ERIK LE VIKING (1989)

Un Viking qui n’aime ni piller ni tuer part à la recherche du Valhalla pour demander aux dieux de changer l’ordre des choses

ERIK THE VIKING

 

1989 – GB

 

Réalisé par Terry Jones

 

Avec Tim Robbins, John Cleese, Mickey Rooney, Samantha Bond, Eartha Kitt, Terry Jones, Imogen Stubbs, Charles McKeown 

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I MONSTRES MARINS HEROIC FANTASY I DRAGONS

La fantaisie, héroïque ou pas, fut un genre plutôt bien servi dans les années 80, relancé en partie grâce à La Guerre des étoiles qui transposait les histoires de chevaliers, de forteresse et de magie dans l’espace. Erik le Viking se place en queue de comète et, pour tout dire, n’a pas généré un enthousiasme délirant à sa sortie. Pourtant, bien que le ton très iconoclaste du scénario et de la mise en scène de l’ex-Monty Python Terry Jones ait rendu le film difficile à catégoriser et donc à promouvoir, les amateurs de « films anguilles » apprécieront surement de se laisser emmener dans cette délirante aventure bon enfant. Car c’est bien d’un divertissement familial dont il s’agit, tiré du livre éponyme écrit par Jones lui-même pour son fils vers la fin des années 70. Une parution qui lui donna l’envie de réitérer l’expérience du récit pour enfants, au cinéma cette fois, et le mènera à rencontrer Jim Henson, pour qui il écrira Labyrinthe. Mais c’est en solo que Terry Jones montera Erik le Viking. Il s’agit d’ailleurs de son véritable premier film, car bien qu’il ait co-signé avec Terry Gilliam la réalisation des longs-métrages des Monty Python (Sacré Graal, La Vie de Brian ou Le Sens de la vie), la personnalité de chaque individu contribuait avant tout à l’identité du groupe. Terry Jones se retrouve ici le seul maitre à bord et, à l’inverse de son compère Terry Gilliam qui utilise le fantastique pour illustrer les versants sombres de l’humanité, il souhaite transposer à l’écran le caractère innocent de ses livres.

Bien qu’amusant de bout en bout, Erik le Viking n’est pas à proprement parler une comédie, encore moins une parodie. La trame de l’histoire peut tout à fait être vue au premier degré : le héros questionne le mode de vie barbare de son époque et emmène son équipage en quête du Valhalla pour implorer les dieux de mettre fin à la violence qui règne dans le monde. C’est plutôt d’une certaine forme de mise en abîme des personnages que nait un humour au second ou troisième degré, comme si Terry Jones demandait à chacun de ses comédiens d’interpréter un acteur jouant lui-même un archétype. Les vikings passent ainsi leur temps à se disputer sur l’honneur d’un ancien qui serait honteusement mort de manière naturelle plutôt qu’à la guerre. Le chef de la tribu ennemie (John Cleese), de son côté, apparait blasé de devoir trouver des châtiments aussi cruels qu’injustes pour ses sujets incapables de payer leurs impôts, l’un d’eux le remerciant même de ne lui couper qu’une main. Erik (Tim Robbins) apparait donc comme un personnage revendiquant le libre-arbitre et souhaitant s’extraire de la dictature de l’histoire. Dans la scène d’introduction qui le voit tenter de se plier à l’exercice du pillage et du viol, sa victime (Samantha Bond, la future Miss Moneypenny de Pierce Brosnan) voit qu’il est mal à l’aise et prend alors les choses en main, arguant en filigrane que les us et coutumes exigent un viol en bonne et due forme. Ce à quoi Erik rétorque qu’il n’en voit pas l’intérêt et que la vie ne peut se limiter à ça. Elle offre alors de pousser au moins quelques cris de détresse afin qu’il puisse garder la face vis-à-vis de ses camarades. Le ton est ainsi donné. Erik traversera tout le film en étant celui par qui le changement arrive.

Une parenthèse enchantée

Tom Hulce avait déjà signé pour le rôle principal, mais lorsque la production put enfin démarrer, il prit congé des plateaux de cinéma pour se focaliser sur le théâtre. Alors que Terry Jones avait toujours envisagé Erik comme un petit personnage au milieu de vikings plus costauds que lui, il engagea néanmoins le jeune Tim Robbins, frais émoulu de Howard : une nouvelle race de héros et Top Gun, qui, du haut de ses presque deux mètres, donne au personnage une allure dégingandée encore plus inadaptée. Le concept de mise en scène initial de Terry Jones consistait à filmer le début de l’histoire en décors naturels en Norvège, puis à évoluer graduellement vers des décors en studio à mesure que les vikings s’aventuraient loin de chez eux, pour conférer à leur quête une dimension plus fantasmagorique. Malheureusement, le village Viking dut finalement être érigé en studio. L’évolution tonale, moins marquée, se ressent néanmoins grâce à une direction artistique soignée que signent notamment Gavin Bocquet, futur directeur artistique des préquelles de La Guerre des étoiles, et Alan Lee, l’incontournable illustrateur du Seigneur des Anneaux. Les effets spéciaux possèdent une facture volontairement rudimentaire et artisanale, l’idée primant sur le réalisme. On retiendra quelques jolies scènes comme l’arrivée du drakkar au bout du monde (puisque la terre est plate évidemment), la découverte du Valhalla où les dieux sont incarnés par des enfants, un combat contre un dragon marin savamment caché dans la brume et la submersion d’une ville entière dont le décor use adroitement de la perspective forcée. Chaque séquence peut être vue comme un chapitre des histoires illustrées dont s’inspire le film, mais certains critiques reprochèrent plutôt à Erik le Viking de ressembler à une succession de sketches, un écueil attribuable aux années passées à travailler dans ce format avec les Monty Python. A vrai dire, Terry Jones semble avoir eu du mal à trouver le bon rythme au montage. En guise d’aveu déguisé, il écourta son film de 17 minutes pour sa sortie en VHS en 1990 (le ramenant à une durée de 89 minutes), puis laissa son fils l’élimer encore un peu en 2006 pour une version « Director’s son’s cut » de 75 minutes en DVD. Mais quelle que soit la version, Terry Jones a atteint son objectif : son film respire l’innocence en évitant toute mièvrerie et offre au spectateur complice une parenthèse enchantée digne du Princess Bride de Rob Reiner.

