APPEL D’URGENCE (1988)

Un homme décroche le téléphone dans une cabine publique. Au bout du fil, un homme lui annonce que des missiles nucléaires vont s’abattre sur la ville…

MIRACLE MILE

 

1988 – USA

 

Réalisé par Steve de Jarnatt

 

Avec Anthony Edwards, Mare Winningham, Mykelti Williamson, Denise Crosby, O-Lan Jones, John Agar, Robert DoQui

 

THEMA POLITIQUE-FICTION I CATASTROPHES

Appel d’urgence est un film revenu de nulle part. Jouissant depuis quelques années d’un regain de popularité inespéré, il faillit bien disparaitre à jamais de la mémoire cinéphile collective. Ce qui est aussi étonnant qu’injuste car d’autres titres pas forcément aussi réussis ont pour leur part bénéficié de la récente vague de nostalgie des années 80. Ou bien justement Appel d’urgence est-il tellement « autre » qu’il s’avère tout aussi inclassable aujourd’hui qu’il ne l’était à sa sortie ? L’idée du film germa dans l’esprit de son auteur Steve De Jarnatt dès 1979, alors qu’il finissait ses études de cinéma à l’université de Californie, s’inspirant de ses souvenirs d’enfance dans les années 60 lorsque, au cœur de la Guerre Froide, la population américaine devait régulièrement se soumettre à des simulations d’attaque nucléaire. La menace et la psychose perdureront jusque dans les années 80, comme en témoignent Le Jour d’après de Nicholas Meyer, L’Aube Rouge de John Milius et même le plus commercial WarGames de John Badham. Warner se montra tout d’abord intéressé par ce sujet dans l’air du temps mais souhaitait modifier plusieurs éléments (dont la fin, pour que le film ne soit qu’un rêve !). Steve De Jarnatt refusa catégoriquement, d’autant qu’il comptait bien réaliser le film lui-même. Il apprit par la suite que le studio avait pour projet d’en faire un segment de La Quatrième dimension – le film. Mais le temps passa et la chute du mur de Berlin en 1989 amorça une détente politique internationale, ce qui pourrait bien avoir contribué à rendre Appel d’urgence caduque lorsqu’il sortit enfin sur les écrans en mai 1989 aux États-Unis et début 90 en France. 

Le film s’ouvre sur des images du Big Bang et les débuts de la vie sur Terre, sur une musique synthétique planante du groupe Tangerine Dream. Une voix off dissertant sur les événements cosmiques aurait tôt fait de nous laisser croire que nous regardons au choix un documentaire, la suite de Phase IV, voire un film de Terrence Malick. Apparait ensuite à l’image Harry (Anthony Edwards) et l’on découvre que ces images ne sont qu’une fresque murale au musée d’histoire naturelle, celui de Los Angeles en l’occurrence. Harry y a repéré Julie (Mare Winnigham) et fait tout pour attirer son attention. Elle accepte d’aller diner avec lui mais Harry s’endort et rate l’heure du rendez-vous à cause d’une panne de courant. En se réveillant à 2h00 du matin, il se doute que Julie ne sera plus là mais il se rend au restaurant malgré tout. Sur place, une cabine téléphonique sonne. Interloqué, Harry décroche. Il s’agit d’un faux numéro mais la personne au bout du fil a juste le temps de lui expliquer qu’elle travaille dans une base militaire et que des missiles nucléaires vont s’abattre sur Los Angeles dans 1h10. Pris de panique, Harry décide de retrouver Julie avant qu’il ne soit trop tard. L’annonce de la catastrophe se répand comme un feu de paille et la ville entière sombre alors dans le chaos et l’anarchie…

 Du Big Bang au Big Boum

Si Kurt Russel et Nicolas Cage furent approchés pour tenir le rôle principal, le choix d’Anthony Edwards contribue à crédibiliser l’intrigue – ni gros bras ni sex-symbol, le futur Docteur Green de la série Urgences incarne le parfait quidam face à une situation pour le moins exceptionnelle. Mais la contrepartie est que la firme Hemdale ne peut miser trop gros sans véritable tête d’affiche et Steve De Jarnatt doit se contenter d’un budget de 3,7 millions de dollars. A titre de comparaison, la même compagnie avait alloué près de 7 millions au premier Terminator, avec lequel Appel d’urgence entretient d’ailleurs quelques points communs : l’apocalypse nucléaire et une histoire d’amour naissante au cours d’une course-poursuite/contre la montre se déroulant sur une période courte et majoritairement de nuit. Car la romance est bel et bien au cœur d’Appel d’urgence, De Jarnatt y consacrant vingt bonnes minutes d’exposition avant de nous faire basculer dans le cauchemar – Un revirement qui n’aurait pas le même impact si nous ne nous étions pas attachés aux personnages. Avec une solide maitrise de son matériau, le réalisateur continuera d’ailleurs de faire évoluer sa mise en scène au cours d’un film dont la courte durée ne le rend que plus dense : démarrant comme une comédie romantique classique, embrayant sur une ambiance paranoïaque avant de déployer un très efficace final sur fond de chaos urbain tirant le meilleur parti des moyens à disposition, De Jarnatt nous promène sans temps mort dans de nombreux lieux à priori anodins mais furieusement cinégéniques, introduisant au passage une riche galerie de personnages secondaires aussi variés que pittoresques, dont la diversité reflète à merveille l’esprit de la Cité des Anges. Par une sorte d’écho négatif à la première scène, la fin du film boucle parfaitement la boucle d’un scénario auquel ses huit longues années de gestation auront permis d’être parfaitement affiné. Hemdale avait envisagé d’ajouter une touche optimiste pour clore le film mais conserva finalement la chute plus radiale envisagée par son auteur. Hélas, l’insuccès d’Appel d’urgence (son second film après Cherry 2000) signera la fin de la carrière de Steve De Jarnatt au cinéma. Il restera très actif à la télévision, où il aura même l’occasion de diriger à nouveau Anthony Edwards sur quelques épisodes d’Urgences.

