LE MAÎTRE DU JEU (1984)

Un génie de l’informatique affronte un démon qui a enlevé sa fiancée, prétexte pour un film à sketches garni de monstres excentriques

RAGEWAR / THE DUNGEONMASTER

 

1984 – USA

 

Réalisé par Charles Band, Rosemarie Turko, John Buechler, David Allen, Steven Ford, Peter Manoggian, Ted Nicolaou

 

Avec Jeffrey Byron, Richard Moll, Leslie Wing

 

THEMA MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS I ZOMBIES I TUEURS I FUTUR I DRAGONS PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

Au milieu des années 80, Charles Band a l’idée d’un film à sketches dont chaque segment serait écrit et réalisé par un metteur en scène débutant choisi parmi ses habituels collaborateurs et amis, dans le but avoué de tester les capacités d’éventuels futurs réalisateurs pour sa compagnie Empire. Outre Band lui-même, Rosemarie Turko, Steven Ford, Ted Nicolaou, Peter Manoogian, John Buechler et David Allen se retrouvent donc derrière la caméra. Le fil conducteur de ce récit aux facettes multiples est un personnage maléfique baptisé Mestema (Richard Moll) qui promène son ennui depuis des siècles sans être parvenu à trouver un adversaire digne d’affronter ses pouvoirs. Aussi ne peut-il résister au désir de provoquer Paul Bradford (Jeffrey Byron) lorsqu’il découvre la prodigieuse « magie » que celui-ci détient grâce à sa faculté de communiquer avec un extraordinaire ordinateur baptisé Ex-Calibr-8, ou « Cal ». Ainsi débute un titanesque combat en sept étapes, plus ou moins inspiré des travaux d’Hercule, où Paul doit mettre en œuvre toute son ingéniosité pour vaincre Mestema et retrouver sa fiancée Gwen (Leslie Wing) devenue l’enjeu de ce duel. Les sept scénaristes-réalisateurs doivent donc chacun imaginer une étape du combat et la filmer en trois jours environ.

Après un prologue situé dans le monde réel, où Gwen fait une crise de jalousie à Paul qui semble mieux s’occuper de son ordinateur que d’elle, Mestema lance les hostilités et les sketches s’enchaînent dès lors comme autant de courts-métrages autonomes. Dans l’anecdotique « Ice Gallery » de Rosemary Turko, une caverne glacée abrite des créatures pétrifiées qui reviennent à la vie. « Demons of the Dead » offre à John Buechler l’opportunité de concocter quelques zombies impressionnants et un petit démon qui annonce ses travaux sur Ghoulies. Charles Band dirige « Heavy Metal », où s’agite un groupe de hard rock sataniste. De son côté, David Allen rend hommage à son mentor Ray Harryhausen avec « Stone Canyon Giant » où une statue antique s’anime en stop-motion comme le Talos de Jason et les Argonautes. « Slasher » de Steve Ford nous transporte dans un cadre urbain sur les traces d’un serial killer. Le « Cave Beast » de Peter Mannogian met en scène un troll grimaçant dans une caverne écarlate. Quant au segment de Ted Nicolaou, « Desert Pursuit », il se positionne en émule de Mad Max 2 avec une poursuite de véhicules futuristes customisés que Charles Band récupère de sa production Metalstorm.

Le 7ème voyage de Charles Band

L’exercice de style est très distrayant, mélangeant les univers et abordant le genre fantastique sous toutes ses facettes, mais il faut reconnaître que les limites du concept sont très rapidement atteintes. Chaque épreuve se réglant en quelques minutes à l’aide du « bras magique » du héros connecté à son ordinateur multifonctions, le suspense et la dramaturgie en prennent un sacré coup. Restent les monstres pittoresques de John Buechler, les effets visuels inventifs de David Allen, la musique ample mi-classique mi-électro de Richard Band et Shirley Walker et quelques idées amusantes, comme ce combat de deux dragons animés en rotoscopie. Baptisé Ragewar pendant le tournage et la post-production, le film sort finalement sous le titre de The Dungeonmaster pour évoquer les jeux de rôle très en vogue à l’époque. Cette référence est conservée dans le titre choisi pour la distribution vidéo du film en France : Le Maître du jeu. Si Rosemarie Turko et Steve Ford ne transformeront pas l’essai, les autres apprentis metteurs en scène passeront chacun au format long avec plus ou moins de succès. John Buechler dirigera notamment Troll, Cellar Dweller et Vendredi 13 chapitre 7, David Allen signera Puppet Master 2 et l’inachevé The Primevals, Peter Manoogian réalisera Arena et Demonic Toys et Ted Nicolaou sera le plus prolifique de tous, avec TerrorVision, Subspecies, Le Château du petit dragon et une trentaine d’autres séries B du même acabit.

