APOCALYPSE DANS L’OCÉAN ROUGE (1984)

Une équipe de scientifiques enquête sur un monstre vorace et tentaculaire qui sème la terreur en pleine mer…

SHARK : ROSSO NELL’OCEANO

 

1984 – ITALIE

 

Réalisé par Lamberto Bava

 

Avec Valentine Monnier, Michael Sopkiw, John Garko, Iris Peynado, William Berger, Lawrence Morgant, Cinzia de Ponti

 

THEMA MONSTRES MARINS

Lamberto Bava n’a jamais été réputé pour sa finesse, l’héritage patronymique de son prestigieux père ayant souvent été lourd à porter pour cet artisan rarement inspiré. Mais c’est sans doute avec Apocalypse dans l’océan rouge, un nanar improbable surfant tardivement sur le succès des Dents de la mer, qu’il toucha le fond. Refusant d’assumer l’origine italienne du film, la plupart des membres de l’équipe empruntent à l’occasion des pseudonymes américanisés, Bava choisissant pour sa part celui de John Old Jr. Au début du film, un homme aux jambes arrachées est repêché en mer par les secours. Au même moment, l’océanographe Stella Dickens (Valentine Monnier) constate le comportement étrange des dauphins qu’elle étudie, et son collègue Bob Hogan (Lawrence Morgant) manque de chavirer à cause d’une masse sous-marine inconnue qui émet un son indéfinissable. « C’était différent d’une voix, mais une résonance épouvantable », balbutie-t-il pour essayer de décrire ce qu’il a entendu. « L’expression d’une haine… Oui, c’est tout à fait ça : une haine ! ». Bientôt, d’autres victimes mutilées sont rejetées sur le rivage, et une petite équipe de scientifiques se forme pour définir la nature de ce danger marin. « Moi il me semble que c’est un être fantasmagorique qui jette la terreur sur toute la faune aquatique » déclare alors un Bob décidément très lyrique.

La bête en question, conçue par les créateurs d’effets spéciaux Ovidio Taito et Germano Natali, est une espèce de gueule géante mécanique prolongée par des tentacules, que la caméra, avec une pudeur bien compréhensible, n’ose jamais filmer trop longtemps. Le scénario nous apprend en cours de route que ses cellules se reproduisent seules. En cas de destruction par un explosif, elle se transformerait donc en autant de monstres. Comment en venir à bout, dans ce cas ? En fait, à ce stade du film, plus aucun spectateur ne se sent vraiment concerné. Du coup, la révélation de l’identité du savant fou qui a créé la bestiole, dans l’espoir de contrôler le monde marin, laisse parfaitement indifférent. « J’ai rassemblé dans son code génétique l’agressivité du requin blanc, la force d’une pieuvre géante, l’intelligence d’un dauphin et la monstruosité d’un poisson datant de la préhistoire ! » lâche ce dernier avec un sérieux qui provoque irrémédiablement le rire.

« Bob, le monstre ! »

Car Apocalypse dans l’océan rouge ne s’apprécie qu’au second degré. En ce sens, voir une pseudo-savante hurler « Bob, le monstre ! » en se tenant la tête à deux mains tandis que des tentacules en caoutchouc s’agitent mollement a quelque chose de forcément jubilatoire. La mise en scène de Bava, catastrophique, s’assortit ici de dialogues imbéciles, d’une bande originale langoureuse un peu à côté de la plaque signée pourtant par le grand Fabio Frizzi et d’acteurs risibles. Les comédiennes semblent avoir été principalement engagées pour leur photogénie et leur pudeur minuscule. D’où certaines scènes superbement gratuites comme cette femme en nuisette qui est agressée chez elle et se retrouve vite fait en petite culotte et les seins à l’air. Et dire que six auteurs (dont Luigi Cozzi, Sergio Martino et Dardano Sacchetti) se sont unis pour pondre ce scénario ! Au gré de ses rééditions en vidéo, le film connut des retitrages divers comme Le Monstre de l’océan rouge ou Shark : le monstre de l’apocalypse.

 

© Gilles Penso


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MONSTER HUNTER (2020)

Milla Jovovich affronte toute une série de monstres géants dans un monde parallèle désertique…

MONSTER HUNTER

 

2020 – USA / ALLEMAGNE / CHINE / JAPON

 

Réalisé par Paul W.S. Anderson

 

Avec Milla Jovovich, Tony Jaa, Ron Perlman, T.I., Diego Boneta, Meagan Good, Josh Helman, Jin Au-Yeung, Hirona Yamazaki, Jannik Schümann

 

THEMA MONDES PARALLÈLES ET MONDES VIRTUELS I ARAIGNÉES I DINOSAURES I DRAGONS

Aux yeux des amateurs de fantastique et de science-fiction, le nom de Paul W.S. Anderson n’est pas particulièrement synonyme de qualité. Pour quelques réussites (Event Horizon, Soldier) on compte beaucoup de films anecdotiques (Mortal Kombat, la saga Resident Evil, Alien vs. Predator, Course à la mort). Anderson poursuit malgré tout son petit bonhomme de chemin en restant fidèle au genre qu’il affectionne tant. En 2002, à l’occasion de Resident Evil, il dirigeait pour la première fois sa future épouse Milla Jovovich. Peu appréciée des fans mais suffisamment rentable pour avoir généré de nombreux épisodes, cette franchise lui donna l’idée d’une autre adaptation d’un jeu vidéo Capcom, en l’occurrence « Monster Hunter » créé en 2004 par Kaname Fujioka. Après cinq ans de négociations en vue d’en acquérir les droits, il parvient à mettre sur pied une coproduction internationale réunissant des investisseurs américains, allemands, chinois et japonais. Porté en grande partie par la compagnie Constantin Films, Monster Hunter se concrétise finalement pour un budget de soixante millions de dollars. L’équipe de tournage s’installe en Afrique du Sud et en Namibie, profitant de magnifiques décors naturels désertiques parfaitement adaptés aux besoins du scénario écrit par Anderson.