 

 © Jérôme Muslewski

Partagez cet article

SOUDAIN… LES MONSTRES ! (1975)

Le spécialiste des films de monstres Bert I. Gordon adapte H.G. Wells et lâche sur ses héros des hordes d'animaux géants

THE FOOD OF THE GODS

 

1975 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Pamela Franklin, Marjoe Gortner, Ralph Meeker, Jon Cypher, Ida Lupino, John McLiam, Belinda Balaski, Tom Stovall

 

THEMA MAMMIFÈRES I REPTILES ET VOLATILES I INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Vingt ans après ses débuts, Bert I. Gordon continue inlassablement à mettre en scène des animaux géants. Les dinosaures, les cyclopes, les colosses, les dragons, les araignées géantes et les sauterelles titanesques cèdent ainsi le pas à toute une nouvelle ménagerie qui s’inspire très librement du roman « The Food of the Gods » (« La Nourriture des Dieux ») qu’H.G. Wells écrivit en 1904. Curieusement, Bert I. Gordon s’était déjà laissé inspirer par ce récit qui servit de base en 1965 à Village of the Giants. Soudain… les monstres ! prend place sur une île isolée au large des côtes canadiennes, filmée en extérieurs réels à Bowen Island. Le footballer Morgan (Marjoe Gortner, futur héros de Star Crash) et ses amis Davis (Chuck Courtney) et Brian (John Cypher) y chassent le cerf dans les bois. Soudain, Morgan entend un hurlement et retrouve le cadavre de Davis, dont le visage est complètement boursouflé, tandis qu’au loin s’éloigne un essaim monstrueux.

Les premières créatures du film sont donc des guêpes grosses comme des pigeons, en réalité des marionnettes figées qui sont incrustées très maladroitement dans les prises de vues réelles (un travers habituel des trucages de Gordon, tributaire de budgets souvent minuscules). Suivent un coq géant, c’est-à-dire une figurine immobile de deux mètres de haut qu’un montage nerveux tente de crédibiliser, et des vers énormes, repoussants et dégoulinants à souhait, qui se nourrissent volontiers de chair humaine dès qu’ils le peuvent. Ces mutations monstrueuses trouvent leur origine dans une substance mystérieuse qui s’écoule au pied d’un rocher. Les époux Skinner (Ida Lupino et John McLiam), qui l’ont découverte par hasard, s’en servent pour nourrir leurs poulets. Mais les rats y ont également trempé leur museau glouton. Les rongeurs géants ne tardent donc pas à ensanglanter les parages. En désespoir de cause, un petit groupe de survivants trouve refuge dans une vieille ferme.

La nuit des rats géants

Les monstres vedettes du film sont donc des rats velus et démesurés, obtenus tour à tour à l’aide de rats réels filmés dans de belles maquettes fabriquées par Erik Von Buelow, ou de répliques géantes très réussies conçues par Tom Burman et un tout jeune Rick Baker. Les doubles expositions qui mettent les monstres en relation avec les comédiens sont parfois efficaces (la caravane assaillie, la maison inondée) mais s’avèrent souvent calamiteuses. La plupart du temps, la ligne de cache est en effet bien visible et une partie des rats est transparente. En vingt ans de bons et loyaux services, Gordon n’a donc guère fait évoluer ses techniques depuis les sauterelles géantes de Beginning of the End. L’assaut final autour de la ferme, générant des tensions inévitables entre protagonistes, évoque beaucoup La Nuit des morts-vivants mais aussi Les Oiseaux, notamment lorsque Lorna Scott (Pamela Franklin) tremble de tous ses membres en entendant le bruit stressant des animaux qui s’abattent sur le toit. Quant à l’ironique chute finale, elle donne presque au film les allures d’une « prequel » de Village of the Giants. Une séquelle officielle sera réalisée par Damian Lee en 1989 sous le titre Gnaw : Food of the Gods 2.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LES AVENTURES DE BUCKAROO BANZAÏ À TRAVERS LA HUITIÈME DIMENSION (1984)

Un scientifique / rock star / agent secret ouvre les portes de la huitième dimension et provoque une invasion extra-terrestre…

THE ADVENTURES OF BUCKAROO BANZAI ACROSS THE 8th DIMENSION

 

1984 – USA

 

Réalisé par W.D. Richter

 

Avec Peter Weller, John Lithgow, Ellen Barkin, Jeff Goldblum, Lewis Smith, Christopher Lloyd, Rosalind Cash

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONDES VIRTUELS ET MONDES PARALLÈLES

Les Aventures de Buckaroo Banzaï est né de la rencontre entre W.D. Richter, scénariste de plusieurs films mémorables comme L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufmann, Dracula de John Badham ou Brubaker de Stuart Rosenberg, et Earl Marc Rauch, auteur du roman « Dirty Pictures From the Prom ». Tous deux décident d’initier un film ensemble, mais le scénario peine à se concrétiser. Rauch imagine un personnage nommé d’abord Buckaroo Bandy, héros d’une histoire déjantée inspirée en partie du cinéma de kung-fu. Entre-temps, Rauch écrit les scripts de New York New York pour Martin Scorcese et d’Otages pour Sean S. Cunningham. Lorsque le scénario des Aventures de Buckaroo Banzaï est enfin finalisé, il faut encore pouvoir le financer. Ce n’est pas une mince affaire, dans la mesure où le film s’annonce totalement inclassable et qu’il s’agira de la première réalisation de W.D. Richter. Le producteur David Begelman et le studio 20th Century Fox tentent finalement l’aventure en allouant au projet un budget de douze millions de dollars. Pas encore starifié par Robocop, Peter Weller hérite du rôle-titre, sa performance dans L’Usure du temps d’Alan Parker ayant convaincu Richter. Le comédien accepte sans trop savoir s’il s’embarque dans une parodie, un film de science-fiction sérieux ou une espèce de cartoon en chair et en os.

