SUPER JAIMIE (1976-1978)

Après L’Homme qui valait trois milliards, voici la femme bionique, largement aussi populaire que son homologue masculin…

THE BIONIC WOMAN

 

1976/1978 – USA

 

Créée par Kenneth Johnson

 

Avec Lindsay Wagner, Richard Anderson, Martin E. Brooks, Ford Rainey, Sam Chew Jr., Jennifer Darling, Martha Scott, Lee Majors, Christopher Stone

 

THEMA SUPER-HÉROS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

À l’origine, le personnage de Jaimie Sommers (Lindsay Wagner) était simplement conçu pour faire une apparition éphémère dans un épisode en deux parties de L’Homme qui valait trois milliards produit en 1975, « La femme bionique ». Dans ce double programme, Steve Austin (Lee Majors) retourne dans sa ville natale d’Ojai, en Californie, et renoue avec son amour de lycée, Jaimie, devenue entre-temps l’une des cinq meilleures joueuses de tennis des États-Unis. Victime d’un accident de parachute, celle-ci tombe de plusieurs centaines de mètres et se retrouve entre la vie et la mort. Bouleversé, Steve supplie alors son patron, le bon vieil Oscar Goldman (Richard Anderson), de la rendre bionique comme lui, en échange de quoi ils en feront un agent actif de l’OSI (Office of Scientific Intelligence). Malgré ses réticences, Goldman finit par accepter et charge le docteur Rudy Wells (Alan Oppenheimer) de « réparer » la jeune femme. Grâce à des implants cybernétiques, Jaimie possède peu ou prou les mêmes pouvoirs que Steve Austin, autrement dit deux nouvelles jambes qui lui permettent de courir ou de sauter plus vite et plus haut que n’importe qui ainsi qu’un bras droit d’une force surhumaine. La différence se situe au niveau du visage. Alors que Steve peut voir très loin grâce à son œil bionique, Jaimie est dotée d’une ouïe extrêmement fine. Nos deux agents secrets s’en vont bientôt bras dessus bras dessous lutter contre un redoutable faux monnayeur. Mais le corps de Jaimie finit par rejeter ses implants et provoque son trépas. Fin du double épisode. Exit la femme bionique.

Mais les téléspectateurs ne sont pas d’accord. Cette Jaimie Sommers leur a tapé dans l’œil et ils veulent à tout prix la voir revenir. Les producteurs de la série comprennent qu’ils ont sans doute tué trop tôt la poule aux œufs d’or et décident donc de faire revenir Jaimie Sommers dans un nouveau double épisode (« Le Retour de la femme bionique ») avant de lui offrir sa propre série. Ainsi naît Super Jaimie. L’actrice Lindsay Wagner pensait solder son contrat avec Universal avec un rôle censé n’être que provisoire et temporaire. Or la voilà désormais star d’un show ultra-populaire qui durera jusqu’en 1978. Son personnage devient donc membre officiel de l’OSI. Sous couverture officielle de son métier d’enseignante auprès de collégiens et de lycéens sur une base de l’air force, elle participe à toutes sortes de missions secrètes qui l’amènent à parcourir le monde sous les identités les plus variées. Richard Anderson continue à incarner son boss Oscar Goldman, assurant le lien entre les deux séries. Quant à Lee Majors, il viendra de temps en temps jouer les guest-stars dans Super Jaimie, Lindsay Wagner lui rendant la politesse en montrant parfois sa frimousse dans L’Homme qui valait trois milliards.

Girl Power

Super Jaimie possède à peu près autant d’attrait que L’Homme qui valait trois milliards, les deux séries devant leur succès autant à leur concept audacieux (inspiré par le roman « Cyborg » de Martin Caidin) qu’à leurs acteurs principaux. Dans la peau de Jaimie Sommers, Lindsay Wagner est parfaite. Son capital sympathie, son charme et son charisme emportent immédiatement l’adhésion de tous. La mise en scène de ses super-pouvoirs recycle logiquement les gimmicks associés à Steve Austin (les prises de vues au ralenti et le fameux bruitage à base d’échos métalliques répétés). Les épisodes, de leur côté, alternent la lutte contre des criminels ordinaires avec le surgissement d’éléments de science-fiction joyeusement excessifs, notamment les fameuses femmes robots aux visages bourrés de dispositifs électroniques (qui effraieront d’ailleurs les associations de parents d’élèves, inquiètes que leurs bambins ne soient traumatisés par de telles créatures contre-nature). Lorsque Kenneth Johnson quitte la série à la fin de la deuxième saison pour s’occuper de L’Incroyable Hulk, la qualité des scripts décline progressivement et le show s’arrête en mai 78, ce qui ne l’empêchera pas d’être rediffusé dans le monde entier avec un succès jamais démenti. Trois téléfilms mettront en scène Steve Austin et Jaimie Sommers entre la fin des années 80 et le milieu des années 90, avant la mise en chantier d’un remake de Super Jaimie, Bionic Woman, en 2007

 

© Gilles Penso

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SPECTREMAN (1971-1972)

L’un des super-héros les plus involontairement drôles de l’histoire de la télévision affronte des monstres impensables lâchés sur notre planète…

SUPERKUTORUMAN

 

1971/1972 – JAPON

 

Créée par Ushio Shoji

 

Avec Tetsuo Narikawa, Toru Ohira, Kazuo Arai, Machiko Konish, Gara Takatori, Takanobu Toya, Koji Uenishi, Koji Ozaki, Yoko Shin, Takamitsu Watanabe

 

THEMA SUPER-HÉROS I EXTRA-TERRESTRES

« La planète Terre… La ville Tokyo… Comme toutes les villes à la surface du globe, Tokyo est en train de perdre la bataille contre ses deux ennemis les plus mortels : la dégradation de la nature et la pollution. En dépit des efforts désespérés de toutes les nations, l’air, la mer, les continents, perdent de plus en plus leur capacité à entretenir toute forme de vie… Quel est leur dernier recours ? Spectreman ! » Après ce texte d’introduction sentencieux et un poil inquiétant, la chanson du générique démarre sur un tempo joyeusement disco, gorgé de paroles d’une sublime poésie : « Plus rapide qu’un missile, audacieux, inflexible, mystérieux et invincible… Spectreman ! » Les téléspectateurs français qui découvrirent cette série invraisemblable en 1982 sur la défunte chaîne Antenne 2 n’étaient tous simplement pas prêts. San Ku Kaï avait pourtant déjà préparé le terrain, déclinant la vogue du space opera provoquée par la sortie de La Guerre des étoiles. Mais Spectreman, c’est autre chose : un super-héros gigotant au casque en pointe, des maquettes risibles suspendues par des fils bien visibles, une avalanche de monstres en caoutchouc grotesques… Contrairement à ce que sa diffusion hexagonale peut laisser imaginer, Spectreman est d’ailleurs antérieur à San Ku Kaï et s’inscrit dans la directe lignée d’une autre série de science-fiction nippone alors parfaitement inconnue en nos contrées : Ultraman.

