FINAL EXPERIMENT (1993)

Un homme panique à l’idée que des extra-terrestres viennent lui rendre visite la nuit pour pratiquer sur lui des expériences génétiques…

OFFICIAL DENIAL

 

1993 – USA / AUSTRALIE

 

Réalisé par Brian Trenchard Smith

 

Avec Parker Stevenson, Dirk benedict, Erin Gray, Chad Everett, Michael Plate, Christopher Pate, Natalie McCurry

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Final Experiment marque une date dans l’histoire des productions direct-to-video dans la mesure où il s’agit du tout premier film original produit par la chaîne Syfy, qui s’orthographiait alors Sci-Fi Channel. Son réalisateur, le Britannique Brian Trenchard-Smith, avait déjà touché à toutes sortes de genres, du kung-fu (L’Homme de Hong Kong, La Marque de la panthère) à l’action exotique (Les Cascadeurs de la mort, Le Jour des assassins) en passant par le musical (La rage de la casse), le policier (Le Gang des BMX), le film de guerre (Le Dernier assaut), l’aventure (Le Secret du lac), l’horreur (Le Drive-in de l’enfer, L’Esprit du mal) et la science-fiction post-apocalyptique (Les Traqués de l’an 2000, son titre de gloire le plus célèbre). On lui doit également quelques épisodes de séries TV, notamment pour Tarzan, Les Dessous de Palm Beach et Mission impossible 20 ans après. Notre homme est donc un solide artisan, à défaut d’avoir un style et une vision. Final Experiment raconte l’histoire du couple Corliss, qui commence sérieusement à battre de l’aile car Paul (Parker Stevenson, alias Craig Pomeroy dans Alerte à Malibu), le mari, refuse obstinément d’avoir un enfant. La raison qu’il invoque est pour le moins curieuse : il est persuadé que des extra-terrestres s’introduisent dans sa maison la nuit et se servent de lui comme cobaye pour des expérimentations génétiques !

Face à de telles affirmations, la femme de Paul, Annie (Erin Gray, le colonel Deering de Buck Rogers au 25ème siècle), pense qu’il a sérieusement besoin de l’aide d’un psychiatre. Nous aurions tendance à nous ranger à son avis. Mais une nuit, Paul est bel et bien enlevé dans son sommeil par des êtres venus d’ailleurs. A son réveil, il sait bien qu’il n’a pas rêvé, sans pour autant parvenir à convaincre sa femme. En revanche, l’armée qui surveillait sa maison le croit. Elle a en effet abattu un vaisseau spatial et détient l’un de ses occupants. Les militaires attendent donc de Paul qu’il établisse le contact, notamment le lieutenant-colonel Dan Larner incarné par Dirk Benedict (l’inoubliable Starbuck de Galactica). Final Experiment prend alors rapidement les allures d’un mélange de Rencontres du troisième type et E.T. l’extra-terrestre. On y retrouve l’homme qui a vu les aliens et que personne ne croit sauf le gouvernement, la montagne où a atterri l’OVNI investie par l’armée, le petit extra-terrestre qui veut retrouver son vaisseau, et même quelques notes de musique empruntées à John Williams au moment où l’E.T. en question touche du doigt le héros, dans la forêt nocturne, alors que la pleine lune éclaire le ciel.

Rencontres du troisième E.T.

Hélas, non content de cultiver le déjà-vu avec une constance qui confine au plagiat quasi-systématique, le film de Brian Trenchard-Smith oublie toute subtilité et ne se rattrape guère par sa mise en forme. L’OVNI est une image de synthèse passable, mais le plus gros handicap du film reste le maquillage des créatures, inspiré de celui de Rencontres du troisième type, mais extrêmement sommaire et figé. Cet aspect rigide et plastifié du héros d’une autre planète ôte toute crédibilité aux scènes dans lesquelles il intervient, d’autant que le chef opérateur l’expose en pleine lumière à maintes reprises. La ballerine de douze ans qui incarne le petit alien dans sa combinaison en caoutchouc a donc toutes les peines du monde à nous faire croire à son personnage. Parmi les pouvoirs du sympathique extra-terrestre, on notera la faculté de créer des hallucinations, lui permettant de revêtir aux yeux des humains l’aspect d’autres êtres humains qu’il croise sur son chemin. Une idée sympathique mais que le scénario exploite bien mal. Après ce téléfilm facultatif, le scénariste Bryce Zabel continuera à creuser le sillon extra-terrestre en créant la série Dark Skies.

 

© Gilles Penso

 

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A CHRISTMAS CAROL (1938)

Le vieux Scrooge, modèle d’avarice et d’antipathie, prend les traits de Reginald Owen dans cette adaptation populaire du célèbre conte de Dickens…

A CHRISTMAS CAROL

 

1938 – USA

 

Réalisé par Edwin L. Marin

 

Avec Reginald Owen, Gene Lockhart, Kathleen Lochart, Terry Kilburn, Barry MacKay, Lynne Carver, Leo G. Carroll, Ann Rutherford, Lionel Braham

 

THEMA CONTES I FANTÔMES

« A Christmas Carol » est le conte de Noël par excellence, l’histoire qu’il faut adapter sur un rythme régulier pour pouvoir la remettre sans cesse au goût du jour et la faire redécouvrir à toutes les générations de jeunes spectateurs pendant les fêtes de fin d’année. Écrite en 1843 par Charles Dickens, cette fable atemporelle a été montée sur les planches un nombre incalculable de fois et portée à l’écran dès 1901. À partir du 25 décembre 1934, l’acteur Lionel Barrymore interprète le personnage principal, Scrooge, pour une adaptation radio qui sera rejouée tous les ans. Lorsque le studio MGM prépare une nouvelle version filmée du conte, c’est logiquement Barrymore qui est envisagé dans le rôle principal. Mais le comédien souffre alors de crises d’arthrite et doit se désister, cédant sa place à Orson Welles pour la représentation radiophonique et à son ami Reginald Owen pour le film. Il prête tout de même sa voix à la bande-annonce du long-métrage dont la réalisation est confiée à Edwin L. Marin. La version de 1938 présente la particularité de réunir pour la première (et unique) fois trois membres de la famille d’acteurs Lockhart : Gene dans le rôle du comptable Bob Cratchit, sa femme Kathleen dans celui de son épouse et leur fille June qui interprète la jeune Belinda. Pour une œuvre célébrant les valeurs familiales, on ne pouvait rêver mieux !