Alors qu’ils sont en train d’effectuer une mission de recherche pour retrouver une unité militaire mystérieusement disparue, les soldats aux ordres du capitaine Nathalie Artemis (Milla Jovovich) font face à un phénomène climatique inexpliqué. Une gigantesque tempête frappée par des éclairs magnétiques s’abat sur eux et envoie valdinguer leurs deux véhicules comme de vulgaire fétus de paille. Lorsque le calme revient, ils se retrouvent au beau milieu d’un paysage désertique inconnu. À peine ont-ils le temps de revenir à eux qu’un gigantesque monstre caché sous le sable surgit et les attaque. Artémis et quelques hommes ont tout juste le temps de s’échapper. Les voilà plongés dans un monde parallèle où de terrifiantes et colossales créatures règnent jour et nuit. Seule alternative pour survivre : s’improviser chasseurs de monstres…

La chasse est ouverte

La patine de Monster Hunter est son atout majeur. Au-delà de la photogénie sauvage de ses décors extérieurs, le film nous offre une galerie de monstres très impressionnants directement inspirée des jeux originaux : les diablos (qui évoquent d’abord les vers des sables de Dune ou de Tremors avant de révéler leur véritable morphologie cornue et bipède), les grouillantes araignées géantes qui infestent les souterrains, des dinosaures cuirassés dont l’apparence s’inspire des ankylosaures du Crétacé et le dragon Rathalos (le « boss » final) qui n’est pas sans rappeler le Smaug de la trilogie du Hobbit. Avouons-le tout de suite, ce bestiaire est l’un des seuls véritables intérêts du film. Certes, Milla Jovovich est dans une forme olympique et se démène avec beaucoup de conviction dans les nombreuses séquences de combat du métrage. Mais dès qu’elle s’aventure sur un registre différent (la comédie, l’émotion), les limites de sa palette sautent aux yeux. La mise en scène d’Anderson, de son côté, ne fait pas dans la dentelle. Le montage est souvent confus, l’action pas toujours lisible, et l’abus de ralentis vire presque à la parodie involontaire. Sans compter la tonitruante bande originale de Paul Haslinger. Mais c’est surtout le scénario de Monster Hunter qui déçoit. Après une entrée en matière intrigante et une première partie qui emboîte le pas de Duel dans le Pacifique (avec l’intéressante idée d’une impossibilité pour les deux antagonistes de communiquer par le langage), l’intrigue se met à tourner en rond, puis à rebondir n’importe comment comme un ballon qu’on aurait trop vite dégonflé. Des personnages improbables surgissent, les scènes d’action deviennent totalement incohérentes et le final bascule dans l’absurdité la plus totale. Échec commercial et critique, Monster Hunter ne remboursera son budget qu’à grand peine. La franchise espérée est donc tuée dans l’œuf, malgré une séquence post-générique à la Marvel qui cherche à relancer tardivement la curiosité du public.

 

© Gilles Penso

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LA CITÉ DES MONSTRES (1994)

Trois amis se retrouvent prisonniers d’un savant fou qui passe son temps à transformer les humains en mutants monstrueux

FREAKED

 

1993 – USA

 

Réalisé par Alex Winter et Tom Stern

 

Avec Alex Winter, Megan Ward, Michael Stoyanov, Randy Quaid, Brooke Shields, William Sadler, Deep Roy, Morgan Fairchild

 

THEMA MUTATIONS I FREAKS

Après le succès de la série animée Bill & Ted, elle-même inspirée du film L’Excellente aventure de Bill et Ted, Alex Winter, Tom Stern et Tim Burns sont embauchés par MTV pour concevoir un programme comique reposant sur le même humour absurde. Ce sera The Idiot Box, diffusé en 1991. Des sketches, de faux spots publicitaires et toutes sortes de parodies y alternent avec des clips musicaux. L’esprit du magazine Mad et du Monty Python’s Flying Circus règne dans cette émission délirante qui fonctionne plutôt bien auprès du public mais que le trio décide d’arrêter après six épisodes pour se consacrer à un long-métrage. La 20th Century Fox vient en effet de leur proposer un budget de douze millions de dollars pour porter leurs délires sur le grand écran. La tentation est trop grande, et c’est ainsi que naît le projet Hideous Mutant Freekz, qui sera finalement titré Freaked (La Cité des monstres en France). Winter, Stern et Burns en écrivent le scénario, les deux premiers assurant eux-mêmes la mise en scène.

Alex Winter interprète ici Ricky Coogin, un comédien vaniteux qui accepte, moyennant une coquette somme, de devenir le porte-parole de la société E.E.S. Il est donc envoyé dans la république de Santa Flan, en Amérique du Sud, pour tenter de redorer l’image de la compagnie et promouvoir le nouvel engrais chimique Zygrot 24. Avec son copain Ernie (Michael Stoyanov), il rencontre Julie (Megan Ward), une activiste qui veut leur faire découvrir les splendeurs du pays. En chemin, le trio découvre l’étrange cirque de monstres d’Elijah C. Skuggs (Randy Quaid). Mais ce dernier est un savant fou de la pire espèce. Il fait donc prisonnier nos trois amis avant d’opérer sur eux d’horribles mutations à partir du Zygrot 24. Ricky est transformé en créature mi-homme mi-gargouille, tandis que les corps d’Ernie et Julie sont fusionnés en un seul, tels des jumeaux siamois. Dans l’attente d’une livraison qui lui permettra de terminer les transformations de ses freaks mutants, Skuggs les séquestre dans une grange. Ils se retrouvent alors au milieu d’une imposante ménagerie humaine, victime du fertilisant.

