PARKING (1985)

Francis Huster incarne un Orphée pop star dans l’un des nanars les plus invraisemblables de l’histoire du cinéma français…

PARKING

 

1985 – FRANCE

 

Réalisé par Jacques Demy

 

Avec Francis Huster, Laurent Malet, Keïko Ito, Gérard Klein, Marie-France Pisier, Jean Marais, Hugues Quester, Eva Darlan

 

THEMA MORT I MYTHOLOGIE

Dès les premières secondes, on sent que quelque chose cloche. Francis Huster en gros plan déclame à son épouse le « je t’aime » le moins crédible de tous les temps puis entonne une ritournelle sirupeuse avec une voix de fausset éraillée, tout en s’accompagnant de sa guitare qui continue de jouer même quand il la pose sur le canapé. Les amoureux se mettent alors torse nu et roulent sur le tapis devant la cheminée tandis que la « love song » continue péniblement d’occuper l’espace sonore. Sommes-nous dans une parodie ? Non, Parking est un film extrêmement sérieux et cette entrée en matière n’est qu’un apéritif. La suite est pire, bien pire. Mais que s’est-il passé dans la tête de Jacques Demy ? Au départ, les intentions du réalisateur des Parapluies de Cherbourg semblent pourtant louables. Nous sommes alors au début des années 70, Jim Morrison vient de mourir et le cinéaste développe l’idée d’un film consacré au destin tragique d’une rock-star qu’il couple avec l’envie de revisiter sous un jour moderne l’Orphée de Jean Cocteau. Pourquoi pas ? Dans le rôle principal, Demy pense à David Bowie. Ç’aurait été parfait, mais le héros de L’Homme qui venait d’ailleurs décline la proposition. Le second choix est Johnny Hallyday. C’est déjà moins excitant, tout en restant cohérent avec l’idée d’un chanteur idole des jeunes. Lorsque la future star de Terminus passe aussi son tour, ce nouvel Orphée commence à sentir le roussi. C’est alors qu’intervient le producteur Dominique Vignet (36-15 code : Père Noël) avec une idée de génie : pourquoi ne pas choisir Francis Huster ?

Face à cette proposition, Jacques Demy est perplexe. Huster n’est pas exactement l’image qu’il se fait d’une superstar de la pop music. Mais l’acteur a une grosse cote de popularité au Japon, ce qui devrait aider à financer le film. Quant aux chansons, il suffira de les faire interpréter par un vrai artiste musical. Daniel Levi effectue d’ailleurs quelques essais visiblement concluants avec le compositeur Michel Legrand. Sauf que le comédien tient à tout chanter lui-même, condition indispensable pour qu’il s’implique dans le film. Là, c’est le début de la fin. Demy aurait dû raisonnablement abandonner le projet, mais nous aurions alors été privés d’un nanar de compétition extrêmement drôle au second degré. Huster incarne donc Orphée, la star mondiale de la chanson qui se promène toujours avec sa guitare en bandoulière, même lorsqu’il traverse Paris en moto. Quand il débarque à Bercy pour ses répétitions, il est accueilli par une foule en délire (autrement dit une vingtaine de figurants qui crient mollement son nom). Alors qu’il gratte furieusement sa guitare électrique sur scène, il s’électrocute en s’agitant comme une carpe hors d’un étang et meurt. Charon (Hugues Quester) vient alors à sa rencontre (ses yeux s’éclairent en rouge comme Terminator) puis l’emmène dans une DS noire immatriculée ENF 75 jusqu’au septième sous-sol d’un parking. La voiture traverse un mur (en caoutchouc) et Orphée se retrouve aux Enfers, dans une administration dirigée par le grand Hadès (Jean Marais, maquillé outrancièrement et tout de rouge vêtu). Mais c’est une erreur de paperasse, comme dans Le Ciel peut attendre. Orphée est donc renvoyé chez les vivants, persuadé d’avoir rêvé…

Bonheur de vivre et de chanter

Rien ne va dans Parking. Les paroles des chansons écrites par Demy sont d’une hallucinante puérilité (« Un jour sans toi je suis triste, quand tu n’es pas là rien n’existe »), leur interprétation atroce par Francis Huster distend chaque syllabe jusqu’au point de rupture (« tu t’es a-ppro-chée de mouahh »), le tout accompagné de mimiques douloureuses… Même en dehors des passages chantés, tout sonne faux dans le film : la moindre expression de visage, le plus petit geste, la réplique la plus anodine. Cette capacité à ne jamais être juste finit par devenir fascinante. Dans ce domaine, Parking devient quasiment un cas d’école. Face à Huster qui déclame ses répliques simplistes comme s’il était sous acide (« J’aime chanter, chanter c’est donner du bonheur ») et sa bien-aimée japonaise (Keïko Ito, sélectionnée pour évoquer Yoko Ono) qui récite ses dialogues en phonétique, Gérard Klein et Laurent Malet jouent les utilités d’arrière-plan sans beaucoup de conviction (ce dernier aura tout de même droit à une scène de baiser fougueux avec Orphée, allez savoir pourquoi). Et que dire de cette superbe cascade avec un motard en mousse qui s’écroule contre un mur ? Parking sera bien sûr un échec cuisant, renié presque aussitôt par un Jacques Demy très embarrassé. Mais pour les fans d’œuvres déviantes et de navets risibles, le film est devenu immédiatement culte, tout comme ses chansons invraisemblables : « Célébration », « Entre vous deux », « Eurydice, où es-tu ? » et bien sûr l’incontournable « Bonheur de vivre et de chanter ».