 

© Gilles Penso

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LE CIEL PEUT ATTENDRE (1978)

Un footballer américain meurt avant un match décisif et se rend compte que les autorités célestes l’ont convoqué trop tôt…

HEAVEN CAN WAIT

 

1978 – USA

 

Réalisé par Warren Beatty et Buck Henry

 

Avec Warren Beatty, Julie Christie, James Mason, Jack Warden, Charles Grodin, Dyan Cannon, Hamilton Camp

 

THEMA MORT

Malgré son titre, ce Ciel peut attendre n’est pas le remake du film homonyme d’Ernst Lubitsch mais l’adaptation de la pièce « Heaven Can Wait » d’Harry Segall, déjà adaptée au cinéma en 1941 sous le titre Le Défunt récalcitrant. Il s’agit donc d’une nouvelle digression humoristique sur le sort d’un homme entre les mains des autorités célestes. Épaulé par Buck Henry (scénariste du chef d’œuvre de Mike Nichols Le Lauréat), Warren Beatty fait ici ses débuts derrière la caméra et envisageait à l’origine de donner la vedette du film à Mohamed Ali, dans la mesure où le personnage principal était à l’origine un boxeur, comme dans Le Défunt récalcitrant. Ali n’ayant pas pu se libérer, Beatty endosse lui-même le rôle principal et transforme son héros en footballer américain. La star de Bonnie and Clyde interprète donc Joe Pendleton, quaterback de l’équipe des Los Angeles Rams. Alors qu’il se prépare à un match décisif pour la finale du Superbowl, le jeune homme meurt dans un accident de vélo sous un tunnel. Le voilà donc conduit au Paradis, sur une piste d’atterrissage enfumée et immaculée où trône un Concorde à la présence joyeusement surréaliste.

Là, les « autorités » constatent avec un embarras non dissimulé que Pendleton arrive plus tôt que prévu… et le renvoient illico sur Terre dans le corps d’un autre homme, celui de Leo Farnsworth. Ce magnat des affaires, qui venait d’être assassiné par sa femme et son amant, reprend donc vie et se lance dans une nouvelle existence. Il tombe amoureux de Betty Logan (Julie Christie), la porte-parole d’un mouvement écologique qui vient s’opposer à la construction d’une de ses usines, et décide de poursuivre son entraînement pour le Superbowl. Pour y participer, le businessman n’hésite pas à s’acheter l’équipe toute entière. Ainsi, comme Lubitsch, Warren Beatty utilise le genre fantastique comme vecteur d’une comédie subtile, dont le principe consiste ici à mettre le héros dans la peau d’un autre et donc de le plonger dans des situations imprévisibles.

Un homme peut en cacher un autre

En s’octroyant un triple rôle – qui est en fait toujours le même personnage mais dans trois corps différents – Beatty semble vouloir démontrer que les apparences ne sont pas fiables, qu’un homme peut en cacher un autre. Car la grande idée du film est de toujours montrer au spectateur le visage de Beatty, quelle que soit l’enveloppe charnelle qu’il occupe. L’acteur-réalisateur est ici fort bien entouré, car le casting se pare non seulement de Julie Christie – qui illumine le film de sa gracieuse présence – mais aussi des excellents Charles Grodin, Jack Warden et James Mason. Ce dernier, dans le rôle de l’autorité céleste supérieure, bénéficie de dialogues particulièrement savoureux, comme lorsqu’il affirme avec aplomb : « les probabilités pour qu’un individu ait raison augmentent proportionnellement à l’intensité avec laquelle les autres tentent de lui prouver qu’il a tort. ». La partition enjouée de Dave Grusin et la photographie soignée de William Fraker participent également à la réussite de cet habile divertissement, qui exhale la bonne humeur avec une efficacité imparable. Le grand public ne s’y trompa pas, réservant au film un accueil triomphal.

 

© Gilles Penso

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LE FRISSON DES VAMPIRES (1970)

Le troisième film de vampires de Jean Rollin met en scène une séductrice aux dents longues, deux émules de Van Helsing et un couple en lune de miel

LE FRISSON DES VAMPIRES

 

1970 – FRANCE

 

Réalisé par Jean Rollin

 

Avec Jean-Michel Durand, Jacques Robiolles, Sandra Julien, Michel Delahaye, Marie-Pierre Castel, Kuelan Herce, Nicole Nancel

 

THEMA VAMPIRES I SAGA JEAN ROLLIN

Visiblement content de son Viol du vampire et de sa Vampire nue, Jean Rollin continue d’enfoncer le clou en 1970 via ce Frisson des vampires s’amusant une fois de plus à mêler érotisme et vampirisme avec une maladresse qui en devient presque touchante. La caméra du vaillant cinéaste s’attarde cette fois-ci sur Anthony et Isa, un couple en pleine lune de miel qui fait une escale dans le château médiéval où habitent les deux cousins de la jeune mariée. Là, les amoureux apprennent avec stupeur que les deux hommes viennent d’être enterrés. A peine remise de ses émotions, Isa fait alors connaissance en pleine nuit d’Isolde, une femme vampire qui entreprend de la séduire. Bientôt, les deux cousins ressortent de leur tombe, vampirisés eux aussi par Isolde. On retrouve là toutes les constantes de l’auteur : de gentillettes séquences saphiques, des dialogues invraisemblables déclamés de façon fort théâtrale, et des moments surréalistes parfaitement gratuits. Parmi ces derniers, on retiendra en particulier la jeune femme qui se rend au cimetière en tenue de mariée, la maléfique Isolde qui surgit nuitamment d’une vieille horloge, ou encore Isa qui suce le sang d’un pigeon puis pose sa dépouille sur un cercueil au pied d’un château.

Sans parler des scènes tellement absurdes qu’elles en deviennent hilarantes, comme lorsque le jeune marié est attaqué par des livres dans une bibliothèque. Le pauvre comédien s’agite comme il peut pour nous faire sentir son angoisse, les accessoiristes jettent devant la caméra tous les ouvrages qui leur tombent sous la main, la caméra tremble, et le spectateur, lui, est secoué de rires peu charitables, certes, mais bien mérités au beau milieu de ce récit soporifique. Il y a bien quelques valeurs sûres dans Le Frisson des vampires, notamment l’éternelle photogénie des cimetières nocturnes et embrumés, ou l’indéniable charme de la jeune héroïne, interprétée par Sandra Julien, dont le manque de pudeur passe pour de la générosité aux yeux d’un public esthète. Mais est-ce suffisant pour soutenir l’attention une heure et demie durant ?