La galerie des monstres

La Cité des monstres accumule les gags nonsensiques (la souris de l’ordinateur qui est un vrai rongeur, la grange minuscule à l’extérieur et immense à l’intérieur), et s’amuse à tirer à coups de boulets rouges sur la télévision américaine à travers ses sitcoms, ses pubs, ses jeux et ses reality shows. Freaked est surtout mémorable pour son incroyable galerie de monstres, à laquelle ont participé des ténors du maquillage spécial comme Steve Johnson (S.O.S. fantômes), Tony Gardner (Darkman) et Screaming Mad George (Society) : la bête humaine qu’est devenue Ricky (mi-homme mi-gargouille puis monstre géant complet), le frère et la sœur siamois Ernie/Julie (en permanence en train de se taper dessus), mais aussi la femme à barbe (Mister T !), le cow-boy (autrement dit un homme-vache), l’homme-ver, l’homme-chien (Keanu Reeves, non crédité au générique et méconnaissable), l’homme-nez, l’homme-chaussette, le squelette vivant, la cantatrice chauve psychopathe, l’homme-crapaud (qui attrape les mouches avec sa langue démesurée), l’homme chalumeau (dont les flatulences sont flambantes) et le gamin monstrueux. De fait, une grande partie du budget du film est allouée à la création de ce bestiaire délirant, auquel s’ajoutent quelques séquences en stop-motion conçues par les Chiodo Brothers et David Allen. Avec Freaked, la Fox espère générer un culte du même acabit que celui de Bill & Ted. Mais suite au résultat très décevant des projections test, le film n’aura droit qu’à une distribution limitée et demeure aujourd’hui encore assez confidentiel.

 

© Gilles Penso

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LA MONTAGNE ENSORCELÉE (1975)

Deux jeunes orphelins doués de pouvoirs extraordinaires sont pris en chasse par un millionnaire qui veut les exploiter…

ESCAPE TO WITCH MOUNTAIN

 

1975 – USA

 

Réalisé par John Hough

 

Avec Eddie Albert, Ray Milland, Donald Pleasence, Kim Richards, Ike Eisenmann, Walter Barnes, Reta Shaw, Denver Pyle, Alfred Ryder

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I ENFANTS I EXTRA-TERRESTRES

Au milieu des années 70, le studio Disney cherche à diversifier ses longs-métrages en prises de vues réelles en se tournant vers des sujets un peu plus sombres que d’habitude. Le roman « Escape to Witch Mountain » écrit par Alexander H. Kay et publié en 1968 semble correspondre parfaitement à cette nouvelle ligne éditoriale. Les héros sont des enfants doués de pouvoirs magiques – ce qui est tout à fait en accord avec les canons habituels de chez Mickey – mais ils sont pris en chasse par des hommes peu recommandables soucieux de les exploiter et par des autochtones qui les accusent de sorcellerie. La noirceur voulue est bien là. Pour accentuer encore cette tonalité inquiétante, la mise en scène est confiée à John Hough, qui avait justement impressionné les cadres de Disney avec un film d’épouvante, en l’occurrence La Maison des damnés. Dès lors, Hough alternera les films pour Disney (Les Visiteurs d’un autre monde, Les Yeux de la forêt) et les films d’horreur (Incubus, American Gothic, Hurlements IV). Une ambiance étrange s’installe donc dès le début de La Montagne ensorcelée. Pendant le générique, rythmé par une musique nerveuse de Johnny Mandell, les silhouettes des deux enfants courent inlassablement, prises en chasse par des chiens féroces en dessin animé. Les aboiements de ces molosses retentiront à plusieurs reprises dans le film, hantant l’esprit des jeunes héros.

Cela dit, La Montagne ensorcelée prend plus volontiers les allures d’un conte pour enfants que d’un film d’épouvante. Ses héros, Tia (Kim Richards) et Tony (Ike Eisenmann), sont deux jeunes orphelins aux pouvoirs extraordinaires. Au fil du récit, nous découvrons qu’ils ont des dons de télépathie, de télékinésie, de prémonition, de lévitation, et qu’ils peuvent communiquer avec les animaux. Alors qu’ils viennent de s’installer dans un orphelinat, tous deux attirent l’attention de Mister Bolt (Ray Milland), un millionnaire sinistre qui s’intéresse visiblement à ce type de capacités paranormales pour asseoir sa toute-puissance. Il missionne alors Lucas Deranian (Donald Pleasence) qui se fait passer pour leur oncle, documents falsifiés à l’appui. Lorsque Tia et Tony emménagent dans l’immense manoir de Bolt, ils sentent bien que quelque chose cloche et préfèrent prendre la fuite…

