L’ANGE DU MAL (1985)

Une nouvelle adaptation glaçante du roman « La Mauvaise graine » conçue directement pour le petit écran…

THE BAD SEED

 

1985 – USA

 

Réalisé par Paul Wendkos

 

Avec Carrie Wells, Blair Brown, Lynn Redgrave, David Carradine, Richard Kiley, David Ogden Stiers, Chad Allen, Eve Smith, Carol Locatell

 

THEMA ENFANTS

La Mauvaise graine de Mervyn LeRoy est un classique, l’un des tout premiers jalons d’un sous-genre du cinéma d’épouvante consacré à l’enfance maléfique. Adapté de la pièce du même nom écrite par Maxwell Anderson, le film de LeRoy fait trente ans après sa sortie l’objet d’un remake télévisé qui entend bien retrouver l’esprit de la source littéraire originale. Retitré L’Ange du mal pour sa diffusion française, ce second Bad Seed est écrit et produit par le vétéran de la TV américaine George Eckstein (auteur de nombreux épisodes des Incorruptibles, Le Fugitif, Les Envahisseurs, producteur du Duel de Steven Spielberg) et réalisé par Paul Wendkos (qui signa l’étrange film d’horreur Satan, mon amour !). Carrie Wells incarne Rhoda Penmark, une enfant modèle de neuf ans qui fait la joie et l’admiration de tous. Mais sa mère Christine (Blair Brown) est de plus en plus troublée par les nombreux incidents frappant leur entourage. Et si Rhoda n’était pas l’ange qu’elle semble être mais un démon machiavélique aux pulsions homicides ? C’est en tout cas ce que semble penser Leroy, le domestique simple d’esprit qu’incarne David Carradine. À ses côtés, Lynn Redgrave incarne Eileen Heckart, une mère endeuillée par la mort de son fils dont la noyade pendant un pique-nique avec Rhoda est officiellement accidentelle. Mais l’est-elle vraiment ?

Le thème de l’enfant monstre ayant connu de nombreuses variantes depuis La Mauvaise graine originale, Paul Wendkos évite d’emprunter les lieux communs du genre, préférant l’angoisse hyperréaliste aux codes habituels du film d’épouvante. L’impact de son film n’en est que plus grand. La mise en scène sobre et naturaliste s’autorise parfois quelques effets de style suggestifs, comme la prise de vue en plongée qui s’élargit sur le groupe d’enfants après la mort du petit garçon, mais aussi un jeu intéressant sur les avant-plans. Cette nouvelle version s’éloigne ainsi ouvertement de la scénographie très théâtrale du film original. La bande originale de Paul Chihara (La Course à la mort de l’an 2000) joue de son côté la carte de la rupture, opposant les mélodies douces au piano ou à la guitare avec des contrepoints pesants joués par les violons et la contrebasse, tout en déclinant d’intéressantes variations sur « La Lettre à Élise » de Beethoveen, le morceau que joue la petite Rachel à ses heures perdues, c’est-à-dire entre deux meurtres.

Un si gentil petit monstre

Le scénario d’Eckstein reprend à son compte l’interrogation liée à la nature héréditaire du Mal, lorsque Christine découvre qu’elle est elle-même la fille d’un tueur condamné et donc potentiellement porteuse du « gène de l’assassin ». La psychopathie meurtrière se transmet-elle ? Saute-t-elle les générations ? L’un des défauts majeurs de La Mauvaise graine de 1956 était son dénouement artificiel moralisateur, un écueil que cette adaptation télévisée évite en restant fidèle à la chute écrite originellement par Maxwell Anderson. Toutes ces belles intentions ne rendent pas L’Ange du mal supérieur à La Mauvaise graine, loin s’en faut, d’autant que certains tics inhérents aux téléfilms des années 80 amenuisent souvent son impact. Il n’en demeure pas moins que Paul Wendkos soigne sa mise en scène, construisant un climat de malaise qui va crescendo jusqu’à son final déroutant. Diffusée à l’origine le 7 février 1985 sur la chaîne ABC, ce téléfilm tombé dans l’oubli mérite d’être redécouvert.

 

© Gilles Penso

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BABY, LE SECRET DE LA LÉGENDE OUBLIÉE (1985)

Un jeune couple découvre en pleine jungle africaine une famille de paisibles brontosaures convoités par des chercheurs cupides…

BABY, SECRET OF THE LOST LEGEND

 

1985 – USA

 

Réalisé par Bill W.L. Norton

 

Avec Sean Young, William Katt, Patrick McGoohan, Kyaki Mativo, Julian Curry, Hugh Quarshie, Olu Jacobs, Eddie Tagoe

 

THEMA DINOSAURES

Les dinosaures peuplant une jungle inconnue, thème récurrent d’un certain nombre de films d’aventures fantastiques du milieu des années 70 (Le Sixième continent, Le Continent oublié, Le Dernier dinosaure, Le Continent fantastique), étaient un peu tombés en désuétude à la fin de la décennie. Les voilà de retour dans Baby, le secret de la légende oubliée, une production Disney réalisé par Bill W.L. Norton (qui avait dirigé le téléfilm Gargouilles et la séquelle d’American Graffiti) et tournée en Côte d’Ivoire. Cette réapparition inespérée des grands sauriens de l’ère secondaire sur les écrans s’accompagne à l’époque d’une campagne médiatique importante qui fait du film un véritable événement avant même sa sortie. « Dans la forêt équatoriale de l’Afrique de l’Ouest, les rumeurs parlent d’une gigantesque créature reptilienne », nous annonce un carton d’introduction. « Présumée plus grande qu’un éléphant adulte, elle a été baptisée Mekele-Mobembe par les indigènes. De nombreuses expéditions ont été montées pour la trouver. A ce jour, aucune n’y est parvenu. » Nous voilà mis en condition. Place à Susan Matthews (Sean Young, l’androïde Rachel de Blade Runner), une jeune biologiste fraîchement mariée au journaliste George Loomis (William Katt, futur héros de House), venue étudier une épidémie mystérieuse sévissant parmi la population Kaleri d’une ville africaine. Par hasard, elle découvre qu’une famille de brontosaures a miraculeusement survécu et vit dans un coin reculé de la forêt…