 

© Jérôme Muslewski

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LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1998)

Dario Argento revisite à sa manière le célèbre roman de Gaston Leroux en donnant une fois de plus la vedette à sa fille Asia

IL FANTASMA DELL’OPERA

 

1998 – ITALIE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Julian Sands, Asia Argento, Andrea di Stefano, Coralina Castaldi Tassoni, Nadia Rinaldi, Istvan Bubik, Lucia Guzzardi, Aldo Massasso, Zoltan barabas

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA DARIO ARGENTO

Dario Argento et l’opéra semblent faire bon ménage depuis bon nombre d’années, comme en témoignent les séquences les plus baroques de Suspiria, Inferno, Phenomena ou bien sûr Terreur à l’opéra. Que le réalisateur italien se penche à son tour sur le mythe créé par Gaston Leroux n’était donc pas surprenant outre mesure, et l’on s’attendait à une relecture flamboyante d’un sujet maintes fois adapté à l’écran. Or le parti pris narratif de Dario Argento et de son co-scénariste Gérard Brach semble à priori prôner le réalisme. « Je voulais m’appuyer sur la culture du mélodrame français, alors je me suis installé à Paris, je suis allé voir plusieurs opéras, j’ai collectionné de nombreux morceaux classiques liés à la période dans laquelle se situait le récit », raconte Argento. « J’ai ainsi pu effectuer un magnifique voyage culturel qui a nourri l’écriture du scénario du film ». (1)

L’intrigue prend place dans un cadre historique précis, l’Opéra Garnier de Paris en 1877, et quelques personnages bien réels s’y côtoient, notamment le compositeur Charles Gounot, dirigeant l’orchestre de « Romeo et Juliette », et le peintre Édouard Degas, dessinant les élèves de l’école de danse. Les choix artistiques de ce Fantôme de l’opéra sont à l’avenant, Argento troquant ses lumières bleu rouge criardes contre une quasi-monochromie ocre du plus bel effet, et préférant aux outrances du groupe Goblin une partition classique et planante signée Ennio Morricone. Si l’on ajoute au cocktail une reconstitution historique soignée et une Asia Argento resplendissante dans le rôle de Christine, filmée avec un amour manifeste par son esthète de père, le film semble partir sous les meilleurs augures. Hélas, tout dégringole dès que le scénario s’intéresse au fameux fantôme. Ses origines, quasi-jumelles de celles du Pingouin dans Batman le défi, laissent perplexe. Abandonné dans son berceau au beau milieu d’une rivière souterraine, il est recueilli et élevé comme l’un des leurs par une horde de rats !

Tarzan au pays des rongeurs

Ce fantôme serait donc une sorte de Tarzan au pays des rongeurs, laissant ses amis velus ramper sur son corps dénudé avec une lascivité ridicule, et perpétrant certains de ses meurtres à coups de dents, notamment la langue arrachée d’une curieuse ou le corps déchiqueté d’un vieux pédophile. Sans masque, le cheveu gras et le regard vague, Julian Sands n’impressionne guère, et chacune de ses apparitions laisse indifférent. Comme en outre le scénario le dote de pouvoirs paranormaux inexpliqués (télépathie, télékinésie, capacité de créer des vagues de froid) et que sa relation amour-haine avec la chanteuse Christine est construite sans la moindre cohérence, le classique de l’épouvante espéré se mue vite en nanar regrettable. D’autant que le film ne recule devant aucune absurdité, que ce soient les hallucinations kitsch du fantôme, cette machine à exterminer les rats qu’on croirait issue d’un épisode des Fous du volant ou encore ce dénouement improbable. Restent quelques meurtres sanglants, orchestrés par l’as maquilleur Sergio Stivaletti, mais c’est un bien maigre lot de consolation.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

 

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SPY KIDS (2001)

Robert Rodriguez s’intéresse au jeune public pour qui il concocte un délirant James Bond en culottes courtes

SPY KIDS

 

2001 – USA

 

Réalisé par Robert Rodriguez

 

Avec Antonio Banderas, Carla Gugino, Alexa Vega, Daryl Sabara, Alan Cumming, Tony Shalhoub, Teri Hatcher, Cheech Marin

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA SPY KIDS

Après le western urbain (El Mariachi, Desperado), le film d’horreur mixé au film de gangsters (Une Nuit en enfer) et la science-fiction pour ados (The Faculty), Robert Rodriguez change de registre et rajeunit considérablement son public avec ce luxueux Spy Kids budgétisé à 35 millions de dollars. « C’est une comédie familiale », nous annonçait-il avec un regard brillant deux ans avant l’entrée en production du film. « J’ai pensé à mes enfants en l’écrivant. C’est différent de tout ce que j’ai fait auparavant, mais il y a aussi des points communs : l’imagination, le rythme, le divertissement… C’est le genre de film que j’ai toujours voulu faire. » (1) Exit donc la violence, le sexe et le rock’n roll, ici ce sont les têtes blondes qui sont visées. Mais comme Rodriguez est un féru d’action, il truffe son film d’effets spéciaux, de castagnes et d’explosions habituellement réservés aux adultes. On pourrait donc qualifier Spy Kids de film pour enfants new age, soucieux de ne rien envier, côté spectaculaire, à ses modèles James Bond et Mission Impossible.

