FEAR STREET PARTIE 3 : 1666 (2021)

L’ultime volet de la trilogie horrifique inspirée des romans de R.L. Stine revient aux sources de la malédiction qui frappe les habitants de Shadyside

FEAR STREET PART THREE : 1666

 

2021 – USA

 

Réalisé par Leigh Janiak

 

Avec Kiana Madeira, Elizabeth Scopel, Ashley Zukerman, Ted Sutherland, Gillian Jacobs, Sadie Sink, Olivia Scott Welch, Benjamin Flores Jr., Darrell Britt-Gibson

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA FEAR STREET

La trilogie Fear Street gagne en qualité d’épisode en épisode, effaçant peu à peu les scories des opus précédents pour mieux se concentrer sur son intrigue et ses enjeux dramatiques. Ainsi, après une première partie digérant un peu maladroitement l’influence de Scream et un opus central rendant hommage à sa manière à Vendredi 13, ce troisième volet change de cap en nous plongeant en 1666, afin de révéler les origines du mal qui frappe la population de Shadyside. Nous y découvrons Union, une petite colonie rurale établie au bord d’un lac pour y prospérer modestement. La première originalité du film est son principe inattendu de redistribution des rôles. Tous les personnages clés des deux épisodes précédents existent ainsi dans cette version 17ème siècle. Mais si les visages nous sont familiers, le prologue nous fait comprendre grâce à un furtif effet de reflet que ce n’est qu’une apparence, ces paysans d’antan n’ayant pas réellement l’enveloppe corporelle que les spectateurs voient. Il nous semble plutôt assister à un phénomène de vie antérieure ou de réincarnation. D’ailleurs, les liens construits successivement en 1978 et 1995 s’esquissent déjà en 1666 : les amitiés, les rivalités, les amours…

L’autre idée forte de cette troisième partie est d’utiliser l’homosexualité de ses deux personnages principaux non comme simple prétexte – ce qui semblait être le cas dans le premier Fear Street – mais comme moteur dramatique principal. Cette liaison jugée contre-nature entre deux jeunes filles suscite fatalement l’inquiétude, la colère et la terreur en ces temps où la bigoterie s’installe volontiers dans le quotidien. La mise en parallèle entre l’intolérance d’antan et l’homophobie moderne s’avère fascinante. D’autant que juste après que les deux amies aient cédé à leurs pulsions un soir de pleine lune, une malédiction insidieuse s’abat sur la petite colonie. Les fruits pourrissent, les truies mangent leurs petits, les chevaux deviennent fous, les puits se bouchent, le pasteur semble possédé. Il ne faut pas longtemps pour chercher l’origine du mal dans l’acte déviant de ces deux « pécheresses ». La suite ne se fait pas attendre : les parents culpabilisent, les villageois s’affolent et une chasse aux sorcières s’organise.

La chasse aux sorcières

Il est donc question ici des dérives du fanatisme religieux qui, par aveuglement, mène à la haine et finit par provoquer ce contre quoi il voudrait lutter. « Je n’ai pas peur du diable, j’ai peur du voisin qui m’accuse » dira Sarah Fier, qu’on considère à tort comme une sorcière. Constellé de scènes angoissantes – avec comme point culminant le massacre de la chapelle -, ce grand flash-back offre aussi la possibilité à la réalisatrice Leigh Janiak d’apposer sur ce récit un vrai point de vue féminin. C’est en effet à travers les yeux de son héroïne que nous découvrons cette société patriarcale paisible qui bascule du jour au lendemain dans l’extrémisme en pointant vers elle ses doigts accusateurs. Conformément à la règle établie depuis le premier épisode, le compositeur Marco Beltrami s’adjoint les services d’un second musicien pour écrire à quatre main la bande originale. Après Marcus Trumpp pour la première partie et Brandon Roberts pour la seconde, place donc à Anna Drubich (Scary Stories). C’est donc nimbée d’une très belle partition classique, désencombrée de la traditionnelle playlist « cool », que se développe cette « origin story » fascinante dans la mesure où elle permet à toutes les pièces du puzzle de s’assembler et nous offre un ultime épilogue reprenant les événements de 1994 là où ils s’étaient interrompus pour clore enfin chacune des sous-intrigues en suspens…

 

© Gilles Penso

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GAMERA CONTRE GYAOS (1967)

La tortue géante la plus célèbre du cinéma japonais affronte un ptérodactyle au redoutable rayon destructeur…

GAMERA TAI GYAOSU

 

1967 – JAPON

 

Réalisé par Noriaki Yuasa

 

Avec Kojiro Hongo, Kichijiro Ueda, Reiko Kasahara, Naoyuki Abe, Taro Marui, Yukitaro Hotaru, Yoshiro Kitahara, Akira Natsuki

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I DINOSAURES I SAGA GAMERA

Gamera la tortue géante étant lancée sur les écrans depuis deux films, la mission des créatifs du studio Daeï consista dès lors à lui trouver de nouveaux adversaires pour tous les épisodes à venir. Après Barugon, le reptile cornu au rayon réfrigérant, voici donc Gyaos, une espèce de ptérodactyle au look hallucinant. Imaginez un homme dans un costume de caoutchouc qui aurait des ailes en plastique attachées aux bras et dont la tête serait un triangle rigide aux yeux globuleux et à la mâchoire mécanique ! Pourtant, ce monstre franchement grotesque s’avère être un adversaire de taille, expulsant par sa bouche un rayon extrêmement corrosif qui coupe les avions en deux et blesse même sérieusement Gamera (que l’on voit ici saigner abondamment pour la première fois), et exhalant par sa poitrine une fumée jaune étouffant les flammes de la tortue géante. Éveillé d’un long sommeil suite à l’éruption successive des volcans Sataï, Oyama, Myôjin et du Mont Fuji, Gyaos laisse les savants perplexes, et nous vaut quelques explications techniques de haut niveau. Interrogé sur le rattachement de Gyaos à la famille des reptiles ou des oiseaux, un zoologiste très sérieux répond ainsi : « je dirais qu’il appartient à l’espèce des monstres ».