La série se déroule dans un futur proche où la pollution est devenue un problème global qui affole toutes les nations. Le sujet peut sembler en avance sur son temps, mais les prises de consciences environnementales étaient déjà très présentes à l’aube des années 70, surtout à Tokyo considérée à l’époque comme la ville la plus polluée du monde. Au moment où Spectreman entrait en production sortait d’ailleurs sur les grands écrans Godzilla contre Hedora, où le célèbre dinosaure radioactif affrontait un monstre en perpétuelle mutation né d’une accumulation de déchets et d’ordures. Dans Spectreman, le grand méchant est Gori, un homme singe extra-terrestre au masque en plastique figé (ancêtre du Siman de San Ku Kaï ?) qui cherche à dominer la Terre en créant des monstres à partir de la pollution. La Fédération Galactique décide alors d’envoyer sur notre planète le cyborg Spectreman. Comme tout super-héros qui se respecte, ce dernier se dissimule sous une identité ordinaire, celle d’un sympathique et maladroit employé de bureau. Mais dès que le devoir l’appelle, il se transforme en ninja volant à taille variable et se bat contre les créatures géantes conçues par Gori…

Gare au Gori !

Même en s’interdisant tout cynisme et en s’efforçant de conserver la nostalgie de nos jeunes années post-San Ku Kaï et pré-X-Or, il est très difficile de revoir aujourd’hui un épisode de Spectreman sans être secoué de fous rires. Cette hilarité incontrôlable n’est pas tant due à l’absurdité des scénarios, à la pauvreté des cascades ou au jeu outré des comédiens, mais s’explique surtout par le fait que Spectreman est une véritable collection des monstres les plus ridicules jamais montrés sur un écran. Même avec des yeux d’enfant, le spectacle se révélait déjà aberrant. Pour autant, Spectreman put jouir d’un succès populaire à grande échelle, peut-être justement parce que les gamins se prêtaient au jeu avec une sorte d’assentiment complice. Voir toutes ces bestioles incarnées par des acteurs dans des combinaisons fort peu seyantes, ce super-héros jouant les justiciers dans sa panoplie en plastique ou ces engins extra-terrestres ne cachant jamais leur nature de maquettes miniatures, c’était une manière de s’amuser avec les réalisateurs et les acteurs, pour pouvoir ensuite, après la diffusion de chaque épisode, en reproduire les péripéties à l’aide de dinosaures en plastique et de petits soldats. Les effets spéciaux ratés en deviendraient presque des atouts, poussant par leur caractère tactile les jeunes téléspectateurs à tenter de les reproduire chez eux, comme face aux poupées des Thunderbirds. Un nombre impressionnant de produits dérivés fut commercialisé à l’époque de la diffusion (albums d’images, verres à moutarde, bandes dessinées, romans) et s’arrachent aujourd’hui à prix d’or chez les collectionneurs.

 

© Gilles Penso


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SEAQUEST, POLICE DES MERS (1993-1996)

Dans un futur proche, un submersible militaire dernier cri est reconverti en véhicule d’exploration des fonds marins…

SEAQUEST

 

1993/1996 – USA

 

Créée par Rockne S. O’Bannon

 

Avec Roy Scheider, Jonathan Brandis, Stephanie Beacham, Don Franklin, Michael Ironside, Ted Raimi, Marco Sanchez, Frank Welker, Peter DeLuise

 

THEMA FUTUR

« Qu’elle soit organique, animale ou végétale, toute forme de vie est issue de la mer. Il est d’ailleurs établi qui nous avons le même pourcentage de sel dans notre sang. La mer fait partie de nous. Nous devons la respecter. Lorsque nous revenons vers elle, que ce soit pour la contempler, y nager, y naviguer, nous effectuons un retour aux sources… » C’est sur ce texte que commence le premier épisode de Seaquest, une série TV écologiste, on l’aura compris, mais aussi futuriste, puisqu’elle se déroule en l’an 2018 (soit 25 ans après son année de réalisation). Les pays du monde se sont groupés en Union des États Océaniques et le Seaquest DSV (Deep Submergence Vehicle en VO, Division Sous-marine de Vérification en VF), un gigantesque vaisseau sous-marin militaire, s’est reconverti dans la sécurité. Le créateur du Seaquest est Nathan Bridger, interprété par Roy Scheider, qui fut vingt ans plus tôt le shérif des Dents de la mer, un personnage qui détestait l’eau ! Bridger est sollicité par l’amirauté pour devenir le nouveau commandant du vaisseau, mais depuis que son fils est mort en mer, il refuse de s’embarquer et mène une vie de reclus aux Caraïbes en compagnie de son dauphin Darwin. Les agissements criminels d’un sous-marin rebelle et l’absence de commandant à bord du Seaquest vont pousser Bridger à reprendre les commandes. Et l’aventure commence, avec un petit air de Star Trek sûrement pas involontaire.

