KRONOS, LE CONQUÉRANT DE L’UNIVERS (1957)

Après la chute d’un astéroïde sur Terre, une gigantesque machine extra-terrestre surgit pour vider notre planète de toute son énergie…

KRONOS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Jeff Morrow, Barbara Lawrence, John Emery, George O’Hanlon, Morris Ankrum, Kenneth Alton, John Parrish

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Kronos fait partie d’une série de films de science-fiction à tout petit budget produits dans les années 50 par le studio 20th Century Fox. Signé Lawrence L. Goldman (auteur de nombreuses séries TV entre 1950 et 1956) et Irving Block (qui écrivit l’histoire originale de Planète interdite), le scénario plait tant à Spyros Skouras, président à l’époque de la Fox, que le film entre très rapidement en production. Mais le budget alloué à Kronos n’excède pas les 160 000 dollars. On sollicite donc un cinéaste vétéran, Kurt Neuman, alors signataire de cinquante-cinq longs métrages dont quatre Tarzan. Charge à lui de boucler ce film ambitieux en deux semaines de tournage avec du système D et quelques effets spéciaux astucieux.  Quand Kronos commence, nous découvrons qu’un astéroïde aux allures de soucoupe volante traverse l’espace et projette une lueur mouvante qui atterrit sur la Terre, en plein désert. Un automobiliste qui passe par là est aveuglé par la lumière et se conduit dès lors comme un zombie. Il pénètre dans un laboratoire gouvernemental d’astrophysique, assomme le gardien, puis vient à la rencontre du directeur du centre, le docteur Hubbell Eliot (John Emery). L’énergie lumineuse qui le possède passe aussitôt dans le corps d’Eliot, laissant le corps de l’automobiliste sans vie.

La salle des ordinateurs de ce laboratoire d’un autre âge possède des unités centrales grandes comme des réfrigérateurs et des bandes magnétiques qui tournent, le tout dans une pièce immense. Les spectateurs les plus attentifs reconnaîtrons des éléments de décor du Jour où la Terre s’arrêta habilement recyclés. L’ordinateur principal de ce centre scientifique est surnommé Susie (acronyme formé à partir de Synchro Unifying Sinometric Integrating Equitensor). Après avoir ingurgité beaucoup de dialogues pseudo-scientifiques, nous apprenons que l’astéroïde, surnommé M47 par les scientifiques, menace de heurter la Terre. L’armée prépare donc des missiles à tête nucléaire pour le détruire avant la collision. Mais ils sont inefficaces. Après que l’astéroïde se soit crashé dans le Pacifique, près des côtes mexicaines, une gigantesque machine extra-terrestre surgit des eaux, du haut de ses trente mètres. Avec ses allures de double cube noir monté sur des colonnes et surplombé par un dôme duquel émergent deux antennes, le monstre de métal avance avec pour objectif de vider la Terre de toute son énergie afin de la transférer sur une planète qui en a besoin. Le scientifique Leslie Gaskell (Jeff Morrow) le compare bientôt au géant Kronos de la mythologie grecque. D’où le titre du film.

Le monstre de métal

Irving Block ne se contente pas d’être co-scénariste du film, il est aussi superviseur des effets visuels avec ses compères Jack Rabin et Louis DeWitt. Pour contourner les contraintes budgétaires, ils sollicitent une maquette miniature en stop-motion pour donner vie à la machine géante. Les colonnes qui lui servent de pied se lèvent et se baissent donc pour évoquer un mouvement mécanique de vérin, tandis que jaillit de la fumée incrustée. Ces plans simples et efficaces sont animés par le vétéran Gene Warren (Les Monstres de l’île en feu, Jack le tueur de géants, Les Amours enchantées, La Machine à explorer le temps, Les Aventures de Tom Pouce). L’impact de ces séquences furtives est accru par l’usage de décors miniatures (paysages rocheux, centrale électrique) et d’effets rotoscopiques pour visualiser les décharges d’énergie. Le concept du film est suffisamment fort pour nous faire oublier sa cruelle absence de moyens. On lèvera en revanche un sourcil d’exaspération face à cette vision archaïque de la relation hommes-femmes typique de l’Amérique des années 50, malgré l’image de femme moderne que Vera (Barbara Lawrence) essaie de faire transparaître. D’ailleurs, lorsqu’elle demande à son prétendant s’il veut l’épouser, ce dernier lui demande d’abord si elle sait coudre et faire la cuisine ! Kronos est sorti en double-programme avec She Devil, également réalisé par Kurt Neuman qui allait diriger dans la foulée un futur classique de la SF : La Mouche noire.

 

© Gilles Penso


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BLANCHE NEIGE (2012)

Julia Roberts et Lily Collins s’affrontent dans cette réinterprétation du conte des frères Grimm mise en scène par l’esthète Tarsem Singh

MIRROR MIRROR

 

2012 – USA

 

Réalisé par Tarsem Singh

 

Avec Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer, Nathan Lane, Jordan Prentice, Mark Povinelli, Joe Gnoffo, Danny Woodburn, Sebastian Saraceno, Martin Klebba

 

