SINBAD (1989)

Lou Ferrigno incarne une version bodybuildée du célèbre héros des mille et une nuits dans cette improbable production Cannon…

SINBAD / SINBAD OF THE SEVEN SEAS

 

1989 – ITALIE

 

Réalisé par Enzo G. Castellari et Luigi Cozzi

 

Avec Lou Ferrigno, John Steiner, Roland Wybenga, Ennio Girolami, Hal Yamanouchi, Yehuda Efroni, Alessandra Martines, Teagan Clive, Daria Nicolodi

 

THEMA MILLE ET UNE NUITS

Après avoir confié deux fois d’affilée au massif Lou Ferrigno le rôle du plus célèbre des demi-dieux mythologiques dans Hercule et Les Aventures d’Hercule, Luigi Cozzi propose à la compagnie Cannon une troisième aventure fantastique mettant en vedette l’ex-star de L’Incroyable Hulk. Il s’agit cette fois-ci d’une relecture musclée des aventures de Sinbad le marin. Le projet s’amorce en 1986, mais Cozzi est finalement remplacé par Enzo G. Castellari, à qui nous devons notamment Les Guerriers du Bronx et Les Nouveaux barbares. Le scénario original de Cozzi est revu de fond en comble et Castellari part tourner des heures de rushes qui, au grand dam des producteurs Menahem Golan et Yoram Globus, s’avèrent catastrophiques. Désespérés par ces tonnes d’images inutilisables qui leur ont coûté plusieurs millions de dollars, les deux moguls rappellent Luigi Cozzi à la rescousse. Saurait-il sauver le film en proposant un nouveau montage ? Beau joueur, le réalisateur d’Hercule accepte, ajoutant l’idée que toute l’histoire est contée par une femme (incarnée par Daria Nicolodi) qui essaie d’endormir sa fille. L’ajout artificiel de cette narration – le plus souvent en voix off – est un moyen astucieux de relier entre elles des séquences qui se raccordent mal et de combler les vides d’un scénario souvent sans queue ni tête. Après avoir dépensé un demi-million de dollars supplémentaires, Golan et Globus se retrouvent avec un film certes bancal mais au moins exploitable.

Tout commence par un portrait en gros plan d’Edgar Allan Poe, qui nous laisse croire un instant que nous nous sommes trompés de film. Mais la voix off nous rassure : le film serait inspiré de la nouvelle « Le mille et deuxième conte de Shéhérazade » écrit en 1845 par Poe. Or si ce court récit existe bel et bien et s’intéresse à Sinbad le marin, il ne présente aucun rapport avec le scénario du film. Le Sinbad de Castellari et Cozzi emprunte surtout la majorité de son imagerie au Voleur de Bagdad des frères Korda : le calife bedonnant, barbu, bienveillant et naïf (Donald Hodson), sa jolie fille Alina qui se morfond en attendant la venue du prince charmant (Alessandra Martines, future héroïne de La Caverne de la rose d’or) et le vil vizir Jaffar qui déclame face à son miroir de grands monologues menaçants en écarquillant les yeux et en pointant ses ongles crochus vers la caméra (John Steiner, en totale roue libre). Sinbad, lui, a donc pris les traits épais de Lou Ferrigno. C’est un bagarreur costaud à la force colossale, bien plus proche d’Obélix que du légendaire marin des contes arabes (entre deux coups de poing, il se tient le ventre en criant « j’ai faim ! »). Pour couronner le tout, le film l’affuble d’un équipage parfaitement improbable : un nain hyperactif, un viking moustachu, un samouraï philosophe, un cuisinier trouillard et un prince joli cœur. Leur mission : traverser le monde pour retrouver les pierres magiques qui pourront faire cesser les agissements du très vilain Jaffar et rendre à la ville de Bassorah sa joie de vivre…

Les Amazones gymnastes et la sorcière catcheuse

Sinbad n’est pas avare en créatures fantastiques, seuls éléments réjouissants d’un film par ailleurs incroyablement pataud. Nous découvrons tour à tour les légions de la mort (des guerriers aux allures de squelettes encapuchonnés), un homme-pierre titanesque à l’œil unique lumineux, des soldats fantômes dans des armures médiévales anachroniques (leur résurrection au ralenti est un joli moment baroque digne des films de morts-vivants d’Amando de Osorio), des mutants primitifs au visage difforme ou encore un monstre bedonnant et dégoulinant qui lance des rayons laser. Généreux, le film nous offre aussi des Amazones gymnastes adeptes de danses tribales et une sorcière aux allures de catcheuse coiffée comme Tina Turner. Pour faire des économies, les producteurs réutilisent quelques plans d’Hercule (la terre qui flotte dans un paysage cosmique, l’île du crâne) et de Maciste contre les hommes de pierre (l’Oracle). Ne reculant devant aucune absurdité (Sinbad qui fabrique une échelle de corde avec des serpents pour s’échapper d’un cachot, la princesse à moitié nue livrée à une machine pleine de tuyaux qui est censée annihiler sa volonté, la cage en dessin animé qui enferme notre héros), constellé de dialogues d’une puérilité étourdissante, baigné d’une atroce musique synthétique de Dov Seltzer, Sinbad ne séduira pleinement que les amateurs de nanars et de cinéma bis saugrenu.