Le scénario du film, filiforme, n’est qu’un prétexte visiblement assumé comme tel. Carmen et Juni Cortez (Alexa Vega et Daryl Sabara) sont des enfants comme les autres, qui n’aiment pas spécialement l’école et trouvent leurs parents sympas mais un peu ennuyeux. Sauf qu’en réalité, ces derniers (incarnés par les très glamour Antonio Banderas et Carla Gugino) sont des agents secrets qui ont abandonné l’espionnage il y a dix ans pour élever leurs enfants. Mais lorsque plusieurs de leurs anciens collègues disparaissent mystérieusement, ils décident de reprendre du service et tombent dans un piège tendu par l’excentrique Fegan Floop (Alan Cumming), vedette d’émissions pour enfants et inventeur fou. Pour les sauver, il n’y a qu’une seule solution : Carmen et Juni vont devoir prendre la relève.

Les inventions folles de Fegan Floop

L’aspect science-fictionnel de l’intrigue est constamment mis en avant, avec des gadgets inspirés de ceux de 007, notamment une voiture amphibie façon L’Espion qui m’aimait, un mini-submersible à la On ne vit que deux fois, des réacteurs dorsaux comme dans Opération tonnerre et un petit avion à réaction qui rappelle celui d’Octopussy. Le film se pare également de créatures diverses, fruit des expériences de Floop : des centaines d’enfants robots aux pouvoirs surhumains, des androïdes dont les membres et la tête sont d’énormes pouces ou encore des mutants clownesques. A l’influence bondienne, il faut ajouter celle de Charlie et la chocolaterie chez qui Rodriguez semble avoir emprunté le décor coloré et enfantin de Fegan Floop, sorte de Pee Wee Herman survolté. Au détour d’un casting hétéroclite, on retrouve Teri Hatcher (ex-James Bond Girl dans Demain ne meurt jamais), Robert Patrick (ex-T-1000 de Terminator 2) et même George Clooney le temps d’une apparition express sur un moniteur vidéo. Une fois de plus, Robert Rodriguez cumule ici les casquettes de réalisateur, scénariste, producteur, monteur et compositeur. Comme l’action ne faiblit pas et que les effets spéciaux sont des plus inventifs, Spy Kids remplit son objectif purement distractif, même si le public adulte a de fortes chances de trouver tout ça terriblement creux. Qu’importe, ce n’est pas lui qui est visé.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1999

 

© Gilles Penso

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LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES (1986)

Mortes après avoir bu du lait toxique, trois jeunes femmes ressuscitent sous forme de zombies hideux et revanchards…

LA REVANCHE DES MORTES-VIVANTES

 

1986 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre B. Reinhard

 

Avec Véronique Cantanzaro, Kathryn Charly, Sylvie Novak, Anthea Wyler, Laurence Mercier, Patrick Guillemin, Gabor Rassov

 

THEMA ZOMBIES

Abusivement auto-proclamé « premier film gore français », La Revanche des mortes-vivantes a tout de même été précédé par quelques œuvres volontiers sanglantes de Jean Rollin, fidèle praticien du genre depuis la fin des années soixante. Ici, la réalisation est signée Pierre B. Reinhard. Spécialisé dans le porno de bas étage, l’homme a signé des œuvres aux titres fort évocateurs, comme Entrecuisses, La Voisine est à dépuceler ou carrément Outrages transexuels des petites filles violées et sodomisées !!! Du coup, sous ses allures de film d’horreur, La Revanche des mortes-vivantes emprunte volontiers les tics du cinéma porno soft des années 80, comme en témoigne cette scène d’introduction (dans tous les sens du terme) où une auto-stoppeuse se fait culbuter par un camionneur. L’intrigue laisse quelque peu rêveur. Il y est question d’une usine de produits lactés dont le directeur refuse de faire traiter les déchets pour éviter de dépenser des fortunes. Sa secrétaire, qui en veut à son argent, s’associe à un motard écologiste et s’efforce d’entacher sa réputation. Le motard verse donc dans le lait un produit nocif provoquant des nausées. Mais le résultat obtenu s’avère extrême : trois jeunes filles ayant bu le lait en question meurent sur le coup et sont enterrées dans le cimetière du coin !

Le patron de l’usine ne s’émeut pas outre mesure de ce triple décès et paie un employé pour se débarrasser de ses déchets encombrants. L’homme embarque donc des dizaines de bidons dans sa camionnette et en verse le contenu dans le cimetière, partant du principe que ses occupants sont déjà morts et que ça ne peut donc guère les affecter. Bien mal lui en prend. Le film s’appelant La Revanche des mortes-vivantes, ce qui devait arriver arrive : les trois jeunes filles sont soudain ranimées et surgissent de leur tombe, assoiffées de vengeance. Leur visage ressemble à celui d’une momie desséchée, avec peau parcheminée et dents proéminentes, mais assez curieusement le maquillage s’arrête au niveau du cou, le reste du corps étant parfaitement intact. S’agit-il d’un parti-pris « esthétique » permettant aux comédiennes impudiques d’exhiber leur anatomie au naturel, ou d’un choix économique évitant de recourir à un maquillage corporel complet ? Optons prudemment pour la seconde supposition.

« Tu es morte par là où tu as péché »

La première attaque des mortes-vivantes s’avère assez sanglante, puisqu’elles surprennent une jeune femme chez elle et lui crèvent un œil à coup de talon. La deuxième agression vaut aussi son pesant de cacahuètes : un homme y est éviscéré, tandis qu’une des demoiselles lui octroie une douloureuse fellation carnassière ! Le troisième meurtre est plus sobre : le patron de l’usine y est noyé dans sa piscine, et l’on sent bien que les comédiennes ont toutes les peines du monde à nager avec leur masque en latex. Puis le film bascule dans le délire total. Les trois mortes vivantes se déshabillent, violent une prostituée et lui enfoncent une épée dans le vagin, écrivant avec son sang : « tu es morte par là où tu as péché », tandis qu’une femme enceinte, en contact avec son mari chimiste infecté, prend sa douche puis voit son ventre s’ouvrir, découvrant des entrailles pantelantes, un fœtus déformé et des litres de sang ! A mi-chemin entre Jean Rollin et Jess Franco, affublé de dialogues ineptes et de comédiens affligeants, La Revanche des mortes-vivantes s’achève sur un coup de théâtre qui justifie la présence d’un carton final imitant celui des Diaboliques, lequel demande aux spectateurs de ne pas révéler la fin à leurs amis.