THEMA CONTES

Lorsqu’on lui propose d’incarner la méchante reine dans une énième version de « Blanche Neige », Julia Roberts ne se montre pas particulièrement enthousiaste, mais elle se ravise en apprenant le nom du réalisateur. L’univers visuel unique en son genre déployé dans les films de Tarsem Singh (The Cell, The Fall, Les Immortels) la séduit au plus haut point. Elle est d’ailleurs le premier et unique choix du réalisateur. Trouver l’interprète de Blanche Neige est moins simple. C’est d’abord Saoirse Ronan (Lovely Bones) qui est envisagée, mais elle est jugée trop jeune. Contactée dans la foulée, Felicity Jones (Rogue One) passe son tour. C’est finalement Lily Collins, fille du célèbre Phil (avec qui elle travailla sur le Tarzan de Disney en prêtant sa voix au bébé singe), qui hérite du rôle. L’entrée en matière montre la reine actionner un praxinoscope pour voir s’animer une fleur, ce qui nous ramène aux origines mêmes du cinéma (un médium dans lequel Tarsem ne cesse de s’épanouir). Puis ce sont les premiers pas de Blanche Neige qui nous sont racontés, sous forme d’un faux film de marionnettes (conçu en images de synthèse) trouvant quant à lui ses sources d’inspiration dans certaines œuvres féeriques du cinéma d’Europe de l’Est. Ce flash-back est narré par la voix cynique de la souveraine. « Ceci est mon histoire, pas la sienne », s’empresse-t-elle de dire, ce que le titre original semble vouloir confirmer en utilisant l’une des répliques les plus célèbres du personnage (« Miroir, miroir »), mais que le titre français occulte pour se contenter d’un banal Blanche Neige.

La mégalomanie de la reine prend dès l’entame des proportions exubérantes qui nous transportent dans un univers décalé à la lisière des Monty Pythons et de Mel Brooks (notamment avec cette partie d’échecs reconstituée à échelle humaine devant son trône ridiculement tape à l’œil). Une fois n’est pas coutume, Julia Roberts semble prendre un plaisir fou à jouer les méchantes. Voilà en tout cas un rôle qui lui sied bien mieux que celui de la fée clochette dans Hook. Les dons d’esthète de Tarsem – sa marque de fabrique pourrait-on dire – s’adaptent fort bien à l’univers du conte de fée, chaque plan donnant le sentiment de s’être échappé d’un livre illustré pour prendre vie à l’écran. Certaines réinventions se révèlent singulières, comme le fameux miroir que la reine n’atteint qu’après avoir traversé une paroi liquide qui la transporte dans un monde parallèle aquatique où son reflet refuse obstinément de vieillir, ce qui n’est pas sans évoquer (de manière inversée) le mythe du portrait de Dorian Gray. La magie prend d’ailleurs des tournures inhabituelles dans cette version de Blanche Neige, à l’image de ces pantins de bois géants qui attaquent nos héros, manipulés à distance par le reflet de la reine, ou de cette effrayante bête de la forêt échappée du folklore alpin (mi-dragon mi-démon) qui cache bien son jeu.

Sage déconstruction

Quelques scènes d’action burlesques ponctuent le métrage, comme le combat contre les brigands géants (qui sont en réalités des nains montés sur échasses !). L’inversion des rôles lors du fameux baiser « non consenti » s’avère tout aussi délectable. Le film semble ainsi vouloir jouer le jeu de la déconstruction du conte original, suivant la trace d’un Princess Bride ou d’un Stardust. Sans doute ne va-t-il pas assez loin dans cette démarche. Malgré certaines répliques invitant à la réinvention des lieux communs (« Il est temps de changer l’histoire » dit Blanche Neige, « Non, ces histoires ont fait leur preuve, elles ont été testées et approuvées » répond le prince), l’entreprise manque cruellement d’impertinence. D’autant que simultanément sortait sur les écrans un Blanche Neige et le chasseur beaucoup plus audacieux. Avec le talent visuel de Tarsem et son envie manifeste d’assumer le caractère absurde de plusieurs séquences, nous aurions pu rêver d’un grain de folie surréaliste à la Terry Gilliam, quelque part dans le sillage des Aventures du Baron de Munchausen. Nous en sommes loin hélas, malgré quelques fulgurances réjouissantes. Le film reste donc très sage, à l’image de son générique de fin coloré et joyeux, à mi-chemin entre Disney et Bollywood, où Lily Collins chante à tue-tête « I Believe in Love ».

 

© Gilles Penso

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SPHÈRE (1998)

Dustin Hoffmann, Sharon Stone et Samuel L. Jackson partent explorer un objet sphérique d’origine extra-terrestre enfoui sous les océans…

SPHERE

 

1998 – USA

 

Réalisé par Barry Levinson

 

Avec Dustin Hoffman, Sharon Stone, Samuel L. Jackson, Liev Schreiber, Peter Coyote, Queen Latifah, Marga Gomez, Huey Lewis, Bernard Hocke

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONSTRES MARINS

Le romancier-scénariste Michael Crichton étant devenu synonyme de succès depuis Jurassic Park, Twister et la série Urgences, tous ses romans se sont transformés l’un après l’autre en films, avec plus ou moins de bonheur. Publié en 1987 et considéré comme une source d’inspiration possible du Abyss de James Cameron, « Sphère » a donc connu à son tour les honneurs du grand écran sous la caméra de Barry Levinson, qui avait déjà adapté Crichton quelques années plus tôt en réalisant Harcèlements. Le scénario passe par de nombreuses étapes avant d’être définitivement rédigé par Paul Attanasio (Quizz Show, Donnie Brasco) que Levinson connaît bien puisque les deux hommes lancèrent en 1995 la série Homicide avant qu’Attanasio écrive le script de Harcèlements justement. Grâce à son aura, le réalisateur parvient à réunir un casting de rêve : Dustin Hoffmann (qu’il dirigea dans Rain Man), Sharon Stone (encore auréolée du succès de Basic Instinct), Samuel L. Jackson (qui tourne simultanément dans Jackie Brown pour Quentin Tarantino) mais aussi Liev Schreiber et Peter Coyote.

