LA JEUNE FILLE DE L’EAU (2006)

M. Night Shyamalan filme les mésaventures d’une nymphe aquatique égarée dans un immeuble résidentiel où rôde une bête féroce surnaturelle…

LADY IN THE WATER

 

2006 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright, M. Night Shyamalan, Sarita Choudhury, Freddy Rodriguez, Bob Balaban

 

THEMA CONTES I SAGA M. NIGHT SHYAMALAN

Si Le Village était un récit noir et désabusé, La Jeune fille de l’eau ramène M. Night Shyamalan sur un terrain plus enfantin et plus optimiste. Pour rédiger son scénario, le cinéaste s’inspire d’ailleurs d’un conte qu’il avait imaginé pour ses propres enfants. Peu convaincus, les studios Disney, pourtant « mariés » avec Shyamalan depuis Sixième sens, ne se lancent pas dans l’aventure. Pour concrétiser ce film qui, visiblement, lui tient particulièrement à cœur, le réalisateur d’Incassable dénonce donc son contrat avec la compagnie aux grandes oreilles et confie La Jeune fille de l’eau à un studio concurrent, en l’occurrence Warner Bros. Paul Giamatti tient le haut de l’affiche dans le rôle de Cleveland Heep, modeste gardien d’un vieil immeuble résidentiel qui s’efforce d’oublier le drame qui frappa jadis sa famille en s’astreignant à des tâches quotidiennes et monotones. Une nuit, la routine est brisée par la présence d’une jeune fille dans la piscine de la résidence. En cherchant à l’atteindre, Cleveland manque de se noyer et c’est elle qui le sauve. D’une étrange pâleur, la demoiselle, qui répond au nom de Story, prétend être une « Narf », autrement dit une nymphe des eaux. Sa mission consiste à trouver un écrivain dans la résidence avant que le « Scrunt », une bête féroce dont le pelage vert se confond avec la végétation, ne s’en prenne à elle. Le récit semble incohérent et absurde, mais Cleveland a très envie d’y croire et de prêter main forte à la mystérieuse jeune fille de l’eau…

La beauté envoûtante de Bryce Dallas Howard (qui jouait déjà dans Le Village) se prête à merveille à ce personnage mythique. Shyamalan, visiblement sous le charme, la filme amoureusement, attardant sa caméra sur son regard mélancolique, sa peau nacrée et ses longues jambes de nymphe. Ironiquement, le père de la comédienne mit lui-même en scène une inoubliable « jeune fille de l’eau » deux décennies plus tôt dans Splash. Le casting de La Jeune fille de l’eau s’avère pertinent jusqu’aux personnages secondaires et le réalisateur lui-même, dans un rôle plus étoffé qu’à l’accoutumée, joue avec justesse et retenue. Mais le film souffre de l’extrême légèreté de son scénario. Sans compter cette incroyable paresse narrative consistant à mettre en scène une vieille locataire chinoise qui, comme par hasard, connaît la légende des « Narfs » sur le bout des doigts et nous en livre tous les tenants et aboutissants. N’eut-il pas été plus intéressant que Cleveland soit obligé de tout comprendre au fur et à mesure ?

La semence du changement

L’idée d’une muse préparant la « semence du changement » auprès des hommes, par le truchement d’un écrivain dont le roman sera lu par un petit garçon appelé à devenir un des dirigeants du pays dans le futur, était pourtant très belle. « Pour moi, le Fantastique est le meilleur moyen d’aborder des sujets liés à la spiritualité d’une manière qui ne soit pas trop frontale, trop directe », nous explique le cinéaste. « Ça permet de traiter ces thèmes en se déconnectant de la religion. On peut parler de la foi sans pour autant aborder les croyances “traditionnelles“. Dans mes films, il ne s’agit pas de croire à Dieu, au diable ou aux anges, mais aux extra-terrestres, aux fantômes ou aux créatures. Ce qui revient au même, finalement. La foi est un sujet fascinant. Sommes-nous capables de croire à des choses que nous ne pouvons pas prouver ? C’est une question qui m’intéresse, et le Fantastique est un vecteur idéal pour tenter d’y répondre. » (1) Les intentions sont assez limpides mais l’effet escompté n’est pas atteint, tout comme les tentatives d’humour qui tombent souvent à plat (par exemple lorsque le critique de cinéma, face au « Scrunt », analyse ce qui se passerait normalement dans un film d’horreur). Nous sommes les premiers à vouloir défendre un film dénonçant le cynisme et plaidant pour la quête du regard d’enfant perdu. Mais lorsque la démonstration est trop appuyée et les effets trop grossiers, comme c’est ici le cas, l’adhésion du spectateur est loin d’être garantie.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2015

 

© Gilles Penso

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ÉCLOSION (2000)

Le réalisateur d’Arac Attack raconte l’horrible invasion d’une horde de cafards mutants particulièrement voraces

THEY NEST / CREEPY CRAWLERS

 

2000 – USA

 

Réalisé par Ellory Elkayem

 

Avec Thomas Calabro, Dean Stockwell, Kristen Dalton, John Savage, Tom McBeath, Mark Schooley, Dean Wray