Les fugitifs

Le cœur du film est donc une longue course-poursuite au cours de laquelle ce frère et cette sœur pas comme les autres se comportent comme des gangsters en cavale, aidés dans leur fuite par un veuf patibulaire au volant de son camping-car. Tout au long de La Montagne ensorcelée, on sent l’hésitation du réalisateur et de ses producteurs sur la bonne tonalité à adopter. Les souvenirs d’un lointain naufrage qui parviennent à Tia par bribes, les séquences de suspense un tantinet anxiogènes qui rythment la débâcle des fugitifs et le comportement faussement affable de Bolt et Deranian procurent leur petit lot de frissons. Parallèlement, plusieurs séquences d’une gratuite infantilité semblent vouloir raccrocher coûte que coûte ce long-métrage hybride à l’image candide des productions de la maison de Mickey, notamment cette longue chorégraphie des marionnettes à fil que les enfants font danser à distance en jubilant. Mais finalement, c’est peut-être ce caractère « bancal » qui offre à La Montagne ensorcelée sa singularité et son charme étrange, à une époque où l’uniformisation et le calibrage des films Disney n’était pas encore au goût du jour. Cette aventure riche en rebondissements s’achève sur un climax audacieux qui semble annoncer celui d’E.T. avec sept ans d’avance mais souffre hélas d’effets visuels ratés qu’on croirait échappés de La Soupe aux choux ! La Montagne ensorcelée génèrera une petite franchise : Les Visiteurs d’un autre monde, Beyond Witch Mountain, Le Mystère de la montagne ensorcelée et un remake en 2009 avec Dwayne Johnson et Carla Gugino.

 

© Gilles Penso


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L’ENTERRÉ VIVANT (1962)

Pour sa troisième adaptation des écrits d’Edgar Poe, Roger Corman met en vedette un homme terrifié à l’idée d’être mis en terre encore vivant…

THE PREMATURE BURIAL

 

1962 – USA

 

Réalisé par Roger Corman

 

Avec Ray Milland, Hazel Court, Richard Ney, Heather Angel, Alan Napier, John Dierkes, Dick Miller, Clive Halliday

 

THEMA MORT I SAGA EDGAR POE PAR ROGER CORMAN

Roger Corman s’étant momentanément brouillé avec American International Pictures, qui produisit ses deux précédentes adaptations d’Edgar Poe, il dut financer L’Enterré vivant avec l’aide des laboratoires Pathé et se passer de sa vedette Vincent Price, alors sous contrat exclusif chez AIP. Et c’est plus que dommage, car le héros torturé de La Chute de la maison Usher et La Chambre des tortures brille ici cruellement par son absence. Ray Milland, qui fut un mémorable salaud dans Le Crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock, reprend donc le difficile flambeau en incarnant avec charisme le fort tourmenté Guy Carrell. Ce que Milland perd en magnétisme par rapport à son illustre prédécesseur, il le gagne cependant en fragilité et en sensibilité. Retiré dans une vieille demeure victorienne perdue au beau milieu d’une forêt d’arbres morts éternellement enlinceulés de brume stagnante (l’un de ces magnifiques décors conçus en studio par le brillant directeur artistique Daniel Haller), Carrell est terrifié à l’idée d’être un jour enterré vivant, comme le fut son père, victime d’une attaque catatonique imitant l’aspect de la mort.

Contre l’avis de sa sœur Kay, Carrell épouse la belle Emily Gault (Hazel Court, héroïne de Frankenstein s’est échappé), et semble peu à peu retrouver sa joie de vivre. Mais sitôt le mariage célébré, Guy se laisse à nouveau hanter par sa phobie qu’il mue en véritable obsession, d’autant qu’il est régulièrement harcelé par la vision de deux sinistres fossoyeurs ricanants, dont l’un est interprété par Dick Miller, l’un des acteurs fétiches de Roger Corman. « Pouvez-vous concevoir une telle chose : l’intolérable oppression des poumons, les exhalaisons suffocantes de la terre, l’étreinte rigide du cercueil, les ténèbres de la nuit et du silence absolu, comme une marée engloutissante ? » déclame ainsi Milland avec emphase, les dialogues de Charles Beaumont et Ray Russell rendant un bel hommage au texte torturé d’Edgar Poe chez qui la Mort a toujours été la phobie suprême et le pire des monstres (sa vie personnelle ayant été plus d’une fois ponctuée de décès brutaux).

« L’étreinte rigide du cercueil »

Puis survient cette séquence étonnante où Guy fait fièrement visiter à son épouse le mausolée flambant neuf qu’il vient de faire construire sur mesure, truffé d’issues de secours, de passages secrets, de trappes et d’alarmes, au cas où… Plus tard, le mausolée réapparaît dans une autre scène d’anthologie, transfiguré cette fois-ci par un cauchemar sinistre où Guy imagine qu’aucun de ses mécanismes ne fonctionne, le lieu étant envahi par les toiles d’araignées, les rats, les tarentules et les asticots. L’intrigue s’achemine sourdement vers son issue fatale, jusqu’à ce que la dernière demi-heure ne brise sa linéarité en multipliant les rebondissements riches en complots et en machinations, clignant au passage de l’œil vers la fameuse nouvelle « Les Résurrectionnistes » de Robert Louis Stevenson. Pour la petite histoire, le réalisateur se réconcilia finalement avec ses producteurs dès le début du tournage. Pathé revendit donc ses parts et L’Enterré vivant fit officiellement partie du prestigieux package Corman/Poe/AIP.

