DOLLMAN VS. DEMONIC TOYS (1993)

Un policier extra-terrestre miniature et une infirmière de 30 centimètres de haut affrontent des jouets démoniaques…

DOLLMAN VS. DEMONIC TOYS

 

1993 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Tim Thomerson, Tracy Scoggins, Melissa Behr, Phil Brock, Phil Fondacaro, R.C. Bates, Willie C. Carpenter, Peter Chen, Frank Welker, Tim Dornberg

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I JOUETS I EXTRA-TERRESTRES I CLOWNS I SAGA CHARLES BAND I DEMONIC TOYS

Roi du recyclage et des économies d’échelle, le producteur/réalisateur Charles Band a toujours aimé exploiter jusqu’au bout les concepts développés au sein de sa compagnie Full Moon. D’où l’idée de réutiliser les héros de trois films bien distincts dans l’espoir de faire fructifier des franchises potentielles à travers l’exercice du crossover. Dollman vs. Demonic Toys s’amuse ainsi à mêler le flic extra-terrestre miniature de Dollman (d’Albert Pyun, 1991) avec l’infirmière rétrécie par des aliens dans Bad Channels (de Ted Nicolaou, 1992) et les jouets maléfiques de Demonic Toys (de Peter Manoogian, 1992). Pour donner corps à ce medley improbable, Band passe lui-même à la mise en scène et confie le scénario à Craig Hamann (auteur du moyen métrage My Best Friend’s Birthday de Quentin Tarantino). Tim Thomerson, Melissa Behr et Tracy Scoggins, personnages respectifs de Dollman, Bad Channels et Demonic Toys, acceptent de participer à ce film patchwork lorsque Charles Band leur promet un tournage court et sympathique, même si aucun d’entre eux n’est vraiment dupe sur la qualité du produit fini. Dès l’entame, on sent bien que Dollman vs. Demonic Toys va tirer à la ligne : une durée globale d’une heure cinq à peine, un interminable générique de 4 minutes 30, de très nombreux stock-shots empruntés aux films précédents… De toute évidence, Band tente de faire du neuf avec du vieux en réduisant les dépenses au maximum.

Le film s’intéresse d’abord à la femme flic Judith Grey, de retour dans l’entrepôt de jouets où elle connut les mésaventures racontées dans Demonic Toys. Un clochard s’introduit lui aussi dans les lieux, fait une chute, provoquant l’écoulement de litres de sang qui permettent aux joujoux diaboliques de ressusciter. Alors qu’elle tente de les stopper, Judith est arrêtée par des collègues et démise de ses fonctions. Changement de décor : nous voilà dans la cuisine d’une coquette maison de banlieue. Ginger, la jolie infirmière rétrécie de Bad Channels, se réveille dans un tiroir, croque dans une tartine géante, allume la radio puis est sauvée in-extremis d’une araignée gigantesque par Brick Bardo, le flic miniature de Dollman. L’idylle à petite échelle qui se noue entre les deux mini-héros est interrompue par Judith, qui réclame leur aide contre les jouets démoniaques. Leur taille sera en effet un atout pour se faufiler dans les conduits de l’entrepôt et en découdre avec ces peluches grimaçantes. Gonflé à bloc, notre trio part donc bras-dessus bras-dessous à l’assaut des « Demonic Toys »…

Batailles miniatures

Du côté des vilains jouets, on retrouve avec joie Jack le clown aux crocs acérés, Oupsy le bébé en plastique et Static le robot aux bras-canons. Si le vorace ours en peluche Teddy le Grizzly manque à l’appel, il est remplacé par une caricature de G.I. Joe, Zombietoid, qui grimace nerveusement en brandissant son épée. Les effets spéciaux qui donnent vie à cette galerie colorée (marionnettes mécaniques, costumes articulés) sont rudimentaires mais efficaces, tout comme la petite poignée de décors surdimensionnés permettant de visualiser la taille réduite des héros miniatures. Quelques séquences folles ponctuent le film, comme ce passage impensable où le bébé pervers essaie d’abuser de Ginger dans une maison de poupée ! Mais pour le reste, Dollman vs. Demonic Toys assure le service minimum côté péripéties et n’offre aux spectateurs que de molles échauffourées entre les minuscules belligérants et les vilains joujoux. Anecdotique et parfaitement facultative, cette triple séquelle n’est pas entrée dans les mémoires. Brick Bardo ne deviendra donc pas le héros de la franchise envisagée. Les jouets maléfiques, quant à eux, reviendront en 2004 dans un autre crossover improbable : Puppet Master vs. Demonic Toys.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

Partagez cet article

SHELLEY (2016)

Une jeune femme célibataire accepte d’être mère porteuse pour un couple stérile, mais sa grossesse prend une tournure très inquiétante…

SHELLEY

 

2016 – DANEMARK

 

Réalisé par Ali Abbasi

 

Avec Cosmina Stratan, Ellen Dorrit Petersen, Peter Christoffersen, Björn Andrésen, Marianne Mortensen, Kenneth M. Christensen, Patricia Schumann

 

THEMA ENFANTS

Pour son premier long-métrage, le réalisateur danois Ali Abbasi nous plonge dans une atmosphère oppressante en racontant comment une grossesse inespérée vire progressivement au cauchemar. Le titre Shelley n’est évidemment pas choisi au hasard. « Le nom de Mary Shelley est naturellement associé à celui de Frankenstein et donc au monstre », explique le réalisateur. « Ce nom de famille pourrait être un joli prénom féminin, mais culturellement il évoque quelque chose de sinistre. C’est presque inconscient. Quand vous entendez le mot “Shelley“, vous sentez qu’il véhicule de l’étrangeté et de l’inquiétude, sans forcément savoir pourquoi. » (1) Elena (Cosmina Stratan), une jeune mère célibataire roumaine qui a besoin d’argent pour s’occuper de son fils, accepte un travail d’aide-ménagère chez un couple danois dans une maison isolée en pleine nature, sans électricité ni confort moderne. Même si ses employeurs Louise (Ellen Dorrit Petersen) et Kasper (Peter Christoffersen) sont affables et accueillants, le cadre champêtre aux allures paradisiaques ne semble pas aussi idyllique qu’il n’y paraît.