La première apparition en plein jour des deux sauropodes adultes et de leur progéniture laisse aux spectateurs une impression bizarre. Leur évolution en plan large est franchement réussie et leur allure générale s’avère très respectueuse de la morphologie réelle des brontosaures, du moins telle que les paléontologues la décrivaient dans les années 80. Mais les gros plans trahissent le caoutchouc, les yeux sont ratés, la peau grossière, l’animation des bouches trop mécanique… Bref, ces créatures animatroniques conçues par Isidoro Raponi (King Kong) et Roland Tantin (La Foire des ténèbres) semblent presque échappées d’une attraction foraine. Quant au bébé, incarné par un acteur dans un costume, il s’avère encore moins crédible que les adultes. L’efficacité de Baby en est forcément amenuisée. C’est d’autant plus problématique que ces dinosaures sont l’attraction principale du film, pour ne pas dire sa raison d’être.

Bébé bronto

Passée cette incroyable découverte, qui permet tout de même à Baby de démarrer sur une note impressionnante, un rival scientifique envoyé par le gouvernement, le docteur Eric Kiviat (Patrick McGoohan, héros de la série Le Prisonnier), ancien maître d’études de Susan dévoré par l’ambition, cherche à kidnapper les animaux géants pour les présenter au monde civilisé, dans l’espoir d’en tirer la gloire. Cédant à la panique lors de la première rencontre avec le trio de brontosaures, les mercenaires engagés par Kiviat tuent le père puis capturent la mère. À leur insu, Susan et George parviennent à récupérer in-extremis le bébé dinosaure, le baptisent Baby et décident d’en prendre soin. Le petit brontosaure se comporte alors comme un enfant turbulent, dormant sous tente à leurs côtés et les taquinant pendant qu’ils roucoulent. Le souci, c’est qu’au-delà de ses effets spéciaux approximatifs, Baby souffre d’un humour un peu bas de plafond et cultive un racisme colonial à la Tintin qui était déjà très daté en 1985, les protagonistes noirs du film n’ayant droit qu’à trois types de rôles bien déterminés : les mercenaires brutaux assoiffés de sang, les gentils sauvages ou les faire-valoir comiques. Malgré les gros moyens déployés au cours des séquences d’action finales (vols d’hélicoptère, cascades, explosions et poursuites de voitures dans la jungle), Baby n’est donc pas le grand spectacle exotique espéré. Reste une belle bande originale épique signée Jerry Goldsmith.

 

© Gilles Penso

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BIG ASS SPIDER ! (2013)

Un exterminateur d’insectes et un agent de sécurité tentent de stopper une araignée mutante qui grossit à vue d’œil et sème la terreur dans Los Angeles…

BIG ASS SPIDER !

 

2013 – USA

 

Réalisé par Mike Mendez

 

Avec Greg Grunberg, Clare Kramer, Lombardo Boyar, Ray Wise, Patrick Bauchau, Lin Shaye, Alexis Knight, Ruben Pla, Lloyd Kaufman

                          

THEMA ARAIGNÉES

Les films SyFy pullulant de grands monstres en image de synthèse bas de gamme saturent les petits écrans depuis la fin des années 90. Face à cette masse grouillante et vorace, il n’est pas toujours simple de voir émerger des perles se distinguant du lot. Big Ass Spider se hisse pourtant au-dessus de la mêlée, en grande partie grâce à la personnalité et l’humour de son réalisateur Mike Mendez, dont les « titres de gloire » précédents s’appellent Serial Killers, Bimbo Movie Bash, Profanations et Le Couvent. En s’appuyant sur un scénario de Gregory Gieras (lui aussi coutumier du genre avec des films tels que Dark Asylum, Centipede ou Final Battle of the Lost Island), Mendez se réapproprie le motif de l’araignée géante (devenu un véritable sous-genre de l’horreur depuis Tarantula) qu’il traite avec un second degré permanent. Si le cocktail fonctionne, c’est surtout parce que l’humour est moins lié aux situations – traitées finalement avec autant de sérieux que dans un film au premier degré – qu’aux personnages. Greg Grunberg, ami d’enfance et acteur fétiche de J.J. Abrams, incarne un exterminateur de nuisibles zélé et opiniâtre. Le duo comique qu’il forme avec Lombardo Boyar est la trouvaille majeure du film. D’autres visages familiers égaient le métrage, comme Ray Wise (Twin Peaks) en chef militaire, Patrick Bauchau (Le Caméléon) en savant exalté ou Lloyd Kaufman (le légendaire patron de la compagnie Troma) dans le rôle minuscule d’un jogger qui se fait dévorer par la bête.

