LE JOURNAL D’ELLEN RIMBAUER (2003)

Préquel de la mini-série Rose Red, ce téléfilm inspiré de Stephen King nous conte les origines de la fameuse demeure maudite…

THE DIARY OF ELLEN RIMBAUER

 

2003 – USA

 

Réalisé par Craig R. Braxley

 

Avec Lisa Brenner, Steven Brand, Tsidii de Loka, Kate Burton, Brad Greenquist, Deirdre Quinn

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Pour promouvoir le téléfilm en trois parties Rose Red, diffusé sur les petits écrans américains le 27 janvier 2002, un roman écrit par Ridley Pearson sous le pseudonyme de Joyce Reardon (nom de l’héroïne de la mini-série), fut publié dans la foulée. Reposant sur une idée de Stephen King, ce « Journal intime de Ellen Rimbauer » (sous-titré « Ma vie à Rose Red ») servit principalement d’objet publicitaire pour accompagner la diffusion des trois épisodes mais fit aussi office de préquelle explicitant les événements survenus par le passé dans la maison maudite. « Durant l’été 1998, au cours d’une vente aux enchères, j’ai acquis un journal intime cadenassé et recouvert de poussière, persuadée que ces écrits appartenaient à Ellen Rimbauer », peut-on y lire en guise de prologue. Un an plus tard, l’idée d’adapter ce livre pour en tirer un nouveau téléfilm se concrétise, toujours sous la direction de Craig R. Baxley.

Diffusé en mai 2003 sur la chaîne ABC, Le Journal d’Ellen Rimbauer prend place au début du vingtième siècle, à Seattle. Le riche marchand John Rimbauer (Steven Brand) demande à sa fiancée Ellen (Lisa Brenner) de l’épouser. Pour lui prouver son amour, il lui a fait construire une gigantesque maison, importée brique par brique d’Angleterre. Craig Braxley nous offre alors la vision impressionnante du chantier qui côtoie la mer, par la grâce d’effets visuels très soignés. « Cette maison abritera notre bonheur » dit John, juste avant d’être contredit par la détonation d’un coup de feu. Un accident vient en effet d’arriver sur le chantier, prélude d’une série de drames qui iront crescendo. Peu émus par ce mauvais présage, John et Ellen Rimbauer partent en voyage de noces en Afrique, où ils rencontrent Sukeena (Tsidii Le Loka) qui deviendra leur domestique et la confidente de la jeune épouse. Le soir du premier grand bal donné dans la maison, une invitée est soudain prise d’une crise de panique après avoir visité une pièce à l’étage et répète dans une espèce de transe « je sais tout, je sais tout ».

« Je sais tout… »

À partir de là, les choses dégénèrent lentement. John multiplie les maîtresses, des filles disparaissent dans la maison, l’atmosphère devient pesante… Ellen tombe enceinte et accouche bientôt d’Adam, puis d’April qui nait avec un bras atrophié. Celle-ci ne tarde pas à découvrir le corps de Doug, un associé de son père, pendu dans la maison. Face à ce trop-plein d’événements dramatiques, Ellen sollicite contre l’avis de son époux l’aide de Madame Lu (Tsai Chin), une médium asiatique qui détecte que Rose Red est animée d’une vie autonome et influe sur l’esprit d’April, laquelle disparaît à son tour. Malgré le savoir-faire indéniable de Craig Baxley et la multiplication de phénomènes surnaturels et de rebondissements, Le Journal d’Ellen Rimbauer peine à captiver son public, peu aidé par une facture anonyme qui lui donne trop souvent les allures d’un soap opera des années 80/90, la voix off redondante de la narratrice et un épilogue peu crédible expédié en quelques minutes. Ce produit dérivé lui-même inspiré d’un autre produit dérivé n’a donc un intérêt que très relatif.

 

© Gilles Penso

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SCOOP (2006)

Woody Allen raconte la rencontre improbable entre une étudiante, le fantôme d’un journaliste et un aristocrate soupçonné d’être un tueur en série…

SCOOP

 

2006 – USA

 

Réalisé par Woody Allen

 

Avec Scarlett Johansson, Hugh Jackman, Woody Allen, Ian McShane, Romola Garai, Charles Dance, Meg Wynn Owen

 

THEMA FANTÔMES

Avec l’excellent Match Point, Woody Allen avait pris son public par surprise, s’écartant des sentiers qu’il avait l’habitude d’emprunter et délaissant son éternelle ville de New York au profit d’un Londres embrumé propice au drame policier vénéneux et à l’humour noir. Fort de cet indéniable succès, il creuse le même sillon avec Scoop, dirigeant l’envoûtante Scarlett Johansson pour la deuxième fois consécutive. Au suspense hitchcockien et à la satire typiquement anglaise, l’auteur de Manhattan ajoute cette fois une bonne dose de burlesque et un argument purement fantastique. Tout le monde, dans le milieu de la presse, déplore la mort de Joe Strombel (Ian McShane), un journaliste d’investigation réputé pour son flair et son opiniâtreté. En route vers l’au-delà à bord d’une embarcation conduite par la Faucheuse en personne, ce dernier fait la rencontre d’autres trépassés, notamment l’ancienne secrétaire de Peter Lyman (Hugh Jackman), un jeune aristocrate qu’elle soupçonne d’être le serial killer qui défraie la chronique sous le surnom de « Tueur au Tarot ».

