DRACULA ET SES FEMMES VAMPIRES (1974)

Jack Palance endosse la cape du plus célèbre des vampires dans ce téléfilm élégant dont la sous-intrigue romantique sera maintes fois imitée

DRACULA

 

1974 – GB

 

Réalisé par Dan Curtis

 

Avec Jack Palance, Simon Ward, Nigel Davenport, Pamela Brown, Fiona Lewis, Penelope Horner, Murray Brown

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Au milieu des années 70, les derniers longs-métrages de la compagnie Hammer consacrés au comte Dracula vivent leurs derniers soubresauts. Après l’anecdotique Dracula vit toujours à Londres, Christopher Lee a rangé sa cape (qu’il ne reprendra que pour rire) et la Transylvanie déserte définitivement la maison de production britannique (si l’on excepte une dernière tentative à la sauce kung-fu baptisée La Légende des sept vampires d’or). Une place étant en train de se libérer, le producteur/réalisateur Dan Curtis (à l’origine de la série Dark Shadows) s’engouffre aussitôt dans la brèche et décide de proposer sa propre version du mythe créé par Bram Stoker, qu’il destine directement au petit écran. Revenant aux sources d’un roman duquel la Hammer s’était progressivement éloignée, Curtis s’appuie sur un scénario écrit par le talentueux Richard Matheson (auteur entre autres de « L’Homme qui rétrécit » et « Je suis une légende »). Et pour incarner le plus célèbre des suceurs de sang, il sollicite le grand Jack Palance, dont le visage anguleux et la haute silhouette ont hanté de nombreux classiques du cinéma international depuis le début des années 50.

La trame est connue et le scénario de Matheson ne cherche pas à s’en écarter, prônant ouvertement une approche classique. Nous sommes à Bistritz, Hongrie, au mois de mai de l’an 1897. Le jeune avocat Jonathan Harker (Murray Brown) débarque dans le petit village superstitieux, reçoit une missive du comte Dracula, est abandonné à mi-parcours par un cocher peureux puis s’embarque dans un carrosse noir et sinistre qui le mène jusqu’au château du comte, suivi par une meute de chiens sauvages. Sous la défroque de l’hôte vampirique de Harker, Jack Palance s’avère être un choix de premier ordre, imprégnant le personnage d’une sorte de force tranquille, d’une élégance feutrée sous laquelle semble couver une sauvagerie en sommeil. Le charisme imperturbable du comédien propose une alternative intéressante aux célèbres prestations de Bela Lugosi et Christopher Lee. Aimable dans un premier temps, il révèle sa vraie nature lorsque Harker, errant dans le château, trouve un cercueil portant le nom de Vlad Tepes, qui fut prince de Valachie en 1475. Or le portrait de ce fier conquérant ressemble trait pour trait à Dracula. Quant à la jeune femme qui se tient à ses côtés sur la peinture, c’est le sosie de Lucy (Fiona Lewis), la fiancée du meilleur ami de Jonathan… Et tandis que ce dernier faillit sous les assauts des trois femmes vampires qui errent dans les lieux, Dracula part s’installer en Angleterre.

De l’amour à la mort

L’un des aspects les plus intéressants de cette énième variante est la romance contre-nature que développe le scénario. Ici, Dracula est follement épris de Lucy. C’est par amour qu’il la vampirise, afin d’en faire sa semblable. Le visage angélique de Fiona Lewis irradie alors tout l’écran, ses grands yeux bleus semblant échappés d’une peinture d’un autre âge (les fantasticophiles la retrouveront en méchante hilarante dans L’Aventure intérieure). Son retour d’entre les morts en pleine nuit, devant son fiancé Arthur (Simon Ward), est l’un des moments forts de Dracula et ses femmes vampires. En robe de nuit, collée à la fenêtre, elle le supplie : « Je t’en prie, laisse-moi entrer ! », avant d’exhiber ses belles canines acérées. Quand elle succombe face à l’opiniâtre Van Helsing (Nigel Davenport), plus rien ne semble pouvoir contenir la rage de Dracula. Désormais, c’est la vengeance qui l’anime. Cette idée d’une idylle contrariée ayant chevauché les siècles (qui repose sur le principe de la réincarnation) a été maintes fois déclinée par la suite, mais elle est absente du roman. Dan Curtis est le premier à l’avoir abordée, dans la foulée de son approche romantique du vampirisme dans Dark Shadows et sa séquelle cinématographique La Fiancée du vampire. Palance incarne donc ici un Dracula que l’on craint mais pour lequel on éprouve aussi de l’empathie. D’une certaine manière, il nous intéresse et nous attire plus qu’Arthur et Van Helsing, héros beaucoup plus « traditionnels » et dénués d’aspérités. Diffusé le 8 février 1974 sur la chaîne CBS, le téléfilm de Dan Curtis sortira en salles en Europe quatre mois plus tard. Naturaliste, raffinée, cette version fort recommandable paraît rétrospectivement presque anachronique si on la compare à d’autres relectures beaucoup moins académiques qui furent réalisées quasi-simultanément, en particulier le fameux Du sang pour Dracula produit par Andy Warhol.