Lorsque Big Ass Spider ! commence, on croirait assister à la parodie d’un film de Zack Snyder. Tout est au ralenti, dans une ambiance de chaos, de panique et de destruction. Tandis que résonne la chanson « Where is my Mind » de Storm Large, Greg Grunberg ouvre les yeux, se redresse et avance au milieu de la tourmente, jusqu’à lever son regard vers un spectacle surréaliste : prise d’assaut par une nuée d’hélicoptères, une araignée grosse comme King Kong est juchée au sommet d’un building. Voilà une entrée en matière pour le moins efficace. Un flash-back nous ramène quelques heures en arrière. Piqué par une araignée lors d’une de ses interventions, l’exterminateur Alex Mathis (Grunberg) part se faire soigner à l’hôpital. Or dans les sous-sols du bâtiment, un sac mortuaire s’ouvre pour libérer une énorme araignée qui agresse un médecin légiste puis quelques patients avant de prendre la fuite. Aussitôt, le major Braxton Tanner (Ray Wise), le lieutenant Karly Brant (Clare Kramer) et un contingent militaire prennent possession des lieux pour gérer la crise. Ce monstre est né d’une expérience visant au départ à utiliser de l’ADN extra-terrestre pour faire croître les fruits et légumes et régler le problème de la famine dans le monde. Malheureusement, une petite araignée se promenait par-là, et la voilà désormais lâchée dans la nature, grandissant à vue d’œil… Alex décide de faire équipe avec l’agent de sécurité de l’hôpital José Ramos (Lombardo Boyar) pour tenter d’arrêter la créature…

Une araignée culottée

Comme à l’époque des shockers des années 80 qui ne se prenaient pas au sérieux mais soignaient tout particulièrement leurs séquences horrifiques (on pense notamment au Blob de Chuck Russell), Big Ass Spider nous offre quelques passages d’épouvante très efficace lorsque le monstre, alors gros comme un chat, rampe dans les conduits de l’hôpital en menaçant les malades alités. Des moments gore furtifs ponctuent par ailleurs le film, comme ce visage qui se décompose en accéléré lorsque la bête lui crache son venin, ces cadavres desséchés et grimaçants dans les cocons visqueux ou ces nombreux corps transpercés par les pattes acérées. Lorsque l’araignée atteint la taille d’un bulldozer, les images de synthèse ont du mal à suivre, malgré l’audace de certaines séquences comme l’attaque dans le parc ou la poursuite de la voiture des héros. Les travers des micro-productions estampillés SyFy apparaissent ainsi à mi-parcours, même si le monstre au stade final de sa mutation s’avère franchement impressionnant. Après avoir un peu bataillé pour conserver le titre Big Ass Spider (les distributeurs auraient préféré Mega Spider, moins « culotté » à leur goût), Mike Mendez boucle son film avec un budget minuscule, sollicitant même ses amis Facebook pour jouer la foule, les moyens à sa disposition ne lui permettant pas de se payer des figurants ! Le film est projeté en festival, sort dans quelques salles et connaît sa véritable carrière à la télévision, où il remporte un succès mérité.

 

© Gilles Penso

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BUCK ROGERS AU 25ème SIÈCLE (1979)

Le célèbre héros des années 30 prend le visage jovial de Gil Gerard dans ce téléfilm récréatif exploité au cinéma en nos contrées…

BUCK ROGERS IN THE 25th CENTURY

 

1979 – USA

 

Réalisé par Daniel Haller

 

Avec Gil Gerard, Pamela Hensley, Erin Gray, Henry Silva, Tim O’Connor, Joseph Wiseman, Duke Butler, Felix Silla, Caroline Smith

 

THEMA SPACE OPERA

En 1978, le célèbre producteur Glen A. Larson, futur créateur de Magnum, L’Homme qui tombe à pic et K 2000, surfait habilement sur le succès de La Guerre des étoiles en initiant la série Galactica, promise à un beau succès. Emporté par son élan, Larson lance l’année suivante un autre show intergalactique inspiré d’une nouvelle de Philip Francis Nowlan, parue en 1928 et transformée l’année suivante en bande dessinée ultra-populaire. Son titre : Buck Rogers au 25ème siècle. Proche de Flash Gordon, le personnage de Buck Rogers est le héros américain typique des années 30, luttant vaillamment contre des menaces délicieusement « pulp » (des hommes-tigres martiens, des pirates spatiaux, des barbares venus d’autres planètes) et séduisant de jolies princesses cosmiques. Glen A. Larson concocte sur cette base un téléfilm qui, selon l’accueil du public, se transformera en série. Pour la mise en scène, il sollicite Daniel Haller, signataire de deux adaptations des écrits de Lovecraft dans les années 60 (Le Messager du diable et The Dunwich Horror) devenu entretemps spécialiste du petit écran. Quant au scénario, il est co-écrit par Larson et Leslie Stevens (créateur de la série Au-delà du réel et réalisateur d’Incubus). Le rôle principal échoit à Gil Gerard, alors peu connu du public et un peu plus âgé que ce que la production imaginait. Mais les bouts d’essais du comédien sont si convaincants qu’il est aussitôt engagé.

L’histoire commence en 1987, autrement dit dans le futur. Le capitaine William « Buck » Rogers, l’un des astronautes les plus réputés de la NASA, est envoyé en mission d’exploration dans l’espace. Mais son vaisseau est soudainement dévié de sa trajectoire par une météorite et, sous l’effet d’une baisse brutale de température, ses systèmes biologiques se mettent à geler. Plongé en état d’hibernation, Rogers dérive alors au milieu des galaxies, à une vitesse avoisinant celle de la lumière. Il traverse ainsi cinq siècles sans vieilli. Nous le retrouvons en 2487, au moment où son vaisseau croise la trajectoire du « Draconia ». Cette forteresse spatiale est dirigée par la conquérante princesse Ardala (Pamela Hensley) et son âme damnée Kane (Henry Silva, toujours parfait en méchant). Ces émissaires de l’empire Draconien envisagent de conquérir la Terre et veulent se servir de Buck comme ticket d’entrée pour leurs sinistres plans…

« Biddi-Biddi-Biddi »