 

© Gilles Penso


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LES ÉTERNELS (2021)

Camouflés parmi les humains depuis 7000 ans, des immortels venus d’une autre planète affrontent les redoutables « Déviants »…

ETERNALS

 

2021 – USA

 

Réalisé par Chloe Zhao

 

Avec Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie, Kumail Nanjiani, Lia McHugh, Barry Keoghan, Brian Tyree Henry, Don Lee, Salma Hayek

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

En attendant que les Avengers, soudain privés de chefs à la fin de Endgame, se remettent de ce coup dur et se réorganisent, les studios Marvel étaient désireux de mettre en scène une autre équipe de super-héros. L’intégration des X-Men ou des Quatre Fantastiques dans le « Cinematic Universe » n’étant pas encore tout à fait d’actualité, on puisa dans une création moins connue du talentueux Jack Kirby, qui donna corps à la grande majorité des héros imaginés par Stan Lee dans les années 60. Conformes aux concepts titanesques chers à Kirby, les Éternels sont nés en juillet 1976 dans une publication à leur nom (les lecteurs français les découvrirent un an plus tard dans le Strange n°90). Bien plus proches des personnages de DC que de l’univers Marvel, possédant des attributs et des pouvoirs hérités de la mythologie grecque, d’origine millénaire et extra-terrestre, ils s’accordent à vrai dire assez difficilement avec l’esprit des autres comics de Marvel. Les scénaristes Patrick Burleugh, Matthew K. Firpo et Ryan Firpo sont donc chargés de réadapter ces personnages mythiques pour les intégrer dans la gigantesque saga cinématographique amorcée en 2008. Engagée comme réalisatrice de ce film consacré aux Éternels, Chloé Zhao participe aussi activement à l’écriture du long-métrage. Entretemps, Zhao remporte l’Oscar du meilleur film et de la meilleure réalisation pour son film Nomadland, ce qui conforte Marvel dans son choix.

Le film affiche dès son entame deux influences cinématographiques ouvertement assumées : Star Wars et 2001 l’odyssée de l’espace. Après un texte défilant nous résumant des enjeux intergalactiques, un grand monolithe noir flotte en effet dans le cosmos. Nous sommes à bord du vaisseau Domo, transportant les Éternels, une ancienne race extraterrestre liée à des entités cosmiques appelées les Célestes. Voici 7000 ans qu’ils se sont insinués parmi les populations terriennes pour exterminer les Déviants, des monstres mutants particulièrement virulents. Sortes de dragons mi-aquatiques mi-volants qui empruntent aussi leur morphologie aux insectes ou aux taureaux selon les espèces, ces créatures dignes des dessins les plus baroques de Jack Kirby ne sont pas sans évoquer le démon Sammael de Hellboy. Les Éternels ayant réussi leur mission, ils continuent à vivre cachés parmi les humains pendant plusieurs milliers d’années, les protégeant sans intervenir dans leurs conflits. Mais un phénomène inattendu, l’Émergence, les pousse à sortir de l’ombre et à se rassembler à nouveau, alors que surgit partout une nouvelle horde de redoutables Déviants…

L’ombre des DC Comics

Construit sur une narration parallèle alternant les événements contemporains et plusieurs flash-backs situés dans des périodes clés de l’humanité, Les Éternels mêle quelques têtes d’affiche des années 90/2000 (Angelina Jolie, Salma Hayek) à un casting volontairement moins connu. D’emblée, les ressemblances entre ces personnages et ceux de Watchmen sautent aux yeux. Si ce n’est que les Éternels restent désespérément lisses, dénués de la moindre aspérité, au sein d’une direction artistique exempte de partis pris radicaux. Le problème vient justement de cette volonté compréhensible mais artificielle d’accorder ces héros avec leurs homologues de Marvel. Du coup, même dans l’antiquité la plus lointaine, ces aliens divins parlent et blaguent comme des Américains des années 2020. Le scénario se prive en outre de toute réflexion sur les complexités du statut d’immortel parmi une population d’êtres éphémères. La longue durée du métrage (2h36) aurait largement permis de développer ce thème, sans conteste le plus intéressant du film. Mais Chloé Zhao et ses scénaristes passent à côté du sujet, se contentant de livrer ce qu’on attend d’eux : des personnages en panoplies brillantes qui se battent à coup de rayons d’énergie, de l’humour bon enfant, des bons sentiments… On en vient même à se demander si le film ne développe pas une sorte d’étrange complexe d’infériorité vis-à-vis de DC, jusqu’à citer ouvertement la concurrence (à travers des clins d’œil frontaux à Batman et Superman) et à traiter le personnage d’Ikaris (sans conteste le plus intéressant du lot) exactement comme Kal-El dans Man of Steel. De fait, on se prend à rêver à ce que Zack Snyder aurait pu tirer d’un tel concept. Sans doute aurait-il été beaucoup plus respectueux de l’esprit « larger than life » de Jack Kirby.

 

© Gilles Penso

 

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HOUSE 4 (1992)

Un quatrième épisode sans queue ni tête avec une douche de sang, des déchets toxiques, des gangsters à tête d’animaux et une pizza humaine…

HOUSE IV – THE REPOSSESSION

 

1992 – USA

 

Réalisé par Lewis Abernathy

 

Avec William Katt, Terri Treas, Melissa Clayton, Scott Burkholder, Denny Dillon, Ned Romero, Dabbs Greer, Ned Bellamy

 

THEMA FANTÔMES I SAGA HOUSE

C’est Lewis Abernathy, un véritable « couteau-suisse » à la fois scénariste, acteur et créateur d’effets spéciaux, qui hérite de la mise en scène de House 4, dernier opus d’une franchise inégale initiée au milieu des années 80. Le scénario de cet épisode est co-écrit par Deordre Higgins et Geof Miller (Mutant aquatique en liberté), l’histoire ayant également été travaillée par R.J. Robertson (Mutant) et Jim Wynorski (Shopping). Conformément au principe établi dans cette franchise multiforme, l’histoire ne présente pas de continuité avec celle des autres films et la maison du titre n’a aucun lien avec les trois précédentes. On aurait pourtant pu croire à un retour aux sources, dans la mesure où le héros du premier House, Roger Cobb, est de retour sous les traits de son interprète William Katt. Mais ce n’est qu’un leurre. En effet, malgré l’homonymie des noms et la sollicitation du même comédien, nous avons de toute évidence affaire à un autre personnage. Le Cobb du premier film était père d’un petit garçon, marié à l’actrice Sandy Sinclair et héritier de la maison de sa tante. Ici, il est père d’une petite fille, son épouse s’appelle Kelly et il hérite de la maison de son père. On peut légitimement se demander dans ce cas pourquoi avoir conservé le nom de Roger Cobb. Visiblement, les scénaristes n’en savent pas plus que nous, ce que tend à confirmer une intrigue sans queue ni tête qui se déploie au petit bonheur la chance pendant 90 minutes.

