BLUE BEETLE (2023)

Le jeune super-héros latino de l’univers DC fait ses premiers pas au cinéma dans un film sympathique à défaut d’être mémorable…

BLUE BEETLE

 

2023 – USA

 

Réalisé par Angel Manuel Soto

 

Avec Xolo Maridueña, Bruna Marquezine, Adriana Barraza, Damian Alcazar, Raoul Max Trujillo, Susan Sarandon, George Lopez, Belissa Escobedo, Harvey Guilen

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA DC COMICS

Le scarabée bleu aura eu plusieurs vies avant de trouver sa forme définitive dans les pages des comics DC. Créé par Charles Nicholas Wojtkowski et Will Eisner, il vit ses premières aventures dans Mystery Men Comics en 1939 sous les traits du policier Dan Garret, se muant en super-justicier grâce à un équipement dernier cri et des vitamines dopantes. Après le dépôt de bilan de l’éditeur Fox Feature Syndicate, Blue Beetle atterrit chez Charlton Comics qui le ressuscite au milieu des années 60 et réinvente ses origines. Dan Garret est désormais un archéologue devenu super-héros grâce à un objet magique d’origine égyptienne en forme de scarabée. Au début des années 80, c’est DC Comics qui récupère les droits du personnage après la fermeture de Charlton, mettant en avant deux autres personnages : l’inventeur Ted Kord, disciple de Dan Garrett, et l’adolescent Jaime Reyes, son successeur. C’est sur cette variante plus récente de l’histoire que s’appuie l’adaptation cinématographique confiée par Warner et le studio DC au cinéaste portoricain Angel Manuel Soto. Le crédo des films DC post-Zack Snyder étant l’humour et la légèreté (comme en témoignent Shazam, The Suicide Squad ou The Flash), c’est cette voie qu’emprunte naturellement Blue Beetle.

Le héros du film est donc Jaime Reyes (Xolo Maridueña), jeune diplômé de l’université de droit de Gotham qui revient dans sa ville natale de Palmera et retrouve sa famille volubile. Malgré la chaleur et la bonne humeur ambiante, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le père de Jaime a des problèmes cardiaques et les difficultés financières familiales les menacent d’une expulsion imminente. Acceptant un petit boulot d’agent d’entretien, Jaime fait la rencontre de Jenny Kord (Bruna Marquezine), membre d’une famille d’industriels fortunés dont la dirigeante, la redoutable Victoria Kord (Susan Sarandon), capitalise sur la vente d’armes ultrasophistiquées. Sa dernière trouvaille, un ancien artefact extraterrestre connu sous le nom de Scarab, va lui permettre de mettre au point le projet OMAC (One Man Army Corps), des exosquelettes biomécaniques capables de créer une armée de cyborgs indestructibles. Par un concours de circonstances rocambolesque, Jaime se retrouve en possession du Scarab et subit bientôt malgré lui une étrange mutation…

Beetlemania

L’entame du film nous séduit par sa fraîcheur et sa candeur. Cette famille latino est certes caricaturale et excessive, mais il est difficile de ne pas s’y attacher. On sent bien que cette simplicité ne va pas durer et que tôt ou tard les codes du film de super-héros vont s’inviter dans l’intrigue pour lui ôter tout ce qui pourrait faire son charme et son originalité. Et ça ne loupe pas. Dès que Jaime devient Blue Beetle, nous voilà face à un super-héros à mi-chemin entre Spider-Man et Iron Man qui se lance dans des combats musclés contre un adversaire possédant peu ou prou les mêmes capacités que lui, à grands renforts de doublures numériques en apesanteur et d’images de synthèse tous azimuts. Au-delà de l’inévitable effet de déjà-vu, le spectateur peine à s’impliquer dans les exploits du petit Scarabée dans la mesure où la nature même de ses pouvoirs nous échappe totalement. À la fois combinaison futuriste façon Tony Stark et symbiote extra-terrestre à la Venom, le costume dont il est revêtu semble à peu près capable de tout. Un peu blasés par ces démonstrations infographiques très modérément palpitantes, nous nous rabattons sur la famille Reyes qui reste diablement attachante. Certes, l’oncle complotiste Rudy (George Lopez) en fait des tonnes et se soustrait à toute logique (il devient en un clin d’œil virtuose de l’informatique, ingénieur et pilote de vaisseaux volants). Il n’empêche que c’est lui qui prononce les dialogues clés. Si sa réplique « l’univers t’a fait un don, à toi d’en faire bon usage » nous renvoie au crédo de Spider-Man, celle qui affirme « on va peut-être enfin avoir notre héros à nous » dit bien la volonté de positionner Blue Beetle comme représentant et défenseur d’une des minorités les plus importantes des Etats-Unis. A l’instar de Black Panther, fer de lance super-héroïque de la communauté afro-américaine, le scarabée bleu est donc le super-justicier mexicain que les latino-américains attendaient. C’est sa vocation principale. Mais il eut sans doute fallu un film mieux construit et moins bardé de clichés pour pleinement nous convaincre.