Un certain malaise se dégage de ce bien-être permanent, sans qu’on puisse précisément mettre le doigt dessus. Lorsqu’elle accepte en échange d’une coquette somme d’argent de porter le bébé de Louise, dont le rêve de maternité est brisé par sa stérilité, Elena scelle son destin. L’enfant grandit trop vite dans son ventre, affectant sa santé et son comportement tout en émettant intra utero des sons particulièrement angoissants. Plus la naissance approche, plus le film bascule dans l’horreur. Le thème que développe Shelley nous est familier : la grossesse qui tourne mal et le bébé diabolique. Mais le cinéaste Ali Abbasi opte pour une approche très sensitive, très atmosphérique, loin des canons habituels du film d’horreur, posant sa caméra sur des personnages crédibles et attachants.

La chose dans le ventre

« D’un point de vue purement dramaturgique, la grossesse est une véritable mine d’or », explique Ali Abbasi. « Au départ, vous avez une créature qui grandit à l’intérieur de votre organisme. Ce n’est pas encore un être humain, c’est une « chose ». C’est presque comme une maladie, comme un parasite qui se nourrit de vous et vous affaiblit. Soudain vous changez physiquement, vous commencez à agir bizarrement, vos sens s’aiguisent, vous perdez le contrôle de vous-même. » (2) Le problème de Shelley est lié au refus de son réalisateur d’assumer pleinement le caractère fantastique de son propos, tournant autour de son sujet sans jamais l’aborder frontalement, et dirigeant finalement son récit vers une impasse frustrante. C’est d’autant plus dommage que la patine du film est d’une élégance rare, sertissant ses comédiens dans une photographie somptueuse et emplissant sa bande son d’effets oppressants dont le moindre n’est pas le grincement incessant du nouveau-né.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 2016

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

DAY SHIFT (2022)

Jamie Foxx, Dave Franco et Snoop Dogg jouent les mercenaires chasseurs de vampires dans cette comédie d’action sanguinolente…

DAY SHIFT

 

2022 – USA

 

Réalisé par J.J. Perry

 

Avec Jamie Foxx, Dave Franco, Snoop Dogg, Natasha Liu Bordizzo, Meagan Good, Karla Souza, Steve Howey, Scott Adkins, Oliver Masucci, Eric Lange, Peter Stormare

 

THEMA VAMPIRES

Day Shift marque les premiers pas de réalisateur de J.J. Perry. Pour autant, notre homme est loin d’être un débutant à Hollywood. Grand spécialiste des arts martiaux et du maniement des armes, il a œuvré sur les cascades de quelque 150 films, de Mortal Kombat à Avatar en passant par Batman et Robin, Blade, Wild Wild West, La Planète des singes, Constantine, Ultraviolet ou encore Iron Man. À partir de 2006, il devient également réalisateur de deuxième équipe, dirigeant les séquences de poursuites et de combats de longs-métrages musclés comme Fast and Furious 8 et 9 ou Skyscraper. Perry a donc de la bouteille et une expérience indiscutable dans le domaine de l’action. Il semblait légitimement en mesure de prendre en charge la réalisation d’un film à part entière, pour peu qu’il s’agisse d’une œuvre mouvementée et gorgée de testostérone. Le voici donc à la tête de Day Shift, une comédie d’horreur conçue sur-mesure pour Jamie Foxx, avec en guise de « sidekicks » Dave Franco (le frère de James) et le rappeur Snoop Dogg. Écrit par Tyler Tice, le scénario est revu et corrigé par Shay Hatten, qui n’est pas particulièrement connu pour sa finesse (nous lui devons notamment John Wick Parabellum, Army of the Dead et Army of Thieves). Sachant que le film est conçu pour atterrir directement sur la plateforme Netflix, à quoi fallait-il s’attendre ?

Musique cool, panoramas californiens ensoleillés, montage nerveux, les premières images de Day Shift donnent le ton : la légèreté est de mise. Jamie Foxx incarne Bud Jablonski, un modeste nettoyeur de piscines qui œuvre dans la vallée de San Fernando. Mais cette activité respectable cache son véritable gagne-pain : il est chasseur de vampires. Mercenaire solitaire, il traque donc les suceurs de sang qu’il massacre sans relâche pour pouvoir récupérer leurs canines, la seule chose qu’ils ne peuvent régénérer. Or les crocs de vampires se monnaient très bien. Mais Bud apprend que son ex-femme envisage de déménager avec leur fille de huit ans. Cette dernière a besoin d’argent pour des frais de scolarité impayés et pour un nouvel appareil dentaire. Bud est alors prêt à tout pour augmenter ses revenus, quitte à réintégrer le très officiel syndicat de chasseurs de vampires duquel il fut renvoyé à cause d’un grand nombre de manquements aux règles et aux protocoles. Cette réembauche ne se fait qu’à deux conditions : il travaillera uniquement de jour (d’où le titre du film) et sera épaulé par un petit fonctionnaire (Dave Franco) qui s’assurera du bon respect du code de conduite des chasseurs de vampires…