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Il faut croire qu’Ellory Elkayem aime les bestioles qui rampent, car entre deux films d’araignées géantes (l’étonnant court-métrage Larger Than Life et la grosse série B Arac Attack produite par Roland Emmerich), il écrivait et réalisait ce peu ragoûtant Éclosion qui s’efforce de concentrer autant son attention sur ses protagonistes humains que sur les affreux insectes qui les attaquent tout au long du film. Échappé de la série Melrose Place, Thomas Calabro interprète Ben Cahill, un chirurgien de Boston un peu trop porté sur la bouteille dont le ménage et la carrière battent de l’aile. D’où une courte scène d’introduction qui emprunte ses tics de mise en scène à Urgences. Soucieux de tourner la page, notre bon docteur quitte la ville et vient s’installer sur Orrs Island, une petite île du Maine où l’accueil des autochtones est des plus froids, surtout celui de Jack Wald, à qui aurait dû revenir la maison où loge désormais Cahill. Alcoolique et hargneux, Wald est interprété par l’excellent John Savage, qui marqua les mémoires dans des chefs d’œuvre tels que Hair ou Voyage au bout de l’enfer. Cahill trouve tout de même un certain réconfort auprès de Nell Bartle (Kristen Dalton, future héroïne de la série Dead Zone), une jolie commerçante du coin qui lui fait les yeux doux. Dean Stockwell, l’inoubliable Hal de la série Code Quantum, fait aussi partie des habitants de l’île, sous la défroque du shérif Hobbs.

Le décor étant planté, l’invasion peut commencer. Elle prend la forme de hordes de cafards mutants originaires d’Afrique particulièrement voraces, qui plantent leurs crocs dans la peau de leurs victimes, les paralysent avec leur venin et y pondent des milliers d’œufs. Le film s’avère généreux en séquences horrifiques directement héritées du dernier sketch de Creepshow, notamment les cafards qui sortent de la bouche de leurs victimes ou qui les recouvrent inexorablement en gigotant. Les effets spéciaux de maquillage et les images de synthèse sont à ce titre d’exceptionnelles réussites, d’autant qu’il est bien souvent difficile de distinguer les insectes réels de leurs contreparties numériques. Et la bande son se met comme il se doit au diapason, surchargeant les enceintes de petits bruits galopants chaque fois que l’occasion se présente.

Les petites bêtes qui rampent

Certaines scènes de suspense fonctionnent du coup à plein régime, notamment le sauvetage du gamin dans la grange infestée de millier de cafards agressifs. Vers la fin du film, les immondes bébêtes mutent encore et s’avèrent capables de voler. D’où un climax impressionnant où des nuées d’insectes menacent la population. L’affrontement final, un peu décevant, rappelle celui des Oiseaux 2, téléfilm de sinistre mémoire, et le récit se clôt comme il se doit par une menace laissée en suspens. Certes, Éclosion ne restera pas dans toutes les mémoires, d’autant qu’il emprunte des chemins déjà balisés par moult invasions d’invertébrés en tous genres, mais il s’avère de très honnête facture, surtout pour un shocker destiné directement au petit écran. Aux États-Unis, Éclosion est connu sous deux titres imagés : They Nest (« ils font leur nid ») et Creepy Crawlers (« les petites bêtes qui rampent »).

 

© Gilles Penso

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PAYCHECK (2003)

Sous la direction de John Woo, Ben Affleck incarne un espion du futur dont la mémoire est effacée après chaque mission…

PAYCHECK

 

2003 – USA

 

Réalisé par John Woo

 

Avec Ben Affleck, Aaron Eckhart, Uma Thurman, Paul Giamatti, Colm Feore, Joe Morton, Michael C. Hall, Peter Friedman

 

THEMA FUTUR I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

Apparemment enthousiasmé par le succès critique et artistique de Minority Report, Steven Spielberg s’est lancé dans la production d’une autre adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick via sa compagnie Dreamworks. Derrière la caméra, on retrouve le surdoué John Woo, soucieux de redorer son blason après l’échec d’un Windtalkers qui lui tenait pourtant à cœur. Hélas, Paycheck n’aura pas eu l’impact escompté auprès de la critique et du public. Et ce malgré d’évidentes bonnes intentions, un point de départ passionnant et une série de clins d’œil manifestes à La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (qui inspira un autre film d’espionnage futuriste, Cypher de Vincenzo Natali). Ben Affleck, dont le talent vaut mieux que le Big Jim lisse qu’il incarne ici, à peu près aussi inexpressif qu’un Steven Seagal, incarne sans finesse (ou sans conviction ?) Michael Jennings, un génie de l’informatique capable de pirater des logiciels ou des technologies très performantes pour le compte de sociétés concurrentes. Comme nous sommes dans un futur proche, nul n’est besoin pour lui de signer une clause de confidentialité à l’issue de chacune de ses missions. Il lui suffit de se soumettre à une machine qui efface ses derniers souvenirs, ce qui n’est pas sans nous évoquer le principe de Johnny Mnemonic.

