THE DEAD WANT WOMEN (2012)

Deux jeunes femmes font l’acquisition en plein Hollywood d’une grande maison qui fut le théâtre d’un drame dans les années 1920…

THE DEAD WANT WOMEN

 

2012 – USA

 

Réalisé par Charles Band

 

Avec Jessica Morris, Ariana Madix, Eric Roberts, Jean Louise O’Sullivan, Nihilist Gelo, Robert Zachar, Jeanie Marie Sullivan, Misty Anderson, Robin Sydney

 

THEMA FANTÔMES I SAGA CHARLES BAND

Visiblement satisfait de son travail sur Killer Eye : Halloween Haunt, Charles Band confie au scénariste Kent Roudebush le script de The Dead Want Women, autour d’un concept qui s’appuie sur des personnages issus du Hollywood de la fin des années 1920. « C’était différent de ce que faisait Charles Band d’habitude », avoue Roudebush. « Cette fois-ci il n’y avait pas de poupées ou de petits monstres, et c’était un véritable hommage au cinéma classique. Charlie en a eu l’idée après avoir appris qu’un tunnel secret sous la maison de Harry Houdini menait à une autre demeure de l’autre côté de la rue. » (1) Après un générique de plus de trois minutes qui égrène des images de quelques classiques du cinéma muet fantastique, Nosferatu, Caligari et Le Fantôme de l’Opéra en tête, The Dead Want Women prend place à Los Angeles en 1927. La star la plus en vue du moment est Rose Pettigrew (Jean Louise O’Sullivan), dont la coiffure n’est pas sans évoquer le fameux « carré à la garçonne » de Louise Brooks. Objet de tous les regards, elle donne une réception mondaine dans sa grande maison, remplie du tout-Hollywood, et se pavane en attendant le tournage imminent de son prochain film.

Derrière les paillettes se cache cependant une face plus sombre, sans doute inspirée par les véritables débauches auxquelles se livraient en douce les gens du cinéma de cette époque insouciante. Dans un sous-sol caché auquel elle accède grâce à un passage secret, Rose organise ainsi des orgies avec des filles nues et trois acteurs qu’elle affectionne tout particulièrement : un pseudo Bela Lugosi capé comme Dracula au corps couvert d’horribles blessures (Robert Zachar), un comique grimaçant coiffé d’un petit chapeau melon (Nihilist Gelo) et un cow boy au sourire ravageur. Ce dernier est incarné par Eric Roberts, le frère aîné de Julia, dont le talent prometteur et la prestation remarquée dans plusieurs films des années 80/90 (dont L’Ambulance de Larry Cohen) furent étouffés dans l’œuf par une infinité de problèmes personnels le condamnant à s’échouer dans moult séries B et Z. Lorsque Rose apprend que son contrat avec le studio n’est pas renouvelé et que son prochain film est annulé, la soirée vire au cauchemar et s’achève dans un bain de sang. Huit décennies plus tard, deux jeunes femmes (Jessica Morris et Ariana Madix) font l’acquisition de la maison pour un prix exceptionnellement bas, sans imaginer les inavouables secrets qu’elle abrite…

Fantômes contre fantasmes

Le scénario du film ancre donc ses prémices dans une période clé de l’histoire du cinéma, celle qui vit débarquer le parlant, menaçant la carrière et l’avenir de toutes les stars du muet. Ce moment charnière – moteur des enjeux de Chantons sous la pluie et The Artist, et plus tard de Babylon – sert de starting-block à The Dead Want Women, mais Charles Band ne sait visiblement pas comment l’exploiter correctement. Consacrant beaucoup plus de temps à filmer des séquences d’orgies à l’intérêt très limité (histoire de profiter de l’impudeur de quelques actrices spécialisées dans le X) qu’à s’intéresser à ses personnages, il finit par passer complètement à côté de son sujet. Les fantômes eux-mêmes, qui bénéficient de maquillages spéciaux joyeusement outranciers leur donnant des allures de zombies, œuvre de Tom Devlin, interviennent et agissent de manière totalement aléatoire. Outre le cabotinage excessif des trois acteurs laissés visiblement en roue libre, ces spectres grimaçants sont parfois soumis aux mêmes contraintes physiques que les vivants – ils ouvrent et ferment les portes, souffrent quand on les frappe, meurent quand on leur tire dessus -, d’autres fois non, au gré d’un récit évasif qui patine maladroitement. Dommage d’avoir bâclé un potentiel si intéressant au profit de la sacro-sainte politique de rentabilité immédiate chère aux productions Full Moon.

 

(1) Propos extraits du livre « It Came From the Video Aisle ! » (2017)

 

© Gilles Penso

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HIGH SPIRITS (1988)

L’héritier d’un château en Irlande fait croire qu’il est hanté pour attirer les touristes, jusqu’à ce que de véritables fantômes débarquent…

HIGH SPIRITS

 

1988 – USA / GB / IRLANDE

 

Réalisé par Neil Jordan

 

Avec Steve Guttenberg, Daryl Hannah, Peter O’Toole, Beverly D’Angelo, Liam Neeson, Martin Ferrero, Liz Smith, Peter Gallagher, Jennifer Tilly, Connie Booth

 

