LA MUTANTE 2 (1998)

Ce deuxième épisode aux ambitions plus modestes et au casting moins prestigieux s’avère très généreux en séquences gore excessives…

SPECIES 2

 

1998 – USA

 

Réalisé par Peter Medak

 

Avec Natasha Henstridge, Michael Madsen, Marg Helgenberger, Mykelti Williamson, Justin Lazard, James Cromwell

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

La Mutante 2 aurait tout aussi bien pu s’appeler « Le Mutant », dans la mesure où le personnage incarné par la belle Natasha Henstridge, un clone de la créature précédente, passe le plus clair du film dans une cage dorée, fruit des expérimentations du gouvernement. Ce clone s’appelle EVE (acronyme de « Extraterrestrial Vulnerability Experiment », autrement dit « Expérience sur la Vulnérabilité Extraterrestre ») et orne un peu abusivement tous les posters du film. Car le personnage central de ce second opus est Patrick Ross (Justin Lazard), chef d’une expédition sur Mars qui rentre sur Terre infecté par de l’ADN extra-terrestre. Inconsciemment, il va peu à peu muter et se mettre en quête d’un maximum de partenaires féminines afin de créer une nouvelle race hybride vouée à repeupler notre planète. Comme l’astronaute est plutôt beau gosse et que son visage orne les paquets de céréales, autant dire qu’il tombe les filles assez facilement. Hélas pour elles, chaque coït se clôt invariablement par un accouchement accéléré pour le moins douloureux.

Succédant à Roger Donaldson derrière la caméra, Peter Medak (Romeo is Bleeding) assume pleinement le caractère de série B de cette séquelle, avec une désinvolture plutôt réjouissante. L’humour se taille ainsi une belle part, avec dès le premier plan du film l’entrée dans le champ d’une navette spatiale couverte de sponsors jusqu’à l’excès. Mais ce sont les débordements gores qui surprennent le plus. Ainsi le film est-il régulièrement scandé d’explosions de ventres avec jets d’entrailles et surgissements de tentacules pantelantes du plus spectaculaire effet. On pense tour à tour à Alien, Contamination, The Thing et X-Tro. La séquence la plus étonnante, cependant, survient au moment où Patrick Ross, animé par un ultime instinct humain, décide de se faire sauter le caisson d’un coup de fusil bien placé. Sa tête explose donc en mille morceaux, puis se reconstitue l’instant d’après, les os et les tissus se régénérant à la vitesse grand V. L’effet spécial, ahurissant, annonce les prouesses visuelles de L’Homme sans ombre de Paul Verhoeven.

Croisements contre-nature

S’il ne se réfrène pas sur le gore, Peter Medak y va également de bon cœur côté nudité, même si la plupart des séquences où les prétendantes du bel astronaute se dévêtent sont finalement considérablement écourtées au montage pour éviter de priver le film d’un trop large public. Après avoir engendré plusieurs dizaines de rejetons, notre mutant décide enfin de s’accoupler avec la mutante du titre et, au moment du climax, tous deux apparaissent sous leur forme naturelle de monstres à la H.R. Giger. Malheureusement, le dénouement du film expédie tous les monstres, grands et petits, en trois minutes trente, à l’aide d’un prétexte scénaristique des plus légers. Dommage, car on s’attendait tout de même à un final un peu plus musclé que ce pétard mouillé du plus mauvais effet.

 

© Gilles Penso


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THE STUPIDS (1996)

John Landis s’inspire d’une série de livres pour enfant pour raconter l’aventure d’une famille de complotistes loufoques…

THE STUPIDS

 

1996 – USA / GB

 

Réalisé par John Landis

 

Avec Tom Arnold, Jessica Lundy, Bug Hall, Alex McKenna, Mark Metcalf, Matt Keeslar, Frankie Faison, Bob Keeshan, Rolanda Watts, Christopher Lee

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Adapté d’une série de livres pour enfants créés par James Marshall et Harry Allard, le quatorzième long-métrage de John Landis s’intéresse à la famille Stupid qui, comme son nom l’indique, vit complètement à côté de la réalité. Ils comprennent tout de travers, sont habillés comme dans les années 50, s’attirent les pires ennuis du monde mais finissent toujours par se tirer miraculeusement des pires situations. Alors que le père Stanley (Tom Arnold) croit démanteler un gang de voleurs de poubelles et tombe sur un trafic d’armes entre militaires corrompus et terroristes internationaux, son épouse Dawn (Jessica Lundy) est persuadée que ses enfants ont été kidnappés par la police et finit par attirer l’attention d’extraterrestres. Ce principe de l’idiot maladroit que l’on prend pour un agent spécial extrêmement bien entrainé semble directement hérité du Grand blond avec une chaussure noire d’Yves Robert, ce qui ne serait pas très surprenant étant donnée la vaste culture cinéphilique de John Landis. L’une des autres sources d’inspiration du réalisateur est l’humour dévastateur de Laurel et Hardy.