 

© Gilles Penso


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EXPOSÉ (1975)

Un écrivain s’isole dans une maison pour travailler sur son nouveau roman, mais d’inquiétantes visions érotico-sanglantes l’assaillent…

THE HOUSE ON STRAW HILL

 

1975 – GB

 

Réalisé par James Kenneth Clarke

 

Avec Udo Kier, Linda Hayden, Fiona Richmond, Patsy Smart, Vic Armstrong, Karl Howman

 

THEMA TUEURS

Signataire d’une petite série de films sexy anecdotiques, James Kenneth Clarke s’attaque avec Exposé à une œuvre étrange et sulfureuse, mixant bizarrement les codes du cinéma d’épouvante avec ceux du film érotique tout en conservant la patine typique des « exploitation movies » des années 70. Le scénario s’intéresse à l’écrivain Paul Martin (Udo Kier, inoubliable « héros » de Du sang pour Dracula et Chair pour Frankenstein), dont le premier roman « Essex Ghosts » a remporté un très grand succès. Pour se mettre au travail sur son second ouvrage, il se réfugie dans une maison isolée à Straw Hill. Mais ses sessions d’écriture prennent rapidement une tournure inattendue. Ses fantasmes le poussent à faire l’amour avec son amie Suzanne (Fiona Richmond, sex star des années 70 dont l’impressionnante poitrine occupe tout l’écran avec générosité) en revêtant des gants de chirurgien. Pourquoi pas ? Mais aussitôt, le voilà assailli de visions violentes et sanglantes. Lorsque l’opulente Suzanne quitte les lieux, la jeune et jolie dactylo Linda (Linda Hayden, vue dans Une Messe pour Dracula et Queen Kong) entre en scène. La tension sexuelle monte alors d’un cran…

À vrai dire, la mystérieuse Linda cache bien son jeu. Lorsque Paul lui dicte les passages libidineux de son roman, elle les tape à la machine froidement avec une manifeste indifférence. Mais en se réfugiant dans sa chambre, elle s’adonne régulièrement à des plaisirs solitaires, exercice auquel elle se livre aussi dans les champs, ce qui attire bientôt deux chasseurs en rut contre lesquels elle retourne leur fusil après avoir été violée par l’un d’eux. L’intrigue semble alors s’acheminer vers les codes du « revenge movie », voire du « rape and revenge » qui connaîtra son apogée avec Œil pour œil. Mais une fois de plus, nous sommes désarçonnés dans la mesure où la suite du récit emprunte plus volontiers la voie du slasher sans se départir de ses écarts érotiques et de son caractère onirique. Le sang coule, les corps exultent, la réalité et l’illusion finissent par s’emmêler et le spectateur ne sait plus trop où donner de la tête.

Triangle macabre

Si Udo Kier est parfait sous la défroque de cet écrivain arrogant, glacial et paranoïaque (qui caresse sans y être incité la poitrine de sa secrétaire en réclamant de la sympathie et de la compréhension) et si Linda Hayden excelle dans un rôle à double tranchant, les excès de Fiona Richmond gâchent un peu le spectacle. Visiblement incapable de se défaire des tics hérités des comédies polissonnes britanniques dont elle se fit une spécialité, elle grimace, gémit et se déhanche sans la moindre subtilité. Il n’empêche que ce triangle amoureux complexe, fait de non-dits, de mystères, de fantasmes et de frustrations, finit par s’avérer fascinant. Exposé est principalement un film d’atmosphère, qui repose donc plus sur les sensations indicibles qu’il procure que sur sa narration à proprement parler. Il y a bien un retournement de situation final, mais il s’avère assez décevant dans sa volonté un peu artificielle de rationaliser l’irrationnel. Charcuté par la censure qui l’expurgea un peu de sa violence et de sa nudité, Exposé (également connu sous le titre Trauma) fut interdit pendant vingt ans sur le territoire britannique, héritant du fameux label « Video Nasties » attribué aux films placés sur la liste noire des pouvoirs publics anglais.

 

© Gilles Penso


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MOONTRAP (1989)

Échappés de Star Trek et Evil Dead, Walter Koenig et Bruce Campbell affrontent de redoutable robots extra-terrestres sur la Lune…

MOONTRAP

 

1989 – USA

 

Réalisé par Robert Dyke

 

Avec Walter Koenig, Bruce Campbell, Leigh Lombardi, Robert Kurcz, John J. Saunders, Reavir Graham, Tom Case

 

THEMA SPACE OPERA I ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Voilà un film qui mise tout sur son casting. Voir Bruce Campbell, le héros d’Evil Dead, et Walter Koenig, le lieutenant Chekov de Star Trek, se partager la vedette dans un space opera futuriste avait de quoi titiller tous les fans de fantastique et de science-fiction. Sur le papier, c’était excitant. À l’écran, ça l’est malheureusement beaucoup moins. Imaginé par Tex Ragsdale, le scénario de Moontrap est confié au réalisateur Robert Dyke, qui effectue à cette occasion ses débuts dans la mise en scène. Sa carrière était en effet jusqu’alors consacrée aux effets spéciaux. Nous lui devons notamment des maquettes pour Evil Dead 2, des effets visuels pour Bigfoot et les Henderson ou encore des matte paintings pour The Wrong Guys. L’homme semble être taillé sur mesure pour relever les nombreux défis techniques du film, lequel ne recule devant aucune ambition malgré un budget anémique. Le générique du début égrène quelques images d’archive de la mission Apollo 11 sur la Lune, avec comme fond sonore les discussions entre la NASA et les astronautes. Ces prises de vues légendaires datées du 20 juillet 1969 font toujours leur petit effet, même si le montage les étire un peu artificiellement, jusqu’à insérer un plan d’effets spéciaux inattendu : une sorte d’œil robotique qui émerge du sol lunaire, observe le module d’atterrissage au moment de son décollage puis s’enfouit à nouveau sous le sable de la Lune…

Vingt ans plus tard, nous voilà transportés à bord de la navette spatiale Camelot, pilotée par deux visages familiers, le colonel James Grant (Walter Koenig) et son collègue Ray Tanner (Bruce Campbell). Les valeureux astronautes, qui semblent liés par une belle complicité et ne sont pas avares en petites blagues (nous apprenons que le surnom de l’un est « Einstein », celui de l’autre « Penetrator » !), tombent nez à nez avec un vaisseau spatial abandonné en orbite autour de la Terre. En sortie extravéhiculaire, Grant y trouve une capsule brun rougeâtre et un corps humain momifié. Ces deux artefacts sont ramenés sur Terre, où l’on découvre qu’ils proviennent de la Lune et semblent datés de quatorze mille ans, rien que ça ! Tandis que les savants se perdent en conjectures, la capsule s’ouvre, laissant émerger un œil télescopique qui se déploie sous forme d’un robot étrange, emprunte des pièces du laboratoire et des parties du corps momifié pour se muer en cyborg extrêmement agressif. Après un échange de coups de feu et plusieurs victimes humaines, le monstre mécanique est mis hors d’état de nuire. Bien décidés à enquêter sur les origines de cette créature, Grant et Tanner repartent en mission. Leur destination ? La Lune.