William Katt ne faisant acte de présence que le temps de deux jours de tournage, son personnage s’efface rapidement au profit de Kelly Cobb, incarnée par Terri Treas (vue en scientifique fascinée par les insectes dans Voyage au bout de l’horreur). Mère d’une fille de douze ans (que joue une comédienne de 18 ans !) clouée sur un fauteuil roulant après un accident de voiture spectaculaire, elle s’installe dans le vieux manoir familial isolé au milieu du désert dont elle vient d’hériter. Son beau-frère Burke (Scott Burkholder) aimerait beaucoup racheter la maison pour la détruire et disposer du terrain, mais Kelly n’y tient pas et reste avec sa fille dans cette demeure pourtant objectivement sinistre. Bientôt, la jeune mère est frappée de visions et de cauchemars de plus en plus préoccupants. Elle découvre alors que le manoir, qui semble hanté, a été construit sur une source indienne sacrée. C’est alors qu’interviennent deux hommes de main de Burke, engagés pour pousser de force Kelly et sa fille à quitter les lieux…

Ni peur ni rire

Autant l’avouer tout de suite : on s’ennuie ferme pendant la grande partie de ce film bancal qui semble hésiter entre le public familial (le fantôme gentil, la petite fille et son nounours, les gangsters bêtes et maladroits) et les ados férus de films d’horreur (nous avons même droit au gros plan parfaitement gratuit d’une paire de seins recouverts de sang). Même si l’atelier KNB est toujours en charge des effets spéciaux (comme sur l’opus précédent), leur champ d’action est ici très limité. Les éléments surnaturels du film oscillent d’ailleurs entre les trouvailles surprenantes (une main surgit d’un tas de cendres éparpillées au sol, une pizza prend soudain des traits humains, un pommeau de douche crache des litres d’hémoglobine) et les idées visuelles grotesques (une lampe de chevet se transforme en chien, les hommes de main de Burke se retrouvent affublés d’une tête de serpent et d’une tête de fourmi). Et puis soudain, au bout d’une heure de métrage, nous avons l’impression de basculer dans un film Troma avec une usine de déchets toxiques dégoulinants, un chef d’entreprise mafieux aux allures de gnome trapu assis sur un trône, des hommes de main habillés en tueurs à gage, une secrétaire bimbo et du slime repoussant. Conçu en dépit du bon sens, House 4 ne fait donc ni peur ni rire et se visionne avec perplexité. Tourné en 1990 et sorti deux ans plus tard directement en vidéo, ce sera le tout dernier opus d’une franchise en bout de course.

 

© Gilles Penso


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HOUSE 3 (1989)

Dans ce troisième opus, Lance Henriksen incarne un policier hanté par un tueur en série aux pouvoirs surnaturels…

HOUSE 3: THE HORROR SHOW

 

1989 – USA

 

Réalisé par James Isaac

 

Avec Lance Henriksen, Brion James, Rita Taggart, Dedee Pfeiffer, Aron Eisenberg, Thom Bray, Matt Clark

 

THEMA FANTÔMES I TUEURS I SAGA HOUSE

Toujours produit par Sean S. Cunningham (alias « Monsieur Vendredi 13 »), House 3 est co-écrit par Leslie Bohem et Allyn Warner, ce dernier ayant choisi d’être crédité au générique sous le célèbre pseudonyme d’Alan Smithee, preuve qu’il n’était pas très fier de son travail. Il faut dire que ce troisième House part du mauvais pied. Une semaine après le début du tournage, le metteur en scène David Blyth (Death Warmed Up) est remercié et remplacé par James Isaac. Celui-ci n’a pourtant réalisé aucun film, mais son expérience dans les effets spéciaux, notamment aux côtés de Chris Walas sur Le Retour du Jedi, Gremlins, Enemy et House 2, en fait visiblement le candidat idéal. Isaac réalisera plus tard Jason X, Skinwalkers et Pig Hunt, avant de s’éteindre en 2012 à l’âge de 51 ans. Comme le montrait déjà House 2, les films de cette franchise ne sont pas reliés entre eux narrativement. Le seul point commun est le choix d’une maison comme lieu principal de manifestations surnaturelles effrayantes. Le ton a d’ailleurs radicalement changé dans ce troisième opus. Après les traits d’humour du premier et les écarts burlesques du second, l’intrigue s’appréhende ici au premier degré, se teintant d’une noirceur qui tranche avec le style des films précédents.

House 3 adopte d’abord les codes d’un film policier constellé de détails macabres : des mains coupées, des têtes tranchées, des bras arrachés, des litres de sang projetés sur les murs… L’auteur de ces actes immondes est Max Jenke (Brion James), un tueur en série qui compte quelque 110 victimes à son actif. Après un long jeu du chat et de la souris, le policier Lucas McCarthy (Lance Henriksen) finit par l’arrêter et le jeter derrière les barreaux. Mais ce bain de sang continue de le hanter jour et nuit. McCarthy souffre en effet de visions horribles et de cauchemars récurrents. Tout cela, espère-t-il, prendra fin lorsque Jenke rendra son dernier souffle sur la chaise électrique. Mais l’exécution du tueur ne se passe pas comme prévu. L’homme met dix bonnes minutes à mourir. Avant de rendre l’âme, il se dresse face à Lucas, affreusement calciné, pour lui dire qu’il reviendra le persécuter post-mortem. Et effectivement, le spectre ricanant et électrique de Jenke se libère pour venir harceler celui qui l’a arrêté et pour hanter sa demeure.