 

© Gilles Penso

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UNDER THE SHADOW (2016)

Dans le Téhéran des années 1980, une jeune mère et sa fille sont exposées aux affres de la guerre Iran-Irak… mais aussi à de redoutables démons…

UNDER THE SHADOW

 

2016 – GB / JORDANIE / QATAR

 

Réalisé par Babak Anvari

 

Avec Narges Rashidi, Avin Manshadi, Bobby Naderi, Arash Marandi, Aram Gashemy, Soussan Farrokhnia, Ray Haratian, Hamid Djavadan

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Ce film de terreur très efficace, qui évoque par moments le Dark Water de Hideo Nakata et le cinéma d’épouvante de James Wan, emprunte certes des mécanismes connus mais se les réapproprie avec panache, en s’appuyant sur une maîtrise indiscutable du hors champ, des effets sonores, du silence, bref de tout ce que le langage cinématographique offre comme latitude pour laisser s’installer une épouvante durable et intense. Ce travail d’orfèvre est d’autant plus remarquable que Babak Anvari réalise là son premier long-métrage, après une pratique intensive du format court pour « se faire les dents ». Financé avec des capitaux venus du Qatar, de la Jordanie et du Royaume Uni, Under the Shadow est tourné en langue perse et produit par la compagnie anglaise Wigwaw Films. Si l’intrigue se déroule en Iran (pays natal du réalisateur) le film est intégralement tourné en Jordanie. Under the Shadow se distingue avant tout par sa capacité à inscrire le fantastique dans un contexte historique, politique et social bien réel. Les phénomènes paranormaux n’interviennent d’ailleurs qu’après que les personnages et leurs problématiques tangibles nous aient été exposés.

En 1988, au cœur de la guerre qui oppose l’Iran et l’Irak, la condition de la femme à Téhéran est loin d’être idyllique. Empêchée de poursuivre ses études de médecine à cause de son implication dans un mouvement d’opposition étudiant, Shideh (Narges Rashidi) doit élever seule sa fille Dorsa (Avin Manshadi) pendant les bombardements incessants qui frappent la ville. Son époux médecin Iraj (Bobby Naderi), lui, est mobilisé sur le front. Malgré les protestations de ce dernier, Shideh décide de rester en ville au lieu de s’installer dans une région plus sûre du pays auprès de ses beaux-parents. Peu rassurée par ce climat de guerre permanent, la petite Dorsa se pelotonne contre sa poupée préférée Kimia, persuadée qu’elle pourra la protéger. Bientôt, un jeune garçon s’installe dans le voisinage. Ses parents ayant été tués pendant une attaque, il est désormais muet. Mais il semble cacher un lourd secret…

À l’ombre des démons

Faire intervenir des Djinns démoniaques en pareille situation aurait pu sembler incongru. Les monstres surnaturels ont-ils leur place dans un récit aussi tangible ? Mais les créatures mythiques ne se contentent pas de se juxtaposer à ce contexte historique et social. Elles s’y enracinent solidement et provoquent une terreur insidieuse, non seulement chez les deux protagonistes mais aussi auprès des spectateurs. La peur suscitée par les Djinns est d’autant plus efficace que le cinéaste décide de nous en montrer le moins possible, laissant l’imagination faire le plus gros du travail. Bien sûr, on ne peut s’empêcher d’apprécier la charge métaphorique de ce spectre aux allures de voile islamique attaquant sans relâche une femme musulmane moderne séduite par la culture occidentale, qui pratique la gymnastique devant son téléviseur et refuse les conseils de son mari au lieu de se soumettre comme le voudrait la tradition. Under the Shadow a fait la tournée des festivals, y remportant de nombreux prix à travers le monde avant d’être distribué sur de nombreux territoires.

 

© Gilles Penso


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THE CRATER LAKE MONSTER (1977)

Suite à la chute d’une météorite, un plésiosaure affamé surgit d’un lac pour croquer pêcheurs et touristes dans une petite ville américaine…

THE CRATER LAKE MONSTER

 

1977 – USA

 

Réalisé par William R. Stromberg

 

Avec Richard Cardella, Glenn Roberts, Mark Siegel, Bob Hyman, Richard Garrison, Kacey Cobb

 

THEMA DINOSAURES

Dans ce petit film indépendant au budget minuscule, estimé à moins de 20 000 dollars, le seul véritable intérêt réside dans les effets d’animation. Ces derniers donnent vie au monstre du titre, un plésiosaure qui n’apparaît à vrai dire que furtivement sur l’heure et quart que dure le film. William Stromberg, qui dirige là son premier et unique long-métrage, avait par le passé réalisé plusieurs films courts dans la même veine laissant la part belle aux créatures en stop-motion, notamment une adaptation intéressante de « A Sound of Thunder » de Ray Bradbury avec des dinosaures animés par un tout jeune Phil Tippett. Le scénario de The Crater Lake Monster, réminiscence des films de monstres des années 50, n’est donc qu’un vague prétexte pour mettre en scène son dinosaure aux pieds palmés (visiblement inspiré d’un des titans antédiluviens de Quand les dinosaures dominaient le monde). Alors que Dan (Richard Garrison), un paléontologue, et son assistante, Susan (Kacey Cobb), fouillent les environs du lac Crater à la recherche de traces de dinosaures, une météorite tombe justement au beau milieu de la lagune. Le jour suivant, le shérif, Steve (Richard Cardella), et les deux paléontologues constatent que l’eau du lac est bouillante.

Quelques mois plus tard, les membres d’un groupe de touristes entendent un grondement sourd au bord de l’eau. Arnie (Glenn Roberts) et Mitch (Mark Siegel), loueurs de bateaux, retrouvent une de leurs barques, prêtée à un pêcheur, vide et ensanglantée. Deux autres touristes sont retrouvés en état de choc. Lors d’une patrouille, Steve voit surgir du lac un plésiosaure. La bête est sortie d’un œuf préhistorique dont l’éclosion a été provoquée par la chute de la météorite à proximité. Dès lors, la créature détruit systématiquement tout ce qui se trouve sur son passage et se dirige vers la station de ski locale. Les autorités, qui se souviennent bien du climax de Dinosaurus réalisé dix-sept ans plus tôt, décident de placer face au monstre un chasse-neige géant, un final qui sera à nouveau imité dans le déplorable Carnosaur de Adam Simon quelque seize ans plus tard.