Objectif Lune

Malgré son point de départ intriguant, Moontrap est propice à la provocation de bâillements répétés chez ses spectateurs. Le rythme lent, les dialogues innombrables (souvent d’une platitude désarmante) et la mollesse des péripéties ont bien du mal à attiser l’intérêt. Bruce Campbell et Walter Koenig eux-mêmes assurent le service minimum, comme s’ils ne croyaient pas une seconde à ce qu’ils étaient en train de jouer. Même constat du côté de la bande originale, signée pourtant par le talentueux Jo LoDuca (la trilogie Evil Dead) qui, visiblement à cours d’inspiration, se contente d’une partition très sommaire pour synthétiseurs. Le film recèle pourtant une idée intéressante : celle d’une race extra-terrestre biomécanique (les Kaalium) qui utilisent les humains comme pièces détachées pour concevoir des guerriers hybrides. De fait, l’attraction principale de Moontrap reste son armada de robots : le bagarreur au cœur du premier gunfight sur Terre, une sorte de grosse araignée mécanique, des colosses émules de Terminator, un cyborg au visage grimaçant, un humanoïde découpeur… Les créatures rivalisent d’inventivité, même si le manque de moyens se fait cruellement ressentir à travers la rigidité et la limitation de leurs mouvements. Un peu de stop-motion n’aurait pas nui pour dynamiser leurs actions. Les nombreuses maquettes sollicitées par le film manquent quant à elles de finesse. Du coup le module lunaire, le rover et les vaisseaux spatiaux finissent par ressembler à des petits jouets qui s’agiteraient dans une chambre d’enfant. En dépit de son casting attrayant et de ses idées audacieuses, Moontrap est donc passé inaperçu au moment de sa sortie, son titre ressortant rarement lorsqu’on évoque les filmographies de Koenig ou Campbell.

 

© Gilles Penso


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LUNETTES NOIRES (2022)

Après dix ans d’absence derrière la caméra, Dario Argento revient jeter de jolies filles entre les griffes d’un tueur psychopathe…

OCCHIALI NERI / DARK GLASSES

 

2022 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Ilenia Pastorelli, Asia Argento, Andrea Gherpelli, Mario Pirrelo, Maria Rosaria Russo, Gennaro Iaccarino, Xinyu Zhang

 

THEMA TUEURS I SAGA DARIO ARGENTO

Voilà des années que les amateurs du cinéma de Dario Argento avaient tiré un trait sur leur réalisateur fétiche, se désespérant face à des œuvres aussi embarrassantes que Mother of Tears, Giallo ou Dracula 3D. Entretemps, l’homme a signé une passionnante autobiographie (« Peurs », édité en France chez Rouge profond) et s’est même prêté à l’exercice d’acteur à l’occasion du Vortex de Gaspar Noé. Le revoilà désormais derrière une caméra, à l’âge vénérable de 81 ans, pour tourner un thriller d’horreur dont le projet est né deux décennies plus tôt. Lunettes noires devait initialement être produit par Vittorio Cecchi Gori en 2002, mais la faillite de sa compagnie a tout stoppé. Le scénario écrit par Argento, Franco Ferrini et Carlo Lucarelli a donc pris la poussière dans un tiroir. Vingt ans plus tard, Asia Argento le découvre et pousse son père à l’exhumer, s’impliquant elle-même comme productrice associée et comme actrice dans un second rôle. C’est donc la sixième fois que Dario dirige sa fille, lui octroyant cette fois-ci un rôle volontairement non glamour (nous sommes loin de ses prestations dans Le Fantôme de l’opéra ou Dracula 3D). Asia incarne ici une quadragénaire à la voix rauque, à la mise moderne et à la forte personnalité, futur rempart dressé entre le personnage principal et un redoutable assassin…

Diana (Ilenia Pastorelli) est une prostituée qui pratique son « art » dans Rome et s’efforce de vivre sainement malgré une activité équivoque la poussant fatalement dans des recoins louches et interlopes. Un soir, elle est prise en chasse par un van blanc conduit par un forcené qui en veut visiblement à sa vie. La camionnette la heurte et provoque un accident à l’issue dramatique. Une autre voiture, frappée de plein fouet, subit de douloureux dommages collatéraux. À bord se trouvait une famille d’origine chinoise. Le père est tué sur le coup, la mère tombe dans le coma et le petit Chin (Xinyu Zhang) se retrouve seul, recueilli par un orphelinat. Quant à Diana, elle réchappe au carambolage mais a perdu la vue. Envoyée par une association d’aide aux aveugles, Rita (Asia Argento) l’aide à redécouvrir le monde, l’équipe d’un chien de garde et lui redonne espoir. Mais le tueur maniaque est toujours dans les parages et semble bien décidé à s’attaquer à nouveau à Diana, quitte à multiplier les meurtres sur sa route…