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article

FLUBBER (1997)

Un savant incarné par Robin Williams invente une sorte de blob échappant aux lois de la gravité et animé d’une personnalité propre…

FLUBBER

 

1997 – USA

 

Réalisé par Les Mayfield

 

Avec Robin Williams, Chris Mac Donald, Raymond J. Barry, Marcia Gay Harden, Clancy Brown, Ted Levine, Wil Wheaton

 

THEMA BLOB I ROBOTS

Près de quarante ans après Monte là-d’ssus, les studios Disney décident d’en réaliser un remake laissant la part belle aux effets spéciaux, dans la foulée de la version live des 101dalmatiens écrite et produite par John Hugues. Ce dernier est aussi aux commandes de Flubber, dont il confie la mise en scène à Les Mayfield, ancien documentariste passé à la fiction à l’occasion de California Man et Miracle sur la 34ème rue. Pour le rôle principal, Hugues a d’emblée Robin Williams en tête, même si d’autres candidats potentiels lui viennent à l’esprit (notamment Christopher Lloyd, Tim Allen, Jeff Goldblum et John Lithgow). Mais Williams accepte, entraînant aussitôt le feu vert du studio. Le héros de Jumanji et Hook interprète le professeur Philipe Brainard, un scientifique maladroit et distrait tellement obnubilé par ses recherches qu’il a déjà raté deux fois la cérémonie de son mariage avec Sara Jean Reynolds (Marcia Gay Harden), présidente du collège Medfield. Autant dire que Sara a tiré un trait sur son fiancé chimiste. Jusqu’au jour où celui-ci fait une découverte prodigieuse. En effet, en quête d’une nouvelle source d’énergie, le savant est parvenu à créer une gélatine visqueuse animée d’une vie propre, qu’il baptise « Flubber », contraction de « flying rubber » (caoutchouc volant).

Ce blob facétieux semble n’en faire qu’à sa tête et s’avère capable de se multiplier à loisir. D’où une scène très graphique mais parfaitement gratuite dans laquelle le Flubber se subdivise en plusieurs dizaines d’entités et entame un mambo endiablé dans la maison du professeur. Cette séquence, qu’on croirait tout droit sortie d’une comédie musicale des années 50, est rythmée par une partition frénétique de Danny Elfman, toujours sous influence de son propre travail sur Beetlejuice et Les Simpsons. Alors que dans le film original, le confident du savant était un chien, la version 1997 a décidé d’en faire un petit robot volant nommé Weebo. Celui-ci est équipé d’une personnalité très humaine, d’une langoureuse voix féminine et d’un écran vidéo diffusant des extraits de films – puisés bien entendu dans le catalogue Disney – pour visualiser ses états d’âme, un concept emprunté de toute évidence à la série Dream On.

100% de matière grasse

Lorsque le professeur découvre que le Flubber échappe aux lois de la pesanteur, il applique le matériau à sa vieille Ford Thunderbird, ce qui nous donne droit à des séquences de voiture volante qui ne sont pas sans évoquer celles de la trilogie Retour vers le futur. Suivant le modèle du film original, Brainard se sert finalement de son invention pour permettre à l’équipe de basket du collège Medfield de remporter une victoire éclatante. Ce match d’anthologie voit ainsi les joueurs défier allègrement toutes les lois de la gravité, sautant au plafond et volant jusqu’au panier devant un public médusé. Les infographistes d’ILM conçoivent pour l’occasion des effets spéciaux absolument stupéfiants, abondant généreusement tout au long du film. Mais c’est hélas le seul atout de ce remake boursouflé, dont l’existence ne fut sans doute justifiée que grâce à l’avancée technologique des effets numériques et à l’accord de Robin Williams pour en tenir la vedette. Pour le reste, Flubber est une sorte de patchwork incohérent qui n’hésite devant aucun humour gras, à grands coups de flatulences et de gros plans sur des fesses volumineuses ! Le sympathique Monte là-d’ssus ne méritait certainement pas un tel outrage.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

CAPITAINE KRONOS : TUEUR DE VAMPIRES (1974)

Pour varier les plaisirs, le studio Hammer tente le mélange des genres avec ce mixage entre l’épouvante et le film de cape et d’épée…

CAPTAIN KRONOS : VAMPIRE HUNTER

 

1974 – GB

 

Réalisé par Brian Clemens

 

Avec Horst Janson, Caroline Munro, John Carson, Shane Briant, John Cater, Lois Dane, William Hobbs, Brian Tully, Robert James

 

THEMA VAMPIRES

Au milieu des années 70, le studio Hammer a nettement l’impression d’avoir fait le tour du mythe du vampirisme, notamment à travers ses nombreuses variations autour de Dracula. Pour continuer à rentabiliser le filon, le talentueux scénariste Brian Clemens passe à la mise en scène et propose un croisement audacieux entre le film d’épouvante et le film de cape et d’épée. D’où la création du personnage de Kronos, ancien capitaine de la garde impériale devenu chasseur de vampire, accompagné dans ses missions par un « professeur » bossu nommé Hieronymous Gross. Dépêché au village de Durward à la demande du docteur Marcus, il enquête sur le décès de plusieurs jeunes femmes dont les traits semblent avoir vieilli prématurément. Sur son chemin, il croise la magnifique Carla, mise au pilori pour avoir osé danser un dimanche (nous sommes en Europe Centrale à la fin du 19ème siècle, et visiblement on ne plaisante pas en ces années pieuses avec le Jour du Seigneur). Kronos la libère, et désormais Carla ne le quitte plus d’une semelle.