 

© Gilles Penso

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LA MUTANTE (1995)

Créée à partir d’un échantillon d’ADN extra-terrestre, une jeune fille mutante s’échappe avec pour seuls buts de se reproduire et tuer…

SPECIES

 

1995 –  USA

 

Réalisé par Roger Donaldson

 

Avec Natasha Hensrtridge, Ben Kingsley, Alfred Molina, Forest Whitaker, Michael Madsen, Marg Helgenberg, Michelle Williams, Frank Welker

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MUTATIONS

Dans les années 90, le fantastique avait le vent en poupe, en grande partie grâce à l’engouement pour les X-Files et son héros Mulder qui « voulait croire ». Notre genre de prédilection reflétant toujours les angoisses de son époque, on peut légitiment penser que l’année 2000 approchant, les fantasmes ancrés dans un siècle de science-fiction revinrent inquiéter les millénaristes et stimuler l’imagination des scénaristes. A l’inverse d’Independence Day et Mars Attacks !, la MGM imagine une invasion extra-terrestre plus localisée et aux dégâts matériels moindres, confiant le projet à Roger Donaldson (Le Bounty, Cocktail, Cadillac Man, Le Pic de Dante), dont ce sera la première et dernière incursion dans le genre, ce qui ne lui manquera guère (« lui » désignant au choix Donaldson ou le genre). La présence de Dennis Feldman au scénario (Golden Child) n’apportant qu’un gage de qualité tout relatif, on comprend dès lors qu’en dépit d’un nombre important de produits mainstream en lien avec le fantastique en cette fin de siècle, les fantasticophiles d’alors se sentaient souvent trahis et dépossédés par des studios qui ne comprenaient pas vraiment de quoi ils parlaient. La Mutante démarre pourtant plutôt bien, avec ses 20 premières minutes quasi-muettes. Nous y découvrons la jeune Sil (Michelle Williams, dans son premier rôle à l’écran), une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal en apparence, si ce n’est qu’elle a été créée à partir d’une séquence ADN captée dans l’espace. La « créature » a la particularité de grandir à un rythme accéléré et l’armée étant aussi méfiante que curieuse, elle grandit sous cloche dans un complexe hautement sécurisé… dont elle parvient à s’échapper sans trop de mal, embarquant dans le premier train venu.

Très vite, la véritable nature de la mutante se révèle. Utilisant le corps d’une contrôleuse de train comme cocon, Sil acquiert sa taille adulte (et prend les traits de Natasha Henstridge). Arrivée à Los Angeles, elle se fond dans la masse et se met en quête d’un homme pour la féconder et, accessoirement, le trucider après l’acte. Faut-il voir là un simple détournement de l’archétype du prédateur sexuel mâle ? Ou le témoignage d’une peur masculine inavouée envers le sexe dit faible si celui-ci devenait trop entreprenant ? Point le temps de disserter sur ces questions à l’écran. L’agent Fitch (Ben Kingsley) réunit un groupe de spécialistes pour traquer Sil. Parmi eux : un limier (Michal Madsen), un anthropologue (Alfred Molina), une généticienne (Marg Helgenberger) et… un médium (Forest Whitaker). Ni plus ni moins qu’une chasse-à-la-femme matinée de fantastique, La Mutante avait tout pour devenir un émule de Hidden, mais le « confort » de la production semble ôter malheureusement à Roger Donaldson l’énergie et la conviction dont faisait preuve le film plus modeste de Jack Sholder. En choisissant d’alterner les scènes avec la fugitive et ses poursuivants plutôt que d’adopter l’un ou l’autre point de vue, le spectateur a toujours une longueur d’avance sur l’intrigue et la bande menée par Ben Kingsley : toutes leurs scènes donnent une impression d’errements, comme si Sil et eux évoluaient dans deux films différents. Amoindrissant encore le peu de suspense de l’histoire, l’enquête ne progresse pas selon la méthode classique des relevés d’indices, mais grâce aux visions du personnage incarné par Forest Whitaker. La présence d’un médium constitue déjà en soi une forme de tricherie scénaristique et s’avère finalement plus difficile à accepter que l’existence même de la belle alien.

Pauvre Giger

Vous avez dit Alien ? Justement, il existe une filiation directe entre le classique de Ridley Scott et La Mutante car c’est à H.R. Giger que l’on doit le design de Sil : intrigante et sexuellement agressive, la créature fait illusion lors des apparitions fugaces du costume et des maquillages créés par Steve Johnson (Abyss entre autres). Mais les images de synthèse étant alors vues comme la solution à tout (ce qu’elles n’ont jamais été), la découverte de Sil sous sa forme extra-terrestre dans une version 100% numérique produit l’effet d’une spectaculaire et fatale sortie de route. Giger ne s’en est probablement pas remis, le film non plus. Vraiment dommage car avec son scénario calibré comme un long épisode des X-Files et hormis des images de synthèse irregardables aujourd’hui, La Mutante pouvait se targuer d’une belle affiche devant et derrière la caméra. Outre son casting solide et une équipe technique des plus compétentes, comme Andrej Bartkowiak à la photo (qui a déjà shooté Los Angeles dans Chute libre ou Speed) et Conrad Buff au montage (collaborateur-clé de James Cameron sur Abyss, Terminator 2, True Lies et Titanic, excusez du peu), on retiendra la très réussie bande originale de Christopher Young (Hellraiser, Jenifer 8), le seul « acteur » parvenant à insuffler un semblant de tension et d’étrangeté à un film qui, dans sa seconde partie, brise une à une les promesses faites dans la première. Trois suites, sorties en 1998, 2003 et 2008 (les deux dernières étant destinées directement au marché vidéo) ne transformeront pas, loin s’en faut, un film raté en franchise impérissable.