Les séquences sous-marines de la série impliquent une grande quantité d’effets spéciaux. Mais les créateurs de Seaquest sont des habitués de la question, puisque le producteur exécutif n’est autre que Steven Spielberg et que le réalisateur du premier épisode est Irvin Kershner, metteur en scène de L’Empire contre-attaque et Robocop 2. Au lieu d’utiliser des maquettes de submersibles, des décors miniatures, des peintures sur verre et d’autres techniques traditionnelles, (comme c’était par exemple le cas dans Abyss), le choix se porte directement sur l’image de synthèse. C’est dans l’air du temps. Réalisée quasi-simultanément, la série de SF Babylon 5 optait pour un choix similaire, profitant des dernières avancées technologiques en la matière. C’est donc digitalement que sont conçus les engins futuristes du show comme le Seaquest lui-même, dont la forme allongée évoque un peu le submersible de L’Homme de l’Atlantide, mais aussi le Delta 4, un vaste sous-marin rebelle, le Whiskers, un véhicule d’observation sphérique, ou encore l’hydroprospecteur, une sonde quadrupède télécommandée. Les décors immergés tels que l’imposante exploitation minière, la Centrale de Gedrit ou l’exploitation agricole de West Ridge, sont également des créations numériques. Tout comme le dauphin Darwin lorsqu’il traverse l’océan en plan large, propulsé dans un lance torpilles, pour déposer une balise explosive sur un sous-marin rebelle. Dans les plans serrés, l’aimable mammifère est une création animatronique conçue par Walt Conti, grand spécialiste de cette discipline.

Sous l’océan…

Visuellement, Seaquest est donc un spectacle grandiose se donnant les moyens de ses ambitions. Son approche initialement réaliste se teinte progressivement d’éléments de pure fantaisie. D’où l’intervention de créatures extra-terrestres, de civilisations perdues et même du dieu des océans Neptune. La série finit donc par ressembler à une variante modernisée de Voyage au fond des mers. En coulisses, le climat n’est pas au beau fixe. Les producteurs, les cadres de la chaîne NBC et les acteurs ne cessent d’entrer en discorde. Les mésententes atteignent leur point culminant au cours de la saison 3 (rebaptisée Seaquest 2023 en version originale), pour laquelle Roy Scheider tire sa révérence, cédant la place à Michael Ironside. Ce changement de casting s’accompagne d’une nette baisse d’audience qui entraîne l’interruption de la série en cours de saison. C’est dommage, parce que malgré des scénarios pas toujours aboutis et un certain manque de constance dans la cohésion des différentes saisons, Seaquest était une série pleine de promesses et d’idées passionnantes. Les amateurs du commandant Cousteau et du capitaine Kirk en gardent un souvenir nostalgique…

 

© Gilles Penso


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RÊVES ET CAUCHEMARS (2006)

Comme à l’époque de Creepshow, Stephen King s’essaie à l’exercice de l’anthologie d’histoires courtes horrifiques à travers cette mini-série…

NIGHTMARES AND DREAMSCAPES

 

2006 – USA / AUSTRALIE

 

Créée par Stephen King

 

Avec William Hurt, Claire Forlani, Eion Bailey, William H. Macy, Jacqueline McKenzie, Ron Livingston, Henry Thomas

 

THEMA JOUETS I DIABLE ET DÉMONS I MÉDECINE EN FOLIE I MORT I FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

En 2006, beaucoup de nouvelles de Stephen King n’avaient pas encore été portées à l’écran. La série Rêves et cauchemars, initiée par l’écrivain lui-même, comble partiellement cette lacune en adaptant huit histoires courtes au fort potentiel visuel. Comme l’indique le titre, la plupart d’entre elles sont issues du recueil « Rêves et Cauchemars » paru en 1993. Mais d’autres proviennent de « Tout est fatal » (2002) et de « Danse macabre » (1978). Le premier épisode, « Les Petits soldats », réalisé par Brian Henson, est une merveille de mise en scène sollicitant des effets visuels extrêmement performants. Après avoir abattu un vendeur de jouets, un tueur professionnel (William Hurt) y est attaqué dans sa chambre par des petits soldats et leur redoutable arsenal. Soutenu par une excellente musique de Jeff Beal, cet épisode sans paroles profite du charisme de Hurt, impeccable dans le rôle de cet homme froid, méthodique et solitaire. L’influence de l’épisode de la poupée tueuse de Trilogy of Terror de Dan Curtis est manifeste. Le second épisode, « Crouch’s End », adapte une nouvelle conçue comme un hommage énamouré aux écrits de H.P. Lovecraft. Si le texte distille une épouvante efficace, son adaptation à l’écran fonctionne beaucoup moins bien. Mal rythmé, l’épisode s’achève par le surgissement d’une pieuvre en image de synthèse aussi peu crédible que les monstres des téléfilms produits par SyFy.

Le troisième épisode, « La dernière affaire d’Umney » de Rob Bowman, met en scène un détective tout droit sorti d’un polar rencontrant l’écrivain qui l’a imaginé. Cet opus nous propose une reconstitution impressionnante du Los Angeles de 1938 et offre à William H. Macy un double rôle savoureux. Mikael Salomon dirige le quatrième épisode, « Le Grand bazar », sur un scénario de Lawrence D. Cohen (Carrie, Ça). Un scientifique y invente un produit qui éradique la violence en même temps que l’intelligence chez ceux à qui il est administré. Le monologue du personnage principal provient principalement de la nouvelle, et le scénario intègre habilement la réalité des attentats du 11 septembre 2001 dans le récit, alors que ceux de la nouvelle étaient imaginaires. Réalisé par Sergio Momica-Gezzan, « Quand l’auto-virus met cap au nord » met en scène Tom Berenger dans le rôle d’un écrivain de romans d’épouvante harcelé par un tableau hanté qu’il a acheté dans un vide grenier. Le scénario de Peter Filardi ajoute quelques éléments intéressants absents du texte original, notamment la maladie qui frappe l’auteur. Le chauffeur fantôme/cannibale qui suit le même itinéraire que lui en constitue une habile métaphore.

Morts ou vifs ?