Piqué au vif, Strombel rêverait d’exhumer ce scoop, fut-ce de manière posthume. Pour y parvenir, il se jette dans le fleuve aux allures de Styx qui le transporte, et parvient à entrer furtivement en contact avec le monde des vivants. C’est ainsi que Sondra Pransky (Scarlett Johansson), jeune étudiante en journalisme, aperçoit le fantôme de Strombel alors qu’elle participe à un spectacle de magie donné par le grand Splendini, de son vrai nom Sid Waterman (Woody Allen). Le spectre a tout juste le temps de lui donner quelques indices avant de s’évanouir. Entreprenante, Sondra décide de mener l’enquête, avec l’aide du magicien qu’elle prend à témoin. Pour obtenir son scoop, elle se jette dans les griffes de Lyman, faisant passer Splendini pour son père. Mais bientôt, l’aristocrate et l’apprentie journaliste tombent mutuellement amoureux…

L’esprit des morts et les mots d’esprit

Loin d’être déplaisant, Scoop laisse tout de même un arrière-goût d’inachevé et ne possède ni la trouble sensualité, ni l’impeccable perfectionnisme de Match Point, duquel il se rapproche pourtant par bien des aspects. L’angle fantastique du récit passe certes comme une lettre à la poste, grâce au second degré poétique avec lequel il est traité, mais les ressorts comiques, en revanche, ne font mouche qu’une fois sur deux. A vrai dire, il eut sans doute été préférable que Woody Allen n’apparaisse pas dans le film et efface son personnage du scénario. Car Splendini n’apporte rien de foncièrement intéressant à l’intrigue et désamorce la plupart des séquences où il s’immisce en délivrant des mots d’esprits hors sujet typiques de son auteur (« je suis né de confession israélite mais je me suis converti au narcissisme », « je n’ai pas besoin de faire d’exercice, mon anxiété a l’effet d’un aérobic » ou encore « tu viens d’une famille orthodoxe, accepteront-ils un tueur en série ? »). Le charme et le charisme des deux acteurs principaux demeure l’atout principal de ce Scoop qui eut mérité un travail d’écriture un peu plus rigoureux. A peine le tournage s’acheva-t-il que Scarlett Johansson et Hugh Jackman se retrouvèrent sous la direction de Christopher Nolan pour Le Prestige.

 

© Gilles Penso

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CONJURING: SOUS L’EMPRISE DU DIABLE (2021)

Dans ce troisième volet de la franchise Conjuring, les époux Warren doivent prouver face à un tribunal l’existence d’une possession démoniaque…

THE CONJURING : THE DEVIL MADE ME DO IT

 

2021 – USA

 

Réalisé par Michael Chaves

 

Avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Sterling Jerins, Ruairi O’Connor, Sarah Catherine Hook, Charlene Amoia, Julian Hilliard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CONJURING

C’était à prévoir : James Wan, instigateur de la saga Conjuring et réalisateur des deux premiers épisodes, a tellement le vent en poupe qu’il se voit contraint de céder la mise en scène du troisième opus pour pouvoir se consacrer à d’autres projets (notamment le thriller horrifique Malignant, la série TV Archive 81 et la suite d’Aquaman). C’est donc Michael Chaves qui lui succède. Ce dernier ne nous avait qu’à moitié convaincus avec La Malédiction de la Dame Blanche, mais Wan lui fait confiance, partage avec lui de nombreux goûts cinématographiques (tous deux adulent le Seven de David Fincher) et pense qu’il saura assurer la continuité en respectant la ligne artistique établie par les films précédents. Ce troisième volet consacré aux enquêtes paranormales de Lorraine et Ed Warren (qui se positionne aussi comme le huitième épisode du « Conjuring cinematic universe ») cherche malgré tout à casser une certaine routine. Pour éviter le sentiment de déjà vu, le motif de la maison hantée est d’emblée écarté. D’autre part, Wan et Chaves souhaitent se concentrer davantage sur les pouvoirs médiumniques de Lorraine Warren, sollicités pour faire avancer une enquête policière complexe. En ce sens, Conjuring : sous l’emprise du diable se rapproche de la mécanique du Dead Zone de David Cronenberg. Le scénario s’inspire cette fois-ci du procès réel d’Arne Cheyenne Johnson, qui se déroula en 1981 dans le Connecticut et qui avait déjà inspiré en 1983 le téléfilm Le Procès du démon.

Tout commence par une séquence de possession éprouvante qui rend un hommage direct à L’Exorciste (avec la reprise du plan iconique de la silhouette du prêtre se découpant devant la grande bâtisse, chapeau sur la tête et mallette à la main). En dix minutes, le prologue de ce troisième Conjuring nous offre une sorte de condensé du classique de William Friedkin. Le petit David Galtzel (Julian Hilliard) est libéré de l’emprise diabolique qui le possédait, mais le démon s’est désormais logé dans l’esprit du petit ami de sa sœur, le jeune Arne Johnson (Ruairi O’Connor). Celui-ci, victime d’hallucinations de plus en plus terrifiantes, adopte un comportement étrange et assassine l’un de ses amis avant de redevenir lui-même. Condamné à mort, il n’a qu’une seule chance de s’en sortir : plaider la possession diabolique. Mais un tel argument a-t-il un poids quelconque dans un tribunal ? « La cour accepte l’existence de Dieu chaque fois qu’un témoin jure de dire la vérité », déclare Ed Warren au juge en charge de cette affaire. « Je pense qu’il est temps qu’ils acceptent l’existence du diable. » Or seuls les époux Warren semblent susceptibles de dénouer cette situation épineuse…