Buckaroo Banzaï est un personnage hors du commun cumulant tout à la fois les fonctions de neurochirurgien, de star du rock, d’agent secret, de spécialiste des arts martiaux, de physicien mondialement connu et d’ami du président des États-Unis. Alors qu’il expérimente sa toute dernière invention, l’Oscillateur, cet homme aux talents multiples se lance à vive allure dans le désert au volant d’une voiture expérimentale et ouvre malencontreusement les portes de la huitième dimension, permettant à des extra-terrestres aux sombres desseins d’envahir notre planète. Ces indésirables envahisseurs sont identifiés par Buckaroo Banzaï comme « Lectroïdes de la planète dix ». Seuls certains êtres privilégies peuvent voir leur monstrueux visage. Mais pour le commun des mortels, ils ressemblent à des humains ordinaires. Entretemps, le docteur Lizardo (John Lithgow) s’évade de l’hôpital psychiatrique où il était interné. Ce dernier avait tenté une expérience similaire à celle de Buckaroo Banzaï, avec un side-car customisé, mais en était ressorti transformé et profondément mégalomane. Notre héros et son équipe partent donc en guerre contre les aliens désormais à la solde de Lizardo.

En totale roue libre

Assez curieusement, plusieurs composantes de ce film délirant annoncent Retour vers le futur, notamment cette voiture aérodynamique qui fonce sur une route droite jusqu’à se dématérialiser pour apparaître ailleurs de l’autre côté d’une montagne, avec en prime un tableau de bord équipé d’un dispositif en tout point similaire au convecteur temporel de Doc Brown. Christopher Lloyd apparaît d’ailleurs dans le film, jouant une sorte d’agent du gouvernement. Au détour du casting, on trouve aussi Jeff Goldblum, en ami médecin de Buckarro qui s’habille en cowboy, ainsi que de nombreux compagnons d’arme aux noms improbables. La délicieuse Ellen Barkin (future star de Dans la peau d’une blonde et Mélodie pour un meurtre) est aussi de la fête. Dans un flash-back, Jamie Lee Curtis jouait la mère du héros, mais cette scène fut finalement coupée au montage. Quant à John Lithgow, il en fait des tonnes sous la défroque de ce super-vilain improbable, déclamant ses dialogues avec un accent supposément italien qui ressemble plutôt à du russe. Le film se distingue par ses designs originaux, notamment ce vaisseau spatial mi-végétal mi-minéral aux allures de coquillage hérissé de branchages enchevêtrés, ou encore ces aliens juchés sur de très hauts sièges dans un étrange environnement enfumé. Les effets visuels sont supervisés par Michael Fink (Blade Runner, WarGames), les maquettes par Mark Stetson (New York 1997, S.O.S. fantômes) et les maquillages spéciaux par Tom Burman (L’Invasion des profanateurs, La Féline). Bref, du beau monde ! Rythmé sur une musique synthétique de Michael Boddicker, Les Aventures de Buckaroo Banzaï nous amuse par son grain de folie permanent et sa liberté de ton. Mais son déroulement erratique, en totale roue libre, ne mène nulle part et fixe donc les limites de son concept. La fin nous annonce une prochaine aventure : « Buckaroo Banzai Against the World Crime League ». Mais cette suite ne verra jamais le jour. Buckaroo Banzaï est en effet un flop retentissant, le film ne devenant culte qu’au moment de sa distribution en vidéo.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

MONTCLARE : RENDEZ-VOUS DE L’HORREUR (1982)

Une jeune femme hérite d’un domaine familial abritant une communauté de retraités… et des secrets très inquiétants

NEXT OF KIN

 

1982 – NOUVELLE-ZÉLANDE / AUSTRALIE

 

Réalisé par Tony Williams

 

Avec Jacki Kerin, John Jarratt, Alex Scott, Gerda Nicolson, Charles McCallum, Bernadette Gibson, Robert Ratti, Vince Deltito, Tommy Dysart

 

THEMA TUEURS

S’il s’inscrit logiquement dans la mouvance des productions fantastiques ayant subitement émergé sur le continent océanien entre la fin des années 70 et le début des années 80 (au côté des œuvres de George Miller, Richard Franklin, Simon Wincer ou Colin Eggleston), Montclare est tout de même un film un peu à part. Son réalisateur Tony Williams n’a en effet réalisé qu’un autre long-métrage de fiction, le drame méconnu Solo, le reste de sa carrière ayant été consacré à la production et à la réalisation de films documentaires. C’est d’autant plus surprenant que ses trouvailles de mise en scène, ses expérimentations visuelles et sonores et sa direction d’acteurs laissaient augurer des promesses cinématographiques qui hélas n’auront pas été tenues. Montclare (Next of Kin en V.O., autrement dit « proche parent ») est donc un cas isolé. Et si ses derniers rebondissements semblent vouloir se réclamer du slasher, alors au sommet de sa vogue aux États-Unis, l’entame de ce Rendez-vous de l’horreur nous baigne dans une atmosphère différente, proche par bien des aspects des vieilles histoires de fantômes britanniques ou des thrillers « à mystère » dans l’esprit des récits d’Edgar Wallace ou de Boileau & Narcejac.