 

© Jérôme Muslewski

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SOIF DE SANG (1979)

Le cinéaste australien Rod Hardy propose une vision inédite du vampirisme où la haute société saigne littéralement des humains-esclaves…

THIRST

 

1979 – AUSTRALIE

 

Réalisé par Rod Hardy

 

Avec Chantal Contouri, Shirley Cameron, Max Phipps, Henry Silva, Rod Mullinar, David Hemmings, Rosie Sturgess

 

THEMA VAMPIRES

A la fin des années 70, l’Australie, qui s’était jusqu’alors montré très discrète en matière de cinématographie, révélait soudain tout un vivier de réalisateurs attirés par un fantastique différent, insolite et novateur. C’était l’époque des Mad Max, Long week-end et autres La Dernière vague. Dans cette mouvance, Rod Hardy et son scénariste John Pinkney se sont attaqués au vampirisme, balayant toutes les conventions d’une thématique pourtant propice aux lieux communs et au déjà-vu. Ici, comme dans le Fascination de Jean Rollin, les buveurs de sang ne portent pas de capes, ne craignent pas la lumière, ne dorment pas dans des tombeaux et n’ont pas peur de l’ail ou du crucifix. Ce sont des gens de la haute bourgeoisie, réunis en confrérie et vivant sur une île isolée reconvertie en « ferme » d’un genre nouveau. Dans ce lieu en apparence paisible, aux allures de sanatorium de luxe, ils entretiennent de nombreux humains-esclaves dont ils vident régulièrement le sang pour s’en nourrir, selon une méthode clinique et industrialisée. Le liquide vermeil est extrait des « patients » via une pompe plantée directement dans le cou, puis acheminé dans de grandes cuves et collecté ensuite dans des récipients.

La « ferme » est donc une gigantesque usine macabre, et ces vampires d’un nouveau genre se délectent de l’hémoglobine des couches sociales inférieures non par besoin vital, mais parce qu’ils sont persuadés que c’est le meilleur moyen de ne pas vieillir et de gagner en puissance, suivant en cela la voie ouverte par la sinistre Comtesse Bathory. « Boire du sang, c’est l’acte aristocratique suprême » affirmera l’un des membres de la confrérie. Et lorsque leur mâchoire arbore des canines pointues, ce n’est qu’un accessoire qu’ils utilisent lors de rites d’initiation aux allures d’étranges messes. C’est au beau milieu de ce cauchemar feutré qu’atterrit Kate Davis. Kidnappée par la confrérie, elle s’avère être la descendante directe de la Comtesse Bathory, et ses « pairs » souhaitent la convertir de gré ou de force aux joies du vampirisme. Commence alors pour elle un parcours initiatique éprouvant où elle devra lutter contre l’instinct sanguinaire en se raccrochant comme elle peu aux parcelles d’humanité qui, peu à peu, se détachent de sa personnalité fragile.

L’acte aristocratique suprême

Passionnante de bout en bout, cette nouvelle vision du mythe bénéficie de comédiens puisant la conviction de leur jeu dans une étonnante sobriété (l’héroïne Chantal Contouri, le flegmatique David Hemmings, l’inimitable trogne d’Henry Silva) et de la mise en scène diaboliquement efficace d’un cinéaste qui se reconvertira ensuite sur le petit écran. La prison dorée que représente cette « ferme » n’est pas sans évoquer celle du Prisonnier, et quelques scènes choc resteront dans les mémoires, notamment la douche de sang, le cadavre en cire qui se décompose, ou encore le mur déformé sous l’assaut d’un monstre invisible. Et puis vient la morale de l’histoire, terrible et fatidique : s’il est suffisamment conditionné, n’importe quel être humain peut renoncer à sa personnalité et ses valeurs pour se muer en bête sanguinaire… Brrrrr !

 

© Gilles Penso

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H2G2 : LE GUIDE DU VOYAGEUR GALACTIQUE (2005)

L’adaptation sur grand écran de la série radiophonique délirante et ultra-populaire créée par Douglas Adam

THE HITCHHIKER GUIDE TO THE GALAXY

 

2005 – USA / GB

 

Réalisé par Garth Jennings

 

Avec Martin Freeman, Mos Def, Sam Rockwell, Zooey Deschanel, John Malkovich, Warwick Davis et la voix d’Alan Rickman

 

THEMA SPACE OPERA I ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

Extrêmement populaire en Grande-Bretagne, la mini-série radiophonique « H2G2 » fut lancée sur les ondes en 1978 par Douglas Adams, avant d’être déclinée sous de nombreux supports (romans, comics, jeux vidéo). Une adaptation cinématographique fut bientôt envisagée par le réalisateur Ivan Reitman et les comédiens Bill Murray et Dan Aykroyd, avant que les trois compères ne bifurquent vers S.O.S. Fantômes. Jay Roach puis Spike Jonze furent alors envisagés pour reprendre les rênes du projet, avec que ce dernier n’échoit finalement à Garth Jennings, connu pour son travail dans le clip musical. Et c’est Karey Kirkpatrick, auteur de Chicken Run, qui se chargea d’en rédiger le scénario. Le Guide du Voyageur Galactique démarre sur un générique absurde qui donne immédiatement le ton. Aux accents d’une chanson lyrique qu’on croirait échappée d’un dessin animé estampillé Walt Disney, les dauphins quittent la Terre en déclamant avec de jolies vocalises « adieu, merci pour le poisson ». Les mammifères marins désertent notre planète car ils sentent venir la fin du monde. En effet, une race extra-terrestre très à cheval sur la paperasse et l’administration, les Vogons, est en train de tracer une nouvelle voie express dans l’espace, et la Terre est sur le chemin de cette autoroute stellaire. Elle est donc détruite sans ménagement dès les premières minutes du film. Sauvé in-extremis par son ami extra-terrestre Ford Perfect (Mos Def), le Terrien Arthur Dent (Martin Freeman) apprend les joies de l’auto-stop spatial et se retrouve dans un vaisseau dirigé par un président excentrique…

D’emblée, H2G2 impressionne par les importants moyens mis à sa disposition. Les effets visuels de la compagnie britannique Cinesite sont absolument somptueux, les décors rivalisent de beauté, les nombreuses créatures (œuvres du Jim Henson’s Creature Shop) ressemblent à une version grandement améliorée du bestiaire du Cantina Band de La Guerre des étoiles… Souvent, la combinaison de trucages numériques et de créations animatroniques donne des merveilles, comme l’homme-tronc incarné par John Malkovich, qui se déplace à l’aide d’une multitude de minuscules pattes robotiques, ou les deux visages du roi qui interviennent en alternance selon ses humeurs.