L’étrange créature du lac gris

Il faut bien avouer que le jeu des acteurs de The Crater Lake Monster est globalement exaspérant, notamment celui d’un duo à la Laurel et Hardy censé apporter une touche d’humour dans ce lac gris. Les effets visuels, eux, sont l’œuvre d’une belle brochette d’artistes dirigés par David Allen : Randy Cook (Le Seigneur des anneaux), Phil Tippett (Jurassic Park) et Jim Danforth (Jack le tueur de géants). Au beau milieu des plans animés vient s’intercaler quelque peu artificiellement une tête géante un peu trop figée dont les interventions se démarquent mal de celles du requin des Dents de la mer. La figurine d’animation, elle, est une belle réussite. « Si nous avons subi une influence dans le design de ce monstre, elle vient principalement du serpent avec lequel se battait King Kong », nous avouait David Allen. « Pour être franc, je ne me souviens pas de séquences d’animations particulièrement remarquables dans The Crater Lake Monster. Il doit y avoir à peine trois minutes d’animation en tout et pour tout dans le film » (1) Au moment de sa sortie, le film est annoncé avec des effets spéciaux en « Fantamation ». En réalité se dissimule derrière ce nom fantaisiste la fameuse technique de la Dynamation imaginée par Ray Harryhausen à l’époque du Monstre des temps perdus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

© Gilles Penso


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ATOR (1982)

À peine Conan le barbare sort-il sur les écrans que le cinéma bis italien s’empresse d’en produire une imitation cheap…

ATOR L’INVICIBILE

 

1982 – ITALIE

 

Réalisé par Joe D’Amato

 

Avec Miles O’Keeffe, Sabrina Siani, Ritza Brown, Edmund Purdom, Dakar, Laura Gemser, Alessandra Vazzoler, Nello Pazzafini, Jean Lopez, Olivia Goods

 

THEMA HEROIC FANTASY I ARAIGNÉES

Dans les années 70-80, le cinéma bis italien est le premier à se mettre en ordre de marche pour plagier à moindres frais les grands succès hollywoodiens du moment. Après la vogue des films post-apocalyptiques déclenchée par Mad Max 2 et New York 1997, voilà que Conan le barbare entre en scène, suscitant un attrait soudain pour les gros bras, les épées et les sortilèges. Aussitôt, Michele Soavi est embauché pour écrire une imitation bon marché autour du titre provisoire Fantasy. Il ne faut pas perdre une minute. Soavi n’est pas encore le réalisateur de Bloody Bird ou de Dellamorte Dellamore et se livre à ce travail de commande dans lequel il entraîne Marco Modugno, avec qui il collabora sur le drame Bambule en 1979. Lorsque le projet atterrit entre les mains du réalisateur Joe D’Amato (homme à tout faire ayant touché à tous les genres, notamment à l’horreur avec Blue Holocaust, Anthropophagous et Horrible), le scénario est revu de fond en comble. D’amato le réécrit avec José Maria Sanchez et embauche Miles O’Keeffe (qui se promenait en slip aux côtés de Bo Derek dans Tarzan l’homme-singe) pour tenir le rôle principal.

Après qu’une voix off sentencieuse ait tenté de nous expliquer le contexte de l’âge des ténèbres dans lequel se déroule le film, tandis que le montage enchaîne des images de jolies montagnes enneigées, une femme accouche d’un gros bébé bien dodu. Aussitôt, le tonnerre gronde et les éléphants barrissent. Ator est né ! Craignant la prophétie selon laquelle cet enfant va détruire son culte, le grand prêtre de l’araignée (qui passe le plus clair du film à caresser des tarentules) ordonne qu’on tue le bébé. Mais Ator est sauvé et recueilli par un couple modeste dans un village lointain. Devenu adulte, c’est désormais un grand gaillard musclé avec un bandeau de tennisman, un gilet en fourrure, un pantalon en cuir, des jambières poilues et une perruque invraisemblable. L’inceste ne l’inquiétant guère, il décide d’épouser sa sœur Sunya (adoptive, mais tout de même !). La cérémonie du mariage prend alors les allures d’un spectacle du Crazy Horse sans budget. Les hommes sont torse nus et se déhanchent comme s’ils se croyaient dans une version préhistorique du « Lac des Cygnes » tandis que les femmes en peaux de bêtes se livrent à de gracieuses arabesques au son des tams-tams. Ator et Sunya sont aux anges, des fleurs pleins les cheveux, mais la belle est bientôt kidnappée par les hommes du grand prêtre de l’araignée…

Un barbare barbant

Ce qui frappe très vite, dans Ator, c’est l’incroyable apathie de son personnage principal. Incapable de se battre correctement, refusant les affrontements chaque fois que c’est possible, il laisse généralement la belle amazone Roon (Sabrina Siani, émule de Sandahl Bergman dans Conan) croiser le fer à sa place. On pourrait naïvement attribuer cette tendance à une approche féministe du récit, mais il n’en est rien. De l’aveu même de Joe D’Amato, Miles O’Keeffe est incapable de tenir une épée ni de s’engager avec conviction dans la moindre séquence de bataille. Comme en outre l’ex-Tarzan est désespérément inexpressif, le seul intérêt de sa présence à l’écran se limite à sa plastique impeccable, malgré un look parfaitement risible. Parmi les séquences (involontairement) drôle du film, il faut citer l’intervention d’une belle sorcière (Laura Gemser, actrice fétiche de D’Amato) qui révèle soudain un visage hideux (via un maquillage qui semble avoir été réalisé avec un steak haché !), le combat d’Ator contre une araignée géante en peluche qui agite mollement ses pattes velues ou encore cette séquence idyllique finale où le couple gambade joyeusement dans les bois avec un petit ourson mignon alors que retentit une sirupeuse chanson pop. Quelques dialogues poétiques (« La terre tremble comme une vierge traînée sur le lit nuptial ! ») et une poignée de combats improbables (contre une ombre, contre des guerriers aveugles, contre des morts-vivants surexposés) achèvent de faire d’Ator un nanar délectable qui sera affublé de deux suites.