Les dents de l’amer

La mécanique du buddy movie se met en place assez rapidement, opposant le mercenaire dur à cuire et le comptable étriqué (un duo qui n’est pas sans évoquer par moments celui de Dolph Lundgren et Brian Benben dans Dark Angel). L’humour du film s’appuie principalement sur l’incompatibilité de ces co-équipiers, avec en filigrane des clins d’œil à Entretien avec un vampire, Twilight et Génération perdue. Mais Day Shift est surtout un film d’action. Les combats sanglants contre des vampires contorsionnistes, les poursuites de voitures, les gunfights à répétition et les décapitations en série saturent donc l’écran tandis que le compositeur Tyler Bates déchaîne ses guitares électriques, ses percussions et ses synthétiseurs. Hélas, le spectacle sonne creux. Pour habile qu’elle soit, la mise en scène ne dépasse pas celle d’un réalisateur de deuxième équipe : propre, nette, efficace mais sans véritable enjeu dramatique. Le scénario lui-même reste désespérément superficiel, agitant comme des marionnettes des personnages archétypaux dont le sort nous importe bien peu. De nombreuses idées originales étaient pourtant amorcées : les cinq types de vampires (les méridionaux, les orientaux, les arthropodes, les Uber et les juvéniles), le pouvoir surnaturel de leurs crocs, la création d’une crème solaire leur permettant d’évoluer en plein jour… Mais rien de tout ça n’est exploité et le film s’oublie très vite après son visionnage.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

NOPE (2022)

Un dresseur de chevaux et sa sœur observent des phénomènes étranges dans le ciel au-dessus de leur ranch…

NOPE

 

2022 – USA

 

Réalisé par Jordan Peele

 

Avec Daniel Kaluuya, Keke Palmer, Brandon Perea, Michael Wincott, Steven Yeun, Keit David, Wrenn Schmidt, Terry Notary

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES

Pour son troisième long-métrage, Jordan Peele reste fidèle au cinéma fantastique que nous aimons en abordant cette fois un sous-genre quelque peu tombé en désuétude depuis l’arrêt de la série X-Files : les OVNIs. Et si certains avaient comparé Peele à John Carpenter, il vient ici marcher sur les plates-bandes du Spielberg de Rencontres du troisième type et de La Guerre des mondes. Après Get Out, unanimement salué par la critique et le public, son second film Us avait été plus fraîchement accueilli, probablement à cause d’un scénario se voulant trop malin dont le sous-texte finissait par prendre le pas sur la cohérence et d’une intrigue aux péripéties somme toute limitées. Dès lors, on pouvait espérer que Nope soit un retour à une écriture plus simple et plus directe, pour mieux servir le genre en se débarrassant du petit péché de vanité de son auteur, un peu trop vite consacré « nouveau maître du genre » par la presse (mais aussi et surtout par les attachés de presse dUniversal). Hélas, Peele bombe encore un peu plus le torse et, d’après ses propres déclarations, a voulu livrer une réflexion sur la notion de spectacle cinématographique à un moment où l’avenir du cinéma en salles était incertain. Rien que ça ! Et pourtant, Nope a tout de la montagne qui accouche d’une souris…

OJ Haywood (Daniel Kaluuya, déjà au casting de Get Out) et sa sœur Emerald (Keke Palmer) sont dresseurs de chevaux pour Hollywood. Après que des débris divers se soient mis à pleuvoir du ciel en touchant fatalement leur père Otis (Keith David), OJ aperçoit une forme circulaire dissimulée au-dessus des nuages. Convaincus d’avoir à faire à un OVNI et décidant de braver tous les dangers plutôt que de fuir ou d’avertir les autorités, OJ et Emerald s’associent à Brandon (Angel Torres), un expert en électronique, et Antlers Host (Michael Wincoot), un chef opérateur en quête d’images inédites, afin de réussir à filmer cette soucoupe qui n’en est peut-être pas une… Voilà pour le fil scénaristique principal, qui ne s’embarrassera d’aucune complication ou détour mais que Peele tente d’enrichir avec l’intrigue d’un personnage secondaires : Ricky Jupe (Steven Yeun), le propriétaire d’un parc à thème voisin, convaincu de pouvoir entrer en contact avec l’OVNI et jadis témoin d’un accident survenu sur le plateau d’une sitcom mettant en scène un chimpanzé qui décima toute l’équipe de tournage. De prime abord, Nope semble s’éparpiller dans un ensemble de scènes mal affinées à l’écriture comme au montage, parfois sans lien narratif logique. Au fil d’une durée excessive de 2h10, on peut facilement identifier quelques séquences qui auraient pu rester sur le sol de la salle de montage (littéralement puisque le film a été filmé sur pellicule), comme celle où OJ accompagne son père à l’hôpital ou celle dans laquelle il achète des caméras de surveillance avec sa sœur – deux petites ellipses auraient même permis de resserrer l’aspect huis-clos à ciel ouvert du métrage.

Peele ou farce ?

À l’instar de Us, Nope peine à captiver si on le prend au premier degré, les éléments d’intrigue disparates semblant trainer en longueur et manquer cruellement d’enjeux. Avec sa construction en chapitres (intertitres à l’appui), on peut y voir une tentative d’émuler le style de Quentin Tarantino pour Once Upon a Time in Hollywood qui discourait sur le rapport entre la fiction et la réalité, célébrant la première comme une sorte d’anti-douleur de la seconde. Pour Peele, il est aussi question de célébrer le cinéma et de montrer jusqu’où l’être humain peut aller pour assouvir sa soif de spectacle (c’est là d’ailleurs l’unique lien avec l’intrigue secondaire impliquant le chimpanzé). Cette thématique est annoncée par une citation biblique au générique de début et illustrée par le tournage en IMAX de l’intégralité de la seconde partie du métrage, lorsque l’OVNI passe enfin à l’attaque. Les spectateurs qui auront la chance de voir le film dans une salle équipée se régaleront les rétines avec la photographie de Hoyt Van Hoytema, chef opérateur émérite et familier du format pour avoir œuvré avec Christopher Nolan sur Interstellar et Tenet. Toutefois, la dissertation visuelle de Peele désamorce complètement la tension dramatique d’une intrigue très schématique et au rythme fluctuant. De là à dire que Nope ne constitue au mieux qu’une bande démo du format IMAX, il n’y a qu’un pas… Mais à défaut de susciter le moindre frisson (les faux jump-scares ne comptant pas !), Peele a au moins le mérite d’évoquer au détour d’un monologue militant pour la place de la communauté noire dans l’histoire du 7ème art les expérimentations photographiques d’Edward Muybridge, un nom peu connu des cinévores. L’occasion de sortir de la salle en ayant au moins appris quelque chose !