THEMA FANTÔMES

À la fin des années 1980, Neil Jordan est déjà une figure montante du cinéma irlandais. Révélé par Angel (1982), La Compagnie des loups (1984) et Mona Lisa (1986), il s’impose comme un auteur sensible, attaché aux marges et aux personnages ambigus. C’est dans ce contexte qu’émerge High Spirits. Le projet naît sous l’impulsion des producteurs Michael White (The Rocky Horror Picture Show) et Stephen Woolley, fidèle collaborateur de Jordan. Séduit par l’idée de tourner en Irlande, Neil Jordan accepte de s’y atteler, tout en insufflant au projet une touche personnelle. Le tournage a lieu en grande partie dans le comté de Meath, à Dunsany Castle, et en studio. Le décor du château mêle ainsi architecture réelle et extensions construites en plateau. Le casting du film, international, rassemble Peter O’Toole, Steve Guttenberg, Daryl Hannah, Beverly D’Angelo et un tout jeune Liam Neeson. Mais la production ne se déroule pas sans heurts. Neil Jordan entre en effet en désaccord avec les producteurs, qui souhaitent accentuer l’aspect comique du film, quitte à trahir sa vision première. D’où un résultat hybride que l’auteur/réalisateur aura tendance à renier par la suite.

Peter Plunkett (Peter O’Toole), héritier fauché d’un château délabré en Irlande, tente le tout pour le tout : pour échapper à la faillite et éviter que l’édifice ne soit déplacé pierre par pierre à Malibu par un homme d’affaires sans scrupules, il transforme sa demeure en attraction touristique. Son idée : faire passer le château pour « le plus hanté d’Europe » afin d’attirer les dollars des visiteurs américains. Soutenu par une équipe de fortune et inspiré par les récits de sa mère Lavinia (Liz Smith) sur les esprits de leurs ancêtres, Peter monte un spectacle de fantômes avec costumes, effets spéciaux approximatifs et chambres truquées. Parmi les premiers clients venus tester l’expérience se trouve Jack Crawford (Steve Guttenberg), qui espère raviver la flamme avec sa femme Sharon (Beverly D’Angelo) lors d’une seconde lune de miel. Mais les subterfuges de Peter font long feu, et les visiteurs s’ennuient. Jusqu’à ce que le surnaturel s’en mêle vraiment. Offensés par la mauvaise mise en scène, de véritables spectres sortent de l’ombre. Jack rencontre alors Mary Plunkett (Daryl Hannah), une véritable revenante et l’arrière-petite-cousine de Peter, ainsi que son époux jaloux et fantomatique, Martin Brogan (Liam Neeson). Le château se transforme en théâtre de manifestations paranormales incontrôlables, où les frontières entre vivants et morts se brouillent dangereusement…

Des esprits qui manquent d’esprit

On sait depuis longtemps que les histoires de revenants peuvent faire bon ménage avec l’humour et la romance. Mais High Spirits, malgré ses bonnes intentions et son casting calibré pour séduire, peine à nous convaincre. Ceux qui ont goûté aux fantaisies surnaturelles de S.O.S. fantômes ou aux envolées poétiques d’Histoires de fantômes chinois risquent de trouver cette comédie bien terne en comparaison. Steve Guttenberg et Daryl Hannah, échappés respectivement de Cocoon et Splash, y jouent des rôles taillés sur mesure : lui en amoureux sympathique et maladroit, elle en spectre gracile et romantique. L’alchimie du duo fonctionne plutôt bien, mais Neil Jordan, qui signe ici l’unique incartade franchement burlesque de sa carrière, semble hésiter entre hommage aux contes gothiques et pastiche cartoonesque. De son côté, Peter O’Toole, en maître d’hôtel ruiné, cabotine sans retenue au beau milieu de ce capharnaüm ectoplasmique. Côté effets spéciaux, High Spirits n’est pas sans charme : quelques trucages inventifs conçus par Derek Meddings (qui annoncent ceux, plus spectaculaires, de Ghost), des décors hantés bien exploités, une ambiance qui évoque parfois un tour de train fantôme (avec bus volant et lits baladeurs en prime). Mais à mesure que le récit s’enfonce dans l’hystérie – chevaux qui parlent, fusées tirées depuis les nuages, dialogues criards –, la farce devient vide, bruyante et, surtout, peu drôle. Cela dit, Neil Jordan a toujours affirmé que la version sortie en salles n’était pas la sienne. Écarté du montage final, le réalisateur soutient qu’un High Spirits plus cohérent et personnel dort encore dans un coffre-fort. Un film fantôme, en somme… qui pourrait bien hanter sa filmographie, tant cette comédie reste, à ce jour, sa seule véritable fausse note.

 

© Gilles Penso

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MOON 44 (1990)

Avant d’attaquer ses blockbusters les plus célèbres, Roland Emmerich signe ce thriller de science-fiction, visuellement soigné mais à l’intrigue bancale…

MOON 44

 

1990 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Roland Emmerich

 

Avec Michael Paré, Lisa Eichhorn, Dean Devlin, Brian Thompson, Malcolm McDowell, Stephen Geoffreys, Leon Rippy, Jochen Nickel, Mehmet Yilmaz

 