L’évadé de la chaise électrique

Le postulat délirant de House 3 évoque irrésistiblement Shocker et Prison, qui sont sortis sur les écrans à la même période et mettent eux aussi en scène un « évadé de la chaise électrique ». Le film repose beaucoup sur la présence charismatique de Lance Henriksen et sur la prestation excessive de Brion James qui s’amuse visiblement comme un fou dans le rôle du tueur au hachoir (ce serait l’un de ses rôles préférés). Hélas, l’intrigue se résume finalement à peu de chose et les situations deviennent vite limitées, au point que James Isaac se fend de quelques effets de sursaut balourds pour tenter de dynamiser les choses. L’entame était pourtant prometteuse et le scénario aurait gagné à entretenir le doute sur la santé mentale du héros. Mais cette ambiguïté fait long feu au profit d’une mécanique de slasher plus routinière. Autre problème : un laxisme total concernant les capacités de cet assassin revenu d’entre les morts. Parfois il se comporte comme un poltergeist qui éteint les ampoules et agite la chaudière, d’autres fois il est soumis aux mêmes lois physiques que les mortels, à moins qu’il ne se téléporte d’un lieu à l’autre ou qu’il imite la voix des autres pour faire des blagues ! Si les créatures délirantes des deux films précédents cèdent le pas à des effets gore plus réalistes, l’atelier d’effets spéciaux KNB nous offre tout de même quelques visions surréalistes, notamment cette dinde fourrée qui se transforme en monstre hybride arborant le visage du tueur, ce ventre de femme enceinte qui gonfle démesurément, ou cette blessure pantelante qui s’ouvre sur une poitrine façon Videodrome. Les séquences sanglantes du film sont d’ailleurs atténuées au montage pour éviter une interdiction aux moins de 18 ans. Face au résultat final, le distributeur MGM décide de retitrer le film Horror Show pour l’exploiter de manière autonome, indépendamment de la franchise House. Dans le reste du monde, il conserve son titre de House 3.

 

© Gilles Penso


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HOUSE 2, LA DEUXIÈME HISTOIRE (1987)

Une fausse suite de House dans laquelle surgissent des dinosaures, des cowboys morts-vivants, un chien-chenille et un barbare préhistorique…

HOUSE II: THE SECOND STORY

 

1987 – USA

 

Réalisé par Ethan Wiley

 

Avec Arye Gross, Jonathan Stark, Royal Dano, Bill Maher, John Ratzenberger, Lar Park-Lincoln

 

THEMA FANTÔMES I DINOSAURES I SAGA HOUSE

Le titre de ce film est le seul élément qui se réfère au House de Steve Miner, puisque ni l’intrigue, ni les personnages, ni même la maison n’ont de rapport avec le film précédent. Écrite (en à peine deux semaines) et réalisée par Ethan Wiley, déjà scénariste du premier House, cette « deuxième histoire » met en vedette Arye Gross, tête d’affiche aux côtés de C. Thomas Howell de l’excellent Soul Man réalisé justement par Steve Miner. Il interprète ici Jesse McLaughlin, qui s’installe avec sa fiancée Kate dans la vieille maison léguée par ses parents. En prenant possession des lieux, Jesse retrouve la trace de Cramps, son arrière-arrière-grand-père qui fut un redoutable hors la loi du Far West, surtout connu pour avoir, avec son complice Slim, dérobé un crâne de cristal aztèque censé procurer l’immortalité. Par la cloison défoncée d’une maison, un barbare débarque soudain de la préhistoire en pleine fête d’Halloween, assomme quelques convives et s’empare du précieux crâne. Jesse et son ami Charlie filent aussitôt à ses trousses. Ils récupèrent le crâne mais celui-ci est subtilisé par un ptérodactyle qui le dépose dans son nid au sommet d’un arbre immense. Jesse récupère le crâne, ainsi qu’un bébé ptérodactyle et un chien-chenille…

Le film d’Ethan Wiley a du mal à démarrer car dans sa première demi-heure il semble hésiter entre l’épouvante traditionnelle – qui ne fonctionne qu’à moitié, d’autant que rien n’explique la résurrection du grand père dont les deux héros ne semblent pas s’étonner outre mesure – et la comédie pataude, dont les effets tombent à plat (malgré quelques gags dignes d’un sketch des Monty Pythons, comme l’intervention de Bill, « l’électricien aventurier »). Mais dès que Jesse et Charlie se retrouvent dans une jungle antédiluvienne, le film trouve son rythme de croisière et sa juste tonalité, celle d’une aventure fantastique burlesque. Le récit prend alors les allures de train fantôme, l’intrigue étant régulièrement – et artificiellement – relancée par l’intervention de nouveaux antagonistes s’emparant du crâne de cristal tant convoité.

Le royaume du crâne de cristal

House 2 fonctionne alors presque comme un film à sketches, partagé entre la première partie au présent, l’aventure préhistorique (agrémentée d’extraordinaires créatures en stop-motion : un brontosaure, un ptérodactyle, un monstre moustachu, un bébé ptérosaure et un chien-chenille), le sacrifice des Aztèques et la revanche de Slim. Respectivement responsables des créatures mécaniques et des monstres en animation, Chris Walas, Phil Tippett et Mark Sullivan livrent là de l’excellent travail, les effets spéciaux représentant à vrai dire l’attraction principale de ce grand huit sans queue ni tête. Mais pour Tippett, qui dirigea son équipe à distance sans rien animer lui-même, House 2 reste très anecdotique. « Ce film était surtout l’occasion de faire travailler mes assistants de manière indépendante, dans la mesure où je me suis contenté de superviser leur travail » dit-il à ce propos. « Il faut avouer que je préfère nettement travailler avec des producteurs qui respectent leurs engagements et qui savent comment filmer les effets spéciaux, des gens comme George Lucas, Steven Spielberg ou Jon Davison » (1). Mark Sullivan, en charge de l’animation des dinosaures et d’un Jesse miniature, garde un souvenir plus vivace du film. « Nous avons réalisé tous ces effets dans des délais très courts », explique-t-il. « Le grand ptérodactyle a été animé dans le studio de Dreamquest, là où j’avais déjà filmé le démon volant du premier House. » (2) D’autres séquelles suivront, ne présentant pas plus de parenté que celle-ci avec le House original.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