Comme dans le premier Gamera, un petit garçon va sympathiser avec notre bonne grosse tortue, ce qui deviendra le leitmotiv de la série. C’est d’ailleurs à ce héros en culottes courtes que nous devons le nom de Gyaos (qui lui est inspiré par le cri Gya ! Gya ! de la créature). Alors que le Godzilla fut l’inspiration principale de Gamera et de ses séquelles, ce troisième épisode semble également subir l’influence de Rodan réalisé par Inoshiro Honda en 1956, où un ptérodactyle géant attaquait déjà la population. D’ailleurs, comme son aîné, Gyaos est capable de provoquer des vents destructeurs par le simple battement de ses ailes, mettant en déroute les militaires et provoquant l’effondrement des bâtiments autour de lui. Du coup, l’attaque nocturne de la ville semble calquée fidèlement sur celles dirigées par Honda, si ce n’est qu’ici les effets spéciaux laissent souvent à désirer (incrustations maladroites, câbles visibles, animation rudimentaire de la bête). Il faut cependant reconnaître l’indéniable photogénie des plans où Gamera et Gyaos s’affrontent dans l’eau, alors que le soleil se lève.

Le « plan toupie »

En désespoir de cause, les autorités mettent au point l’improbable « plan toupie ». Le principe ? Attirer Gyaos avec du sang humain artificiel, le faire tourner sur une plateforme rotative, puis attendre que le lever de soleil le réduise à néant ! Évidemment, cette stratégie insolite tombe à l’eau, et c’est notre tortue géniale qui viendra enfin à bout de ce reptile volant indésirable. L’un des aspects les plus intéressants – et les plus inattendus – de ce troisième Gamera est le caractère social dont se pare son scénario, les protagonistes humains échappant pour une fois à la caricature et s’agitant au sein d’un conflit opposant des entrepreneurs au travail sur un tracé de route et des villageois refusant d’être délogés. Quant aux amateurs de kitsch, ils se délecteront d’un générique de fin mémorable où des voix enfantines scandent une chanson euphorique dédiée à Gamera !

 

© Gilles Penso


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FEAR STREET PARTIE 2 : 1978 (2021)

Un second volet beaucoup mieux construit que le précédent dans lequel un camp de vacances se transforme en jeu de massacre…

FEAR STREET PART 2 : 1978

 

2021 – USA

 

Réalisé par Leigh Janiak

 

Avec Sadie Sink, Gillian Jacobs, Emily Rudd, Ryan Simpkins, McCabe Slye, Ted Sutherland, Ashley Zukerman, Jordana Spiro, Kiara Madeira

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA FEAR STREET

Fear Street partie 2 commence par un résumé de l’épisode précédent, confirmant que la mécanique de cette trilogie inspirée par les écrits de R.L. Stine est bien plus télévisuelle que cinématographique. Pourtant, après un prologue situé en 1994 et prenant directement la suite des événements racontés dans la premier film, Fear Street partie 1 change radicalement de style et d’atmosphère en nous ramenant à la fin des années 70. Oubliés les tics des séries TV Netflix, nous voilà enfin face à un « vrai film » porté par une mise en scène efficace, une direction d’acteurs plus solide et une intrigue bien mieux construite, en grande partie grâce au choix de la resserrer autour de la double unité de lieu et de temps. Afin de respecter certaines contraintes logistique, ce second épisode est le dernier à avoir été tourné, dans la foulée de Fear Street partie 3 : 1666. Pour reconstituer le camp de vacances qui sert de cadre à l’action, Leigh Janiak et son équipe s’installent dans le parc de Hard Labor Creek State, en Georgie, où fut tourné 35 ans plus tôt Jason le mort-vivant. Ce n’est pas un hasard, dans la mesure où la saga Vendredi 13 est l’inspiration principale de cet opus. Pour autant, Janiak évite l’un des travers du premier épisode, qui consistait à égrener des références cinématographiques pour flatter les fans dans le sens du poil. Bien sûr, les clins d’œil abondent (Vendredi 13 donc, mais aussi Carrie, L’Exorciste, Halloween et beaucoup d’autres), mais de manière beaucoup moins criarde que précédemment. Un indiscutable bond qualitatif a donc été effectué depuis l’épisode 1994.