Étant donnée la courte durée du film (69 minutes) et la volonté d’attirer le public le plus large, certains des aspects les plus sombres de l’histoire originale sont volontairement passés sous silence et plusieurs péripéties et personnages secondaires évacués du scénario. L’histoire se situe toujours dans le Londres du 19ème siècle, la veille de Noël, et s’intéresse donc au vieux Ebenezer Scrooge. Pingre, méfiant, antipathique, grincheux et acariâtre, l’homme a tout pour plaire ! Son interjection préférée est « humbug », qu’on pourrait traduire par « foutaises ». Tout ce qui ne touche pas directement aux activités commerciales, aux affaires sérieuses et à l’amassement d’argent n’a aucun intérêt à ses yeux. Autant dire que les fêtes de Noël lui passent largement au-dessus de la tête. Il dirige avec autorité une échoppe d’usurier, martyrise son employé Bob Cratchit et passe seul toutes ses soirées, y compris celle du 24 décembre. Mais ce soir-là, quelque chose d’imprévu survient dans sa grande maison sinistre : plusieurs spectres s’invitent à tour de rôle chez lui et s’apprêtent à bouleverser sa vie…

Fantômes et bons sentiments

Dès son entrée en matière, A Christmas Carol nous offre de jolies images d’Épinal de l’Angleterre hivernale des années 1800. La neige s’écoule au-dessus des rues commerçantes, les hommes en haut de forme croisent les vendeurs ambulants, les enfants jouent dans la rue devant les carrioles et les chevaux. Bref, ce sont de véritables cartes postales d’époque qui semblent prendre vie sous nos yeux. La féerie s’invite lorsque Scrooge et le fantôme des Noëls passés (une fille charmante aux allures de fée incarnée par Ann Rutherford) s’envolent au-dessus de la ville et revisitent l’enfance du vieil homme. Les autres spectres sont celui de l’ancien associé de Scrooge (Leo G. Carroll, futur personnage récurrent de la série Des agents très spéciaux), le fantôme des Noëls présents (Lionel Braham, campant une sorte de mixage entre Zeus et le Père Noël) et celui des Noëls futurs (une sinistre silhouette encapuchonnée qui évoque la mort). La mise en scène laisse entendre que ces esprits pourraient bien être imaginaires, nés de la mauvaise conscience de Scrooge. Après chaque entrevue avec un fantôme, il se retrouve en effet seul dans son lit, s’agitant dans le vide… Et si c’était un rêve ? Certes, A Christmas Carol est dégoulinant de bons sentiments, moralisateur à outrance, gorgé de sermons et de chants religieux. Mais finalement, un peu de guimauve pour un conte de Noël, quoi de plus normal ? Edwin L. Marin continuera par la suite à réaliser une grande quantité de longs-métrages, parmi lesquels le sympathique Homme invisible contre la gestapo.

 

© Gilles Penso

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MYSTÈRE À VENISE (2023)

Kenneth Branagh reprend la moustache d’Hercule Poirot pour mener l’enquête dans un palais vénitien hanté par d’étranges fantômes…

A HAUNTING IN VENICE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Kenneth Branagh

 

Avec Kenneth Branagh, Camille Cottin, Jamie Dornan, Tina Fey, Jude Hill, Ali Khan, Emma Laird, Kelly Reilly, Michelle Yeoh, Riccardo Scamarcio, Amir El-Masry

 

THEMA FANTÔMES I TUEURS

Avec Le Crime de l’Orient-Express (2017) et Mort sur le Nil (2022), le scénariste Michael Green et le réalisateur Kenneth Branagh s’étaient employés à remettre au goût du jour deux grands classiques d’Agatha Christie. Pour leur troisième incursion dans l’univers de la célèbre romancière, les duettistes changent leur fusil d’épaule et s’attaquent à un roman moins connu, « Hallowe’en Party », publié en 1969 et sorti d’abord en France sous le titre « La Fête du potiron » avant d’être rebaptisé « Le Crime d’Halloween ». C’est l’occasion pour Branagh d’emprunter les voies du cinéma d’épouvante qu’il avait déjà foulées à l’occasion de Dead Again et Frankenstein. Pour autant, le cinéaste ne considère pas tout à fait Mystère à Venise comme un film d’horreur mais plutôt comme un « thriller surnaturel ». Au vu du résultat, on ne saurait lui donner tort. Conformément à ce qu’il annonçait à la fin de Mort sur le Nil, le moustachu Hercule Poirot a pris sa retraite et coule désormais des jours tranquilles à Venise. Pour éviter d’être harcelé par des hordes de gens désireux de le voir résoudre toutes sortes d’enquêtes, l’ex-détective s’offre les services de Vitale Portfoglio (Riccardo Scamarcio), un ancien policier devenu garde du corps. « Le dragon à ma porte », comme il aime le surnommer.