Si Horst Janson s’avère relativement fruste et monolithique dans le rôle du chasseur de vampires maniant l’épée en virtuose, on ne peut que se réjouir de trouver à ses côtés la sublime Caroline Munro, héroïne du Voyage fantastique de Sinbad et de Centre Terre : septième continent. Hélas, la belle s’acquitte ici d’un rôle de potiche souriante pour le moins exaspérant, mettant du même coup son charme ingénu au service d’un machisme caricatural. Soumise corps et âme à Kronos, Carla rit à chacun de ses exploits, se laisse même battre par lui, tandis que le puissant mâle passe son temps à déambuler torse nu ou vêtu de son bel habit de capitaine flambant neuf. Et que dire de ce « gag » récurrent au cours duquel elle s’endort sur ses genoux puis se vautre lamentablement par terre chaque fois qu’il se lève brutalement ? Ou de cette réplique finale, où elle lui déclame d’un regard langoureux « je t’appartiendrai » ?

La belle et le macho

On en vient à se demander si cette mascarade sadomasochiste n’est pas à prendre au second degré, comme en opposition aux femmes vampires dominantes que la Hammer commença à traiter quelques années plus tôt avec Vampire Lovers. Toujours est-il que le personnage de Carla pourrait aisément disparaître du scénario sans incidence sur le film. Le vampire décrit ici emploie un mode opératoire atypique (« il y a autant de vampires différents que d’oiseaux de proie » déclare à ce propos Gross). Encapuchonné, il séduit les jeunes filles par hypnose, leur octroie un baiser mortel et leur vole leur jeunesse. Deux mythes sont ainsi mixés en un seul : Dracula et la Comtesse Bathory. Le « whodunit » fonctionne plutôt bien, d’autant que la révélation finale du coupable est des plus surprenantes, le tout s’accompagnant d’une partition épique de Laurie Johnson. L’idée de ce Capitaine Kronos était manifestement de créer une franchise, mais cet étonnant chasseur de vampire maniant une épée forgée dans un crucifix en argent ne fut pourtant le héros que d’un seul film, générant au fil des ans un culte croissant.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

TUMAK FILS DE LA JUNGLE (1940)

Un « Roméo et Juliette » au pays des hommes préhistoriques conçu par le producteur de Laurel et Hardy

ONE MILLION YEARS B.C.

 

1940 – USA

 

Réalisé par Hal Roach et Hal Roach Jr.

 

Avec Victor Mature, Carole Landis, Lon Chaney Jr, John Hubbard, Nigel de Brulier, Mamo Clark

 

THEMA DINOSAURES I EXOTISME FANTASTIQUE

Connu surtout pour être le producteur des aventures de Laurel et Hardy, Hal, Roiach se lance en 1940 dans un mélodrame fantastico-exotique au concept alléchant qui pourrait se résumer ainsi : « Roméo et Juliette aux temps de la préhistoire ». Et si le titre français un peu à côté de la plaque laisse imaginer un ersatz des aventures de Tarzan, le One Million B.C. original (« un million d’années avant JC ») positionne clairement le contexte du film. Le scénario est l’œuvre conjointe de Mickell Novak et George Baker. Tout commence pourtant à l’époque contemporaine. Surpris par un orage en montagne, quelques touristes tyroliens trouvent refuge dans une caverne, où ils rencontrent un archéologue étudiant des dessins préhistoriques. Celui-ci leur raconte l’histoire des occupants de cette caverne. Un flash-back nous transporte alors illico un million d’années dans le passé. Cette intrigue d’un autre âge peut alors commencer.

Le jeune chasseur Tumak n’accepte plus l’autorité de son père Akhoba, chef de la tribu des Rochers. Il se bat avec lui et tombe d’une falaise. Blessé, il est attaqué par un mammouth, chute dans une rivière et, se laissant dériver, entre dans le territoire de la tribu des Rivières. Tumak est sauvé par une jeune fille, Loana, qui le soigne et le fait accepter par sa tribu, plus avancée que la sienne. Tumak revient parmi les siens en compagnie de Loana et apprend que son père a été attaqué par un bœuf musqué et agressé par Skakana, qui a pris sa place. Grâce aux armes du peuple des Rivières, Tumak triomphe de Skakana et prend le commandement de la tribu. Après un terrible cataclysme volcanique et sismique, Loana rejoint sa tribu qui est alors attaquée par un dinosaure. Tumak et ses hommes se joignent alors à ceux des Rivières pour combattre le monstre…

Brushings et dinosaures

Plusieurs choix artistiques douteux amenuisent l’impact du film. Victor Mature, pour commencer, apparemment pas vraiment dirigé, surjoue en grimaçant de manière excessive. Il nous conviendra bien plus en surhomme tourmenté dans Samson et Dalila. Carole Landis, permanentée et poussant la chansonnette au coin du feu, n’est pas davantage crédible. Les monstres préhistoriques, quant à eux, sont pour la plupart des animaux déguisés : éléphant et taureau couverts de poils, tatou affublé de cornes, crocodile sur le dos duquel on a collé une nageoire en plastique, varan, iguane, tortues… Non contente de n’évoquer que très vaguement la faune antédiluvienne, cette ménagerie fut malmenée au cours du tournage par des techniciens peu scrupuleux. On n’hésitait pas, ainsi, à affamer l’alligator et le varan puis à les soumettre à des chocs électriques pour les inciter à s’attaquer. Ces méthodes inacceptables sévissaient à une époque où les ligues de protection des animaux ne surveillaient pas encore l’industrie du cinéma. La palme du ridicule revient tout de même au tyrannosaure, de taille humaine, interprété par le cascadeur Paul Stader dans un costume grotesque, furtivement montré mais trahissant immédiatement sa nature. Notons enfin un petit tricératops en plastique au début du film. Il faut reconnaître que les rétroprojections combinant dinosaures et humains sont souvent très réussies. L’une d’elle, où Tumak passe devant le cadavre d’un monstre, est d’ailleurs directement calquée sur la scène du stégosaure de King Kong. Assez curieusement, toutes ces scènes de dinosaures seront recyclées par la suite dans une bonne douzaine de films aux budgets étriqués. La scène la plus spectaculaire de Tumak est finalement le cataclysme naturel, éblouissant, au cours duquel un volcan entre en éruption tandis que des tonnes de gravats s’abattent sur les humains et qu’une femme se retrouve ensevelie sous une effrayante marée de lave. 26 ans plus tard, One Million B.C. fera l’objet d’un remake produit par la Hammer, illuminé par la présence de Raquel Welch et par les effets spéciaux prodigieux de Ray Harryhausen.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