Le cœur du récit se situe pendant la nuit du 2 juillet 1978, dans le camp d’été de Nightwing où sont réunis les jeunes gens de Sunnyvale et de Shadyside. Malgré la rivalité séculaire qui oppose les deux groupes, une ambiance festive règne en ces lieux. Mais l’atmosphère s’alourdit lorsque l’infirmière, victime de ce qui ressemble à un accès de folie, agresse violemment l’un des animateurs. La vieille légende de la malédiction jetée par la sorcière Sarah Fier refait alors surface. Un petit groupe trouve dans l’infirmerie un journal intime où une carte semble mentionner l’emplacement de la maison de la sorcière. Poussés par la curiosité, ils suivent le plan tracé à la main et découvrent une grotte souterraine. Mais l’un d’entre eux se retrouve soudain possédé et se lance dans un sanglant massacre…

Massacre au camp d’été

L’atout majeur de ce second épisode, par rapport au précédent, est de s’appuyer sur des personnages plus attachants, aux relations plus intéressantes et aux réactions plus crédibles. Certes, le film ne parvient pas à évacuer quelques dialogues un peu idiots (notamment les petites confessions totalement hors-sujet auxquelles se livrent certains protagonistes entre deux séquences de meurtres), mais l’ensemble se tient assez bien. La réalisatrice entre rapidement dans le feu de l’action, cisèle sa mise en scène avec minutie et pare le film d’une très belle patine. À ce titre, il faut saluer le travail du directeur de la photographie Caleb Heymann (la saison 4 de Stranger Things) et des compositeurs Marco Beltrami (Scream) et Brandon Roberts (Underwater). Car la gestion de la bande musicale a aussi été améliorée. Si les extraits de chansons (puisées cette fois-ci dans le répertoire de la fin des années 70 et du début des années 80) continuent à s’enchaîner avec une certaine frénésie, la « vraie » bande originale prend bientôt le relais pour s’exprimer pleinement, à grand renfort d’orchestres amples et de chœurs lugubres qui évoquent tour à tour La Malédiction, Alien, Psychose et Vendredi 13. L’accent a été également mis sur le gore, à travers une série de meurtres à la hache franchement gratinés, mixage habile d’effets numériques et de maquillages spéciaux supervisés par Christopher Allen Nelson (Halloween 2018, Bright, Avengers Endgame). Le bilan est donc plutôt positif pour cet épisode central, dont le final prépare logiquement une conclusion située quant à elle en plein 17ème siècle.

 

© Gilles Penso

 

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LA PLANÈTE ROUGE (1959)

Des astronautes découvrent sur Mars une plante carnivore, un rat géant aux pattes d’araignées et un cyclope au corps gélatineux…

THE ANGRY RED PLANET

 

1959 – USA

 

Réalisé par Ib Melchior

 

Avec Les Tremayne, Gerald Mohr, Jack Kruschen, Nora Hayden, Paul Hahn, J. Edward McKinley, Tom Daly, Don Lamond

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

La Planète rouge raconte le retour de la première expédition sur Mars, après soixante jours de silence radio. Le prologue du film se veut très réaliste, à grand renfort de stock-shots de l’armée, de séquences dans des salles de contrôle en effervescence et de réunions au sommet. Mais dès que la fusée atterrit (via des images de décollage passées à l’envers !) et que le docteur Iris Ryan, seule survivante valide, relate le voyage, tout bascule dans le n’importe quoi. Via un flash-back, nous revivons ainsi le voyage interplanétaire d’un quatuor bardé de stéréotypes. Outre Iris, assurant l’aspect « joli minois et romance » du film, nous avons là l’intrépide colonel Tom O’Bannion, le très sérieux professeur Getell, et le sergent Sam Jacobs, faire-valoir « comique » distillant son quota de blagues stupides. A bord de la fusée, les dialogues s’avèrent involontairement risibles, notamment lorsque O’Bannion, très inspiré, se remémore son enfance avec son chien et compare ce souvenir à la conquête de l’espace (?!).

Après beaucoup de longueurs, l’expédition atterrit enfin sur Mars et s’aventure dans une forêt peinte pas réaliste pour un sou. Tant vanté au moment de la sortie du film, le révolutionnaire procédé « Cinemagic » employé pour filmer les décors martiens consistait en fait à filtrer tout bêtement l’image en rouge…  L’intrigue commence à distraire lorsqu’Iris est attaquée par une plante carnivore en caoutchouc aux vagues aspects de pieuvre géante. Peu après surgit enfin le clou du spectacle : un rat-araignée-chauve-souris de douze mètres de long ! Son design est des plus évasifs, avec sa queue qui pendouille, sa mâchoire dégoulinante, ses grand yeux exorbités et ses pattes hérissées de pointes, mais sa séquence fonctionne plutôt bien. La marionnette, bien qu’animée très sommairement, est même assez efficace, tout comme ses interactions avec les comédiens. Le film doit d’ailleurs une grande partie de sa popularité à cette bestiole improbable, devenue l’un des icônes de la SF des années 50.

Ne revenez pas sans être invités !

Conscients qu’ils ont sous-estimé le danger, nos astronautes décident alors d’écourter leur séjour, mais un champ de force puissant empêche leur fusée de repartir. En désespoir de cause, ils explorent un grand lac intérieur à bord de leur bateau gonflable. De l’autre côté de la rive, ils aperçoivent une cité martienne hérissée de gigantesques buildings. Mais un colossal monstre marin (une masse visqueuse avec un gros œil qui tourne sur lui-même et des tentacules) les empêche d’aller plus loin et dévore même l’un d’entre eux. Tel un blob, cette amibe géante encercle alors la fusée, et ce n’est qu’à l’issue d’efforts surhumains et conjugués que les survivants parviendront à rentrer sur Terre. Naïf, invraisemblable et bigarré, ce space-opéra typique des fifties s’achève sur un avertissement sentencieux des Martiens (qu’on aperçoit sous les traits d’êtres difformes aux trois yeux globuleux), enjoignant les Terriens à ne plus revenir chez eux sans y être invités. Co-auteur du scénario avec son vieux complice Sid Pink, Ib Melchior poursuivra dans cette voie fantaisiste en écrivant notamment Journey to the Seventh Planet, Robinson Crusoe sur Mars et The Time Travellers.