Le sixième épisode, « Quatuor à cinq », dirigé par Rob Bowman, s’écarte des territoires du fantastique pour construire un suspense efficace autour de la recherche des quatre parties déchirées d’un plan indiquant la cachette d’un butin. Mikael Salomon reprend les rênes pour l’épisode « Salle d’autopsie quatre ». Le corps d’un homme mordu par un serpent venimeux est emmené à la morgue pour une autopsie. Mais l’homme est toujours vivant et tente désespérément de le faire savoir à ceux qui l’entourent. On ne peut s’empêcher de penser à Je suis vivant ! d’Aldo Lado, avec lequel cette histoire courte présente de nombreux points communs. La nouvelle, racontée à la première personne, déploie un suspense très efficace, mais aussi une bonne dose d’ironie que l’on retrouve fidèlement dans l’adaptation, offrant à la trop rare Greta Scacchi le rôle du médecin chargé de l’autopsie. Dernier épisode de Rêves et cauchemars, « Un Groupe d’enfer » de Mike Robe commence comme Les Démons du maïs. Un couple en voiture se dispute et se perd dans un chemin de campagne jusqu’à se retrouver dans un village hanté par d’anciennes stars décédées du rock’n roll. Cet épisode cauchemardesque s’achève sur une image vertigineuse digne de La Quatrième dimension, qui reste l’une des sources d’inspiration majeures de Stephen King. Sans atteindre les sommets de l’anthologie horrifique que l’écrivain imagina pour Creepshow avec son complice George Romero, cette mini-série se déguste avec beaucoup de plaisir, grâce à ses scripts inventifs, ses réalisations solides et son casting de haut niveau.

 

© Gilles Penso


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REVENANTS (LES) (2012-2015)

Inspirée par le film du même titre, cette série raconte le retour à la vie de plusieurs hommes, femmes et enfants morts pourtant depuis des années…

LES REVENANTS

 

2012/2015 – FRANCE

 

Créée par Fabrice Gobert

 

Avec Anne Consigny, Clotilde Hesme, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Guillaume Gouix, Pierre Perrier, Yara Pilartz, Jean-François Sivadier

 

THEMA ZOMBIES

Le film Les Revenants, réalisé en 2004 par Robin Campillo, abordait sous un angle hyperréaliste – tant du point de vue social que psychologique – un postulat purement fantastique : le retour inexplicable à la vie de plusieurs millions de défunts qui réintégraient soudain notre monde et y cherchaient désespérément leur place. Fascinant à défaut d’être pleinement abouti, ce long-métrage possédait un potentiel qui méritait sans doute d’être exploité à nouveau. Le producteur Jimmy Desmarais y pense sérieusement quelques années après sa sortie, non sous la forme d’une suite cinématographique mais plutôt d’une déclinaison destinée aux petits écrans. La chaîne Canal + s’intéresse à cette idée et c’est ainsi que Les Revenants se transforme en série TV. Logiquement sollicité, Robin Campillo préfère passer son tour. « J’ai dit non parce que pour moi c’était passé, j’avais tourné la page, et je ne me voyais pas travailler avec d’autres scénaristes, d’être un peu le gardien du temple », explique-t-il. « A partir du moment où on accepte de céder ses droits, il faut laisser les gens absolument libres. Je pense que ça aurait été une perte de temps et ça aurait créé des quiproquos inutiles » (1). C’est donc le réalisateur Fabrice Gobert, dont le film Simon Werner a disparu a beaucoup fait parler de lui, qui hérite du bébé. Pour trouver la juste tonalité, Gobert cherche l’inspiration du côté de Morse, qui parvenait à intégrer un argument fantastique dans un contexte très réaliste, et de Twin Peaks, pour son jeu permanent avec l’inquiétante étrangeté.

L’une des premières idées de la série est d’aborder le phénomène à très grande échelle et de raconter, comme dans le film, la résurrection de millions d’êtres humains. Mais il devient vite clair qu’une approche restreinte et intimiste du phénomène sera plus appropriée à cette relecture des Revenants. L’intrigue se situe donc dans une petite ville française perchée dans les montagnes et longeant un lac artificiel qui s’adosse à un très grand barrage. Du jour au lendemain, sans explication, plusieurs trépassés réapparaissent en même temps, indemnes et bien vivants. Il s’agit de Camille, une gamine tuée dans un accident de bus quatre ans plus tôt ; de Simon, un jeune homme qui s’est suicidé il y a une décennie et qui cherche sa fiancée ; de Madame Costa, qui vient rendre visite à son époux comme si de rien n’était ; de Serge, un tueur en série assassiné par son propre frère ; ou encore de ce petit garçon muet qui s’attache soudain à une infirmière… Pourquoi sont-ils revenus ? Que faire d’eux désormais ? Doit-on les cacher ou les exposer au grand jour ?

D’entre les morts

La série de Fabrice Gobert ne se contente pas d’accommoder sur un format plus long le concept du film de Robin Campillo. Elle le prolonge, l’enrichit, l’approfondit tout en prenant ses distances avec son modèle pour affirmer sa propre identité. Le choix des décors contribue beaucoup à l’atmosphère insolite et mélancolique des Revenants : ces panoramas montagneux filmés à Annecy et dans ses environs, ce gigantesque barrage édifié à Tignes… C’est dans ce cadre très français et pourtant étrangement universel que se noue le drame à échelle humaine. La brochette de comédiens dirigée par Gobert nous fait croire à l’impensable avec beaucoup de conviction. Frédéric Pierrot et Anne Consigny en parents incrédules face au retour de leur enfant, Clotilde Hesme en fiancée endeuillée persuadée que son défunt bien-aimé revient la hanter, Céline Sallette en infirmière solitaire s’inventant un neveu revenu de l’au-delà, Guillaume Gouix en serial-killer revenu d’entre les morts, tous nous saisissent par leur justesse, dans un contexte où le réalisme n’est pourtant pas simple à convoquer. C’est justement cet équilibre délicat entre le fantastique et l’ordinaire qui permet aux Revenants de distiller son étrange parfum, s’affirmant comme une série d’exception dont la mise en forme extrêmement soignée (photographie, musique, mise en scène ciselée) force le respect. Les huit premiers épisodes laissent ouvertes beaucoup de portes que la seconde saison (diffusée trois ans plus tard) ne parviendra pas à exploiter correctement, l’intérêt des téléspectateurs s’étant entretemps émoussé. En 2015, Les Revenants donnera naissance The Returned, un remake américain n’ayant pas vraiment la même saveur.