(2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2019

© Gilles Penso


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HOUSE (1985)

Les créateurs de la saga Vendredi 13 nous offrent un excellent film de maison hantée truffé de monstres délirants et de rebondissements impensables…

HOUSE

 

1985 – USA

 

Réalisé par Steve Miner

 

Avec William Katt, George Wendt, Kay Lenz, Richard Moll, Mary Stävin, Michael Ensign, Steve Susskind, Susan French, Alan Autry, Steven Williams, Dwier Brown

 

THEMA FANTÔMES I SAGA HOUSE

C’est en voyant La Quatrième dimension – le film que Fred Dekker développe l’idée d’un film à sketches constitué de plusieurs histoires d’horreur, un peu à la façon de Creepshow. Mais le projet ne se concrétise pas. Dekker reprend alors l’idée qu’il avait pour l’un des sketches et la confie à Ethan Wiley qui en tire un scénario complet en y injectant une bonne dose d’humour. C’est alors qu’entrent dans la danse Sean S. Cunningham et Steve Miner. Le premier est le producteur de la franchise Vendredi 13, le second a réalisé deux épisodes de la saga (Le Tueur du vendredi et Meurtres en trois dimensions), et tous deux décident de porter à l’écran cette histoire au fort potentiel horrifico-comique. D’autres habitués de la série des Vendredi 13 viennent se joindre à la fête, notamment le compositeur Harry Manfredini et le coordinateur des cascades Kane Hodder. Le rôle principal est confié à William Katt, inoubliable Tommy Ross de Carrie et beaucoup plus oubliable George Loomis de Baby, le secret de la légende oubliée. Le budget de House est très modeste (trois millions de dollars), son planning de tournage assez court (huit semaines) et son nombre de décors limité. Mais l’inventivité et le grain de folie de Miner et de son équipe compensent allègrement les manques de moyens.

William Katt incarne Roger Cobb, un vétéran de la guerre du Vietnam devenu écrivain à succès grâce à son roman d’horreur « Blood Dance ». Mais notre homme n’a plus rien écrit depuis un an, et tandis que ses fans réclament une autre histoire pleine de frissons, Roger aimerait dédier son prochain livre à son expérience pendant la guerre, au grand dam de son éditeur. Entretemps, sa tante se suicide sans explication. Roger hérite de sa maison et décide de s’y installer pour écrire son nouveau livre. D’autres traumatismes viennent alors le hanter, notamment la disparition inexpliquée de son fils Jimmy qui a provoqué sa séparation avec sa femme. Mais bientôt, ce sont des créatures monstrueuses surgies de l’au-delà qui s’attaquent à lui, retournant contre lui sa culpabilité et ses propres terreurs. Car la maison de sa tante ouvre des portes vers des univers parallèles tous plus inquiétants les uns que les autres…

Frappez avant d’hanter

L’équilibre des genres auquel s’adonne House n’est pas simple, dans la mesure où le caractère du protagoniste s’appuie sur deux drames tangibles : son fils volatilisé sans laisser de trace et son meilleur ami kidnappé et torturé par les Viêt-Cong. Malgré ce contexte tragique, le traitement volontairement outrancier des manifestations surnaturelles fait immédiatement basculer le film dans l’horreur comique, celle-là même que déclinera Sam Raimi dans Evil Dead 2. On note d’ailleurs plusieurs points communs entre les deux films : l’animal naturalisé cloué au mur qui revient à la vie, la main coupée baladeuse ou encore la solitude de cet homme qui croit devenir fou dans une maison soudain muée en train fantôme. Il n’est donc pas impossible que Raimi se soit – consciemment ou non – laissé influencer par cette approche très « EC Comics » de l’horreur. Dans le cas présent, la demeure hantée n’est pas isolée dans des bois sinistres mais implantée au beau milieu d’une tranquille zone résidentielle. D’où un certain nombre de situations comiques absurdes liées à la présence des voisins, des chiens, des enfants et de la police qui se manifestent tour à tour dans le quartier. Conçus par Kirk Thatcher et James Cummins (qui se firent les dents aux côtés des plus grands spécialistes du genre sur des films tels que Le Retour du Jedi, Gremlins, The Thing ou La Féline), les créatures de House rivalisent d’inventivité : un monstre multiformes caché dans un placard, un espadon empaillé qui s’agite, une sorcière obèse, des enfants démoniaques, un monstre volant à tête de mort (qu’on croirait échappé du poster de La Galaxie de la terreur) et un G.I. zombie très impressionnant. Gros succès qui rapportera plus de sept fois sa mise de départ, House entraînera plusieurs suites. Steve Miner, lui, prouvera une fois de plus ses talents de réalisateur de comédies avec l’excellent Soul Man l’année suivante.

 

© Gilles Penso


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THE BATMAN (2022)

Le super-héros de Gotham City renaît une nouvelle fois de ses cendres sous les traits blafards d’un Robert Pattinson transfiguré…

THE BATMAN

 

2022 – USA

 

Réalisé par Matt Reeves

 

Avec Robert Pattinson, Zoe Kravitz, Paul Dano, Jeffrey Wright, John Turturo, Peter Sarsgaard, Andy Serkis, Colin Farrell, Jayme Lawson, Peter McDonald