Tout commence par la découverte d’un gigantesque vaisseau spatial au fond des océans par l’armée qui, sous le commandement d’un officier aux intentions obscures (Coyote), met illico en place une équipe de scientifiques propre à prendre les mesures qui s’imposent face à une éventuelle présence extra-terrestre. Petit problème : le psychiatre qui mène l’équipe (Hoffman) n’est absolument pas formé pour une telle intervention, bien qu’il ait fait croire le contraire pour pouvoir publier un traité scientifique. Les autres membres du groupe qu’il a lui-même recommandés, une biochimiste (Stone), un mathématicien (Jackson) et astrophysicien (Schreiber), n’étant pas plus compétents dans le domaine des aliens, la mission est plutôt mal partie. A l’intérieur du vaisseau se trouve une immense sphère réfléchissante aux propriétés inconnues. Bientôt, les conditions climatiques s’aggravent, des monstres marins assiègent la station sous-marine et une inquiétante paranoïa naît au sein de l’expédition…

Le plongeon

Sphere démarre sur des chapeaux de roue et met immédiatement en évidence ses indiscutables qualités formelles : une mise en scène millimétrée, des acteurs convaincants, une très belle partition d’Elliot Goldenthal, une photo soignée d’Adam Greenberg (Terminator) renforçant le caractère claustrophobique des lieux… Tout part donc sous les meilleurs auspices. Le sentiment d’angoisse et d’inquiétude qui s’installe peu à peu reste extrêmement efficace, ponctué de séquences choc comme l’attaque d’un des membres de l’équipage par des méduses géantes, ou le surgissement de serpents marins agressifs. Mais peu à peu, il nous semble percevoir une indécision sur le chemin qu’emprunte le film. Partagé entre sa tendance à aborder le sujet sous un angle avant tout psychologique (ces monstres du subconscient évoquent Planète interdite et Event Horizon) et son envie d’inscrire le récit dans un cadre visuellement spectaculaire, Sphère semble ne plus trop savoir ce qu’il veut nous raconter. Les nombreuses mésententes entre la production (cherchant à tout prix à réduire le budget quitte à dénaturer le film en cours de préparation) et Barry Levinson (parti tourner un film plus modeste avec Dustin Hoffman et Robert de Niro, Des hommes d’influence, le temps de trouver un accord définitif avec Warner Bros) n’aident évidemment pas Sphère qui trahit par son manque de cohérence et de fluidité les luttes intestines qui présidèrent à sa création. Reste donc un film ambitieux, prometteur et frustrant qui n’est sans doute que l’ébauche de ce qu’il aurait vraiment dû être.

 

© Gilles Penso


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17 ANS ENCORE (2009)

Zac Efron et Matthew Perry incarnent le même homme à vingt ans d’intervalle dans ce conte fantastique qui cultive le comique de situation…

17 AGAIN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Burr Steers

 

Avec Zac Efron, Matthew Perry, Leslie Mann, Thomas Lennon, Tyler Steelman, Allison Miller, Sterling Knight, Michelle Trachtenberg, Adam Gregory, Hunter Parrish

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Le concept de 17 ans encore n’est pas nouveau. Cette histoire d’un homme de 37 ans redevenant l’adolescent qu’il était vingt ans plus tôt reprend à l’identique celle du téléfilm Disney Young Again diffusé en 1986, avec un tout jeune Keanu Reeves dans l’un de ses premiers rôles. Les auteurs de ce script original sont Steven Hilliard Stern, David Steven Simon et Barbara Hall, qui ne sont bizarrement pas crédités au générique de 17 ans encore, son scénario étant uniquement attribué à Jason Filardi. Il s’agit pourtant clairement d’un remake. Les prémices évoquent aussi Big et 30 ans sinon rien, si ce n’est que cette fois-ci le processus est inversé : il n’est pas ici question d’un ado coincé dans le corps d’un adulte mais du contraire. On peut aussi penser à 18 again ! de Paul Flaherty, sorti en 1988, dans lequel un homme de 81 ans échangeait son corps avec son petit-fils de 18 ans, à Seventeen Again de Jeffrey W. Byrd et bien sûr à Retour vers le futur et Peggy Sue s’est mariée dont le film de Burr Steers reprend de nombreuses composantes. 17 ans encore part donc avec un sérieux handicap, celui de cultiver un effet de déjà-vu. Mais il a deux atouts de taille en poche : Zac Efron et Matthew Perry. Les deux acteurs, qui incarnent le même homme à vingt ans d’intervalle, permettent à cette comédie fantastique de sortir du lot… sans pour autant nous faire oublier ses nombreux prédécesseurs.

En 1989, Scarlet (Allison Miller), la petite amie de Mike O’Donnell (Zac Efron), athlète vedette de 17 ans, lui annonce qu’elle est enceinte, quelques instants avant le match de basket du championnat de son lycée qui devrait lui permettre de décrocher une bourse d’études. Mike joue les premières secondes du match avant de quitter le terrain pour aller chercher Scarlet, abandonnant ses espoirs d’aller à l’université et de faire une carrière prestigieuse. Vingt ans plus tard, Mike a 37 ans et le visage de Matthew Perry. Il trouve sa vie stagnante et ennuyeuse, abandonnant tous les projets qu’il entreprend. Scarlet (Leslie Mann), sa femme et la mère de leurs deux enfants, a demandé le divorce. Mike touche alors le fond : il démissionne après avoir été écarté d’une promotion qu’il pensait mériter et s’éloigne de ses enfants lycéens. Un soir, sur la route, au milieu de la pluie, il tombe dans une sorte de vortex… et redevient adolescent. Cette métamorphose va-t-elle lui permettre de réparer ses erreurs ? Ce qu’il découvre grâce à son visage rajeuni le trouble au-delà de toute mesure et participe grandement aux ressorts comiques du film : sa femme essaie de refaire sa vie, sa fille s’est entichée du gars le plus idiot du lycée et son fils se considère comme un raté. Mike aimerait se comporter en époux et en père… Mais il n’a que dix-sept ans.