The Stupids est un film totalement délirant, auprès duquel il est difficile de trouver le moindre élément de comparaison tant nous naviguons ici dans une dimension « autre ». C’est sa singularité. C’est aussi sa faiblesse. Son manque de finesse assumé et son côté délibérément « à côté de la plaque » l’empêchent de trouver son public. Car bien malin saura qui est la cible du film. Les amateurs des Monty Pythons ? Des Simpsons ? Des cartoons des Looney Tunes ? John Landis met pourtant le paquet, garnissant son film de cascades de voitures, spectaculaires et d’explosions à répétition, sollicitant auprès du compositeur Christopher Stone une bande originale pleine d’emphase qui évoque James Horner, Alan Silvestri et Jerry Goldsmith, et collectant comme toujours des guest stars de prestige (David Cronenberg en chef de la poste, Mick Garris en journaliste, Costa-Gavras en pompiste, Robert Wise en voisin, Atom Egoyan en gardien, Norman Jewison en réalisateur, Christopher Lee en être diabolique imaginaire).

Animaux en stop-motion et aliens en latex

Le film réserve donc malgré tout son lot de réjouissances, parmi lesquelles des effets spéciaux « old school » du plus bel effet. On ne peut s’empêcher par exemple de trouver irrésistibles les animaux familiers des Stupids, le chat Xylophone et le chien Kitty. Animés en stop-motion sous la supervision des frères Chiodo (la saga Critters, Les Clowns tueurs venus d’ailleurs), tous deux sont les membres les plus raisonnables de la famille, même si personne ne les comprend puisqu’ils sont incapables de parler (ils se contentent d’émettre des borborygmes par l’entremise du comédien Michael Bell). L’un évoque le Garfield de Jim Davis, l’autre le Droopy de Tex Avery, et chacune de leurs interventions est un petit rayon de soleil dans ce film trop confus pour emporter totalement l’adhésion. Les extra-terrestres caricaturaux conçus par le roi des maquillages spéciaux Steve Johnson participent du même grain de folie (on retrouve chez eux le style graphique de quelques-uns des freaks de La Cité des monstres). Sans surprise, The Stupids passa inaperçu au moment de sa sortie en salles et sera un désastre au box-office. Ce sera le plus gros échec de Landis, qui enchaînera avec Blues Brothers 2000.

 

© Gilles Penso


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MERCY (2014)

Une grand-mère qui cache bien son jeu sème la terreur dans cette adaptation d’une fameuse nouvelle de Stephen King

MERCY

 

2014 – USA

 

Réalisé par Peter Cornwell

 

Avec Chandler Riggs, Dylan McDermott, Mark Duplass, Frances O’Connor, Joel Courtney, Amanda Walsh, Shirley Knight

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA STEPHEN KING

La nouvelle « Gramma » (« Mémé » en français) de Stephen King avait déjà fait l’objet d’une adaptation très remarquée au sein de la série La Cinquième dimension. Séduit par cette histoire, le cinéaste Peter Cornwell décide de s’en emparer à son tour et d’en tirer un long-métrage. Pour y parvenir, son scénariste Matt Greenberg réinvente complètement l’histoire et le passé des personnages afin de laisser progressivement le récit s’acheminer vers la situation décrite dans la nouvelle. Le film commence en Virginie occidentale en 1967. Pendant qu’une femme berce son bébé, son mari brandit une hache et se fend la tête en deux. Après cette entrée en matière qui tranche dans le vif, nous retrouvons cette femme bien des années plus tard, sous les traits de Shirley Knight. Grand-mère joviale, Mercy McCoy a lié une complicité très forte avec l’un de ses petits-fils, George (Chandler Riggs). Mais elle est un jour frappée par une crise violente, tombe malade et se retrouve prise d’accès soudains de démence. Hospitalisée, elle veut finir ses jours dans son ancienne maison. Sa fille Rebecca (Frances O’Connor) et ses deux petits-fils George et Buddy (Joel Courtney) se préparent donc à l’y installer. Mais s’occuper de grand-mère est une épreuve. Elle n’est quasiment jamais lucide, a des poussées de plus en plus fréquentes de violence, est incontinente et pousse de temps en temps des cris bizarres.

Mercy enrichit le texte initial de nombreux personnages secondaires. Outre le grand frère de George, nous découvrons ainsi Jim (Dylan McDermott), un ami d’enfance de Rachel qui semble encore avoir le béguin pour elle, son épouse Charlotte (Amanda Walsh), une peintre spécialisée dans les tableaux emplis de démons, ainsi que les deux autres enfants de la vénérable Mercy : Jinny (Abigail Rose Solomon), hospitalisée dans une institution psychiatrique, et Lanning (Mark Duplass), qui n’a aucune envie de s’occuper d’elle. C’est d’ailleurs Lanning qui commence à nous mettre la puce à l’oreille. Il est en effet persuadé que Mercy n’est pas aussi bienveillante qu’elle ne veut le faire croire.