VERSUS, L’ULTIME GUERRIER (2000)

Pour son premier long-métrage, Ryuhei Kitamura ose le mélange des genres, à mi-chemin entre John Woo, Quentin Tarantino, Sam Raimi, Jackie Chan et Lucio Fulci !

VERSUS

 

2000 – JAPON

 

Réalisé par Ryuhei Kitamura

 

Avec Tak Sakaguchi, Hideo Sakaki, Chieko Misaka, Yuichiro Arai, Hoshimi Asai, Kenji Matsuda, Minoru Matsumoto, Kazuhito Ohba

 

THEMA ZOMBIES

« J’avais toujours entendu dire que les Japonais n’étaient pas capables de faire de films d’action susceptibles de rivaliser avec ceux de Hong-Kong et d’Hollywood. Cet à priori m’est apparu comme une sorte de défi, et m’a donné envie de me surpasser pour prouver le contraire. J’ai réalisé Versus dans cet esprit-là, pour étonner les gens. » (1) C’est en ces termes que Ryuhei Kitamura nous explique les motivations qui ont présidé à la naissance de son premier long-métrage, dont il tourna d’abord une version de 45 minutes en 1997. Deux prisonniers en cavale retrouvent un gang de yakuzas au beau milieu d’une forêt isolée. Les gangsters ont kidnappé une jeune fille, et lorsqu’ils la maltraitent, l’un des prisonniers s’interpose, provoquant une fusillade sanglante. Au beau milieu des balles sifflantes, le fugitif et la captive s’échappent et s’enfoncent dans les bois. Là, les cadavres de toutes les victimes des Yakuzas, enterrés en vrac au milieu des arbres, reviennent soudain à la vie sous forme de zombies. Car nous sommes dans la « forêt de la résurrection », l’une des 666 portes qui s’ouvrent vers l’enfer. Bientôt, deux flics cinglés aux méthodes expéditives et un guerrier immortel viennent compliquer la situation.

Mélange improbable de genres à priori incompatibles, Versus ressemble à un mariage contre-nature des univers de John Woo, Quentin Tarantino, Sam Raimi, Jackie Chan et Lucio Fulci. Des références que Kitamura réfute pourtant en partie. « J’aime bien Woo et Tarantino, ainsi qu’Evil Dead, mais je ne m’y suis pas référé en faisant Versus » affirme-t-il. « Je me sens plus proche des films de James Cameron, George Miller et Peter Weir. » (2) On pourrait rajouter Russel Mulcahy, dans la mesure où l’ombre d’Highlander plane à plusieurs reprises sur Versus. On y trouve la même quête d’immortalité (ici aussi, il ne peut en rester qu’un) et le même montage parallèle du méchant qui assemble son épée en faisant des moulinets. Au titre des références, Matrix pointe aussi le bout de son nez, le temps d’un clin d’œil parodique où l’un des policiers se met dans la même position que Keanu Reeves pour éviter les balles. Sauf que ça ne marche pas, et qu’il explose littéralement !

Gros plan depuis l’intérieur d’un crâne !

A vrai dire, le scénario de Versus n’a pas beaucoup d’importance, pas plus que les personnages eux-mêmes, desservis par des acteurs qui surjouent de manière souvent outrancière. Ici, tout converge vers l’action inédite et les pugilats étonnants. Certains morts-vivants apathiques semblent échappés de L’Enfer des zombies, d’autres voltigent en tous sens, voire se battent avec des armes à feu. Quant au gore, il éclabousse volontiers le métrage avec un excès qui confine au pastiche. Les têtes sont arrachées, le sang coule à flots, les tripes tombent des ventres ouverts, les cœurs sont extirpés et dévorés, les corps coupés en mille morceaux à coup d’épée, les ventres et les crânes perforés sous les impacts de balle. Et puis il y a le fin du fin : les yeux arrachés d’une tête à main nue, avec un gros plan subjectif depuis l’intérieur du crâne soudain évidé ! Assez bizarrement, ce défouloir non-stop s’achève sur un épilogue incompréhensible situé 99 ans dans le futur.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2005

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE CLAN DE LA CAVERNE DES OURS (1986)

Daryl Hannah incarne une femme préhistorique avenante dans cette adaptation d’un best-seller de Jean M. Auel

THE CLAN OF THE CAVE BEAR

 

1986 – USA

 

Réalisé par Michael Chapman

 

Avec Daryl Hannah, Thomas G. Waites, Pamela Reed, James Remar, John Doolittle, Curtis Armstrong, Martin Doyle