 

© Jérôme Muslewski

 

Partagez cet article

LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES (2011)

Après la tentative mitigée de Tim Burton, la franchise inspirée par Pierre Boulle repart sur de toutes nouvelles bases…

RISE OF THE PLANET OF THE APES

 

2011 – USA

 

Réalisé par Rupert Wyatt

 

Avec James Franco, Andy Serkis, John Lithgow, Karin Konoval, Freida Pinto, Tom Felton, Brian Cox, Terry Notary, David Oyelowo, Tyler Labine, Jamie Harris

 

THEMA SINGES I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Si La Planète des singes de Tim Burton se comporta bien au box-office, l’accueil critique fut tellement glacial qu’aucune suite ne fut donnée au film. Pour autant, la franchise laissait d’autres portes ouvertes. Le scénariste Rick Jaffra s’y engouffra en 2005 après avoir lu plusieurs articles liés à l’attitude inquiétante de singes domestiqués. Sur cette base, il écrivit avec son épouse Amanda Silver un premier traitement qui séduisit les dirigeants de la 20th Century Fox. Mais il fallut quatre ans et une bonne trentaine de versions du scénario avant que le film entre enfin en production. Plusieurs réalisateurs furent envisagés jusqu’à ce que la Fox jette son dévolu sur Rupert Wyatt (remarqué pour son thriller Ultime évasion avec Brian Cox et Joseph Fiennes). Contrairement à la pentalogie des années 60/70 et au film de Tim Burton, le recours à des acteurs maquillés en singes fut écarté pour une approche plus réaliste. Il n’était pas non plus question d’utiliser de véritables primates, non seulement parce que les actions requises par les personnages étaient trop complexes mais aussi pour des raisons éthiques. Restait la solution de la « performance capture ». Portée aux nues par l’équipe néo-zélandaise de Weta Digital à l’occasion du Seigneur des anneaux, de King Kong et d’Avatar, cette technique semblait parfaitement appropriée aux exigences du scénario : des acteurs réels allaient interpréter les singes revêtus de combinaisons bardées de capteurs, puis les infographistes et animateurs de Weta leur donneraient leur apparence finale de chimpanzés, de gorilles, d’orangs-outans et de bonobos, le tout sous la supervision experte de Joe Letteri.

Le roman de Pierre Boulle et ses adaptations précédentes s’appuyaient sur la mécanique du voyage dans le temps, mais La Planète des singes : les origines évacue cet argument scénaristique au profit de la recherche médicale et de l’expérimentation génétique, ce qui permet de soulever de passionnantes questions morales. Dans un premier temps, notre pôle d’identification est le chimiste Will Rodman (James Franco). Employé par la compagnie Gen-Sys, il travaille activement sur un traitement nommé ALZ-112 censé guérir la maladie d’Alzheimer en agissant directement sur le cerveau par neurogénèse. Will est d’autant plus concerné que son père Charles (John Lithgow) est frappé de sénilité et pourrait être l’un des nombreux bénéficiaires de ces recherches. Les cobayes de cette expérimentation sont des chimpanzés. L’un d’entre eux, une femelle surnommée « Beaux Yeux », montre des résultats très concluants. Mais alors que le conseil d’administration s’apprête à voter pour que le traitement soit appliqué aux humains, elle s’échappe avec perte et fracas et finit abattue par les balles d’un gardien. Le programme de recherche est aussitôt annulé. Or « Beaux Yeux » voulait juste protéger son bébé, ce que découvre Will avec stupeur. Il recueille alors ce minuscule chimpanzé et le nomme César. Ce dernier révèle une intelligence hors du commun. Mais plus il grandit, plus il s’interroge sur sa place dans le monde…

« Non ! »

Nanti d’un confortable budget de 93 millions de dollars, La Planète des singes : les origines ne prend sa dimension de blockbuster épique que tardivement, préférant d’abord centrer l’intrigue et ses enjeux sur un mode intimiste. Les liens qui unissent Will, son père, sa petite amie Caroline (Freida Pinto) et ce singe à l’intellect surdéveloppé sont au cœur du récit. À mi-parcours, dès lors que César intègre un univers carcéral sinistre, le scénario calque sa structure narrative sur celle de La Conquête de la planète des singes. En effet, la rébellion couve et s’apprête à prendre des proportions alarmantes. Si Jack Lee Thompson ne put bénéficier à l’époque des moyens nécessaires pour porter à l’écran les idées spectaculaires qu’il avait en tête, Rupert Wyatt peut se payer le luxe d’un troisième acte apocalyptique au cours duquel les singes en révolte sèment la panique en ville avant un climax à couper le souffle situé au beau milieu du Golden Gate Bridge. Le prodige du film tient à la parfaite intégration de ses effets spéciaux révolutionnaires au beau milieu d’acteurs et de décors réels. Les expressions du visage de Cesar se révèlent particulièrement réalistes. Le travail combiné du comédien Andy Serkis et des artistes de Weta est tout simplement époustouflant. Nul besoin de dialogue pour comprendre ce qui se passe dans la tête du chimpanzé surdoué. Un seul regard, une seule mimique suffisent. Jusqu’au « Non ! » qu’il prononce à voix haute face aux humains abasourdis et qui renvoie directement au cri de rage qu’articulait Charlton Heston face à ses geôliers simiesques dans la première Planète des singes. Cette magistrale réinvention du mythe donnera naissance à une nouvelle trilogie.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA BATAILLE DE LA PLANÈTE DES SINGES (1973)