Le robot dépressif hydrocéphale

Au milieu de cette galerie bigarrée, c’est le personnage de Marvin qui sort le plus du lot. Ce robot dépressif à la tête démesurée, qui combine les talents de Warwick Davis (pour le corps) et Alan Rickman (pour la voix), est irrésistible. On retiendra aussi quelques visions surréalistes dignes de Terry Gilliam, comme ce constructeur de planètes qui fabrique une copie de la Terre, un ouvrier peignant les falaises tandis qu’un autre remplit les océans. Sur la forme, H2G2 séduit donc totalement. Sur le fond, c’est une autre histoire. Le film ne racontant finalement rien de très palpitant et l’intrigue elle-même n’ayant aucun véritable intérêt, seule l’accumulation de séquences excentriques plus ou moins drôle retient l’attention. D’où l’impression étrange de regarder un sketch du Saturday Night Live boosté par les moyens d’une superproduction.

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP 3 (1993)

Co-réalisé par William Lustig et Joel Soisson, ce troisième épisode marque les limites d’une franchise en perte de vitesse

MANIAC COP 3 : BADGE OF SILENCE

 

1993 – USA

 

Réalisé par William Lustig et Joel Soisson

 

Avec Robert Davi, Caitlin Dulany, Gretchen Becker, Paul Gleason, Jackie Earle Haley, Julius Harris, Robert Z’Dar

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Troisième épisode de la franchise Maniac Cop, cet ultime opus est conçu dans la douleur. William Lustig est toujours aux commandes, tout comme Larry Cohen au scénario, Spiro Razatos aux cascades et David Kern au montage. Mais les choses se gâtent en cours de route. « Joel Soisson était l’un des producteurs, et sa responsabilité était que Maniac Cop 3 soit terminé selon un planning défini à l’avance », raconte Lustig. « Or le scénario a été modifié avant que nous commencions le tournage et cette réécriture a été faite dans l’urgence, sans possibilité d’affiner les choses. Du coup, nous nous sommes retrouvés avec un scénario qui n’était pas assez long pour un film de 90 minutes. Nous cherchions désespérément un moyen de rallonger l’histoire, mais toutes les idées qui étaient proposées me semblaient stupides. Je savais que je n’aurai pas assez de matériau pour terminer, et Joel Soisson voulait malgré tout que je puisse respecter les délais en intégrant au fur et à mesure toutes ces idées bizarres qui, selon moi, ne collaient pas du tout. Nous en sommes arrivés à un point où j’ai dit à Joel : “Écoute, tu n’as qu’à finir le film toi-même. J’ai fait le plus gros du tournage, j’ai réalisé toutes les grosses scènes d’action, j’ai fait mon travail, finis ce film comme tu l’entends et laisse-moi tranquille !“ » (1) Quand on connaît l’envers du décor, les nombreuses incohérences qui jonchent le scénario sont plus faciles à comprendre.

Un texte prégénérique résume rapidement les faits décrits dans les films précédents. L’enterrement du flic psychopathe Matt Cordell, sur lequel s’achevait Maniac Cop 2, nous est montré à nouveau, monté en parallèle avec une sorte de cérémonie vaudou qui provoque sa résurrection. Robert Davi rempile dans le rôle principal, même si son personnage était absent de la première version du scénario. « Figurez-vous qu’au départ le personnage principal du film était un policier noir », explique William Lustig. « Or le marché le plus important pour la série Maniac Cop était le Japon. Et nous avons découvert que les distributeurs japonais n’acceptaient pas de films avec un acteur principal noir ! Ils refusaient donc de signer le deal sans expliquer pourquoi. Quelqu’un a compris d’où venait le problème, et nous nous sommes retrouvés dans une situation impossible. Le film ne pouvait pas se concrétiser financièrement sans le marché japonais, alors j’ai suggéré quelque chose. Je leur ai dit : “dites-leur que Robert Davi est l’acteur principal de Maniac Cop 3”. Aussitôt, les distributeurs japonais ont dit oui. Pouvez-vous imaginer une chose pareille ? » (2) D’où les changements d’écriture de dernière minute qui précipitent le départ du réalisateur en cours de production. Revoilà donc l’inspecteur bourru campé par Davi, qui enquête sur un cadavre retrouvé décapité avec une patte de poulet à la place de la tête. Sa collègue Kate Sullivan (Gretchen Becker) est une policière un peu zélée que ses collègues ont surnommée « Maniac Kate ». Prise dans une fusillade au milieu d’une pharmacie, elle est gravement touchée. Dans le coma, notre femme-flic rêve qu’elle épouse Cordell ! Le potentiel de son personnage, sorte de relecture de La Fiancée de Frankenstein, est prometteur. Mais il restera inexploité, victime collatérale d’un scénario qui se réécrit quasiment au jour le jour.