Les avocats du diable

La structure de Conjuring 3 diffère donc de celle des deux précédents. Au lieu d’être une entame narrative plantant le décor sans présenter de lien direct avec le reste de l’intrigue, le pré-générique est ici le point de départ du récit tout entier, à partir duquel l’enquête des Warren repart à rebours au bout de trente minutes de métrage pour élucider le mystère d’une double possession. L’enjeu dramatique est fascinant : pour sauver la vie d’un condamné, ils doivent prouver l’existence d’un démon. Si Michael Chaves n’a pas la finesse de James Wan, il se tire tout de même de cet exercice périlleux avec les honneurs, respectant du mieux qu’il peut le style de son prédécesseur et surtout sa gestion de la peur. L’attente, le silence et le hors-champ sont donc beaucoup plus sollicités que les effets démonstratifs, même si le réalisateur ne peut s’empêcher de ponctuer le film de « jump-scares » artificiels (c’était justement l’un des travers de La Malédiction de la Dame Blanche). Quelques rebondissements scénaristiques sont un peu durs à avaler et le final aurait mérité une approche plus subtile, mais l’alchimie fonctionne toujours, en grande partie grâce à l’indéboulonnable duo Patrick Wilson/Vera Farmiga – peut-on rêver ghostbusters plus charismatiques ? L’idée d’affaiblir Ed Warren physiquement est d’ailleurs intéressante, car elle crée des obstacles supplémentaires sur la piste des enquêteurs et pousse Lorraine à participer plus activement aux investigations sur le terrain, quitte à se jeter dans la gueule du loup. Conjuring : sous l’emprise du diable s’achève sur un double suspense très efficace qui semble pour sa part cligner de l’œil vers « Shining » (le livre, pas le film) jusqu’à un épilogue qui laisse bien sûr imaginer d’autres aventures possibles. Les affaires traitées par les véritables époux Warren ne manquant pas, la matière pour alimenter de nombreux autres scénarios est encore foisonnante.

 

© Gilles Penso

 

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NOS AMIS LES TERRIENS (2007)

L’écrivain Bernard Werber passe derrière la caméra pour imaginer que des extra-terrestres épient nos moindres faits et gestes…

NOS AMIS LES TERRIENS

 

2007 – FRANCE

 

Réalisé par Bernard Werber

 

Avec Annelise Hesme, Audrey Dana, Thomas Le Douarec, Boris Ventura, Sellig, et la voix de Pierre Arditi

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Nos amis les Terriens est l’aboutissement d’un projet amorcé par Bernard Werber en 1992. Après deux nouvelles, un court-métrage et une pièce de théâtre abordant tous la même thématique, le romancier réalise enfin son rêve : en tirer un long-métrage que Claude Lelouch accepte de produire. « Quand Claude Lelouch a vu le court-métrage, ça l’a beaucoup fait rire et il m’a proposé immédiatement d’en faire un film », raconte Werber. « Il a respecté sa parole, avec d’autant plus de mérite que personne ne nous a suivi sur ce coup-là. Il a donc porté le projet tout seul, à bout de bras, en étant particulièrement respectueux de mon travail. Il m’a dit : « je te laisse faire tes erreurs, parce que c’est ce qui va créer ton style » (1). Il est difficile de ne pas adhérer d’emblée au concept du film, tant l’idée en est séduisante et la mise en forme distractive. Les premières minutes (des images de synthèse réalisées par l’équipe de Buf) nous transportent dans l’espace, tandis que la voix de Pierre Arditi nous annonce que nous ne sommes pas seul dans l’univers et qu’une autre forme de vie organisée a été découverte. Bien vite, il devient évident que ce « nous » ne concerne pas les humains mais une race extra-terrestre très évoluée, et que l’autre forme de vie en question, ce sont les Terriens. Une fois ce point de vue accepté, on s’amuse aisément du décalage entre le commentaire et les scènes de vie quotidienne captées dans Paris, un procédé qui rappele « Les Lettres Persanes » de Montesquieu.

 

Le parti pris narratif de Werber se scinde dès lors clairement en deux portions : les images « volées », filmées à la sauvette parmi les passants et les automobilistes, à la manière d’un film documentaire « ethnologique » ; et les séquences avec comédiens, dans la mesure où les extra-terrestres ont choisi de s’intéresser plus particulièrement à deux sujets d’observation pris au hasard : un homme (Thomas Le Douarec) et une femme (Annelise Hesme). Mais cette structure scénaristique, idéale sur un format court, aurait tout de même eu du mal à captiver le public pendant la durée d’un long-métrage. Conscient de cet état de fait, et soucieux de varier les plaisirs, Werber imagine que les extra-terrestres ne s’en tiennent pas à l’étude des humains dans leur environnement naturel, mais décident également d’analyser leur comportement en captivité. Reprenant à son compte la thématique des enlèvements d’humains par des aliens, Nos amis les Terriens nous fait donc découvrir, en montage parallèle, le triste sort d’un autre couple (Audrey Dana et Boris Ventura) enfermé dans un espace clos et livré à lui-même. « La science-fiction reste un support idéal pour parler de l’homme et de sa place dans l’univers », affirme Werber. « Voyons la vérité en face : nous sommes une espèce grouillant sur une planète, et nous sommes peut-être en train de la détruire. Parlons-en au lieu de nous voiler la face » (2).

Nous ne sommes pas seuls

Ces jalons étant posés, l’intrigue suit son cours sous l’œil mi-amusé mi-intrigué du spectateur. Car le cinéaste se plaît au jeu du mélange des genres et de la confusion des sentiments. Si le film prête souvent à rire, là n’est pas son unique objectif, et l’inversion des points de vue mue n’importe quelle séquence banale en tissu d’étrangetés, voire d’absurdités. Dès lors, tout est possible : l’érotisme numérique (l’incroyable scène des deux squelettes en image de synthèse qui font l’amour), l’allégorie biblique (les humains captifs qui construisent l’équivalent d’une Tour de Babel pour atteindre l’entité supérieure qui les observe), l’horreur gastronomique (l’épouvantable visite d’une usine où les poulets sont égorgés et plumés vivants). Et que dire de ce plan à la fois sublime et répulsif au cours duquel la tête d’un bébé s’extrait du corps de sa mère ?  L’originalité de Nos amis les Terriens et l’audace de son auteur-réalisateur nous incitent à l’indulgence quant aux faiblesses formelles du film, notamment une image vidéo numérique très inesthétique, des comédiens pas toujours convaincants et quelques pertes de rythme en cours de métrage.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en mars 2007

 

© Gilles Penso

 

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BAD MILO ! (2013)

Un homme victime de troubles gastriques répétés découvre un jour qu’un petit monstre vorace se loge dans ses intestins…

BAD MILO !