THEMA SPACE OPERA

Moon 44 est le quatrième long-métrage de Roland Emmerich, après L’Odyssée de l’Arche de Noé, Joey et Chasseur de fantômes, qui témoignaient déjà de son attrait inconditionnel pour le fantastique et la science-fiction. Mais l’homme n’est pas encore connu du grand public. Moon 44 marque un tournant dans sa carrière, puisqu’il s’agit de sa première collaboration avec le producteur Dean Devlin, son futur complice sur Stargate, Godzilla et Independence Day. Le film se tourne en grande partie à Sindelfingen, une ville industrielle du sud-ouest de l’Allemagne, où Roland Emmerich transforme d’anciens bâtiments d’usine en décors futuristes. Pour figurer le siège ultra-moderne de la Galactic Mining Corporation, le réalisateur s’offre même un détour par la mythique Ennis House de Los Angeles, célèbre pour son architecture signée Frank Lloyd Wright. Faute de budget confortable, Emmerich mise sur la débrouille et parvient à boucler le financement du film en revendant les droits de distribution à l’étranger avant même le tournage. Une manœuvre qui lui permet d’avancer au maximum, jusqu’au moment où l’argent vient à manquer, nécessitant un recours intensif au système D. Pour tourner un plan d’exposition crucial qu’il n’a pas eu le temps de mettre en boîte, il improvise avec des jeux de miroirs et quelques membres de l’équipe technique en guise de figurants. Pour la photographie, Emmerich sollicite Karl Walter Lindenlaub, futur chef opérateur d’Independence Day, et confie la musique à Joel Goldsmith, fils du célèbre Jerry Goldsmith, qui compose pour la première fois de sa carrière un score orchestral.

Tout commence par un vaisseau spatial, presque aussi long que celui de La Folle histoire de l’espace, qui traverse lentement le cosmos. Nous sommes en 2038 et les ressources naturelles de la Terre sont épuisées. Pour survivre, l’humanité exploite les derniers gisements minéraux disséminés à travers la galaxie. Alors que des multinationales se livrent une guerre féroce pour le contrôle de ces précieuses colonies, la planète Moon 44 reste l’un des derniers bastions encore aux mains d’une grande société minière. Mais les choses se compliquent : des navettes disparaissent mystérieusement, les robots extracteurs sont sabotés, et une puissance ennemie semble vouloir annexer la planète. Faute de volontaires, l’entreprise décide d’envoyer sur place des détenus en échange d’une réduction de peine. Ces condamnés sont chargés de piloter des hélicoptères dans une atmosphère impraticable, assistés à distance par de jeunes informaticiens surdoués. Parmi eux, Felix Stone (Michael Paré), un agent des affaires internes infiltré sous couverture. Sa mission : découvrir qui sabote les opérations…

Où est le méchant ?

L’univers de Moon 44 s’appuie sur des effets visuels très soignés et une direction artistique ambitieuse, même si l’ombre de Blade Runner plane en permanence sur le film. Le scénario, lui, n’est pas d’un fol intérêt, accumulant les saynètes pour s’acheminer lentement jusqu’à son dénouement sans vraiment passionner son public. Si l’intérêt reste en éveil, c’est grâce à la mise en scène très maîtrisée de Roland Emmerich et au jeu fort convaincant de ses comédiens, même si Michael Paré, en héros fatigué et imperturbable, et Malcolm MacDowell, en chef de station compromis et traître, n’échappent pas aux stéréotypes. L’erreur majeure de Moon 44 est de reposer sur une énigme (qui vole les navettes terriennes et pourquoi ?) très mal exploitée, d’autant que le fameux ennemi mystérieux le reste jusqu’à la fin du film. Alfred Hitchcock disait assez justement qu’un film est d’autant plus réussi que son méchant l’est. Dans ce cas, que penser d’un long-métrage où l’antagoniste ne nous est jamais présenté ? La scène finale, pourtant conçue comme un climax spectaculaire, avec ses affrontements aériens et ses explosions en cascade, retombe donc à plat, faute d’enjeu émotionnel clair ou de véritable confrontation. Sorti en février 1990 en Allemagne de l’Ouest, Moon 44 ne connaîtra pas les honneurs d’une sortie en salles aux États-Unis, où il débarquera directement en vidéo.

 

© Gilles Penso

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SI LOIN, SI PROCHE (1993)

Wim Wenders donne une suite à son succès planétaire Les Ailes du désir et continue à mêler le destin des humains avec celui des anges…

IN WEITER FERNE, SO NAH !

 

1993 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Wim Wenders

 

Avec Otto Sander, Peter Falk, Horst Buchholz, Mikhail Gorbachev, Nastassja Kinski, Heinz Rühmann, Bruno Ganz, Solveig Dommartin, Rüdiger Vogler, Lou Reed

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Après le succès critique des Ailes du désir, l’idée d’une suite se met naturellement à germer chez Wim Wenders, d’autant que le contexte historique offre un prétexte idéal. La chute du Mur de Berlin en 1989 bouleverse en effet la géographie de la ville. Le monde que contemplaient Daniel et Cassiel dans le premier film n’est plus le même. Fasciné par ce tournant, le cinéaste décide donc de retrouver ses anges pour explorer un Berlin réunifié, où l’espoir côtoie les désillusions. En écrivant Si loin, si proche ! avec Richard Reitinger et Ulrich Zieger, il prend soin de faire évoluer le point de vue. Cette fois, c’est Cassiel (Otto Sander) qui deviendra humain. Pour donner vie à son projet, Wenders fait à nouveau appel à son fidèle directeur photo Henri Alekan (malgré son âge avancé) pour retrouver l’atmosphère si particulière du premier film, ce subtil jeu de lumière et de textures entre noir et blanc et couleur. La bande originale est confiée à de nombreux artistes, dont Lou Reed, Nick Cave ou U2, reflétant l’ouverture internationale de Berlin après la chute du mur. Le casting rassemble plusieurs visages familiers : Otto Sander reprend son rôle de Cassiel, Bruno Ganz fait un retour discret sous les traits de Daniel, Solveig Dommartin joue à nouveau Marion, tandis que Peter Falk, devenu l’incontournable ange déchu, vient à nouveau illuminer l’ensemble. À leurs côtés, Willem Dafoe rejoint l’aventure dans un rôle énigmatique, celui d’une personnification du temps. Henri Alekan lui-même apparaît brièvement en capitaine, sur un navire baptisé « Alekhan ».