Dupond et Dupont chez les vampires

Hélas non, d’autant que les comédiens s’avèrent par ailleurs assez calamiteux. Notamment les deux cousins morts, ex-chasseurs de vampires devenus des suceurs de sang malgré eux, incarnés sans une once de subtilité par Michel Delahaye et Jacques Robiolles. Sortes de Dupond et Dupont qui se chamaillent ridiculement, l’un achevant les phrases de l’autre, ils passent le plus clair du film à disserter nébuleusement sur les fondements du christianisme, les messes noires, les religions païennes et les dieux égyptiens. Et que dire du personnage d’Isolde, une femme vampire hideuse et squelettique dont on comprend mal où réside son charme surnaturel ? Surtout si on s’amuse à la comparer à Ingrid Pitt, qui fut une suceuse de sang autrement plus gironde dans le Vampire Lovers de la Hammer sorti sur les écrans la même année. Au titre des idées originales mais sous-exploitées, on se souviendra des pointes acérées qui ornent soudain les seins d’Isolde et rendent ses étreintes fatales. Accompagné par une musique pop hors sujet signée par l’obscur groupe Acanthus, Le Frisson des vampires demeure donc une œuvre pour le moins mineure, même au regard du reste de la filmographie de Jean Rollin.

 

© Gilles Penso

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ICE PIRATES (1984)

Le studio MGM se paie sa propre imitation de Star Wars et accouche d’une délirante histoire de pirates de l’espace

THE ICE PIRATES

 

1984 – USA

 

Réalisé par Stewart Raffill

 

Avec Robert Urich, Mary Crosby, Michael D. Roberts, Anjelica Huston, John Matuszak, Ron Perlman, Natalie Core, Jeremy West, John Carradine

 

THEMA FUTUR I SPACE OPERA I ROBOTS I EXTRA-TERRESTRES

La trilogie Star Wars ayant battu tous les records du box-office, le studio MGM tente un peu tardivement de surfer sur la tendance du space opera post-Flash Gordon en sollicitant le scénariste Stanford Sherman (qui vient justement de mixer l’influence de La Guerre des étoiles avec celle des contes de fées dans Krull). Initié par David Begelman et John Foreman, le projet s’appelle d’abord The Water Planet. De 20 millions de dollars (quasiment le double de celui du premier Star Wars), le budget est plus raisonnablement ramené à 9 millions et confié au réalisateur Stewart Raffill, dont la comédie mouvementée Les Risques de l’aventure a fait très bonne impression aux dirigeants du studio. Or Raffill souhaite accentuer le caractère humoristique du film et lui donner un ton parodique. The Water Planet devient donc The Ice Pirates et s’intéresse à une bande de mercenaires visiblement calqués sur le personnage de Han Solo, même si le réalisateur et ses producteurs affirment à qui veut les entendre qu’ils n’ont jamais vu La Guerre des étoiles. Mené par un capitaine qu’incarne Robert Urich (héros de la série Vegas, sous contrat à l’époque chez MGM), l’équipage disparate du film laisse apparaître quelques visages connus comme Ron Perlman, Anjelica Huston ou encore le colossal John Matuszak (qui cherchait des noises à Ringo Starr dans L’Homme des cavernes). On note aussi une petite apparition du très vieillissant John Carradine dans le rôle du commandant suprême du redoutable ordre des Templiers, équivalent low-cost de l’Empire de George Lucas.

Nous sommes donc dans un futur marqué par de grandes guerres intergalactiques. L’eau potable est devenue rare et précieuse, seuls les sinistres Templiers de la planète Mithra ayant le droit de la faire circuler. L’espace compte cependant un certains nombres de rebelles qui s’opposent à cette dictature, notamment Jason (Robert Urich) et son équipe de pirates qui survivent en dérobant la glace que transportent les vaisseaux des Templiers. Au cours d’une des opérations d’abordage qu’ils mènent pour voler des stocks de glaçons, Jason et son équipage kidnappent la princesse Karina (Mary Crosby, héroïne récurrente de la série Dallas) mais sont rattrapés par le vil Zorn (Jeremy West) qui les réduit en esclavage. Alors qu’ils sont tous condamnés à devenir eunuques, les valeureux pirates s’évadent avec la complicité de Karina et traversent le cosmos à la recherche de son père, seul capable de les conduire vers une oasis où l’eau coulerait à flots…

Jason et les astronautes

La générosité d’Ice Pirates est indéniable : des dizaines de robots, des extra-terrestres excentriques, des batailles spatiales, des combats à l’épée et au pistolet laser, des cités futuristes, des décors variés, des figurations hétéroclites, toutes sortes de véhicules customisés, des cascades, de la pyrotechnie… Le spectacle est donc abondant, à défaut d’être palpitant. Car le second degré permanent qui irradie l’aventure de Jason et de son équipe désamorce systématiquement tout semblant de suspense, y compris dans les scènes les plus mouvementées comme l’impressionnante attaque des chasseurs de primes habillés comme des Vikings qui prennent en chasse nos héros à bord d’une sorte de Monster Truck à la proue en forme de tête de mort. Dynamisé par une partition de Bruce Broughton dont le thème principal rappelle celui écrit par Laurence Rosenthal pour Le Choc des Titans, le récit mixe l’influence de Star Wars avec celle de Mad Max en y injectant quelques clins d’œil à Alien (le petit monstre sorti de l’œuf) et à Rollerball (dont les personnages regardent régulièrement des extraits sur leurs écrans). Une idée scénaristique surprenante surnage en fin de métrage : la traversée d’une distorsion temporelle qui provoque le vieillissement accéléré de tous les belligérants. Distribué parfois chez nous sous le titre Les Guerriers des étoiles (notez la subtile allusion), Ice Pirates aura souffert de remaniements internes au sein de la MGM dont il fut l’une des victimes collatérales, perdant en cours de production ses ambitions initiales. Hybride, le film de Stewart Raffill semble ainsi chercher à se positionner entre la superproduction de science-fiction et la toute petite série B façon Roger Corman sans parvenir à trouver le juste équilibre.