Le jour d’Halloween, Poirot reçoit la visite d’Ariadne Oliver (Tina Fey), auteur à succès de romans policiers qui semble être une sorte d’alter-ego caricatural d’Agatha Christie elle-même, preuve que l’écrivaine ne manquait pas d’auto-dérision. Celle-ci parvient à convaincre notre homme de venir assister à une fête d’Halloween dans un vieux palais vénitien appartenant à l’ancienne chanteuse d’opéra Rowena Drake (Kelly Reilly). Cette soirée organisée pour les enfants sera suivie d’une séance de spiritisme au cours de laquelle Rowena espère entrer en contact avec l’esprit de sa défunte fille Alicia. La séance sera menée par la médium Joyce Reynolds (Michelle Yeoh) que la romancière soupçonne d’être un charlatan. Elle demande donc à Poirot de l’aider à la démasquer et à prouver que ses soi-disant communications avec les esprits sont truquées. Le détective étant cartésien par nature, ce débusquage semble acquis. Mais une série d’événements étranges commence à bousculer les convictions de l’enquêteur, dans ce palais à l’atmosphère lugubre qui serait selon la légende hanté par les fantômes d’orphelins abandonnés après une épidémie ayant frappé la ville. « Les histoires effrayantes rendent la vie moins effrayante » dit l’écrivaine qui finit elle aussi par se troubler face à une série de manifestations paranormales…

« Toutes les maisons sont hantées ou maudites »

Situer ce récit spectral dans la cité des Doges a quelque chose de logique, comme si cette ville engloutie qui servait de cadre au glaçant Ne vous retournez-pas était déjà un vestige du passé. « À Venise, on dit que toutes les maisons sont hantées ou maudites » dit d’ailleurs le garde du corps de Poirot en début de film, alors qu’ils traversent nuitamment les canaux de la ville sur des gondoles sinistres ayant perdu tout caractère romantique. Dans le très beau décor du palais décrépit dont on sent la grandiloquence passée, Kenneth Branagh prend visiblement beaucoup de plaisir à décliner les lieux communs du genre. Les lustres tombent, les ampoules éclatent, le tonnerre gronde, les fenêtres s’ouvrent, les portes claquent, les chants d’enfants résonnent, les visions furtives apparaissent dans les miroirs, les ombres passent en coup de vent, bref toute la panoplie du film de fantômes est convoquée avec une certaine efficacité, certes, mais sans grande nouveauté. Rien ne semble avoir changé depuis Le Chat et le canari de 1927 qui mêlait déjà les codes de l’enquête policière avec ceux du film de maison hantée. Comme en outre Branagh utilise de manière un peu trop systématique les plongées, les contre-plongées, les cadrages obliques ou les grands-angles pour évoquer l’étrangeté, sa démarche finit par nous sembler un peu trop artificielle pour convaincre. L’aspect le plus intéressant du film est son jeu permanent sur l’opposition entre la supercherie et le surnaturel. Chaque fois qu’une cause rationnelle justifie un phénomène d’allure paranormale, elle est déjouée par une autre manifestation inexpliquée, jusqu’à ce que les personnages – et les spectateurs – ne sachent plus quoi croire. Et si le mystère finit par se désépaissir en fin de métrage, un certain doute subsiste… Jusqu’à un épilogue très ouvert qui laisse imaginer d’autres aventures de l’infatigable Hercule Poirot.

 

© Gilles Penso

 

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L’INCROYABLE ALLIGATOR (1980)

Ne jetez pas les bébés alligators dans les toilettes : ils peuvent se transformer en monstres géants avides de chair humaine !

ALLIGATOR

 

1980 – USA

 

Réalisé par Lewis Teague

 

Avec Robert Forster, Robin Riker, Michael Gazzo, Jack Carter, Dean Jagger, Sydney Lassick, Perry Lang, Sue Lyon, Henry Silva, Bart Braveman

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES

Auteur du scénario de Piranhas, John Sayles conserve le même ton et les mêmes thématiques avec cet Incroyable alligator jonglant volontiers entre le premier et le second degré et payant son tribut aux Dents de la mer. Sayles est d’ailleurs très occupé en cette année 1980, puisqu’il écrit en même temps le script des Mercenaires de l’espace et de Night Skies, un projet de Steven Spielberg qui sera finalement abandonné au profit de E.T. l’extra-terrestre. Envisagé pour mettre en scène L’Incroyable alligator, Joe Dante prépare à l’époque Hurlements et cède donc le pas à Lewis Teague, réalisateur de deux films policiers et d’une poignée d’épisodes de séries TV. L’Incroyable alligator puise son inspiration dans une célèbre légende urbaine et commence sans s’embarrasser de longs préambules. Pas du tout refroidie par l’accident auquel elle assiste pendant un spectacle dans une ferme aux crocodiles, et qui manque de coûter la vie à l’un des dresseurs, une petite fille insiste auprès de sa mère pour acheter un bébé alligator. Son père, exaspéré, jette l’animal dans les WC. Douze ans plus tard, le reptile, qui s’est acclimaté au monde souterrain où il trouve sa pitance, a bien grandi, alimenté par un laboratoire qui jette clandestinement dans les égouts des cadavres de chiens sur lesquels on expérimente de nouvelles hormones. Dès lors, un monstre plus gros qu’une voiture hante les sous-sols de la ville et dévore tout ce qui lui tombe sous la dent…

Marqué par la mort de son ancien co-équipier, le policier David Madison (Robert Forster) est chargé d’enquêter sur la série de disparitions mystérieuses qui frappe la ville et sur les morceaux de cadavres qu’on découvre près des égouts. Or un autre de ses collègues meurt justement pendant leurs investigations. Madison annonce à qui veut l’entendre que le coupable est un alligator géant, mais personne ne croit à sa thèse, jusqu’à ce qu’un journaliste trop curieux ne prenne lui-même des photos dans les égouts. Si ce reporter finit dévoré, sa pellicule lui survit. Et face aux clichés, il faut se rendre à l’évidence : un monstre à écailles rôde sous la terre. Après que l’armée ait organisé une battue en vain, le film troque l’influence des Dents de la mer contre celle de Godzilla. Car au cours d’une séquence nocturne d’anthologie, l’alligator défonce le pavé et s’extirpe du sous-sol, attaquant les habitants à la surface. Très ingénieux, les trucages alternent un véritable saurien dans des décors miniatures (facilement repérables mais très soignés) et un alligator mécanique grandeur nature franchement réussi (surnommé « Ramon » par l’équipe du film, et ensuite offert à l’équipe de basket-ball des Florida Gators de l’Université de Gainesville).