 

(1) Extrait d’une interview réalisée pour le site Allociné en mars 2014.

 

© Gilles Penso


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PUSHING DAISIES (2007-2009)

Une série joyeusement colorée et surréaliste dans laquelle un jeune pâtissier a le pouvoir de ressusciter les morts…

PUSHING DAISIES

 

2007/2009 – USA

 

Créée par Bryan Fuller

 

Avec Lee Pace, Anna Friel, Chi McBride, Kristin Chenoweth, Ellen Greene, Swoosie Kurtz, Jim Dale, Field Cate, Sy Richardson, Sammi Hanratty, David Arquette

 

THEMA MORT

Bryan Fuller a toujours aimé les concepts télévisés surprenants. En 2003, il s’amusait avec un sujet délicat – la mort – pour élaborer l’une des séries les plus surprenantes de son époque, Dead Like Me. Dans la foulée, il imaginait Wonderfalls, dont l’héroïne était une jeune femme vendeuse de souvenirs capable de discuter avec des figurines d’animaux. Avec Pushing Daisies, il donne naissance à une comédie romantique fantastique sur fond de médecine légiste. Notre homme ne recule donc devant rien pour bousculer les habitudes des téléspectateurs. En réalité, l’idée de Pushing Daisies est née pendant la production de Dead Like Me. Pour un épisode particulier, Fuller envisageait que l’héroïne Georgia Lass, un ange de la mort incarné par Ellen Muth, ne puisse plus assurer sa mission de collecteuse d’âmes à cause d’un homme capable de ressusciter les défunts en les touchant. Mais cette proposition déplaît à la chaîne qui la refuse. Elle servira donc de point de départ à un autre show, Pushing Daisies, qui n’est pas un spin-off de Dead Like Me mais décline plusieurs de ses idées. Le rôle masculin principal est écrit avec Lee Pace en tête, l’acteur ayant déjà joué un rôle récurrent dans Wonderfalls, mais ses agents refusent. Convoqué à sa place, Adam Brody (Newport Beach) décline à son tour la proposition. Entretemps, Pace finit par lire le script du pilote et accepte. Un personnage comme ça, on n’en joue pas tous les jours.

Lee Pace incarne Ned, un jeune homme qui, dès son plus jeune âge, se découvre un pouvoir surnaturel : celui de ressusciter les morts. Enfant, il ramène ainsi à la vie sa mère qui vient de succomber à une rupture d’anévrisme. Mais le soir, lorsqu’il l’embrasse pour lui souhaiter bonne nuit, elle s’éteint définitivement. Un toucher pour ressusciter, un second pour renvoyer dans l’au-delà, voici les règles qui régissent l’étrange « don » de Ned. Et s’il maintient en vie les trépassés plus d’une minute, quelqu’un d’autre meurt aux alentours pour rétablir une sorte d’équilibre. Désormais adulte, Ned est devenu pâtissier et tient un restaurant appelé The Pie Hole dont les finances ne sont pas florissantes. Lorsque le détective privé Emerson Cod (Chi McBride) découvre par hasard ses pouvoirs, il lui fait une proposition : Ned ramènera temporairement les victimes de meurtres à la vie, ce qui permettra à Emerson de comprendre les circonstances de leur mort, de résoudre rapidement l’affaire et de partager avec lui l’argent de la récompense. Ce petit manège se complique le jour où Ned apprend que Chuck (Anna Friel), son amie d’enfance, a été assassinée. Il la ranime mais ne peut se résoudre à la laisser mourir définitivement. Tous deux retombent amoureux, prisonniers désormais d’une malédiction qui les empêche de se toucher…

Kitsch, surréalisme et poésie

La folle excentricité du concept de Pushing Daisies trouve son écho dans une mise en forme très singulière. Le surréalisme, la poésie, le kitsch assumé, les teintes ultra-saturées et la féerie sont en effet les lignes de conduites visuelles de la série, sous l’impulsion de Barry Sonnenfeld qui en réalise les premiers épisodes. « Ma mission était de donner vie à un livre illustré », explique le chef décorateur Michael Wylie. « Je me suis attaché à mettre en avant des motifs répétitifs de différentes couleurs, notamment les rouges et les oranges » (1). Les décors déclinent non seulement les teintes chaudes mais aussi les formes circulaires qu’on retrouve à toutes les échelles, avec une propension quasi-systématique à la symétrie. « Les producteurs nous ont demandé d’obtenir des images quelque part à mi-chemin entre Amélie Poulain et les films de Tim Burton », ajoute le directeur de la photographie Michael Weaver. « Ils voulaient quelque chose d’exagérément lumineux, plus grand que la vie » (2). Cette esthétique surprenante s’harmonise avec les personnages extravagants, les situations grotesques, les dialogues absurdes, les jeux de mots à double sens et les métaphores qui s’accumulent sans retenue comme les ingrédients d’un gâteau qui serait trop gros, trop sucré, trop coloré… mais finalement irrésistible. Pushing Daisies nous enivre dans ses excès et remporte un succès mérité. Mais la grève des scénaristes met à mal sa diffusion et pousse ABC à l’écourter. Frustré par cet arrêt prématuré, Bryan Fuller prolongera la série sous forme d’une bande dessinée distribuée lors des conventions de fans et mise en ligne sur le site officiel du show.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans « TV Guide » en octobre 2007.

(2) Extrait d’une interview publiée dans « Variety » en juin 2010.