 

© Gilles Penso


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LA FEMME QUI RÉTRÉCIT (1981)

Le premier long-métrage de Joel Schumacher est un pastiche au féminin de L’Homme qui rétrécit

THE INCREDIBLE SHRINKING WOMAN

 

1981 – USA

 

Réalisé par Joel Schumacher

 

Avec Lily Tomlin, Charles Grodin, Ned Beatty, Henry Gibson, Elizabeth Wilson, Mark Blankfield, Maria Smith, Pamela Bellwood, John Glover, Nicholas Hormann

 

THEMA NAINS ET GÉANTS I SINGES

Star de l’émission Rowan & Martin Laugh-In entre 1969 et 1973, l’humoriste et comédienne Lily Tomlin est à l’époque extrêmement populaire auprès du public américain, ouvrant la voie aux praticiennes du stand-up, une discipline jusqu’alors très majoritairement masculine. Au début des années 80, sa fidèle collaboratrice et compagne Jane Wagner écrit pour elle une parodie au féminin de L’Homme qui rétrécit. Le projet semble taillé sur mesure pour John Landis qui, au sortir d’American College, se lance dans l’aventure. Mais quelques jours après le début du tournage, des tensions commencent à se faire ressentir. Le studio Universal décide en effet de diviser par trois le budget de 30 millions de dollars initialement prévu, ce qui implique des coupes drastiques dans le scénario, dans les choix de mise en scène et dans l’ambition du film. Exit donc John Landis, qui s’en va tourner Les Blues Brothers et laisse le poste de metteur en scène vacant. C’est un jeune talent prometteur qui va prendre le relais. Créateur de costumes (Woody et les robots, Intérieurs), signataire de quelques scénarios (The Wiz, Car Wash) et réalisateur d’une poignée de téléfilms (Virginia Hill, Amateur Night at the Dixie Bar and Grill), Joel Schumacher est alors un couteau suisse aux savoir-faire multiples qui n’a pas encore eu l’occasion de diriger un long-métrage pour le cinéma. La Femme qui rétrécit sera son baptême du feu. Il reprend donc les choses là où John Landis les a laissées et se lance dans cette comédie qui, selon le générique, est « suggérée par le roman de Richard Matheson ».

Lily Tomlin incarne Pat Kramer, mère de deux enfants particulièrement turbulents et épouse d’un créatif publicitaire (Charles Grodin) qui passe ses journées à inventer des noms de marques et des slogans. La peur de l’atome qui servait de moteur au scénario de L’Homme qui rétrécit n’étant plus au goût du jour, c’est la société de consommation qui est cette fois-ci dans le collimateur. Le changement du métabolisme de l’héroïne s’annonce progressivement, par petites touches. Un matin ses ongles lui semblent plus courts. Un autre jour, son bracelet tombe de son poignet. Puis elle constate sur la toise du médecin qu’elle ne mesure plus un mètre soixante-treize mais six centimètres de moins. Lorsque ses vêtements commencent à devenir trop grands, on l’envoie au Kleinman Institute, spécialisé dans les phénomènes inexpliqués. Après une interminable série de tests, le scientifique en charge de son cas (Henry Gibson) déduit que son rétrécissement est dû à une exposition prolongée aux produits ménagers qui l’entourent. En attendant la découverte d’un éventuel antidote, Pat continue à diminuer de jour en jour. Un consortium aux mauvaises intentions projette alors de prélever son sang pour créer une nouvelle arme redoutable : le sérum rétrécissant.

Clins d’œil

Reliquat probable du projet tel que devait le réaliser John Landis, La Femme qui rétrécit cligne plusieurs fois de l’œil vers Jack Arnold, le réalisateur de L’Homme qui rétrécit, à travers les jeux des enfants de Pat (une fausse araignée suspendue dans une douche, un costume de L’Étrange créature du lac noir, Les Survivants de l’infini qui passe à la télé). On trouve aussi en fin de métrage un gorille conçu et interprété par Rick Baker, le vieux complice de John Landis, qui rejoue avec Lily Tomlin un remake de King Kong. L’année de la sortie de La Femme qui rétrécit, Baker remportera l’Oscar des effets de maquillage pour Le Loup-garou de Londres. Il faut reconnaître que malgré son budget revu à la baisse, La Femme qui rétrécit recours à des effets spéciaux très réussis que supervise Bruce Logan, vétéran de 2001 l’odyssée de l’espace et La Guerre des étoiles. Perspectives forcées, décors et accessoires surdimensionnés, projections frontales et incrustations permettent des séquences folles comme l’attaque des jouets mécaniques, la dégringolade en skateboard, la chute dans l’évier ou la délirante poursuite finale. Dommage que les mécanismes comiques bâtis par Jane Alexander manquent tant de subtilité. Il y avait pourtant là matière à une excellente satire des habitudes consuméristes américaines, doublée d’une parabole intéressante de l’asservissement de la femme par des tâches ménagères qui la diminuent peu à peu. Une écriture plus rigoureuse et un point de vue plus affuté sur le récit n’auraient pas été de trop. Quant à Joel Schumacher, il peine à apposer le moindre style sur cette œuvre imaginée bien avant son entrée en jeu. Il lui faudra attendre St Elmo’s Fire et Génération perdue pour affirmer pleinement sa personnalité et son univers.