Engagé sur un nouveau contrat, notre protagoniste va devoir œuvrer sur une machine ultra-secrète, ce qui nécessitera l’effacement de trois années de sa mémoire. A l’issue de cette mission, au lieu d’empocher le chèque de 92 millions de dollars qui lui était promis, Jennings se retrouve avec une enveloppe contenant vingt objets dérisoires. Mais il découvre bien vite que ces derniers seront indispensables à sa survie, car désormais le voilà traqué par le FBI et toute une escouade de tueurs. Peu à peu, il parvient à recomposer le puzzle de son passé. La machine qu’il a construite permet de voir le futur, et dès lors tout le monde semble décidé à se débarrasser de lui. L’idée, particulièrement avant-gardiste en 1952 lorsque la nouvelle de Dick fut publiée, demeure très séduisante cinquante ans plus tard. Mais elle nécessitait, pour fonctionner, une rigueur à toute épreuve que le scénario s’avère incapable d’assurer, accumulant au contraire les incohérences les plus grossières.

« Quand on révèle son futur à quelqu’un, on l’en dépossède… »

Dommage. Il y avait pourtant un long-métrage captivant à construire autour de la thématique qu’énonce Jennings au cours de l’action : « quand on révèle son futur à quelqu’un, on l’en dépossède »… On sent bien, ça et là, l’influence de Minority Report et de Total Recall, mais ces deux films bénéficiaient d’une construction dramatique en béton armé et d’une direction artistique inventive. Or ici, au-delà des carences du script, le futur qu’on nous décrit n’a rien de futuriste, si ce n’est quelques technologies en avance sur leur temps et une poignée d’accessoires imaginaires. Difficile donc d’y croire, l’accumulation des cascades et des fusillades au cours de la dernière demi-heure ressemblant de toute évidence à un cache misère, comme si le savoir-faire technique de John Woo en la matière allait suffire à combler les trop nombreuses lacunes du film. Il était initialement prévu que Matt Damon incarne Michael Jennings, mais le comédien déclina le rôle, trop proche selon lui de l’agent secret qu’il incarnait dans La Mémoire dans la peau. D’où la passation de relais à son vieil ami Ben Affleck. Il y a d’ailleurs un point commun artistique entre les aventures de Jason Bourne et Michael Jennings : une bande originale ultra-énergisante composée par un John Powell en très grande forme. John Powell dont le talent fut d’ailleurs révélé dans Volte/Face de John Woo.

 

© Gilles Penso

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HAPPY BIRTHDEAD (2017)

Le jour de son anniversaire, une étudiante est assassinée par un tueur masqué… puis se réveille chaque matin pour revivre la même journée !

HAPPY DEATH DAY

 

2017 – USA

 

Réalisé par Christopher Landon

 

Avec Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine, Rachel Matthews, Charles Aitken, Caleb Spillyards, Rob Mello, Phi Vu, Cariella Smith

 

THEMA TUEURS I VOYAGES DANS LE TEMPS

Scream rencontre Un jour sans fin : c’est sans aucun doute en ces termes que Scott Lobdell, auteur de nombreux comic books pour Marvel et DC, envisage le scénario du slasher d’un nouveau genre qu’il écrit en 2007 sous le titre Half to Death. Michael Bay aimerait produire ce film et offrir le premier rôle à Megan Fox, alors en tête d’affiche de Transformers. Mais le projet traîne et ne se concrétisera que dix ans plus tard à l’initiative de Michael Landon. Ce dernier est d’abord connu pour être le fils de Michael Landon, qui incarnait un loup-garou turbulent dans I Was a Teenage Werewolf avant de devenir le cowboy préféré des ménagères dans La Petite maison dans la prairie. Mais Landon Jr s’est depuis fait un nom en réalisant notamment Paranormal Activities : The Marked Ones et Manuel de survie à l’apocalypse zombie. Le script de Half to Death le séduit, à condition d’un certain nombre de remaniements. Une fois qu’il a convaincu le producteur Jason Blum de se lancer dans l’aventure, via le label « Blumhouse », le réalisateur réadapte le scénario pour partir en quête d’un public plus large. Il en atténue donc la violence (Lobdell envisageait un rendu plus sanglant), ajoute une romance et intègre l’idée de l’anniversaire de l’héroïne. D’où le changement de titre : Half to Death devient Happy Death Day (« francisé » en Happy Birthdead chez nous, avec un titre alternatif qui nous vient tout droit du Québec : Bonne fête encore !).

Nous sommes le 18 septembre 2017. La jeune Theresa « Tree » Gelbman (Jessica Rothe), se réveille avec une énorme gueule de bois dans la chambre d’étudiant d’un certain Carter (Israel Broussard) dont elle n’a gardé aucun souvenir. Aujourd’hui, c’est son anniversaire, mais Tree n’a visiblement aucune envie de le fêter : ni avec ce Carter qu’elle repousse de manière expéditive, ni avec son père (Jason Bayle) dont elle refuse les appels répétés, ni avec son ex-petit ami Tim (Caleb Spillyards), ni avec sa colocataire Lori (Ruby Modine), ni avec le professeur Gregory Butler (Charles Aitken) avec qui elle entretient une relation. Elle consent tout de même à se rendre à une soirée étudiante organisée sur le campus. Mais sur le chemin, elle est attaquée par un tueur portant un masque en forme de visage de bébé, mascotte d’une des équipes sportives de l’université. Tree succombe sous les assauts de l’agresseur… et se réveille aussitôt dans la chambre de Carter. S’agirait-il d’un mauvais rêve teinté d’un effet de déjà-vu ? C’est l’explication la plus plausible. Mais Tree comprend rapidement qu’elle est en train de revivre la journée du 18 décembre, jusqu’à son meurtre. Piégée dans une boucle temporelle, elle ne semble pouvoir s’en sortir que si elle découvre l’identité du tueur avant qu’il ne l’assassine une fois de plus…