 

© Gilles Penso


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LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS-VIVANTS (1980)

Une variante « olé olé » sur le mythe du zombie qui n’a rien à voir avec George Romero malgré son titre référentiel

LA NOTTI EROTICHE DEI MORTI VIVENTI

 

1980 – ITALIE

 

Réalisé par Joe d’Amato

 

Avec George Eastman, Laura Gemser, Dirce Funari, Mark Shannon, Lucia Ramirez

 

THEMA ZOMBIES

Spécialisé dans l’horreur qui éclabousse (Anthropophagous, Blue Holocaust) et le cinéma pornographique de bas étage (la série des Black Emanuelle), Joe d’Amato s’est mis en tête de mixer ses deux genres favoris, avec un sens du sensationnalisme et de la promotion hors pair. Le résultat de cet accouplement contre-nature est La Nuit fantastique des morts-vivants, une série Z chaotique qui fleure bon le n’importe quoi. Monté en dépit du bon sens, très mal éclairé, joué avec les pieds, mis en musique façon supermarché, ce monument du mauvais goût n’entretient évidemment aucun rapport avec l’œuvre de George Romero malgré un titre abusivement référentiel. Les protagonistes sont le marin Larry O’Hara (George Eastman, acteur fétiche de d’Amato et scénariste du chef d’œuvre ici présent sous le pseudonyme de Tom Salina), le promoteur américain John Wilson (Mark Shannon) et sa petite amie Luna (Laura Gemser, autre comédienne régulière du cinéaste) qui débarquent sur une île déserte des Caraïbes d’où surgissent bientôt des zombies en quête de chair humaine, encore enveloppés dans leurs suaires…

La première heure du film enchaîne les figures imposées du cinéma porno de la fin des années 70, ne s’interrompant que pour trois dialogues ineptes et deux scènes d’attaques de zombies qui tombent un peu comme des cheveux dans la soupe. Dans la première, un homme se lance dans une petite cérémonie occulte à base de bougies et de statuette, jusqu’à ce qu’un mort-vivant ne se jette sur lui. Dans la seconde, un médecin légiste est attaqué par un cadavre récalcitrant au visage grouillant d’asticots qui lui plante ses crocs dans la gorge. On retrouve là le sens de la finesse de ce bon vieux Joe d’Amato. Le reste du film vaut son pesant d’ennui et de monotonie. Entre deux scènes de fesses, les héros n’en finissent plus de faire des allers-retours en zodiac entre leur voilier et l’île, les zombies en suaire apparaissent timidement au bon vouloir du scénario, un chat noir miaule férocement en gros plan d’une manière lourdement répétitive…

Gâterie sanglante

Vers la fin du métrage, le promoteur est très mollement agressé dans une cabane par les cadavres ambulants. Il en décapite un, dont la tête encore vivace mord avec voracité ses mollets, puis vient se réfugier dans les bras d’une belle inconnue qui lui propose une petite gâterie… et finit par l’émasculer d’un bon coup de dents ! Tout finit par un interminable jeu de cache-cache sur la plage entre le couple survivant et les morts-vivants, jusqu’à ce que l’immolation de la statuette maudite ne mette fin au cauchemar. Pour fêter ça, nos héros copulent béatement au bord de la mer. Mais l’épilogue nous apprend que tout ceci n’était que l’affabulation d’un fou enfermé dans un hôpital psychiatrique… Bref, cette fort dispensable Nuit fantastique des morts-vivants est un joyeux fourre-tout qui n’apporte rien à l’érotisme exotique ni au mythe des zombies. Au hasard des distributions et des ressorties, le film connut des titres aussi variés que Demonia, Le Notti erotiche, Sexy Night of the Living Dead, La Notte Degli Zombies ou encore La Nuit érotique des morts-vivants.

 

© Gilles Penso

AELITA (1924)

Le premier film de science-fiction russe est un space opera extrêmement ambitieux qui nous transporte sur la planète Mars

AELITA

 

1924 – URSS

 

Réalisé par Yakob Protozanov

 

Avec Yuliya Solntseva, Igor Ilynsky, Nikolaï Tsereteli, Nikolaï Batalov, Vera Orlova, Valentina Kuindzhi, Pavel Pol

 

THEMA SPACE OPERA I EXTRA-TERRESTRES

Fort prolifique cinéaste depuis 1909, Yacob Protozanov s’était jusqu’alors illustré dans des dizaines de fresques historiques et autres épopées à grand spectacle. Mais avec Aelita, très libre adaptation d’un texte d’Alexis Tolstoï, il réalisait une double première, cette œuvre atypique étant considérée comme le premier film de science-fiction russe, mais aussi comme la plus grosse production cinématographique jamais mise en place dans une nation encore très marquée par la Révolution d’Octobre. Aelita est le nom de la jeune femme qui règne sur la planète Mars. Très joliment apprêtée dans une robe échancrée qu’on croirait issue du Cléopâtre de 1917, elle ne possède aucun réel pouvoir décisionnel sur son peuple, ses ministres se chargeant de gouverner à sa place. Alors, pour tromper son ennui, elle s’en remet à Gor, le gardien de l’énergie, et à sa machine qui permet d’observer la vie sur les autres planètes. Elle découvre ainsi la Terre et l’ingénieur Los, dont le charme taciturne ne l’indiffère guère. Et au cours d’une savoureuse séquence, elle apprend même ce qu’est un baiser, soucieuse d’expérimenter sur le champ cette découverte avec un Gor moyennement enthousiaste.