 

2013 – USA

 

Réalisé par Jacob Vaughan

 

Avec Ken Marino, Gillian Jacobs, Stephen Root, Peter Stormare, Mary Kay Place, Patrick Warburton, Kumail Nanjiani, Michael Penfold

 

THEMA MUTATIONS I PETITS MONSTRES 

Le concept de Bad Milo est digne du David Cronenberg de Frissons et Chromosome 3 ou du Frank Henenlotter de Frère de sang et Elmer le remue-méninges. Pourtant, le second long-métrage de Jacob Vaughan, signataire de la comédie policière The Cassidy Kids, ne ressemble à rien de connu. L’idée abracadabrante qui sous-tend le scénario aurait pu donner lieu à un spectacle trash et dégoulinant, quelque part entre les productions Troma les plus gratinées et les délires gores japonais assumant joyeusement leur mauvais goût (parmi lesquels un improbable Zombie Ass : Toilet of the Dead qui s’intéresse lui aussi au fondement de ses infortunés héros). Mais s’il assume frontalement son sujet « culotté » et s’il s’octroie quelques séquences gore carabinées, Jacob Vaughan rejette toute vulgarité et se drape même d’une certaine pudeur. Cette approche paradoxale rend Bad Milo insaisissable et fascinant. Le film nous fait rire et parvient même à nous toucher parce qu’il s’intéresse avant tout à ses personnages, à leurs failles, leurs défauts, leurs complexes et leurs fêlures. Voilà qui est surprenant, de la part d’un scénario centré sur le monstre assoiffé de chair humaine qui surgit de l’anus de son personnage principal !

Duncan (Ken Marino) est le héros de Bad Milo. Il forme avec Sarah (Gillian Jacobs) un couple tranquille et aimant, mais plusieurs éléments de sa vie provoquent chez lui des crises de stress qui se traduisent par des troubles gastriques. Comptable dans une société menée par un businessman sans scrupule (Patrick Warburton), il est contraint d’installer son bureau dans d’anciennes toilettes exiguës où il cohabite avec un collègue pénible (Erik Charles Nielsen), puis se retrouve chargé de licencier tous les employés non performants. Voilà qui ne facilite guère son transit intestinal ! Dans sa vie familiale, les choses ne sont pas beaucoup plus reluisantes. Son père (Stephen Root) a disparu de la circulation depuis qu’il est enfant et sa mère (Mary Kay Place) s’est mise en couple avec un quadragénaire (Kumail Nanjiani) qui aime détailler leurs ébats sexuels. Le gastro-entérologue qu’il consulte (Toby Huss) repère un gros polype dans son tube digestif. Lorsque la quantité de stress emmagasinée devient trop importante, l’impensable se produit : le polype s’extrait de son organisme par voie anale et prend la forme d’un monstre de soixante centimètres de haut ! Cette créature insatiable s’échappe dès lors régulièrement, massacre tous ceux qui ont contrarié Duncan puis réintègre son corps…

Volte-fesse

Désireux de recourir à des effets spéciaux « à l’ancienne », le réalisateur sollicite l’atelier Fractured FX Inc. de Justin Raleigh (Insidious, Sucker Punch, Army of the Dead) pour concevoir une marionnette animatronique personnalisant cette créature capable d’évoquer tour à tour la rage, la voracité ou l’affabilité. Les effets numériques interviennent pour lui faire cligner les yeux et pour effacer les deux marionnettistes qui la manipulent, mais sa présence physique est parfaitement palpable. Le design d’Aaron Sims (Stranger Things, Ça, Ready Player One), qui évoque parfois celui du bébé reptile de la série V, ne cherche jamais à nous faire croire à un être réaliste. Ce monstre malicieux et affamé est de la même trempe que les Critters, les Ghoulies ou les Gremlins, mais ce n’est pas seulement la nostalgie des années 80 qui dicte son look. Il se positionne avant tout comme un symbole, la part sombre d’un héros affable qui s’éveille pour faire ce dont il rêve inconsciemment sans oser se l’avouer : affronter ceux qui lui pourrissent la vie et leur rendre la monnaie de leur pièce. Milo (car tel est le nom de la bête) est le Mister Hyde de Duncan, l’équivalent gastrique du singe d’Incident de parcours ou du George Stark de La Part des ténèbres. Si cette bestiole anthropophage est l’attraction principale du film, les excellentes prestations de Peter Stormare en psychiatre cinglé, Patrick Warburton en patron amoral ou Stephen Root en père démissionnaire sont délectables, les dialogues reposant en grande partie sur des joutes verbales totalement improvisées. Exploité de manière confidentielle en salles et en vidéo, Bad Milo est donc une curiosité très recommandable.

 

© Gilles Penso

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DRACULA, MORT ET HEUREUX DE L’ÊTRE (1995)

20 ans après Frankenstein Junior, Mel Brooks passe à la moulinette parodique le plus célèbre des vampires, incarné ici par Leslie Nielsen…

DRACULA: DEAD AND LOVING IT

 

1995 – USA

 

Réalisé par Mel Brooks

 

Avec Leslie Nielsen, Mel Brooks, Amy Yasbeck, Peter MacNicol, Steven Weber, Lysette Anthony, Harvey Korman, Anne Bancroft, Ezio Greggio