Les dents de la terre

L’ombre des Dents de la mer reste malgré tout très présente. Car au-delà du monstre tapi dans l’ombre qui referme sa mâchoire sur tout ce qui bouge, le trio vedette du film est lui-même calqué sur celui du classique de Spielberg : le flic qui veut en découdre (Forster prenant donc la relève de Roy Scheider), le jeune membre de la communauté scientifique (ici une belle herpétologue incarnée par Robin Riker dont notre policier finit par s’enticher) et le chasseur bourru et imbu de lui-même (joué par Heny Silva, qui s’amuse à imiter suavement le cri des alligators devant les journalistes !). Lewis Teague ménage quelques séquences d’humour satirique délectables, comme le merchandising sauvage organisé autour d’une scène de crime, où les marchands ambulants proposent des sauriens en plastique, des peluches et même des bébés alligators. Le film ne s’interdit pas non plus quelques références à « Moby Dick », le protagoniste n’ayant bientôt plus d’autre but que de tuer la bête pour chasser ses propres démons, quitte à démissionner de la police pour continuer son combat « en free-lance ». Seul petit regret dans ce très sympathique monster-movie : l’absence de James Horner, qui écrivit pourtant la bande originale du film, mais qu’une grève empêcha d’enregistrer, cédant donc le pas au compositeur Craig Huxley. Véritable starting-block, L’Incroyable Alligator permit à son réalisateur de se voir confier quelques films de genre remarqués dans les années 80, notamment Cujo, Cat’s Eye et Le Diamant du Nil.

 

© Gilles Penso

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FIVE NIGHTS AT FREDDY’S (2023)

Un gardien de nuit est chargé de veiller sur une pizzera désaffectée dans laquelle se dressent d’inquiétantes figurines animatroniques…

FIVE NIGHTS AT FREDDY’S

 

2023 – USA

 

Réalisé par Emma Tammi

 

Avec John Hutcherson, Piper Rubio, Elizabeth Lail, Mary Stuart Masterson, Matthew Lillard, Kat Conner Sterling, David Lind, Christian Stokes, Joseph Poliquin

 

THEMA OBJETS VIVANTS

C’est le 8 août 2014 que sort la première mouture du jeu vidéo « Five Nights at Freddy’s » imaginé par Scott Cawthon, gros succès de « survival horror » qui donnera naissance à plusieurs suites. Dès l’année 2015, le cinéma s’intéresse à une adaptation du jeu par l’entremise du studio Warner Bros. C’est alors Gil Kenan (Monster House, Poltergeist version 2015) qui est envisagé à la mise en scène. Mais la production prend du retard, le projet n’avance pas et Kenan se retire. En 2017, la compagnie Blumhouse prend le relais et propose la réalisation à Chris Columbus (Harry Potter, Percy Jackson). Les préparatifs continuent à traîner, laissant le temps à un projet concurrent de sortir sur les écrans : Willy’s Wonderland. Ce film dingue réalisé par Kevin Lewis, avec Nicolas Cage en tête d’affiche, n’est pas une adaptation officielle de « Five Nights at Freddy’s » mais reprend une grande partie de son concept, oscillant entre l’horreur et la comédie et générant un petit culte autour de son grain de folie joyeusement absurde. De fait, lorsque Five Night at Freddy’s finit enfin par se concrétiser, sous la direction de la réalisatrice Emma Tammi, le film sent déjà un peu le réchauffé et le déjà vu.

Five Nights at Freddy’s s’intéresse à Mike Schmidt (John Hutcherson), agent de sécurité dans un centre commercial qui perd son emploi après avoir agressé un père négligent qu’il avait pris pour un kidnappeur. Son comportement violent est justifié par un traumatisme d’enfance qui nous sera révélé en cours d’intrigue. Son conseiller d’orientation professionnelle propose à Mike un emploi de gardien de nuit chez Freddy Fazbear’s Pizzeria, un centre de divertissement familial autrefois prospère mais aujourd’hui abandonné. D’abord réticent, Mike finit par accepter l’offre lorsque les services sociaux menacent de lui retirer la garde de sa jeune sœur Abby (Piper Rubio) et de la confier à leur sinistre tante Jane (Mary Stuart Masterson) qui souhaite toucher les mensualités liées à la garde de la fillette. Ce boulot de gardien de nuit chez Freddy’s ne semble pas particulièrement compliqué. Mais dans les coulisses se cachent plusieurs mascottes aux allures de grands animaux en peluche animatroniques qui ne demandent qu’à revenir à la vie…

Animatronics Attack

Totalement délirant, le concept du film est résumé à mi-parcours par Mike en ces termes : « Des enfants fantômes qui possèdent des robots géants ! » Nous sommes donc légitimement en droit d’espérer un film d’horreur excessif s’octroyant une pleine liberté de ton. Or Five Nights at Freddy’s a du mal à trouver sa tonalité. Malgré le caractère absurde des monstres, les mécanismes de peur sont ici traités au premier degré et s’avèrent pour la plupart totalement inefficaces. Comme en outre le film met la pédale douce sur le gore et ne fait pas spécialement rire, on se perd en conjectures sur le public visé. Car Emma Tammi se prend très au sérieux, s’attachant à décrire en détail les états d’âme, les traumas, les émotions et les sentiments de ses protagonistes. Certes, John Hutcherson (que nous avions découvert enfant dans Zathura puis adolescent dans Voyage au centre de la Terre) se révèle convaincant sous la défroque de ce loser insomniaque à la dérive, et la relation complexe qu’il entretient avec sa jeune sœur a quelque chose de touchant. Mais ce travail de caractérisation semble totalement inapproprié dans un tel film, d’autant que d’autres personnages (comme la femme-flic incarnée par Elizabeth Lail) n’ont aucune épaisseur et se comportent au mépris de toute logique. On ne sait donc pas vraiment sur quel pied danser et comment appréhender ce film bancal. Willy’s Wonderland avait au moins le mérite d’opter pour un parti pris, si invraisemblable soit-il. Five Night at Freddy’s finit donc par nous laisser indifférents, malgré le travail intéressant réalisé par les artistes de l’atelier Jim Henson sur les créatures animatroniques.