Après la mort de sa mère, Linda (Jacki Kerin) hérite de Montclare, un domaine rural qui appartient à sa famille depuis de longues années. La nuit de son arrivée, une vieille pensionnaire, Madame Ryan (Bernadette Gibson), arrive au beau milieu d’un orage, accompagnée par son fils Kelvin (Robert Ratti). Car Montclare abrite une communauté de retraités avec qui Linda va lier connaissance. Mais une ambiance étrange baigne les lieux, agitant les nuits de Linda qui est hantée dans ses rêves par une petite fille qui pourrait bien être elle-même. Bientôt, un drame survient : un résident est retrouvé noyé dans une baignoire. De plus en plus perturbée, Linda tombe sur des journaux intimes et des dossiers médicaux troublants. Convaincue que quelqu’un l’espionne et l’observe jour et nuit, elle finit par se persuader que Connie (Gerda Nicolson), une employée de longue date, et le docteur Barton (Alex Scott), qui officie à Montclare, lui cachent des choses sur sa mère et sur sa tante. Les incidents se multiplient bientôt, jusqu’à ce que la situation vire au cauchemar…

Le malaise s’installe…

Si Montclare : rendez-vous de l’horreur parvient à saisir le spectateur et à jouer avec ses nerfs, c’est moins pour son scénario, somme toute assez classique, que par la mise en forme qu’adopte Tony Williams. Pas du tout coutumier du genre, le réalisateur semble trouver là un passionnant terrain de jeu. Sa caméra suit souvent l’action de très près, zoomant sur certains détails du cadre, accompagnant les personnages pas à pas, quitte à adopter des angles de vue inattendus. Cette proximité que le cinéaste impose à ses spectateurs crée un climat insolite même lorsqu’il ne se passe rien. Comment oublier le malaise suscité par cette scène pourtant anodine des morceaux de sucre ? Williams altère souvent la cadence de l’action, imposant des mouvements ralentis qui créent un sentiment de flottement et laissent l’étrangeté s’inviter dans les moments les plus faussement paisibles. Toutes ces facéties sont moins des gimmicks que des moyens d’entrer dans la subjectivité d’un personnage de plus en plus déconcerté par cet environnement dont l’apparente respectabilité cache visiblement de lourds secrets. La couleur rouge est aussi un indicateur de perturbation (le ballon de la fillette, le béret, le pull, et bientôt l’eau d’une fontaine qui se teinte soudain d’écarlate). En ce sens, certains effets de style de Montclare ne sont pas éloignés de ceux du giallo, ce que confirme ce climax baroque digne des grandes heures de Dario Argento où les cris de terreur se muent en hurlements bestiaux, où la caméra flotte au-dessus du drame et où la musique synthétique de Klaus Schulze nimbe l’action d’une rythmique entêtante. Constellé d’images inquiétantes (le cadavre dans la baignoire), Montclare remportera le grand prix du Festival International du Film Fantastique de Paris en 1982.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LES AVENTURIERS DE LA QUATRIÈME DIMENSION (1985)

Un lycéen découvre un étrange engin dans un entrepôt militaire et provoque sans le vouloir de gigantesques bouleversements spatio-temporels

MY SCIENCE PROJECT

 

1985 – USA

 

Réalisé par Jonathan Betuel

 

Avec John Stockwell, Danielle von Zerneck, Fisher Stevens, Raphael Sbarge, Richard Masur, Dennis Hopper

 

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I DINOSAURES

Les Aventuriers de la quatrième dimension commence en 1957. Sur la base de Dawson, dans le Nebraska, un général présente un mystérieux engin extra-terrestre au président Eisenhower, qui ordonne aussitôt qu’on s’en débarrasse. Deux décennies plus tard, nous faisons la connaissance de Mike Harlan (John Stockwell), dont les deux problèmes majeurs sont ceux des lycéens de son âge : sa petite amie vient de le lâcher et son professeur de sciences Bob Roberts (Dennis Hopper) lui a donné quinze jours pour mettre au point son projet de fin d’études. Avec Ellie Sawyer (Danielle von Zerneck), la bonne élève de la classe, Mike s’introduit clandestinement dans un entrepôt de l’US Air Force où il découvre un engin étrange qui pourrait l’aider pour son projet (le spectateur attentif aura fait le lien avec le prologue situé dans les années 50). Avec l’aide de son ami Vince (Fisher Stevens), Mike parvient à déclencher l’engin sans trop comprendre son fonctionnement. Les premiers phénomènes étranges se produisent alors : l’apparition d’un vase antique, un saut dans le temps de deux heures, le dérèglement de tous les appareils électriques à proximité…

Face aux bizarreries lumineuses qui surgissent de l’appareil, le vérénable Bob s’enflamme : « Je vais vous dire ce que c’est. C’est une déformation de l’espace-temps qui ouvre les portes des autres dimensions et permet de voyager dans le temps et dans l’espace. » Soudain illuminé, le professeur branche l’appareil sur le secteur et d’un coup tout s’emballe. Il est aussitôt aspiré dans la machine, qui va projeter toute la ville dans une nouvelle dimension, bouleverser le cours du temps, malaxer les époques et les imbriquer les unes dans les autres. Un dinosaure, Cléopâtre, des guerriers antiques, des Viet-Congs et des hommes préhistoriques envahissent bientôt le lycée. Le problème principal du film est le choix de ses acteurs lycéens, sans charisme, sans présence, sans rien d’intéressant à défendre. Héros deux ans plus tôt de Christine, John Stockwell se contente ici de grimacer en cherchant à composer un cancre sympathique, tandis que les « premiers de la classe » rivalisent de poncifs derrière leurs énormes lunettes. L’ombre de Breakfast Club, sorti sur les écrans américains quelques mois plus tôt, plane évidemment sur ces adolescents en bute à l’autorité, mais en l’absence point de vue et de personnages dignes de ce nom, l’esprit insufflé par John Hugues s’évapore. Les dialogues sont souvent stupides, les pires étant probablement ceux prononcés par l’insupportable de Vince.