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Il est généralement admis que la meilleure parodie de films fantastiques jamais réalisée, toutes époques et toutes nationalités confondues, est Frankenstein Junior. Plus encore que la série des Deux nigauds, que le Bal des vampires ou que le Rocky Horror Picture Show, cette relecture délirante des Universal Monsters de l’âge d’or s’est imposée comme un mètre étalon jamais égalé. Mel Brooks allait il réitérer ce miracle deux décennies plus tard en s’attaquant cette fois-ci au comte Dracula ? Rien n’était moins sûr, malgré la sollicitation d’un des « clowns » les plus populaires de sa génération depuis Y’a-t-il un pilote dans l’avion : le vénérable Leslie Nielsen, endossant pour l’occasion la cape du célèbre vampire. Après avoir un temps envisagé de tourner son film en noir et blanc, comme à l’époque de Frankenstein Junior, Brooks opte finalement pour des couleurs chatoyantes, dans la mesure où les productions Universal sont moins dans sa ligne de mire que les films de la Hammer – ainsi que le récent Dracula de Francis Ford Coppola. Dracula, mort et heureux de l’être emprunte tout de même de nombreux éléments visuels et scénaristiques au Dracula de Tod Browning, notamment le remplacement de Jonathan Harker par Renfield lors du prologue, ou encore ce grand escalier dans le château du monstre où trône une gigantesque toile d’araignée (réminiscence non seulement de Dracula mais aussi de La Marque du vampire).

Tourné intégralement en studio à Culver City entre mai et juillet 1995, le onzième long-métrage de Mel Brooks s’offre une patine visuelle de premier ordre. Cette Transylvanie folklorique semble tout droit issue d’un film de Terence Fisher ou de Roger Corman – période Edgar Poe. La superbe photographie ultra-saturée de Michael D. O’Shea, les matte paintings foisonnants, les toiles peintes, les fumigènes, les bâtiments du 17ème siècle… tout dans le film fait faux, délicieusement faux, avec un sens du mimétisme qui rappelle irrésistiblement les films d’horreur des sixties, de la même manière que Frankenstein Junior imitait à merveille ceux des années trente. Dans ce même esprit d’approche formelle au premier degré, Hummie Mann compose une très belle musique orchestrale qui, au cours d’un générique de début accompagnant le feuilletage d’un livre orné d’images historiques inquiétantes, évoque le thème « Miracle of the Ark » des Aventuriers de l’arche perdue. Tissu d’influences composites s’efforçant de condenser six décennies d’adaptations du célèbre roman de Bram Stoker, Dracula, mort et heureux de l’être laisse logiquement Leslie Nielsen incorporer dans son jeu les mimiques, les gestuelles et les intonations de Bela Lugosi, Christopher Lee et même Gary Oldman (dont il « emprunte » la perruque exubérante le temps de deux séquences clignant de l’œil vers Coppola).

« Le jour me nuit ! »

Aux côtés du héros de Y’a-t-il un flic pour sauver la reine/le président/Hollywood, on apprécie la présence de l’irrésistible Peter MacNicol (Ally McBeal, S.O.S. fantômes 2) en Renfield (très inspiré de celui qu’incarnait jadis Dwight Frye), de la ravissante Amy Yasback (la Marianne de Sacré Robin des Bois) en Mina, de la non moins enivrante Lysette Anthony (la princesse de Krull) en Lucy et de l’excellent Steven Webber (le Jack Torrance de la mini-série Shining) en Jonathan Harker. Quant à Mel Brooks, il s’octroie le personnage de Van Helsing. En version originale, Dracula mort et heureux de l’être s’apprécie comme un véritable festival d’imitations d’accents, la plupart des membres du casting adoptant une élocution pseudo-anglaise excessive, sauf Leslie Nielsen et Mel Brooks qui s’expriment quant à eux avec des intonations d’Europe de l’Est improbables, quelque part entre l’Allemand et le Roumain. D’où une joute verbale absurde à base de soi-disant proverbes moldaves. Quelques jeux de mots compliquent d’ailleurs la vie des traducteurs, notamment l’éveil en sursaut de Dracula qui s’exclame « I had a daymare ! » (une phrase intraduisible qui devient en français « le jour me nuit ! »). Pétrie de bonnes intentions, cette parodie ne fait pourtant rire qu’épisodiquement, à cause de gags souvent poussifs, pas toujours bien rythmés et attendus pour la plupart. Certes, quelques-uns surnagent grâce à leur extravagance (le doigt de Renfield qui saigne abondamment, la chauve-souris qui a la tête de Leslie Nielsen, Dracula qui se cogne la tête au lustre en surgissant de son cercueil, le pieu dans le cœur) mais l’ensemble est plus souvent embarrassant que désopilant. Le miracle de Frankenstein Junior n’aura donc eu lieu qu’une seule fois. Accueilli froidement par le public et la critique, Dracula, mort et heureux de l’être sera le dernier long-métrage de Mel Brooks.

 

© Gilles Penso

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L’ANGE DU MAL (1985)

Une nouvelle adaptation glaçante du roman « La Mauvaise graine » conçue directement pour le petit écran…

THE BAD SEED

 

1985 – USA

 

Réalisé par Paul Wendkos

 

Avec Carrie Wells, Blair Brown, Lynn Redgrave, David Carradine, Richard Kiley, David Ogden Stiers, Chad Allen, Eve Smith, Carol Locatell

 

THEMA ENFANTS

La Mauvaise graine de Mervyn LeRoy est un classique, l’un des tout premiers jalons d’un sous-genre du cinéma d’épouvante consacré à l’enfance maléfique. Adapté de la pièce du même nom écrite par Maxwell Anderson, le film de LeRoy fait trente ans après sa sortie l’objet d’un remake télévisé qui entend bien retrouver l’esprit de la source littéraire originale. Retitré L’Ange du mal pour sa diffusion française, ce second Bad Seed est écrit et produit par le vétéran de la TV américaine George Eckstein (auteur de nombreux épisodes des Incorruptibles, Le Fugitif, Les Envahisseurs, producteur du Duel de Steven Spielberg) et réalisé par Paul Wendkos (qui signa l’étrange film d’horreur Satan, mon amour !). Carrie Wells incarne Rhoda Penmark, une enfant modèle de neuf ans qui fait la joie et l’admiration de tous. Mais sa mère Christine (Blair Brown) est de plus en plus troublée par les nombreux incidents frappant leur entourage. Et si Rhoda n’était pas l’ange qu’elle semble être mais un démon machiavélique aux pulsions homicides ? C’est en tout cas ce que semble penser Leroy, le domestique simple d’esprit qu’incarne David Carradine. À ses côtés, Lynn Redgrave incarne Eileen Heckart, une mère endeuillée par la mort de son fils dont la noyade pendant un pique-nique avec Rhoda est officiellement accidentelle. Mais l’est-elle vraiment ?