Un cri dans les ténèbres

Depuis son tout premier long-métrage L’Oiseau au plumage de cristal, Dario Argento ne cesse de décliner le motif du regard ou de l’absence de regard, de ce que l’on croit voir et de ce que l’on voit vraiment, du vu et du non vu. Pour aborder une nouvelle fois ce thème quasi-obsessionnel, le réalisateur s’appuie sur une figure connue depuis Seule dans la nuit et Terreur aveugle : la jeune femme frappée de cécité et harcelée par un tueur. Mais Argento tient visiblement à s’éloigner des figures connues, quitte à désarçonner son public en privilégiant les scènes intimistes et non-dramatiques, reléguant longtemps l’horreur à l’arrière-plan. Car une chape de tendresse nimbe étrangement Lunettes noires, s’attardant avec une sincérité à fleur de peau sur la relation nouée entre deux parias : l’orphelin asiatique et la prostituée devenue aveugle. L’humour affleure même au sein de ce duo inattendu. Lorsque Chin demande à Diana la nature de son métier, elle répond « relations publiques et sessions psychologiques » (ce qui n’est pas totalement faux, à la réflexion). Pour ne pas décevoir ses fans, le cinéaste concocte quelques séquences de meurtres violents, mais ce ne sont clairement pas les passages les plus intéressants du film. Les motivations du tueur s’avèrent d’ailleurs dérisoires et le comportement des policiers parfaitement absurde. En revanche, quelques touches de surréalisme baroque ponctuent le métrage (l’éclipse du pré-générique, l’attaque des serpents aquatiques) et nous rappellent qu’Argento n’a jamais abandonné sa vision poétique du monde. En demi-teinte mais loin d’être inintéressant, Lunettes noires se pare d’une envoûtante bande originale électronique d’Arnaud Rebotini, remplaçant au pied levé les Daft Punk qui furent un temps pressentis pour signer la musique du film.

 

© Gilles Penso

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INSIDIOUS : LA DERNIÈRE CLÉ (2018)

Ce quatrième épisode s’intéresse au passé de la médium Elise Rainier et au démon qui hanta son enfance…

INSIDIOUS: THE LAST KEY

 

2018 – USA

 

Réalisé par Adam Robitel

 

Avec Lin Shaye, Caitlin Gerard, Spencer Locke, Javier Botet, Josh Stewart, Leigh Whannell, Angus Sampson, Kirk Aceveco, Tessa Ferrer, Bruce Davison

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES I SAGA INSIDIOUS

La grande force de la franchise Insidious a toujours été liée au personnage du médium Elise Rainier, incarnée avec justesse et sensibilité par Lin Shaye. Le problème, c’est qu’elle disparaissait à la fin du premier épisode, lequel n’était pas forcément conçu au départ pour donner naissance à une saga. Dès l’opus suivant, Elise réapparaissait donc à la faveur de flash-backs situés dans les années 80. Pour Insidious 3, Leigh Whannell bâtissait carrément une prequel pour pouvoir redonner la vedette à la vénérable parapsychologue. Quant à ce quatrième Insidious, en pourparlers dès l’été 2015, il s’agit d’une autre prequel, prenant la suite de la précédente tout en s’intéressant à l’enfance d’Elise. Pour ceux qui auraient perdu le fil, voici donc comment s’ordonne la chronologie de la franchise : Insidious 3, Insidious : la dernière clé, Insidious et Insidious 2. Pour succéder à James Wan et Leigh Whannell derrière la caméra, le choix se porte sur Adam Robitel, co-auteur et réalisateur du found footage L’Étrange cas Deborah Logan en 2014. Après avoir été sollicité par le studio Paramount pour réécrire et affiner le scénario de Paranormal Activity 5 : Ghost Dimension, Robitel s’attaque directement à Insidious : la dernière clé, qui est donc son second long-métrage.

Nous sommes d’abord transportés en 1953, époque de l’enfance d’Elise Rainier qui vit alors avec ses parents et son jeune frère à Five Keys, au Nouveau-Mexique, au pied d’un pénitencier. Chaque fois que la lumière vacille chez eux, un détenu est en train de griller sur la chaise électrique. L’atmosphère est donc tendue, d’autant que le père d’Elise est un homme violent qui est effrayé par ses dons précoces de médium, à tel point qu’il la bat et l’enferme chaque fois qu’elle mentionne ses visions. Un jour où, une fois de plus, elle est claquemurée dans la cave, Elise ouvre une mystérieuse porte rouge et entraperçoit une créature démoniaque… Et puis nous voilà en 2010, juste avant les événements narrés dans le premier Insidious. Elise utilise depuis longtemps ses capacités parapsychologiques de manière professionnelle, épaulée par les deux geeks Specs (Leigh Whannell) et Tucker (Angus Sampson). Elle reçoit un jour un coup de fil d’un homme désespéré victime d’une activité paranormale incontrôlable. Elle est prête à l’aider, mais se ravise aussitôt en découvrant que son interlocuteur vit dans la maison qu’elle habitait lorsqu’elle était enfant…

Le Mal derrière la porte

Insidious : la dernière clé lève donc un voile sur les jeunes années de la vie d’Elise en structurant son récit autour de voyages réguliers entre le présent et le passé. Plus que jamais, cet opus tente le grand écart entre le drame personnel (l’enfance tourmentée de la parapsychologue, victime de sa différence et de ce don vécu comme une malédiction), la comédie (à travers ses deux assistants émules des Ghostbusters dont le camion arbore un logo de fantôme) et l’épouvante pure. Dans ce dernier domaine, Adam Robitel suit fidèlement les voies empruntées avant lui par James Wan et Leigh Whannell, construisant la tension à travers l’épure, les moments d’attente, le hors-champ et le non vu. On note par exemple des jeux habiles sur les ombres et sur les vêtements pendus qui semblent furtivement prendre vie. Pour autant, le réalisateur ne peut s’empêcher de céder à la tentation d’une poignée de « jump-scares » faciles. À mi-parcours du métrage, un rebondissement intéressant réoriente l’intrigue. Comme souvent, le monstre le plus effrayant s’avère être l’homme, dont les travers sont révélés par les phénomènes surnaturels. « Il y a une foule de démons bien vivants », dit Elise pour souligner cet amer constat. En ce sens, le scénario de ce quatrième Insidious emprunte les voies ouvertes par Stephen King. Nous avons tout de même droit à un démon digne de ce nom, auquel Javier Botet prête son incroyable morphologie, et dont le faciès évoque beaucoup la sorcière de Nuits de terreur. Dommage que cet épisode très honorable s’achève par un climax décevant situé dans « le lointain ». Insisidous : la dernière clé ravira cependant les spectateurs, remportant la coquette somme de 167 millions de dollars à travers le monde. Il n’en coûta que dix. Voilà ce qui s’appelle une affaire rentable.