Le Mur de Berlin est donc tombé. Les anges, témoins de cette révolution, continuent d’errer parmi les hommes, invisibles et silencieux. Cassiel, toujours fidèle observateur, lit par-dessus l’épaule de Michail Gorbatchev, captant les pensées du dirigeant. Mais il sent croître en lui le désir d’expérimenter la vie humaine. Raphaela (Nastassja Kinski), son ange compagnon, perçoit que leur lien s’effrite. Lorsqu’une petite fille chute du balcon de son immeuble, Cassiel se précipite pour la sauver. Dans cet acte d’amour, il franchit la frontière : il devient humain sans l’avoir désiré. Désorienté, sans argent ni papiers, il passe sa première nuit terrestre en prison. Sous le nom de Karl Engel, il tente de s’adapter à cette vie nouvelle, découvrant la faim, la peur, la douleur… et les complications du monde moderne. Il retrouve son ancien compagnon Damiel, désormais heureux propriétaire d’une pizzeria, marié à Marion et père d’une petite fille, Doria. Mais la transformation de Cassiel, poussée par un excès de zèle incontrôlable, n’est pas sans danger…

Le zèle du désir

Quand on dispose d’un sujet aussi passionnant que celui des Ailes du désir et qu’on a déjà tout dit en un film, est-il nécessaire de lui donner une suite ? La réponse semble s’imposer d’elle-même, et la vision de Si loin, si proche ! ne fait que la confirmer. Car cette séquelle s’étire inutilement dans une rallonge bavarde et confuse. La fraîcheur et la force émotionnelle que Wenders avait réussi à capter, malgré les défauts du premier film, disparaissent ici presque totalement. Certes, la maîtrise technique est toujours au rendez-vous : les transitions entre le noir et blanc des anges et la couleur des mortels restent d’une grande élégance, et quelques scènes brillent par leur inventivité visuelle. Mais Wenders retombe dans ses travers, privilégiant à nouveau massivement le verbe. Dialogues, monologues, voix off, discours en plusieurs langues viennent alourdir un récit qui devient vite indigeste. En filigrane se dessine une intrigue très confuse liée à des enfants sauvés pendant la seconde guerre mondiale et à un trafic d’armes. Certaines bonnes idées surnagent pourtant, comme Peter Falk simulant la préparation d’un nouvel épisode de Columbo, ou les acrobates qui transportent les caisses d’armes dans des exercices de haute voltige au milieu d’un tunnel d’égout – une scène qui semble presque échappée de Batman le défi. Le casting reste irréprochable, même si le rôle joué par Willem Dafoe aurait mérité d’être mieux défini. Si loin, si proche ! est donc une œuvre symptomatique d’une certaine tendance du cinéma de Wenders : sous des dehors très denses, il accumule les discours au détriment de l’épure émotionnelle, perdant au passage l’essentiel de son impact. Trop long (2h30), trop verbeux, parfois confus, le film laisse le goût amer d’une belle idée étouffée sous le poids de ses propres prétentions.

 

© Gilles Penso

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THE MILLION EYES OF SUMURU (1967)

Une super-vilaine à la tête d’une armée de femmes fatales rêve d’un monde qui abolirait à tout jamais la domination masculine…

THE MILLION EYES OF SUMURU

 

1967 – GB

 

Réalisé par Lindsay Shonteff

 

Avec Shirley Eaton, Frankie Avalon, George Nader, Wilfrid Hyde-White, Klaus Kinski, Patti Chandler, Salli Sachse, Ursula Rank

 

THEMA SUPER-VILAINS

À l’heure où le cinéma d’espionnage se décline en mille pastiches de James Bond, The Million Eyes of Sumuru s’impose comme une curiosité singulière. Produit par Harry Alan Towers et tourné aux mythiques studios Shaw Brothers à Hong Kong, le film adapte librement les romans de Sax Rohmer, déjà père du Docteur Fu Manchu, pour livrer un récit d’espionnage baroque. Le générique s’ouvre sur une scène choc : lors des funérailles de l’homme le plus riche du monde en Chine, ses dix-sept fils tombent l’un après l’autre dans un attentat spectaculaire. « J’ai un million d’yeux… Je suis Sumuru ! » tonne une voix féminine. Le spectateur est aussitôt projeté dans un monde où les règles patriarcales sont subverties à coups d’explosifs. La scène suivante nous transporte dans un palais d’inspiration asiatique où une dizaine de jeunes femmes en minijupes observent, ravies, une scène étrange : l’une des leurs est en train d’étrangler un homme entre ses cuisses ! Il s’agit visiblement d’une distraction banale dans cet univers féminin dominateur. Ce simple tableau illustre toute l’ambivalence du film, à la fois critique et complice d’un regard masculin fétichisant.

Sumuru, maîtresse des lieux, interprétée par Shirley Eaton (la fameuse « fille en or » de Goldfinger), rêve d’un monde débarrassé des hommes, de leur brutalité et de leur soif de pouvoir. Dans cette utopie qu’elle veut harmonieuse, les femmes gouverneraient avec beauté, efficacité et rigueur. Pour ce faire, elle infiltre les plus hautes sphères politiques avec ses agents féminines, formées à séduire, manipuler et tuer. Mais dans cet univers fermé, l’amour est proscrit. L’une de ses recrues, coupable d’être tombée amoureuse, est ainsi rattrapée par ses camarades en bikini qui la coursent sur une plage et la noient en pleine mer. Les agents secrets Nick West (George Nader) et Tommy Carter (Frankie Avalon) sont alors dépêchés à Hong Kong pour enquêter sur la mort mystérieuse d’un secrétaire (l’homme que nous avons vu trépasser en début de film). Entre faux hôpitaux remplis d’infirmières armées et pièges en cascade, le duo traverse une galerie de stéréotypes où l’action le dispute à l’absurde. Sous ses allures pseudo-féministes, The Million Eyes of Sumuru flatte un certain machisme ouvertement misogyne. « La présence physique d’un mâle, je ne peux pas résister ! » dit ainsi l’une des femmes fatales en tombant dans les bras de Nick. Quand ce dernier la retrouve plus tard, morte dans le lit de sa chambre d’hôtel, ça ne lui coupe pas sa soif ni n’entame son sourire ravageur.