 

© Gilles Penso

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LE FILS DE DRACULA (1943)

Lon Chaney Jr. prend la relève de Bela Lugosi pour incarner le rejeton du plus célèbre des vampires

SON OF DRACULA

 

1943 – USA

 

Réalisé par Robert Siodmak

 

Avec Lon Chaney Jr, Louise Allbritton, Robert Paige, Evelyn Ankers, Frank Craven, Samuel Hinds, J. Edward Bromberg

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES  I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Décidément, la saga Dracula semble être une affaire de famille. Après la fille (révélée en 1936 face à la caméra de Lambert Hillyer), le titre de cette séquelle tardive annonce l’entrée en scène du fils, ce qui laisse entendre que nous allons être mis en présence avec le frère du personnage incarné jadis par Gloria Holden. Mais à vrai dire, Le Fils de Dracula n’entretient aucune continuité avec La Fille de Dracula, et n’assure d’ailleurs qu’un lien ténu avec le Dracula de Tod Browning. Le colonel Coldwell et sa fille Kay préparent une réception en l’honneur du comte Alucard qui doit venir leur rendre visite. Mais ce dernier tarde et, entre-temps, le père de Kay est retrouvé mort, vidé de son sang. Quelques heures plus tôt, une vieille voyante hongroise périssait de manière singulière elle aussi, attaquée par une chauve-souris en pleine nuit. Les événements étranges semblent ainsi préparer l’arrivée imminente d’Alucard. Lorsqu’enfin le comte se présente, Kay est à la fois attirée et impressionnée par cet homme étrange qu’elle rencontra jadis à Budapest. Proprement envoûtée, elle tombe sous son charme et l’épouse aussitôt. Ce qui provoque évidemment la furie de son fiancé Frank. Dans un accès de jalousie, il tire sur Alucard, mais la balle traverse son corps apparemment immatériel et frappe Kay de plein fouet. Le malheureux prend alors la fuite, pris dès lors en chasse par une chauve-souris qui fond sur lui et lui suce le sang.

Car ce nouveau Dracula (Alucard à l’envers, pour ceux qui n’auraient pas encore fait le rapprochement !) est plus transformiste que jamais. Grâce aux habiles trucages optiques de John P. Fulton, à base de caches animés et de doubles expositions, notre vampire se métamorphose en volatile en plein vol, ou surgit hors de son tombeau sous forme de fumée pour retrouver peu après une forme humaine. Quant à la magnifique photographie achrome de George Robinson, elle flamboie notamment au cours d’une séquence nocturne dans les marécages où Dracula, séduisant Kay, glisse vers elle au-dessus de l’eau. En revanche, on avouera que Lon Chaney Jr, rondouillard et moustachu, n’est pas le Dracula idéal, et qu’il fait pâle figure face à Bela Lugosi (l’année suivante, il allait prendre la relève de Boris Karloff dans Le Spectre de Frankenstein).

Dracula mort et heureux de l’être

Le scénario lui-même souffre d’incohérences via son développement de la mythologie établie dans les deux films précédents. Ainsi entend-on de la bouche du professeur Lazlo, un savant hongrois faisant « autorité » en matière de légendes locales, que Dracula est mort au moyen âge, puis s’est transformé en vampire avant d’être exterminé au 19ème siècle. Or le comte transylvanien nous paraissait bien valide dans le Londres des années 30, sous les traits de Lugosi, d’autant qu’il ne fut détruit de manière « définitive » qu’en 1936 dans La Fille de Dracula. Lazlo et son confrère Brewster s’efforcent dès lors de combattre le redoutable comte Alucard, qui s’est empressé de transformer son épouse en vampire blafard. Mais cette dernière a échafaudé ses propres plans, et le film s’achève sur un climax à la fois mouvementé et poignant, prélude aux œuvres chorales réalisées dans la foulée par Erle C. Kenton.

 

© Gilles Penso

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CONAN (2011)

Malgré le savoir-faire de Marcus Nispel et le charisme de Jason Momoa, cette relecture des aventures du célèbre barbare pâlit face au classique de John Milius

CONAN THE BARBARIAN

 

2011 – USA

 

Réalisé par Marcus Nispel

 

Avec Jason Momoa, Tachel Nichols, Stephen Lang, Rose McGowan, Saïd Taghmaoui, Ron Perlman, Leo Howard

 

THEMA HEROIC FANTASY I SAGA CONAN

Choisir Marcus Nispel pour donner à Conan une chance de crever une fois de plus le grand écran n’était pas une mauvaise idée en soi. Au fil de son inégale carrière, le cinéaste natif de Francfort avait prouvé un certain savoir-faire dans l’expression de la violence brute (Massacre à la tronçonneuse), dans l’épopée guerrière sise au cœur des âges primitifs (Pathfinder) et dans l’iconisation graphique de ses protagonistes (Vendredi 13). Il était donc un candidat idéal pour raviver les écrits de Robert Howard, bien plus légitime en tout cas que Brett Ratner qui fut un temps attaché au projet. Pour éviter une comparaison qui jouerait fatalement en sa défaveur, le réalisateur choisit de ne pas raconter la même histoire que le classique de John Milius, sans pour autant se priver de nous faire découvrir le valeureux Cimmérien dans sa prime jeunesse avant qu’il ne se mue en sculptural et redoutable guerrier.