Le pacte

Le récit bifurque alors vers la thématique du pacte diabolique, qu’un prêtre raconte à George lors d’un flash-back sans doute trop explicatif. Encore jeune femme, Mercy rêvait d’avoir un enfant mais n’y parvenait pas. Après une énième fausse couche, cette femme très pieuse se tourna vers autre chose que Dieu. Tous ses désirs se réalisèrent alors, elle eut trois enfants, mais son époux Frank devint alcoolique, violent et dément. D’où le pré-générique sanglant du film. Mercy brosse une relation intéressante et réaliste entre les deux jeunes frères. L’amie imaginaire à qui George se confie ajoute au caractère insolite de l’histoire. Partisan d’une épouvante sourde et suggérée, Peter Cornwell nous offre tout de même quelques visions cauchemardesques très explicites comme cette demi-douzaine de mains crispées qui s’agitent sous la couverture de George. Le scénario développe aussi l’idée originale d’un livre aux pages blanches qui ne se remplissent que lorsqu’on pleure au-dessus d’elles. Mercy est donc une réussite tout à fait estimable, dont on regrettera seulement un final accumulant les rebondissements peu crédibles.

 

© Gilles Penso


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BATMAN ET ROBIN (1997)

Dans la foulée de Batman Forever, Joel Schumacher réalise sans doute la pire de toutes les aventures du Chevalier Noir de Gotham City…

BATMAN AND ROBIN

 

1997 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec George Clooney, Chris O’Donnell, Arnold Schwarzenegger, Uma Thurman, Alicia Silverstone

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA BATMAN I DC COMICS

Après le catastrophique Batman Forever, Joel Schumacher enchaîne deux ans plus tard avec un Batman et Robin parachevant le massacre. L’homme chauve-souris a encore changé de visage, Val Kilmer cédant son masque à George Clooney. Ce dernier, révélé par le docteur Ross qu’il jouait dans la série Urgences puis passé sur le grand écran à l’occasion d’Une nuit en enfer, se prête au jeu avec joie, endossant la panoplie du justicier de Gotham City avec la ferme intention de le débarrasser des derniers lambeaux de noirceur que le personnage possédait encore sous les traits de Val Kilmer. De fait, si la direction artistique « dark » imposée par Tim Burton continue d’imprégner ce quatrième opus, le traitement des personnages s’approche bien plus de celui – volontiers parodique – de la série Batman des années soixante. Faisant fi des critiques assassines et se laissant conforter par le grand public qui offrit un accueil triomphal à Batman Forever, Joel Schumacher continue donc de s’engouffrer dans la brèche excessive du film précédent.

Si Chris O’Donnell reprend le rôle de Robin, une nouvelle recrue prête main forte au « duo dynamique » : Batgirl, autrement dit Alicia Silverstone qui n’a pas grand-chose à défendre, affublée d’un personnage transparent et d’un costume fort peu seyant. De nouveaux méchants se joignent aussi à la fête. Il y a d’abord Mister Freeze, incarné par Arnold Schwarzenegger qui, sous un maquillage parfaitement ridicule, empoche le modique salaire de 25 millions de dollars pour six semaines de tournage. Une affaire plutôt rentable pour l’ex-Terminator tout heureux d’ajouter un méchant exubérant à son répertoire. La vacuité de ce super-vilain (qui pousse le grotesque jusqu’à porter des chaussons en peluche !) est d’autant plus frustrante que ses motivations premières (soumettre la ville à un hiver glacial pour récolter les fonds nécessaires à la guérison de sa femme) auraient pu le muer en figure désespérée et romantique. À ses côtés, Uma Thurman campe la vénéneuse Poison Ivy qui commande aux fleurs et aux plantes carnivores. Tout ce beau monde s’affronte dans un show disco qui ressemble bien plus à un spectacle de Las Vegas qu’à une adaptation de l’univers de Bob Kane.

Une mauvaise blague

Schumacher tente bien d’égayer les choses en ornant le film de nouveaux véhicules destinés à alimenter les rayons des marchands de jouets, notamment une Batmobile entièrement revue et corrigée façon Jaguar des années 50 et une moto rouge futuriste pour l’agile Robin, ou de décors grandioses (le repaire de Mister Freeze, le sinistre Arkham Asylum, la Batcave, la cachette luxuriante de Poison Ivy, le musée de Gotham City). Mais ce déferlement de démesure cosmétique n’est que poudre aux yeux. Considéré comme l’un des films les plus désastreux de l’histoire du cinéma par les lecteurs du magazine Empire, récipiendaire de quelques Razzie Awards (les fameux anti-Oscars), Batman et Robin ressemble à une mauvaise blague adressée aux amateurs du comics original, lesquels purent se consoler grâce à plusieurs séries animées diffusées sur les écrans entre 1997 et 2004, notamment La Ligue des Justiciers regroupant les héros phare de l’univers DC. Christopher Nolan allait reprendre les choses en main en 2005 avec Batman Begins.