Un tyrannosaure dans le gymnase

Ce sont finalement les phénomènes fantastiques qui restent les plus mémorables dans le film, visualisés par des effets en vogue dans les années 80, notamment ces fameux arcs électriques en rotoscopie. Les hommes de Néanderthal maquillés par Lance Anderson s’avèrent franchement impressionnants. Cela dit, la meilleure scène est probablement celle du tyrannosaure dans le gymnase, une figurine mécanique animée par Doug Beswick. « En fait, l’équipe du film souhaitait utiliser une marionnette miniature parce que la séquence du Rancor du Retour du Jedi les avait assez impressionnés, et ils faisaient confiance à cette technique », raconte Beswick. « Le tyrannosaure était en fait un modèle miniature de cinquante centimètres de haut manipulé avec des baguettes dans un décor miniature. Les acteurs ont été filmés séparément devant un fond bleu puis incrustés dans l’image. Nous avons également fabriqué une version inerte grandeur nature du tyrannosaure pour la fin de la séquence, lorsque les héros sont à proximité de son cadavre. » (1) Même si la stop-motion aurait sans doute donné un résultat plus dynamique, la séquence fait son petit effet. Elle incita même James Cameron à embaucher Doug Beswick l’année suivante pour animer la version miniature de la reine d’Aliens selon le même procédé. Mais malgré ces quelques morceaux de bravoure et une prestation délectable de Dennis Hopper (affublé de la même tenue que celle qu’il portait dans Easy Rider après son voyage dans les années 60), Les Aventuriers de la quatrième dimension n’est qu’une comédie pataude et anecdotique. Et dire qu’il fallut une quinzaine de versions avant d’aboutir au scénario définitif !

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

HURLER DE PEUR (1961)

Une jeune paralytique est en proie à des hallucinations terrifiantes où le cadavre de son père vient la hanter régulièrement…

TASTE OF FEAR

 

1961 – GB

 

Réalisé par Seth Holt

 

Avec Susan Strasberg, Ronald Lewis, Ann Todd, Christopher Lee, John Serret, Leonard Sachs, Anne Blake, Fred Johnson

 

THEMA FANTÔMES I MORT

Ancien monteur, Seth Holt (« l’un des plus grands réalisateurs britanniques » selon Christopher Lee) avait fait son baptême du feu en dirigeant le thriller Confession à un cadavre avec Bette David. Hurler de peur, son second long-métrage, se situe quelque part entre le cinéma d’Alfred Hitchcock et Les Diaboliques de Georges Clouzot. Susan Strasberg incarne Penny Appleby, une jeune femme clouée sur un fauteuil roulant après une chute de cheval. Venue à Nice pour retrouver son père, qu’elle n’a pas vu depuis de nombreuses années, et sa belle-mère (Ann Todd), qu’elle ne connaît pas, elle est accueillie par un chauffeur séduisant prénommé Bob (Ronald Lewis). L’accueil qu’on lui réserve est chaleureux, mais bientôt, Penny est frappée par d’horribles visions du cadavre de son père, figé à plusieurs endroits de la maison familiale au beau milieu de la nuit. S’agit-il d’hallucinations ? Tout semble si tangible, si réel…

Tournant le dos à l’imagerie gothique et aux couleurs saturées généralement associée à la Hammer, Seth Holt nous plonge dans des décors naturels et contemporains captés dans le sud de la France et filmés en noir et blanc. Ce sera d’ailleurs le fer de lance d’un cycle de films de terreur psychologique marchant volontiers sur les traces de Psychose, aux côtés d’œuvres telles que Maniac, Fanatic ou Paranoiac. Susan Strasberg, qui prête son joli minois au personnage principal de Hurler de peur, est la fille de Lee Strasberg, le fondateur de l’Actor’s Studio. Sa technique de jeu, moins théâtrale et plus naturaliste que celle de ses partenaires britanniques, crée du coup une rupture particulièrement intéressante qui concourt à la modernité du film. Dans la peau d’un docteur austère persuadé que la paralysie de la jeune fille est psychosomatique et qu’elle peut se guérir par la force de la volonté, Christopher Lee capitalise sur son potentiel inquiétant. Assez curieusement, il porte ici le même nom que celui du personnage qu’il incarnait dans L’Homme qui trompait la mort de Terence Fisher deux ans plus tôt (le docteur Pierre Gerrard). Cette homonymie serait apparemment une blague que lui destinèrent les auteurs maison de chez la Hammer.

Une sombre machination

L’ambigüité dont ce médecin est auréolé se double d’un accent français exotique que l’acteur notoirement polyglotte se plaît à imiter. S’agirait-il de l’amant de la belle-mère ? Ont-ils comploté pour rendre Penny folle ? Ont-ils assassiné son père ? La vérité est encore plus surprenante que toutes les suppositions échafaudées par les spectateurs, par la grâce d’un scénario riche en rebondissements signé par le très prolifique Jimmy Sangster, également producteur du film. Une mise en scène ciselée, des comédiens remarquables, une magnifique photographie généreuse en contrastes signée Douglas Slocombe (futur directeur de la photographie des trois premiers opus de la saga Indiana Jones), tout concourt à faire d’Hurler de peur un classique du film d’épouvante. Et l’on regrette que Seth Holth n’ait pas dirigé plus de longs-métrages de cette trempe, si l’on excepte la mémorable Momie sanglante qui magnifiera la belle Valérie Leon dix ans plus tard et qui sera son chant du cygne.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LE GRAND SAUT (1994)