Seconde chance

Le personnage de Ned, le meilleur ami geek de Michael, est incarné par un Thomas Lennon en grande forme et permet quelques gags absurdes liés à son addiction à la culture populaire et en particulier à Star Wars (il dort dans un lit qui a la forme de l’aéroglisseur de Luke Skywalker et se défend avec un sabre laser). C’est aussi par lui que passera l’incontournable séquence d’explication du phénomène, qui prend ici une tournure forcément absurde. « Es-tu présentement ou as-tu déjà été auparavant un dieu viking, un vampire ou un cyborg qui voyage dans le temps ? » demande-t-il à son ami avec un sérieux imperturbable, avant d’avancer la théorie du sortilège et du guide spirituel. Le concept va assez loin, jusqu’à aborder le risque de basculement dans l’inceste (dans une version inversée de ce que nous voyons dans Retour vers le futur). L’absence de Matthew Perry pendant une grande partie du film est justifiée par le scénario mais se révèle frustrante, même si Zac Efron fait de son mieux (et souvent avec un talent indiscutable) pour imiter ses mimiques de jeu et sa diction. On aurait tout de même aimé voir plus régulièrement le héros sous sa forme adulte, par quelque stratagème de mise en scène que ce soit. Au-delà de toutes les références filmiques citées en tête de cette chronique, il faut d’ailleurs en ajouter une : la sitcom Second Chance, dans laquelle Matthew Perry faisait ses débuts de star à l’âge… de 17 ans ! Le sujet ? Un adulte revient dans le passé pour se confronter à l’adolescent qu’il était et effacer ses erreurs passées. Il est tout de même troublant qu’un tel sujet ait jalonné ces deux périodes charnières de la carrière de Matthew Perry, qui fera avec 17 ans encore ses adieux au cinéma. Il réapparaîtra dans plusieurs séries (notamment Mr Sunshine, The Good Wife, Go On, The Odd Couple) jusqu’à son décès en octobre 2023.

 

© Gilles Penso

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LE RÈGNE ANIMAL (2023)

Un film d’anticipation révolutionnaire à fleur de peau, de plumes et d’écailles, où se mêlent fantastique, poésie, philosophie et utopie…

LE RÈGNE ANIMAL

 

2023 – FRANCE

 

Réalisé par Thomas Cailley

 

Avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos, Tom Mercier, Billie Blain, Xavier Aubert, Saadia Bentaïeb, Gabriel Caballero, Iliana Khelifa, Paul Muguruza

 

THEMA MUTATIONS

Le réalisateur et auteur Thomas Cailley s’était déjà distingué en 2014 avec son film Les Combattants dans lequel Madeleine (Adèle Haenel) anticipait la fin du monde civilisé et nous touchait avec un mélange de candeur et de déterminisme. Inspirée par les méthodes de survie de l’armée, se préparant à sauver l’espèce humaine de façon paramilitaire, elle entrainait dans sa quête et sa retraite marginale Arnaud (Kévin Azaïs), plus amoureux que convaincu. Si ce film teinté d’humour ironisait sur la vacuité de l’opération, il suscitait notre empathie avec une jeunesse pessimiste, impuissante à faire face à l’héritage d’un monde civilisé sur le déclin. Neuf ans plus tard, Le Règne animal s’inscrit dans le même registre, à ceci près que la jeunesse n’est pas seule avec ses angoisses tandis que le monde voit apparaître un nouveau phénomène : la mutation lente d’êtres humains de tous âges en créatures forcées de s’adapter à leur condition au prix de multiples difficultés et souffrances, autant physiques que psychologiques. Par son sujet, son traitement dénué de manichéisme et son mélange des genres, ce film est aussi révolutionnaire que l’a été le premier X-Men de Bryan Singer lorsqu’il a marqué l’an 2000 en ouvrant la voie aux films de super-héros jusqu’alors réduits aux Superman et aux séries TV. Si X-Men, au delà de la brillance de son scénario, a pu se concrétiser grâce aux avancées du numérique, Le Règne animal fait la part belle aux maquillages spéciaux avec un rapport à l’image plus organique que futuriste.

En compagnie d’Émile (Paul Kircher), son ado réticent à partir dans le sud, François (Romain Duris), un père toujours amoureux de sa femme, est déterminé à réunir sa famille malgré la « maladie » de celle-ci qui la transforme en « créature ». La communauté scientifique tente de comprendre et de s’adapter à ce mystérieux phénomène qui soulève aussi rejets, hostilités, peurs et dégoûts par ceux qui choisissent la chasse et l’élimination. Car ces créatures d’un genre nouveau, chacune avec ses spécificités, sont inadaptées dans de nombreux environnements et par conséquent causent des dégâts. L’idée est donc de les regrouper dans un centre spécialisé à des fins de recherche. Quand un accident de la route les libère d’un sort d’animaux de laboratoire, ces créatures avides de liberté se réfugient dans la forêt. Si Les Combattants nous plongeait au cœur de paysages vosgiens, Le Règne animal nous transporte dans le sud-ouest de la France, et particulièrement parmi les fougères des forêts des Landes de Gascogne, ce qui n’a rien d’anodin puisqu’elles abritent entre autres une réserve naturelle, paradis pour la biodiversité. À pas de loups s’introduit, à travers ces transformations de l’espèce humaine, une question qui n’a rien de saugrenue si l’on en juge par la longue évolution des espèces : et si la survie et l’équilibre de la planète bleue tenaient à la fusion de l’homme avec cette nature qu’il agresse, exploite et mutile plus que de raison depuis l’avènement de l’ère industrielle et le 19°siècle ?