 

© Gilles Penso


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PUPPET MASTER VS. DEMONIC TOYS (2004)

Ce crossover entre jouets maléfiques met en vedette Corey Feldman dans le rôle d’un descendant du « maître des poupées » André Toulon…

PUPPET MASTER VS. DEMONIC TOYS

 

2004 – USA

 

Réalisé par Ted Nicolaou

 

Avec Corey Feldman, Vanessa Angel, Danielle Keaton, Silvia Suvadova, Bikolai Sotirov, Dessislava Maicheva, Velizar Binev, Angelina Hadjimitvoa

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I CLOWNS I SAGA PUPPET MASTER I DEMONIC TOYS I CHARLES BAND

L’idée de faire se croiser les créatures des franchises Puppet Master et Demonic Toys trottait dans la tête de Charles Band depuis le début des années 90. Il était même question que ce crossover soit mis en production après Puppet Master III. Mais le projet fut plusieurs fois repoussé, et après la dégringolade qualitative des derniers épisodes de la saga Puppet Master (notamment un Puppet Master : The Legacy relevant presque de l’arnaque commerciale), le fondateur de Full Moon Entertainment décida de céder les droits de cette idée à un autre producteur, en l’occurrence Jeff Franklin. Aussi étrange que cela puisse paraître, Puppet Master vs. Demonic Toys est donc un film auquel Charles Band ne participe ni de près ni de loin. Pour autant, plusieurs de ses proches collaborateurs s’embarquent dans l’aventure, notamment le scénariste C. Courtney Joyner, le réalisateur Ted Nicolaou et les créateurs d’effets spéciaux Jeff Farley et Chris Bergschneider. Cette petite équipe doit faire face à des délais impossibles. Les préparatifs du film s’amorcent en effet en juin 2004 pour une diffusion prévue sur Sci-Fi Channel cinq mois plus tard. Le tournage en Bulgarie prend donc des allures de course contre la montre, Ted Nicolaou mentionnant souvent Puppet Master vs. Demonic Toys comme l’un des pires souvenirs de sa carrière.

À travers ses variantes musicales autour de « Jingle Bells », le compositeur Peter Bernstein nous prévient dès le générique de début : Puppet Master vs. Demonic Toys est une sorte de conte de Noël déviant qui semble indécis sur la cible visée, à la fois les enfants en quête d’histoires pour frissonner, les ados amateurs de films d’horreur et les adultes nostalgiques des premiers Puppet Master. Le style oscille donc entre l’humour bon enfant, la satire gentillette des méchantes corporations industrielles et quelques brefs écarts érotico-gores. La première surprise du film est le choix de son interprète principal, en l’occurence Corey Feldman. Alors âgé de 33 ans, l’ancienne coqueluche du cinéma de genre des années 80 (Gremlins, Les Goonies, Génération perdue) joue Robert Toulon, l’arrière-petit neveu du maître des poupées André Toulon. Le problème, c’est que le personnage est écrit pour un acteur âgé. Or Feldman a beau porter une perruque grisonnante et érailler sa voix, il n’a aucune crédibilité dans le rôle de ce professeur Tournesol bougon et rabougri, père d’une fille incarnée par Danielle Keaton qui n’a que 15 ans d’écart avec lui ! La majorité du film reposant sur la relation entre Robert Toulon et sa fille Alex, il faut une sacrée dose de suspension d’incrédulité pour entrer dans l’histoire.

Toulon père et fille

De toutes façons, l’intrigue du film est délibérément absurde. Tandis que Toulon père et fille trouvent la formule qui permettra de ranimer quatre poupées de leur ancêtre (Six-coups, Blade, Jester et Pinhead) dénichées au marché aux puces de Paris (!), la maléfique Erica Sharpe (Vanessa Angel), à la tête d’un empire de l’industrie du jouet, sacrifie des vierges, passe un marché avec le démon Bael (Chris Bergschneider sous un maquillage exubérant) et inonde le marché de joujous démoniaques (le bébé flatulent Baby Oopsy, l’ours carnassier Grizzly Teddy et le clown hurleur Jack Attack) en vue d’un grand massacre le jour de Noël. Les Toulon vont s’opposer à ses plans machiavéliques, avec l’aide des poupées ressuscitées et d’une femme flic acquise à leur cause (Silvia Suvadova). Les poupées originales n’étant plus disponibles, Jeff Farley et Mark Shostrom les reconstruisent du mieux qu’ils peuvent, ce qui n’empêche pas de déceler quelques différences morphologiques (visage moins fin pour l’un, corps moins trapu pour l’autre). Si quelques fils sont encore visibles pendant l’animation, la mécanique est plutôt au point et certaines actions accélérées tentent de compenser l’absence de la stop-motion. Au cours du climax, les poupées sont relookées par Toulon (Six-Coups est équipé de pistolets lasers, Pinhead a des mains de cyborg) pour leur affrontement final avec les Demonic Toys, mais ce combat frustrant ne dure que quelques minutes, d’où une légitime frustration lors du visionnage de cet épisode un peu à part. Charles Band récupèrera les droits de ses jouets favoris pour les opus suivants.

 

© Gilles Penso

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PINOCCHIO (1996)

Le réalisateur d’Electric Dreams et des Tortues Ninja s’approprie le célèbre conte et confie le rôle de Gepetto à Martin Landau

THE ADVENTURES OF PINOCCHIO

 

1996 – GB / FRANCE / ALLEMAGNE / RÉPUBLIQUE TCHÈQUE

 

Réalisé par Steve Barron

 

Avec Martin Landau, Jonathan Taylor Thomas, Rob Schneider, Udo Kier, Geneviève Bujold, David Doyle, Bebe Neuwirth

 