Le thème de l’enfant monstre ayant connu de nombreuses variantes depuis La Mauvaise graine originale, Paul Wendkos évite d’emprunter les lieux communs du genre, préférant l’angoisse hyperréaliste aux codes habituels du film d’épouvante. L’impact de son film n’en est que plus grand. La mise en scène sobre et naturaliste s’autorise parfois quelques effets de style suggestifs, comme la prise de vue en plongée qui s’élargit sur le groupe d’enfants après la mort du petit garçon, mais aussi un jeu intéressant sur les avant-plans. Cette nouvelle version s’éloigne ainsi ouvertement de la scénographie très théâtrale du film original. La bande originale de Paul Chihara (La Course à la mort de l’an 2000) joue de son côté la carte de la rupture, opposant les mélodies douces au piano ou à la guitare avec des contrepoints pesants joués par les violons et la contrebasse, tout en déclinant d’intéressantes variations sur « La Lettre à Élise » de Beethoveen, le morceau que joue la petite Rachel à ses heures perdues, c’est-à-dire entre deux meurtres.

Un si gentil petit monstre

Le scénario d’Eckstein reprend à son compte l’interrogation liée à la nature héréditaire du Mal, lorsque Christine découvre qu’elle est elle-même la fille d’un tueur condamné et donc potentiellement porteuse du « gène de l’assassin ». La psychopathie meurtrière se transmet-elle ? Saute-t-elle les générations ? L’un des défauts majeurs de La Mauvaise graine de 1956 était son dénouement artificiel moralisateur, un écueil que cette adaptation télévisée évite en restant fidèle à la chute écrite originellement par Maxwell Anderson. Toutes ces belles intentions ne rendent pas L’Ange du mal supérieur à La Mauvaise graine, loin s’en faut, d’autant que certains tics inhérents aux téléfilms des années 80 amenuisent souvent son impact. Il n’en demeure pas moins que Paul Wendkos soigne sa mise en scène, construisant un climat de malaise qui va crescendo jusqu’à son final déroutant. Diffusée à l’origine le 7 février 1985 sur la chaîne ABC, ce téléfilm tombé dans l’oubli mérite d’être redécouvert.

 

© Gilles Penso

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BABY, LE SECRET DE LA LÉGENDE OUBLIÉE (1985)

Un jeune couple découvre en pleine jungle africaine une famille de paisibles brontosaures convoités par des chercheurs cupides…

BABY, SECRET OF THE LOST LEGEND

 

1985 – USA

 

Réalisé par Bill W.L. Norton

 

Avec Sean Young, William Katt, Patrick McGoohan, Kyaki Mativo, Julian Curry, Hugh Quarshie, Olu Jacobs, Eddie Tagoe

 

THEMA DINOSAURES

Les dinosaures peuplant une jungle inconnue, thème récurrent d’un certain nombre de films d’aventures fantastiques du milieu des années 70 (Le Sixième continent, Le Continent oublié, Le Dernier dinosaure, Le Continent fantastique), étaient un peu tombés en désuétude à la fin de la décennie. Les voilà de retour dans Baby, le secret de la légende oubliée, une production Disney réalisé par Bill W.L. Norton (qui avait dirigé le téléfilm Gargouilles et la séquelle d’American Graffiti) et tournée en Côte d’Ivoire. Cette réapparition inespérée des grands sauriens de l’ère secondaire sur les écrans s’accompagne à l’époque d’une campagne médiatique importante qui fait du film un véritable événement avant même sa sortie. « Dans la forêt équatoriale de l’Afrique de l’Ouest, les rumeurs parlent d’une gigantesque créature reptilienne », nous annonce un carton d’introduction. « Présumée plus grande qu’un éléphant adulte, elle a été baptisée Mekele-Mobembe par les indigènes. De nombreuses expéditions ont été montées pour la trouver. A ce jour, aucune n’y est parvenu. » Nous voilà mis en condition. Place à Susan Matthews (Sean Young, l’androïde Rachel de Blade Runner), une jeune biologiste fraîchement mariée au journaliste George Loomis (William Katt, futur héros de House), venue étudier une épidémie mystérieuse sévissant parmi la population Kaleri d’une ville africaine. Par hasard, elle découvre qu’une famille de brontosaures a miraculeusement survécu et vit dans un coin reculé de la forêt…

La première apparition en plein jour des deux sauropodes adultes et de leur progéniture laisse aux spectateurs une impression bizarre. Leur évolution en plan large est franchement réussie et leur allure générale s’avère très respectueuse de la morphologie réelle des brontosaures, du moins telle que les paléontologues la décrivaient dans les années 80. Mais les gros plans trahissent le caoutchouc, les yeux sont ratés, la peau grossière, l’animation des bouches trop mécanique… Bref, ces créatures animatroniques conçues par Isidoro Raponi (King Kong) et Roland Tantin (La Foire des ténèbres) semblent presque échappées d’une attraction foraine. Quant au bébé, incarné par un acteur dans un costume, il s’avère encore moins crédible que les adultes. L’efficacité de Baby en est forcément amenuisée. C’est d’autant plus problématique que ces dinosaures sont l’attraction principale du film, pour ne pas dire sa raison d’être.