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA BATMAN I DC COMICS

L’homme chauve-souris de DC n’en finit plus de se noircir. En 1989, le Batman de Tim Burton nous offrait déjà la version la plus noire possible du justicier de Gotham. En reprenant le personnage à son compte, Christopher Nolan le noircissait davantage. Zack Snyder en rajoutait une couche quelques années plus tard. Voilà maintenant que Matt Reeves intensifie encore cette noirceur. Mais peut-on faire plus noir que noir ? Comme les lessives qui lavent « plus blanc que blanc », point de mire des blagues de Coluche ? Force est de constater que Matt Reeves sait ce qu’il fait. Son intention n’est visiblement pas de surenchérir sur ses aînés mais de proposer une version alternative des aventures du Dark Knight. D’ailleurs, le Batman cinématographique ne semble pouvoir fonctionner qu’à travers des coexistences parallèles parfois contradictoires. En l’espace de dix ans seulement, nous aurons eu droit à celui de The Dark Knight Rises, qui n’est pas du tout le même que Batman V. Superman, ni vraiment celui qui apparaît furtivement dans Suicide Squad, ni bien sûr celui qu’on voit naître dans la série Gotham et dans Joker, ni même celui du Justice League de Snyder. Pour nourrir sa vision personnelle, le réalisateur de Cloverfield n’a qu’un visage en tête : Robert Pattinson. Cette annonce a fait grincer de nombreuses dents, comme à l’époque où Burton imposait Michael Keaton. Mais face au film, les mâchoires se sont desserrées. L’Edward Cullen de la saga Twilight incarne à merveille cette version encore inédite du super-héros : un oiseau de nuit aux allures de rock-star désabusée qui vit à l’abri des regards indiscrets dans un manoir décrépi.

D’emblée, The Batman place au centre de son intrigue la question du point de vue. À travers une paire de jumelles, le spectateur espionne en caméra subjective les faits et gestes de la future victime d’un tueur en série. Cette scène trouve son écho un peu plus tard, si ce n’est que cette fois-ci c’est Batman qui joue les voyeurs en observant à la dérobée Selina Kyle, alias Catwoman. Un lien inconscient se tisse ainsi entre le héros et l’assassin, pôles opposés d’une même colère. Lorsque Batman dit à ses adversaires « Je suis Vengeance », le redoutable Riddler pourrait en dire tout autant. Car leurs ennemis sont finalement les mêmes : la corruption, le mensonge et la criminalité organisée. Et puisque les points de vue se brouillent, Matt Reeves opte pour une photographie extrêmement sombre, plongeant ses décors dans une pénombre quasi-permanente et les inondant sous des rideaux de pluie. Lorsque des faisceaux de lumière parviennent à se frayer un chemin dans les ténèbres, c’est pour nous éblouir. Même la grande poursuite automobile – morceau de bravoure du film – n’est lisible que par intermittence, obligeant les spectateurs à plisser les yeux pour comprendre ce qui se passe, sans pour autant que la fureur destructrice de ce chassé-croisé n’en soit amenuisée, la Batmobile s’érigeant quasiment en émule de l’Interceptor de Mad Max. Ce parti-pris artistique pousse le public à adopter le regard nyctalope de Bruce Wayne. Lorsque Bruce s’éveille au petit matin, il cache ses yeux derrière des lunettes de soleil. Car le Batman incarné par Robert Pattinson est littéralement une chauve-souris vampire. Ironique, pour celui qui fut le héros de Twilight.

« Je suis Vengeance »

S’il y a bien des super-vilains exubérants dans cette histoire, le récit se veut avant tout policier, nous rappelant que DC est l’acronyme de Detective Comics. En prêtant main-forte à une police pas toujours conciliante, en collectant les indices qui devraient le mener jusqu’au tueur, en cherchant à démanteler l’empire du crime de Carmine Falcone (excellent John Turturo) et de son bras droit le Pingouin (Colin Farrell, méconnaissable), Batman redevient le combattant du crime conçu par Bob Kane et Bill Finger à la fin des années trente, même si les bandes-dessinées qui servent de référence majeure à Matt Reeves datent des années 70. Mais la source d’inspiration le plus explicite de The Batman est d’ordre cinématographique : il s’agit de Seven. Le modus operandi de ce serial killer obsessionnel amateur d’énigmes qui ne cesse de manipuler les autorités est directement hérité du thriller de David Fincher, tout comme le traitement étouffant de cette cité humide qui semble suinter la turpitude par toutes ses pores. Immergé dans cette atmosphère fétide, Batman est un super-héros neurasthénique dont les névroses se traduisent par une bande originale entêtante composée par Michael Giacchino, fidèle alter-ego musical du réalisateur. Voilà donc une relecture fascinante d’un mythe pourtant déjà décliné à toutes les sauces, nouvelle preuve que la justice a mille visages et que les héros sont éternels.

 

© Gilles Penso


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HER (2013)

Une histoire d’amour passionnée, intense et complexe entre un homme et une intelligence artificielle…

HER

 

2013 – USA

 

Réalisé par Spike Jonze

 

Avec Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Chris Pratt, Olivia Wilde, Matt Letscher, Luka Jones, Kristen Wiig, Bill Hader, Portia Doubleday

 

THEMA FUTUR I ROBOTS ET INTELLIGENCES ARTIFICIELLES

De son vrai nom Adam Spiegel, Spike Jonze s’est très tôt distingué par ses propositions cinématographiques hors normes où l’absurde se taillait souvent la part du lion : Dans la peau de John Malkovich (écrit par Charlie Kaufman), Adaptation (écrit par Charlie et Donald Kaufman) puis Max et les Maximonstres (écrit par Dave Eggers et lui-même). Her est le premier de ses longs-métrages dont il signe seul le scénario en s’inspirant d’une expérience personnelle troublante. Après avoir lu un article sur un programme de messagerie instantanée générée par une intelligence artificielle, il s’y connecte et découvre l’incroyable capacité d’adaptation du système. De nombreuses limitations sont bien sûr perceptibles, mais le principe le fascine suffisamment pour jeter les bases d’un récit atypique : l’histoire d’un amour virtuel au cours de laquelle la notion de réalité finit par devenir relative. Dans les rôles principaux, il opte pour Joaquin Phoenix, qui vient alors de jouer dans The Immigrant de James Gray, et Scarlett Johansson, dont la prestation ne peut évidemment s’apprécier que si le film est vu en version originale dans la mesure où seule sa voix est présente dans le film. Her s’offre aussi des seconds rôles savoureux : Amy Adams (l’amie de longue date), Rooney Mara (l’ex-femme), Chris Pratt (le collègue de travail gentiment lourdaud) ou encore Olivia Wilde (le rencart d’un soir). Sous l’influence manifeste de Woody Allen, Jonze adopte une mise en scène très instinctive et laisse aux comédiens toute la latitude nécessaire pour qu’ils puissent s’exprimer librement dans des cadres captés souvent caméra à l’épaule.