THEMA JOUETS I CONTES

Dans l’inconscient collectif, Pinocchio est un personnage de Walt Disney. C’est en tout cas à travers le dessin animé de 1940 que la plupart des enfants l’ont découvert. Certes, Luigi Comencini avait signé en 1972 une adaptation live rendant justice à l’esprit du texte original de Carlo Collodi et s’éloignant du fameux cartoon, mais au milieu des années 90, avec l’aide des outils techniques dernier cri mis à la disposition des cinéastes, une nouvelle relecture du conte semblait opportune. Emboîtant le pas de Comencini, Steve Barron (connu pour son sympathique Electric Dreams et pour son très facultatif Les Tortues Ninja) s’efforce donc de remonter aux sources littéraires du récit. La coproduction est européenne, les décors le plus souvent naturels (captés notamment en République Tchèque et en Yougoslavie) et le casting plutôt judicieux. Martin Landau, frais émoulu de sa superbe incarnation de Bela Lugosi dans le Ed Wood de Tim Burton, endosse donc la défroque de Gepetto. A ses côtés, les cinéphiles reconnaissent Geneviève Bujold (Obsession, Faux semblants), dans le rôle de son amour de jeunesse, et Udo Kier (le Dracula et le Frankenstein d’Andy Warhol et Paul Morrissey) sous les traits de Lorenzini, un inquiétant marionnettiste.

L’histoire est connue, mais Steve Barron et ses co-scénaristes tiennent à évacuer plusieurs clichés tenaces hérités de la version Disney et à ancrer plus que jamais le récit dans son contexte socio-politique. Le texte de Collodi était avant tout un pamphlet satirique qui n’y allait pas avec le dos de la cuiller vis-à-vis de la société italienne du 19ème siècle. Cette adaptation tente d’en retrouver un peu l’essence en inversant notamment la notion de pantins. Les citoyens bien-pensants décrits par le film agissent eux-mêmes comme des jouets qui se laisseraient manipuler par un comportement social prédéterminé. Cette envie de fidélité à l’esprit de Collodi est forcément une bonne chose, même si l’on sent que la durée du film (95 minutes) est trop courte pour tout explorer. Sans doute un format « téléfilm de luxe » de trois heures aurait été plus adapté. En l’état, le film se contente souvent de survoler quelques péripéties importantes pour ne rien oublier des événements à raconter.

Udo Kier le monstre

L’un des grands atouts de ce Pinocchio est son casting de haut niveau, dominé par un Martin Landau profondément émouvant et un Udo Kier parfaitement effrayant. Ce dernier symbolise à lui seul tous les obstacles que nos héros (le marionnettiste et sa création) doivent endurer au fil de leur aventure. Propriétaire sans scrupule d’un théâtre de marionnettes où Pinocchio est contraint de se produire, il est l’homme qui transforme les enfants en ânes. Lorsqu’il est démasqué, le vilain se métamorphose lui-même en monstre (une espèce d’homme-poisson que nous entrevoyons à peine) puis en gigantesque créature marine – la fameuse baleine qui engloutit Pinocchio, Pepe et Gepetto. Il faut à ce titre saluer la qualité des effets spéciaux du film, répartissant habilement les marionnettes de l’atelier de Jim Henson (en particulier pour Pinocchio) et les images de synthèses conçues par la société française Medialab (notamment pour donner corps à Pepe le cricket). Quant à la fée bleu disneyenne, elle a été judicieusement évacuée du scénario. Toutes ces bonnes intentions sont quelque peu amenuisées par une mise en scène impersonnelle de Steve Barron qui, à force de vouloir s’éloigner des effets de style qui firent sa renommée dans les années 80 (il signa des clips musicaux très remarqués), finit par basculer dans l’effet inverse en optant pour une réalisation fonctionnelle et sans âme. Son Pinocchio s’apprécie malgré tout sans déplaisir et connaîtra même une suite en 1999.

 

© Gilles Penso

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CRITTERS ATTACK ! (2019)

Plus de trente ans après leur naissance, les petits monstres renaissent de leurs cendres pour un téléfilm diffusé sur SyFy

CRITTERS ATTACK !

 

2019 – USA

 

Réalisé par Bobby Miller

 

Avec Tashiana Washington, Dee Wallace, Jaeden Noel, Jack Fulton, Ava Preston, Leon Clingman, Vash Singh, Stephen Jennings, Steve Blum

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I PETITS MONSTRES I SAGA CRITTERS

Après un quatrième épisode spatial n’ayant pas convaincu grand-monde, les Critters ont disparu des écrans sans pour autant perdre leur aura auprès des amateurs de séries B de science-fiction et d’horreur des années 80. Et puis soudain, sans doute motivés par le regain d’intérêt pour la culture populaire des eighties véhiculé par des séries telles que Stranger Things, plusieurs producteurs se sont intéressés aux petits monstres poilus et gloutons mis en scène à l’origine par Stephen Herek. Ainsi auront surgi quasi-simultanément une mini-série initiée par Joseph Rubin et diffusée en mars 2019 sur la plateforme Shudder, Critters : A New Binge, et un projet concurrent, le téléfilm Critters Attack ! diffusé sur SyFy quelques mois plus tard. S’il est déconnecté de la franchise initiale et opère plutôt comme un reboot, ce long-métrage réalisé par Bobby Miller assure le lien avec le premier film à travers le retour de la comédienne Dee Wallace. Son personnage semble être le même qu’en 1986, si ce n’est que son nom a été modifié pour des raisons de droits. Helen Brown est donc devenue « Tante Dee ». Héroïne récurrente du cinéma de genre des années 80 (E.T., Hurlements, Cujo), la comédienne aurait accepté de se lancer dans l’aventure en apprenant que les monstres ne seraient pas des images de synthèse mais de bonnes vieilles marionnettes, comme à l’époque. C’est une motivation tout à fait honorable. Rupert Harvey et Barry Opper, producteurs des films originaux, sont aussi de la partie, associés à Adam Friedlander qui supervise le tournage du film en Afrique du Sud.