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE

La saga « Les Enfants de la Terre », que l’écrivain Jean M. Auel initia en 1981 avec le récit « Le Clan de l’Ours des Cavernes », connut un succès planétaire très honorable. En toute logique, Hollywood envisagea d’en tirer une série de films au fort potentiel commercial. Mais l’idée de mettre en vedette des hommes préhistoriques communiquant par langage des signes pendant une heure et demie rebuta quelque peu les producteurs, craignant que le public ne soit guère séduit par un tel spectacle. Il fallut donc attendre que Jean-Jacques Annaud ose l’aventure de La Guerre du feu pour que le projet soit à nouveau d’actualité. Empruntant le terrain balisé par Annaud, Warner confia l’adaptation du premier roman de la saga de Jean Auel à Michael Chapman, chef opérateur de renom (Taxi Driver, L’Invasion des profanateurs, Raging Bull) et réalisateur d’une anecdotique romance lycéenne avec le tout jeune Tom Cruise, L’Esprit d’équipe. Fidèle à la trame du premier tome des « Enfants de la Terre », Le Clan de la Caverne des ours raconte l’aventure d’Ayla, une fillette cro-magnon soudain livrée à elle-même lorsque sa mère est engloutie par un glissement de terrain.

Agressée par un lion des cavernes, Ayla est recueillie par Iza, la guérisseuse d’un clan de Néanderthaliens. Plus primitive qu’elle, la tribu la regarde d’un mauvais œil, persuadée qu’elle leur portera malheur. En grandissant, la jeune fille fait ce qu’elle peut pour s’intégrer dans sa famille d’accueil, mais elle sait bien qu’un jour, tôt ou tard, elle devra repartir pour regagner les siens. Le film s’achemine sur un tempo lent et contemplatif, au rythme de l’évolution des mentalités néanderthaliennes, peu enclines à une liberté de la femme qu’Ayla semble vouloir prôner. Au lieu de se laisser aller aux envolées symphoniques qui seront sa marque de fabrique, Alan Silvestri compose ici une partition pour synthétiseurs, visiblement très inspirée des travaux de Vangelis. Fidèle à son sens de l’image, Michael Chapman, quant à lui, filme de magnifiques décors extérieurs canadiens, son approche se voulant la plus naturaliste possible.

Cro-mignonne

Mais Le Clan de la Caverne des ours a visiblement du mal à se positionner, à mi-chemin entre le réalisme cru de La Guerre du feu et les canons hollywoodiens du cinéma d’aventure des années 80. Ainsi la narration s’accompagne-t-elle d’une voix off et de sous-titres lors des échanges entre les personnages, de peur que le spectateur soit incapable de comprendre l’intrigue et ses enjeux. D’autre part, malgré son jeu minimaliste et ses expressions corporelles simiesques, la sculpturale Daryl Hannah est aussi peu crédible en femme préhistorique que pouvait l’être Raquel Welch dans Un million d’années avant JC. Gageons que son choix en tête de casting fut dicté par un souci de minimiser les risques financiers du film, car la belle venait alors de tenir la vedette dans Splash de Ron Howard. Mais la performance de Daryl Hannah et les quelques séquences spectaculaires qui émaillent le film, notamment le sanglant combat contre un ours des cavernes déchaîné, ne suffirent pas à déplacer les foules, annulant du coup le projet d’adapter les autres romans de la saga.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

ARMY OF THE DEAD (2021)

Zack Snyder revient visiter le territoire des morts-vivants dans ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z

ARMY OF THE DEAD

 

2021 – USA

 

Réalisé par Zack Snyder

 

Avec Dave Bautista, Ella Purnell, Omari Hardwick, Ana de la Reguera, Theo Rossi, Matthias Schweighöfer, Nora Arnezeder, Hioyuki Sanada, Tig Notaro, Raul Castillo

 

THEMA ZOMBIES

À l’instar de Christopher Nolan, avec lequel il partage quelques incursions remarquées dans l’univers des DC Comics, Zack Snyder s’est mué au fil des ans en aimant à controverses polarisant des opinions contraires qui évacuent souvent toute nuance. Il semblerait qu’il faille absolument se positionner dans le clan des « pour » ou « contre » Snyder. Au mépris de ce « manichéisme » de bon ton, osons la demi-mesure. Non, Army of the Dead n’est pas un chef d’œuvre, loin s’en faut. Ce n’est pas non plus une catastrophe honteuse à enterrer six pieds sous terre. D’ailleurs, nul doute que si le film n’avait pas été signé Snyder, de nombreux esprits chagrins auraient considéré ce spectacle survolté comme un divertissement de très honnête facture. Même si le titre peut prêter à confusion, Army of the Dead est sans lien avec L’Armée des morts, que Snyder signa en 2004 sous le titre original de Dawn of the Dead puisqu’il s’agissait d’un remake officiel du Zombie de George Romero. Les distributeurs français ayant opté à l’époque pour une traduction à caractère militaire, celui-ci conserve son appellation originale afin d’éviter toute confusion. Cela dit, l’idée d’Army of the Dead est née dans la foulée de Dawn of the Dead, Zack Snyder envisageant alors de le réaliser sous la double bannière des studios Universal et Warner. Mais le projet traîna pendant presque quinze ans jusqu’à se concrétiser après son rachat par Netflix et une mise de départ de 90 millions de dollars.