En pleine époque hyborienne, des sorciers de l’Acheron ont créé un masque à partir des crânes des anciens rois, avant d’utiliser le sang pur de leurs propres filles pour doter ce masque de pouvoirs infinis. Mais ces nécromanciens impies ont été vaincus par les Cimmériens, menés par le valeureux Corin (Ron Perlman). Ce dernier détruisit le masque et en éparpilla les ossements aux quatre vents. Des années plus tard, sur un champ de bataille, l’épouse de Corin donne naissance à son fils Conan avant de passer l’arme à gauche. Adolescent, ce dernier prouve une ardeur impressionnante au combat, mais ne peut sauver la vie de son père, assailli par le redoutable Khalar Zym (Stephen Lang), en quête de la dernière partie du masque antique censé lui donner un pouvoir absolu. Devenu adulte, le robuste Conan (Jason Momoa) est prêt à tout pour assouvir sa vengeance.

Jason le barbare

Sur le papier, cette relecture des faits d’arme du colossal barbare tient la route. Mais à l’écran, il en va tout autrement. Trop sage pour convaincre, malgré une violence assumée dans les scènes de combats et de sévices orchestrés par Khalar Zym et sa fille versée dans la sorcellerie (Rose McGowan), ce Conan souffre d’une absence cruelle de vision. John Milius et son scénariste Oliver Stone avaient un point de vue sur le récit qu’ils construisaient, auquel ils surent imprimer une personnalité forte, une brutalité primitive et une ampleur opératique. On cherchera en vain la moindre équivalence ici. De toute évidence, Marcus Nispel obéit à un cahier des charges établi par le studio, s’efforce de doser les ingrédients susceptibles de le conduire au succès, et se met en quête d’une alchimie hors de portée. Quelques séquences purement fantastiques surnagent, comme le combat surprenant contre les hommes de sable, l’assaut final d’un céphalopode géant aux réminiscences lovecraftiennes ou cette vision surréaliste d’une montagne en forme de visage hurlant. Mais la magie n’opère pas. Jason Momoa ne peut s’empêcher de moderniser son jeu par des clins d’œil et des punchlines anachroniques, la partition de Tyler Bates (transfuge de 300) manque d’inspiration, Stephen Lang cabotine dans le sillage de la remarquable prestation qu’il offrit à Avatar, et le spectateur finit par s’ennuyer ferme. Nous sommes finalement plus proche du sympathique Kalidor de Richard Fleischer que du séminal Conan le barbare de John Milius.

 

© Gilles Penso

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INVISIBLE MAN (2020)

Face à la caméra du co-auteur de la saga Saw, l’homme invisible devient un génie de la technologie doublé d’un dangereux pervers narcissique

THE INVISIBLE MAN

 

2020 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Leigh Whannell

 

Avec Elisabeth Moss, Aldis Hodge, Storm Reid, Harriet Dyer, Michael Dorman, Oliver Jackson-Cohen, Benedicte Hardie, Amali Golden

 

THEMA HOMMES INVISIBLES

Décidemment, le « Dark Universe » d’Universal supposé faire concurrence au « Cinematic Universe » de Marvel n’aura jamais vraiment décollé. En 2014, une vaine tentative est amorcée – et aussitôt oubliée – avec le maladroit Dracula Untold de Gary Shore. Trois ans plus tard, le studio fait une seconde tentative avec La Momie d’Alex Kurtzman et voit déjà grand : un nouveau film tous les ans, des superstars dans les rôles clés, des crossovers dans tous les sens… C’est dans cette mouvance un brin optimiste qu’est envisagé un nouvel Homme invisible avec Johnny Depp sous les bandages. Mais La Momie est un flop et le « Dark Universe » s’effondre une fois de plus comme un château de cartes. Alors s’opère un changement stratégique radical : exit les gros budgets et les têtes d’affiches, oubliés les longs-métrages qui s’assemblent les uns les autres comme autant de pièces d’un rubik’s cube. Les grands monstres d’Universal seront désormais modernisés dans des films autonomes aux budgets modestes. C’est là que Leigh Whannell entre en scène. Co-scénariste avec son complice James Wan des trois premiers Saw et de la saga Insidious, réalisateur des très efficaces Insidious : chapitre 3 et Upgrade, il se voit confier l’écriture et la mise en scène de ce nouvel Homme invisible qui sera finalement produit par Blumhouse, Universal se chargeant de distribuer le film. S’il conserve le concept initial imaginé par Herbert George Wells, le scénario d’Invisible Man change radicalement de point de vue en s’intéressant moins à l’homme invisible qu’à son épouse et victime. Celle-ci – personnage central du film – est incarnée par Elisabeth Moss, révélée par des séries TV telles qu’À la Maison Blanche, Mad Men et La Servante écarlate.