 

© Gilles Penso


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ANDOR (2022)

La saga Star Wars nous montre sa face la plus sombre et la plus réaliste dans cette série qui précède les événements de Rogue One

ANDOR

 

2022 – USA

 

Créée par Tony Gilroy

 

Avec Diego Luna, Kyle Soller, Adria Arjona, Stellan Skarsgård, Fiona Shaw, Genevieve O’Reilly, Denige Gough, Faye Marsay, Varada Sethu, Andy Serkis

 

THEMA SPACE OPERA I SAGA STAR WARS

Dissipons tout de suite un doute : le Andor du titre de cette série Star Wars n’a rien à voir avec Endor, la planète des Ewoks qui fut le théâtre d’un affrontement homérique dans Le Retour du Jedi. La quasi-homonymie des deux mots est trompeuse. Car Andor est le nom de famille de Cassian, le héros incarné par Diego Luna qui jouait un rôle clé dans Rogue One et que nous retrouvons ici quelques années avant les événements décrits dans le film de Gareth Edwards. Contrairement aux séries précédentes dérivées de l’univers créé par George Lucas, l’imagerie habituelle n’est pas au rendez-vous. C’est une facette sombre et banalisée de la galaxie Star Wars que nous révèle Andor, loin des Jedi et des Siths. Les héros sont des ouvriers, des petits trafiquants, des traîne-misère. Tout le glamour habituellement rattaché à la saga semble s’être évaporé au profit d’ateliers poussiéreux, de chantiers insalubres, d’appartements minables, de bars louches et même de maisons closes. Quant à notre personnage principal, il prend dès le premier épisode les allures d’une petite frappe qui traîne dans les coins les plus louches de la galaxie et n’hésite pas à tuer de sang-froid ceux qui lui barrent la route.

Plusieurs flash-backs intercalés dans le cours de l’action nous permettent de comprendre qui est Cassian Andor. Jeune membre d’une tribu pacifique de la planète Kenary, il est le seul survivant d’un massacre perpétré par l’Empire. Sa mère adoptive, Maarva, l’élève comme son propre fils sur la planète Ferrix où elle a élu domicile en compagnie du droïde B2EMO, une machine vétuste et rouillée mais à la fidélité infaillible. Aujourd’hui, Cassian est un voleur peu scrupuleux qu’aucune ferveur n’anime et qu’aucun combat n’intéresse, en dehors de celui qui lui permet de survivre et de subsister au jour le jour. C’est à contre-cœur et bien malgré lui qu’il finit par rejoindre un groupe de rebelles organisés pour affaiblir l’inquiétante progression de l’Empire. Il vend simplement ses services et son savoir-faire comme un vulgaire mercenaire. Mais la tournure des événements va progressivement le pousser à prendre parti et à s’impliquer dans cette bataille aux enjeux politiques complexes.

L’armée des ombres

La série a ceci d’original qu’elle fait tomber de leur piédestal toutes les composantes de la saga imaginée par George Lucas pour les réexplorer sous un angle trivial. Plus qu’une assemblée de super-vilains casqués, l’Empire galactique est ici décrit comme une administration fasciste gangrénée par ses propres luttes de pouvoir et sa lourde bureaucratie. Les rebelles, de leur côté, n’ont pas l’allure de chevaliers sans peur et sans reproches mais de maquisards épars et désorganisés aux conditions de vie précaires chez qui règne souvent la discorde. Revisiter un monde qu’on croyait connaître sur le bout des doigts sous ce nouvel angle a quelque chose de fascinant, car à hauteur d’homme les notions de zèle, d’esprit de sacrifice, de manigances ou de courage prennent une dimension beaucoup plus palpable. Pour peu, nous oublierions que nous avons affaire à l’univers Star Wars. C’est dans la parfaite lignée de Rogue One que s’inscrit donc Andor. Ici, le « fan service » n’a pas droit de cité. À l’ambiance de western spaghetti déclinée dans The Mandalorian et Le Livre de Boba Fett, Andor préfère celle du thriller politique, du récit d’espionnage et du film de résistance. Servi par des effets visuels remarquables, une réalisation solide, des acteurs extrêmement convaincants et des scénarios bourrés d’audace, Andor est donc sans conteste l’une des déclinaisons les plus réussies et les plus surprenantes de cette bonne vieille Guerre des étoiles.

 

© Gilles Penso

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PRISONNIER (LE) (2009)

Une tentative audacieuse mais modérément convaincante de moderniser la série culte des années 60…

THE PRISONNER

 

2009 – USA

 

Créée par Trevor Hopkins

 

Avec Jim Caviezel, Ian McKellen, Hayley Atwell, Ruth Wilson, Lennie James, Rachael Blake, Jamie Campbell Bower, Renate Stuurman, John Whiteley

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Se lancer dans le remake de l’une des séries télévisées les plus culte, les plus atypiques et les plus insaisissables de tous les temps était une idée extrêmement audacieuse mais qui frôlait l’inconscience. Comment se mesurer à un tel phénomène sans se casser les dents ? Le Prisonnier de Patrick McGoohan et George Markstein ne ressemblait à rien de connu, et si l’influence de ce show mythique est aujourd’hui encore considérable, c’est un objet étrange qui se distingue par sa singularité et sa non-reproductibilité. En initiant une nouvelle version – dont le projet se met en branle dès l’année 2005 – le producteur Trevor Hopkins, le scénariste Bill Gallagher et la chaîne AMC connaissent les risques. Leur ligne de conduite consiste donc à reprendre le principe de leur modèle et plusieurs de ses gimmicks mais d’en modifier le contexte, la tonalité et le style. La série sera plus courte (six épisodes seulement), connaîtra une résolution pragmatique et se concentrera sur un nombre plus réduit de personnages. Le n°2 par exemple, autorité officielle du « Village » obéissant à une entité supérieure inconnue, ne changera pas de visage d’un épisode à l’autre. Ce sera le même comédien. Le rôle est d’abord confié à John Lithgow, mais l’acteur fétiche de Brian de Palma est alors occupé par la quatrième saison de Dexter. Il est donc remplacé par le vénérable Ian McKellen, rien moins que le Gandalf du Seigneur des anneaux et le Magneto de la saga X-Men.