 

© Gilles Penso

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ULTRAVIOLET (2006)

Pour son second film, le réalisateur d’Equilibrium nous plonge dans un monde futuriste où les vampires sont traqués par le gouvernement…

ULTRAVIOLET

 

2006 – USA

 

Réalisé par Kurt Wimmer

 

Avec Milla Jovovich, Cameron Bright, Nick Chinlund, Sebastien Andrieu, Ida Martin, Ricardo Mamood, William Fichtner

 

THEMA VAMPIRES I FUTUR

Même si la présence de Milla Jovovich en tête d’une affiche est rarement gage d’une œuvre cinématographique impérissable, nous étions curieux de découvrir cette relecture futuriste du vampirisme par l’auteur d’Equilibrium. Kurt Wimmer était en effet parvenu à se réapproprier avec talent les univers dystopiques de George Orwell et Aldous Huxley en les combinant habilement aux codes du cinéma d’action pour un résultat franchement convaincant. Son second long-métrage semble vouloir prendre le contrepied visuel du précédent. À la noirceur et l’austérité, Ultraviolet oppose une palette multicolore et acidulée. Dès le générique de début, sur lequel s’affichent de nombreuses couvertures de comics parfaitement imaginaires (le film n’est pas tiré d’une BD mais provient directement de l’imaginaire du cinéaste), le ton est donné. Mais ce parti-pris de l’exubérance fixe d’emblée ses limites. Une musique éléphantesque de Klaus Badelt, des séquences d’action tellement chorégraphiées qu’elles perdent toute crédibilité, une esthétique de spot de publicité, des images de synthèse trop excessives pour s’avérer concluantes : dès les premières minutes, le film heurte notre suspension d’incrédulité. Ce cartoon live filmé intégralement en Chine (entre Hong-Kong et Shanghai) va avoir beaucoup de mal à nous convaincre.

C’est en voix off que Violet (Milla Jovovich) nous résume la situation. Nous sommes à la fin du 21ème siècle. Une maladie provoquant une mutation génétique a donné naissance à une nouvelle race de vampires baptisés les hémophages. Plus forts, plus rapides et plus intelligents que les humains, ils sont traqués sans relâche par le gouvernement sous la supervision du tyran Daxus (Nick Chinlund). Le postulat de départ n’est pas sans évoquer le classique de la SF « À la poursuite des Slans » d’A.E. Van Vogt. Infectée par cette maladie, Violet est déterminée à protéger les siens et à se venger de ceux qui ont provoqué la mutation. Elle s’introduit donc dans un bâtiment top secret sous une fausse identité et s’empare d’un sérum conçu pour éliminer définitivement les derniers hémophages. En découvrant que cette arme est en réalité un enfant (Cameron Bright, le gamin de Godsend et Birth), elle refuse de le laisser tuer. La voilà donc seule contre tous, en cavale avec l’enfant, prise entre les feux des humains et des vampires dirigés par Nerva (Sébastien Andrieu).

Entre deux feux

Les dialogues du film ne reculent devant aucune emphase. « Je suis un titan, un monolithe, rien ne peut m’arrêter », déclame ainsi Violet pour affirmer son statut d’hémophage. Pour autant, nous ne la verrons jamais se nourrir de sang ni souffrir du soleil. Ce vampire new-age nous laisse donc pantois. Quelque part à mi-chemin entre Matrix et Blade, Ultraviolet semble chercher son identité et sa tonalité en permanence, sans cesse entravé par des effets numériques hideux qui lui ôtent tout charme et toute finesse. Du coup, les nombreux combats et poursuites sur lesquels repose la majorité du métrage n’ont jamais l’impact voulu. Est-ce bien le même Kurt Wimmer qui nous offrit Equilibrium qui – justement, comme son titre l’indiquait – savait trouver le juste équilibre entre l’action et la réflexion ? Il est permis d’en douter. Un petit coup d’œil dans les coulisses du film nous permet de mieux comprendre. Déçus par le montage d’Ultraviolet – trop « émotionnel » à leur goût -, les cadres du studio Sony le firent intégralement remonter, enlevant toute la violence et la noirceur susceptibles d’écarter les jeunes spectateurs, se focalisant sur l’action, retirant trente minutes du métrage, utilisant même des images de synthèse non finalisées. Ceci explique donc cela. Wimmer désavoua le film, pas du tout conforme à sa vision initiale, et vit malheureusement sa carrière étouffée dans l’œuf. Il ne put repasser à la réalisation que quinze ans plus tard, à l’occasion d’un épisode de la saga des Démons du maïs.

 

© Gilles Penso


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CHILDREN OF THE CORN : RUNAWAY (2018)

Changement de style et d’atmosphère pour ce dixième épisode plus intimiste et plus psychologique que les autres…

CHILDREN OF THE CORN : RUNAWAY

 

2018 – USA

 

Réalisé par John Gulager

 

Avec Marci Miller, Jake Ryan Scott, Mary Kathryn Bryant, Lynn Andrews, Diane Ayala Goldner, Eric Starkey, Daria Balling

 

THEMA ENFANTS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA LES DÉMONS DU MAÏS I STEPHEN KING

La saga multiforme inspirée de la nouvelle « Les Enfants du maïs » de Stephen King s’enfonçait lentement mais sûrement dans le grand n’importe quoi jusqu’à un intéressant reboot réalisé par Donald P. Bochers en 2009. Mais deux ans plus tard, Joel Soisson signait une nouvelle séquelle à l’intérêt tout relatif, Les Enfants de l’horreur – la genèse. Si Soisson est un indiscutable amoureux du fantastique et de l’horreur, on ne peut pas dire que son œuvre brille par sa finesse, qu’il agisse en tant que réalisateur (les reshoots de Maniac Cop 3, Pulse 2 et 3, The Prophecy : Uprising, The Prophecy : Forsaken) ou que scénariste / producteur (Highlander : Endgame, Dracula 2001, Mimic 2, L’Homme sans ombre 2). Le savoir à l’œuvre sur l’écriture de Children of the Corn : Runaway n’était donc pas particulièrement rassurant. À cette occasion, il retrouve le réalisateur John Gulager, qui avait signé en 2012 Piranha 3DD, séquelle éléphantesque du Piranha 3D d’Alexandre Aja écrite justement par Soisson. Les deux hommes n’étant pas particulièrement caractérisés par leur subtilité, ce dixième Children of the Corn laissait craindre le pire. Or contre toute attente, cet opus dont personne n’attendait plus rien nous surprend par son traitement intimiste et ses interprètes d’une grande justesse.