Mais en réalité, Aelita et sa planète sont le fruit de l’imagination de Los, qui rêve de construire une fusée pour explorer le cosmos, et vit dans la tourmente d’une Russie mal remise de sa révolution. La précarité est devenue le lot quotidien, le marché noir règne, la misère et l’insécurité menacent tout un chacun. Au sein de cette période trouble, Los est pris d’un accès de fureur et assassine son épouse qu’il soupçonne d’infidélité. Recherché par la police, il se réfugie à nouveau dans ses rêves et quitte la Terre à bord de sa fusée, en compagnie de son co-pilote Gussev et d’un passager clandestin indésirable : Kravtstov, chargé de le mener en prison pour son crime. Sur Mars, Los découvre Aelita et tombe amoureux d’elle, tandis que Gussev se laisse conquérir par les charmes de sa suivante. Mais nos cosmonautes découvrent aussi un monde inégal, où les ouvriers, déshumanisés, vivent dans les sous-sols, leur visage dissimulé sous un casque cubique, tandis que les nantis, répondant au doux nom d’« aînés », se prélassent à la surface, tels les dieux de l’Olympe. Poussée par les humains, Aelita finira par prendre part à la révolte ouvrière et renversera le parti martien. 

Metropolis dans l’espace

Le film de Protozanov annonce ainsi les thématiques de Metropolis et se sert lui aussi du prétexte science-fictionnel pour symboliser la lutte des classes. Le contexte historique bien réel dans lequel se débattent les protagonistes humains contraste singulièrement avec les visions oniriques d’une planète Mars aux designs pour le moins frappants. Les décors vastes et épurés épousent d’élégantes formes géométriques, les costumes sont extrêmement stylisés (avec une mention spéciale pour les gardes aux allures de robots cubistes), la beauté et la pureté s’y étalent avec une arrogante froideur. Et il est tout à fait probable que ces visions futuristes très « années folles » aient largement inspiré le fameux Flash Gordon de 1939. Le succès local d’Aelita fut colossal, à tel point que le prénom féminin de la jeune reine martienne devint rapidement l’un des préférés des parents russes.

 

© Gilles Penso


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FEAR STREET PARTIE 1: 1994 (2021)

Le premier volet d’une trilogie horrifique inspirée d’une série de romans de R.L. Stine, le créateur de la franchise « Chair de poule »

FEAR STREET PART ONE: 1994

 

2021 – USA

 

Réalisé par Leigh Janiak

 

Avec Kiana Madeira, Olivia Scott Welch, Benjamin Flores Jr, Julia Rehwald, Fred Hechinger, Ashley Zukerman, Darrell Britt-Gibson, Maya Hawke, Jordana Spiro

 

THEMA TUEURS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA FEAR STREET

Père de la saga littéraire « Chair de poule », l’écrivain R.L. Stine est aussi auteur d’une série de romans d’horreur pour adolescents, « Fear Street », dont le premier tome publié en 1989 lança une saga protéiforme riche d’une cinquantaine de volumes. L’idée de porter cet univers à l’écran germa logiquement à Hollywood jusqu’à ce que le projet atterrisse finalement entre les mains de la scénariste et réalisatrice Leigh Janiak, signataire du thriller d’épouvante Honeymoon et de quelques épisodes de la série Scream. Le principe ne consiste pas à adapter un livre en particulier mais plutôt à capturer l’univers décrit par Stine à travers des intrigues originales réparties sur trois longs-métrages. Fear Street est en effet pensé comme une trilogie, chaque volet se déroulant à une époque différente. Les trois films sont donc tournés dans la foulée, entre mars et septembre 2019, pour une sortie en salles étalée sur trois mois. Covid oblige, c’est Netflix qui aura finalement récupéré les droits de diffusion. À la réflexion, ce n’est pas plus mal. Ce triptyque semble en effet parfaitement formaté pour la politique de cette plateforme de diffusion, tant dans la forme (aucune réelle vision de metteur en scène mais une mise en forme dynamique et immédiatement attrayante) que dans le fond (des personnages exprimant une diversité ostensible à défaut d’être subtile). En définitive, Fear Street se prête bien mieux aux petits écrans qu’aux salles obscures, sa patine cinématographique masquant une réalisation somme toute très télévisuelle.

Comme son titre l’indique, l’action de ce premier volet se situe au milieu des années 90. Nous sommes dans la petite ville de Shadyside, dans l’Ohio, connue pour les nombreux faits divers sordides ayant ensanglanté ses rues depuis le 17ème siècle. La légende raconte qu’une sorcière nommée Sarah Fier jeta une malédiction sur la bourgade, réveillant régulièrement l’instinct meurtrier d’habitants mués subitement en assassins psychopathes. Or un nouveau massacre vient d’être signalé dans une galerie marchande de la ville. Si le jeune Josh est fasciné par cette histoire de malédiction, sa sœur aînée Deena n’y croit pas. Cette dernière est surtout préoccupée par sa rupture récente avec sa petite-amie Samantha, partie se réfugier dans les bras d’un des garçons du lycée. Mais bientôt Deena, Samantha, Josh et deux de leurs amis sont pris en chasse par trois tueurs terrifiants que rien ne semble pouvoir arrêter. La police s’avérant incapable de les stopper, nos adolescents vont devoir compter les uns sur les autres pour survivre…