Un cinquième épisode parfaitement facultatif qui achève la saga de La Planète des singes sur une note décevante…

BATTLE OF THE PLANET OF THE APES

 

1973 – USA

 

Réalisé par Jack Lee Thompson

 

Avec Roddy McDowall, Claude Akins, Natalie Trundy, Severn Darden, Lew Ayres

 

THEMA SINGES I VOYAGES DANS LE TEMPS I FUTUR I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Souvent considéré comme l’un des meilleurs épisodes de la franchise, La Conquête de la planète des singes avait été critiqué lors de sa sortie pour son caractère jugé trop violent par toute une frange du public. Le studio Fox ayant décidé de produire un ultime long-métrage avant que la saga puisse se poursuivre sous forme d’une série TV, il était capital à ses yeux d’adoucir la tonalité pour attirer des spectateurs de tous âges. Fidèle au poste depuis Le Secret de la planète des singes, le scénariste Paul Dehn est donc chargé d’écrire une Bataille de la planète des singes « tous publics ». Son premier jet déplait au producteur Arthur P. Jacobs et des soucis de santé l’empêchent de continuer. Les époux John William Corrington et Joyce Hooper Corrington (auteurs du Survivant) sont alors chargés de tout reprendre. Ils concoctent un récit assez simple, influencé par le mythe de Caïn et Abel, et optent pour un dénouement optimiste et positif. Lorsqu’il est à nouveau sur pied, Paul Dehn réécrit une grande partie de ce scénario et choisit une chute plus ambigüe. Suite à ces réécritures successives, on ne s’étonnera pas de découvrir un film décousu et bancal, hésitant sans cesse sur la bonne tonalité. Le budget très modeste d’1,7 millions de dollars n’aide pas, le réalisateur Jack Lee Thompson étant obligé – comme pour La Conquête de la planète des singes – de trouver mille astuces pour masquer les faibles moyens mis à sa disposition.

Nous voilà transportés dans un monde futur qu’il nous est difficile de raccorder avec la fin du film précédent. Dans une société relativement primitive, humains et gorilles vivent en paix sous la loi des singes. Le vieux roi César (Roddy McDowall) dirige cette communauté dans un esprit d’entente relative avec Aldo (Claude Akins), le leader des gorilles, qui semble pour sa part renouer avec les traditions guerrières. La paix entre les deux espèces se révélant de plus en plus difficile à maintenir, César se lance dans la quête de ses origines. Étant donné que ses parents Zira et Cornelius sont venus du futur, il espère trouver des enregistrement vidéo dans les ruines de la cité voisine susceptibles de lui offrir des réponses. Mais sur place, César et ses compagnons découvrent des humains mutants frappés par les radiations, derniers survivants d’un holocauste nucléaire, qui tentent de s’emparer d’eux. Ils parviennent à prendre la fuite, mais dès lors les mutants décident d’attaquer la cité des singes. C’est le moment que choisissent Aldo et ses gorilles pour se révolter…

Une boucle qui ne se boucle pas

La première énorme faiblesse de cet ultime opus provient des innombrables incohérences du scénario, incapable de succéder de manière logique au final très ouvert de La Conquête de la planète des singes. Rien ne permet de comprendre comment la révolte violente narrée dans la cité du film précédent s’est muée en cohabitation paisible au sein d’un village d’Épinal où soudain tous les singes sont doués de parole. Il nous semble avoir raté un épisode. Plus problématique encore : la fin de La Bataille de la planète des singes ne boucle pas du tout la boucle amorcée avec La Planète des singes, engendrant une frustration légitime auprès des spectateurs qui se régalaient justement du gigantesque paradoxe temporel déployé dans les quatre épisodes précédents. La seconde faiblesse du film est le manque de panache de sa mise en scène, corollaire à son budget anémique. Incapable de bénéficier de décors dignes de ce nom, d’effets spéciaux performants ou de figurants suffisamment nombreux pour la grande bataille finale, Jack Lee Thompson fait ce qu’il peut sans parvenir à sauver les meubles. Mieux vaut donc se passer de ce cinquième épisode et achever son visionnage de la saga par La Conquête de la planète des singes, bien plus satisfaisant en tant qu’ultime épisode. Les curieux noteront côté casting la présence du metteur en scène John Huston (Moby Dick), du chanteur Paul Williams (Phantom of the Paradise) et de John Landis (futur réalisateur du Loup-garou de Londres). Après ce film facultatif, la franchise se poursuivra sur le petit écran avec un certain succès.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA CONQUÊTE DE LA PLANÈTE DES SINGES (1972)

Jack Lee Thompson met en scène la révolte brutale des singes contre les humains dans une cité totalitaire…

CONQUEST OF THE PLANET OF THE APES

 

1972 – USA

 

Réalisé par Jack Lee Thompson

 

Avec Roddy McDowall, Don Murray, Ricardo Montalban, Natalie Trundy, Severn Darden, Hari Rhodes, Lou Wagner, John Randolph

 