L’héroïne de ce cinquième Critters est Drea (Tashiana Washington), une étudiante qui travaille dans le fast-food chinois d’une petite ville en attendant d’intégrer l’université de ses rêves. Pour s’approcher d’un des professeurs et tenter sa chance, elle accepte de devenir babysitter de ses deux enfants adolescents avec l’aide de son frère Philip (Jaeden Noel). Le quatuor va bientôt découvrir que plusieurs petits monstres extra-terrestres, les Krites, on atterri dans les bois et plantent leurs dents dans tout ce qui bouge. Critters Attack ! Essaie donc de retrouver l’esprit des productions Amblin à travers ses protagonistes juvéniles, cette petite bourgade américaine, et surtout ce mélange d’épouvante, de comédie et de science-fiction. Une fois de plus, Stranger Things semble faire école, jusque dans cette bande originale synthétique signée Russ Howard (Hobo with a Shotgun).

Ruptures de ton

Mais Critters Attack ! a visiblement beaucoup de mal à trouver sa juste tonalité. L’intrigue est volontairement basique, mais le scénariste Scott Lobdell (Happy Birthdead) se croit obligé de développer jusqu’à la caricature les émotions, les frustrations et les traumas de ses personnages. Le récit s’interrompt donc régulièrement pour s’attarder sur la tristesse de Drea et Philip en souvenir de leur mère morte dans un accident de la route, sur les états d’âme de leur oncle policier qui noie son chagrin dans l’alcool, sur la rivalité entre l’héroïne et une ancienne camarade de classe, bref une foule de détails construits de toute évidence pour approfondir les personnages mais qui semblent incongrus dans un contexte pareil. D’autant que par ailleurs Critters Attack ! ne se réfrène pas sur l’humour décalé (la bibliothèque de tante Dee qui cache une salle de contrôle high-tech, les ricanements incessants des sales bêtes, le garde forestier qui admire la nature jusqu’à ce qu’une chouette lui défèque en plein visage, la réutilisation de la gigantesque « Critterball » de Critters 2) ni sur les effets gore (cet épisode sera le seul de la franchise classé R, autrement dit autorisé aux mineurs s’ils sont accompagnés d’un adulte). En outre, d’autres éléments du film – notamment la gentille femelle Krite au pelage blanc dont s’entichent les héros – lui donnent des atours de conte pour enfants. Tiraillé entre toutes ces envies contraires, ce Critters a bien du mal à trouver son public. Restent les monstres, de très belles créations animatroniques fidèles à leurs ancêtres. Dommage que les frères Chiodo, concepteurs des Krites originaux, n’aient pas été sollicités pour les besoins du film. Dommage aussi que Dee Wallace se contente de faire de la figuration, pistolet laser à la main, sans que le scénario ait pu lui offrir un rôle consistant digne de ce nom. Bref, Critters Attack ! se regarde sans déplaisir… mais s’oublie aussitôt.

 

© Gilles Penso


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DOGORA (1964)

Le créateur de Godzilla lâche sur la population une menace d’un nouveau genre en perpétuelle mutation…

DOGORA

 

1964 – JAPON

 

Réalisé par Inoshiro Honda

 

Avec Yosuke Natsuki, Yoko Fujiyama, Akiko Wakabayashi, Hiroshi Koizumi, Jun Tazaki

 

THEMA CATASTROPHES

A contre-courant des films de monstre bon enfant que la compagnie japonaise Toho produisait depuis le début des années 60, Dogora s’avère plus noir et plus réaliste que les combats de catch préhistoriques réalisés la même année par Inoshiro Honda (Mothra contre Godzilla, Ghidrah le monstre à trois têtes). Cette œuvre étrange mêle la science-fiction et le genre catastrophe à une intrigue policière empruntant ses effets de style au thriller et au film d’espionnage. Nous faisons ainsi connaissance avec un gang de voleurs de bijoux (illuminé par la magnifique et vénéneuse Akiko Wakabayashi) qui visent les plus grandes réserves de joyaux du pays, mais sont régulièrement coiffés au poteau par des rivaux inconnus. Leurs concurrents, capables d’atteindre les coffres forts sans se faire repérer, de franchir les issues sans déclencher les alarmes et de faire disparaître leur butin sans laisser de trace, ne sont tout simplement pas des humains. Il s’agit de « cellules spatiales » (équivalent cosmique des cellules du cerveau humain) nées suite à des expériences nucléaires. Elles absorbent tout le carbone de la Terre (diamants, charbon) et l’humanité n’y survivra pas si la menace n’est pas éradiquée.