 

© Gilles Penso

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ROAD WARS (2015)

Comme à l’époque où les cinéastes bis du monde entier plagiaient Mad Max 2, Mad Max Fury Road a droit lui aussi à son imitation cheap…

ROAD WARS

 

2015 – USA

 

Réalisé par Mark Atkins

 

Avec Chloe Farnworth, Cole Parker, John Freeman, Philip Andre Botello, LaNell Cooper, Nikki Bohm, Jane Hae Kim, Marianne Bourg, Kelcey Watson

 

THEMA FUTUR I VAMPIRES

Mark Atkins est un réalisateur dont les qualités principales sont l’absence totale d’ambition artistique et la capacité à gérer des budgets anémiques. Aucun de ses films n’entrera donc dans les annales et sa spécialité est très vite devenue l’imitation « low cost » des grands succès du moment. Nous lui devons toutes sortes de séries B à la lisière du plagiat surfant sur les sorties d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (Allan Quatermain et le temple des crânes), de John Carter (Les Chroniques de Mars), de World Invasion : Battle Los Angeles (Battle of Los Angeles), de Prometheus (Alien Origin), de Jack le Chasseur de géants (G-War – La Guerre des géants) ou de Robocop (Android Cop). À l’annonce de la sortie imminente de Mad Max Fury Road, il était évident qu’Atkins allait se lancer dans son petit film post-apocalyptique, comme à la belle époque des Guerriers du Bronx, des Prédateurs du futur et autres Exterminateurs de l’an 3000. Le réalisateur s’empare donc du million de dollars que lui octroie son employeur habituel (la société de production The Asylum), de la douzaine de comédiens qu’il peut se payer et part s’installer dans les déserts de California City et Rosamond, à quelques encâblures de Los Angeles, pour tenter de jouer dans la même cour que George Miller.

Nous sommes donc dans le futur, après l’extinction d’une grande partie de la population. Les survivants se regroupent en clans, se déplacent en véhicules customisés tout-terrains, s’arment jusqu’aux dents et se battent pour une denrée devenue rare : l’eau potable. Un jour, la bande pacifique menée avec sagesse par Dallas (John Freeman) recueille un homme amnésique en plein désert (Cole Parker, qui s’efforce à ressembler du mieux qu’il peut au Mad Max campé par Tom Hardy avec ses cheveux courts et sa veste en cuir). Celui-ci accepte de se joindre à eux. Ils ne seront pas de trop pour lutter contre les forces hostiles qui les entourent. Car la nuit venue, les « Night Walkers » passent à l’attaque. Il s’agit de nombreux hommes frappés par un virus incurable qui les transforme en vampires assoiffés de sang. Rien ne semble pouvoir arrêter ces monstres qui contaminent les vivants en les mordant…

Walking Mad Dead Max

De manière inattendue, Road Wars mélange ainsi l’imagerie et les motifs narratifs de la saga Mad Max avec les codes du film de zombies. Car la série The Walking Dead cartonne encore sur les petits écrans du monde entier. Malin, Mark Atkins fait donc d’une pierre deux coups. Côté « infectés », nous retrouvons donc les traditionnels morts-vivants qui courent en émettant des gémissements bestiaux, les yeux injectés de sang et la bouche ouverte. Même s’il s’agit officiellement de vampires, rien ne les différencie vraiment des innombrables « zombies coureurs » ayant pullulé sur les écrans depuis 28 jours plus tard. Côté « post-apo », nous avons droit aux méchants affublés de casques à cornes, de masques à tête de mort, de chapeaux de cowboys, de cartouches en bandoulière, d’os dans le nez, leurs voitures étant hérissées de pointes ou recouvertes de barreaux protecteurs. Les codes vestimentaires détournent la mode punk, le monde n’est plus qu’une décharge publique d’objets recyclés, bref Road Wars joue la prudence en se conformant très sagement aux lieux communs des deux genres qu’il imite. Pour autant Atkins soigne son travail, valorise du mieux qu’il peut les extérieurs naturels en les saisissant dans de très photogéniques lumières crépusculaires, dote sa mise en scène de la nervosité adéquate et ménage des moments de suspense efficaces. Bien sûr, l’étroitesse du budget restreint considérablement le nombre de véhicules et interdit des cascades dignes de ce nom. Mais le film se suit sans ennui et donnerait même presque envie d’en découvrir une éventuelle séquelle.