Machiste ou féministe ?

Le film aligne les scènes fétichistes caricaturales comme celle où Nick, torse nu, est enchaîné et fouetté par Sumuru, vêtue de cuir noir. Les décors, les costumes et la photographie saturée plongent le spectateur dans un univers irréel, et Klaus Kinski, dans le rôle d’un président un peu dérangé, ajoute une touche d’étrangeté supplémentaire au film. Malgré sa forme de série B assumée, The Million Eyes of Sumuru soulève, presque malgré lui, des interrogations sur le pouvoir et la manipulation. Il échoue certes à proposer un regard féministe authentique (le propos se noie dans une accumulation de clichés sexistes) mais conserve une valeur de témoignage sur les tensions culturelles de son époque. Car derrière la caricature se dessine une peur très masculine, celle de perdre le pouvoir face à des femmes puissantes qui prendraient les rênes du monde. L’assaut final sur l’île de Sumuru, mené par l’armée chinoise, signe le retour au statu quo : l’ordre masculin est rétabli dans le fracas des explosions, et l’utopie de la super-vilaine se consume avec fracas. Mais l’ultime plan, ambigu, laisse entendre que la menace pourrait revenir. Car Sumuru nous promet de revenir. Ce qu’elle fera effectivement dans Sumuru, la cité sans hommes.

 

© Gilles Penso

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JURASSIC WORLD : RENAISSANCE (2025)

Une expédition top-secrète cherche à prélever l’ADN de trois titans préhistoriques réfugiés sur une île sauvage pour en tirer un remède révolutionnaire…

JURASSIC WORLD: REBIRTH

 

2025 – USA

 

Réalisé par Gareth Edwards

 

Avec Scarlett Johansson, Mahershala Ali, Jonathan Bailey, Rupert Friend, Manuel Garcia-Rulfo, Luna Blaise, David Iacono, Audrina Miranda, Philippine Velge

 

THEMA DINOSAURES I SAGA JURASSIC PARK

On peut s’étonner de voir une star de la trempe de Scarlett Johansson tenir le haut de l’affiche de cet énième épisode d’une saga amorcée 32 ans plus tôt et déjà usée jusqu’à la corde. Mais l’ex-Black Widow est une fan inconditionnelle de Jurassic Park – elle avait neuf ans lorsque le premier film est sorti et ne s’en est visiblement pas remise ! Pas question pour elle de laisser passer une chance d’apparaître donc dans la franchise préhistorique. D’autant que le réalisateur à la tête de ce septième opus est le très talentueux Gareth Edwards (Monsters, Godzilla, Rogue One, The Creator). Après le désistement de David Leitch (Deadpool 2, Bullet Train), pressenti avant lui pour diriger le film, Edwards se jette lui aussi dans l’aventure avec un enthousiasme sans retenue. « J’étais sur le point de faire une pause et j’ai commencé à écrire ma prochaine idée de film », raconte-t-il, « mais j’ai tout lâché pour avoir la chance de faire un Jurassic Park. J’adore le premier film. Je pense que c’est un chef-d’œuvre cinématographique, alors cette opportunité était comme un rêve pour moi. » (1) Le retour du scénariste David Koepp, déjà à l’œuvre sur les deux premiers volets réalisés par Steven Spielberg, marque d’ailleurs une volonté manifeste de renouer avec l’esprit originel de la saga.

Le scénario de Jurassic World : Renaissance semble vouloir prendre à revers le concept du film précédent, qui laissait les animaux préhistoriques s’ébattre un peu partout sur la planète. Alors que la Terre suffoque sous les dérèglements climatiques, nous apprenons que les dinosaures disparaissent peu à peu, victimes d’une nouvelle hécatombe. Seuls quelques survivants subsistent dans les zones équatoriales, notamment sur l’île de Saint-Hubert, où l’ancien complexe d’InGen sert désormais de refuge aux derniers spécimens libérés. C’est là que la société pharmaceutique ParkerGenix envoie une expédition secrète. Leur objectif : récolter de l’ADN de trois créatures rares pour développer un traitement révolutionnaire contre les maladies cardiaques. À la tête de cette opération périlleuse se trouve le duo de mercenaires Zora Bennett (Scarlett Johansson) et Duncan Kincaid (Mahershala Ali), épaulé par le paléontologue Henry Loomis (Jonathan Bailey). Mais l’aventure prend un tournant inattendu lorsqu’un voilier de plaisance, transportant une famille, est attaqué par un mosasaure et doit se joindre au petit commando. Livrés à eux-mêmes dans une jungle hostile, nos protagonistes vont devoir redoubler d’inventivité pour ne pas finir au menu des dinosaures.