Bébé bronto

Passée cette incroyable découverte, qui permet tout de même à Baby de démarrer sur une note impressionnante, un rival scientifique envoyé par le gouvernement, le docteur Eric Kiviat (Patrick McGoohan, héros de la série Le Prisonnier), ancien maître d’études de Susan dévoré par l’ambition, cherche à kidnapper les animaux géants pour les présenter au monde civilisé, dans l’espoir d’en tirer la gloire. Cédant à la panique lors de la première rencontre avec le trio de brontosaures, les mercenaires engagés par Kiviat tuent le père puis capturent la mère. À leur insu, Susan et George parviennent à récupérer in-extremis le bébé dinosaure, le baptisent Baby et décident d’en prendre soin. Le petit brontosaure se comporte alors comme un enfant turbulent, dormant sous tente à leurs côtés et les taquinant pendant qu’ils roucoulent. Le souci, c’est qu’au-delà de ses effets spéciaux approximatifs, Baby souffre d’un humour un peu bas de plafond et cultive un racisme colonial à la Tintin qui était déjà très daté en 1985, les protagonistes noirs du film n’ayant droit qu’à trois types de rôles bien déterminés : les mercenaires brutaux assoiffés de sang, les gentils sauvages ou les faire-valoir comiques. Malgré les gros moyens déployés au cours des séquences d’action finales (vols d’hélicoptère, cascades, explosions et poursuites de voitures dans la jungle), Baby n’est donc pas le grand spectacle exotique espéré. Reste une belle bande originale épique signée Jerry Goldsmith.

 

© Gilles Penso

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BIG ASS SPIDER ! (2013)

Un exterminateur d’insectes et un agent de sécurité tentent de stopper une araignée mutante qui grossit à vue d’œil et sème la terreur dans Los Angeles…

BIG ASS SPIDER !

 

2013 – USA

 

Réalisé par Mike Mendez

 

Avec Greg Grunberg, Clare Kramer, Lombardo Boyar, Ray Wise, Patrick Bauchau, Lin Shaye, Alexis Knight, Ruben Pla, Lloyd Kaufman

                          

THEMA ARAIGNÉES

Les films SyFy pullulant de grands monstres en image de synthèse bas de gamme saturent les petits écrans depuis la fin des années 90. Face à cette masse grouillante et vorace, il n’est pas toujours simple de voir émerger des perles se distinguant du lot. Big Ass Spider se hisse pourtant au-dessus de la mêlée, en grande partie grâce à la personnalité et l’humour de son réalisateur Mike Mendez, dont les « titres de gloire » précédents s’appellent Serial Killers, Bimbo Movie Bash, Profanations et Le Couvent. En s’appuyant sur un scénario de Gregory Gieras (lui aussi coutumier du genre avec des films tels que Dark Asylum, Centipede ou Final Battle of the Lost Island), Mendez se réapproprie le motif de l’araignée géante (devenu un véritable sous-genre de l’horreur depuis Tarantula) qu’il traite avec un second degré permanent. Si le cocktail fonctionne, c’est surtout parce que l’humour est moins lié aux situations – traitées finalement avec autant de sérieux que dans un film au premier degré – qu’aux personnages. Greg Grunberg, ami d’enfance et acteur fétiche de J.J. Abrams, incarne un exterminateur de nuisibles zélé et opiniâtre. Le duo comique qu’il forme avec Lombardo Boyar est la trouvaille majeure du film. D’autres visages familiers égaient le métrage, comme Ray Wise (Twin Peaks) en chef militaire, Patrick Bauchau (Le Caméléon) en savant exalté ou Lloyd Kaufman (le légendaire patron de la compagnie Troma) dans le rôle minuscule d’un jogger qui se fait dévorer par la bête.

Lorsque Big Ass Spider ! commence, on croirait assister à la parodie d’un film de Zack Snyder. Tout est au ralenti, dans une ambiance de chaos, de panique et de destruction. Tandis que résonne la chanson « Where is my Mind » de Storm Large, Greg Grunberg ouvre les yeux, se redresse et avance au milieu de la tourmente, jusqu’à lever son regard vers un spectacle surréaliste : prise d’assaut par une nuée d’hélicoptères, une araignée grosse comme King Kong est juchée au sommet d’un building. Voilà une entrée en matière pour le moins efficace. Un flash-back nous ramène quelques heures en arrière. Piqué par une araignée lors d’une de ses interventions, l’exterminateur Alex Mathis (Grunberg) part se faire soigner à l’hôpital. Or dans les sous-sols du bâtiment, un sac mortuaire s’ouvre pour libérer une énorme araignée qui agresse un médecin légiste puis quelques patients avant de prendre la fuite. Aussitôt, le major Braxton Tanner (Ray Wise), le lieutenant Karly Brant (Clare Kramer) et un contingent militaire prennent possession des lieux pour gérer la crise. Ce monstre est né d’une expérience visant au départ à utiliser de l’ADN extra-terrestre pour faire croître les fruits et légumes et régler le problème de la famine dans le monde. Malheureusement, une petite araignée se promenait par-là, et la voilà désormais lâchée dans la nature, grandissant à vue d’œil… Alex décide de faire équipe avec l’agent de sécurité de l’hôpital José Ramos (Lombardo Boyar) pour tenter d’arrêter la créature…