Buck Rogers au 25ème siècle ressemble presque à une variante « décontractée » de Galactica qui, bien souvent, avait tendance à se prendre trop au sérieux sans parvenir à s’extraire totalement de l’influence de La Guerre des étoiles. Certes, Buck Rogers paie lui aussi son tribut à Star Wars, notamment à travers deux séquences de batailles spatiales où s’animent des vaisseaux aux designs voisins de ceux de la saga de George Lucas. Mais le caractère résolument désinvolte de ce space opéra est la clé de son charme un peu unique. Ici, personne ne se prend vraiment très au sérieux, surtout pas le héros lui-même dont Gil Gerard s’empare avec une bonne humeur communicative. Son approche du personnage n’est pas sans évoquer celle de James Bond période Roger Moore, ce que semble confirmer ce générique avec des pin-up en tenue argentée qui posent langoureusement sur les lettres du titre du film, aux accents d’une chanson pop romantique susurrée par Kip Lennon. Après tout, 1979 est aussi l’année de Moonraker. L’exubérance contamine bientôt tous les personnages, notamment cette princesse aux allures de Cléopâtre interplanétaire ou le robot Twiki dont les onomatopées sonores (le fameux « Biddi-Biddi-Biddi ») sont prononcées par le légendaire Mel Blanc, la voix de Bugs Bunny et Daffy Duck. Ce second degré n’empêche pas une approche visuelle très soignée, les maquettes, les matte paintings et les décors rivalisant de beauté, sous la supervision de David M. Garber et Wayne Smith. Comme ce fut le cas pour le pilote de Galactica, le téléfilm Buck Rogers au 25ème siècle sort en salles dans plusieurs pays et y remporte un succès très honorable. D’où le lancement d’une série en deux saisons, d’abord sur la chaîne NBC puis un peu partout dans le monde.

 

© Gilles Penso

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L’ESPRIT DE CAÏN (1992)

Brian de Palma revient à ses premières amours pour décrire les profonds troubles psychiatriques d’un homme à personnalités multiples

RAISING CAIN

 

1992 – USA

 

Réalisé par Brian de Palma

 

Avec John Lithgow, Lolita Davidovich, Steven Bauer, Frances Sternhagen, Gregg Henry, Tom Bower, Mel Harris, Teri Austin

 

THEMA DOUBLES

L’accueil mitigé de Body Double pousse au milieu des années 80 Brian de Palma à changer de registre. Sortant de sa « zone de confort » hitchcockienne, il se lance ainsi dans des œuvres aussi variées que Wise Guys, Les Incorruptibles, Outrages ou Le Bûcher des vanités, avec des fortunes diverses. A vrai dire, seule sa relecture des aventures d’Eliott Ness enthousiasme les foules, les trois autres films ayant refroidi durablement le public. De Palma a donc besoin de se refaire, quitte à emprunter des sentiers déjà battus, avec en prime une contrainte logistique qu’il s’impose : un budget modeste et des décors situés tout près de chez lui, pour ne pas trop s’éloigner de sa femme enceinte de l’époque, la célèbre productrice Gale Ann Hurd. Le voilà donc plongé dans un nouveau thriller d’épouvante qui semble faire écho à tout un pan de son œuvre précédente. Structuré d’une manière plutôt inhabituelle (qui inspirera visiblement la narration éclatée de Reservoir Dogs et Pulp Fiction), le scénario de L’Esprit de Caïn jongle habilement entre la réalité, le rêve, l’hallucination et le flash-back, ce qui déroute parfois le spectateur sans empêcher pour autant le film de conserver une étonnante cohérence.

L’idée de départ du récit s’inspire du Voyeur de Michael Powell, avec lequel L’Esprit de Caïn entretient plusieurs points communs. Le film s’intéresse au docteur Carter Nix (John Lithgow), un psychologue pour enfants très respecté. Sa femme Jenny (Lolita Davidovich) s’inquiète tout de même de la manière dont son éminent mari étudie leur fille Amy (Amanda Pombo). De toute évidence, il considère son propre enfant comme un sujet d’étude, d’analyse et d’expérience. Les choses commencent à se gâter sérieusement lorsque Carter découvre que sa femme le trompe avec un certain Jack Dante (Steven Bauer). Cette révélation ouvre dans l’esprit de Carter de nombreuses failles. Car le cerveau tourmenté du pédopsychiatre réputé abrite plusieurs personnalités. Certaines sont bienveillantes et protectrices, d’autres nettement moins…

Mes doubles, ma femme et moi

Ce récit à tiroirs – dont De Palma regrettera plus tard le déséquilibre – offre au cinéaste l’occasion de citer une nouvelle fois Hitchcock, notamment dans la scène de la voiture immergée reprise plan par plan à Psychose. On note aussi un emprunt à Dario Argento (que ce dernier appréciera moyennement) au moment de l’apparition du tueur surgissant derrière le protagoniste, comme dans Ténèbres. Mais c’est surtout lui-même que De Palma cite dans L’Esprit de Caïn, en particulier Pulsions (le tueur déguisé en femme, la scène dans l’ascenseur, les fractionnements de personnalités) et Sœurs de sang (encore une histoire de doubles et de psychiatre fou). Ces retrouvailles avec des thèmes familiers s’accompagnent de fidélités professionnelles renouvelées : les acteurs John Lithgow (Obsession, Blow Out), Steven Bauer (Scarface, Body Double) et Gregg Henry (Scarface, Body Double), et bien sûr le compositeur Pino Donaggio. On notera la régularité métronomique avec laquelle surviennent les scènes chocs dans le film (souvent provoquées artificiellement par des hallucinations ou des rebondissements improbables). Soucieux de bien marquer le long-métrage de son empreinte, le cinéaste concocte un étonnant plan-séquence de plus de quatre minutes qui traverse plusieurs décors jusqu’à s’achever sur le gros plan d’un cadavre, ainsi qu’une séquence finale démesurée – au ralenti comme il se doit – clairement conçue pour constituer un morceau d’anthologie (avec le motif visuel du landau emprunté aux Incorruptibles). Maladroit mais virtuose, L’Esprit de Caïn demeure un exercice de style passionnant, situé à une période charnière de la filmographie du brillant Brian. Ce dernier retrouvera toute sa verve – et beaucoup plus de finesse – dans son film suivant, le magnifique L’Impasse.