Déjà vu

Happy Birthdead repose sur un mélange des genres audacieux (la comédie étudiante, l’horreur et la science-fiction) qui, pour parvenir à trouver le juste équilibre, décalque avec assiduité celui d’Un jour sans fin tout en l’adaptant aux codes du slasher. Les emprunts sont tellement évidents qu’une réplique de Carter juge bon de citer directement le film d’Harold Ramis, comme pour s’en affranchir. Faute – ou imitation – avouée serait-elle à demi-pardonnée ? Admettons. Il n’en demeure pas moins qu’Happy Birthdead cède souvent à des facilités qui entravent son bon déroulement. Le clip elliptique où Tree enquête sur les différents suspects, avant de mourir à chaque fois de manière de plus en plus exubérante, marque par exemple une telle rupture de ton avec le reste du métrage qu’il met à mal le fil ténu de notre suspension d’incrédulité. Les spectateurs ne sont pas forcément prêts à basculer dans une dynamique de cartoon. Les gags à base de rôts et de flatulences ne semblaient pas non plus indispensables. Mais le gros problème du récit est le caractère foncièrement antipathique de son héroïne. De toute évidence, c’est le présentateur aigri incarné par Bill Murray dans Un jour sans fin qui sert une nouvelle fois d’exemple. Misanthrope désabusé, il s’ouvrait peu à peu aux autres et à ses propres sentiments. Mais son personnage nous séduisait d’emblée par son cynisme et son humour pince sans rire. Rien de tel avec Tree, dont le caractère artificiel, désagréable et imbu de lui-même ne prête guère à l’empathie, même si l’on devine une évolution progressive de son comportement. C’est le point faible majeur du film. Malgré tout, il serait injuste de ne pas reconnaître qu’Happy Birthdead est extrêmement divertissant, sait tenir son public en haleine et s’assortit de séquences de suspense souvent très efficaces. Le compositeur Bear McCreary en profite pour multiplier les expérimentations sonores surprenantes, alternant en toute logique les passages légers et les morceaux exhalant une sourde angoisse viscérale. Gigantesque succès international, le film de Landon entraînera la mise en chantier d’une séquelle dès l’année suivante.

 

© Gilles Penso

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A NYMPHOID BARBARIAN IN DINOSAUR HELL (1990)

« Une barbare nymphomane dans un enfer de dinosaures » : voilà un titre qui annonce du grand spectacle !

A NYMPHOID BARBARIAN IN DINOSAUR HELL

 

1990 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Linda Corwin, Paul Guzzi, Alex Pirnie, Mark Deshaies, Al Hodder, Russ Greene, Scott Ferro, Rick Stewart

 

THEMA HEROIC FANTASY I DINOSAURES I FUTUR

« Le préhistorique et le prépubère enfin réunis ! » Tel est le slogan de cette aventure improbable située dans le Tromaville du futur, ravagé par un holocauste nucléaire comme le reste du monde et retourné à la préhistoire. Les hommes sont devenus des barbares ou des mutants, les animaux se sont transformés en dinosaures, et une femme (Linda Corwin) y lutte pour sa survie. « J’avais réalisé ce film sous le titre Dark Fortress », nous raconte Brett Piper. « Michael Hertz, le partenaire de Lloyd Kaufman, voulait avoir un film de dinosaures pour profiter du succès de Jurassic Park. La Troma a donc acheté mon film, parce qu’il y avait de grands monstres dedans, et lui a donné des allures de film de dinosaures. L’histoire n’était absolument pas post-apocalyptique à l’origine. Mon idée était que les personnages étaient une colonie terrienne installée sur une autre planète, puis retournée au moyen âge. » (1) Comme on pouvait le prévoir, les monstres créés et animés par Brett Piper constituent le seul intérêt de ce Nymphoïd Barbarian…, à l’exception peut-être des charmes de Linda Corwin qui batifole en tenue légère dans des décors d’une triste banalité sans témoigner pour autant des tendances « nymphoïdes » annoncées par un titre racoleur.