 

© Gilles Penso

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SCREAM GIRL (2015)

Cinq jeunes gens de 2015 se retrouvent coincés à l’intérieur d’un film d’horreur des années 80 où sévit un tueur psychopathe…

THE FINAL GIRLS

 

2015 – USA

 

Réalisé par Todd Strauss-Schulson

 

Avec Taissa Farmiga, Malin Åkerman, Alexander Ludwig, Nina Dobrev, Alia Shawkat, Thomas Middleditch, Adam DeVine, Angela Trimbur

 

THEMA TUEURS I CINÉMA ET TÉLÉVISION

Renouveler la mécanique éprouvée du slasher n’est pas une mince affaire pour les scénaristes et réalisateurs qui rivalisent d’énergie afin de s’écarter des sentiers battus tout en respectant les codes du genre. C’est à ce délicat exercice d’équilibristes que se livrent Joshua John Miller et Todd Strauss-Schulson, respectivement auteur et metteur en scène de Scream Girl. Miraculeusement rafraîchissante, cette comédie horrifique donne la vedette à Taissa Farmiga, qui n’est autre que la fille de Vera Farmiga, l’héroïne de la saga Conjuring et de la série Bates Motel. Ironiquement, la jeune actrice incarne dans Scream Girl la fille d’une comédienne spécialisée dans les films d’horreur. Elle se nomme Max Cartwright et sa mère Amanda est passée à la postérité en jouant dans un slasher culte des années 80, « Camp Bloodbath ». Et quoi que cette dernière fasse pour essayer de diversifier sa carrière, tout la ramène toujours à ce rôle qui lui colle à la peau. La mère et la fille sont liées par une forte complicité qui se brise violemment le jour où Amanda perd la vie dans un accident de voiture. Plongée dans une profonde dépression, Max accepte un an plus tard d’assister à une projection de « Camp Bloodbath » organisée par le frère de sa meilleure amie pour honorer la mémoire de sa mère. La soirée commence de manière festive, mais un concours de circonstances provoque un incendie dans la salle de cinéma. Pris dans le mouvement de panique, Max et quatre de ses amis traversent l’écran, seule issue possible… et se retrouvent « de l’autre côté du miroir ».

Présenté dès le prologue de Scream Girl à travers une fausse bande-annonce, « Camp Bloodbath » est une savoureuse parodie des premiers Vendredi 13, qui en reprend la patine, les clichés d’usage et les personnages ultra-stéréotypés. En terrain très familier, le spectateur découvre un groupe de moniteurs de camp de vacances menacés par un tueur fou masqué et armé d’une machette. Même la bande son reprend les célèbres chuchotements conçus par le compositeur Harry Manfredini. Au-delà des méfaits de Jason Voorhees, d’autres références cinéphiliques constellent ce désopilant  faux film, notamment Massacre à la tronçonneuse, Carnage ou Les Griffes de la nuit. C’est dans cet environnement très codifié que débarquent nos jeunes héros. Passée la surprise, ils doivent s’accommoder de cet univers factice dont ils font désormais partie. Charge à eux de prévenir les personnages fictifs du danger qui les menace et d’échapper eux-mêmes aux pulsions meurtrières du psycho-killer qui hante les bois…

La dernière fille

Le concept est fou, mené jusqu’au bout par un scénariste qui en exploite toutes les ramifications. Le choc culturel entre les protagonistes des années 2010 et les personnages archétypiques des années 80 est délectable. Les sujets sociaux sont tournés en dérision avec beaucoup d’humour (notamment les clichés machistes), tout comme les « règles du jeu » inhérentes au genre, en particulierla virginité comme seule arme efficace face au tueur. D’ailleurs, si le titre français se réfère un peu artificiellement aux « Scream Queens » et au Scream de Wes Craven, le titre original fait allusion à « la dernière fille », c’est-à-dire la survivante habituelle des slashers qui a su rester prude pendant tout le film et peut se mesurer au psycho-killer au moment du climax. La bride sur le cou, les comédiens improvisent beaucoup avec une bonne humeur très communicative. Mais Scream Girl recèle aussi une profondeur et une finesse inattendues. Derrière le pastiche, le film peut en effet s’appréhender comme une parabole du deuil. Pour la jeune héroïne, faire face au personnage qu’incarnait sa mère et accepter de la voir se faire trucider par cet assassin de cinéma, c’est une manière d’accepter sa disparition dans le monde réel. En écrivant ce scénario, Joshua John Miller reconnaît avoir lui-même pensé au décès de son propre père, le comédien Jason Miller, qui jouait le jeune prêtre de L’Exorciste. L’émotion nous saisit ainsi par surprise aux détours de ce qui s’avère bien plus qu’une simple farce conçue pour flatter les fans du genre.

 

© Gilles Penso

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UN COSMONAUTE CHEZ LE ROI ARTHUR (1979)

Un employé de la NASA et un robot s’embarquent pour une mission qui les propulse dans l’Angleterre du moyen-âge…

UNIDENTIFIED FLYING ODDBALL 

 

1979 – USA

 

Réalisé par Russ Mayberry

 

Avec Dennis Dugan, Jim Dale, Ron Moody, Kenneth More, John Le Mesurier, Robert Beatty, Cyril Shaps, Pat Roach

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I ROBOTS

La fin des années 70 étant propice aux épopées spatiales stimulées par le succès de La Guerre des étoiles, le studio Disney décide de s’enfoncer dans la brèche tous azimuts. Quelques mois avant Le Trou noir (qui revisitera à sa manière 20 000 lieues sous les mers sous un jour cosmique), la maison de Mickey tente une variante très différente : une relecture du roman de Mark Twain « Un Yankee à la cour du roi Arthur » dans laquelle le héros du Connecticut imaginé par le célèbre écrivain est remplacé par un brave employé de la NASA. À vrai dire, seuls les principes du voyage dans le temps et du décalage humoristique entre les époques ont été repris de la prose de Twain, toute la charge satirique originale s’étant tranquillement évaporée au profit d’une aventure plaisante mais sans grande envergure. Le réalisateur choisi pour porter cette idée à l’écran, Russ Mayberry, est un spécialiste de la télévision (Ma sorcière bien aimée, L’Homme qui valait trois milliards, Marcus Welby, Kojak, Dallas), ce qui se ressent dans son approche visuelle très conventionnelle. Un cosmonaute chez le roi Arthur se donne tout de même les moyens de ses ambitions, sollicitant une grande figuration en costume filmée dans le château Alnwick, au Nord-Est de l’Angleterre,  et reconstituant de vastes décors dans les légendaires studios britanniques de Pinewood.