Her se situe dans un futur très proche, à Los Angeles. Employé comme écrivain public dans la compagnie Handwrittenletters, Theodore Twombly est chargé de rédiger des lettres d’amour ou d’amitié pour des gens incapables de prendre eux-mêmes leur plume. Son talent dans ce domaine est indiscutable, preuve d’une sensibilité à fleur de peau. Mais Theodore est par ailleurs un homme mélancolique et introverti, incapable de se remettre de sa rupture avec son épouse Catherine. Un jour, il installe sur son ordinateur un tout nouveau système d’exploitation équipé d’une intelligence artificielle capable de s’adapter et d’évoluer. Il dote cet OS d’une voix féminine, qui choisit aussitôt le prénom de Samantha. Le naturel avec lequel s’exprime et réagit cette voix synthétique surprend Theodore qui commence progressivement à éprouver des sentiments pour elle. Sensible, drôle, délicate, attentive, Samantha le séduit au-delà de toute mesure. Or ces sentiments semblent partagés…

Algorithme and blues

Joaquin Phoenix est décidément un acteur d’exception, véritable caméléon capable de se fondre dans ses personnages au point de s’effacer quasi-totalement derrière eux, comme si son enveloppe charnelle était le réceptacle d’une galerie de caractères multiformes. Or tout le film tourne justement autour de l’idée d’une voix qui prend virtuellement corps dans l’esprit de celui qui l’écoute. Theodore est un homme rongé par la solitude, incapable d’accepter son divorce alors qu’il est séparé depuis un an (« j’attends de ne plus l’aimer » avoue-t-il à Samantha), inventant des sentiments factices à travers des courriers passionnés qu’il écrit pour d’autres. Les sensations qu’il commence à éprouver pour son système d’exploitation sont-elles les symptômes pathétiques d’un être émotionnellement inadapté ? A moins qu’un algorithme très élaboré puisse combler un manque affectif, évoluer au point de se muer en être capable d’émotions, de désirs et de sensibilité ? « Je deviens bien plus que ce pour quoi j’ai été programmée », finit par constater Samantha, surprise des propres pensées qui traversent son esprit synthétique. Mais l’amour peut-il se soustraire totalement à la présence physique ? Le questionnement est d’autant plus fascinant que les intelligences artificielles. gagnent du terrain dans notre monde réel et finiront tôt ou tard par poser des problèmes d’ordre métaphysique. D’autres films ont bien sûr abordé le sujet de l’émancipation d’un esprit synthétique par le passé, sur un spectre large allant d’Electric Dreams à Simone, mais rarement avec autant d’acuité et de sensibilité que celui de Spike Jonze. Her remportera en 2014 l’Oscar du meilleur scénario.

 

© Gilles Penso

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SHANG-CHI ET LA LÉGENDE DES DIX ANNEAUX (2021)

Pour varier les plaisirs, les studios Marvel sollicitent un super-héros peu connu maître des arts martiaux…

SHANG-CHI AND THE LEGEND OF THE TEN RINGS

 

2021 – USA

 

Réalisé par Destin Daniel Cretton

 

Avec Simu Liu, Awkwafina, Tony Leung, Ben Kingsley, Meng’er Zhang, Fala Chen, Michelle Yeoh, Wah Yuen, Florian Munteanu

 

THEMA SUPER-HÉROS I DRAGONS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Pour le vingt-cinquième long-métrage de leur « Cinematic Universe », les studios Marvel s’intéressent à un personnage beaucoup moins connu que ses homologues masqués, mutants et cuirassés, en l’occurrence Shang-Chi. Né dans les années 70 sous la plume de Steve Englehart et les coups de crayon d’Al Milgrom et Jim Starlin, ce héros asiatique surgit dans les pages des BD Marvel en réponse à la vogue croissante des films de kung-fu. Bruce Lee est d’ailleurs l’une des influences majeures de l’équipe ayant présidé à sa création. Dès la fin des années 80, Stan Lee envisage de porter à l’écran ce justicier maître des arts martiaux et vise dans le rôle principal Brandon Lee, le fils de Bruce Lee (futur héros de The Crow). Mais le projet n’aboutit pas. Au début des années 2000, une nouvelle tentative d’adaptation est initiée, cette fois-ci par Dreamworks. Stephen Norrington et Yuen Woo-Ping sont tour à tour envisagés derrière la caméra, sans que le film ne puisse voir le jour. Il faut donc attendre que Marvel récupère les droits d’adaptation pour que Shang-Chi crève enfin les écrans. Au-delà de l’éventuel intérêt scénaristique d’un tel film, la démarche est culturelle, sociale et politique. Shang-Chi et la légende des dix anneaux est en effet un moyen pour la puissante compagnie de production de mettre à l’honneur la communauté asiatique, comme elle l’avait fait avec la culture africaine à l’occasion de Black Panther. C’est le réalisateur d’origine hawaïenne Destin Daniel Cretton, jusqu’alors spécialisé dans le cinéma indépendant, qui hérite de la réalisation de Shang-Chi dont il co-écrit l’histoire avec Dave Callaham.