 

© Gilles Penso


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MIRAGES (2010)

Le premier long-métrage de Talal Selhami isole cinq protagonistes dans le désert marocain et éveille leurs démons intérieurs…

MIRAGES

 

2010 – FRANCE / MAROC

 

Réalisé par Talal Selhami

 

Avec Eric Savin, Omra Lotfi, Karim Saidi, Aissam Bouali, Mohamed Choubi, Meryam Raoui, Chaouki El Ofir

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Désireux de révéler les jeunes talents de l’industrie de son cinéma local, le gouvernement marocain lance dans les années 2000 un appel d’offre auprès de plusieurs sociétés de productions, avec comme ambition la distribution de films ambitieux aux budgets modestes sur plusieurs territoires. Ainsi naît Mirages, le premier long-métrage très prometteur de Talal Selhami. « Je suis cinéphile depuis que je suis tout petit », nous confie-t-il. « J’ai découvert très jeune et un peu par hasard les films fantastiques et d’horreur. Mon premier souvenir de cinéma sur un petit écran, c’était Elephant Man de David Lynch » (1). Il y a pire comme initiation, nous en conviendrons ! La première idée du jeune réalisateur est d’envisager un huis-clos, solution pratique, efficace et peu coûteuse pour bâtir une intrigue d’épouvante. Mais un tel parti pris ôterait au film sa couleur locale marocaine. Changeant son fusil d’épaule, Talal Selhami décide finalement de partir tourner dehors et de magnifier le désert, qui va presque devenir le personnage principal de Mirages et influer sur le comportement de ses protagonistes. Au fil du récit, il nous semble percevoir l’influence de La Quatrième dimension.

La moindre originalité du film n’est pas de faire découler le fantastique d’une réalité sociale bien concrète. Cinq personnes aux profils distincts se retrouvent en compétition pour décrocher un emploi dans la multinationale Matsuika qui vient de s’implanter à Casablanca. Pour chacun d’entre eux, l’issue de cet entretien entraînera un changement radical de vie. Or le PDG de la société leur propose de participer à une épreuve qui permettra de les départager. Tous acceptent et se retrouvent embarqués dans un minibus aux fenêtres occultées. A l’issue d’un long trajet, un accident survient et tous les cinq se retrouvent isolés en plein désert. Doivent-ils attendre les secours ou s’agit-il du test lui-même ? Bientôt, les démons intérieurs de chacun d’entre eux émergent sous forme de mirages effrayants…

Sables mortels

Le manque de moyens de Mirages est apparent dès les premières séquences, dont les prises de vues approximatives en HD Cam entravent quelque peu la bonne marche du récit. Mais dès que le désert de Marrakech emplit l’écran, le savoir-faire de Talal Selhami et son sens indéniable de la composition dotent le film d’une cinégénie qui ne le quittera plus. « Tourner dans le désert a quelque chose de jouissif, parce que vous êtes coupés du monde et que vous êtes obligé de rester concentré », raconte l’un des acteurs principaux, Aissam Bouali, que le réalisateur repère pour son rôle dans La Vague blanche. « Bien sûr, les conditions étaient difficiles, à cause de la chaleur le jour et du froid la nuit. Mais sans ces conditions-là, nous n’aurions pas obtenu un tel film » (2). Par l’intermédiaire de Bouali, Selhami rencontre les autres acteurs, notamment Karim Saidi qui était apparu dans Munich de Steven Spielberg. Force est de reconnaître que les cinq comédiens principaux crèvent l’écran avec une justesse et un charisme remarquables. Tourné en 21 jours dans des conditions précaires, Mirages ne manque donc pas d’atouts et mérite largement le détour, ne serait-ce parce qu’il marque les premiers pas d’un cinéaste à suivre de près.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2011

 

© Gilles Penso

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CRUEL JAWS (1995)

Le roi du cinéma bis italien Bruno Mattei réalise une imitation tardive des Dents de la mer qu’il truffe d’extraits de films volés un peu partout…

CRUEL JAWS / FAUCI CRUDELI

 

1995 – USA

 

Réalisé par Bruno Mattei

 

Avec Richard Drew, David Luther, George Barnes Jr., Scott Silveria, Kristen Urso, Sky Palma, Norma J. Nesheim, Gregg Hood, Carter Collins, Natasha Etzer

 

THEMA MONSTRES MARINS

Pour les amateurs de cinéma bis, le nom de Bruno Mattei évoque tout de suite des œuvres improbables généralement guidées par un double code de conduite : le plagiat et le mauvais goût. Amateur de pseudonymes aux tonalités américaines cachant comme ils peuvent sa nationalité italienne, Mattei a signé des films tels que Virus cannibale, Les Rats de Manhattan, Robowar ainsi qu’un nombre incalculable de polissonneries érotiques. Lorsqu’il s’attaque à Cruel Jaws, son palmarès dans le domaine du cinéma nanardesque est donc déjà fort impressionnant. Persuadé que le succès des Dents de la mer fait encore recette vingt ans après sa sortie, notre homme réunit 300 000 dollars et part en Floride pour tourner une imitation du classique de Steven Spielberg avec une toute petite équipe locale. Le problème est que Mattei ne parle pas un mot d’anglais. Peu importe, il saura toujours se faire comprendre par les techniciens. Pour ce qui est des acteurs, ils se débrouilleront avec le script traduit à la va-vite qui leur a été fourni. La plupart d’entre eux ne sont d’ailleurs pas des comédiens professionnels mais des « beaux gosses » recrutés sur les plages.