Pour incarner le n°6, la production a la bonne idée de solliciter Jim Caviezel. Sans avoir le magnétisme ou l’expressivité de Patrick McGoohan, cet acteur discret mais solide (La Ligne rouge, Fréquence interdite, La Passion du Christ, Outlander) incarne parfaitement cet « homme de nulle part ». Contrairement au Prisonnier original, qui nous résumait dans son générique la situation d’un agent secret démissionnaire kidnappé chez lui et ramené dans le Village, le héros de cette nouvelle version est une parfaite énigme en début de série. Il se réveille au milieu du désert, est partiellement amnésique, ne se souvient pas de son nom et découvre l’étrange communauté du Village, des gens qui portent des numéros et semblent tout ignorer du monde extérieur. Bizarrement, certains de ces visages lui sont familiers, sans qu’il sache pourquoi. Le passé de ce nouveau prisonnier ne nous apparaît que par bribes, via des flash-backs furtifs situés à New York. La rencontre dans un restaurant avec une jeune femme semble avoir précédé de près sa perte de conscience et son enlèvement. Désormais, il est le n°6 et se confronte avec le n°2, le chef du Village qui va tout faire pour le contraindre à s’intégrer dans cette collectivité grégaire…

L’ombre de George Orwell

Si plusieurs éléments du Prisonnier original nous rappellent à leur bon souvenir (en particulier le fameux ballon blanc géant qui empêche toute évasion), le décor a changé. À la place du village côtier filmé à Portmeirion, nous sommes en présence d’un site désertique tourné à Swakopmund, en Namibie. Ce ravalement de façade n’est pas uniquement cosmétique. Les scénarios écrits par Bill Gallagher s’éloignent volontairement de ceux de la première série pour développer leurs propres enjeux dramatiques. À la loufoquerie surréaliste des années 60, ce Prisonnier préfère s’ancrer dans une paranoïa plus moderne, reprenant à son compte les codes du thriller, de l’espionnage et de la science-fiction pour bâtir un nouveau puzzle conçu pour déstabiliser les téléspectateurs. Les nombreuses confrontations psychologiques entre Jim Caviezel et Ian McKellen – qui constituent sans doute l’élément le plus intéressant de ce remake – évoquent celles de Smith et O’Brien dans « 1984 », George Orwell restant une source d’inspiration majeure. La série se suit donc avec un certain intérêt mais manque d’une originalité, d’un grain de folie ou d’une extravagance qui la feraient sortir du lot. À la fin de ces six heures de diffusion, au moment de la résolution, une certaine déception s’empare des téléspectateurs. À trop vouloir rationnaliser, à tant chercher un équilibre prudent entre la bizarrerie et une narration classique, le Prisonnier de 2009 échoue à marquer durablement les esprits. Ceux qui ont découvert cette relecture du classique des sixties s’en souviennent donc généralement comme une mini-série soignée mais sans aspérité.

 

© Gilles Penso


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PRISONNIER (LE) (1967-1968)

La série la plus paranoïaque de l’histoire de la télévision plonge un ex-agent secret dans un monde totalitaire aux allures de village de vacances…

THE PRISONER

 

1967/1968 – GB

 

Créée par Patrick McGoohan et George Markstein

 

Avec Patrick McGoohan, Angelo Muscat, Peter Swanwick, Denis Shaw, Fenella Fielding, George Baker, Annette Andre, David Bauer, Sheila Allen, Leo McKern

 

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

C’est pendant le tournage de la série d’espionnage Destination Danger que Patrick McGoohan et George Markstein développent l’idée du Prisonnier. Les deux shows semblent d’ailleurs se suivre de près, comme si John Drake (l’agent secret qu’interprète McGoohan dans Destination Danger) était le même personnage que le protagoniste du Prisonnier (un espion qui vient de démissionner, toujours incarné par McGoohan). Si l’acteur a toujours démenti cette filiation, le public ne l’a pas toujours entendu de cette oreille, entrevoyant de nombreux indices susceptibles de renforcer ce lien, notamment certains épisodes de Destination Danger qui se situent dans la bourgade galloise de Portmeirion, celle-là même qui servira de décor principal pour le fameux village du Prisonnier. Aujourd’hui encore, la question du lien chronologique et thématique entre les deux séries reste sans réponse. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, Le Prisonnier crée beaucoup plus de mystères qu’il n’en dissipe. C’est même sa raison d’être. « Ne cherchez pas d’explications, vous n’en aurez pas, mais ouvrez votre esprit et réfléchissez » semblent vouloir nous dire ses 17 épisodes énigmatiques. Si la nature exacte de la participation de George Markstein à la création du Prisonnier reste incertaine, on sait que Mc Goohan, non content d’en tenir le rôle principal, en fut l’instigateur et parfois-même le scénariste et le réalisateur.

Entré dans la légende, le long générique plante le décor de manière dynamique. Le ciel tourmenté de Londres gronde dans un bruit de tonnerre. Au volant de sa voiture de sport, un agent secret traverse les rues de la ville puis s’enfonce dans un parking souterrain. Il poursuit son parcours à pied, arpentant le tunnel d’un pas décidé. La discussion avec l’interlocuteur qu’il retrouve dans un petit bureau (son supérieur) est animée. Notre homme est en colère. Il dépose une lettre de démission, frappe du poing sur la table puis tourne les talons. Lorsqu’il reprend la route qui le mène chez lui, une grosse limousine le suit de près. Et tandis que la machine bureaucratique se met en marche, enregistrant officiellement l’abandon de poste de l’espion, ce dernier regagne son appartement et prépare ses valises. Il est stoppé dans son élan par un gaz toxique qui pénètre chez lui par la serrure. Il perd connaissance. Lorsqu’il revient à lui, c’est dans une mystérieuse bourgade côtière simplement nommée « Le Village ». Tous les habitants semblent y vivre paisiblement, mais personne n’a de nom, uniquement des numéros. Lui-même porte désormais le numéro 6. « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! » finit-il pas s’écrier, mais sa voix se perd comme celle d’un prêcheur dans le désert. Le voilà captif dans une geôle à ciel ouvert dont il ne comprend ni le fonctionnement, ni la logique…

Bonjour chez vous !