Le film s’amorce comme la chronique réaliste et désenchantée d’une misère banale, celle d’une mère célibataire et de son fils de 13 ans, vivotant sans ressources mais sans misérabilisme au cœur de l’Amérique profonde. Ancien membre du culte des enfants meurtriers de Gatlin dans le Nebraska, Ruth est tombée enceinte alors qu’elle était encore adolescente. La trouille au ventre, elle s’est enfuie avec son fils Aaron, lui cachant tout des horreurs de son passé. Ils vivent depuis sur les routes, la plupart du temps dans leur camionnette. Leur véhicule étant immobilisé par la police, tous deux sont contraints de s’établir momentanément en Oklahoma où Ruth trouve un petit travail de mécanicienne chez un garagiste. Mais le culte des adorateurs du maïs semble toujours être à leur recherche. Ces enfants qui rodent aux alentours – et notamment cette petite fille au regard faussement paisible – sont-ils venus pour convertir Aaron à leurs sanglantes coutumes ? À moins que tout se passe dans la tête de Ruth. Bientôt, il devient de plus en plus difficile de faire la part entre la réalité et les hallucinations cauchemardesques…

Une si gentille petite fille

Children of the Corn : Runaway se distingue d’abord par sa mise en scène brute et instinctive, doublée d’une approche sensible et à fleur de peau des personnages et de leurs failles. C’est par petites touches subtiles que le film décrit ainsi la complicité qui se noue entre ces deux êtres démunis mais qui vont sans cesse de l’avant : la mère dure à cuire prête à tout pour protéger son enfant et le fils dont la maturité s’est accélérée par la force des choses. Pour peu, on en oublierait pendant un moment que nous avons affaire à un film fantastique. Le genre n’est d’ailleurs pas immédiatement abordé de manière frontale. Certes, lorsque les premiers enfants débarquent et montrent leur frimousse un peu partout, le malaise s’installe insidieusement. Mais les choses sont compliquées par l’esprit troublé de Ruth, qui mêle les hallucinations issues de son passé avec celles qui transfigurent le présent. D’autant que son statut de paria se heurte à la bigoterie et l’intolérance d’une communauté cachant derrière ses bonnes manières des idées d’un autre âge (à ce titre, la scène de la directrice d’école est édifiante). Au fil du film, l’horreur surgit avec parcimonie mais intensité, construisant pas à pas un coup de théâtre habile nous transportant sur le terrain de la psychose. Très différent des autres opus de cette saga multiforme, Children of the Corn : Runaway aurait d’ailleurs pu tout à fait exister de manière indépendante, sans forcément se rattacher à la franchise née en 1984.

 

© Gilles Penso

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HIGHLANDER : LE GARDIEN DE L’IMMORTALITÉ (2007)

La saga des immortels s’achève sur un film chaotique et bancal mis en scène par le réalisateur du Cobaye

HIGHLANDER: THE SOURCE

 

2007 – USA / GB / LITUANIE

 

Réalisé par Brett Leonard

 

Avec Adrian Paul, Peter Wingfield, Jim Byrnes, Cristian Solimeno, Thom Fell, Stephen Rahman-Hughes, Stephen Wight, Thekla Reuten, Patrice Naiambana

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA HIGHLANDER

Malgré l’accueil très mitigé réservé à Highlander Endgame, les producteurs de la franchise sentaient qu’il y avait encore moyen de rentabiliser le concept imaginé par Gregory Widen. En 2001, les rumeurs tenaces concernant un cinquième long-métrage commencèrent à circuler. Le film ne se concrétisera que six ans plus tard, son développement s’étant heurté à plusieurs obstacles compliqués : la vente des droits de la franchise par Miramax Films, le refus initial d’Adrian Paul sollicité pour tenir le rôle principal, les exigences financières trop élevées de Christophe Lambert contacté en dernier recours pour le remplacer (malgré la mort de son personnage). Après le rachat des droits par Lionsgate Films et une négociation avec Adrian Paul – crédité au générique non seulement comme acteur mais aussi comme membre de la production -, ce cinquième épisode (baptisé d’abord Highlander : The Journey Continues puis finalement Highlander : The Source) entre enfin en production. La mise en scène est confiée à Brett Leonard, qui connut une furtive heure de gloire avec son avant-gardiste Le Cobaye, puis tenta de transformer l’essai avec Programmé pour tuer, Souvenir de l’au-delà, Man-Thing et Feed.

Nous sommes dans une sorte de futur post-apocalyptique où le monde a sombré dans la violence et le chaos. Gangs, charognards et sans-abris se partagent chichement le terrain, tandis qu’un petit groupe d’immortels – bénéficiant sans qu’on comprenne vraiment pourquoi d’un équipement high-tech dernier cri – se met en quête de la « source d’immortalité ». Il s’agit du guerrier Methos, du pirate informatique Reggie, du vaillant Zai Jie et du cardinal Giovanni (un improbable représentant du Vatican). Une fois cette fameuse source localisée, ils vont devoir solliciter l’aide de Duncan MacLeod, qui se la joue loup solitaire taciturne. Le héros de la série TV Highlander se joint à ses anciens compagnons pour faire face à une menace redoutable : le Gardien de la source, un immortel monstrueux doté d’une vitesse et d’une force hors du commun. « C’est l’antéchrist des Immortels » s’exclame Giovanni pour le décrire, tandis que ce méchant grimaçant a transformé le crédo « Il ne peut en rester qu’un » en « Il ne peut rester que moi »…

« Il ne peut rester que moi »