La course pour la survie

Car en biologie, l’Homme n’appartient-il pas à la famille des vertébrés du règne animal ? Le buisson de l’évolution ne nous démontre-t-il pas que si l’Homme est capable d’établir ces classifications, repères temporaires, c’est pour mieux prendre humblement conscience de sa place et de ses responsabilités dans l’évolution du vivant ? Le film, qui n’a rien de moralisateur, ne répond à aucune question, mais il choisit de nous faire éprouver des sensations, tout en nous glissant insidieusement des idées comme lors de cette belle séquence de course-poursuite dans un champ de maïs industriel jusqu’à la forêt, dernier rempart protecteur de… l’humanité ? Car c’est bien de ça qu’il est question tout au long du film : entre jugements et harcèlements des uns, compréhension et tendresse des autres, où nous situons-nous dans cette course pour la survie ? C’est encore une question que se pose Julia (Adèle Exarchopoulos), le personnage de gendarme qui, tout en obéissant aux ordres dictés par sa fonction, observe ce monde et cette famille en mutation d’un regard bienveillant et compatissant. Les marques de tendresse et les pointes d’humour portées par ce casting 5 étoiles sont distillées tout au long de ce splendide film à l’émotion à fleur de peau, de plumes et d’écailles…

 

© Quélou Parente


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X-TRO II, ACTIVITÉS EXTRA-TERRESTRES (1991)

Une fausse suite de X-Tro qui cherche surtout son inspiration du côté d’Alien en donnant la vedette à l’ex-héros de Supercopter

X-TRO II : THE SECOND ENCOUNTER

 

1991 – CANADA

 

Réalisé par Harry Bromley Davenport

 

Avec Jan-Michael Vincent, Paul Koslo, Tara Buckman, Jano Frandsen, Nicholas Lea, W.F. Wadden, Rolf Reynolds, Nic Amoroso, Bob Wilde, Rachel Hayward

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

X-Tro avait défrayé la chronique en son temps, non parce qu’il s’agissait d’un chef d’œuvre de la science-fiction mais parce que son réalisateur Harry Bromley Davenport avait réussi à bricoler avec les moyens du bord – autrement dit un budget extrêmement réduit et un nombre limité d’acteurs et de décors – l’un des films d’extra-terrestres les plus originaux et les plus singuliers de sa génération, à une époque où le thème était pourtant surexposé sur les écrans. Le climat très étrange de X-Tro était d’ailleurs partiellement involontaire, certains des choix forcés de Davenport ayant été interprétés comme des partis-pris artistiques. Toujours est-il que le titre X-Tro fit rêver beaucoup de fantasticophiles, en ces temps reculés où les vidéoclubs exhibaient généreusement des jaquettes alléchantes. Dix ans plus tard, alors qu’il n’est pas parvenu à transformer l’essai et que le besoin d’argent se fait ressentir, le cinéaste se lance un peu à contrecœur dans un X-Tro 2 au titre trompeur qui s’octroie abusivement le statut de séquelle, alors qu’il n’a en fait aucun rapport avec le premier film. Le fait est que Davenport possède alors les droits du nom « X-Tro » mais pas ceux de l’histoire ni des personnages. Il demande alors à un quatuor de scénaristes (Edward Kovach, Robert Smith, Stephen Lister et John A. Curtis) d’imaginer un nouveau récit, histoire de capitaliser sur un titre dont l’éclat brille encore un peu.

Le docteur Alex Summerfield (Paul Koslo) travaille dans un laboratoire souterrain, le Nexus, entièrement contrôlé par ordinateur, pour se livrer à des expériences top secrètes sur la téléportation. Il envoie trois volontaires dans une autre dimension, sous les yeux du secrétaire américain à la Défense Bob Kenmore (Bob Wilde). Mais l’opération se passe mal. Deux des cobayes meurent et le troisième, Marshall (Tracy Westerholm), ramène dans son ventre un monstre extra-terrestre, ce qui est ballot (et nous rappelle donc vaguement le premier X-Tro). Le docteur Ron Shepherd (Jan Michael Vincent, dans sa période post-Supercopter), contre lequel Summerfield a de sérieux griefs, va tenter de maîtriser la situation. Tout bascule dans la panique et dans l’horreur lorsque le monstre s’échappe de sa prison de chair et sème la mort alentours.…

Le X-Tro de trop…

Si X-Tro II n’a donc aucun lien avec X-Tro, il ressemble presque à la suite d’un film imaginaire, les protagonistes ne cessant de faire allusion à des événements qui les mettent en cause trois ans auparavant. Ces précautions ont-elles été prises pour justifier le « II » accolé au titre ? Peu importe, car le thème de ce film, la téléportation dans un monde parallèle, voit ses prometteuses possibilités gâchées par un plagiat éhonté des deux premiers Alien. Tout y est : le cosmonaute qui ramène un monstre de son expédition, puis la bête qui traverse de l’intérieur la poitrine de l’infortunée victime pour s’échapper dans les conduits, se cacher dans le noir et tuer un à un les membres d’un commando qui se prennent pour Rambo en les chassant dans les sombres corridors… Rarement pillage est allé aussi loin. La créature elle-même, conçue par Charlie Grant et Wayne Dang, est largement inspirée par le travail de Giger. Par conséquent, même lorsque l’action est efficacement rythmée (comme lors de la scène de la chute de l’ascenseur), le terrain est tellement connu que le spectateur refuse de jouer le jeu. Rétrospectivement, Harry Bromley Davenport garde un très mauvais souvenir de cette expérience. « C’est un très mauvais film qui n’est pas du tout une suite », avoue-t-il. « C’était un film horrible avec comme acteur principal un ivrogne, Jan Michael Vincent, qui vagabondait, vomissait et frappait les gens. Il était épouvantable. Il ne devrait plus jamais être employé comme acteur. Il était presque constamment ivre sur le plateau » (1). Les finances venant à manquer, Davenport commettra tout de même un X-Tro III en 1995.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Cinefantastique en novembre 1995

 

© Gilles Penso

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KONGA TNT (2020)

Un petit singe à qui un savant a injecté de l’ADN extra-terrestre se transforme en gorille géant dans ce nanar affligeant aux effets spéciaux… très spéciaux !