En équilibre entre l’horreur et la comédie

Dès les premières minutes de Fear Street partie 1, l’influence de Scream saute aux yeux : les situations, les cadrages, les effets sonores et même le costume du tueur nous renvoient au slasher de Wes Craven. Étant donné que ce dernier était lui-même directement influencé par le Halloween de John Carpenter, il nous semble avoir affaire à la photocopie d’une photocopie ! Ce sentiment est accentué par l’accumulation de clins d’œil et de citations destinés aux fans (Poltergeist, Les Dents de la mer, Les Maîtres de l’univers), par des « jump scares » un peu facile (au bout du dixième effet de sursaut, nos sens sont fatalement émoussés) et par des mécanismes narratifs tellement tirés par les cheveux que les scénaristes sont obligés de nous expliquer régulièrement les règles du jeu à travers des tartines de dialogues explicatifs. Pour tempérer un peu ce ressenti, il faut reconnaître que le film est efficace, que les rebondissements inattendus abondent (la scène de l’hôpital en est un bon exemple) et que les séquences de meurtres ne lésinent pas avec la violence graphique. Fear Street s’efforce ainsi de trouver – sans toujours y parvenir – le juste équilibre entre la comédie adolescente et l’horreur brutale. D’où cette bande son un peu maladroite qui enchaîne les bouts de chanson les uns derrière les autres comme si le superviseur musical passait son temps à zapper, ce qui laisse peu de place aux compositeurs Marco Beltrami et Marcus Trumpp pour s’exprimer. L’ombre de Scream finit par s’atténuer progressivement lorsque l’intrigue dépasse le schéma classique du « psycho killer » pour emprunter une voie surnaturelle qui n’est pas sans évoquer l’univers de Stephen King. Le final, très ouvert, invite logiquement les spectateurs à visionner le second opus, situé quant à lui à la fin des années 70.

 

© Gilles Penso

 

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COMMENT JE SUIS DEVENU SUPER-HÉROS (2020)

Dans un monde où les super-pouvoirs font partie de notre quotidien, un policier enquête sur une étrange drogue aux effets destructeurs…

COMMENT JE SUIS DEVENU SUPER-HÉROS

 

2020 – FRANCE

 

Réalisé par Douglas Attal

 

Avec Pio Marmaï, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde, Vimala Pons, Swann Arlaud, Clovis Cornillac, Gilles Cohen, Léonie Souchaud, Camille Japy

 

THEMA SUPER-HÉROS

En découvrant le roman « Comment je suis devenu super-héros » de Gérald Bronner, paru en 2007, Douglas Attal a un coup de cœur. Réalisateur de courts-métrages (Santa Closed, Soulwash) et comédien (Radiostars, Fonzy, La prochaine fois je viserai le cœur), le fils du producteur Alain Attal est convaincu que ce récit de justiciers aux pouvoirs surhumains serait le support idéal de son premier long-métrage. L’ambition est forte, d’autant que le genre est phagocyté par les grands studios hollywoodiens. Est-il possible de s’attaquer aux super-héros en France sans pâlir de la comparaison avec la déferlante Marvel et DC ? Attal pense que oui, à condition de ne pas chercher à lutter dans la même catégorie. Avec comme sources d’inspiration majeures Watchmen de Zack Snyder et surtout Incassable de M. Night Shyamalan, le jeune cinéaste entend bien inscrire son récit dans un cadre réaliste et familier. D’où la délocalisation des péripéties du roman, situées aux États-Unis, au profit d’une intrigue se déroulant en plein Paris. D’où aussi le choix étonnant de comédiens hétéroclites ancrés dans un cinéma francophone à priori très éloigné du genre fantastique. Car Douglas Attal souhaite prendre les spectateurs par surprise en laissant jaillir le surnaturel au beau milieu de notre quotidien.

Nous sommes donc dans un monde parallèle où les êtres humains doués de pouvoirs surnaturels n’étonnent plus personne. Certains d’entre eux s’étaient d’ailleurs jadis réunis en équipe pour lutter contre le mal. Mais ce petit groupe de super-héros est désormais dissous, ce qui n’empêche pas les super-pouvoirs de continuer à se déployer un peu partout, souvent de manière héréditaire. Dans cet univers alternatif qui ressemble comme deux gouttes d’eau au nôtre, Pio Marmaï incarne le lieutenant de police Moreau, un homme désabusé qui se traîne d’enquête en enquête et qu’on affuble d’une co-équipière venue tout droit de la brigade financière (Vilama Pons). Tous deux se retrouvent bientôt au milieu d’une affaire liée à un trafic de drogue d’un genre particulier. La substance qui circule illégalement permet en effet à ceux qui l’absorbent de posséder momentanément des super-pouvoirs incendiaires. Pour remonter cette filière, Moreau sollicite l’aide de deux anciens super-héros, Monté Carlo (Benoît Poelvoorde) et Callista (Leïla Bekhti)…