Le dîner des dinos

Tourné en 35 mm et au format Panavision sous les bons auspices du directeur de la photographie John Mathieson, qui cherche visiblement à retrouver la patine des films mis jadis en lumière par Dean Cundey et Douglas Slocombe, Jurassic World : Renaissance est une déclaration d’amour frontale au cinéma de Steven Spielberg. Gareth Edwards y rend non seulement hommage à Jurassic Park mais aussi aux Dents de la mer et à la saga Indiana Jones. Comme il le fit dans Godzilla, le cinéaste ménage habilement ses effets, laissant souvent apparaître les titans en creux – flous à l’arrière-plan, furtivement éclairés par une source de lumière, émergeant discrètement de l’ombre – pour mieux surprendre ses spectateurs et leur donner un coup d’avance sur les victimes potentielles des prédateurs. La mise en scène s’appuie souvent sur les différences d’échelle entre les dinosaures et les humains, comme dans la séquence du T-Rex endormi. Ce spécimen se révèle certes aussi maladroit et stupide que son cousin obèse qui apparaissait dans L’Homme des cavernes, mais il nous offre tout de même une jolie séquence de suspense aquatique. Alors qu’Alexandre Desplat se réapproprie intelligemment les thèmes musicaux de John Williams, Edwards y va de ses petits hommages discrets (le rétroviseur en début de métrage, la banderole « Quand les dinosaures dominaient le monde », un bus scolaire estampillé « Crichton Middle School ») en évitant de justesse les travers du fan service facile. Alors certes, Jurassic World : Renaissance n’est qu’une sympathique série B au budget hypertrophié, dont les maigres tentatives d’épaissir les enjeux et les personnages restent souvent superficielles – les états d’âme de nos mercenaires en bout de course, les vilaines manigances capitalistes du groupe pharmaceutique. Mais Gareth Edwards fait le job et semble y prendre beaucoup de plaisir. Plaisir en grande partie partagé, il faut bien l’avouer.

 

(1) Extrait d’une interview publiée dans Collider en février 2024

 

© Gilles Penso

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THUNDERBOLTS (2025)

Une équipe de mercenaires en bout de course décide d’unir ses forces pour contrer une menace surpuissante et incontrôlable…

THUNDERBOLTS

 

2025 – USA

 

Réalisé par Jake Schreier

 

Avec Florence Pugh, Sebastian Stan, Julia Louis-Deryfus, Lewis Pullman, David Harbour, Wyatt Russell, Hannah John-Kamen, Olga Kurylenko, Geraldine Viswanathan

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL COMICS I MARVEL CINEMATIC UNIVERSE

Ce film Marvel, personne ne l’attendait particulièrement. Des personnages de seconde zone à peine connus du grand public, une campagne marketing à peu près inexistante, une sortie presque honteuse entre deux blockbusters lancés avec perte et fracas (Captain America : Brave New World et Les Quatre Fantastiques : premiers pas)… Autant dire que le film réalisé par Jake Schreier (Robot & Frank) ne partait pas avec beaucoup d’atouts en poche. La surprise n’en est que plus grande. Certes, Thunderbolts n’a rien d’un chef d’œuvre. Mais son statut de « challenger » discret, ses protagonistes complexes et ses nombreuses audaces jouent beaucoup en sa faveur. De là à le positionner comme l’un des meilleurs films Marvel depuis longtemps, il n’y a qu’un pas. Le concept de Thunderbolts ne semble pourtant pas très éloigné de celui de Suicide Squad (ce qui aurait poussé James Gunn à refuser le film, à l’époque où il était encore dans les bonnes grâces de Marvel). Il s’agit en effet de réunir un groupe de marginaux infréquentables (super-vilains, super-héros ratés, tueurs à gage sur le retour) pour en faire une nouvelle équipe de justiciers : le pseudo Captain America John Walker campé par Wyatt Russell (apparu une première fois dans Falcon et le Soldat de l’Hiver), le Red Guardian et sa fille Yelena Belova (David Harbour et Florence Pugh, vus dans Black Widow), Bucky Barnes (toujours interprété par le charismatique Sebastian Stan) et Ava Starr alias Ghost (Hannah John-Kamen, que nous découvrions dans Ant-Man et la Guêpe). « On est des délinquants jetables » dit cette dernière pour résumer la situation.

Thunderbolts commence en Malaisie et positionne Yelena comme le personnage central de ce film choral. Après avoir détruit un laboratoire pour le compte de la directrice de la CIA Valentina Allegra de Fontaine (Julia Louis-Deryfus), la sœur de Black Widow est saisie d’états d’âme face au vide que représente sa vie personnelle. Alors que De Fontaine fait face à une destitution imminente, elle envoie séparément un groupe de mercenaires à sa solde dans une installation secrète pour qu’ils s’entretuent. Son objectif est non seulement d’éliminer les preuves gênantes qui pourraient l’accabler mais aussi toute trace de son implication dans le projet top secret « Sentry » à base d’expérimentations sur des cobayes humains. Au cours du combat qui s’ensuit, les mercenaires en question (Yelena, John Walker et Ava Starr) comprennent qu’ils ont été manipulés et s’associent pour sortir de ce piège. Mais un quatrième larron inattendu se joint à eux bien malgré lui. Il s’agit d’un jeune homme prénommé Bob (Lewis Pullman), tout juste libéré d’une capsule d’animation suspendue et complètement amnésique…