Le scénario présente la singularité de ne réserver quasiment aucune surprise. Nous sommes dans une petite ville balnéaire américaine qui vit principalement de son activité touristique. Lorsqu’un cadavre à moitié dévoré est découvert sur la plage, le shérif, épaulé par un jeune océanographe, juge bon de fermer les plages et d’alerter les autorités. Mais le maire de la ville et un promoteur véreux lui demandent de ne pas s’emballer. Il ne s’agirait pas non plus de priver le commerce local de son gagne-pain alors que la grosse saison estivale approche. Ça vous dit vaguement quelque chose ? Attendez, ce n’est pas tout ! Bruno Mattei nous offre aussi la scène de baignade nocturne d’une jeune fille qui se fait happer par un requin, la capture d’un squale qui va s’avérer ne pas être le bon et le bateau du pêcheur aguerri qui part à la chasse au monstre en plein océan, accompagné par une musique épique qui ne se prive aucunement pour reprendre des mesures de la bande originale de Star Wars, des Aventuriers de l’arche perdue et de Superman ! Certaines répliques sont directement empruntées au livre « Jaws » de Peter Benchley (« On pourrait les comparer à des locomotives avec des mâchoires pleines de dents acérées »). D’autres sont carrément des recyclages des dialogues du film de Spielberg, notamment l’impayable « Il nous faudrait un plus gros hélicoptère » !

Les Dents de la mer 5

Tout ce que Mattei croit bon ajouter au scénario pour tenter de s’éloigner un peu de celui des Dents de la mer ne présente strictement aucun intérêt : des scènes de drague sur la plage avec des filles en maillot de bain, des garçons en chaleur et des dialogues pleins de poésie (« Une super nana, des nichons comme des melons ! ») ; des mafieux menaçants (un élément présent dans le roman de Benchley que Spielberg avait décidé de supprimer) ; les soucis financiers du patron d’un parc marin local (incarné par un sosie du catcheur Hulk Hogan) ; un peu de gore (la signature Mattei)… Le plus étonnant, dans ce Cruel Jaws, est le fait que tous les plans de requins aient été empruntés sans la moindre autorisation à d’autres films. La plupart des gros plans du squale proviennent de La Mort au large d’Enzo G. Castellari. Mais le connaisseur pourra aussi détecter des images issues de Deep Blood de Joe d’Amato ainsi que des trois premiers films de la saga des Dents de la mer, carrément ! Le générique du film crédite Larry Mannini pour le design original du requin et les effets spéciaux, et un certain Ernest Stark pour les effets mécaniques du requin. Bien sûr, ces personnes n’existent pas. Ce bon vieux Bruno Mattei ne faisant pas les choses à moitié, son film sortit sur certains territoires sous le titre de Jaws 5 ! Quoi d’étonnant, de la part d’un homme dont le film de SF horrifique Shocking Dark fut distribué en 1989 avec le titre Terminator 2 ?! Ah, sacré Bruno… Des cinéastes comme ça, on n’en fait plus.

 

© Gilles Penso

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CHASSEUSE DE GÉANTS (2017)

Pour s’éloigner des vicissitudes de sa morne réalité, une lycéenne s’invente un monde dans lequel elle doit affronter de monstrueux géants…

I KILL GIANTS

 

2017 – USA / GB / BELGIQUE / CHINE

 

Réalisé par Anders Walter

 

Avec Madison Wolfe, Imogen Poots, Sydney Wade, Rory Jackson, Zoe Saldana, Noel Clarke, Jennifer Ehle, Ciara O’Callaghan

 

THEMA CONTES

Édité en 2008 par Image Comics, « I Kill Giants » est un roman graphique multi-récompensé dont l’alchimie est née du mélange des crayonnés élégants de J.M. Ken Niimura et de la plume alerte de Joe Kelly. Cette chronique douce-amère, partagée entre la mélancolie adolescente et le fantastique débridé, connaît un succès international et commence à attirer sérieusement Hollywood. C’est Chris Columbus (scénariste de Gremlins et réalisateur des premiers volets de la saga Harry Potter) qui décide de produire l’adaptation cinématographique de cette BD atypique, dont le script est confié à l’auteur original, Joe Kelly. Pour la mise en scène, le pari est lancé sur Anders Walter, qui n’a encore réalisé aucun long-métrage mais dont le film court Helium a remporté un Oscar en 2014. Reste à trouver la perle rare qui saura incarner la lycéenne vedette. Après un casting organisé auprès de cinq-cents jeunes comédiennes, c’est Madison Wolfe qui est sélectionnée. Les fantasticophiles l’avaient déjà remarquée dans la série Scream et dans Conjuring 2 : le cas Endfield. Coproduction internationale montée financièrement sans l’appui d’un grand studio, Chasseuse de géants est principalement tourné en Belgique et en Irlande.

Une maison surplombe l’océan, quelque part à Long Island. A l’intérieur, Karen Thorson (Imogen Poots), une jeune adulte, cherche à joindre les deux bouts pour assumer des responsabilités de chef de famille qu’elle n’avait visiblement pas prévu d’assurer si tôt. Son frère lycéen Dave (Art Parkinson) s’abrutit de jeux vidéo et leur sœur cadette Barbara (Madison Wolfe) vit réfugiée dans un jardin secret. Elle refuse la réalité, ou du moins s’en invente une autre dans laquelle elle doit sauver le monde des géants et des titans qui le menacent. Elle pose des pièges, suit des rituels étranges et semble au bord de la démence. Une psychologue, Madame Mollé, (Zoe Saldaña, remplaçant Halle Berry un temps envisagée pour le rôle) cherche à aider Barbara et à comprendre d’où vient cette faille dans son esprit. En réalité, la jeune fille, fascinée par les jeux de rôles et par le baseball, a créé de toutes pièces un monde imaginaire pour exorciser les traumatismes de la réalité : les brimades que lui font subir les brutes de l’école et la maladie incurable dont est frappée sa mère…