 

© Gilles Penso

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LES ANGES GARDIENS (1995)

Jean-Marie Poiré et Christian Clavier tentent de réitérer le succès inespéré des Visiteurs… En vain hélas !

LES ANGES GARDIENS

 

1995 – FRANCE

 

Réalisé par Jean-Marie Poiré

 

Avec Christian Clavier, Gérard Depardieu, Eva Grimaldi, Yves Rénier, Frankie Chin, Alexandre Eskimo, Laurent Gendron, Eva Herzigova

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Le colossal succès des Visiteurs n’avait pas été le fruit d’un miracle mais la concrétisation d’un concept malin : un voyage dans le temps reposant sur un double comique de situation, autrement dit le décalage temporel et l’association de personnages antithétiques. Persuadés que les mêmes causes produisent les mêmes effets, Jean-Marie Poiré et Christian Clavier tentent de recycler tous les ingrédients qui, à leur sens, avaient contribué à la réussite de leur vaudeville médiéval : Clavier qui gesticule en ressassant des expressions imagées à répétition (« c’est la cata ! » remplace « c’est okay ! »), un grand gaillard qui s’oppose à lui (Gérard Depardieu à la place de Jean Réno), un jeu sur les doubles (les anges supplantent les descendants), un peu de tôle froissée… Pour parachever cette politique du patchwork et de la surenchère, Poiré intègre des séquences d’action et de cascades à Hong Kong – l’Occident est alors en pleine découverte des folles exubérances du cinéma asiatique – mais aussi quelques chorégraphies déshabillées dans un cabaret, ce qui ne peut pas faire de mal. Résultat : le film est pesant et très rarement drôle, d’autant que l’apparition des anges gardiens, censée relancer l’intérêt du récit, s’avère parfaitement inutile au bon déroulement de l’intrigue.

Que raconte-t-il, au juste, ce film au budget colossal de plus de 16 millions d’euros ? Les mésaventures d’Antoine Carco (Depardieu), un ancien malfrat, propriétaire d’une boîte de nuit parisienne, qui s’envole pour Hong Kong afin de sauver le jeune fils d’un ami assassiné par la mafia chinoise, et de récupérer au passage 15 millions de dollars en bons du trésor. Sur place, il confie le garçon au père Hervé Tarain (Clavier), un prêtre bien sous tous rapports. Le choc entre ces deux personnalités que tout oppose se décuple lorsque Carco et Tarain voient apparaître leurs anges gardiens respectifs, chacun exprimant un caractère contraire à celui de l’humain qu’il accompagne. Le prêtre est donc suivi par un diablotin et le voyou par un bon garçon, fidèles à l’imagerie des petits diables et des petits anges récurrents dans l’univers du cartoon.

Bonne et mauvaise conscience

Contrairement aux Visiteurs, l’utilisation d’un argument fantastique et le déploiement de trucages numériques n’est ici qu’une concession manifeste aux effets de mode du moment, d’autant que les délires cartoonesques de The Mask viennent alors de remporter un grand succès. Ce sont aussi d’évidents caches misère supposés masquer les déficiences d’un récit en perte de vitesse. « Nous avons un peu piétiné dans ce scénario », nous avoue Jean-Marie Poiré. « Nous n’arrivions pas à augmenter la tension au-delà de la première heure. Alors que nous étions sur le point d’abandonner, je me suis souvenu de l’expérience que j’avais eue avec les images numériques des Visiteurs. En pensant à la voix de Dieu interprétée par Pierre Fresnay dans Don Camillo, j’ai songé à faire apparaître la conscience des personnages sous forme d’anges gardiens à leur image. » (1) A cette « surcouche » artificielle s’ajoute un surdécoupage outrancier. Pour 107 minutes de métrage, on compte 3510 plans, soit une moyenne de moins de deux secondes par plan ! Les changements d’axes se succèdent donc à une allure démente en pleines conversations et la bande son hurle au moindre crissement de pneu. Au lieu du rythme survolté escompté, c’est la migraine assurée pour le spectateur. Mais où diable est passé le Jean-Marie Poiré qui nous fit tant rire dans Le Père Noël est une ordure et Mes meilleurs copains ?