Opération tonnerre

Le nouveau surhomme que met en scène Thunderbolts pourrait tout à fait être un émule de Superman : insensible aux balles, capable de voler comme un missile, ultra-rapide, doté d’une force impensable… Mais c’est aussi un être fragile, instable, au bord du gouffre. Tout l’enjeu du film repose sur le fait qu’il est invincible, et que le combat que cherchent à mener nos anti-héros est donc perdu d’avance. L’idée de faire de ce « nouveau dieu » un outil de marketing au service d’un agenda politique (avec un look qui n’est pas sans évoquer celui de « l’homme nucléaire » de Superman 4 !) nous rapproche des thématiques développées dans The Boys, même si la violence extrême et la crudité sans tabous du show créé par Eric Kripke n’ont évidemment pas leur place chez Marvel. Il n’en demeure pas moins que Thunderbolts pousse le bouchon assez loin, jusqu’à un climax délirant digne d’un cauchemar de Stephen King qui aurait été filmé par Michel Gondry ! Car sous ses apparats de film de super-héros aux recettes éprouvées (avec la bonne dose d’action, d’humour, d’effets spéciaux et de clins d’œil pour les fans), Thunderbolts ose traiter frontalement un sujet inattendu en pareil contexte : la dépression, ses ravages, ses symptômes et la quête désespérée d’un moyen de la traiter en évitant au maximum les dommages collatéraux. Le néant que peuvent ressentir les victimes d’un état dépressif prend ici une forme sinistre et terrifiante, preuve que Thunderbolts joue clairement dans une autre catégorie que ses confrères plus populaires. Raison de plus pour le marquer d’une pierre blanche.

 

© Gilles Penso

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PLEINE LUNE (1996)

Mordu par un loup-garou pendant une expédition au Népal, un homme revient visiter sa sœur et son neveu, en luttant contre ses instincts bestiaux…

BAD MOON

 

1996 – USA / CANADA

 

Réalisé par Eric Red

 

Avec Mariel Hemingway, Michael Paré, Mason Gamble, Ken Pogue, Hrothgar Mathews, Johanna Marlowe Lebovitz, Gavin Buhr

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Scénariste de Hitcher, Aux frontières de l’aube et Blue Steel, Eric Red fait ses premiers pas derrière la caméra en 1988 à l’occasion du polar Cohen & Tate. Après avoir enchaîné avec le film d’horreur Body Parts et le thriller Undertow, il se voit proposer l’adaptation du roman Thor de Wayne Smith, avant même sa publication. Contrairement à ce que son titre peut faire croire, le livre n’a rien à voir avec le dieu du tonnerre Viking mais se concentre sur les mésaventures d’une famille menacée par un loup-garou. La grande originalité du récit consiste à adopter le point de vue du chien des protagonistes, qui devient de fait le personnage principal. Emballé, Red accepte le challenge, à condition d’apporter un nombre important de modifications à l’histoire pour pouvoir la conformer à son style de mise en scène. De cinq personnes, la famille est ramenée à un nombre plus restreint de deux, une mère et son fils. Nous retrouvons donc en quelque sorte la dynamique de Cujo, si ce n’est que cette fois-ci le chien n’est pas une menace mais un protecteur. Le budget est restreint (six millions de dollars), mais Eric Red s’en contente, optimisant du mieux qu’il peut les quarante jours de tournage à sa disposition.

Désireux de faire commencer son film de manière percutante, Red décide de gorger son prologue de violence et de sexe, pour pouvoir plus tard se concentrer sur la psychologie de ses personnages. À peine a-t-on le temps de découvrir Ted Harrison (Michael Paré), photojournaliste en pleine expédition professionnelle au Népal, que celui-ci se réfugie dans sa tente avec sa compagne Marjorie (Johanna Marlowe Lebovitz) pour jouer au jeu de la bête à deux dos avec force gémissements et contorsions. Mais soudain, un lycanthrope surgit de nulle part, se jette sur la jeune femme et la déchiquète. En tentant de la sauver, Ted est mordu à l’épaule puis parvient à tuer le monstre d’un coup de fusil bien placé. Pleine lune démarre donc sur des chapeaux de roue, même si la censure exige quelques coupes pour éviter au film une interdiction aux moins de 17 ans. Cherchant à s’isoler après cette sanglante mésaventure, Ted s’installe dans une caravane au cœur de la forêt, puis finit par se joindre à sa sœur Janet (Mariel Hemingway) et à son neveu Brett (Mason Gamble). Mais Thor, le chien de la famille, sent bien que quelque chose cloche chez Ted…

Entre chien et loup

S’il ne combat pas dans la même catégorie que le légendaire diptyque Hurlements et Le Loup-garou de Londres, Pleine lune est une série B extrêmement distrayante, dont l’atout majeur est l’originalité de son traitement, inspiré directement par la plume de Wayne Smith. Car tout le scénario repose sur un antagonisme muet, fait de regards appuyés et de grognements. Lentement, la tension monte entre le chien et le loup-garou, sans que les personnages humains n’en aient immédiatement conscience. Le spectateur a donc un coup d’avance et se délecte des effets de suspense bâtis par la mise en scène habile de Red. Formellement, le film bénéficie d’une très belle bande originale de Daniel Licht (Dexter), dont certaines envolées amples tutoient les harmonies de Jerry Goldsmith et James Horner, mais aussi d’effets spéciaux extrêmement performants conçus par Steve Johnson (Vampire, vous avez dit vampire ?). Héritier des créations de Rick Baker et Rob Bottin, le lycanthrope est une bête très convaincante mêlant un costume complet à une tête animatronique. Dommage que les effets numériques et les morphings sollicités pour sa transformation finale soient aussi maladroits. Ce sera l’un des grands regrets du réalisateur. Le film s’appuie par ailleurs sur la performance intense de Michael Paré (la scène où il marque son territoire devant la niche de son ennemi canin est un morceau d’anthologie !). Distribué le lendemain d’Halloween, sans campagne publicitaire digne de ce nom, Pleine lune est un échec au moment de sa sortie. Mais depuis, il a acquis un statut bien mérité d’œuvre culte auprès des amateurs du genre.