THEMA SINGES I VOYAGES DANS LE TEMPS I FUTUR I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Avant même que Les Évadés de la planète des singes ne sorte sur les écrans, La Conquête de la planète des singes entrait déjà en production, preuve de la confiance portée à cette franchise en termes de bénéfices potentiels. Pour autant, l’équilibre financier du studio 20th Century Fox est encore fragile, plusieurs échecs successifs – dont le flop spectaculaire de Cléopâtre – l’ayant mis à mal. Du coup, le budget alloué à ce quatrième opus de la saga inspirée par Pierre Boulle est encore plus réduit que ceux des deux films précédents. C’est avec 1,7 million de dollars à peine qu’il va falloir raconter le récit épique de la révolte des singes contres les humains dans une cité totalitaire futuriste. Pour mettre toutes les chances de son côté, le producteur Arthur P. Jacobs sollicite cette fois-ci le réalisateur Jack Lee Thompson, qu’il connaît depuis son premier long-métrage Madame Croque-maris et à qui il souhaitait confier tous les épisodes de la saga dès le premier Planète des singes. Mais des incompatibilités de planning empêchèrent jusqu’alors à Thompson de se libérer. Habitué aux films d’action solides et virils (Les Canons de Navarone, Les Nerfs à vif), Thompson se rend enfin disponible et apporte sa patte à la saga. Pour éviter de trop grosses dépenses, la majorité de l’action est filmée dans le quartier moderne de Century City, à Los Angeles, redécoré pour l’occasion et prolongé par des peintures sur verre de Matthew Yuricich. Des économies drastiques sont également rendues possibles en empruntant au producteur Irwin Allen de nombreux accessoires issus de ses séries TV de science-fiction, notamment les combinaisons futuristes de Voyage au fond des mers, les ordinateurs de bord d’Au cœur du temps et le mobilier de Land of the Giants.

L’intrigue de La Conquête de la planète des singes se situe en 1991, soit dix-huit ans après les événements racontés dans Les Évadés de la planète des singes. Après la mort de Zira et Cornelius, leur bébé chimpanzé a été élevé par le directeur de cirque Armando (Ricardo Montalban). Désormais adulte, ce singe intelligent (qui s’appelait Milo dans le film précédent mais porte désormais le nom de César, pour une raison que le scénario n’explique pas) cache sa capacité à parler et se retrouve plongé dans un monde dictatorial où les primates sont réduits en esclavage par l’humanité. Une décennie plus tôt, un virus a tué tous les chiens et chats sur Terre. Les singes les ont donc remplacés comme animaux domestiques, avant de se muer progressivement en serviteurs serviles maltraités et exploités sans scrupule. Révolté par le sort que subissent ses semblables, César communique son savoir et ses aptitudes aux autres singes afin de préparer une insurrection contre la race humaine…

Le poil de la bête

Fonçant tête baissée dans une voie qu’entrouvrait le film précédent, La Conquête de la planète des singes se veut le reflet des préoccupations sociales de son époque. Il est difficile de ne pas lire entre les lignes du scénario de Paul Dehn une métaphore du racisme, de l’esclavagisme et du combat pour les droits civiques des citoyens les plus défavorisés. Les émeutes de Watts, survenues à Los Angeles en 1965, sont encore récentes et font naturellement écho à cette relecture simiesque de Spartacus. Cet aspect est sans conteste le plus fascinant du film. On sent bien que La Conquête de la planète des singes n’a pas les moyens de ses ambitions, restreignant son action dans un nombre trop limité de décors pour évoquer pleinement un soulèvement planétaire des singes contre les humains. Mais la brutalité de la mise en scène de Jack Lee Thompson et la dureté somme toute très compréhensible du comportement de César (loin du maniérisme charmant de son père Cornelius, incarné lui aussi par Roddy McDowall) muent le film en allégorie sans concession renvoyant aux humains le reflet de leurs propres turpitudes. Ce quatrième opus est certainement le plus violent de la franchise. De nombreuses séquences de meurtres, de blessures sanglantes et de lynchage furent cependant coupées au montage pour éviter d’offusquer la censure. Le discours final de César lui-même fut considérablement adouci, troquant une impitoyable chasse aux humains contre un appel à la compassion et à la magnanimité.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article

LES ÉVADÉS DE LA PLANÈTE DES SINGES (1971)

Un troisième épisode qui alterne la comédie et le drame tout en bâtissant un vertigineux paradoxe temporel…

ESCAPE FROM THE PLANET OF THE APES

 

1971 – USA

 

Réalisé par Don Taylor

 

Avec Roddy McDowall, Kim Hunter, Bradford Dillman, Natalie Trundy, Eric Braeden, William Windom, Sal Mineo, Albert Salmi, Ricardo Montalban

 

THEMA SINGES I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Réalisé un peu « à l’arrache » pour éviter de creuser le déficit de la 20th Century Fox, Le Secret de la planète des singes était initialement conçu comme un film achevant le diptyque sans suite possible. Que raconter de plus après son climax en forme de gigantesque explosion nucléaire ? Mais les voies du succès sont impénétrables. Le film triomphe au box-office, tout comme son prédécesseur. Face à cet accueil inespéré, le producteur Arthur P. Jacobs se fend d’un télégramme adressé au scénariste Paul Dehn : « Les singes existent, il faut une suite. » Dehn s’exécute et trouve une idée géniale : juste avant la déflagration ayant détruit la planète des singes, trois primates se sont échappés à bord du vaisseau des humains et ont effectué le voyage temporel inverse, revenant donc sur la Terre à notre époque. Ce concept présente de multiples avantages. Non content de bâtir la boucle temporelle qui expliquera comment les singes sont devenus l’espèce dominante dans le futur, il permet de drastiques économies budgétaires (il n’y a plus que trois acteurs à maquiller en singes, le cadre est contemporain) et offre la possibilité d’alterner la comédie et le drame en se centrant sur une intrigue plus intime. Séduit par ce scénario, le réalisateur Don Taylor s’embarque dans l’aventure. Comme son prédécesseur Ted Post (dont les relations avec la production s’altérèrent pendant le tournage du Secret de la planète des singes), Taylor est un vétéran de la télévision, pour laquelle il réalise à la chaîne des épisodes de séries depuis le milieu des années 50. Plus tard, il signera d’autres films fantastiques mémorables comme L’île du docteur Moreau, Damien : la malédiction 2 et Nimitz retour vers l’enfer.