Les monstres de l’inconscient

Contrairement aux apparences, Chasseuse de géants n’est pas le gentil conte pour enfants qu’on pourrait imaginer, pas plus qu’une version modernisée et féminisée de Jack le tueur de géants. C’est un drame réaliste ponctué de visions purement fantastiques, où de titanesques créatures minérales ou végétales errent dans les bois ou rôdent sous la mer, prêtes à surgir pour menacer notre monde. C’est surtout le récit d’une adolescente qui perd pied et qui s’approche dangereusement du gouffre qui risque de la mener à la folie. L’élégance de la mise en scène d’Anders Walter, la finesse du jeu des comédiens et l’impressionnante qualité des images de synthèse donnant vie aux entités titanesques qu’affronte régulièrement Barbara concourent à faire de Chasseuse de géants un film inclassable, dont la sensibilité à fleur de peau et l’appréhension au premier degré de ses séquences fantasmagoriques restent en mémoire longtemps après son visionnage. Sans doute l’austérité et la neurasthénie qui baignent le premier long-métrage de Walter jouent-elles un peu en sa défaveur. Mais son supplément d’âme reste très appréciable et rend justice au matériau littéraire et graphique dont il s’inspire.

 

© Gilles Penso


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ALMIGHTY THOR (2011)

Pour concurrencer le Thor que prépare le studio Marvel, la mini-compagnie The Asylum propose sa propre version du mythe nordique…

ALMIGHTY THOR

 

2011 – USA

 

Réalisé par Christopher Olen Ray

 

Avec Cody Deal, Richard Grieco, Patricia Velasquez, Kevin Nash, Jess Allen, Chris Ivan Cevic, Rodney Wilson, Kristen Kerr, Charlie Glackin, Nicole Fox, Leslea Fisher

 

THEMA SUPER-HÉROS I HEROIC FANTASY

Christopher Olen Ray est le fils de Fred Olen Ray, grand spécialiste de films de genre racoleurs à tout petit budget (Scalps, Dinosaur Island, Evil Toons, Hollywood Chainsaw Hookers). Le gêne du cinéma bis étant visiblement héréditaire dans la famille Ray, son fils Christopher a fièrement repris le flambeau pour réaliser des œuvres du même acabit aux titres aussi imagés que Reptisaurus, Magaconda ou Mega Shark vs. Crocosaurus. Alors qu’il commence à se spécialiser dans les grosses bébêtes, il se voit confier par la compagnie The Asylum la réalisation d’une relecture des aventures du dieu nordique Thor. L’objectif avoué est de couper l’herbe sous le pied du studio Marvel en prévision de la sortie de son propre Thor. Armé d’un budget riquiqui de 200 000 dollars et d’un scénario minimaliste écrit par le spécialiste des plagiats low-cost Eric Forsberg (Alien Abduction, Snakes on a Train, 30 000 Leagues Under the Sea, Monster, War of the Worlds, Mega Piranha), Olen Ray Jr. tourne pendant douze jours avec sa petite équipe dans les bois et les rues de Los Angeles et fait ce qu’il peut, c’est-dire pas grand-chose.

Ici, contrairement à ce que raconte la mythologie Scandinave et à l’adaptation qu’en ont tirée Stan Lee et Jack Kirby dans les années 1960, Loki n’est pas le frère de Thor mais une entité maléfique indépendante. Incarné par Richard Grieco, ce super-vilain spécialisé dans le mensonge et l’illusion se promène avec deux chiens géants à tête de chacal (en hideuses images de synthèse) et détruit la forteresse du Valhalla pour pouvoir s’emparer du marteau de l’invincibilité. Le dieu Odin (le catcheur Kevin Nash, aperçu dans The Punisher et John Wick) décide de réagir. En compagnie de ses deux fils, l’aîné Baldir (Jess Allen, coutumier des apparitions discrètes dans les séries TV) et le jeune Thor (Cody Deal, désespérément dénué de charisme), il rend visite aux Nornes, des entités mystiques qui tissent les fils du destin (équivalentes scandinaves des Parques de la mythologie grecque). Mais Thor décide de forger son propre destin et décide de prendre les choses en main malgré son manque d’entraînement. Il sera aidé dans sa lutte contre Loki par la valkyrie Jarnsaxa, incarnée par Patricia Velásquez, dont personne n’a oublié la présence exotique dans La Momie et Le Retour de la momie

Marvel comique

Le grand affrontement qu’on nous promet se résume à une série de combats apathiques au ralenti filmés dans une forêt californienne sans charme que le réalisateur tente d’égayer avec des fumigènes. Conformément au comics et au film Marvel, notre héros se retrouve bientôt transporté en pleine cité moderne. A partir de là, les trois personnages principaux n’en finissent plus de se promener dans les trois mêmes rues. Quand Thor, dissimulant sa cuirasse viking sous un grand manteau, sort son épée pour se battre au ralenti contre un Loki tout de noir vêtu dans une ruelle enfumée, le film semble vouloir retrouver l’esthétique d’Highlander. Puis c’est reparti pour d’interminables déambulations dans les quartiers les plus laids et les plus mornes de Los Angeles, au milieu des palissades rouillées, des sacs en plastique et des bennes à ordure. Pour varier un peu les plaisir, Loki invoque d’autres monstres, sortes de reptiles géants à tête triangle tout aussi ratés que les chiens-chacals. Olen Ray insère aussi dans son film des stock-shots d’avion de chasse dans l’espoir un peu vain de le dynamiser. Et puis il y a cette poignée de moments surréalistes faisant basculer salutairement Almighty Thor dans la parodie involontaire : Thor qui court vers Loki en déchargeant sur lui un pistolet mitrailleur, le héros et la Vakyrie collés contre le mur d’un bâtiment comme des mouches sur une toile d’araignée, ou encore notre valeureux viking qui se fabrique un nouveau marteau en jouant avec de la lave en image de synthèse comme si c’était de la pâte à modeler. Malgré le désastre généralisé de cet Almighty Thor, The Asylum en produira une suite en 2022, sous le titre Almighty Thor : God of Thunder.