 

© Gilles Penso

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THE POD GENERATION (2023)

Dans le futur, les femmes n’auront plus besoin d’être enceintes ou d’accoucher pour avoir un bébé : on n’arrête plus le progrès !

THE POD GENERATION

 

2023 – BELGIQUE / FRANCE / GB

 

Réalisé par Sophie Bathes

 

Avec Emilia Clarke, Chiwetel Ejiofor, Vinette Robinson, Veerle Dejaeger, Lamara Stridjhaftig, Emma De Poot, Kyoung Her, Karel Van Cutsem, David Beelen

 

THEMA FUTUR I MÉDECINE EN FOLIE

Après avoir réalisé la comédie fantastique Âmes en stock (avec Paul Giamatti) et une version personnelle de Madame Bovary (avec Mia Wasikowska), Sophie Barthes s’intéresse au rapport complexe à la maternité qu’entretient un couple de new-yorkais dans un monde futur très proche du nôtre. Ce troisième long-métrage, une co-production entre la Belgique, la France et le Royaume Uni, met en scène Emilia Clarke (la « reine des dragons » de Game of Thrones) et Chiwetel Ejiofor (le héros de 12 Years a Slave). Par sa nature même, c’est déjà un film atypique. Dans la cité d’anticipation de The Pod Generation, les assistants virtuels sont partout, commentant nos gestes et nos humeurs, prodiguant sans cesse des conseils, préparant les repas et les loisirs de chacun. La productivité des salariés est désormais mesurée par des algorithmes, les thérapeutes ne sont plus des humains, les forêts sont majoritairement holographiques, l’air frais se consomme dans les bars, l’éducation n’est plus financée par le gouvernement et – petite nouveauté qui va bouleverser bien des habitudes – on peut désormais se passer de grossesse et d’accouchement pour faire des bébés !

« Confiez-nous la phase la plus contraignante et profitez de vos bébés » affirme avec jovialité le patron de la toute puissante entreprise Pegazus qui commercialise les pods, des œufs synthétiques connectés qui abritent les embryons pendant neuf mois jusqu’à leur naissance. Toutes les campagnes marketing de Pegazus vantent les mérites d’une société où la femme pourra enfin continuer à s’épanouir professionnellement sans avoir à subir les inconvénients d’une grossesse. Rachel (Emilia Clarke), pleinement intégrée dans une entreprise où elle ne cesse de démontrer son efficacité, est fortement tentée par l’option du pod mais n’ose pas en parler à son mari Alvy (Chiwetel Ejiofor). Car ce dernier est en parfait décalage avec la tournure qu’est en train de prendre le monde. Il est botaniste, s’intéresse à la terre, aux plantes, aux feuilles et aux arbres. Lorsqu’elle apprend quel est le métier d’Alvy, la DRH de Rachel fait la grimace avant d’avancer : « je suppose donc que vous êtes la source principale des revenus du foyer ? » Dans cette société moderne où l’intelligence artificielle est partout, l’amour de la nature n’est pas un atout mais plutôt un vestige obsolète du passé. Comment Alvy réagira-t-il en apprenant que Rachel s’est inscrite sur une liste d’attente chez Pegazus et vient d’être admise pour acquérir son précieux pod ?

Contre-nature

Parfaitement dans l’air du temps, The Pod Generation soulève les problématiques de son temps. « Le progrès ne rend personne superflu, il nous complète » s’entend ainsi dire une salariée qui s’inquiète de voir des machines intelligentes se substituer peu à peu à ses collègues. Sophie Barthes s’efforce de filmer cet univers aseptisé avec un maximum de naturalisme, sans jamais insister sur les éléments de science-fiction qui sont donc intégrés comme des composantes banales de l’environnement et de l’intrigue. Mais il est évident que ce futur proche est une dictature douce et sans douleur, un totalitarisme insidieux qui ne dit pas son nom. La déshumanisation s’y installe tranquillement, derrière les sourires commerciaux des grands patrons qui prétendent ne vouloir que le bien de leurs semblables. The Pod Generation s’appuie sur la performance très convaincante de ses acteurs principaux qui se prêtent au jeu comme dans une comédie dramatique « traditionnelle » et renforcent la crédibilité de cet avenir décidément très plausible. Dommage que le scénario peine à exploiter pleinement ses prémices fascinantes. L’hymne à la nature finit par se révéler trop démonstratif et la résolution déçoit par sa simplicité et son absence de prise de risques. Il manque clairement au film un dernier acte digne de ce nom, et l’on en vient à se demander si un tel sujet n’aurait pas eu plus d’impact sur un format plus court… dans un épisode de Black Mirror par exemple.

 

© Gilles Penso


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KRONOS, LE CONQUÉRANT DE L’UNIVERS (1957)

Après la chute d’un astéroïde sur Terre, une gigantesque machine extra-terrestre surgit pour vider notre planète de toute son énergie…

KRONOS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Kurt Neumann

 

Avec Jeff Morrow, Barbara Lawrence, John Emery, George O’Hanlon, Morris Ankrum, Kenneth Alton, John Parrish

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Kronos fait partie d’une série de films de science-fiction à tout petit budget produits dans les années 50 par le studio 20th Century Fox. Signé Lawrence L. Goldman (auteur de nombreuses séries TV entre 1950 et 1956) et Irving Block (qui écrivit l’histoire originale de Planète interdite), le scénario plait tant à Spyros Skouras, président à l’époque de la Fox, que le film entre très rapidement en production. Mais le budget alloué à Kronos n’excède pas les 160 000 dollars. On sollicite donc un cinéaste vétéran, Kurt Neuman, alors signataire de cinquante-cinq longs métrages dont quatre Tarzan. Charge à lui de boucler ce film ambitieux en deux semaines de tournage avec du système D et quelques effets spéciaux astucieux.  Quand Kronos commence, nous découvrons qu’un astéroïde aux allures de soucoupe volante traverse l’espace et projette une lueur mouvante qui atterrit sur la Terre, en plein désert. Un automobiliste qui passe par là est aveuglé par la lumière et se conduit dès lors comme un zombie. Il pénètre dans un laboratoire gouvernemental d’astrophysique, assomme le gardien, puis vient à la rencontre du directeur du centre, le docteur Hubbell Eliot (John Emery). L’énergie lumineuse qui le possède passe aussitôt dans le corps d’Eliot, laissant le corps de l’automobiliste sans vie.