Tout commence par un accident de la route au beau milieu du désert du Nevada. Un convoi militaire transportant une mystérieuse cargaison issue directement de la zone 51 et la voiture d’un couple de jeunes mariés entrent violemment en collision. Un zombie qu’on imagine fruit d’expérimentations top secrètes de l’armée (comme au bon vieux temps du Retour des morts-vivants) s’échappe alors, sème la mort, infecte quelques militaires au passage puis se rend à Las Vegas. La contamination se répand comme une traînée de poudre, muant la ville qui ne dort jamais en nid grouillant de zombies où les créatures, mises en quarantaine, sont livrées à elles-mêmes. C’est alors que le film d’action/horreur se met à intégrer les codes du « film de casse ». Car un petit commando, mené par le mercenaire Scott Ward (Dave Bautista), accepte une mission presque suicidaire : s’armer jusqu’aux dents, s’immiscer au milieu du flot affamé de morts-vivants et forcer le coffre-fort d’un casino qui renferme 200 millions de dollars… le tout avant la frappe nucléaire qui éradiquera Las Vegas quelques heures plus tard !

Leaving Las Vegas

Loin de la noirceur maniérée d’un Man of Steel ou d’un Batman V Superman, cette nouvelle « Armée des morts » ne se prend pas au sérieux, quitte à forcer le trait, à esquisser en quelques coups de burin mal ajustés le caractère des personnages et à se contenter d’explications vaseuses pour justifier des comportements et des motivations invraisemblables. Cette belle brochette d’archétypes et ces raccourcis scénaristiques ne poseraient pas de problème particulier si Army of the Dead se contentait d’une approche au second degré, à l’image de ce générique cartoonesque où le sang gicle à tout va au sein de séquences de combat dantesques qu’accompagne une reprise de « Viva Las Vegas ». Mais Snyder ne sait visiblement pas trop sur quel pied danser, s’obligeant à intégrer dans son film des moments d’émotion intense, des liens affectifs conflictuels entre le héros taciturne et sa fille ou encore des leçons de morale douteuses véhiculées par une soldate masculinisée qui semble s’ériger en défenseuse virulente des droits des femmes opprimées. Toutes ces tentatives d’ajouter de l’épaisseur à un film qui n’en demandait pas tant sont autant de coups d’épée dans l’eau – ratés, maladroits et souvent embarrassants. À l’image de l’emploi abusif de l’optique Canon Dream que le réalisateur – qui signe lui-même la photographie du film – utilise pour chaque scène intime, nimbant ses personnages d’un effet de flou digne de David Hamilton. D’un autre côté, Army of the Dead est d’une générosité rafraîchissante dans le double domaine de l’action et de l’horreur, multipliant les visions impensables comme ce panorama d’un Las Vegas dévasté où surgissent des hordes de morts-vivants précédées par leur « roi », chevauchant un cheval squelettique et accompagné d’un tigre monstrueux. Cet enrichissement de la mythologie zombie (les « alphas » dominants, les « boiteux » obéissants, les animaux mutants contaminés) permet un déchaînement sans précédent au moment des séquences de combat qui scandent régulièrement le film. Bref, ce mixage improbable entre Ocean’s Eleven et World War Z n’apporte rien de fondamental à la filmographie de Zack Snyder ni à celle – déjà très surchargée – des zombies à l’écran. Mais il faut bien avouer qu’on ne s’y ennuie pas une seconde et que ses 2h28 de métrage passent miraculeusement comme une lettre à la poste.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LE SMOKING (2002)

Jackie Chan, Jennifer Love Hewitt et Jason Isaacs partagent la vedette de cette imitation de James Bond exhibant un costume futuriste délirant

THE TUXEDO

 

2002 – USA

 

Réalisé par Kevin Donovan

 

Avec Jackie Chan, Jennifer Love Hewitt, Jason Isaacs, Debi Mazar, Peter Stormare, Ritchie Coster, Mia Cottet, Cecile Christobal

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Jackie Chan s’était déjà prêté au jeu du pseudo-James Bond avec Contre-attaque qui, à défaut de développer un scénario palpitant, collectionnait des séquences d’action originales détournant les « classiques » de la saga 007 (notamment un combat sous-marin d’anthologie au milieu de requins affamés). Sous l’impulsion du studio Dreamworks, la superstar chinoise retente l’exercice en s’efforçant de mixer espionnage, comédie et science-fiction, mais autant dire que la mayonnaise ne prend guère. Étant donné que la scène d’introduction ressemble à un remake de Taxi, autant dire qu’elle laisse peu d’espoirs sur la suite du film, et ce premier sentiment est hélas très tôt confirmé. Chan interprète ainsi un chauffeur de taxi new-yorkais nommé Jimmy Tong (d’où la réplique qui tue : « mon nom est Tong, James Tong ! »), qui végète quelque peu jusqu’à ce que ses dons de conducteur hors pair n’attirent l’attention des services secrets américains. Ces derniers lui confient le poste de chauffeur personnel de l’agent Clark Devlin.

Prodigieux salaud dans The Patriot de Roland Emmerich, Jason Isaacs incarne ledit Devlin, un fort honorable émule de James Bond dont le jeu et le physique ne sont pas sans évoquer Timothy Dalton. C’est d’ailleurs le seul éclat d’un casting par ailleurs terne, malgré la présence de l’éblouissante Jennifer Love Hewitt ici cantonnée au double rôle de potiche et de faire-valoir comique. Dans le rôle de l’agent novice Dell Blaine, elle sert principalement à véhiculer un quiproquo pataud sur lequel repose la majeure partie du film (Jimmy Tong est confondu avec Clark Devlin). Sans parler de Ritchie Coster, qui incarne sans l’once d’un charisme un méchant du nom de Dietrich Banning, lequel projette de posséder le monopole de l’eau minérale en transformant toutes les sources naturelles en poison déshydratant. D’où une séquence un peu gore où l’un de ses ex-associés se mue en momie desséchée qui tombe en morceaux. Un tel vilain aurait pu donner lieu à de palpitantes séquences d’action et de suspense, mais le film n’en tire aucun parti.