Rarement saga aura aussi bien porté son slogan : « il ne peut en rester qu’un ! » Au miracle sur pellicule concocté au milieu des années 80 par Russell Mulcahy succèdent des suites toutes plus embarrassantes les unes que les autres. Avec Highlander : le gardien de l’immortalité, autant dire que nous atteignons le point de non-retour, ce cinquième épisode nous permettant de sérieusement réévaluer à la hausse ses trois prédécesseurs. Malgré une poignée de panoramas à l’esthétique intéressante (le stade, le monastère, le cimetière embrumé), une violence exacerbée absente des autres opus (gunfights sanglants, têtes arrachées, corps dépecé à coups d’épées, victimes mutilées et découpées, le tout sous les bons auspices du maquilleur spécial Bob Keen) et une musique mi-orchestrale mi-électronique qui prend parfois une belle ampleur, rien n’y fait : le gâchis est quasi-total. Il faut dire que les effets de mise en scène hystériques de Brett Leonard (abus d’accélérés, de flash, de plans de coupe ultra-rapides, de ralentis, de fondus enchaînés à répétition) ne cachent guère la misère. Adrian Paul passe la totalité du film à bouder, le grand méchant se comporte comme un clown hystérique, la bande son nous inflige des reprises ratées de « Princes of the Universe » et « Who Wants to Live Forever » vociférées par le chanteur Chris Cawte, le combat final est un délire psychédélique sur fond de décor de science-fiction new-age. Bref, c’est la totale déconfiture. Prévu pour une sortie en salles, Highlander : le gardien de l’immortalité sera finalement directement diffusé sur Sci-Fi Channel et sombrera tranquillement dans l’oubli.

 

© Gilles Penso


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ABC OF DEATH (2012)

26 réalisateurs mettent chacun en scène une façon de mourir en suivant les lettres de l’alphabet

THE ABCs OF DEATH

 

2012 – USA / NOUVELLE-ZÉLANDE

 

Réalisé par Kaare Andrews, Angela Bettis, Ernesto Diaz Espinoza, Jason Eisener, Hélène Cattet et Bruno Forzani, Adrian Garcia Bogliano, Xavier Gens, Lee Hardcastle, Jorge Michel Grau, Noboru Iguchi, Thomas Malling, Anders Morgenthaler, Yoshihrio Nishimura, Banjong Pisanthanakun, Simon Rumley, Marcel Sarmiento, Jon Schnepp, Srdjan Spasojevic, Timo Tjahjanto, Andrew Traucki, Nacho Vigalondo, Jake West, Ti West, Ben Wheatley, Adam Wingard et Yudai Yamaguchi.

 

Avec Eva Llorach, Alejandra Urdiain, Matias Oviedo, Steve Berens, Brenden J. McVeigh, Arisa Nakamura, Martine Arnes-Sorensen

 

THEMA MORT I TUEURS I DOUBLES I MAMMIFÈRES I ARAIGNÉES I REPTILES ET VOLATILES I MÉDECINE EN FOLIE I FUTUR I ROBOTS

Le pari était fou et sacrément audacieux : produire un film d’horreur à sketches comprenant non pas quatre ou cinq segments, comme c’est l’usage, mais 26 ! C’est ainsi qu’Ant Timpson et Tim League présentent le projet aux réalisateurs venus des quatre coins du monde auxquels ils proposent de se prêter au jeu. La règle est simple : chacun d’entre eux se verra attribuer par tirage au sort une lettre de l’alphabet. Charge à eux d’imaginer un court-métrage dont le titre commence par cette lettre et qui s’achève par une mort. Les contraintes sont le temps et l’argent, comme toujours. Mais pour le reste, tout est permis : le gore, le sexe, le mauvais goût, les sujets tabous… La censure ne viendra pas entraver ABC of Death. Aucun fil conducteur narratif ne relie ces 26 films courts, si ce n’est la couleur rouge qui occupe tout l’écran au début et à la fin. Le générique de début montre un réservoir duquel s’écoulent des litres de sang qui envahissent une petite pièce dans laquelle sont éparpillés des cubes en bois où se trouvent des lettres, les mêmes qu’utilisent les enfants pour apprendre à lire. Ces blocs se mettent à flotter dans la marée d’hémoglobine. Ce sont eux qui épelleront au fur et à mesure les titres de chaque segment. L’abécédaire de l’horreur se met ainsi en marche…

Pour pouvoir caser vingt-six segments dans un seul long-métrage, le temps assigné à chaque réalisateur est forcément court. Chacun s’efforce donc d’installer un univers immédiatement identifiable en variant les plaisirs. Nous voilà ainsi face à un slasher absurde (« Apocalypse » de Nacho Vigalondo), un conte macabre (« Bigfoot » d’ Adrian Garcia Bogliano), une boucle temporelle expérimentale (« Cycle » d’Ernesto Diaz Espinoza), un combat violent tourné comme un clip (« Duel de chiens » de Marcel Sarmiento), un gag stressant avec une araignée (« Extermination » d’Angela Bettis), un délire d’un goût douteux (« Flatulences » de Noboru Iguchi), une odyssée courte en caméra subjective (« Gravité » d’Andrew Traucki), un cartoon live rétro-futuriste (« Hydro-électrocution » de Thomas Malling), un huis-clos glauque (« Injection » de Jorge Michel Grau), un duel absurde de samouraïs (« Jidai-Geki » de Yûdai Yamaguchi), un dessin animé gorgé d’humour noir (« Klutz » d’Anders Morgenthaler), un jeu malsain où se confrontent éros et thanatos (« Libido » de Timo Tjahjanto), un film très court et très incommodant (« Mal accroché » de Ti West), une histoire drôle avec un couple et une perruche (« Noces » de Banjong Pisanthanakun), une troublante expérience sensorielle (« Orgasme » d’Hélène Cattet et Bruno Forzani), une tranche de vie misérable (« Pression » de Simon Rumley), une mise en abyme comique (« Quack » d’Adam Wingard), une fable clinique et violente (« Retiré » de Srdjan Spasojevic), une cavale sans issue (« Speed » de Jake West), une facétie ultra-gore en stop-motion (« Toilette » de Lee Hardcastel), un film de monstre qui adopte le point de vue de la créature (« Unearthed » de Ben Wheatley), un récit de SF dystopique (« Vagissement » de Kaare Andrews), du grand n’importe quoi (« WTF ! » de Jon Schnepp), une satire sanglante des diktats de la mode (« XXL » de Xavier Gens), une vengeance putride (« Young Buck » de Jason Eisener) et un sketch futuriste hystérique (« Zetsumetsu » de Yoshihiro Nishimura).