La salle des ordinateurs de ce laboratoire d’un autre âge possède des unités centrales grandes comme des réfrigérateurs et des bandes magnétiques qui tournent, le tout dans une pièce immense. Les spectateurs les plus attentifs reconnaîtrons des éléments de décor du Jour où la Terre s’arrêta habilement recyclés. L’ordinateur principal de ce centre scientifique est surnommé Susie (acronyme formé à partir de Synchro Unifying Sinometric Integrating Equitensor). Après avoir ingurgité beaucoup de dialogues pseudo-scientifiques, nous apprenons que l’astéroïde, surnommé M47 par les scientifiques, menace de heurter la Terre. L’armée prépare donc des missiles à tête nucléaire pour le détruire avant la collision. Mais ils sont inefficaces. Après que l’astéroïde se soit crashé dans le Pacifique, près des côtes mexicaines, une gigantesque machine extra-terrestre surgit des eaux, du haut de ses trente mètres. Avec ses allures de double cube noir monté sur des colonnes et surplombé par un dôme duquel émergent deux antennes, le monstre de métal avance avec pour objectif de vider la Terre de toute son énergie afin de la transférer sur une planète qui en a besoin. Le scientifique Leslie Gaskell (Jeff Morrow) le compare bientôt au géant Kronos de la mythologie grecque. D’où le titre du film.

Le monstre de métal

Irving Block ne se contente pas d’être co-scénariste du film, il est aussi superviseur des effets visuels avec ses compères Jack Rabin et Louis DeWitt. Pour contourner les contraintes budgétaires, ils sollicitent une maquette miniature en stop-motion pour donner vie à la machine géante. Les colonnes qui lui servent de pied se lèvent et se baissent donc pour évoquer un mouvement mécanique de vérin, tandis que jaillit de la fumée incrustée. Ces plans simples et efficaces sont animés par le vétéran Gene Warren (Les Monstres de l’île en feu, Jack le tueur de géants, Les Amours enchantées, La Machine à explorer le temps, Les Aventures de Tom Pouce). L’impact de ces séquences furtives est accru par l’usage de décors miniatures (paysages rocheux, centrale électrique) et d’effets rotoscopiques pour visualiser les décharges d’énergie. Le concept du film est suffisamment fort pour nous faire oublier sa cruelle absence de moyens. On lèvera en revanche un sourcil d’exaspération face à cette vision archaïque de la relation hommes-femmes typique de l’Amérique des années 50, malgré l’image de femme moderne que Vera (Barbara Lawrence) essaie de faire transparaître. D’ailleurs, lorsqu’elle demande à son prétendant s’il veut l’épouser, ce dernier lui demande d’abord si elle sait coudre et faire la cuisine ! Kronos est sorti en double-programme avec She Devil, également réalisé par Kurt Neuman qui allait diriger dans la foulée un futur classique de la SF : La Mouche noire.

 

© Gilles Penso


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BLANCHE NEIGE (2012)

Julia Roberts et Lily Collins s’affrontent dans cette réinterprétation du conte des frères Grimm mise en scène par l’esthète Tarsem Singh

MIRROR MIRROR

 

2012 – USA

 

Réalisé par Tarsem Singh

 

Avec Julia Roberts, Lily Collins, Armie Hammer, Nathan Lane, Jordan Prentice, Mark Povinelli, Joe Gnoffo, Danny Woodburn, Sebastian Saraceno, Martin Klebba

 

THEMA CONTES

Lorsqu’on lui propose d’incarner la méchante reine dans une énième version de « Blanche Neige », Julia Roberts ne se montre pas particulièrement enthousiaste, mais elle se ravise en apprenant le nom du réalisateur. L’univers visuel unique en son genre déployé dans les films de Tarsem Singh (The Cell, The Fall, Les Immortels) la séduit au plus haut point. Elle est d’ailleurs le premier et unique choix du réalisateur. Trouver l’interprète de Blanche Neige est moins simple. C’est d’abord Saoirse Ronan (Lovely Bones) qui est envisagée, mais elle est jugée trop jeune. Contactée dans la foulée, Felicity Jones (Rogue One) passe son tour. C’est finalement Lily Collins, fille du célèbre Phil (avec qui elle travailla sur le Tarzan de Disney en prêtant sa voix au bébé singe), qui hérite du rôle. L’entrée en matière montre la reine actionner un praxinoscope pour voir s’animer une fleur, ce qui nous ramène aux origines mêmes du cinéma (un médium dans lequel Tarsem ne cesse de s’épanouir). Puis ce sont les premiers pas de Blanche Neige qui nous sont racontés, sous forme d’un faux film de marionnettes (conçu en images de synthèse) trouvant quant à lui ses sources d’inspiration dans certaines œuvres féeriques du cinéma d’Europe de l’Est. Ce flash-back est narré par la voix cynique de la souveraine. « Ceci est mon histoire, pas la sienne », s’empresse-t-elle de dire, ce que le titre original semble vouloir confirmer en utilisant l’une des répliques les plus célèbres du personnage (« Miroir, miroir »), mais que le titre français occulte pour se contenter d’un banal Blanche Neige.