French Heroes

Le pari était risqué. Au mieux, Douglas Attal se lançait dans une parodie franchouillarde héritée du Superdupont de Gotlib et Loeb. Au pire, la tentative ressemblait à une version low-cost d’un film Marvel. Mais Comment je suis devenu super-héros arpente une autre voie en s’appuyant sur un savoir-faire incontestable du cinéma français : le polar urbain. Ce sont donc les codes du film policier qu’emprunte prioritairement le film, l’élément science-fictionnel s’y insérant avec naturalisme sans jamais ôter aux personnages leur caractère simple, banal et terre-à-terre. C’est là que le film fait mouche. D’autant que, malgré ce que pourrait laisser entendre le titre, la tonalité n’est pas du tout postmoderne. Aucun clin d’œil référentiel à l’univers des comic books ne vient s’insérer dans les dialogues, aucun discours méta ne s’impose aux spectateurs. Le sujet est ici assumé au premier degré et le concept est mené jusqu’au bout : nous sommes dans un monde réaliste où une frange de la population a des pouvoirs surnaturels. Bien sûr, Comment je suis devenu super-héros est à des années-lumière de Watchmen ou de la série The Boys, l’autre grande référence en matière d’approche réaliste du mythe des super-héros, et quelques maladresses jalonnent le film (des ellipses abruptes dans la narration, une bande originale balourde qui s’achève sur une chanson finale embarrassante). Mais l’initiative est très réjouissante, Pio Marmaï joue avec beaucoup de justesse (comme toujours), Benoît Poelvoorde nous surprend dans un rôle – une fois n’est pas coutume – en demi-mesure et les effets visuels conçus par l’équipe de Mikros Image sont impeccables. Sans cesse repoussée à cause le crise sanitaire, la sortie du film en salles aura finalement été annulée pour une diffusion directe sur Netflix en juillet 2021. Si le succès est au rendez-vous, une séquelle sera très certainement mise en chantier, ce que laisse imaginer sans ambiguïté la fin très ouverte du film.

 

© Gilles Penso


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NIGHTMARE CINEMA (2018)

Un film à sketches co-réalisé par cinq cinéastes aux styles, aux univers et aux origines radicalement différents…

NIGHTMARE CINEMA

 

2018 – USA

 

Réalisé par Alejandro Brugués, Joe Dante, Mick Garris, Ryûhei Kitamura, David Slade

 

Avec Mickey Rourke, Sarah Elizabeth Withers, Faly Rakotohavana, Maurice Benard, Elizabeth Reaser, Zarah Mahler, Richard Chamberlain

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I EXTRA-TERRESTRES I MÉDECINE EN FOLIE I TUEURS I ENFANTS I MONDES PARALLÈLES I DIABLE ET DÉMONS I FANTÔMES I ARAIGNÉES

A mi-chemin entre les productions Amicus des années 70, Les Contes de la crypte et Creepshow, Nightmare Cinema s’intéresse à cinq personnes qui ne se connaissent pas et entrent à tour de rôle dans un étrange cinéma apparemment désert. Chacune d’entre elles se retrouve confrontée sur grand écran à sa propre mort. C’est l’occasion pour cinq cinéastes aux personnalités et aux styles bien marqués d’offrir aux spectateurs une anthologie de courts films d’horreur au cours desquels tous les excès sont permis, le sang y coulant à flot sans la moindre retenue. « Il a fallu douze ans pour concrétiser ce film », nous raconte son producteur et initiateur Mick Garris. « Mon idée initiale était de lancer une nouvelle version de Masters of Horror, mais en sollicitant cette fois-ci des réalisateurs venus du monde entier. Je voulais au départ que chaque épisode soit tourné dans un pays différent, en fonction des metteurs en scène sélectionnés. Mais cette idée s’est avérée très compliquée à concrétiser. Je me suis alors rabattu non pas sur une série mais sur plusieurs longs-métrages appartenant à une nouvelle franchise baptisée Nightmare Cinema. Nous en aurions tourné un par an. Mais ce concept s’est lui aussi avéré trop ambitieux. J’ai donc envisagé la solution qui semblait la plus faisable : un film à sketches. » (1) Une des idées premières de Garris est cependant conservée : réunir des réalisateurs de nationalités différentes, en l’occurrence un Japonais (Ryuhei Kitamura), un Cubain (Alejandro Brugués), un Anglais (David Slade) et deux Américains (Joe Dante et Garris lui-même).

Chacun des sketches porte indubitablement l’empreinte de son metteur en scène et explore un sous-genre bien particulier de l’horreur. « The Thing in the Woods », le segment réalisé par Alejandro Brugués (Juan of the Dead, ABC of Death 2), prend ainsi les allures d’une parodie de slasher des années 80 (on se croirait presque dans La Cité de la peur !) pour virer à la science-fiction débridée. Des jeunes gens y sont confrontés en pleine forêt à un tueur redoutable, habillé comme un soudeur, qui les massacre et les réduit en cendres. Mais les apparences sont trompeuses. Dirigé par le légendaire Joe Dante, « Mirare » donne quant à lui la vedette à Richard Chamberlain dans le rôle d’un chirurgien esthétique pratiquant une intervention qui vire au cauchemar organique, au sein d’une sorte d’épisode horrifique de La Quatrième dimension. Le troisième récit, « Mashit », est mis en scène par Ryuhei Kitamura (Versus, Godzilla Final Wars, Midnight Meat Train), qui revisite L’Exorciste dans une institution catholique où tous les enfants sont possédés par une entité diabolique, se transforment en monstres et participent à un délirant massacre gorgé de sang, sous le regard médusé d’un prêtre et d’une nonne épargnés par le fléau. « This Way to Egress », de son côté, conte la plongée progressive dans la folie d’une mère de famille aux yeux de laquelle le monde et ses habitants s’altèrent progressivement, sous la caméra très inspirée de David Slade (Hard Candy, 30 jours de nuit). C’est sans conteste le plus effrayant des cinq sketches, quelque part à mi-chemin entre les récits d’H.P. Lovecraft et les scènes de terreur viscérales de L’Échelle de Jacob.