 

© Gilles Penso


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CONTACT (1997)

Que se passerait-il si les auteurs d’un message venu de l’autre bout de la galaxie nous invitaient à construire une machine pour les rejoindre ?

CONTACT

 

1997 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Jodie Foster, Matthew McConaughey, David Morse, James Woods, John Hurt, Tom Skerritt, William Fichtner, Angela Bassett, Jake Busey, Rob Lowe, Geoffrey Blake

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

En 1979, le scientifique et astronome Carl Sagan imagine avec son épouse Ann Druyan le concept d’un film de science-fiction qui ne parviendra pas à trouver de finances, malgré l’intérêt du studio Warner. Sagan transforme alors le récit en roman qu’il publie en 1985 sous le titre « Contact ». L’idée d’en tirer un long-métrage réapparaît à la fin des années 1980. Le premier réalisateur envisagé est Roland Joffé (La Déchirure, Mission) qui tire finalement sa révérence en 1993. Le suivant sur la liste est George Miller. Le père de Mad Max choisit Jodie Foster dans le rôle principal et se lance dans un gros travail de réécriture du scénario avec Michael Goldenberg. « Pour conserver à l’écran toute la richesse du livre de Carl Sagan, il aurait fallu en faire une série télévisée de trente épisodes », nous avouait Ann Druyan. « Nous devions pourtant trouver un moyen de l’adapter sous forme de long-métrage. C’est ce que le réalisateur George Miller a entrepris de faire lorsqu’il a commencé à travailler sur le projet » (1). Warner programme la sortie du film pour noël 96, mais la pré-production n’en finit plus de s’éterniser et les délais deviennent impossibles à respecter. Le studio finit par se séparer de Miller et embauche pour le remplacer Robert Zemeckis, encore frais émoulu du succès planétaire de Forrest Gump.

Dès l’entame de Contact, Zemeckis saisit l’immensité vertigineuse de l’univers en laissant sa caméra errer pendant de longues minutes dans l’espace en continuité depuis la Terre jusqu’aux confins de notre galaxie et au-delà. Plusieurs plans-séquence de ce type ponctueront régulièrement le métrage, liant l’infiniment grand et l’infiniment petit, les mondes extérieurs et intérieurs. Le point culminant de ces exercices virtuoses est un inoubliable flash-back dans lequel l’héroïne encore enfant court au ralenti jusqu’à se transformer en reflet dans le miroir d’une armoire à pharmacie. Cette héroïne, c’est Ellie, passionnée par le ciel et l’espace depuis toujours. Devenue astronome, elle capte un jour un signal qui semble provenir de Véga. En décodant ce message, tout porte à croire qu’il s’agit d’un mode d’emploi pour la construction d’une machine… Si le film est centré sur Ellie, que campe Jodie Foster avec une conviction étonnante, partagée entre la rigueur scientifique et la sensibilité à fleur de peau, un casting de premier ordre lui donne la réplique : Matthew McConaughey en homme d’église moderne, Tom Skerritt en directeur de recherches opportuniste, James Wood en conseiller à la sécurité toujours sur la défensive, William Fichtner en astrophysicien aveugle, Angela Basset en employée de la Maison Blanche, Rob Lowe en politicien conservateur, Jake Busey en gourou religieux mystique ou encore John Hurt en millionnaire passionné. Tous incarnent à leur manière une facette différente et complémentaire de l’humanité face à ce message d’outre-espace. Ironiquement, le personnage incarné par McConaughey avance plusieurs théories de la relativité que nous verrons mises en application dans Interstellar.

Sommes-nous seuls dans l’univers ?

Lorsqu’il s’agit de montrer les répercussions de la découverte d’Ellie aux yeux du monde, le champ s’élargit. Autour des antennes du Nouveau Mexique, une sorte de nouveau Woodstock s’installe. Sauf qu’au lieu des hippies, ce sont des passionnés d’OVNI, des mystiques religieux, des tribus indiennes, des néo-nazis, des forains et des commerçants appâtés par le gain qui se bousculent. L’intégration habile du président Bill Clinton dans l’intrigue rappelle les facéties historiques auxquelles s’adonnait déjà Zemeckis dans Forrest Gump. La force du scénario de Contact réside dans son approche réaliste, crédible et tangible. Cette science-fiction qui n’y ressemble pas n’en est que plus fascinante. « Carl Sagan avait été consultant sur 2001 l’odyssée de l’espace », nous explique Ann Druyan. « C’est lui qui avait fortement conseillé à Stanley Kubrick de ne pas montrer les extra-terrestres à la fin. Chaque fois qu’un film cède à cette tentation, il devient un jour ou l’autre démodé, car les techniques d’effets spéciaux sont en perpétuelle évolution. Lorsqu’on veut décrire un extra-terrestre, on est obligé de faire appel à ses propres perceptions et à ce que l’on connaît déjà. Or, au regard de l’immensité de l’univers, nos perceptions sont très limitées » (2). Contact évite non seulement cet écueil mais en outre nous interroge sur nos propres croyances. En filigrane se dessine l’éternelle opposition entre la foi religieuse et l’esprit scientifique, tandis qu’une phrase célèbre de Sagan – décédé pendant la production du film – est répétée par plusieurs des protagonistes : « Si les humains étaient la seule forme de vie dans l’univers, ça ferait beaucoup d’espace gaspillé. »

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1997

 

© Gilles Penso


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