« J’aime l’odeur du sang frais avant le petit dej ! »

Malgré sa conception chaotique, Maniac Cop 3 n’est pas dénué de qualités. Certaines séquences situées dans l’hôpital, qui ne sont pas sans évoquer Halloween 2, sont plutôt soignées, qu’il s’agisse du long plan-séquence pendant une discussion entre le chef de la chirurgie et un procureur au milieu des malades agonisants et des médecins ou des meurtres inventifs du Maniac Cop (l’attaque au défibrillateur, le meurtre au rayon X). Le film s’offre aussi quelques salves satiriques à l’encontre des milieux de médecine (les docteurs qui draguent tout ce qui bouge, les répliques improbables du genre « bon sang c’est fou ce que je peux aimer l’odeur du sang frais avant le petit dej ! »), de la presse (les deux journalistes charognards qui cherchent à filmer les scènes de crime les plus glauques) ou de la justice (les petits arrangements entre avocats et procureurs). Mais le film ne tient pas la route et les derniers rebondissements partent dans tous les sens. Sorcellerie, pyrotechnie, cascades automobiles, humour décalé, romances improbables, tous les cache-misères ne suffisent pas à masquer l’inexistence d’un dernier acte digne de ce nom. De fait, malgré sa fin ouverte, cet épisode mettra un point final à la saga.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP 2 (1990)

Pour capitaliser sur le succès du premier Maniac Cop, William Lustig et Larry Cohen ressuscitent le policier psychopathe

MANIAC COP 2

 

1990 – USA

 

Réalisé par William Lustig

 

Avec Robert Davi, Claudia Christian, Michael Lerner, Bruce Campbell, Laurene Landon, Robert Z’Dar, Clarence Williams III

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Le premier Maniac Cop offrait un bel effet de surprise : non seulement le serial killer prenait les traits d’un policier en uniforme, mais en plus le héros était Bruce Campbell, enfin dirigé par quelqu’un d’autre que Sam Raimi. Avec cette séquelle, le principe du « whodunit » ne fonctionne évidemment plus puisque cette fois-ci nous connaissons l’identité du tueur qui, tel les indestructibles Jason Voorhees et Michael Meyers, a ressuscité et continue son massacre. Aux postes clés de son film, William Lustig retrouve les mêmes artistes et techniciens : Larry Cohen au scénario et à la production, Spiro Razatos aux cascades, Jay Chattaway à la musique. Mais si Robert Z’Dar reprend le rôle du massif Matt Cordell, les héros changent de visage. Certes, Bruce Campbell et Laurene Landon incarnent une fois de plus les officiers Forrest et Mallory, mais c’est pour disparaître brutalement de l’intrigue au bout de vingt minutes. Exit donc les stars de Evil Dead et Hundra, place à un nouveau duo. Il s’agit de la psychologue Susan Riley (Claudia Christian) et d’un flic taciturne et dur à cuir (cigarette au bec et chapeau mou) campé par Robert Davi. « J’ai choisi Robert parce que je voyais son visage partout sur les posters de Permis de tuer », raconte Lustig. « Je l’avais rencontré par le passé et nous avions sympathisé. J’étais donc content pour lui en sachant qu’il jouait le méchant d’un James Bond. Sur un coup de tête, alors que Maniac Cop 2 était encore en préparation, j’ai annoncé aux distributeurs que Robert Davi allait jouer dans notre film. C’était une invention pure. Prenant la mesure de mon coup de bluff, je lui ai fébrilement envoyé le scénario en priant pour qu’il accepte. Fort heureusement, il a dit oui. Il m’a juste dit : “Pourquoi appeler ce film Maniac Cop 2 ? C’est un titre grotesque !“ Je lui ai répondu que ce titre était la raison d’être du film ! » (1)

Maniac Cop 2 n’est pas avare en scènes sanglantes excessives, notamment le policier accroché comme un quartier de viande à une dépanneuse de la fourrière, le massacre des flics dans le stand de tir (dans lequel un panneau rappelle : « notre objectif : aucun accident ») ou encore la fusillade sanglante dans le commissariat qui évoque irrésistiblement Terminator. Larry Cohen nous rappelle qu’il fut le réalisateur du délirant L’Ambulance en imaginant des séquences d’action tour à tour spectaculaires (la poursuite entre la voiture de police et le taxi sans pneus) ou à la limite du cartoon (Claudia Christian qui court à côté d’une voiture lancée à vive allure au volant de laquelle elle est attachée, Laurene Landon qui attaque le tueur avec une tronçonneuse). Moins novateur que celui du premier Maniac Cop, le scénario tente ainsi de masquer ses déficiences par une surenchère de violence et d’action. Pour tenter de relancer l’intérêt, l’intrigue s’efforce d’enrichir les origines de Cordell à travers le personnage du commissaire Edward Doyle (Michael Lerner) qui fut jadis responsable de son arrestation. Un autre personnage entre dans la danse pour varier les plaisirs : un serial killer minable qui étrangle des strip-teaseuses et devient complice du Maniac Cop. On sent bien que le récit patine un peu et que la fluidité du film précédent n’est plus de mise.

Le spectre de la vengeance

Plus massif et trapu que dans le premier Maniac Cop, Matt Cordell redouble d’énergie pour faire voltiger ses victimes en tous sens. Son maquillage (signé cette fois-ci Dean Gates) n’a hélas guère gagné en finesse. Le caractère surnaturel du tueur étant désormais pleinement assumé, il a pris les traits d’un zombie à la bouche et au nez décharnés. Son masque est tellement rudimentaire qu’il reste presque inchangé lorsque le cascadeur qui double Robert Z’Dar porte une cagoule ignifugée pour l’impressionnante scène de l’incendie dans la prison. Car même lorsqu’il est transformé en torche humaine, notre flic monstrueux et vengeur poursuit ses exactions, bien décidé à massacrer les prisonniers qui jadis l’agressèrent. « Nous nous sommes installés sur un plateau à Culver City, en Californie, et nous avons tourné cette scène d’incendie pendant trois jours d’affilée », raconte Lustig. « Il fallait beaucoup de temps pour préparer les cascadeurs et le feu. Cette séquence était tournée avec trois ou quatre caméras, petit bout par petit bout. Il fallait que nous conservions sans cesse la continuité en tête. Mon inspiration principale, pour cet incendie final, était le climax de La Chose d’un autre monde avec James Arness. » (2) La musique de Jay Chattaway s’enrichit ici de chœurs masculins religieux lointains, comme pour véhiculer l’idée d’une vie après la mort… De fait, le Maniac Cop agit comme un fantôme qui ne connaîtra le repose qu’une fois que l’injustice ayant provoqué sa « mort » sera réparée et vengée.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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MANIAC COP (1988)