KONGA TNT

 

2020 – CANADA

 

Réalisé par Brett Kelly

 

Avec John Migliore, Steve Kasan, Chance Kelly, Jennie Russo, Jordan Randall, Sébastien Godin, Dove Kennedy, Christina Roman, Kim Valentine, Glena Chao

 

THEMA SINGES

En 1960, John Lemont met en scène Konga, une sympathique série B britannique dans laquelle Michael Gough cabotine en diable sous la blouse d’un savant fou qui transforme un petit chimpanzé en gorille géant pour assouvir une sombre vengeance et satisfaire ses besoins les plus primaires. Cette variante délirante autour du motif de King Kong génère un petit culte et donne même naissance à une série de bandes dessinées éditées par Charlton Comics entre 1960 et 1965, dont le premier illustrateur n’est autre que Steve Ditko, futur co-créateur de Spider-Man avec Stan Lee. Profitant que cette BD soit tombée dans le domaine public faute du renouvellement de ses droits, le réalisateur Brett Kelly et le scénariste Trevor Payer décident d’en signer une adaptation à leur sauce. « Librement inspiré des comic books Konga de Charlton Comics, dans le domaine public », peut-on ainsi lire dans le générique de Konga TNT. Voici donc l’adaptation de l’adaptation de Konga. Tout un programme ! Le fait que Kelly et Prayer n’aient aucun budget à leur disposition – et visiblement pas le moindre talent dans la confection de films dignes de ce nom – ne semble pas les stopper le moins du monde dans leur élan, hélas…

Qu’apprend-on dans Konga TNT ? Que le général Mills (John Migliore, qui joue comme une savate et en fait des tonnes face à une caméra le filmant pendant de longues et interminables minutes en train d’improviser ses tirades), le général Mills, donc, mène des recherches sur les formes de vies extra-terrestres. Un OVNI s’étant crashé au beau milieu de la jungle sauvage (donc dans un jardin public dont la caméra ne cherche même pas à cacher les grilles), une équipe de spécialistes est dépêchée sur place, autrement dit un Indiana Jones du pauvre et sa co-équipière. Tous deux tombent entre les griffes d’une peuplade de sauvageonnes en peaux de bêtes qui jouent à la balle en gloussant et obéissent à une reine qui se prend pour Martine Beswick. Celle-ci porte un pendentif fait à partir de la source d’énergie extra-terrestre. Notre Indy le récupère habilement (suite à une manœuvre de séduction très embarrassante), ce qui permet au professeur Mills (John Migliore toujours, aussi pénible en savant qu’en général) de créer un sérum qu’il injecte à un petit singe. Or celui-ci s’échappe et subit une étrange mutation…

Complètement Kong

Il est toujours embarrassant de regarder un film qui essaie de nous faire rire et de ne pas décrocher le moindre sourire. D’autant que dans le cas de Konga TNT, on ne comprend même pas ce qui est censé être comique… Bien sûr, la mise en forme de ce long-métrage navrant, aux allures de film de vacances tourné avec un caméscope, n’incite pas à l’indulgence. Ni ses décors plus laids les uns que les autres (le placard à balais qu’on essaie de nous faire passer pour un laboratoire secret, des trottoirs mornes et des parcs sinistres). Ni bien sûr les acteurs qui rivalisent d’amateurisme. Au bout d’un quart d’heure paraît enfin le singe, autrement dit une petite peluche avec laquelle jouent deux enfants mignons tout pleins. Lorsque le primate décide d’un seul coup de grandir pour atteindre la taille de King Kong, la peluche est remplacée par un acteur (John Migliore, encore lui !) qui s’agite devant un fond bleu dans un costume de gorille, affronte des stock-shots d’avion et détruit des immeubles numériques. Le plus incroyable dans tout ça ? Le fait que ce machin incroyablement mal-fichu ait été commercialisé comme s’il s’agissait d’un vrai film, non seulement en DVD et en Blu-Ray mais aussi en streaming ! Le seul véritable intérêt de ce Konga TNT aura finalement été de donner au Konga de 1960 les allures d’un chef d’œuvre impérissable.

 

© Gilles Penso


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L’EXORCISTE – DÉVOTION (2023)

Cinquante ans après le classique de William Friedkin, le réalisateur d’Halloween version 2018 en signe une suite tardive…

THE EXORCIST : BELIEVER

 

2023 – USA

 

Réalisé par David Gordon Green

 

Avec Leslie Odom Jr, Ann Dowd, Jennifer Nettles, Norbert Leo Butz, Lidya Jewett, Olivia O’Neill, Ellen Burstyn, Okwui Okpokwasili, Raphael Sbarge

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I ENFANTS I SAGA L’EXORCISTE

David Gordon Green ne serait-il plus bon qu’à s’emparer des créations des autres pour en tirer des suites/remakes à sa sauce ? Après avoir pris la relève de John Carpenter pour revisiter la saga Halloween, le voilà maintenant sur les traces de William Friedkin. Le projet de L’Exorciste – Dévotion ressemble d’abord à une opération marketing qui consiste à profiter du cinquantième anniversaire de la sortie du premier Exorciste pour en proposer une suite directe, située plusieurs décennies après les événements racontés en 1973, tout en ignorant ouvertement Exorciste II : l’hérétique, L’Exorciste : la suite, L’Exorciste : au commencement et la série L’Exorciste créée par Jeremy Slater. La démarche est donc très proche de celle de l’Halloween de 2018 qui, lui aussi, jouait la double carte de la date anniversaire et de l’effacement des épisodes intermédiaires. Autre point commun : initier une nouvelle trilogie dont L’Exorciste : Dévotion serait le premier volet. Flairant là l’opération juteuse, le studio Universal s’associe à la compagnie Peacock pour faire l’acquisition des droits de distribution de la franchise. Coût de l’opération ? 400 millions de dollars. Reste-t-il une quelconque intention artistique derrière ces tractations financières et commerciales ? C’est ce que les spectateurs sont naturellement en droit d’espérer.