La mégalomanie de la reine prend dès l’entame des proportions exubérantes qui nous transportent dans un univers décalé à la lisière des Monty Pythons et de Mel Brooks (notamment avec cette partie d’échecs reconstituée à échelle humaine devant son trône ridiculement tape à l’œil). Une fois n’est pas coutume, Julia Roberts semble prendre un plaisir fou à jouer les méchantes. Voilà en tout cas un rôle qui lui sied bien mieux que celui de la fée clochette dans Hook. Les dons d’esthète de Tarsem – sa marque de fabrique pourrait-on dire – s’adaptent fort bien à l’univers du conte de fée, chaque plan donnant le sentiment de s’être échappé d’un livre illustré pour prendre vie à l’écran. Certaines réinventions se révèlent singulières, comme le fameux miroir que la reine n’atteint qu’après avoir traversé une paroi liquide qui la transporte dans un monde parallèle aquatique où son reflet refuse obstinément de vieillir, ce qui n’est pas sans évoquer (de manière inversée) le mythe du portrait de Dorian Gray. La magie prend d’ailleurs des tournures inhabituelles dans cette version de Blanche Neige, à l’image de ces pantins de bois géants qui attaquent nos héros, manipulés à distance par le reflet de la reine, ou de cette effrayante bête de la forêt échappée du folklore alpin (mi-dragon mi-démon) qui cache bien son jeu.

Sage déconstruction

Quelques scènes d’action burlesques ponctuent le métrage, comme le combat contre les brigands géants (qui sont en réalités des nains montés sur échasses !). L’inversion des rôles lors du fameux baiser « non consenti » s’avère tout aussi délectable. Le film semble ainsi vouloir jouer le jeu de la déconstruction du conte original, suivant la trace d’un Princess Bride ou d’un Stardust. Sans doute ne va-t-il pas assez loin dans cette démarche. Malgré certaines répliques invitant à la réinvention des lieux communs (« Il est temps de changer l’histoire » dit Blanche Neige, « Non, ces histoires ont fait leur preuve, elles ont été testées et approuvées » répond le prince), l’entreprise manque cruellement d’impertinence. D’autant que simultanément sortait sur les écrans un Blanche Neige et le chasseur beaucoup plus audacieux. Avec le talent visuel de Tarsem et son envie manifeste d’assumer le caractère absurde de plusieurs séquences, nous aurions pu rêver d’un grain de folie surréaliste à la Terry Gilliam, quelque part dans le sillage des Aventures du Baron de Munchausen. Nous en sommes loin hélas, malgré quelques fulgurances réjouissantes. Le film reste donc très sage, à l’image de son générique de fin coloré et joyeux, à mi-chemin entre Disney et Bollywood, où Lily Collins chante à tue-tête « I Believe in Love ».

 

© Gilles Penso

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SPHÈRE (1998)

Dustin Hoffmann, Sharon Stone et Samuel L. Jackson partent explorer un objet sphérique d’origine extra-terrestre enfoui sous les océans…

SPHERE

 

1998 – USA

 

Réalisé par Barry Levinson

 

Avec Dustin Hoffman, Sharon Stone, Samuel L. Jackson, Liev Schreiber, Peter Coyote, Queen Latifah, Marga Gomez, Huey Lewis, Bernard Hocke

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONSTRES MARINS

Le romancier-scénariste Michael Crichton étant devenu synonyme de succès depuis Jurassic Park, Twister et la série Urgences, tous ses romans se sont transformés l’un après l’autre en films, avec plus ou moins de bonheur. Publié en 1987 et considéré comme une source d’inspiration possible du Abyss de James Cameron, « Sphère » a donc connu à son tour les honneurs du grand écran sous la caméra de Barry Levinson, qui avait déjà adapté Crichton quelques années plus tôt en réalisant Harcèlements. Le scénario passe par de nombreuses étapes avant d’être définitivement rédigé par Paul Attanasio (Quizz Show, Donnie Brasco) que Levinson connaît bien puisque les deux hommes lancèrent en 1995 la série Homicide avant qu’Attanasio écrive le script de Harcèlements justement. Grâce à son aura, le réalisateur parvient à réunir un casting de rêve : Dustin Hoffmann (qu’il dirigea dans Rain Man), Sharon Stone (encore auréolée du succès de Basic Instinct), Samuel L. Jackson (qui tourne simultanément dans Jackie Brown pour Quentin Tarantino) mais aussi Liev Schreiber et Peter Coyote.

Tout commence par la découverte d’un gigantesque vaisseau spatial au fond des océans par l’armée qui, sous le commandement d’un officier aux intentions obscures (Coyote), met illico en place une équipe de scientifiques propre à prendre les mesures qui s’imposent face à une éventuelle présence extra-terrestre. Petit problème : le psychiatre qui mène l’équipe (Hoffman) n’est absolument pas formé pour une telle intervention, bien qu’il ait fait croire le contraire pour pouvoir publier un traité scientifique. Les autres membres du groupe qu’il a lui-même recommandés, une biochimiste (Stone), un mathématicien (Jackson) et astrophysicien (Schreiber), n’étant pas plus compétents dans le domaine des aliens, la mission est plutôt mal partie. A l’intérieur du vaisseau se trouve une immense sphère réfléchissante aux propriétés inconnues. Bientôt, les conditions climatiques s’aggravent, des monstres marins assiègent la station sous-marine et une inquiétante paranoïa naît au sein de l’expédition…

Le plongeon

Sphere démarre sur des chapeaux de roue et met immédiatement en évidence ses indiscutables qualités formelles : une mise en scène millimétrée, des acteurs convaincants, une très belle partition d’Elliot Goldenthal, une photo soignée d’Adam Greenberg (Terminator) renforçant le caractère claustrophobique des lieux… Tout part donc sous les meilleurs auspices. Le sentiment d’angoisse et d’inquiétude qui s’installe peu à peu reste extrêmement efficace, ponctué de séquences choc comme l’attaque d’un des membres de l’équipage par des méduses géantes, ou le surgissement de serpents marins agressifs. Mais peu à peu, il nous semble percevoir une indécision sur le chemin qu’emprunte le film. Partagé entre sa tendance à aborder le sujet sous un angle avant tout psychologique (ces monstres du subconscient évoquent Planète interdite et Event Horizon) et son envie d’inscrire le récit dans un cadre visuellement spectaculaire, Sphère semble ne plus trop savoir ce qu’il veut nous raconter. Les nombreuses mésententes entre la production (cherchant à tout prix à réduire le budget quitte à dénaturer le film en cours de préparation) et Barry Levinson (parti tourner un film plus modeste avec Dustin Hoffman et Robert de Niro, Des hommes d’influence, le temps de trouver un accord définitif avec Warner Bros) n’aident évidemment pas Sphère qui trahit par son manque de cohérence et de fluidité les luttes intestines qui présidèrent à sa création. Reste donc un film ambitieux, prometteur et frustrant qui n’est sans doute que l’ébauche de ce qu’il aurait vraiment dû être.