On s’ennuie donc assez fortement au cours des péripéties de cette femme pseudo-préhistorique qui rencontre un gentil héros inexpressif et un homme mutant affublé d’un masque à la Fantôme de l’Opéra version « Hammer ». L’affligeante bande originale synthétique n’arrange rien. Raison de plus pour jubiler quand interviennent les dinosaures fantaisistes de Brett Piper. Le premier, vaguement inspiré par la limace géante de L’Empire contre-attaque, est un ver géant à la mâchoire garnie de dents pointues qui surgit de terre et attaque un guerrier. Le héros s’en débarrasse en lui tirant dans l’œil avec son arbalète. Plus tard, c’est notre héroïne qui, en voulant récupérer son linge dans l’eau, tombe nez à nez avec un monstre marin. Celui-ci évoque un peu le Rhédosaurus du Monstre des temps perdus, mais avec une gueule plus plate et allongée. Il finit par dévorer l’un des méchants, puis s’enfuit sans demander son reste.

Le Tromasaurus !

La jeune femme est finalement capturée par des hommes-singes aux masques rigides dirigés par un méchant arborant le même costume que le Kurgan de Highlander. Tout ce beau monde l’emmène vers un château, autrement dit une belle maquette qui justifie le premier titre du film, « Dark Fortress ». Le petit convoi se heurte bientôt à un dinosaure à tête de scarabée et au corps de tricératops. Face à lui surgit un molosse reptilien à tête de tyrannosaure dont l’allure évoque les chiens de S.O.S. fantômes. Et c’est l’inévitable combat, filmé dans un décor rocailleux miniature. La belle en profite pour s’échapper et, quelques molles péripéties plus tard, atterrit dans le souterrain de la Forteresse Noire où elle est attaquée par une gargouille dont la gueule impressionnante est garnie de dents. Le dernier monstre en stop-motion est une sorte de cousin du Rancor du Retour du Jedi. À ces créatures très fortement inspirée par le bestiaire de Ray Hartyhausen s’ajoutent quelques bestioles mécaniques plus ou moins réussies. Lequel d’entre tous est le « Tromasaurus » vanté sur les affiches de l’époque ? Peu importe. C’est encore un coup de pub orchestré par les joyeux drilles de Troma !

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 1998

 

© Gilles Penso

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JE SUIS UN MONSTRE (1971)

Christopher Lee et Peter Cushing s’affrontent une fois de plus dans cette relecture du mythe de Jekyll et Hyde…

I MONSTER

 

1971 – GB

 

Réalisé par Stephen Weeks

 

Avec Christopher Lee, Peter Cushing, George Merritt, Kenneth J. Warren, Mike Raven, Susan Jameson, Richard Hundall

 

THEMA JEKYLL ET HYDE

Dix ans après Les Deux visages du docteur Jekyll produit par la Hammer, la compagnie concurrente Amicus, livrait sa propre version du roman de Stevenson qu’elle envisageait de tourner en relief, procédé finalement abandonné à cause de ses complications techniques. Problèmes de droits d’auteur ou volonté de se démarquer des adaptations précédentes ? Toujours est-il que le film évacue volontairement toute référence au livre dans son titre, et change même le nom des deux personnages principaux, Jekyll et Hyde se muant en Marlowe et Blake. Pour le reste, Je suis un monstre est l’une des retranscriptions les plus fidèles qui soient au texte initial. Stevenson est donc logiquement présent au générique en tant qu’auteur de l’œuvre qui a inspiré le scénario. Ici, le docteur Charles Marlowe crée ainsi un sérum capable d’altérer la personnalité. S’inspirant largement des théories échafaudées par Freud, il fait tomber les barrières de l’inconscient et annihile le Surmoi. Dès lors, plus de conscience, plus de morale ni même de jugement. Et c’est là que réside l’intérêt majeur du scénario, même si cette approche est hélas peu exploitée, se cantonnant à une poignée d’explications dialoguées.

Marlowe teste d’abord le produit sur un chat, qui se mue en bête féroce, puis sur une patiente timide, qui lui fait soudain des avances en se déshabillant, et enfin sur un patient agressif, qui devient doux comme un agneau. En toute logique, il se choisit lui-même comme cobaye suivant. La métamorphose s’opère progressivement. Dans un premier temps, il arbore un sourire sadique et écarquille les yeux, mu par d’incontrôlables instincts violents. Puis il se met à se dégrader physiquement, adoptant alors l’identité d’Edward Blake pour pouvoir librement perpétrer ses méfaits. Plus il agit mal, plus son visage s’enlaidit, à l’instar du Portrait de Dorian Gray, et via un maquillage simiesque aux dents proéminentes qui n’est pas sans évoquer celui de Frederic March dans la version de 1932 de Docteur Jekyll et Mister Hyde. Bientôt, Marlowe ne parvient plus du tout à contrôler ses transformations, s’acheminant inéluctablement vers une fin tragique…

Docteur Christopher et Mister Lee

A vrai dire, le choix de Christopher Lee dans le rôle du bon docteur Marlowe est un tant soit peu discutable, dans la mesure où sa silhouette altière, son visage crispé et son regard sombre n’exhalent guère la générosité et la philanthropie inhérentes au personnage. L’empathie du spectateur s’en trouve donc sérieusement amoindrie. Aux côtés de Lee, l’incontournable Peter Cushing mène l’enquête, dans le rôle de l’avocat Frederick Utterson, et le climax, passage obligatoire, prend la forme d’un affrontement entre les deux monstres sacrés. Le plus gros défaut de ce Je suis un Monstre est finalement lié au peu de surprise qu’il réserve aux spectateurs, étant donnée sa volonté de fidélité à un matériau d’origine tant de fois adapté par le passé, défaut qui se double d’une tendance à faire passer la majeure partie des informations par le biais du dialogue plutôt que de l’action. Sans doute le metteur en scène Stephen Weeks n’avait-il pas l’envergure nécessaire pour transcender les lieux communs de l’intrigue et pour tirer au mieux parti d’un casting pourtant de tout premier choix.

