumpter

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Depuis que le cinéma existe ou presque, le comte Dracula tel qu’il fut dépeint par Bram Stoker en 1897 vient régulièrement faire son apparition sur les petits ou les grands écrans du monde entier, comme s’il était naturel que cette créature de la nuit s’invite sans cesse auprès des spectateurs, à la manière d’un animal soumis à un rythme de vie cyclique. Deux ans après l’excessif Van Helsing de Stephen Sommers, six avant la relecture bizarre de Dario Argento, Granada et la BBC initient ainsi une nouvelle variante autour d’un mythe connu. C’est donc pour la télévision qu’est conçu ce Dracula, scénarisé par Stewart Harcourt et réalisé par Bill Eagles. Les deux hommes sont des habitués du petit écran. Harcourt est en effet l’auteur de plusieurs épisodes de Miss Marple et Hercule Poirot et Eagles metteur en scène pour Les Experts, Cold Case et Numb3rs. Mais comment raconter une nouvelle fois une histoire déjà portée des centaines de fois à l’écran tout en s’efforçant de surprendre le public ? S’il refuse de moderniser le mythe pour conserver son cadre historique, le Dracula de 2006 ne cherche pas pour autant la fidélité absolue à sa source littéraire. C’est à un exercice d’équilibre intéressant que se livre donc ce téléfilm.

Nous sommes 1899. Peu après s’être fiancée à Lucy Westenra (Sophia Myles), Lord Arthur Holmwood (Dan Stevens) découvre qu’il est atteint de la syphilis, ce qui est tout de même assez ballot. Non contente de mettre en péril son mariage, cette maladie pourrait bien être fatale (pour lui et pour sa fiancée). En désespoir de cause, il entre en contact avec un groupe occulte, la Fraternité, dirigé par un certain Alfred Singleton (Donald Sumpter). Ce dernier prétend connaître quelqu’un qui peut le soigner, mais rien n’est gratuit en ce bas-monde. Ce quelqu’un, c’est l’énigmatique comte Dracula (Marc Warren) qui vit quelque part dans les montagnes de Transylvanie. Or la meilleure amie de Lucy, Mina Murray (Stephanie Leonidas), est fiancée à l’avocat Jonathan Harker (Rafe Spall) qui est engagé par Holmwood pour vendre plusieurs propriétés à Dracula. Le jeune homme se met donc en route pour la Transylvanie, ignorant bien sûr que l’homme qu’il s’apprête à rencontrer est en réalité un vampire vieux de neuf cents ans.

Maladies honteuses et sociétés secrètes

Le scénario de Stewart Harcourt présente ainsi l’originalité de coller de près au roman de Bram Stoker et à ses péripéties tout en éclairant plusieurs aspects sous un jour inattendu. C’est non sans surprise que nous voyons certains personnages secondaires passer au premier plan ou des problématiques liées à l’époque intégrées effrontément au récit. La syphilis devient ainsi l’élément déclencheur de l’aventure et les sociétés secrètes s’invitent dans l’intrigue. Ces remaniements intéressants font tout le sel de cette nouvelle version. Côté casting, l’élégance et le charisme sont de mise, avec en prime un Abraham Van Helsing campé par le vénérable David Suchet (l’indéboulonnable interprète d’Hercule Poirot dans une série fleuve qui se sera déployée entre 1989 et 2013). Dommage en revanche que le rôle de Dracula ait été confié à Marc Warren qui, malgré son talent, n’a ni la présence physique ni le magnétisme nécessaires pour entrer pleinement dans la peau du personnage. À cette – importante – réserve près, le Dracula de Bill Eagles est à marquer d’une pierre blanche, notamment grâce à son regard « frais » sur une histoire tant de fois contée et à ses écarts audacieux.

 

© Gilles Penso


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DINOSAURES (1991)

Trois enfants se retrouvent propulsés dans un monde fantastique où règnent des dinosaures anthropomorphes…

ADVENTURES IN DINOSAUR CITY

 

1991 – USA

 

Réalisé par Brett R. Thompson

 

Avec Omri Katz, Tiffanie Poston, Shawn Hoffman, Marc Martorana, Tony Doyle, R.A. Mihailoff, Mimi Maynard

 