Invisible Man démarre « in media res », sans prologue ni exposition. Nous sommes dans une immense maison à l’architecture ultramoderne surplombant la mer. Au milieu de la nuit, Cecilia quitte le lit conjugal où dort encore son époux d’un sommeil profond, réunit ses affaires en quatrième vitesse et prend la fuite. La scène est presque banale, mais le jeu intense d’Elisabeth Moss (qui communique d’emblée aux spectateurs un sentiment de terreur sourde) et la mise en scène millimétrée de Leigh Whannell (qui transforme chaque recoin de la vaste demeure en vecteur potentiel d’épouvante) contribuent en quelques secondes à l’établissement d’un climat oppressant. Tout le film sera à l’avenant, appuyant ses mécanismes de peur sur une surprenante économie de moyens. De fait, les premières séquences d’Invisible Man font fi de tout élément fantastique pour décrire les ravages psychologiques d’une femme martyrisée par la tyrannie tranquille d’un pervers narcissique. Réfugiée chez un ami et sa fille adolescente, Cecilia est bardée de névroses et de phobies. Même lorsqu’elle apprend le suicide de son bourreau, son esprit ne connaît pas la tranquillité. Pire : elle le soupçonne d’avoir simulé sa mort et d’avoir trouvé un moyen de devenir invisible pour pouvoir l’espionner. Après tout, n’était-il pas un génial scientifique spécialisé dans l’optique ?

On me voit, on me voit plus

Pour évoquer la peur de l’invisible, Whannell fait preuve d’une inventivité indiscutable. Étirant le temps, cadrant les angles morts, attardant sa caméra sur des décors vides, jouant sur les silences, il évoque en creux cette menace imperceptible et pourtant terriblement palpable. La paranoïa de Cecilia contamine bien vite le spectateur qui croit voir le danger partout. A ce jeu, l’élément le plus anodin prend une tournure inquiétante. Et comme Whannell ne laisse rien au hasard, de nombreux détails disséminés au cours du film jouent à cache-cache avec le spectateur pour mieux le déstabiliser. Le nom des personnages principaux lui-même a été sélectionné avec soin. Si le redoutable Adrian Griffin doit son patronyme au roman de Wells, l’étymologie du prénom Cecilia nous ramène au principe même de la cécité (d’autant qu’en version originale son diminutif est « C », autrement dit « see »). Remarquable exercice de style échappant volontairement à l’influence de L’Homme invisible de James Whale ou de L’Homme sans ombre de Paul Verhoeven, le film se vit comme un cauchemar isolant progressivement son héroïne dans ses propres convictions, le reste du monde n’ayant d’autre choix que de la considérer comme une folle furieuse. Seule véritable fausse note, le dernier acte d’Invisible Man cherche à tout prix les twists et les coups de théâtre, quitte à nous asséner des rebondissements excessif qui gâchent sa cohésion globale. Immense succès au box-office mondial, le film de Whannell aura rapporté plus de vingt fois son budget initial de sept millions de dollars.

 

© Gilles Penso

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SUPER MARIO BROS (1993)

Les célèbres plombiers de Nintendo font leur baptême du grand écran à l’occasion d’un long-métrage un peu embarrassant…

SUPER MARIO BROS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Rocky Morton et Annabel Jankel

 

Avec Bob Hoskins, John Leguizamo, Dennis Hopper, Samantha Matis, Fisher Stevens, Richard Edson, Lance Henriksen

 

THEMA DINOSAURES I MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

À travers les multiples trouvailles visuelles et les effets de style de leur série TV Max Headroom puis de leur premier long-métrage Mort à l’arrivée, remake inventif d’un classique du film noir, le couple de cinéastes Rocky Morton et Annabel Jankel semblait pouvoir devenir la nouvelle coqueluche d’Hollywood. Le défi que représentait Super Mario Bros semblait taillé sur mesure pour ces duettistes virtuoses. D’autant que pour transposer sur grand écran les péripéties du jeu vidéo original, Morton et Jankel se sont entourés de l’équipe idéale. Face à la caméra, Mario et Luigi, simples plombiers propulsés dans une aventure démentielle qui les dépasse totalement, sont interprétés par les sympathiques Bob Hoskins (Qui veut la peau de Roger Rabbit) et John Leguizamo (58 minutes pour vivre). Le duo fonctionne plutôt bien, selon le principe maintes fois éprouvé du couple antithétique (notons qu’à l’origine, c’est Danny de Vito qui était pressenti pour incarner Mario). Aux frères plombiers s’oppose le redoutable Koopa, interprété avec emphase par l’immense Dennis Hopper (Blue Velvet). La conception de la cité imaginaire de Dinohattan, caricature claustrophobique et survoltée de New York reconstituée dans une usine désaffectée de Caroline du Nord, a été confiée à David Snyder (Blade Runner). Et c’est Alan Silvestri (Retour vers le futur) qui s’est vu confier l’écriture d’une musique trépidante en accord avec les folies visuelles du film. Bref, du beau monde.

Malgré tous ces atouts et un potentiel énorme, force est de constater que les deux réalisateurs ont spectaculairement raté le coche et que le film entier, après un prologue pourtant prometteur, finit par ressembler à une énorme blague. SI l’édifice s’écroule autant, c’est principalement à cause de l’extrême fragilité de ses fondations, autrement dit un scénario qui n’aura cessé d’être écrit, réécrit, construit et déconstruit en cours de production. Du coup, si chaque séquence bénéficie d’un rythme propre et d’idées visuelles intéressantes, l’agencement de tous ces éléments au sein de la structure générale du récit n’a pas plus d’homogénéité que le visage balafré du monstre de Frankenstein. Ce manque de cohésion s’explique en partie par le jeu vidéo qui est à l’origine du film, et dont le principe repose sur la traversée de tableaux successifs et autonomes. En voulant imiter servilement cette structure au lieu de se mettre en quête d’une progression dramatique solide, le film finit par ressembler à un fourre-tout sans queue ni tête.