En lieu et place des habituels gros monstres malmenant buildings et véhicules de l’armée, le roi des effets spéciaux Eiji Tsuburaya concocte ici des visions quasiment surréalistes : un amibe spatial qui absorbe un satellite, des hommes et des voitures soumis soudain à l’apesanteur, une usine dont la structure se brise en mille morceaux pour voltiger ensuite vers le ciel comme attirée par un aimant géant, des masses nuageuses surnaturelles emplissant les cieux au-dessus de la cité, des nuées de charbon s’envolant tels des essaims d’insectes… Lorsque la menace prend corps, elle apparaît aux yeux des humains sous forme d’une gigantesque méduse translucide, laquelle finit par se subdiviser en une infinité de sœurs jumelles. Cette créature protéiforme est l’une des plus belles réussites de Tsuburaya, lequel recourt parfois au dessin animé pour visualiser l’action de ses tentacules. Les Japonais mettant un point d’honneur à nommer tous les monstres qui les attaquent (depuis le premier Godzilla, ils en ont pris l’habitude !), celui-ci se voit baptiser « Dogora », du nom de la première ville victime de ses méfaits.

Visions d’apocalypse

Les séquences de destructions finales s’avèrent franchement spectaculaires, avec comme point d’orgue un pont suspendu violemment arraché du sol qui finit par s’effondrer dans un port. Comme toujours, l’armée s’avère inefficace, les tirs de canons et les lance-roquettes ne parvenant qu’à éloigner la menace provisoirement, et l’on vient finalement à bout du monstre à l’aide de venin de guêpe, seule substance capable de l’éliminer en le cristallisant. Le climax de Dogora, mémorable, montre ainsi les morceaux solidifiés de la créature s’écrasant un peu partout sur Terre, tandis que gangsters et policiers échangent maints coups de feu sur une plage bientôt muée en décor apocalyptique. Du coup, l’un des derniers plans du film, servi par de remarquables effets visuels, montre le gang patibulaire littéralement aplati par un gigantesque rocher tombé du ciel !

 

© Gilles Penso

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UN VAMPIRE À BROOKLYN (1995)

Wes Craven s’essaie à la comédie horrifique et transforme Eddie Murphy en suceur de sang venu tout droit des Caraïbes…

VAMPIRE IN BROOKLYN

 

1995 – USA

 

Réalisé par Wes Craven

 

Avec Eddie Murphy, Allen Payne, Angela Bassett, Kadeem Hardison, Zakes Mokae, John Witherspoon, Joanna Cassidy, W. Earl Brown, Simbi Khali

 

THEMA VAMPIRES I SAGA WES CRAVEN

Après avoir revisité le mythe qu’il créa dans Les Griffes de la nuit avec Freddy sort de la nuit, Wes Craven se fourvoie dans Un Vampire à Brooklyn qui, pourtant, était pétri de bonnes intentions. Abordant pour la première fois le mythe du vampirisme, le cinéaste souhaite s’en servir de métaphore pour décrire le mal qui ronge les ghettos noirs de l’Amérique urbaine, et décide donc de mettre en scène un suceur de sang d’origine africaine. Loin des effets de mode d’un Blacula motivés par le succès de la Blaxploitation, le vampire noir de Wes Craven cherche à remonter aux légendes séculaires du continent africain qui ont forgé une grande partie des histoires vampiriques telles que nous les connaissons aujourd’hui. Le cinéaste imagine ainsi un buveur de sang antique qui aurait voyagé des rives du Nil jusqu’en Afrique avant de venir s’établir dans le nord de l’Amérique. La présence d’Eddie Murphy dans le rôle principal permet au projet de se concrétiser et pousse le studio Paramount à s’y engager. L’ex-Flic de Beverly Hills partage l’affiche avec l’excellente Angela Bassett, qui crevait l’écran dans Tina et Strange Days.

Tout commence comme une relecture modernisée d’une des scènes phares du « Dracula » de Bram Stoker, l’entrée en scène d’un navire fantôme transportant le compte vampire de sa Transylvanie jusqu’en Angleterre. Ici, c’est un navire abandonné et empli de cadavres qui échoue sur un chantier naval de Brooklyn. Cette belle entrée en matière concilie le classicisme et la rupture contemporaine. Puis le film nous fait découvrir Maximillian (Eddie Murphy), descendant d’une longue lignée de vampires exilée depuis des siècles aux Caraïbes. Arrivé en plein New York, il intervient au milieu d’une altercation opposant des mafieux italiens et Julius Jones (Kadeem Hardison) qui s’avère être son neveu. Maximilian tue les deux voyous et mord Julius, le muant en créature ni morte ni vivante. Le vampire est en quête de sa semblable, une fille vampire ignorante de sa condition et qui devra s’unir librement à lui. Très vite, il découvre l’élue à séduire, une femme policier du nom de Rita Veder (Angela Bassett)…