L’habit ne fait pas le moine

Quant au smoking du titre, il s’agit d’un costume high-tech bourré de gadgets et de modes de fonctionnement variés : destruction, homme-araignée, assemblage d’arme rapide, dons de sniper, combat, camouflage… Jimmy Tong hérite du miraculeux costume après que son employeur ait été envoyé à l’hôpital suite à une explosion, et se mue ainsi en espion hors du commun, doté de capacités physiques extraordinaires malgré son incorrigible maladresse. A part un combat plutôt réussi dans une chambre d’hôtel et une étonnante apparition en forme de clin d’œil du roi de la soul James Brown, il n’y a pas grand-chose à sauver de cette aberrante entreprise. D’autant que lorsque Chan, revêtu de son costume miraculeux, imite James Brown sur scène, chorégraphie excessive à l’appui, le spectateur est plus embarrassé qu’amusé. Avec son intrigue filiforme, ses scènes d’action sans surprise et son humour besogneux, Le Smoking n’a su séduire aucun public, remboursant difficilement son budget de 60 millions de dollars, et s’est donc vu reléguer à l’endroit qui lui sied le mieux : le vestiaire.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

DRACULA 2001 (2000)

Le monteur de Wes Craven passe à la mise en scène pour une relecture modernisée du mythe créé par Bram Stoker, Gerard Butler héritant des dents pointues…

DRACULA 2000

 

2000 – USA

 

Réalisé par Patrick Lussier

 

Avec Gerard Butler, Christopher Plummmer, Jonny Lee Miller, Justine Waddell, Colleen Fitzpatrick, Jennifer Esposito, Omar Epps

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Monteur attitré de Wes Craven depuis Freddy sort de la nuit, Patrick Lussier s’est vu offrir sa première mise en scène pour le cinéma par le père de Scream lui-même, qui produisit ce Dracula 2001 au titre prometteur mais au scénario franchement décevant. Le film démarre en 1897. Le navire Demeter débarque à Londres. Tout l’équipage est mort, les rats ont envahi le pont, et bientôt une étrange silhouette bat le pavé. La situation nous est familière. Un petit bond dans le temps et hop ! nous voilà en 2001, toujours dans la capitale anglaise. Le vénérable Christopher Plummer y incarne l’antiquaire Matthew Van Helsing, petit-fils du célèbre chasseur de vampire. Avec la complicité d’une de ses employées, un gang de voleurs très organisés déjoue tous ses systèmes de sécurité et entre dans sa chambre forte souterraine, croyant y dénicher un fabuleux trésor. Mais ils ne trouvent que des crânes, des crucifix et un étrange cercueil en argent. En essayant de l’ouvrir, deux d’entre eux meurent, empalés par des pièges acérés. Leur sang est aussitôt absorbé par le cercueil. Dans l’avion qui emmène nos voleurs vers les îles Caïman, le cercueil s’ouvre subitement, révélant un jeune Dracula aux cheveux longs et à la chemise ouverte (Gerard Butler) qui les vampirise un à un.

Van Helsing part alors en quête de son ennemi séculaire, une valise gadget à la main. Curieux, son assistant Simon (Jonny Lee Miller) l’a suivi, lui avouant la larme à l’œil : « vous avez été comme un père pour moi ». Dracula, de son côté, cherche à retrouver la jeune Mary (Justine Waddell), qui vit à la Nouvelle-Orléans et n’est autre que la fille de Van Helsing. Lorsque Lucy, la colocataire de Mary, propose un café au vampire, celui-ci répond : « Je ne bois pas… de café », en un hommage aux gros sabots au Dracula de Tod Browning. Le film n’hésite d’ailleurs pas devant les répliques ridicules, comme ce grotesque « il ne faut jamais emmerder un antiquaire anglais » déclamé par Simon avant qu’il ne se débarrasse d’un suceur de sang. Lorsque l’assistant fougueux s’étonne en entendant Van Helsing prononcer le nom de Dracula, ce dernier s’empresse de préciser : « pas le mythe, pas les divagations d’un romancier irlandais dérangé ».

« Je ne bois jamais… de café »

Le film tente ainsi maladroitement de se débarrasser de l’influence de Bram Stoker, comme pour nous laisser entendre qu’il s’apprête à nous présenter le « vrai » Dracula. L’intrigue cherche d’ailleurs à inscrire le personnage dans un passé antérieur au 15ème siècle, et à lier ses origines à l’histoire du christianisme. Qui est-ce donc ? Le Diable ? L’Antéchrist ? La réponse dépasse par son absurdité toutes les conjectures. Pour sauver les meubles, Dracula 2001 nous offre quelques belles scènes comme l’attaque d’une journaliste et de son cadreur par un Dracula invisible à travers l’objectif de la caméra, ou encore la transformation du vampire en loup puis en une nuée de chauves-souris. La compagnie Virgin sponsorise le film avec tellement d’ostentation qu’on croirait parfois être dans un spot publicitaire géant. Cette omniprésence visuelle de la marque, qui précise bien la cible visée, nuit beaucoup à la crédibilité déjà bien entachée de ce pur produit de consommation qui sera suivi par deux séquelles facultatives.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

ARTHUR ET LES MINIMOYS (2006)

Luc Besson s’essaie à l’exercice du conte de fées en plongeant un enfant en chair et en os dans un monde magique miniature…