Sous la direction de William Lustig, Bruce Campbell affronte un policier colossal, défiguré et dangereusement psychopathe

MANIAC COP

 

1988 – USA

 

Réalisé par William Lustig

 

Avec Bruce Campbell, Laurene Landon, Tom Atkins, Richard Roundtree, Robert Z’Dar, Sheree North

 

THEMA TUEURS I SAGA MANIAC COP

Début 1987, William Lustig est dans une période creuse après le doublon Maniac et Vigilante. Au cours d’un déjeuner informel à New York, Larry Cohen (créateur de la série Les Envahisseurs et réalisateur du Monstre est vivant) lui suggère de s’atteler à une séquelle de Maniac. Mais Lustig n’est pas convaincu. « Je ne voyais pas trop comment donner suite à ce film », raconte-t-il. « Or à l’époque, le mot “Cop“ était dans le titre de beaucoup de films à succès : Robocop, Beverly Hills Cop, etc… Du coup, Larry m’a dit : “et si nous faisions un film qui s’appellerait Maniac Cop ?” Dans son élan, Larry a même eu l’idée d’un slogan : “Vous avez le droit de garder le silence… pour toujours” Aussitôt, je lui ai répondu : “Larry, nous tenons un film !” » (1) En attendant d’avoir en main un scénario, Lustig demande à Cohen d’imaginer une séquence se déroulant en pleine fête de la Saint Patrick, pour pouvoir profiter de la parade des policiers en mars 87. Tournant un peu à l’aveuglette, le réalisateur profite de la présence à New York de Sam Raimi (alors en attente du financement de Darkman) pour lui faire jouer un reporter et embauche Bruce Campbell qui se déplace spécialement sans trop savoir dans quel film il joue. « Je voulais Bruce dans le rôle principal de Maniac Cop parce que je l’avais trouvé extraordinaire dans Evil Dead 2 », explique Lustig. « Il a un look de héros purement américain et un jeu corporel incroyable. Quant à Laurene Landon, elle m’a été suggérée par Larry Cohen. Bruce et elle forment un couple très dynamique à l’écran. » (2) Entretemps, Cohen rédige enfin le scénario définitif et Lustig s’installe avec son équipe dans les rues de Los Angeles, qu’il maquille habilement pour faire croire que l’action se situe intégralement à New York.

Le générique de Maniac Cop est constitué d’une série de gros plans montrant un policier qui endosse son uniforme. La caméra s’attarde sur ses mains, son badge, son arme, sa casquette, puis sa matraque dans laquelle se cache une longue lame acérée. La dichotomie entre sécurité et danger est assumée en quelques secondes. Elle monte d’un cran lors de la séquence suivante, où une barmaid est agressée en pleine nuit par deux voyous puis prend la fuite en direction d’un policier… qui l’occis aussitôt. Ce n’est que le premier d’une série de meurtres frappant bientôt la Grosse Pomme. Chargés de l’enquête, le lieutenant MacCray (Tom Halloween 3 Atkins) et le commissaire Pike (Richard Shaft Roundtree) échafaudent chacun leur théorie. Selon le premier, l’assassin est un policier désaxé. Le second penche plutôt pour un homme qui veut se faire passer pour un agent et nuire à l’image de la police. Toujours est-il qu’une psychose anti-flic gagne bientôt les citoyens, prélude à quelques sanglants dérapages. Suite à la mort de sa femme, le policier Jack Forrest (ce bon vieux Bruce Campbell) devient le suspect numéro un. Pour se disculper, il va devoir mettre la main sur le vrai tueur. L’histoire de ce dernier nous est contée dans un flash-back onirique dont la musique obsédante semble puiser son inspiration dans l’atmosphère des giallos. Ancien policier zélé, Matt Cordell (Robert Z’Dar) fut condamné pour abus de pouvoir et emprisonné avec tous les criminels qu’il avait fait condamner. Agressé sous la douche par des malfrats (le temps d’un hommage assumé à Psychose), mutilé à coups de couteau, laissé pour mort, Cordell est désormais revenu d’entre les morts pour se venger de la ville qui l’a transformé en monstre.

Frankenstein Connection

Maniac Cop est donc un film concept, procédé dont Larry Cohen s’est fait une spécialité. Mais loin de se contenter de son idée de départ, le scénario en explore toutes ses répercussions, notamment le mélange de peur et de respect qu’inspire l’uniforme et l’influence des médias sur l’opinion publique. Par sa stature, son comportement et la manière dont il est filmé, le tueur est volontairement déshumanisé pour se muer en une sorte d’abstraction iconique. Il semble d’ailleurs insensible aux balles. « J’ai l’habitude de dire que Maniac Cop est un mélange de Frankenstein et de French Connection », plaisante Lustig. « Plus j’avançais dans le film, plus Cordell montrait des capacités surnaturelles. Mais honnêtement je n’avais pas exactement défini sa nature, quelque part à mi-chemin entre l’homme ayant survécu à la mort et le zombie. » Soigneusement dissimulé dans l’ombre, le visage du monstre n’est révélé qu’à cinq minutes de la fin. Il faut avouer que le maquillage supervisé par John Naulin (Re-Animator, Critters, From Beyond) manque de finesse. Mais il fonctionne grâce au montage efficace, aux lumières et au jeu de Robert Z’Dar qui grimace nerveusement pour accentuer son impact. En cours de route, le slasher se mue en film d’action et multiplie les cascades spectaculaires jusqu’à un final particulièrement mouvementé laissant une porte ouverte vers de futures séquelles.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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