 

© Gilles Penso

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LES SEPT CITÉS D’ATLANTIS (1978)

Au 19ème siècle, une expédition marine se retrouve projetée dans l’Atlantide, où règnent des aliens préhistoriques et des monstres marins…

WARLORDS OF ATLANTIS

 

1978 – GB

 

Réalisé par Kevin Connor

 

Avec Doug McClure, Cyd Charisse, Daniel Massey, Michael Gothard, Peter Gilmore, Shane Rimmer, Lea Brodie, Hal Galili

 

THEMA MONSTRES MARINS I EXOTISME FANTASTIQUE

Délaissant un peu Edgar Rice Burroughs et son cycle de Pellucidar (Le Sixième continent, Le Continent oublié), le réalisateur Kevin Connor et le producteur John Dark restent pourtant fidèles à leur goût du fantastique exotique et rétro avec ce film délirant qui mêle le triangle des Bermudes, l’Atlantide, les extra-terrestres et les monstres préhistoriques mutants. Le récit se situe en 1896. Alors qu’ils partent en expédition en mer afin de tester une cloche de plongée expérimentale, le professeur Aitken (Donald Bisset), son fils Charles (Peter Gilmore) et l’ingénieur Greg Collinson (Doug McClure), sont attaqués par des monstres marins gigantesques et se retrouvent projetés dans le royaume de Vaar, l’une des sept cités englouties de la légendaire Atlantide (représentée dans les plans larges par un matte painting pas vraiment convaincant). Les habitants qu’ils y découvrent sont des aliens venus sur Terre du temps des hommes préhistoriques, qui influencent depuis des siècles notre société grâce à une technologie particulièrement élaborée. Et leur reine est interprétée par Cyd Charisse en personne, dont personne n’a oublié les déhanchements dans Ziegfeld Follies, Brigadoon et Chantons sous la pluie. L’Atlantide s’avère également peuplée de monstres hostiles : plésiosaures, pieuvre géante, dinosaures cuirassés, poissons préhistoriques, tous produits de mutations.

Héros récurrent des films du tandem Kevin Connor/John Dark, Doug McClure, un peu moins monolithique qu’à son habitude, se bat avec ses compagnons pour quitter cette Atlantide totalitaire, dont les habitants extra-terrestres semblent tout droit hérités de leurs homologues télévisés, dans des feuilletons de science-fiction psychédéliques de l’époque comme L’Âge de cristal ou Cosmos 1999. Les décors intérieurs de la cité, œuvre d’Elliott Scott, ne dépareilleraient d’ailleurs pas dans l’une de ces séries. Comme dans Centre Terre : septième continent (avec lequel Les Sept cités d’Atlantis comporte de nombreuses similitudes), les héros sont aidés par une jolie autochtone (ici incarnée par Lea Brodie) qui décide finalement de ne pas les suivre dans leur fuite.

Les tentacules attaquent

Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, les épisodes les plus palpitants du film ne se déroulent pas pendant le séjour à Atlantis – où finalement il ne se passe pas grand-chose – mais avant et après. Les monstres divers qui scandent le récit de leurs apparitions, œuvres de Roger Dicken, ne sont pas franchement réalistes, trahissant bien vite leur nature caoutchouteuse et leur animation mécanique, mais ils sont parfois mis en scène avec beaucoup de brio par un cinéaste rompu à la discipline (Les Sept cités d’Atlantis étant le quatrième film de monstres exotiques signé Kevin Connor). C’est le cas de cette pieuvre géante, descendante directe du calamar de 20 000 lieues sous les mers, qui attaque à deux reprises le navire des héros à l’occasion de séquences assez spectaculaires. Divertissant et dépaysant, le film (tourné principalement aux studios Pinewood et sorti aux États-Unis sous le titre Seven Cities to Atlantis) remplit donc généreusement son cahier des charges.

 

© Gilles Penso

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LA REVANCHE DES ANIMAUX (1977)

Rendus anormalement agressifs suite à un phénomène inexplicable, des animaux sauvages se révoltent soudain contre les humains…

DAY OF THE ANIMALS

 

1977 – USA

 

Réalisé par William Girdler

 

Avec Christopher George, Leslie Nielsen, Lynda Day George, Richard Jaeckel, Michael Ansara, Ruth Roman, Jon Cedar

 

THEMA MAMMIFÈRES I REPTILES ET VOLATILES

Les films catastrophe des années 70 ayant exploré tous les désastres possibles et imaginables, y compris du côté des attaques animales, William Girdler décide de jouer la carte de la surenchère en livrant ses protagonistes aux appétits de toute la faune à sa disposition dans cette ambitieuse Revanche des animaux. Dans les montagnes des High Sierras, le ranger Steve Buckner organise une randonnée pour touristes en mal de dépaysement et de retour à la nature. A peine ont-ils commencé à fouler le sol sauvage qu’un message émis à la radio par la communauté scientifique met en garde la population du coin : apparemment, le trou dans la couche d’ozone a des conséquences sur le comportement animal, notamment en haute altitude. Ici, la menace ne s’immisce que progressivement. Ainsi, le film suit-il plus volontiers la structure des Oiseaux que celle des Dents de la mer. C’est ce que confirme cette scène du snack où chacun y va de sa théorie sur les conséquences de cet inquiétant message radio.