Oh Mario, si tu savais…

Les effets spéciaux eux-mêmes, éléments majeurs d’un film de cet acabit, ne sont pas toujours le fruit du choix le plus judicieux. Certes, on ne peut qu’admirer l’animation mécanique du petit Yoshi, le dinosaure mascotte de l’héroïne, et des Goombas, colosses écervelés à la minuscule tête reptilienne. De même, les effets numériques ouvrent la porte à des visions inédites, comme le long plan séquence qui traverse la mégapole pour se resserrer sur la princesse Daisy (Samantha Mathis) à sa fenêtre, l’allongement ophidien de la langue de Koopa ou encore la transformation finale et furtive du même Koopa en tyrannosaure. Mais l’accumulation de morphings et d’images de synthèses dont abuse le film confine rapidement à l’indigestion. A l’issue d’un récit décousu et totalement incohérent, Super Mario Bros s’achève sur un dénouement ouvert, calqué fidèlement sur celui de Retour vers le futur. Fort heureusement, l’accueil glacial que le film reçut lors de sa sortie dissuada les producteurs de le doter de la moindre séquelle. Super Mario Bros ouvrit cependant une brèche, celle des adaptations cinématographiques de jeux vidéo. En ce domaine, le film de Morton et Jankel se plaça en précurseur. Mais les deux cinéastes ne se remirent jamais vraiment de ce colossal échec artistique, disparaissant aussi vite des radars hollywoodiens qu’ils y étaient apparus.

 

© Gilles Penso

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FAUST (2000)

Un peintre damné après avoir pactisé avec le Malin se transforme en super-justicier aux griffes acérées et au masque cornu

FAUST : LOVE OF THE DAMNED

 

2000 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Brian Yuzna

 

Avec Mark Frost, Isabel Brook, Jeffrey Combs, Monica Van Campen, Andrew Divoff, Jennifer Rope, Leslie Charles

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Contrairement à ce que son titre pourrait faire penser, ce Faust signé Brian Yuzna n’est pas une adaptation de la pièce de Goethe mais une transposition d’une bande dessinée homonyme de Tim Vigil et David Quinn. Armé de griffes rétractiles dignes du Wolverine des X-Men, un homme incarné par Mark Frost massacre dix-neuf personnes dans une ambassade avant d’être arrêté par l’inspecteur Margolies (ce bon vieux Jeffrey Combs, dans un rôle plus décontracté qu’à l’accoutumée). Le docteur DeCamp (Isabel Brock), une jolie psychiatre spécialisée dans la thérapie musicale, l’aide à émerger de son état catatonique. Il se souvient alors de qui il était : un peintre nommé John Jasper. Le jour où des malfrats assassinèrent sa fiancée, joliment prénommée Bleue, il s’apprêta à se jeter du haut d’un pont pour abréger ses souffrances… Jusqu’à ce que l’énigmatique M, chef de la secte satanique de « La Main », ne lui fasse signer un pacte avec son sang pour lui permettre d’assouvir sa vengeance en échange de son âme éternelle. Mais une fois cette vengeance accomplie, M lui réclama d’autres meurtres. Jaspers s’interrompit avant d’avoir achevé sa mission, et c’est là que la police lui mit le grappin dessus.

Mais M – qui, nous l’avons compris, n’est rien d’autre que le diable en personne – fait enlever Jasper de sa cellule et l’enterre vivant. Or au lieu de mourir comme tout un chacun, notre damné ressort de sa tombe sous forme d’un super-héros grimaçant aux griffes acérées, au masque cornu et à la cape écarlate, lâchant des vannes dignes de Freddy Kruger à chacune de ses interventions. Pas franchement subtil, Faust s’affuble d’une musique hard tonitruante et d’un scénario mixant maladroitement le thème du pacte diabolique avec  celui du justicier masqué (d’où de multiples emprunts non seulement à Wolverine mais aussi à The Crow, Batman et Darkman). Le motif de la Belle et la Bête est également de la partie. Fidèle à ses habitudes, Yuzna ne se prive pas d’effets gores servis par des trucages efficaces : têtes coupées, yeux crevés, corps transpercés, mains arrachées, visages tailladés…

« L’Enfer est ici ! »

Des scènes dignes de Society parsèment également le récit, notamment quand M transforme son âme damnée Claire en monstre visqueux aux seins et aux fesses disproportionnés et aux mains muées en appendices atrophiés ! Ou lorsqu’une mâchoire garnie de crocs surgit de la poitrine de M pour engloutir intégralement un importun. Ou encore dans cette séquence délirante où un immense serpent surgit de la poitrine de Claire puis s’enfonce dans la gorge de Margolies, tandis que M crie « l’Enfer est ici ! ». Au cours de la cérémonie satanique finale, De Camp s’apprête à être sacrifiée à un démon baptisé « l’homuncule ». Surgie d’un puit, cette bête immense au long cou dinosaurien et aux pattes de reptiles arbore une mâchoire de requin qui en dévoile une deuxième tout aussi vorace. « N’est-ce pas monstrueusement beau ? » s’exclame M face à ce spectacle peu banal. Mais Super Faust débarque bientôt pour mettre de l’ordre dans tout ça. Le climax prend donc une tournure apocalyptique, gâchée hélas par la qualité médiocre des effets visuels.