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 1995

 

© Gilles Penso

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ANTICHRIST (2009)

Lars Von Trier filme la descente aux enfers d’un couple endeuillé incarné par Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe

ANTICHRIST

 

2009 – DANEMARK / FRANCE / SUÈDE / ALLEMAGNE / ITALIE / POLOGNE

 

Réalisé par Lars Von Trier

 

Avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe, Storm Acheche Sahlstrøm

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Lorsqu’il s’attaque au tournage d’Antichrist, Lars Von Trier sort tout juste d’un séjour dans un institut psychiatrique suite à une grave dépression. C’est donc dans un état mental très particulier qu’il tourne ce qui va s’avérer être le premier volet d’une « trilogie de la dépression », les deux suivants étant Melancholia et Nymphomaniac. Si sa volonté, à travers Antichrist, est de réaliser un film d’horreur dans les règles de l’art, il est évident que son approche est résolument anticonformiste. Il tient cependant à rendre hommage à un cinéaste particulier, auquel le film est dédié : Andrei Tarkovsky. Plusieurs références visuelles au réalisateur russe seront d’ailleurs repérables au fil du métrage. Antichrist s’ouvre sur un prologue choc, dans un noir et blanc somptueux au ralenti, sur fond d’un opéra d’Handel. Von Trier abandonne donc le hideux format vidéo de son dogme pour revenir à l’approche hyper-esthétique de ses travaux des années 80 (Element of Crime, Europa). Tandis qu’Eros et Thanatos s’entremêlent en un troublant adagio, le cinéaste nous annonce à travers quelques plans savamment choisis qu’il ne fera aucune concession et ne s’embarrassera pas de tabous. Le sexe et la mort nous sont exposés sans entraves.

Après cette entrée en matière posant les premiers jalons du drame, Antichrist se structure autour d’un découpage en quatre parties bien distinctes. Le premier chapitre se titre sobrement « deuil ». Après la mort de son fils Nic, la femme sans nom incarnée par Charlotte Gainsbourg entre dans une profonde dépression. Son époux thérapeute (Willem Dafoe) essaie de la soigner à domicile. Là, le cinéaste adopte une rupture de style, comme s’il revenait provisoirement au « dogme ». La caméra est portée, le montage favorise les jump cuts, l’éclairage se contente des sources de lumière naturelles, les reports de mise au point sont approximatifs. Quelques plans insolites, où la terreur prend racine dans les détails les plus banals, évoquent certains travaux de David Lynch. Peu à peu, Antichrist prend les allures d’un drame humain filmé comme un film d’horreur. C’est ce que confirme le second chapitre, « douleur », dans lequel le couple brisé part se réfugier dans un chalet perdu dans la forêt qui n’a rien à envier à la cabane d’Evil Dead. D’autant que les glands des arbres n’en finissent pas de tomber sur le toit, rythmant lugubrement le séjour du couple. Dans cet « eden » pas vraiment paradisiaque, tous deux sont frappés de visions. Tandis qu’elle entend la voix de son enfant dans les bois, lui voit des animaux au comportement étrange, dont un renard qui lui déclare : « le chaos règne ».

Le chaos règne

C’est le chapitre 3, titré « désespoir », qui contient les séquences les plus crues et les plus intenses du film, celles qui lui valurent plusieurs démêlées avec la censure. Le malaise monte d’un cran lorsque l’époux découvre dans le grenier une thèse inachevée de son épouse, prouvant la malignité du sexe féminin au fil des âges. « Les femmes ne contrôlent pas leur corps, c’est la nature », peut-on y lire. Là, tout bascule vers un point de non-retour. Il y a d’abord cette séquence impensable où Charlotte Gainsbourg se masturbe en pleine forêt, puis cette éprouvante scène de la grange où le sexe et le sang s’entremêlent atrocement. Ou encore l’invraisemblable séquence des ciseaux, qui servira de base visuelle à l’un des posters anglo-saxons du film. Après ce rollercoaster émotionnel et viscéral, Antichrist s’achemine vers son ultime chapitre, « les trois mendiants ». Lars Von Trier aurait-il signé là un film misogyne, bêtement provocateur, vide de sens ? Il faut surtout y voir une sorte de thérapie étrange, l’exorcisation sur grand écran de sa propre dépression. Une descente aux enfers où la folie supplante la raison, ou l’autodestruction mène au nihilisme. « Tout ça ne sert à rien » dira Charlotte au cours de la dernière partie du film. Certains pourront estimer que cette phrase qualifie le film tout entier. Les autres auront du mal à se remettre de ce cauchemar éprouvant. En lisant le générique de fin, on découvre le listing d’une armada de consultants : en misogynie, en mythologie, en théologie, en thérapie, en angoisse, et même en films d’horreur !

 

© Gilles Penso

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IL ÉTAIT UNE FOIS (2007)

Victime du sort jeté par une sorcière, une princesse de conte de fées se retrouve propulsée dans le monde réel…

ENCHANTED

 

2007 – USA

 

Réalisé par Kevin Lima

 

Avec Amy Adams, Patrick Dempsey, James Marsden, Timothy Spall, Idina Menzel, Rachel Covey, Susan Sarandon

 

THEMA CONTES I DRAGONS

Shrek ayant dynamité en 2001 les codes du conte de fées traditionnel avec un succès inespéré, les studios Disney décident de s’engouffrer dans la brèche. Cependant, pour éviter de scier la branche sur laquelle elle est assise, la compagnie aux grandes oreilles ne verse pas dans le même cynisme parodique que Dreamworks. Elle opte pour un juste milieu, autrement dit une comédie romantique jouant sur le décalage, via un concept simple mais très efficace : que se passerait-il si la princesse d’un conte de fées se trouvait propulsée dans le monde réel ? Les dix premières minutes d’Il était une fois sont donc un dessin animé qui semble concentrer tous les clichés du conte disneyen. Promise à un courageux prince charmant qui capture des Trolls comme on prend son petit-déjeuner, la belle Giselle est un modèle d’innocence qui communique avec les animaux de la forêt en chantant. Hélas, sa future belle-mère est une reine cruelle qui craint de la voir quérir son trône. Pour éviter pareille déconvenue, la détestable marâtre la précipite dans un puits qui donne sur un monde parallèle, le nôtre. 