Le prologue de L’Exorciste – Dévotion se situe à Haïti. Le photographe Victor Fielding (Leslie Odom Jr.) et sa femme enceinte Sorenne (Tracey Graves), bénie par des praticiens vaudou, sont en lune de miel. L’atmosphère est festive mais un peu étrange, signe avant-coureur d’une catastrophe imminente. Celle-ci survient lorsqu’un violent tremblement de terre s’abat sur le pays. Gravement blessée, Sorenne gît sous les décombres. Paniqué, Victor se retrouve face à un dilemme. Les secours lui annoncent en effet qu’il doit choisir entre sauver sa femme ou son enfant à naître. Le destin semble choisir pour lui. Victor en perd la foi et élève désormais seul sa fille Angela (Lidya Jewett) en Géorgie. Tous deux vivent depuis treize ans selon une routine tranquille et paisible qui s’apprête bientôt à voler en éclats…

Double possession

L’Exorciste – Dévotion ne se raccorde avec le premier Exorciste qu’à mi-parcours, marquant cette connexion par une réinterprétation musicale du fameux « Tubular Bells » de Mike Oldfield. Mais le raccord est ténu, très artificiel, et pourrait honnêtement être supprimé sans beaucoup altérer le cours de l’intrigue. Seulement voilà : le film ne pourrait alors pas s’appuyer sur la franchise née en 1973 et passerait totalement inaperçu. En effet, cette histoire de possession diabolique n’a rien de particulièrement palpitant et se contente bien souvent d’aligner les lieux communs du genre, malgré quelques tentatives pour varier les plaisirs (la possession se dédouble, les rites païens se mêlent aux pratiques catholiques). Par ailleurs, David Gordon Green gère ses cadrages d’une manière curieuse, comme s’il ne savait jamais exactement quoi placer devant sa caméra. Ses plans sont indécis, hésitants, incapables de se focaliser sur les visages et les regards, leur caractère faussement dynamique s’efforçant manifestement de masquer un problème plus vaste : une totale absence de point de vue. Restent des acteurs très investis dans leurs rôles (adultes comme enfants) et quelques scènes d’inconfort qui jouent habilement avec le sentiment d’un malaise omniprésent mais indicible. C’est peu, mais il faudra s’en contenter. Autant dire que nous attendrons les deux épisodes suivants avec beaucoup de patience.

 

© Gilles Penso

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LA MORT PREND DES VACANCES (1934)

Incapable de comprendre pourquoi les humains ont peur d’elle, la Mort décide de se mêler à eux et d’étudier leur comportement…

DEATH TAKES A HOLIDAY

 

1934 – USA

 

Réalisé par Mitchell Leisen

 

Avec Frederic March, Evelyn Venable, Guy Standing, Katharine Alexander, Gail Patrick, Helen Westley, Kent Taylor, Kathleen Howard, Henry Travers

 

THEMA MORT

Écrite en 1924 par l’auteur italien Alberto Casella, la pièce « La Morte in vacanza » est adaptée pour la scène américaine en 1929 par Walter Ferris et triomphe à Broadway jusqu’en été 1930. Hollywood s’empare à son tour de cette histoire à mi-chemin entre le conte fantastique et la comédie romantique, par l’entremise du réalisateur Mitchell Leisen (L’Aventure d’une nuit, Par la porte d’or, La Mère du marié) et du duo de scénaristes Maxwell Anderson (À l’Oust rien de nouveau) et Gladys Lehman (Le Torrent de glace). Le postulat de la pièce – et donc du film – ne manque pas de sel : se demandant pourquoi les gens la craignent, la mort décide de se joindre à un groupe d’humains pendant trois jours, espérant ainsi trouver une réponse. La première apparition de la Camarde est une évocation surréaliste inquiétante, combinant des maquettes et des effets optiques supervisés par le vétéran Gordon Jennings. On y voit une ombre étrange qui s’insère entre deux voitures sur une route de montage. La Mort prend ensuite ses atours classiques d’être encapuchonné translucide et révèle son identité au duc Lambert (Guy Sranding). Tous deux passent un accord, selon lequel la Faucheuse se fera passer pour le prince Sirki, un hôte du duc. Dès lors, c’est Frédéric March (inoubliable héros à deux visages du Docteur et Jekyll et Mister Hyde de Rouben Mamoulian) qui incarne la mort.

March incarne à merveille cette créature surnaturelle qui s’efforce d’avoir l’air humaine sans trop savoir comment s’y prendre. La démarche rigide, un monocle vissé sur l’œil droit, ce faux prince aborde sans cesse des sujets un peu morbides avec un détachement qui ne cesse de surprendre les autres convives. La plupart attribuent ce comportement au fait qu’il soit étranger, issu d’une culture différente. Mais seuls les spectateurs – et le duc – sont en mesure d’apprécier pleinement le double sens de chacun de ses propos. « Qui est ce prince ? » s’interroge l’une des invitées. « Il nous attire et nous effraie tant », ignorant qu’elle n’est pas loin de percer son secret. « Je suis une menace, une ombre, une errance » affirme Sirki lui-même pour se définir, subissant une véritable crise d’identité. « Je croyais la revêtir comme un vêtement et l’enlever aussi facilement » dit-il au duc en parlant de son enveloppe charnelle provisoire. Mais en effleurant les plaisirs de la chair, il est troublé, forcément. Et tandis qu’il s’initie à l’amour, plus personne ne décède sur Terre…