THEMA DINOSAURES I CINÉMA ET TÉLÉVISION

C’est la société de production Smart Egg Pictures, à qui nous devons notamment les cinq premiers films de la saga Freddy Krueger ou encore Critters, Spaced Invaders et Evil Ed, qui est à l’origine de Dinosaures, second long-métrage de Brett R. Thompson conçu comme un téléfilm destiné à une diffusion sur Disney Channel. Le rôle principal de Dinosaures (Adventures in Dinosaur City dans sa langue originale) est assuré par le jeune Omri Katz, qui jouait John Ross Ewing dans la série fleuve Dallas et que les fantasticophiles allaient retrouver dans Hocus Pocus de Kenny Ortega et Panic sur Florida Beach de Joe Dante. On note aussi une présence plus surprenante : celle de R.A. Mihailoff (le Leatherface de Massacre à la tronçonneuse 3) dans le rôle de l’allosaure Mister Big. Le scénario de cette œuvre improbable, qui semble vouloir capitaliser sur le succès de la sitcom Dinosaures (65 épisodes entre 1991 et 1993) tout en se laissant inspirer par les sorties récentes de Chérie j’ai rétréci les gosses (1989) et Les Tortues Ninja (1990), est l’œuvre conjointe de Wili Baronet et Lisa Morton.

Timmy (Omri Katz) est un enfant comblé. Son père inventeur vient en effet de créer un système de téléportation cathodique lui permettant de se projeter dans l’émission de télévision de son choix. Comme ce génial Géo Trouvetout doit se rendre à un congrès afin de présenter son invention et que son épouse l’accompagne, Timmy reste seul à la maison. Il invite alors ses amis Jamie (Tiffanie Poston) et Mick (Shawn Hoffman). Les trois gamins visitent le laboratoire paternel et, à cause d’une erreur de manipulation d’un des appareils, se retrouvent parmi les sauriens préhistoriques de leur feuilleton favori. Ils entrent alors dans le monde du redoutable Mister Big, qui s’est attaché les services des Rockies, des humains renégats. Les trois compères, remis de leurs frayeurs, trouveront avec les dinosaures Rex (Tony Doyle), un sympathique tyrannosaure, et Tops (Marc Martorana), un cératopsien amical, de solides alliés. Avec eux, ils vont tenter de rétablir la paix à Saur City…

Dino City

Ici, l’anthropomorphisme est roi et les dinosaures ne sont qu’un prétexte, comme les tortues lorsqu’elles sont ninjas. Chaque costume de dinosaure, signé John Criswell, se résume à un masque, des gants et une queue, puisque les sauriens sont habillés comme des humains du 20ème siècle. Un volatile préhistorique baptisé Fory est également de la fête. Il bénéficie d’une animation mécanique assez soignée, même si sa tête de carnosaure s’accorde mal avec son corps de ptérodactyle. Le film montre également la marionnette d’un impressionnant plésiosaure qui surgit furtivement de l’eau. Voilà pour ce qui est du bestiaire. Pour le reste, on se perd en conjectures sur l’intérêt d’une telle entreprise, tant le scénario multiplie les incohérences, comme si le fait qu’il s’agisse d’un film pour enfants excusait tout. Ne sachant visiblement pas trop à qui s’adresser, Dinosaures se permet parfois quelques écarts déplacés, avec un humour très adulte et des allusions sexuelles embarrassantes. Le film sort directement en vidéo en Angleterre en 1991 sous le titre Dinosaurs : The Movie, puis est distribué en salles en France avant sa diffusion sur les petits écrans américains en 1992. La même année, Irem sort un jeu vidéo vaguement inspiré du film, « Dino City » pour Super Nintendo, qui, contrairement au long-métrage de Brett Thompson (majoritairement considéré comme une catastrophe artistique) sera plutôt bien accueilli.

 

© Gilles Penso

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MANDRAGORE (1928)

Un savant exalté décide d’inséminer une femme avec de la semence de mandragore… il ne sera pas déçu du résultat !

ALRAUNE

 

1928 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Henrik Galeen

 

Avec Brigitte Helm, Paul Wegener, Ivan Petrovich, Mia Pankau, Wolfgang Zilzer, Louis Ralph, Hans Trautner, John Loder, Valeska Gert, Georg John