Chaque membre de la randonnée nous est présenté succinctement en début de métrage, suivant une technique savamment éprouvée dans le genre. Parfois, ce survol des protagonistes frôle ouvertement la caricature, comme lorsque cet époux affirme à sa femme : « ce séjour va nous permettre de nous retrouver », laquelle rétorque : « si tu ne travaillais pas autant ce ne serait pas nécessaire ». Dans ce petit groupe, une personnalité se distingue nettement, celle d’un publicitaire en mal d’émotions, imbu de lui-même et quelque peu insupportable. Dans le rôle, Leslie Nielsen s’avère délectable, bien plus proche de sa prestation de Creepshow que des pantalonnades auxquelles il fut abonné depuis le succès de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? L’ambiance est d’abord festive, autour d’un chaleureux feu de camp qui crépite dans les bois. Puis survient la première attaque, au bout d’une demi-heure de film. Agressée par un loup, une femme redescend la montagne avec son mari et se fait menacer par une horde de rapaces qui la précipitent dans le vide. Parallèlement, le vieux shérif est submergé par une horde de rats affamés…

Leslie Nielsen contre un ours !

Dès lors, le rythme va crescendo : des cougars pénètrent dans le campement, des serpents s’immiscent dans une voiture, une meute de chiens enragés se mêle à cette furieuse sarabande… Parfois inspirée (les beaux mouvements de grue s’élevant au-dessus des humains après les attaques, l’apparition presque surréaliste de la petite fille au bord de l’eau), la mise en scène de Girdler souffre parfois d’effets visuels maladroits, comme cette transparence ratée pendant une chute dans le vide, ou ce montage à l’envers de plans des rats qui tombent pour faire croire qu’ils sautent. Mais les agressions animales bénéficient souvent de montages très efficaces et d’effets sanglants réussis malgré leur furtivité. En outre, le scénario évoque une idée des plus intéressante : si les animaux sauvages deviennent soudain agressifs et impulsifs, pourquoi les humains seraient-ils épargnés ? D’où l’attitude anormalement bestiale de Leslie Nielsen lors de son mémorable combat contre un ours sous une pluie battante.

 

© Gilles Penso

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LA CRÉATURE EST PARMI NOUS (1956)

Le troisième et dernier volet de la mini-saga consacrée à l’étrange créature du lac noir marche sur les traces du mythe de Frankenstein

THE CREATURE WALKS AMONG US

 

1956 – USA

 

Réalisé par John Sherwood

 

Avec Jeff Morrow, Rex Reason, Leigh Snowden, Gregg Palmer, Maurice Manson, James Rawley, David McMahon

 

THEMA MONSTRES MARINS I MUTATIONS I SAGA LA CRÉATURE DU LAC NOIR

Pour sortir un peu de la routine qui commençait à s’installer dans La Revanche de la créature, cette troisième aventure du « Gill Man » s’efforce de créer la surprise en mâtinant son intrigue de science-fiction. Une nouvelle expédition est mise en place pour retrouver l’étrange créature dans les marécages d’Amérique du Sud où elle aurait été repérée par un chasseur d’alligators. Mais William Barton (Jeff Morrow), l’éminent chirurgien qui finance l’équipée, ne cherche pas seulement à étudier la bête. Il souhaite en effet la capturer et lui faire subir des mutations génétiques. Son idée est de tirer parti de son incroyable résistance afin de créer un être puissant, une sorte de nouveau chaînon de l’évolution humaine, capable à terme de subsister dans des environnements hostiles tels que l’espace. Même si son argumentation est solide et étayée, ses intentions ne sont pas très éloignées de celles d’un savant fou de base. « Nous sommes tous entre la jungle et les étoiles, à un croisement », avoue le docteur Morgan (Rex Reason), qui accepte de participer à cette expérience de son confrère en tant que témoin, même si l’aspect contre-nature de la chose le rebute quelque peu.

A vrai dire, la première demi-heure du film s’avère chiche en rebondissements et suscite un certain ennui. Ce n’est qu’au moment où la créature surgit enfin dans un marais nocturne, attaque l’embarcation des protagonistes, s’asperge accidentellement d’essence et s’enflamme telle une torche humaine avant de s’échouer dans les eaux stagnantes que l’intérêt est enfin attisé. Comme prévu, notre « Gill Man » est opéré et sa morphologie se modifie. Désormais, il ressemble à une espèce de bibendum écailleux engoncé dans un costume cousu à la va vite, et son rôle se limite à celui d’un gorille de série B, grognant de temps en temps, attaquant d’une démarche pataude quelques humains et s’échappant finalement pour regagner son berceau aquatique.