Une araignée culottée

Comme à l’époque des shockers des années 80 qui ne se prenaient pas au sérieux mais soignaient tout particulièrement leurs séquences horrifiques (on pense notamment au Blob de Chuck Russell), Big Ass Spider nous offre quelques passages d’épouvante très efficace lorsque le monstre, alors gros comme un chat, rampe dans les conduits de l’hôpital en menaçant les malades alités. Des moments gore furtifs ponctuent par ailleurs le film, comme ce visage qui se décompose en accéléré lorsque la bête lui crache son venin, ces cadavres desséchés et grimaçants dans les cocons visqueux ou ces nombreux corps transpercés par les pattes acérées. Lorsque l’araignée atteint la taille d’un bulldozer, les images de synthèse ont du mal à suivre, malgré l’audace de certaines séquences comme l’attaque dans le parc ou la poursuite de la voiture des héros. Les travers des micro-productions estampillés SyFy apparaissent ainsi à mi-parcours, même si le monstre au stade final de sa mutation s’avère franchement impressionnant. Après avoir un peu bataillé pour conserver le titre Big Ass Spider (les distributeurs auraient préféré Mega Spider, moins « culotté » à leur goût), Mike Mendez boucle son film avec un budget minuscule, sollicitant même ses amis Facebook pour jouer la foule, les moyens à sa disposition ne lui permettant pas de se payer des figurants ! Le film est projeté en festival, sort dans quelques salles et connaît sa véritable carrière à la télévision, où il remporte un succès mérité.

 

© Gilles Penso

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BUCK ROGERS AU 25ème SIÈCLE (1979)

Le célèbre héros des années 30 prend le visage jovial de Gil Gerard dans ce téléfilm récréatif exploité au cinéma en nos contrées…

BUCK ROGERS IN THE 25th CENTURY

 

1979 – USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Gil Gerard, Pamela Hensley, Erin Gray, Henry Silva, Tim O’Connor, Joseph Wiseman, Duke Butler, Felix Silla, Caroline Smith

 

THEMA SPACE OPERA

En 1978, le célèbre producteur Glen A. Larson, futur créateur de Magnum, L’Homme qui tombe à pic et K 2000, surfait habilement sur le succès de La Guerre des étoiles en initiant la série Galactica, promise à un beau succès. Emporté par son élan, Larson lance l’année suivante un autre show intergalactique inspiré d’une nouvelle de Philip Francis Nowlan, parue en 1928 et transformée l’année suivante en bande dessinée ultra-populaire. Son titre : Buck Rogers au 25ème siècle. Proche de Flash Gordon, le personnage de Buck Rogers est le héros américain typique des années 30, luttant vaillamment contre des menaces délicieusement « pulp » (des hommes-tigres martiens, des pirates spatiaux, des barbares venus d’autres planètes) et séduisant de jolies princesses cosmiques. Glen A. Larson concocte sur cette base un téléfilm qui, selon l’accueil du public, se transformera en série. Pour la mise en scène, il sollicite Daniel Haller, signataire de deux adaptations des écrits de Lovecraft dans les années 60 (Le Messager du diable et The Dunwich Horror) devenu entretemps spécialiste du petit écran. Quant au scénario, il est co-écrit par Larson et Leslie Stevens (créateur de la série Au-delà du réel et réalisateur d’Incubus). Le rôle principal échoit à Gil Gerard, alors peu connu du public et un peu plus âgé que ce que la production imaginait. Mais les bouts d’essais du comédien sont si convaincants qu’il est aussitôt engagé.

L’histoire commence en 1987, autrement dit dans le futur. Le capitaine William « Buck » Rogers, l’un des astronautes les plus réputés de la NASA, est envoyé en mission d’exploration dans l’espace. Mais son vaisseau est soudainement dévié de sa trajectoire par une météorite et, sous l’effet d’une baisse brutale de température, ses systèmes biologiques se mettent à geler. Plongé en état d’hibernation, Rogers dérive alors au milieu des galaxies, à une vitesse avoisinant celle de la lumière. Il traverse ainsi cinq siècles sans vieilli. Nous le retrouvons en 2487, au moment où son vaisseau croise la trajectoire du « Draconia ». Cette forteresse spatiale est dirigée par la conquérante princesse Ardala (Pamela Hensley) et son âme damnée Kane (Henry Silva, toujours parfait en méchant). Ces émissaires de l’empire Draconien envisagent de conquérir la Terre et veulent se servir de Buck comme ticket d’entrée pour leurs sinistres plans…

« Biddi-Biddi-Biddi »

Buck Rogers au 25ème siècle ressemble presque à une variante « décontractée » de Galactica qui, bien souvent, avait tendance à se prendre trop au sérieux sans parvenir à s’extraire totalement de l’influence de La Guerre des étoiles. Certes, Buck Rogers paie lui aussi son tribut à Star Wars, notamment à travers deux séquences de batailles spatiales où s’animent des vaisseaux aux designs voisins de ceux de la saga de George Lucas. Mais le caractère résolument désinvolte de ce space opéra est la clé de son charme un peu unique. Ici, personne ne se prend vraiment très au sérieux, surtout pas le héros lui-même dont Gil Gerard s’empare avec une bonne humeur communicative. Son approche du personnage n’est pas sans évoquer celle de James Bond période Roger Moore, ce que semble confirmer ce générique avec des pin-up en tenue argentée qui posent langoureusement sur les lettres du titre du film, aux accents d’une chanson pop romantique susurrée par Kip Lennon. Après tout, 1979 est aussi l’année de Moonraker. L’exubérance contamine bientôt tous les personnages, notamment cette princesse aux allures de Cléopâtre interplanétaire ou le robot Twiki dont les onomatopées sonores (le fameux « Biddi-Biddi-Biddi ») sont prononcées par le légendaire Mel Blanc, la voix de Bugs Bunny et Daffy Duck. Ce second degré n’empêche pas une approche visuelle très soignée, les maquettes, les matte paintings et les décors rivalisant de beauté, sous la supervision de David M. Garber et Wayne Smith. Comme ce fut le cas pour le pilote de Galactica, le téléfilm Buck Rogers au 25ème siècle sort en salles dans plusieurs pays et y remporte un succès très honorable. D’où le lancement d’une série en deux saisons, d’abord sur la chaîne NBC puis un peu partout dans le monde.

 

© Gilles Penso

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