Le Prisonnier nous plonge ainsi dans un univers totalitaire qui évoque les grands classiques du genre, de George Orwell à Franz Kafka. Mais nos repères se troublent dans la mesure où ce cauchemar prend les allures d’un paradis coloré, inoffensif et récréatif, une sorte de village de vacances mâtiné de conte de fées et de parc d’attractions, quelque part à mi-chemin entre Disneyland et l’univers joyeusement absurde d’Alice au pays des merveilles. La plus haute autorité à laquelle se frotte le n°6 est le n°2, qui ne cesse de changer de visage au fil des épisodes. Qui est le n°1 ? Pourquoi le n°6 est-il prisonnier ? Que lui veut-on ? Pourquoi les raisons de sa démission semblent-elles tant intéresser ses geôliers ? Beaucoup de questions et bien peu de réponses. Mais au lieu de baisser les bras comme tous les autres habitants, notre héros s’entête, résiste et marque son refus. Alors que la caméra le filme souvent en plongée, accentuant son front comme pour mieux insister sur l’intelligence du personnage et son opiniâtreté, les dialogues prennent souvent la forme de parties de ping-pong où chacun joue à qui aura le dernier mot. Chaque tentative d’évasion se solde par le même échec : le surgissement d’un gigantesque ballon blanc qui empêche notre héros de quitter les lieux. Et lorsqu’il retrouve ce village désespérément souriant, c’est pour entendre la salutation affable des autochtones : « bonjour chez vous ! ». Le Prisonnier est un classique atemporel et totalement inclassable, à la lisière de l’espionnage, la science-fiction, le thriller et la comédie, avec un goût du surréalisme qui n’est pas sans évoquer Chapeau melon et bottes de cuir et une culture de la paranoïa qu’on retrouvera dans Les Envahisseurs et X-Files. Quant au dernier épisode, il ne résout rien et ouvre au contraire d’autres portes et de nouvelles pistes de réflexion. Car rien n’est jamais certain dans cette série, sauf peut-être une chose : sa volonté farouche de se positionner comme un vif plaidoyer pour l’individualité et la liberté.

 

© Gilles Penso

 

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ROSE RED (2002)

Stephen King imagine l’incursion d’une équipe de scientifiques dans une maison hantée dont l’architecture ne cesse de changer…

ROSE RED

 

2002 – USA

 

Réalisé par Craig R. Baxley

 

Avec Nancy Travis, Matt Keeslar, Kimberly J. Brown, Judith Ivey, Melanie Lynskey, Matt Ross, Julian Sands, David Dukes

 

THEMA FANTÔMES I SAGA STEPHEN KING

Stephen King a toujours été fasciné par les maisons hantées et voue une admiration sans borne à La Maison du diable de Robert Wise mais aussi au roman de Shirley Jackson dont il s’inspire. Cette fascination le pousse à écrire le scénario de Rose Red, qu’il souhaite proposer à Steven Spielberg. Mais les deux hommes ne s’entendent pas sur la tournure du récit et le projet traîne. Pas démonté pour autant, King décide de se remettre au travail en remaniant son scénario. Il est soudain interrompu par un accident qui manque de lui coûter la vie. Une voiture le heurte de plein fouet et le laisse dans un bien piteux état (un épisode qu’il racontera à sa manière dans la série Kingdom Hospital). Cloué au lit, King termine le scénario de Rose Red en un mois. « Je me servais du travail comme d’une drogue, en fait, parce que ça fonctionnait mieux que tout ce qu’on me donnait pour calmer la douleur », raconte-t-il. « J’avais beaucoup de difficultés à tenir mon stylo 45 minutes par jour, mais reprendre le travail était vital, car il me fallait briser la glace d’une manière ou d’une autre » (1). Son script en poche, King propose à Craig R. Baxley (avec qui il avait collaboré avec bonheur sur La Tempête du siècle) de le porter à l’écran sous forme d’une mini-série de trois fois 85 minutes, à laquelle la chaine ABC alloue un budget de 35 millions de dollars.

La première scène de Rose Red n’est pas sans évoquer celle du roman « Carrie ». Une petite fille autiste, Annie Witton, dessine une maison qu’elle recouvre de ratures. Soudain, une pluie de pierres détruit une vraie maison qui ressemble trait pour trait à celle du dessin. Dix ans plus tard, Joyce Reardon (Nancy Travis), professeur d’université passionnée de parapsychologie, organise une étude de l’immense maison hantée Rose Red à Seattle. Avant même sa construction, le lieu a fait des victimes, premières d’une longue série. Aujourd’hui, la maison est considérée comme « endormie ». Joyce réunit une équipe de huit experts parmi lesquels se trouvent son petit ami Steve Rimbauer (Matt Keeslar), dernier descendant des propriétaires de Rose Red, ainsi qu’Annie Witton (que nous avons découverte dans le prologue et qui est incarnée par Kimberly J. Brown) et sa grande sœur Rachel (Melanie Lynskey révélée dans Créatures célestes). Mais Carl Miller (David Dukes), le directeur de l’université, voit d’un très mauvais œil les recherches de Joyce. Il parvient à lui faire retirer son poste et envoie un étudiant pour espionner l’équipe pendant leur séjour à Rose Red…

« Elle peut s’agrandir autant qu’elle le souhaite »

On le voit, le postulat est très proche de celui de La Maison du diable, auquel Rose Red ne cesse de rendre hommage. La demeure elle-même est très impressionnante. Dès l’entrée, une statue de diablotin surplombe les lieux. A l’intérieur, l’espace semble gigantesque. Fait curieux : l’architecture des lieux semble se réaménager au fur et à mesure. « Lorsque cette maison s’éveille et qu’elle trouve de l’énergie qui la nourrit, elle peut s’agrandir autant qu’elle le souhaite » dit à ce propos le parapsychologue Nick Hardaway (Julian Sands). Conçus par Maggie Martin, les décors sont superbes, avec une mention spéciale pour la bibliothèque miroir et la pièce « sens dessus dessous ». Si certains personnages frôlent la caricature (comme Emery Waterman, incarné par Matt Ross, qui ne cesse de geindre et de grimacer), le casting reste convaincant. L’élément le plus intéressant du téléfilm est d’ailleurs le changement de personnalité de Joyce, qui oublie peu à peu tout discernement tant elle est obsédée par l’étude de la maison, et se laisse visiblement contaminer par la folie de Rose Red. Bien plus réussi que le Hantise de Jan de Bont mais à mille lieues de la réussite de La Maison du diable, Rose Red se pare de maquillages spéciaux très efficaces signés Steve Johnson et d’une musique envoûtante de Gary Chang. Stephen King y fait une petite apparition comique dans le rôle d’un livreur de pizza.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans le Los Angeles Times en janvier 2002.

 

© Gilles Penso


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