L’entrée en matière est amusante. On y découvre un vaisseau spatial qui entre dans le champ et avance lentement aux accents d’une musique aérienne de Ron Goodwin… et qui s’avère en réalité n’être qu’une maquette manipulée par un scientifique exalté, le professeur Zimmerman (Cyril Shaps). Devant une assistance perplexe, ce dernier annonce que la NASA est en mesure de mettre en place un voyage spatial habité à destination d’Alpha du Centaure. Mais le ministre de la défense refuse ce projet, qu’il juge trop dangereux. Zimmerman demande alors au jeune savant Tom Trimble (Dennis Dugan) de construire un robot capable d’effectuer le voyage à la place d’un humain. Tom fabrique cet humanoïde à son image, mais suite à un concours de circonstance il s’embarque dans le vaisseau avec son double artificiel et tous deux sont propulsés dans l’espace. Lorsqu’ils reviennent sur Terre, c’est pour découvrir qu’ils ont atterri dans l’Angleterre du VIème siècle.

Anachronismes

Si les visions anachronique de cet astronaute évoluant dans sa combinaison en plein moyen-âge ou de ces belligérants en armure croisant le fer à côté d’une navette spatiale possèdent une touche délicieusement surréaliste, on peut regretter que le comique de situation inhérent au concept du film soit finalement très peu exploité. Les nombreuses idées extravagantes déployée dans le scénario de Don Tait (le combat avec l’épée magnétisée, les joutes contre le robot, l’intervention du rover lunaire, le vol en jet-pack) sont elles-mêmes amoindries par une mise en scène sans inspiration et par des effets visuels souvent très maladroits. Côté casting, le constat est à peu près le même. Dennis Dugan est très sympathique mais pas charismatique pour un sou dans le double rôle du cosmonaute et de son alter-ego robotique (il sera beaucoup plus convaincant deux ans plus tard dans Hurlements) ; Sheila White est un peu fade sous les atours de cette jeune femme naïve persuadée que son père s’est transformé en oie ; quant à Kennth More, c’est probablement l’un des rois Arthur les plus mornes de l’histoire du cinéma. Les choses se rattrapent du côté des vilains, notamment avec Jim Dale, impressionnant dans sa composition de Sir Mordred au profil de rapace (il jouait le docteur Terminus de Peter et Elliott), et Ron Moody en magicien Merlin glacial et antipathique. Pas très folichon, ce Cosmonaute chez le roi Arthur sut pourtant distraire les jeunes spectateurs de l’époque qui lui réservèrent un bel accueil.

 

© Gilles Penso

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NI LA MER NI LE SABLE (1972)

Terrassée par la mort brutale de l’homme qu’elle aime, une femme le fait revenir d’outre-tombe par la force de ses sentiments

NEITHER THE SEA NOR THE SAND

 

1972 – GB

 

Réalisé par Fred Burnley

 

Avec Susan Hampshire, Michael Petrovitch, Frank Finlay, Michael Craze, Jack Lambert, Betty Duncan, David Garth, Anthony Booth

 

THEMA ZOMBIES

Ni la mer ni le sable : derrière ce titre imagé et poétique se cache une œuvre méconnue qui s’efforce d’aborder le thème du mort-vivant sous un angle profondément romantique. Le scénario est l’œuvre de Gordon Honeycombe, qui adapte là son propre roman, et la mise en scène est signée Fred Burnley. Monteur de formation (il travailla sur Le Pont de la rivière Kwaï en 1957), ce dernier signa quelques réalisations pour la télévision avant d’attaquer avec Ni la mer ni le sable son premier long-métrage destiné au grand écran. Ce sera aussi son film-testament, puisqu’il mourra trois ans après sa sortie sur les écrans. C’est l’histoire d’un amour fou, qui bafoue les lois naturelles de la vie et de la mort pour se prolonger envers et contre tout. Une belle idée, entravée cependant par beaucoup de maladresses et de naïvetés qui n’entachent pas totalement l’œuvre mais restreignent son impact et sa crédibilité. Par son déroulement, ses thématiques, ses rebondissements et son héros d’outre-tombe, Ni la mer ni le sable n’est pas sans évoquer Le Mort-vivant de Bob Clark, qui sortira sur les écrans un an plus tard et saura mieux convaincre les spectateurs.

L’intrigue prend place sur l’île de Jersey où une épouse troublée, Anna Robinson (incarnée par Susan Hampshire, l’héroïne de Malpertuis) s’isole volontairement pour prendre du recul et tenter de régler le tumulte de sa vie. Là, elle rencontre un gardien de phare, Hugh Dabernon (Michael Petrovitch) et s’éprend de lui. Ensemble, tous deux s’enfuient en Ecosse où leur idylle prend une tournure féerique. Mais un jour, après une scène d’amour torride sur la plage, Hugh court sur le sable et s’effondre brutalement, frappé par une crise cardiaque. Anna est tellement bouleversée qu’elle refuse tout net d’accepter le drame qui vient de survenir. Son déni est si fort qu’un soir, lorsqu’on cogne à sa porte, elle n’est nullement surprise de voir Hugh se présenter à elle. Par la force de son amour, elle l’a ramenée d’entre les morts. Mais il n’est plus vraiment le même. Muet, hagard, il n’est que l’ombre de l’amant qu’elle a connu. Et si une vie mécanique l’anime encore par miracle, le processus de décomposition semble ne pas avoir été enrayé…