ARTHUR ET LES MINIMOYS

 

2006 – USA

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Freddie Highmore, Mia Farrow, Penny Balfour, et les voix de Madonna, David Bowie, Robert de Niro, Harvey Keitel

 

THEMA CONTES I PETITS MONSTRES I SAGA ARTHUR ET LES MINIMOYS I LUC BESSON

Située au tout début des années soixante dans une petite ville de l’Amérique profonde digne des tableaux de Norman Rockwell, l’intrigue d’Arthur et les Minimoys adapte les deux premiers romans que Luc Besson publia en 2002 d’après un concept développé par Céline et Patrice Garcia. Du haut de ses dix ans, Arthur (Freddie Highmore, héros de Charlie et la chocolaterie) vit dans une vénérable bâtisse avec sa grand-mère (Mia Farrow). Or celle-ci croule sous les dettes, et un promoteur – véreux comme il se doit – est sur le point de récupérer la maison et le terrain. Refusant de baisser les bras, Arthur se plonge dans la lecture d’un grimoire que lui a légué son grand-père. Au beau milieu des récits fantastiques qui s’étalent sur les pages racornies, il est question d’un fabuleux trésor caché quelque part dans le jardin. Pour le trouver, Arthur va devoir déchiffrer plusieurs indices disséminés dans la maison, puis se propulser dans un monde parallèle : celui des Minimoys, des lutins pas plus gros que des fourmis dont le règne s’étend sur sept royaumes féeriques. Dès lors, selon le même principe que James et la pêche géante ou Richard au pays des livres magiques, le petit garçon en chair et en os se mue en personnage animé, et la suite des aventures d’Arthur se déroule dans un univers intégralement conçu en images de synthèse. Pour autant, Arthur et les Minimoys n’est pas un film d’animation pur et dur.

Refusant de lutter dans la même catégorie que Pixar et Dreamworks, Luc Besson tient à équilibrer les séquences en synthèse et celles en prises de vues réelles, assurant le va et vient de l’une à l’autre grâce à des effets de montage astucieux et à l’hyperréalisme des décors virtuels. « Ce qui n’était pas facile », explique Besson à propos de la mise en chantier du film, « c’était de solliciter des financements pour un projet qui allait nécessiter cinq ans de travail alors que je ne pourrais pas montrer les premières images avant deux ans. Étant donné que je ne suis pas familier avec l’animation, j’avais besoin de vrais comédiens et de vraies caméras. J’ai donc recruté des acteurs pour leur faire jouer l’intégralité des actions requises par les Minimoys. Je les dirigeais librement et ils disaient leurs dialogues, comme dans un film traditionnel. Si ce n’est que tout était filmé avec huit caméras sur un petit plateau. J’ai ensuite monté tous ces rushes. A partir de ce “brouillon“, les infographistes ont pu reproduire les mouvements de chaque personnage en les adaptant à la morphologie des Minimoys. » (1). Les créatures elles-mêmes bénéficient d’une animation soignée mais inégale. On sent bien que tous les efforts ont été concentrés sur la jolie princesse Sélénia. « C’est le personnage qui nous a demandé le plus de travail, dans la mesure où elle a des proportions proches de celles d’un être humain normal », avoue Pierre Buffin, réalisateur des séquences numériques. « Pour couronner le tout, elle a une forte personnalité et devait être sexy. Nous n’en finissions plus de la modifier et de l’améliorer. Si nous n’avions pas eu de contraintes de temps et d’argent, nous serions probablement encore en train de travailler sur elle ! » (2)

Mamie, j’ai rétréci le gosse !

L’intrigue qui se situe dans ce monde miniature parallèle se suit sans déplaisir, même si la dynamique des scènes d’action prend systématiquement le pas sur l’originalité et l’innovation. A vrai dire, tout semble avoir déjà été vu ailleurs, que ce soient cette bataille contre les moustiques héritée de la saga Star Wars, cette épopée dans une nature gigantesque clignant de l’œil vers Chérie j’ai rétréci les gosses, cet affrontement entre la gentille colonie et les vilains envahisseurs calqué sur les 1001 pattes ou cette course poursuite dans une voiture jouet qui évoque Stuart Little. Le patchwork des références devient plus problématique lorsque Besson détourne hasardeusement le mythe d’Excalibur ou recycle le surnom « M le Maudit » pour désigner le maléfique Maltazard (dont il ne faut pas prononcer le nom, comme le Voldemort d’Harry Potter). Du coup, plus le film avance, plus il manifeste ses difficultés à mettre en place un univers fantaisiste cohérent libéré de ses influences multiples. Les anachronismes qui jonchent le récit participent du même manque de rigueur. Puisque le récit se situe au début des années soixante, pourquoi Arthur, en pleine poursuite automobile, s’exclame-t-il « pourvu qu’il n’y ait pas de radars ! » (si ce n’est pour l’allusion à la trilogie Taxi) ? Sans parler de cette interminable séquence chorégraphique sur une platine géante avec un DJ rasta qui parodie La Fièvre du samedi soir et Pulp Fiction.  Mais ces réserves n’ôtent rien au caractère résolument divertissant du film, lequel présente en outre la particularité d’opter pour un casting vocal constitué de superstars de la chanson (Madonna, David Bowie, Snoop Doggy Dog en VO, Mylène Farmer, Alain Bashung, Rohff, Stomy Bugsy ou Marc Lavoine en VF).

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2006

 

© Gilles Penso

Partagez cet article