Les frères Coen plongent Tim Robbins dans des années 50 imaginaires, au sein d’une fable comico-onirique désopilante

THE HUDSUCKER PROXY

 

1994 – USA

 

Réalisé par Joel Coen

 

Avec Tim Robbins, Jennifer Jason Leigh, Paul Newman, Charles Durning, John Mahoney, Jim True, William Cobbs, Bruce Campbell, Harry Burgin

 

THEMA CONTES

Le mélange d’humour et de tragédie, la violence, les envolées lyriques, l’esthétisme qui nimbaient les quatre films précédents des frères Coen sont plus présents que jamais dans Le Grand saut. La star du film est Tim Robbins, qui s’avère délectable dans le rôle de Norville Barnes, un provincial maladroit, un peu simplet et sans expérience professionnelle, promu soudain président d’une gigantesque compagnie new-yorkaise, les industries Hudsucker, à la suite du saut dans le vide du fondateur Waring Hudsucker et d’un complot financier monté par le très cynique Sidney Mussburger, auquel un Paul Newman vieilli mais toujours pétillant prête ses traits charismatiques. Les choses se compliquent lorsque la journaliste Amy Archer se fait engager dans le but inavoué d’espionner la direction de l’entreprise et de faire passer son président pour un idiot invétéré aux yeux du grand public. C’est Jennifer Jason Leigh (victime de Rutger Hauer dans Hitcher) qui interprète cette femme reporter sophistiquée et artificielle, toute fière de son prix Pulitzer, et qui tombe bientôt sous le charme du naïf Norville. La comédienne adopte pour camper son personnage une gestuelle et un débit de parole frénétiques. Son talent comique, peu sollicité jusqu’alors, éclate en particulier dans une scène désopilante où elle feint de connaître l’hymne ringard des habitants de Muncie, la petite province natale de Norville, que ce dernier chante avec un entrain plein d’emphase.

Une atmosphère fantastique baigne d’emblée Le Grand saut, à travers ce New York reconstitué avec de splendides maquettes qui évoquent le Manhattan de King Kong, cette salle des engrenages géants digne de Metropolis, ces yuppies qui se jettent par la fenêtre comme dans un fameux sketch des Monty Pythons, cette administration grise et étouffante bardées de tuyaux comme dans Brazil et ces personnages tous plus outranciers que nature (il faut voir cette réunion apathique des administrateurs à peine troublée par le saut de leur président du haut du 44ème étage – 45ème si l’on compte l’entresol !). Mais le Fantastique avec un grand F s’invite pleinement au moment le plus fou du Grand saut, en une surprise assez monumentale qui n’est finalement pas complètement illogique, dans la mesure où l’histoire toute entière ressemble à une fable. La musique très enjouée du talentueux Carter Burwell, compositeur attitré des frères Coen, participe à la création de ce climat féerique. Les trouvailles de mise en scène des duettistes nous coupent souvent le souffle. Il n’est probablement pas exagéré de dire que les Coen inventent au fil de leurs film un nouveau style narratif, et parfois même de nouvelles règles de grammaire cinématographique. Grands cinéphiles revendiquant ouvertement leurs sources d’inspiration, Joel et Ethan évoquent parfois, à travers leurs trouvailles visuelles ou sonores, les inventions d’Orson Welles et d’Alfred Hitchcock, excusez du peu ! 

Sous l’influence de Welles et Hitchcock

Le Grand saut poursuit ces expérimentations, en particulier au cours des ellipses d’une scène à l’autre, où les raccords créent une dynamique extraordinaire. Un exemple parmi bien d’autres : ce cri qui se mue en crissement d’une rame de métro, hérité tout droit d’une scène de Jeune et innocent. Hitchcock a d’ailleurs d’autres droits de cité, en particulier dans une scène hilarante qui parodie le climax éprouvant de Cinquième colonne, où un homme suspendu au-dessus du vide voyait la couture de sa veste se défaire lentement. Certes, le rythme se relâche un peu au cœur du film, au cours d’un petit passage à vide succédant à l’arrivée « sur le trône’ de Norville Barnes, laissant le spectateur perplexe quant aux possibilités de péripéties futures. Mais ce n’est que pour repartir de plus belle, et pour plonger vers ce dénouement fou permettant au Grand saut de justifier son titre français en même temps que sa présence en ces pages. Notons une petite apparition de Sam Raimi en ombre chinoise dans le rôle d’un créatuf publicitaire désespérément en quête d’un nom pour le rond en plastique que la population ne tardera pas à faire tourner autour de ses hanches. Raimi assure ici la copaternité du scénario et la réalisation de la seconde équipe. Corollaire, son ami d’enfance Bruce Campbell assure le – trop -petit rôle d’un journaliste macho et gouailleur.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

ALIEN, LA CRÉATURE DES ABYSSES (1989)

Le réalisateur de Chair pour Frankenstein met en scène un monstre improbable mi-alien mi-écrevisse géante !

ALIEN DEGLI ABISSI / ALIEN FROM THE DEEP

 

1989 – ITALIE

 

Réalisé par Antonio Margheriti

 

Avec Daniel Bosch, Julia McKay, Robert Marius, Luciano Pigozzi, Charles Napier, Roberto Dell’acqua

 

THEMA EXTRA-TERRESTRES I MONSTRES MARINS

Qu’il signe ses œuvres sous son pseudonyme américanisé Anthony Dawson ou sous son vrai nom, Antonio Margheriti n’est pas le plus mauvais des faiseurs d’épouvante italiens. L’homme a marqué de sa patte quelques œuvres honorables comme La Vierge de Nuremberg, Chair pour Frankenstein ou Du sang pour Dracula. Mais avec cet Alien, la créature des abysses, dont le titre s’affiche ouvertement comme une double référence à Ridley Scott et James Cameron, le niveau est tombé bien bas. Le scénario semble prendre un parti écologiste du meilleur aloi, mais cette approche s’avère rapidement n’être qu’un prétexte pour construire une intrigue confuse hésitant entre l’aventure exotique, l’action, l’horreur et la science-fiction. L’héroïne est une journaliste de terrain prénommée Jane (Marina Giulia Cavalli camouflée sous le pseudonyme Julia McKay), qui embarque son caméraman Lee (Robert Marius) sur une île volcanique afin de filmer les exactions de l’armée qui saccage l’environnement en jetant tous ses déchets nucléaires directement dans le cratère.