Voilà donc notre guillerette princesse de dessin animé muée en être humain en chair et en os au beau milieu de la jungle urbaine de New York. Aussi peu à l’aise en pareil contexte qu’un poisson hors de l’eau, Giselle fait la connaissance d’un séduisant avocat spécialiste du divorce, et divorcé lui-même. Une idylle s’installe tranquillement entre eux, mais un amour de conte de fées peut-il survivre dans le monde réel ? Et qu’en est-il du prince charmant, qui décide à son tour de faire le grand saut pour sauver sa belle ? Capitalisant sur ses acquis, Disney réquisitionne le réalisateur Kevin Lima (Tarzan, Les 102 dalmatiens), le compositeur Alan Menken (La Petite sirène, La Belle et la Bête, Aladdin) et le parolier Stephen Schwartz (Pocahontas, Le Bossu de Notre Dame). Le film oscille donc entre le conte gentillet, la comédie musicale et le pastiche pur et dur. 

Un dragon qui se prend pour King Kong

Et il faut reconnaître que la mayonnaise prend plutôt bien. Amy Adams et James Mardsen excellent dans le rôle des héros naïfs et candides, Patrick Dempsey est idéal en amoureux transi (exercice auquel la série Grey’s Anatomy l’a rompu), Susan Sarandon prend un plaisir manifeste à incarner la vile sorcière, et plusieurs situations sont franchement drôles. Quant aux effets spéciaux, ils visualisent les transitions entre les deux univers et donnent vie, au cours du climax, à un gigantesque dragon escaladant les buildings de Manhattan en parfait émule de King Kong (sous la supervision de Phil Tippett). Si ce n’est que cette fois, le monstre emporte dans sa patte non pas la jeune fille effarouchée mais son prétendant. Rien de plus normal, puisque le dragon est une dragonne, reprenant avec panache le motif du final de La Belle au bois dormant, le reste du film clignant régulièrement de l’œil vers Blanche Neige et les sept nains (la reine cruelle qui se mue en vieille mégère, la pomme empoisonnée, les animaux qui nettoient la maison) et Cendrillon (la chaussure abandonnée à la fin du bal). L’exercice du film familial est donc réussi, Il était une fois réunissant sans heurts les goûts des tout petits et les exigences de leurs parents.

 

© Gilles Penso

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HIRUKO THE GOBLIN (1991)

Des hordes de démons s’apprêtent à déferler dans notre monde en empruntant les locaux d’une école construite sur l’une des portes de l’Enfer…

YÔKAI HANT : HIRUKO

 

1991 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Kenji Sawada, Masaki Kudou, Hideo Murota, naoto Takenaka, Megumi Ueno

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Après le choc de Testsuo et avant de se lancer dans sa séquelle Testsuo 2, Shinya Tsukamoto change de ton avec Hiruko the Goblin. Certes, il est toujours question d’altérations du corps humain, d’horreurs organiques et de visions cauchemardesques. Mais cette fois-ci, le cinéaste japonais brasse un public plus large et se lance dans une approche récréative du genre. Bénéficiant d’un budget plus conséquent que sur ses exercices de style précédents, il installe son équipe dans les légendaires studio de la Toho et adapte avec une vision très personnelle le manga « Ghost Hunter » de Daijiro Moroboshi. Pendant les vacances, le professeur Takashi Yabe explore les sous-sols de l’école où il travaille et y découvre une ancienne tombe d’origine inconnue. L’une de ses élèves, Tsukishima Reiko, passionnée d’archéologie, souhaite se joindre à lui, malgré ses protestations. Tous deux sont soudain attaqués par une force incroyable. À partir de là, les choses dégénèrent et un démon se met à ramper au sol en caméra subjective avec des grondements et des halètements, façon Evil Dead. Hieda Reijiro, un ami archéologue de Yabe venu à sa demande, entre alors en scène. Flanqué de trois étudiants, ce « Ghostbuster » nippon transporte dans sa valise tout un tas de gadgets de son invention bricolés pour chasser les esprits. Les visions folles s’enchaînent bientôt dans un tourbillon surréaliste, comme tous ces gens en proie à une malédiction qui s’arrachent la tête ou ce lycéen dont le dos se couvre d’une brûlure imitant le visage de chacune des victimes du démon.

Hiruko the Goblin adopte donc un ton indéfinissable, quelque part entre la comédie et l’horreur, avec en prime une pointe de poésie. Témoin cette scène incroyable où le visage de la lycéenne Tsukishima émerge à peine à la surface de l’eau, chantant une douce mélopée, jusqu’à ce que des monstrueuses pattes d’araignée surgissent de part et d’autre de sa tête et que le monstre hybride ainsi formé se déplace en rampant dans les fougères. Cette tête montée sur pattes dont la langue démesurée surgit de la bouche nous évoque bien sûr The Thing, une référence que le cinéaste assume, même si l’idée de ce démon lui trottait dans la tête avant que le film de Carpenter ne sorte sur les écrans. Inventifs en diable et réalisés pour la plupart en direct sur le plateau de tournage, les effets spéciaux du film sont souvent percutants, nimbés d’une patine « old school » du plus bel effet. C’est notamment le cas de l’animation image par image, sollicitée pour donner vie à la « tête araignée » dans les plans larges ou pour montrer les ailes qui poussent sur son corps afin de lui permettre de s’envoler dans les airs. Il faut cependant avouer que, bien souvent, la légèreté de ton et l’outrance du jeu des acteurs gâchent l’immense potentiel des nombreuses séquences horrifiques du film.