 

© Gilles Penso

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LA SECONDE MORT D’HAROLD PELHAM (1970)

Trois ans avant de devenir James Bond, Roger Moore incarne un businessman soudain confronté à un double de lui-même…

THE MAN WHO HAUNTED HIMSELF

 

1970 – GB

 

Réalisé par Basil Dearden

 

Avec Roger Moore, Hildegard Neil, Alastair Mackenzie, John Welsh, Charles Lloyd Pack, Hugh Mackenzie, Olga Georges-Picot, Freddie Jones, Anton Rodgers

 

THEMA DOUBLES

Deux ans avant sa publication en 1957, le roman « The Strange Case of Mr. Pelham » d’Anthony Armstrong avait déjà fait l’objet d’une adaptation sous forme d’un épisode de la célèbre série Alfred Hitchcock présente. Réalisé par le « maître du suspense » lui-même, cet épisode titré « The Case of Mr. Pelham » fit son petit effet en 1955 et prouva le fort potentiel du récit. Quinze ans plus tard, le producteur britannique Bryan Forbes, alors à la tête de la petite compagnie EMI Films, décide de ressortir cette histoire des tiroirs. Ce sera La Seconde mort d’Harlod Pelham, l’un des films à petits budgets que lance Forbes au début des années 70 en bénéficiant de têtes d’affiche qui jouent le jeu et revoient leurs ambitions salariales à la baisse. Extrêmement populaire à l’époque grâce au rôle de Simon Templar dans la série Le Saint, Roger Moore se laisse séduire par le scénario et accepte de jouer le rôle principal de ce thriller fantastico-psychologique qui, contrairement à la version d’Hitchcock, n’opte pas pour un ton de comédie noire mais lui préfère une approche sérieuse au premier degré. Pour la mise en scène, Forbes choisit Basil Dearden, un vieux routier qui toucha un peu à tous les genres (la comédie, le polar, la grande aventure, le drame social) et fut l’un des coréalisateurs du film d’épouvante à sketches Au cœur de la nuit.

Le costume impeccable, le chapeau melon parfaitement ajusté, le parapluie à la main, la moustache fine et le regard vif, Roger Moore incarne l’archétype du businessman britannique strict à l’apparence irréprochable. Dès les premières minutes du film, Harold Pelham nous apparaît comme organisé, rigoureux, un poil austère. Au volant de sa Rover P5B, il pose toujours ses affaires au même endroit sur la banquette arrière, boucle avec soin sa ceinture de sécurité, respecte scrupuleusement les limitations de vitesse… Mais un jour, sur la route, un coup de folie incompréhensible semble le saisir. Sans raison particulière, il détache sa ceinture, fonce au milieu du trafic, ne respecte plus aucune règle du code de la route, perd le contrôle de son véhicule et se crashe à pleine vitesse. Mort cliniquement pendant quelques secondes, Harold se réveille sur la table d’opération, suite à un phénomène furtif qui stupéfie les médecins : deux rythmes cardiaques apparaissent sur le moniteur. Remis sur pied, Harold Pelham retrouve son épouse (Hildegard Neil), ses deux enfants et ses collègues de travail. Mais le train-train quotidien déraille bientôt. Car plusieurs témoins disent l’avoir vu là dans différents endroits où il ne se trouvait pas. On lui raconte des anecdotes dont il est le héros et qu’il n’a pourtant pas vécues. Il se découvre même une maîtresse dont il n’avait jamais entendu parler. Lui joue-t-on une mauvaise blague ? Quelqu’un tente-t-il de se faire passer pour lui ? Est-il victime d’un dédoublement de la personnalité ? A moins qu’un avatar ne soit en train d’essayer de prendre sa place ?

On ne vit que deux fois

Progressivement, par paliers successifs, le malaise s’installe dans le film. Et si Harold Pelham cherche à conserver son flegme imperturbable, comment ne pas perdre pied lorsque la réalité s’échappe peu à peu et que la folie semble être la seule explication possible ? La prestation de Roger Moore est remarquable, loin des simples sourires « ultra brite » assortis de soulèvements de sourcil auxquels on l’a souvent réduit. C’est avec beaucoup de subtilité que le comédien laisse le doute, l’inquiétude puis la terreur déchirer inexorablement la surface de respectabilité dont son personnage se drape. Moore affirmera à plusieurs reprises que ce rôle fut le meilleur de sa carrière. Dommage que le psychiatre incarné par Freddie Jones soit, de son côté, si caricatural. La voix grandiloquente à l’accent étranger indéterminé, le regard masqué par des lunettes de soleil, ce médecin improbable semble vouloir se placer en émule du Peter Sellers de Docteur Folamour ! C’est d’autant plus dommage que son intervention sert à mettre le doigt sur le thème clef du film, voisin de celui du fameux « Étrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde » de Robert Louis Stevenson : la subdivision des personnalités provoquée par l’émergence des bas instincts. Autre travers du film : une musique sirupeuse et hors-sujet de Michael J. Lewis, qui dédramatise maladroitement plusieurs séquences. Distribué à la sauvette, La Seconde mort d’Harold Pelham est passé totalement inaperçu lors de sa sortie et demeure aujourd’hui encore très méconnu. Ironiquement, l’un des dialogues de Roger Moore en cours de métrage lui fait évoquer la confidentialité des données industrielles en ces termes : « L’espionnage ne se résume pas forcément à James Bond et au service secret de Sa Majesté ! » Trois ans plus tard, il tiendra la vedette de Vivre et laisser mourir.

 

© Gilles Penso

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