La première demi-heure du film accumule donc sans surprise les poursuites dans la jungle, les rencontres avec des serpents et les fusillades en tout genre, jusqu’à ce que Lee soit capturé par les militaires. A leur tête se trouve le colonel Kovacs, à qui Charles Napier prête son inénarrable trogne. Celui-ci n’est pas là pour rigoler, et lorsqu’un de ses hommes perd son sang-froid, il l’abat tranquillement, déclarant qu’il faut enrayer la peur avant qu’elle ne contamine les autres… Notre reporter en jupons fait ensuite la connaissance de Bob (Daniel Bosch), un chasseur de serpents qui vient lui prêter main-forte. Et puis d’un seul coup, le scénariste Tito Carpi semble se rappeler que le film qu’il a écrit porte le titre d’Alien, la créature des abysses. Pour ne pas décevoir les spectateurs, il exhibe donc un monstre qui surgit des eaux et attaque les militaires, avant de s’en prendre à nos héros au beau milieu de la grotte qui lui sert de repaire.

L’attaque de la pince géante

De la créature, on ne voit qu’une gigantesque pince d’écrevisse, et bien que tous les personnages s’accordent à dire qu’il s’agit d’une entité extra-terrestre, on se demande bien ce qu’elle fait là et surtout quel rapport elle entretient avec le reste du scénario. Non contente d’attaquer tout le monde avec sa vilaine pince, la bête évacue un liquide plus corrosif que l’acide et contamine tous ceux qu’elle touche, d’où quelques effets gore bien gratinés. Lorsqu’enfin elle apparaît dans son intégralité, elle ressemble à un humanoïde de trois mètres de haut, mi-animal mi-mécanique, mais l’obscurité nous dissimule sa morphologie précise, ce qui n’est pas plus mal malgré des effets mécaniques et pyrotechniques plutôt réussis. Au cours du climax, Jane et Bob se souviennent d’Aliens et attaquent donc la bestiole avec des bulldozers, jusqu’à la faire basculer dans le volcan, grâce à de jolis effets spéciaux miniatures qu’on croirait issus d’un Godzilla, Margheriti ayant toujours été un grand spécialiste des maquettes. Au final, tout ça n’est que moyennement distrayant, d’autant que les acteurs sont assez catastrophiques et les dialogues d’une rare insipidité.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

HIGHLANDER ENDGAME (2000)

Christophe Lambert et Adrian Paul s’affrontent dans ce crossover conçu pour donner un second souffle à une franchise en bout de course

HIGHLANDER ENDGAME

 

2000 – USA

 

Réalisé par Doug Aarniokoski

 

Avec Christophe Lambert, Adrian Paul, Bruce Payne, Lisa Barbuscia, Mihnea Trusca, Donnie Yen, Ian Paul Cassidy

 

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX I SAGA HIGHLANDER

Étant donné le monumental échec artistique et public des deux séquelles d’Highlander, personne n’attendait quoi que ce soit d’un quatrième épisode cinématographique. Pour redorer quelque peu le blason d’une franchise en plein naufrage, les producteurs eurent donc l’idée d’opérer un croisement entre les films et la série télévisée qui, pour sa part, connut un honnête succès international (cinq saisons et plusieurs spin-off). D’où cet Highlander Endgame dont Christophe Lambert et Adrian Paul se partagent la vedette. Dirigé par Doug Aarniokoski, effectuant là ses débuts de metteur en scène après avoir longtemps œuvré comme assistant réalisateur notamment pour Robert Rodriguez, ce quatrième opus reprend servilement les éléments scénaristiques du premier et du troisième film (le second étant définitivement considéré comme un OVNI inclassable). Du coup, l’effet de surprise est amenuisé et le sentiment de déjà-vu quasi-omniprésent, malgré les nouvelles données intégrées ici à la mythologie des immortels.

Après la mort de sa protégée Rachel Ellenstein, Connor MacLeod (Christophe Lambert, toujours fidèle au poste) décide de s’exiler dans le Sanctuaire, un endroit surveillé par des Veilleurs dans lequel se retirent tous les immortels qui rejettent la violence inhérente à leur condition. Mais son exil de dix ans va brutalement s’interrompre lorsqu’un bataillon d’immortels détruit le Sanctuaire et anéantit tous ses occupants. Échappant in extremis au massacre, Connor découvre que le meneur de cette expédition punitive est Jacob Kell (Bruce Payne). Alors qu’il n’était qu’un jeune moine en plein moyen âge, Kell accusa la mère de Connor de sorcellerie et la fit mettre sur le bûcher. Ivre de rage, Connor massacra le prêtre qui éleva Kell comme son propre fils et depuis, Kell fomente sa vengeance contre le clan McLeod. Avec 600 têtes coupées à son actif, il est en passe de devenir l’immortel le plus puissant de toute la planète. A tel point que ni Connor, ni son descendant Duncan (Adrian Paul) ne sont capables de le vaincre.

Il serait temps qu’il n’en reste qu’un !