Têtes-araignées contre reptiles-insectes

Un flash-back situé à mi-parcours du métrage permet de comprendre l’origine du mal. Watanabe, le gardien de l’école, explique en effet que de tels événements funestes se sont déjà déroulés dans l’école soixante ans plus tôt. D’où ces visions hallucinantes de centaines de visages qui hurlent dans un brasier, ou encore d’un enfant dont le front est ceint de trois cornes et le dos orné de visages gravés. Il y a six décennies, la porte vers l’enfer avait été refermée. Mais Yabe vient de la rouvrir, et l’immense cratère ouvert dans les sous-sols de l’école laisse paraître des centaines de démons aux allures de grandes gueules reptiliennes montées sur des pattes d’insectes. Le grand final de Hiruko the Goblin nous offre donc l’affrontement délirant entre les araignées à tête humaines (toutes victimes de la malédiction) et les monstres reptiliens, tandis que les héros s’efforcent de refermer la porte infernale. Osant sans cesse le grand écart, Shinya Tsukamoto désamorce l’outrance de ces scènes folles par des touches d’humour incongrues (comme lorsque Hieda se défend avec une bombe insecticide !). D’une naïveté touchante, l’épilogue de ce long-métrage décidément hors-norme montre le visage de toutes les victimes voguer vers les cieux étoilés sous forme de comètes translucides et souriantes !

 

© Gilles Penso

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FLASH GORDON (1980)

Une adaptation kitsch, clinquante et disco du célèbre comic book d’Alex Raymond, navrante ou culte selon les goûts…

FLASH GORDON

 

1980 – USA / GB

 

Réalisé par Mike Hodges

 

Avec Sam Jones, Max Von Sydow, Melody Anderson, Ornella Muti, Timothy Dalton, Topol, Brian Blessed, Peter Wyngarde

 

THEMA SPACE OPERA

Flash Gordon est né le 7 janvier 1934 sous la plume d’Alex Raymond. Les aventures de ce héros intergalactiques aux prises avec un empereur Ming symbolisant sans fard le « péril jaune » est un succès immédiat. Le fier combattant des forces du mal, rebaptisé Guy l’éclair chez nous, sort bientôt des planches dessinées pour poursuivre ses exploits dans un feuilleton radiophonique de 1935, puis pour s’incarner en chair en os dans trois serials avec Buster Crabbe en 1936, 1938 et 1940. Curieusement, aucun long-métrage ne lui aura été consacré avant le début des années 80. Le producteur Dino de Laurentiis y pense pourtant dès les années 60, dans la foulée des deux autres adaptations de comic books qu’il a produites (Barbarella et Danger Diabolik). Mais le projet tarde à prendre son envol. George Lucas envisage lui-même de s’y coller, avant de se tourner finalement vers La Guerre des étoiles (qui de fait doit beaucoup à Flash Gordon). Federico Fellini y songe aussi, sans concrétiser l’idée. De Laurentiis revient donc à la charge, embauche le scénariste Lorenzo Semple Jr (déjà auteur du King Kong de 1976) et le réalisateur Mike Hodges (signataire du célèbre polar Get Carter avec Michael Caine). Le puissant producteur se paye un casting de luxe mais choisit de donner le rôle-titre à un inconnu, suivant la démarche des frères Salkind sur Superman. C’est donc Sam Jones qui est chargé de donner corps au puissant Flash Gordon.

Au cours du prégénérique, le sinistre empereur Ming (Max Von Sydow) décide de tromper son ennui en déchaînant sur la Terre une série de cataclysmes (ouragans, séismes, volcans et tornades). C’est alors que retentit la célèbre chanson de Queen, délicieusement eighties, tandis que s’égrènent à l’écran des images empruntées au comic-strip d’Alex Raymond. Après ce générique plein d’emphase, les deux protagonistes principaux font leur apparition : Flash, le célèbre capitaine d’une équipe de football (Sam Jones donc), et sa petite amie Dale Arden (Melody Anderson). Au milieu d’une pluie de pierres lunaires et d’une étrange éclipse, ils sont obligés de faire atterrir en catastrophe leur avion de tourisme dans le laboratoire du professeur Hans Zarkoff (Topol), un savant paranoïaque et passablement dérangé, renvoyé de la NASA après avoir clamé que la Terre était menacée par un danger intergalactique. Zarkoff, qui a construit une fusée, oblige le couple à s’envoler avec lui. Ils font cap sur la planète Mongo, où les sbires de Ming les attendent de pied ferme…

« Flash ! Ah ah ! »

Fidèle en esprit aux péripéties excessives d’un serial, le script de Lorenzo Semple Jr multiplie les rebondissements au cours desquels Flash ne cesse de frôler la mort. Mais le scénariste peine à équilibrer les deux tendances exigées par De Laurentiis, à savoir un humour proche de celui de la série Batman et des moments plus sérieux. De fait, le film semble prétexter ses origines dessinées pour caricaturer ses personnages, se contenter de dialogues simplistes et de situations absurdes. La direction artistique oscille ainsi entre l’inventivité audacieuse (les belles maquettes de vaisseaux et de palais qui émaillent le métrage, les robots en armure mi-futuriste mi-médiévale, la garde-robe d’Ornella Mutti) et le kitsch outrancier (les affreux trucages optiques, le slip en cuir de Flash, la faune hétéroclite de la planète Mongo, le monstre baveux hérissé de tentacules qui surgit dans un marécage, les bruitages de jeux vidéo). Dans le même esprit, quelques séquences très réussies (Dale dont on vide l’esprit, le duel au fouet sur une plateforme mouvante hérissée de pointes) côtoient des passages plus embarrassants (le combat cartoonesque qui prend les allures de match de foot US, l’envol des hommes-oiseaux). Démodé dès sa sortie sur les écrans, accueilli par le public avec un enthousiasme très modéré, ce Flash Gordon clinquant et disco s’est mué en petit objet de culte et ne s’apprécie désormais plus qu’au second degré.

 

© Gilles Penso

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