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Les contes et légendes associés à la mandragore, cette plante bien réelle supposément porteuse de pouvoirs magiques et de propriétés surnaturelles, existent depuis la nuit des temps, alimentant un nombre incalculable de mythes et de superstitions. En 1911, l’écrivain allemand Hanns Heinz Awers lui consacre un roman à mi-chemin entre l’épouvante et la science-fiction, « Alraune », qui sera adapté à l’écran dès 1919 par Michael Curtiz et Edmund Fritz. D’autres versions muettes existent, mais la plupart ont disparu de la circulation. C’est donc Mandragore de 1928, réalisée par Henrik Galeen, qui est la plus célèbre de cette époque. Scénariste du Golem, de Nosferatu, du Cabinet des figures de cire et de L’Étudiant de Prague, Galeen est un habitué du genre fantastique. Le courant expressionniste étant sur le déclin, il opte pour une approche beaucoup plus réaliste avec Mandragore, un film qu’il veut moderne, dans l’air du temps et inscrit dans un contexte scientifique crédible. Sa mise en scène évacue donc la plupart des effets de style déployés par Robert Viene, Friedrich Murnau, Fritz Lang et Paul Leni au profit de la quête d’une certaine forme de naturalisme. Pour incarner le savant à l’origine du drame, Galeen fait appel à Paul Weggener, lequel prêtait son impressionnante silhouette et son faciès très expressif au Golem qu’il réalisa lui-même en 1920. Quant au fruit de ses expériences, il prendra les traits gracieux de Brigitte Helm.

L’éminent professeur Jakob ten Brinken, spécialisé dans la génétique, s’est mis en tête de féconder une femme avec une racine de mandragore, pour une raison que personne ne semble vraiment comprendre. Tous ceux à qui il fait part de ses expériences crient d’ailleurs au blasphème. Mais il n’en démord pas, bien au contraire. Dans la peau de ce savant exalté, Wegener ferait presque passer Jekyll et Frankenstein pour des modèles de sobriété. Avec sa corpulence d’ogre, son regard plissé, ses sourcils aussi mobiles que des essuie-glaces et son large sourire, il s’impose comme le véritable monstre de l’histoire. Son cabinet est d’ailleurs orné de figures difformes et grimaçantes. Avec la complicité forcée de son neveu Franz (Ivan Petrovich), il choisit une femme de basse condition – autrement dit une prostituée – et pratique sur elle son insémination avant-gardiste. Issue de cette expérience, Alraune grandit pour devenir une belle jeune femme qui peine à distinguer le bien du mal. Au couvent où le savant l’envoie étudier, elle se fend de blagues douteuses auprès des nonnes (glissant dans leur cornette d’énormes scarabées par exemple) et fait entrer en douce plusieurs petits-amis. À son contact, les hommes perdent la tête et sont prêts à la suivre n’importe où. Le professeur commence alors à comprendre qu’il a lâché dans la nature un diable en jupons…

Le diable en jupons

La beauté glaciale – presque surnaturelle – de Brigitte Helm en aura fait l’interprète idéale d’inoubliables créatures fantasmagoriques. Juste après avoir été le robot Maria de Metropolis et peu de temps avant d’incarner la reine immortelle Antinéa dans L’Atlantide, la voilà donc dans la peau de la « fille de la Mandragore ». C’est sur son interprétation puissante aux facettes multiples que repose une grande partie du film, Helm campant tour à tour l’enfant insolente, la tentatrice vénéneuse, la démente frappée de pulsions meurtrières ou la femme désespérée par sa condition contre-nature. Le savant qui a voulu se substituer à Dieu verra bien sûr sa création se retourner contre lui, comme tout Prométhée moderne qui se respecte. Si ce n’est qu’ici, le mal est plus insidieux. Le voilà bientôt comme tous les hommes qui approchent d’Alraune, consumé d’amour jusqu’à devenir fou, oubliant tout de son statut de père adoptif pour se rêver en amant romantique. Sa chute ne sera que plus douloureuse. Même s’il développe des thèmes fascinants, Mandragore souffre de l’académisme de sa mise en scène. A trop vouloir s’éloigner du modèle expressionniste, Henrik Galeen pèche finalement par excès de simplicité, à quelques idées visuelles intéressantes près (la silhouette humanoïde de la racine qui se transforme en Brigitte Helm, l’ombre de ses mains qui rampe sur le lit du savant pour l’étrangler). L’autre travers du film est sa moralisation excessive, laissant entendre en filigrane que toute femme libérée est un monstre et que seul l’homme qui saura lui faire battre le cœur est capable de la ramener dans le droit chemin. En 1930, Brigitte Helm reprendra le rôle pour un remake parlant de Mandragore, sous la direction de Richard Oswald. D’autres versions suivront, dont l’une très remarquée en 1952 avec Hildegard Knef et Erich von Stroheim.

 

© Gilles Penso


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