L’horreur de A à Z

On le voit, ABC of Death part dans tous les sens avec une liberté de ton très appréciable. Cette diversité et les surprises qui en découlent sont les atouts majeurs du film. Revers de la médaille, avec seulement trois à six minutes pour s’exprimer, les cinéastes n’ont guère le loisir de sortir de la mécanique de l’exercice de style anecdotique, se privant la plupart du temps d’une fin digne de ce nom. La grande majorité de ces très courts-métrages s’achève donc de manière décevante, à quelques exceptions près (les chutes savoureuses de « Klutz », « Noces », « Quack », « Speed » et « XXL »). Certains bénéficient d’une recherche esthétique extrêmement soignée (« Duel de chiens », « Orgasme », « Retiré »), d’autres souffrent d’une mise à forme à la limite d’un rendu amateur (« Cycle », « Extermination », « Gravité »). C’est finalement plus à un festival du court-métrage d’horreur qu’à un film à sketches d’un seul tenant qu’il nous semble assister, sentiment qui émergeait d’ailleurs déjà face au visionnage du fameux Adrénaline de 1989 qui, en assemblant 13 films courts, se positionnait presque comme le précurseur d’ABC of Death.

 

© Gilles Penso

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UNDERWORLD BLOOD WARS (2016)

Ce cinquième épisode transporte la vampire Selene jusque dans le Grand Nord pour fuir la menace des Lycans…

UNDERWORLD BLOOD WARS

 

2016 – USA / RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

 

Réalisé par Anna Foerster

 

Avec Kate Beckinsale, Theo James, Lara Pulver, Tobias Menzies, Bradley James, Peter Andersson, James Faulkner, Clementine Nicholson, Charles Dance

 

THEMA VAMPIRES I LOUPS-GAROUS I SAGA UNDERWORLD

La fin très ouverte d’Underworld : Nouvelle ère appelait logiquement une suite. Elle ne se concrétisa que quatre ans plus tard sous la direction d’Anna Foerster, ancienne directrice de la photographie et réalisatrice de plusieurs épisodes d’Esprits criminels et Outlander attaquant là son premier long-métrage. Même si l’intrigue se raccorde de près à celle du film précédent, l’atmosphère futuriste et dictatoriale s’est complètement estompée. Disparus l’état policier, les soldats armés qui coursent les monstres ou encore les scientifiques qui cherchent à éradiquer le fléau. C’est à peine si les humains montrent le bout de leur nez dans ce film. Ils étaient pourtant omniprésents dans Underworld : Nouvelle ère et représentaient les antagonistes principaux. Mais ce cinquième opus change de cap en les faisant sortir de l’équation pour ne s’intéresser qu’aux créatures surnaturelles. L’histoire imaginée par Cory Goodman (Le Dernier chasseur de sorcières) et Kyle Ward (Machete Kills) se concentre sur la lutte séculaire entre les hommes-loups et les suceurs de sang, évacuant du même coup les éléments qui permettaient à la saga de se renouveler. Ce traitement exhale fatalement un sentiment de déjà-vu. De fait, Underworld Blood Wars marque un net essoufflement et un infléchissement qualitatif de la franchise Underworld.

Épaulée cette fois-ci par le vampire David (Theo James), Selene redevient l’enjeu d’un nouvel affrontement entre les suceurs de sang et les Lycans. Ces derniers, menés par le redoutable Marius (Tobias Menzies), cherchent à mettre la main sur sa fille Eve, qui a disparu sans laisser de trace et dont le sang pourrait leur permettre de se muer en une armée d’hybrides indestructibles. Les vampires, quant à eux, se réfugient dans leurs derniers bastions. Sous l’impulsion de Thomas (Charles Dance) et de Semira (Lara Pulver), membres du conseil, ils décident d’accorder à Selene une grâce, malgré le meurtre du vénérable Viktor, et de l’intégrer dans leur rang afin de bénéficier de sa toute-puissance. Sa mission sera de former les apprentis guerriers afin de préparer la guerre inévitable contre les Lycans. Mais rien ne va se passer comme prévu…

Fin de règne

Ici, la fracture sociale qui sépare les vampires des loups-garous s’agrandit plus que jamais. C’est sans conteste l’aspect le plus intéressant du film. Les premiers, aristocrates en fin de règne, festoient dans un château et se raccrochent désespérément à leurs ultimes privilèges. Les seconds errent dans les bas-quartiers et dans les docks, se livrant à des combats de rue pour se distraire en attendant de mener leur révolution. Tandis que les vampires refusent le changement, s’accrochant à leurs sacro-saintes traditions séculaires, les Lycans cherchent à évoluer et à s’adapter. Quant à Selene et David, ils sont pris entre deux feux. Lorsque les héros se dirigent vers la forteresse nordique de Var Dohr, la direction artistique change, teintant les ténèbres de blanc, et l’influence de Game of Thrones s’affirme sans détour. Les guerres de clans, les secrets de famille, les héritiers inattendus, les trahisons, les révélations, les intrigues à la cour prennent ainsi le pas sur le récit. Trois membres du casting (Charles Dance, James Faulkner et Tobias Menzies) sont d’ailleurs des transfuges de la célèbres série tirée des écrits de George R. R. Martin. Mais cette source d’inspiration manifeste ne rend pas le film plus palpitant, d’autant que les combats manquent la plupart du temps de souffle épique, la surcharge d’images de synthèse sacrifiant souvent la tangibilité physique des corps à corps. Le film reste bien mené, réalisé avec soin, généreux en rebondissements, mais l’on sent bien que le concept est en bout de course.

 

© Gilles Penso

 

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