Ni drôle ni effrayant

Malheureusement, les intentions de Wes Craven ne sont pas forcément en accord avec celles de la Paramount ou avec celles du comédien vedette. Le studio cherche avant tout à produire un film comique pour capitaliser sur la popularité d’Eddie Murphy (qui joue d’ailleurs ici plusieurs rôles, comme dans les comédies qu’il interprète sous la direction de John Landis). Murphy, lui, n’accepte de jouer dans le film qu’à condition que le studio ne lui cède les droits du remake de Docteur Jerry et Mister Love de Jerry Lewis, qui deviendra Le Professeur Foldingue. Difficile dans une telle situation d’imposer une vision forte, une empreinte personnelle, un esprit singulier. Un Vampire à Brooklyn est donc un film hybride, au sein duquel la comédie, l’horreur, la romance et la satire sociale entrent en conflit sans vraiment s’harmoniser. Car chacun souhaite sortir de sa propre zone de confort sans faire concilier ses envies avec celle des autres. Murphy veut jouer le vampire de la manière la plus sérieuse possible (malgré cette perruque ridicule qu’il semble avoir volée à Barry White !), Craven souhaite au contraire capitaliser sur l’humour que dégage le comédien, et finalement le film n’est ni drôle ni effrayant. Cette erreur de parcours sera sanctionnée par des critiques assassines et un résultat décevant au box-office. Mais Un Vampire à Brooklyn aura tendance à être réévalué à la hausse quelques années plus tard.

 

© Gilles Penso


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UNE PURE FORMALITÉ (1994)

Le réalisateur de Cinema Paradiso enferme Gérard Depardieu et Roman Polanski dans le huis-clos d’un commissariat qui pourrait bien être l'antichambre de l'enfer…

UNA PURA FORMALITA

 

1994 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Giuseppe Tornatore

 

Avec Gérard Depardieu, Roman Polanski, Sergio Rubini, Nicola di Pinto, Tano Cimarosa, Paolo Lombardi

 

THEMA MORT

À aucun moment Une Pure formalité ne s’affirme comme un récit fantastique. Vu au premier degré, il s’agit simplement d’une garde-à-vue, assimilable à celle du film homonyme de Claude Miller, avec quelques éléments insolites, certes, mais rien qui ne dérape au-delà de la réalité. Et pourtant… Tout commence un soir de pluie, après un coup de feu. Un homme court en rase campagne, bientôt interpellé par des policiers. Suspecté de meurtre, cet homme, l’écrivain Onoff (Gérard Depardieu), est interrogé dans un poste perdu en montagne par un commissaire fervent admirateur de son œuvre littéraire (Roman Polanski), capable de lui en citer par cœur de larges extraits. Bientôt, le téléphone et l’électricité sont coupés… Un certain nombre d’indices difficiles à interpréter de prime abord laissent peu à peu comprendre au spectateur que cet interrogatoire bizarre possède une dimension qui va bien au-delà de la simple garde à vue. Pourquoi Onoff ne peut-il rien écrire, ni avec des stylos, ni avec la machine ? Pourquoi n’entend-on pas sa voix lorsqu’il téléphone ? Ne l’accuserait-on pas de sa propre mort ?

Le réalisateur de Cinema Paradiso change brutalement de registre en troquant la nostalgie partiellement autobiographique contre un huis-clos insolite qui bascule progressivement dans le cauchemar, à mi-chemin entre les univers de Jean-Paul Sartre et de Franz Kafka. Écrit à quatre mains par le metteur en scène et l’écrivain Pascal Quignard (auteur du roman « Tous les matins du monde »), le scénario d’Une Pure formalité nous prend par surprise et nous mène en bateau jusqu’à son coup de théâtre final. Insidieusement, le film se défait de ses atours d’énigme policière ou de drame psychologique pour basculer dans un fantastique métaphorique proche de celui d’Alice ou la dernière fugue de Claude Chabrol ou de L’Échelle de Jacob d’Adrian Lyne. Si ce n’est que dans le cas présent, c’est au Jugement Dernier que nous semblons assister.

Le Jugement Dernier

Les performances respectives de Gérard Depardieu (qui va jusqu’à pousser la chansonnette !) et Roman Polanski (suave et impavide jusqu’au malaise) sont impeccables, même si ces deux têtes d’affiches sont sans doute un peu à demi-régime, en deçà des prestations intenses qu’on aurait pu attendre du Cyrano de Rappeneau et du réalisateur/interprète du Locataire. L’avantage de ce jeu d’acteur un peu distancié est sans doute l’impossibilité pour les deux monstres sacrés de phagocyter le sujet par leur seule présence. C’est d’ailleurs la mise en scène de Tornatore qui fait le plus gros du travail. Ses trouvailles visuelles et sonores, ses jeux constants sur les avants plans (ce verre de vin immense qui se remplit lentement pendant qu’Onoff essaie de se remémorer les événements de la journée) et sur les reports de mise au point, l’ambiance insupportablement froide et humide de ce poste de police qui suinte de partout la pluie nocturne incessante, la musique d’Ennio Morricone qui, régulièrement, sait provoquer de sourdes angoisses indicibles, tous ces éléments participent à l’atmosphère très particulière de cette Pure formalité. Certes, le film est inconfortable et prend son temps pour révéler l’envers du décor. Mais l’exercice est fascinant. Le film est passé inaperçu et beaucoup l’ont oublié aujourd’hui. Il serait temps de le réhabiliter.

 

© Gilles Penso


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