Shaun (Simu Liu) vit à San Francisco comme modeste voiturier. Sa sœur Xialing (Meng’er Zhang) s’est établie à Macao où elle dirige un cercle de combats clandestins. Tous deux n’ont rien en commun, sinon un père superpuissant (Tony Leung) détenteur de dix anneaux qui le dotent de pouvoirs surnaturels depuis des siècles. Le jour où ce dernier envoie aux trousses de ses deux enfants de redoutables hommes de main chargés de récupérer les médaillons qu’ils portent autour du cou, Shaun et Xialing sont obligés de recroiser leur chemin, à l’occasion de retrouvailles musclées et dévastatrices. Mais le frère et la sœur vont devoir oublier leurs différences et leurs dissensions s’ils veulent avoir une chance d’affronter leur père, persuadé que sa défunte épouse l’appelle depuis l’au-delà. Pour la retrouver, il est prêt à tout, y compris raser un village entier et ses habitants…

Le soufflé retombe

La première partie de Shang-Chi laisse planer beaucoup d’espoirs. Les personnages y sont attachants, joués avec finesse, constellant leurs dialogues de petites touches d’humour bienvenues (la complicité établie entre les personnages qu’incarnent Simu Liu et Awkwafina fonctionne bien). Lorsque la comédie urbaine cède le pas à l’action, tous les excès sont permis avec une générosité rafraîchissante : une scène de combat hallucinante dans un bus (sorte de mixage délirant entre Speed et Crazy Kung-fu) puis une bataille sauvage à flanc d’immeuble avec son lot d’effets vertigineux et de chutes dans le vide. Hélas, toute cette belle énergie se met au service d’un scénario sans queue ni tête aux rebondissements invraisemblables. On s’entretue puis on se tombe dans les bras, on se déteste puis on s’adore, sans motivation ni logique. Au bout de trois quarts d’heure de métrage, le soufflé retombe donc et l’on repart dans une histoire de légende séculaire, de destin et de magie, le tout expliqué par d’interminables dialogues que déclament Tony Leung et Michelle Yeoh. Terriblement sous-exploités, ces immenses acteurs conservent malgré tout leur charisme. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l’immense Ben Kingsley, dont la prestation s’avère ici très embarrassante. La dernière partie du film nous transporte dans une forêt enchantée disneyenne gorgée de créatures magiques où semblent s’entremêler les influences de Dragonball, L’Histoire sans fin et Les Monstres de l’apocalypse. Tous ces déchaînements numériques nous laissent donc froids et distants, annihilant le potentiel que laissait entrevoir l’entame du film.

 

© Gilles Penso

 

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EMBRASSE-MOI, VAMPIRE (1988)

Nicolas Cage se laisse séduire par Jennifer Beals, qu’il soupçonne d’être un vampire, et bascule dans la folie la plus exubérante…

VAMPIRE’S KISS

 

1988 – USA

 

Réalisé par Robert Bierman

 

Avec Nicolas Cage, Maria Conchita Alonso, Jennifer Beals, Elizabeth Ashley, Kasi Lemmons, Bob Lujan

 

THEMA VAMPIRES

Écrit par Joseph Minon (à qui nous devons le scénario de After Hours) et réalisé par Robert Bierman (qui effectue là ses premiers pas de metteur en scène pour le cinéma), Embrasse-moi, vampire s’appuie sur un postulat très prometteur. Peter Loew (Nicolas Cage), un agent littéraire coureur de jupons, est persuadé que Rachel (Jennifer Beals), la jeune femme qu’il a ramenée chez lui un soir, est un vampire qui l’a mordu. Obsédé par cette idée, il finit par ne plus distinguer la réalité de l’illusion et se défoule en terrorisant Alva (Maria Conchita Alonso), l’une de ses secrétaires. Mais les choses ne s’arrangent pas et les crises empirent. Ses séances de psychanalyse avec le docteur Glaser (Elizabeth Ashley) n’apaisent pas non plus la situation. Et s’il était réellement en train de se transformer en vampire ? Autour de lui, la vie quotidienne se transforme en cauchemar et le sang va finir par couler. A la lecture de ce « pitch », on imagine des situations comiques en cascades, une progression dramatique allant crescendo, une balance constante entre l’épouvante et l’humour… Hélas, il n’y a rien de tout ça dans le film de Robert Bierman, qui se prive de tout le potentiel inhérent à son concept et qui, au lieu de faire rire, peur, voire les deux, se contente d’accumuler les séquences hystériques et absurdes sans se soucier un seul instant de cohérence et d’épaisseur dramatique.

Alors en début de carrière, Nicolas Cage surjoue à outrance, écarquille les yeux, pousse des hurlements toutes les trente secondes et adopte une démarche à la Quasimodo. Il faut bien admettre que l’acteur – comme toujours – donne de sa personne, détruisant pour de vrai la quasi-totalité du mobilier d’un appartement au risque de se blesser ou avalant face à la caméra un cafard bien réel (une référence aux agissements du Renfield de « Dracula » qu’il regretta plus tard). Cage citera souvent sa prestation dans Embrasse-moi, vampire comme sa préférée, alors que nous serions tentés de penser que c’est la pire ! De fait, ses intentions de jeu – imiter les mimiques de Max Schreck dans Nosferatu, adopter un faux accent pour que son personnage ait l’air faussement distingué en société – sont souvent incompréhensibles. Échappée de Flashdance et La Promise, Jennifer Beals inonde quant à elle l’écran de sa beauté envoûtante qui nous ferait presque croire, à nous aussi, qu’elle est un être surnaturel. Mais sa présence trop furtivement exploitée ajoute une pierre à l’édifice de la frustration qu’engendre le film de Bierman.

Cage en roue libre

En réalité, il est moins question de vampirisme que de folie dans ce film. La comédie fantastique promise prend vite les allures d’un drame pathétique mal fagoté, tournant principalement autour d’un patron atteint de démence qui ne cesse de tourmenter sa secrétaire. Et comme notre « héros » semble atteint de délire dès le début du film, que ses agissements demeurent parfaitement invraisemblables et qu’il n’y a aucun moyen de s’identifier à lui, le spectateur finit forcément par se désintéresser de l’intrigue. Reste une poignée de séquences propres à arracher quelques sourires, comme Nicolas Cage dormant sous son canapé qu’il a aménagé en cercueil de fortune, ou courant après des pigeons en s’affublant de dents de vampire en plastique. C’est peu, certes, mais suffisant pour les nombreux fans de la star de Sailor et Lula qui guettent avidement tous les excès d’un acteur connu pour ses coups de folie, ses débordements et ses fulgurances. Christian Bale lui-même avouera s’être inspiré de cette prestation délirante pour incarner le tueur d’American Psycho.

 

© Gilles Penso


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