D’entre les morts

Nous sommes tout disposés à embrasser cette love story d’outre-tombe et à plonger dans l’intensité des sentiments qui animent son infortunée héroïne. Mais même les moins cyniques auront sans doute du mal à appréhender sans sourire la première demi-heure du métrage. Truffé de dialogues naïfs dignes de la collection Arlequin, ponctué de séquences érotiques soft, accompagné d’une musique sirupeuse sans finesse, ce premier acte nécessite une certaine patience. Celle-ci est récompensée en partie après le drame. Quelques sursauts de mise en scène parviennent à piquer l’intérêt du spectateur et à le surprendre (la main brûlée, l’accident de voiture, le visage de l’amant qui prend soudain les traits d’un zombie avec une peau décomposée et des yeux noirs), même si l’ensemble demeure volontairement lent et contemplatif. Nous ne sommes décidément pas dans un film d’horreur traditionnel. Le dénouement, d’une beauté lugubre et nihiliste, s’achève sur un texte justifiant le titre du film : « Ni la mer ni le sable ne briseront leur amour. Un amour qui ne s’envolera jamais au gré d’une brise marine. » Inédit en France, Ni la mer ni le sable sera directement exploité en VHS chez nous.

 

© Gilles Penso


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CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL (1978)

Le sinistre docteur Mengele a survécu à la guerre et se lance dans une expérience de clonage visant à remettre sur pied le IIIème Reich…

THE BOYS FROM BRAZIL

 

1978 – GB

 

Réalisé par Franklin J. Schaffner

 

Avec Laurence Olivier, Gregory Peck, James Mason, Lili Palmer, Michael Gough, Linda Hayden, Steve Guttenberg, Jeremy Black

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Dix ans après La Planète des singes, Franklin J. Schaffner met à nouveau en scène avec un réalisme troublant une histoire de science-fiction reposant pourtant sur un argument hautement fantaisiste. Il prouve une fois de plus à quel point il sait être à son aise dans ce genre d’exercice de style, se rapprochant ici des premières œuvres de Peter Hyams (c’est d’ailleurs la même compagnie de production britannique, ITC, qui produisit l’excellent Capricorn One l’année précédente). Dans le cas présent, c’est Ira Levin (« Un bébé pour Rosemary ») qui écrivit en 1976 le roman à la base du scénario. Le sinistre docteur Josef Mengele (Gregory Peck) s’est réfugié au Paraguay où il poursuit des expériences commencées pendant la seconde guerre mondiale, à l’époque où il était surnommé « l’ange de la mort ». Son portrait, tel qu’il est énoncé dans le film, fait froid dans le dos : « C’était le médecin en chef d’Auschwitz, qui tua deux millions et demi de personnes, fit des expériences sur des enfants, juifs et non juifs, utilisant principalement des jumeaux, injectant des teintures bleues dans leurs yeux pour les transformer en aryens acceptables, amputant des membres et des organes par milliers sans anesthésie… »

Ayant prélevé des cellules vivantes sur hitler avant sa mort, il entend bien en créer un clone parfait en injectant lesdites cellules à quatre-vingt-quatorze femmes sélectionnées sur le volet. Disséminées aux quatre coins du globe, celles-ci appartiennent à des familles catholiques du nord et sont mariées à des hommes plus âgés qu’elles. La folle idée de Mengele est de faire grandir ses futurs hitler dans le contexte familial le plus proche possible de celui de l’ancien dictateur. Dès que les enfants ont atteint les quatorze ans, leurs pères sont donc assassinés. Barry Kohler (Steve Guttenberg), un jeune Américain qui réside au Paraguay, découvre l’abject projet et contacte à Vienne Ezra Lieberman (Laurence Olivier), un célèbre chasseur de nazis. Incrédule, Lieberman va se rendre à l’évidence face au nombre important d’hommes de soixante-cinq ans qui meurent dans les mêmes étranges circonstances…

La führer de vivre

Ce point de départ aurait pu donner naissance à une de ces séries B excentriques dont raffolaient les années 50 et 60, mixant les savants fous nazis et la science-fiction comme dans On a volé le cerveau d’Hitler, Le Roi des zombies ou Le Commando des morts-vivants. Mais ici la crédibilité est de mise, accentuée par la sinistre véracité du personnage historique de Mengele (qui vivait encore à Sao Polo à l’époque où le film fut réalisé), et par le véritable avancement des recherches génétiques en matière de clonage. Le casting est à l’avenant, composé de géants comme Gregory Peck (échappant pour une fois aux rôles de héros qui firent sa gloire), James Mason et Laurence Olivier. Assez curieusement, ce dernier joue ici le chasseur de nazis (en s’inspirant d’un autre personnage réel, Simon Wiesenthal) alors qu’il fut un mémorable ancien docteur SS dans Marathon Man deux ans plus tôt, prouvant l’éclectisme de son immense talent. Quant à l’enfant choisi pour incarner hitler adolescent (Jeremy Black), il s’avère inquiétant à souhait et n’est pas sans nous rappeler le Damien de La Malédiction. A travers son regard glacial, c’est l’éternel mythe de l’apprenti-sorcier qui se décline une nouvelle fois, s’appuyant sur la réalité historique la plus abjecte pour mieux questionner notre futur. Un film choc, assurément.

 

© Gilles Penso

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