Mickey Rourke en gardien de la crypte

Quant à Mick Garris, il réalise le dernier segment, « Death », un troublant cocktail de peur et d’émotion qui semble s’inspirer des univers de Stephen King. Ce récit – le plus long des cinq – raconte les tourments d’un adolescent hanté par le fantôme de sa mère et menacé par un tueur impitoyable. Pour unifier tous ces sketches qu’aucun fil conducteur ne relie, Garris a l’idée de séquences de liaisons qu’il réalise lui-même. Le spectateur a la surprise d’y retrouver Mickey Rourke, sorte de « gardien de la crypte » énigmatique et cynique qui hante un sinistre cinéma. « Avoir un acteur de ce calibre dans notre film, nominé aux Oscars et vainqueur du Golden Globe, ça ne pouvait pas faire de mal ! », avoue Garris. « J’étais un peu effrayé à l’idée de diriger Mickey Rourke, je dois bien l’avouer. Mais nous nous sommes entendus à merveille. Il n’est pas le genre de comédien à qui vous donnez beaucoup d’indications. Vous lui expliquez la situation, vous le laissez faire, et ce qu’il vous donne est généralement parfait. » (2) Certes, un tel film à sketches est souvent inégal, mais comment ne pas saluer une aussi réjouissante initiative ? D’autant qu’un amour perceptible du genre transparaît derrière chacun des segments. Nightmare Cinema est d’ailleurs dédié à Tobe Hooper, Wes Craven et George Romero.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

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LES MONSTRES DE L’ÎLE EN FEU (1960)

Un tyrannosaure, un brontosaure et un homme des cavernes se réveillent soudain sur une île isolée des Tropiques…

DINOSAURUS

 

1960 – USA

 

Réalisé par Irwin S. Yeaworth Jr.

 

Avec Ward Ramsey, Paul Lukather, Kristina Hanson, Alan Roberts, Fred Engelberg, Luci Blaine, Jack Younger, Wayne C. Treadway, Howard Dayton, James Logan, Gregg Martell

 

THEMA DINOSAURES

Jack Harris, producteur du fameux Blob avec Steve McQueen, décide de se lancer deux ans plus tard dans une aventure préhistorique. Résultat : Dinosaurus, traduit en France par Les Monstres de l’île en Feu, un titre absurde qui laisse à supposer que certains distributeurs ne voient pas les films dont ils sont censés assurer la promotion (il y aura la variante Monstre de l’île en feu pour la sortie du film en VHS). Le scénario de Dinosaurus laisse perplexe. Qu’on en juge : alors qu’il construit un port dans une île isolée des Tropiques, l’ingénieur américain Bart Thompson fait sauter une couche de terrain antédiluvienne, ramenant des fonds sous-marins un brontosaure, un tyrannosaure et un homme préhistorique dont les corps ont pu se conserver grâce à l’hibernation provoquée par des gaz comprimés. Les trois êtres se raniment au milieu de la nuit de leur découverte. L’homme des cavernes déambule bientôt à travers les habitations de l’île, intrigué par la civilisation. Le brontosaure, pacifique végétarien, est attendri par un petit garçon joueur. Quant au redoutable tyrannosaure, il sème la panique dans la région, écrasant un autobus. Inévitablement, les deux dinosaures finissent par s’affronter…

Dinosaurus s’adresse à un jeune public, ce qui explique en partie – sans l’excuser pour autant – son scénario particulièrement incohérent, frôlant dangereusement la niaiserie. Mais ce sont finalement les dinosaures qui déçoivent le plus. Les deux sauriens géants sont construits par le grand Marcel Delgado, créateur des magnifiques dinosaures de King Kong, mais comme c’était déjà le cas dans The Beast of Hollow Mountain, l’absence du chef animateur Willis O’Brien semble cruellement faire défaut. Du coup, le brontosaure et le tyrannosaure, grossièrement sculptés, s’apparentent plus à des jouets caoutchouteux qu’à des reptiles préhistoriques.

À cheval sur le brontosaure

Parmi les détails anatomiquement étranges, on note par exemple que le T-Rex se sert de ses bras pour porter ses victimes. D’autre part, le responsable de l’animation, Herb Johnson, ne crée que des mouvements très sommaires, sous la supervision de deux vétérans pourtant hautement qualifiés, Wah Chang et Gene Warren (Tom Pouce, Les Amours enchantées, La Machine à explorer le temps). On en vient presque à se demander si des acteurs déguisés n’auraient pas été plus vraisemblables. Malgré tout, certaines séquences clefs de ce Dinosaurus resteront dans les mémoires, et pas seulement par les amateurs de kitsch ou d’humour involontaire. On se souviendra notamment du petit garçon à cheval sur le brontosaure, des réactions de l’homme des cavernes face au mobilier moderne, ou encore de l’affrontement final entre le tyrannosaure et la pelleteuse mécanique qui inspirera le climax de The Crater Lake Monster, de Carnosaur, et peut-être même d’Aliens. Ces images valent surtout le détour si le film est visionné dans son format original, c’est-à-dire en Cinemascope.

 

© Gilles Penso


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