Le film commence par une séquence réjouissante. Un vaisseau spatial atterrit sur une plage (celle où fut tourné l’inoubliable chute de La Planète des singes) et laisse émerger trois astronautes. Les autorités et la presse se massent autour de l’engin, très heureux d’accueillir ces mystérieux visiteurs de l’espace. Mais lorsqu’ils retirent leurs casques, l’enthousiasme cède le pas à la stupeur : ce sont des singes ! Aussitôt, la musique mi-classique mi-funky de Jerry Goldsmith (de retour après avoir été remplacé par le compositeur Leonard Rosenman dans Le Secret de la planète des singes) retentit avec fougue, annonçant la tonalité teintée d’humour de la première partie du métrage. Alors que chacun se perd en conjectures face à ces singes intelligents capables de parler, l’opinion publique les transforme rapidement en icones. Après un séjour forcé au zoo, ils ont droit à tous les honneurs, y compris une chambre splendide en ville et de nombreux cadeaux. Mais plusieurs personnalités s’inquiètent de leur présence, notamment un conseilleur scientifique qui voit chez eux une menace…

Les fugitifs

Tout le sel de la première partie du film repose sur l’inversion des rôles. Ici, les singes ne sont plus les antagonistes mais des personnages immergés dans un contexte anachronique qu’ils ne connaissent pas. Ce sont les humains qui jouent le rôle d’obstacles et d’opposants, seuls certains d’entre eux s’affirmant comme alliés des primates. Car ces derniers basculent progressivement du statut de chouchous adulés des foules à celui d’êtres indésirables et inquiétants. Au centre du récit, Zira et Cornelius (à nouveau campés par Kim Hunter et Roddy McDowall) nous amusent, nous touchent et nous émeuvent. La seconde partie du film prend la tournure d’une impitoyable course-poursuite, rythmée par une série d’incidents que le compositeur Jerry Goldsmith accompagne pas à pas (dans un registre proche de la partition qu’il écrira pour Capricorn One). En transposant ses péripéties dans le monde des humains, le scénario des Évadés de la planète des singes peut se permettre d’aborder plusieurs sujets de société (l’expérimentation animale, la guerre nucléaire, le pouvoir des médias, le racisme et l’intolérance) jusqu’à un dénouement déchirant qui ouvre la porte vers une suite inévitable. Car contrairement aux deux premiers épisodes, celui-ci est ouvertement conçu pour que la saga puisse se poursuivre.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE SECRET DE LA PLANÈTE DES SINGES (1970)

Après le choc monumental du chef d’œuvre de Franklin J. Schaffner, ce second épisode prend la tournure d’une petite série B facultative…

BENEATH THE PLANET OF THE APES

 

1970 – USA

 

Réalisé par Ted Post

 

Avec James Franciscus, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, Paul Richards, Charlton Heston, Victor Buono

 

THEMA SINGES I VOYAGES DANS LE TEMPS I SAGA LA PLANÈTE DES SINGES

Bien sûr, le final vertigineux de La Planète des singes n’exigeait aucune suite. Le choc durable subi par les spectateurs se suffisait à lui-même. Mais comment un producteur hollywoodien pouvait-il rester insensible au succès monumental du film de Franklin J. Schaffner ? Arthur P. Jacobs lance donc très tôt l’idée d’un second épisode et propose tout naturellement à Rod Serling, scénariste du premier film, de l’écrire. Mais le créateur de La Quatrième dimension est alors très occupé par sa série Night Gallery et passe son tour, non sans avoir proposé quelques idées éparses. Pierre Boulle lui-même, auteur du roman original, écrit un script baptisé « La Planète des hommes » et situé quinze ans après les événements décrits dans La Planète des singes. Ce traitement déplait à la production, qui confie finalement le scénario à Paul Dehn, auteur de Goldfinger. Ce dernier écrit une toute nouvelle histoire qui intègre quelques-unes des idées de Serling et Boulle. Le vétéran de la télévision Don Medford accepte de diriger le film mais se retire en apprenant que le budget initial (estimé à cinq millions de dollars) est finalement réduit de moitié. La 20th Century Fox traverse en effet une mauvaise passe, suite aux échecs successifs de Star, Hello Dolly et Tora Tora Tora. Les restrictions budgétaires imposées par le studio n’effraient pas Ted Post, un autre vieux routier du petit écran (plus de 460 épisodes de séries au compteur à l’époque !) qui prend la relève derrière la caméra.

Dans un premier temps, Charlton Heston refuse de reprendre le rôle de l’astronaute Taylor, peu confiant dans l’intérêt de cette suite. Il finit par se raviser à condition que son rôle soit considérablement réduit (il apparaît finalement moins de vingt minutes dans le film) et que son salaire soit entièrement reversé à une association caritative. Le premier rôle échoit donc à l’athlétique James Franciscus qui incarne l’astronaute Brent, envoyé en mission dans l’espace afin de retrouver et ramener sur Terre son compatriote Taylor dont on est sans nouvelles. À la suite d’une série d’incidents techniques, Brent se pose en catastrophe sur une planète inconnue. Il découvre alors avec terreur et stupéfaction que son « compte temps » affiche la date de 3955 après JC. Plongé dans un dédale de cités interdites, l’astronaute rencontre une mystérieuse jeune femme, Nova (Linda Harrison), et découvre la cité des singes, peuple dominant de ce monde redevenu sauvage. Or les primates sont en train de former des bataillons prêts à donner l’assaut à d’étranges créatures mutantes qui prêchent la paix et adorent un dieu : la bombe atomique.