Le prince des ténèbres

Les dialogues brillants et l’interprétation impeccable du film sont ses atouts les plus forts. On en oublierait presque l’ultra-classicisme de la mise en scène très théâtrale de Mitchell Leisen et l’omniprésence de sa musique (puisant régulièrement dans le répertoire classique) qui a tendance à faire office de remplissage au lieu de participer pleinement à la narration. Il n’empêche que La Mort prend des vacances est un film d’une folle élégance distillant un délicieux charme suranné. Il faut aussi saluer l’impeccable direction artistique, qui nous rappelle que le réalisateur a commencé à Hollywood comme chef costumier. Le dernier acte s’appuie sur un suspense particulièrement efficace, lié à la décision que s’apprête à prendre Grazia (Evelyn Venable), la fiancée du fils du duc dont la Mort s’est éprise, tandis que le compte à rebours vers minuit s’écoule à toute allure. Va-t-elle rester parmi les siens ou accompagner le prince jusque dans son lointain royaume ? Connu également en France sous le titre Trois jours chez les vivants, Le Défunt récalcitrant fera l’objet d’un très beau remake en 1998 réalisé par Martin Brest sous le titre Rencontre avec Joe Black. Brad Pitt y reprend le rôle de la Mort et Anthony Hopkins celui du duc.

 

© Gilles Penso

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SAW X (2023)

Le redoutable John Kramer est de retour dans cet épisode flash-back qui se situe entre les deux premiers opus de la sanglante saga…

SAW X

 

2023 – USA

 

Réalisé par Kevin Greutert

 

Avec Tobin Bell, Shawnee Smith, Synnøve Macody Lund, Steven Brand, Renata Vaca, Joshua Okamoto, Octavio Hinojosa, Paulette Hernandez, Jorge Briseño

 

THEMA TUEURS I SAGA SAW

Jigsaw et Sirale n’ayant pas particulièrement convaincu le public, malgré les efforts de Lionsgate pour faire croire que la saga Saw prenait une nouvelle dimension en sollicitant de nouveaux metteurs en scène (les frères Spierig) et quelques têtes d’affiche (Chris Rock, Samuel L. Jackson), le studio décide de revenir aux bonnes vieilles recettes et de rappeler derrière la caméra le réalisateur de Saw 6 (dont on ne vantera jamais assez la merveilleuse sonorité du titre) et d’un Saw chapitre final au titre aussi mensonger que celui de Vendredi 13 chapitre final. Pour que le retour aux sources soit complet, pourquoi ne pas solliciter l’acteur vedette de la franchise, autrement dit Tobin Bell ? Petit problème : son personnage est mort depuis le troisième épisode. Greutert et ses scénaristes Pete Goldfinger et Josh Stolberg jouent donc la carte de la prequel. Saw X se situe ainsi chronologiquement entre Saw et Saw 2. Pourquoi pas ? Après tout, cette saga ne cesse de bousculer sa propre chronologie en truffant ses épisodes de flash-backs révélateurs. Mais Tobin Bell a désormais 81 ans. Essayer de faire croire aux spectateurs qu’il en a vingt de moins (pour assurer la continuité avec le premier Saw) nécessite de leur part une sacrée suspension d’incrédulité.

Contre toute attente, Saw X démarre tout en douceur, presque à pas feutrés. L’intrigue prend son temps, avance tranquillement, sur un rythme auquel les films précédents ne nous ont pas habitué. C’est plutôt bon signe, témoignage d’une envie manifeste de casser les habitudes. Nous avons certes droit à une scène de piège/torture assez tôt dans le métrage, mais c’est un prétexte quasiment assumé comme tel, une manière de dire au public : « Ne vous inquiétez pas, vous êtes bien dans Saw, soyez patients. » Le scénario s’intéresse à la lutte de John Kramer contre le cancer qui le ronge et à ses maigres espoirs de guérison qui n’entament pas pour autant ses penchants naturels pour une justice expéditive, cruelle et sophistiquée. À une femme médecin qui l’interroge sur ses hobbies, il répond : « J’aide les gens à surmonter leurs obstacles intérieurs, à apporter des changements positifs dans leur vie. » La réplique fait rire au second degré, mais elle reflète bien l’état d’esprit de Kramer, persuadé que ses exactions sanglantes sont bien fondées. Notre homme a un code d’honneur et s’y tient.

« Ce n’est pas un châtiment, c’est un réveil »

Cette entame laisse planer beaucoup d’espoirs, qui s’envolent malheureusement à mi-parcours du film. Car lorsque l’intrigue se met enfin en place, la saga retrouve ses travers, ses raccourcis scénaristiques habituels et ses incohérences qu’il nous faut accepter sans sourciller malgré bon nombre d’énormités. La routine se réinstalle donc, véhiculant un fâcheux effet de déjà vu (depuis vingt ans que dure la saga, la mécanique commence à gripper sérieusement), d’autant que les pièges nous semblent moins inventifs que d’habitude, comme si les scénaristes eux-mêmes n’y croyaient plus, comme si Greutert commençait à se lasser de faire tourner frénétiquement sa caméra autour des victimes hurlante en surchargeant sa bande son de bruitages stridents et de musique agressive. C’est d’autant plus dommage que Tobin Bell campe un Jigsaw plus attachant et plus humain qu’à l’accoutumée, se muant en véritable héros du film, même si ses méthodes n’ont rien perdu de leur mordant. « Ce n’est pas un châtiment, c’est un réveil » dit-il à ses captifs. Pour nous, en revanche, c’est la lassitude qui finit par prendre le pas.

 

© Gilles Penso


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