 

© Gilles Penso


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17 ANS ENCORE (2009)

Zac Efron et Matthew Perry incarnent le même homme à vingt ans d’intervalle dans ce conte fantastique qui cultive le comique de situation…

17 AGAIN

 

2009 – USA

 

Réalisé par Burr Steers

 

Avec Zac Efron, Matthew Perry, Leslie Mann, Thomas Lennon, Tyler Steelman, Allison Miller, Sterling Knight, Michelle Trachtenberg, Adam Gregory, Hunter Parrish

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Le concept de 17 ans encore n’est pas nouveau. Cette histoire d’un homme de 37 ans redevenant l’adolescent qu’il était vingt ans plus tôt reprend à l’identique celle du téléfilm Disney Young Again diffusé en 1986, avec un tout jeune Keanu Reeves dans l’un de ses premiers rôles. Les auteurs de ce script original sont Steven Hilliard Stern, David Steven Simon et Barbara Hall, qui ne sont bizarrement pas crédités au générique de 17 ans encore, son scénario étant uniquement attribué à Jason Filardi. Il s’agit pourtant clairement d’un remake. Les prémices évoquent aussi Big et 30 ans sinon rien, si ce n’est que cette fois-ci le processus est inversé : il n’est pas ici question d’un ado coincé dans le corps d’un adulte mais du contraire. On peut aussi penser à 18 again ! de Paul Flaherty, sorti en 1988, dans lequel un homme de 81 ans échangeait son corps avec son petit-fils de 18 ans, à Seventeen Again de Jeffrey W. Byrd et bien sûr à Retour vers le futur et Peggy Sue s’est mariée dont le film de Burr Steers reprend de nombreuses composantes. 17 ans encore part donc avec un sérieux handicap, celui de cultiver un effet de déjà-vu. Mais il a deux atouts de taille en poche : Zac Efron et Matthew Perry. Les deux acteurs, qui incarnent le même homme à vingt ans d’intervalle, permettent à cette comédie fantastique de sortir du lot… sans pour autant nous faire oublier ses nombreux prédécesseurs.

En 1989, Scarlet (Allison Miller), la petite amie de Mike O’Donnell (Zac Efron), athlète vedette de 17 ans, lui annonce qu’elle est enceinte, quelques instants avant le match de basket du championnat de son lycée qui devrait lui permettre de décrocher une bourse d’études. Mike joue les premières secondes du match avant de quitter le terrain pour aller chercher Scarlet, abandonnant ses espoirs d’aller à l’université et de faire une carrière prestigieuse. Vingt ans plus tard, Mike a 37 ans et le visage de Matthew Perry. Il trouve sa vie stagnante et ennuyeuse, abandonnant tous les projets qu’il entreprend. Scarlet (Leslie Mann), sa femme et la mère de leurs deux enfants, a demandé le divorce. Mike touche alors le fond : il démissionne après avoir été écarté d’une promotion qu’il pensait mériter et s’éloigne de ses enfants lycéens. Un soir, sur la route, au milieu de la pluie, il tombe dans une sorte de vortex… et redevient adolescent. Cette métamorphose va-t-elle lui permettre de réparer ses erreurs ? Ce qu’il découvre grâce à son visage rajeuni le trouble au-delà de toute mesure et participe grandement aux ressorts comiques du film : sa femme essaie de refaire sa vie, sa fille s’est entichée du gars le plus idiot du lycée et son fils se considère comme un raté. Mike aimerait se comporter en époux et en père… Mais il n’a que dix-sept ans.

Seconde chance

Le personnage de Ned, le meilleur ami geek de Michael, est incarné par un Thomas Lennon en grande forme et permet quelques gags absurdes liés à son addiction à la culture populaire et en particulier à Star Wars (il dort dans un lit qui a la forme de l’aéroglisseur de Luke Skywalker et se défend avec un sabre laser). C’est aussi par lui que passera l’incontournable séquence d’explication du phénomène, qui prend ici une tournure forcément absurde. « Es-tu présentement ou as-tu déjà été auparavant un dieu viking, un vampire ou un cyborg qui voyage dans le temps ? » demande-t-il à son ami avec un sérieux imperturbable, avant d’avancer la théorie du sortilège et du guide spirituel. Le concept va assez loin, jusqu’à aborder le risque de basculement dans l’inceste (dans une version inversée de ce que nous voyons dans Retour vers le futur). L’absence de Matthew Perry pendant une grande partie du film est justifiée par le scénario mais se révèle frustrante, même si Zac Efron fait de son mieux (et souvent avec un talent indiscutable) pour imiter ses mimiques de jeu et sa diction. On aurait tout de même aimé voir plus régulièrement le héros sous sa forme adulte, par quelque stratagème de mise en scène que ce soit. Au-delà de toutes les références filmiques citées en tête de cette chronique, il faut d’ailleurs en ajouter une : la sitcom Second Chance, dans laquelle Matthew Perry faisait ses débuts de star à l’âge… de 17 ans ! Le sujet ? Un adulte revient dans le passé pour se confronter à l’adolescent qu’il était et effacer ses erreurs passées. Il est tout de même troublant qu’un tel sujet ait jalonné ces deux périodes charnières de la carrière de Matthew Perry, qui fera avec 17 ans encore ses adieux au cinéma. Il réapparaîtra dans plusieurs séries (notamment Mr Sunshine, The Good Wife, Go On, The Odd Couple) jusqu’à son décès en octobre 2023.

 

© Gilles Penso

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