Cheap planète

Entravé par de nombreux compromis et par de drastiques coupes budgétaires, Le Secret de la planète des singes n’a pas du tout l’étoffe qu’il mériterait. Après l’approche brute et primitive du chef d’œuvre de Schaffner, ce basculement hasardeux dans la science-fiction bon marché est forcément décevant. Massés dans un site souterrain post-apocalyptique recyclant l’un des décors de Hello Dolly, ces mutants au maquillage approximatif peinent à nous convaincre. Les singes eux-mêmes, pour peu qu’ils n’apparaissent pas en gros plans, sont des acteurs affublés de simples cagoules beaucoup moins convaincantes que les prothèses du premier film. Le Secret de la planète des singes finit par ressembler à un épisode de série TV à petit budget, sentiment accru par la mise en scène relativement académique de Ted Post. Mais tout n’est pas à jeter dans ce second opus, loin de là. Le film présente tout de même le mérite d’offrir un rôle solide à James Franciscus (que les fantasticophiles apprécièrent l’année précédente en cowboy affrontant des dinosaures dans La Vallée de Gwangi), d’introduire l’impressionnant personnage d’Ursus (le gorille belliqueux qu’on allait retrouver sous le nom d’Urko dans la série TV La Planète des singes) et surtout de s’achever sur une note nihiliste permettant d’amorcer le paradoxe temporel développé dans Les Évadés de la planète des singes. On note que Roddy McDowall, occupé à la réalisation de The Ballad of Tam Lin, est absent du Secret de la planète des singes. Son rôle est donc repris par David Watson. Mais il reviendra en force dans les trois films suivants.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

SCARY MOVIE 4 (2006)

Les aliens de La Guerre des mondes, le tueur de Saw et le fantôme de The Grudge se sont donnés rendez-vous dans ce quatrième opus ambitieux…

SCARY MOVIE 4

 

2006 – USA

 

Réalisé par David Zucker

 

Avec Anna Faris, Regina Hall, Craig Bierko, Leslie Nielsen, Bill Pullman, Molly Shannon, Chris Elliott, Carmen Electra

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I FANTÔMES I SAGA SCARY MOVIE

Pour la deuxième fois consécutive, David Zucker reprend à son compte la franchise Scary Movie afin de passer à la moulinette quelques hits du box-office. Au programme de ce quatrième opus : des pastiches de films d’horreur, bien entendu, mais aussi un gros clin d’œil du côté de la science-fiction et des extra-terrestres belliqueux. Plus blonde et naïve que jamais, Cindy Campbell (Anna Faris), personnage récurrent de la saga Scary Movie, trouve cette fois-ci un travail d’infirmière à domicile auprès d’une vieille dame grabataire dans la maison de laquelle d’étranges phénomènes surviennent, notamment les apparitions du spectre d’un enfant grimaçant. Bientôt, Cindy tombe sous le charme de Tom Ryan (Craig Bierko), le voisin de sa protégée, un père divorcé qui tente comme il peut de s’occuper de son fils adolescent et de sa fillette horripilante. Alors que l’idylle semble poindre, de gigantesques tripodes extra-terrestres surgissent des entrailles de la terre…

Comme on pouvait le prévoir, le scénario n’est une fois de plus qu’un fil conducteur ténu servant de prétexte à une accumulation de gags référentiels. Mais il réussit tout de même le pari d’entremêler sans complexe les intrigues de La Guerre des mondes, The Grudge, Saw et Le Village, avec en prime quelques détours du côté de Brokeback Mountain et Million Dollar Baby. C’est déjà un petit exploit en soi. D’autant que le film se donne les moyens de ses ambitions, n’hésitant pas à aligner fièrement ses images de synthèse sur celles d’ILM lorsqu’il s’agit de visualiser l’invasion de la cité par les tripodes géants et la désintégration des humains paniqués. Un soin égal est apporté aux maquillages spéciaux, imitant à merveille l’une des plus célèbres visions horrifiques de The Grudge pour mieux la détourner sous forme d’un de ces fameux gags d’arrière-plan dont David Zucker se délecte depuis Y’a-t-il un pilote dans l’avion. Dommage que le cinéaste ne soit pas allé jusqu’au bout de ses envies et n’ait eu ni le temps ni les moyens de parodier le King Kong de Peter Jackson (intentions annoncées par la présence d’un gorille grimaçant sur l’affiche du film).

Le strip-tease de Leslie Nielsen !

Le casting se pare furtivement des figures familières de Zucker, autrement dit un Charlie Sheen pince sans rire et un Leslie Nielsen toujours aussi désopilant malgré ses 80 printemps, ainsi que d’une poignée de guest stars plus inattendues, comme Bill Pullman, Michael Madsen, Shaquille O’Neal ou James Earl Jones. Quant à Anna Faris et Regina Hall, elles assurent joyeusement le lien avec les trois épisodes précédents, fidèles à leurs icônes respectives d’ingénue ahurie et de pile électrique un tantinet nymphomane. Fatalement, la séquence des zombies souffre de la comparaison avec Shaun of the Dead, tout comme le strip-tease de Leslie Nielsen ne manque d’évoquer la trilogie Austin Powers. Mais les parodies d’Edgar Wright et Jay Roach étaient prioritairement destinées aux fans, aux amateurs purs et durs, aux fins gourmets en quelque sorte. La franchise Scary Movie, en comparaison, serait plutôt une sorte de fast-food du pastiche. Mais qu’importe. David Zucker ne trompe pas son public sur la marchandise et lui en donne pour son argent. Le contrat est donc rempli haut la main.

 

© Gilles Penso


Partagez cet article