Jack Arnold cède sa place

Le scénario croit bon de s’adjoindre un personnage féminin parfaitement inutile, en la personne de Marcia Barton (Leigh Showden), la riche et oisive épouse du chirurgien. Aguichant tous les hommes de l’expédition, jouant du piano ou de la guitare, tirant sur les requins à coup de fusil et agitant ses gambettes sous l’océan, elle ralentit la plupart du temps l’intrigue et se contente de mettre en ébullition la testostérone ambiante. « Tu ne sers à rien ! » lui dira d’ailleurs son époux un brin éméché mais finalement très lucide. Le studio Universal lui-même semble ne plus croire au potentiel de son monstre marin, délaissant le relief qui agrémentait les deux épisodes précédents et remplaçant le talentueux Jack Arnold par John Sherwood, un assistant réalisateur qui ne dirigea que trois longs-métrages au cours de sa carrière : celui-ci, le western Raw Edge et le film catastrophe The Monolith Monster. Malgré un concept audacieux et franchement original, La Créature est parmi nous ne parvient donc guère à convaincre et marque la fin d’une saga qu’on aurait pu espérer plus florissante, étant donné l’extraordinaire potentiel de cette fort belle créature hybride.

 

© Gilles Penso

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BRAINSCAN (1994)

Un jeu vidéo d’un nouveau genre propulse ses utilisateurs dans un monde virtuel et les pousse à commettre des crimes sanglants…

BRAINSCAN

 

1994 – USA

 

Réalisé par John Flynn

 

Avec Edward Furlong, Frank Langella, T. Ryder Smith, Amy Hargreaves, James Marsh, Victor Ertmanis

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS

Michael, seize ans, reçoit sur CD Rom un jeu appelé Brainscan qui promet de lui procurer une expérience inoubliable en matière d’épouvante. Michael est intrigué mais relativement sceptique. Une nuit, il introduit le disque dans son ordinateur et, après avoir subi un éclair aveuglant, il se retrouve propulsé dans un monde parallèle visiblement généré par l’ordinateur, dans l’arrière-cour d’une maison de banlieue. Michael s’introduit dans la maison, prend un couteau dans un tiroir de la cuisine, grimpe au premier étage et tue un homme endormi. Il se réveille d’un bond, surpris par le réalisme du jeu. Mais le lendemain, il apprend à la télévision qu’un meurtre atroce a été commis près de chez lui. Il reconnaît l’arrière-cour, la maison et la victime. Quand un second CD arrive par la poste, Michael le fracasse contre un mur, furieux. C’est alors que le Trickster, l’âme et le corps du Brainscan, se matérialise dans la chambre de Michael à travers l’écran de son ordinateur. Tel un Méphisto s’efforçant de tenter le docteur Faust, le Trickster veut convaincre Michael de continuer à jouer sur un second CD. Refusant catégoriquement, Michael menace de prévenir la police. Mais cela reviendrait à avouer le crime…

Plein d’humour et d’originalité, Brainscan trouve dans le CD Rom (un disque interactif qui venait alors de débarquer dans les foyers) un nouveau support d’épouvante. Quelques éléments rappellent Ghost in the Machine, mais le résultat s’avère bien supérieur au médiocre thriller technologique de Rachel Talalay, grâce à un scénario habile d’Andrew Kevin Walker (futur auteur de Seven), construit autour du principe toujours payant de la mise en abîme. L’intrigue ne cesse dès lors de réserver des surprises au jeune héros et au spectateur qui, immanquablement, s’identifie à lui. Edward Furlong, le John Connor de Terminator 2, est ce héros, affrontant ses démons intérieurs ainsi que le Trickster (incarné par T. Hyder Smith), une sorte de rocker monstrueux doté d’un étonnant maquillage conçu par l’équipe de Steve Johnson, mélange de Freddy Krueger et de Horace Pinker. D’habiles trucages numériques lui permettent de se matérialiser en sortant d’un écran TV, d’apparaître et disparaître au gré de sa volonté, ou encore d’absorber littéralement Furlong, dans l’une des scènes choc du film, qui évoque la métamorphose spectaculaire de La Revanche de Freddy.

Le choc des générations

Certains dialogues du film accentuent le choc des générations sur lequel repose une grande partie de l’intrigue. Notamment lorsque le lieutenant Hayden (Frank Langella, le Dracula de 1979) s’offusque en découvrant que Michael se délecte en regardant des films d’horreur, ce dernier rétorquant qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’un mode d’évasion. « Une évasion ? » lance le policier buté. « Comme fumer de la marijuana et s’échapper du monde réel ? Comme regarder un film pornographique, avoir une érection et violer quelqu’un ? » « Je ne pense pas que les érections violent les gens » se contente de répondre le jeune homme. « Ce sont les gens qui violent les gens ». Brainscan est donc un film fantastique très marqué par son époque, celle de l’arrivée en masse des jeux interactifs, de la réalité virtuelle et du multimédia, l’éphémère support CD Rom remplaçant ici le traditionnel grimoire maléfique.

 

© Gilles Penso

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