Pour défaire cet adversaire redoutable, tous deux doivent unir leurs forces, mais un immortel ne peut en affronter qu’un seul à la fois. Une seule solution semble se profiler, terrible : Connor et Duncan doivent se livrer un combat à mort, le survivant absorbant l’énergie du perdant afin de dédoubler ses forces pour pouvoir lutter à armes égales contre Kell. D’où la reprise de la fameuse phrase clef énoncée dès le premier film de Russel Mulcahy : « Il ne peut en rester qu’un ». Le dilemme s’avère intéressant, mais il n’arrive que tardivement dans l’intrigue, laquelle traîne en longueurs au cours des trois premiers quarts du film. On y trouve les sempiternels flash-backs situés en plein 17ème siècle, ainsi que des combats s’efforçant de tirer parti des modes du moment, notamment les fusillades et les figures d’arts martiaux du cinéma de Hong-Kong. Bruce Payne s’en sort plutôt bien en méchant charismatique, mais son rôle demeure identique à celui de Clancy Brown, Michael Ironside et Mario Van Peebles dans les trois Highlander précédents, preuve que la saga s’essouffle depuis longtemps et que le premier opus se suffisait amplement à lui-même.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

TRAUMA (1993)

Dario Argento dirige pour la première fois sa fille Asia dans le rôle d’une jeune fille prise en chasse par un tueur en série

TRAUMA

 

1993 – ITALIE / USA

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Christopher Rydell, Asia Argento, Piper Laurie, Frederic Forrest, Laura Johnson, Brad Dourif

 

THEMA TUEURS I SAGA DARIO ARGENTO

En digne successeur de Mario Bava, Dario Argento s’est lancé dans l’aventure cinématographique avec le « giallo », ce genre si particulier à la croisée du policier, de l’horreur et du thriller. Après lui avoir offert quatre de ses plus beaux fleurons, Argento s’est mis à aborder des thèmes plus ouvertement fantastiques (Suspiria, Inferno, Phenomena). Mais chassez le naturel et il revient au galop… ou plutôt au giallo ! Comme il le fit avec Ténèbres en 1982, Argento replonge donc de plain-pied dans ses premières amours avec Trauma. Mais peut-on réellement créer le renouveau et la surprise à partir d’intrigues et de thèmes finalement plutôt limitées ? A la vision de Trauma, on a hélas tendance à penser que non. Car la grande faiblesse du film réside dans son scénario, pas suffisamment surprenant dans la mesure où que la clef de l’énigme s’inspire largement de Pas de printemps pour Marnie et Sœurs de sang. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer combien De Palma et Argento semblent s’influencer l’un l’autre. Lorsque le jeune couple de Trauma s’embrasse sur une musique de Pino Donaggio tandis que la caméra tourne autour d’eux, on ne peut s’empêcher de penser aux effets de style du réalisateur de Pulsions. Mais en posant la question à Argento, on constate que le sujet est sensible. « On me compare parfois à De Palma, mais nous ne faisons pas la même chose », dit-il un brin agacé. « Il a quand même imité une des scènes de Ténèbres dans L’Esprit de Caïn pour révéler le tueur derrière le héros. Il a même affirmé qu’il avait amélioré mon idée ! » (1)

 

Les faiblesses du scénario de Trauma n’empêchent cependant pas l’intégration d’éléments pleins d’intérêt, en particulier l’anorexie dont est touchée l’héroïne, interprétée par une Asia Argento sensible, belle et fragile qui constitue la vraie révélation du film. « Je ne saurais pas me prononcer pour d’autres réalisateurs qui travaillent avec leurs enfants, mais en ce qui me concerne c’est très facile », nous dit Dario Argento. « Asia connaît très bien mon travail et mon univers, elle s’y plonge sans aucun problème et donne à chaque fois le meilleur d’elle-même » (2). Asia incarne une jeune fille d’origine roumaine qui s’enfuit après avoir assisté à la mort violente de ses parents au cours d’une séance de spiritisme. Elle trouve refuge chez un dessinateur qui travaille dans une station de télévision locale. Tous deux sont bientôt pris en chasse par un tueur en série… Aux côtés de la fille de Dario, la distribution compte des acteurs tout aussi convaincants, comme Christopher Rydell, Piper Laurie (une mère déjà très tourmentée dans Carrie de… Brian de Palma !) et Brad Dourif, dans une apparition courte mais mémorable.

Une guillotine portative

Toute une série de trouvailles visuelles émaillent le film, en particulier les meurtres eux-mêmes, commis avec une arme hors du commun : un fil de fer qui se referme par un mécanisme électrique autour du cou de ses victimes ! Tom Savini, maître du gore, qui avait déjà collaboré avec Argento sur Deux yeux maléfiques, nous offre donc des décapitations très spectaculaires, dont l’une avec un ascenseur, dans une scène qui va bien plus loin que ce que Dick Maas avait osé montrer dans The Lift. Au-delà de ces passages choc, il faut reconnaître les indéniables qualités de la mise en scène du cinéaste italien, avec quelques séquences très réussies comme celle où le petit garçon s’introduit chez l’assassin en sa présence, un moment de suspense particulièrement efficace. A cette maestria s’ajoute une tentative intéressante d’entrer dans la subjectivité du personnage principal, à travers des éléments sonores apparemment anodins comme la sonnerie étrange d’un téléphone ou la chute sourde d’un crayon sur le sol. En revanche, on pourra regretter l’abandon des éclairages graphiques, des prises de vues insolites (à l’exception d’un plan surprenant qui adopte le point de vue d’un papillon) et des décors baroques qui ont marqué le style du réalisateur. Ni cruelle déception, ni coup de génie, Trauma s’inscrit donc logiquement mais sans surprise dans la continuité filmographique de Dario Argento.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

(2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

 

Partagez cet article