 

© Gilles Penso

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VOLTAN LE BARBARE (1980)

Cette aventure délicieusement kitsch met en vedette un super-vilain campé par Jack Palance et annonce la future vogue de l’heroic-fantasy au cinéma…

HAWK THE SLAYER

1980 – GB

Réalisé par Terry Marcel

Avec John Terry, Jack Palance, Bernard Bresslaw, Ray Charleson, Peter O’Farrell, William Morgan Sheppard, Patricia Quinn, Cheryl Campbell, Catriona MacColl

THEMA HEROIC FANTASY

Réalisateur de deuxième équipe et assistant réalisateur pour Richard Fleischer (L’Étrangleur de Rillington Place, Terreur aveugle), Sam Pekinpah (Les Chiens de paille) ou Ridley Scott (Les Duellistes), Terry Marcel est un technicien solide qui, à force d’œuvrer à l’ombre de tels géants, ambitionne de diriger son propre film. Il démarre donc sa modeste carrière de metteur en scène avec les comédies Why Not Stay for Breakfast ? (avec George Chakiris) et There Goes the Bride (avec Martin Balsam), puis décide de changer de registre. En se découvrant des goûts communs avec le producteur Harry Robertson, Marcel élabore avec lui un récit d’heroic-fantasy sous la double influence des écrits de J.R.R. Tolkien et du succès récent de La Guerre des étoiles. Les deux hommes ont du flair, dans la mesure où le genre s’apprête à devenir extrêmement populaire grâce au futur succès de Conan le barbare. Hawk the Slayer fait donc un peu office de pionnier en la matière. D’ailleurs, les distributeurs français ne s’y trompent pas, puisqu’ils le rebaptisent Voltan le barbare pour sa sortie en vidéo (après une unique présentation en salles au cours du Festival du Film Fantastique de Paris), histoire de cligner de l’œil sans la moindre subtilité vers le classique de John Milius.

Nous sommes dans une sorte de moyen-âge fantaisiste. Ce bon vieux Jack Palance incarne Voltan, un seigneur maléfique au visage à moitié défiguré qui s’introduit dans le château familial et exige de son père la clé d’un ancien pouvoir magique : la « dernière pierre mentale elfique ». Devant le refus de ce dernier, Voltan l’assassine. Futur Felix Leiter de Tuer n’est pas jouer et lieutenant Lockhart de Full Metal Jacket, John Terry incarne Hawk, le frère de Voltan, qui arrive trop tard sur le lieu du crime. Avant de mourir, leur père transmet à Hawk une épée au pommeau en forme de main. En s’unissant à la pierre elfique, elle se transforme en arme redoutable capable d’obéir aux ordres mentaux de son porteur. Hawk jure alors de venger la mort de son père en tuant Voltan. Or celui-ci étend sa domination un peu partout, massacrant à tour de bras tous ceux qui lui résistent. En pénétrant dans un couvent, il kidnappe l’abbesse et exige contre sa libération une forte rançon en or. Hawk en profite pour préparer sa revanche, en s’adjoignant les services d’un guerrier manchot, d’un géant, d’un nain et d’un elfe…

Saturday Hawk Fever

La musique outrageusement disco composée par le producteur Harry Robertson (dont le mixage d’instruments symphoniques, pop et électroniques préfigure ce que feront Andrew Powell et Alan Parsons sur Ladyhawke), la photographie saturée et ouatée, les effets spéciaux joyeusement kitsch, les bruitages au synthétiseur et les décors noyés de fumigènes (parfois prolongés par de jolis matte paintings) accusent immédiatement l’époque du film, tout en le parant du même coup d’une patine savoureuse. Voltan le barbare est ouvertement un film du début des années 80, dont il collecte les effets de style les plus marqués. Les duels, eux, sont filmés comme dans un western spaghetti, tandis que le thème musical à la flûte qui accompagne pas à pas notre héros semble vouloir faire écho à la bande originale du Bon, la brute et le truand. Anachronique en diable, le film de Terry Marcel assume pleinement son caractère fantastique en mettant en scène un magicien maléfique encapuchonné qui vit dans un décor écarlate et lance des rayons laser avec un cristal ensorcelé, une sorcière qui prédit l’avenir et téléporte les gens, et même un étrange troll difforme qui rampe dans une forêt brumeuse (il s’agit en réalité d’une marionnette de bébé monstrueux « empruntée » au film Une fille pour le diable). Si John Terry est un héros relativement insipide, Jack Palance en fait des tonnes dans le rôle du grand méchant, Catrionna MacColl (Frayeurs, L’Au-delà) joue la fiancée diaphane de Hawk dans une série de flash-backs cotonneux et Patrick Magee (Orange mécanique) apparaît furtivement en chef d’une secte mystique. Pas follement palpitant mais raisonnablement distrayant, Hawk the Slayer n’attirera guère les foules. Sa fin très ouverte restera donc sans suite, malgré le Hawk the Destroyer que Terry Marcel prévoyait dans la foulée.

 

© Gilles Penso

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INSTINCT DE SURVIE (2016)

Partie taquiner les vagues d’une plage isolée mexicaine, une surfeuse rencontre un redoutable requin affamé…

THE SHALLOWS

 

2016 – USA

 

Réalisé par Jaume Collet-Serra

 

Avec Blake Lively, Oscar Jaenada, Angelo Josue Lozano Corzo, Joseph Salas, Brett Cullen, Sedona Legge, Pablo Calva, Diego Espejel, Janelle Bailey, Ava Dean

 

THEMA MONSTRES MARINS

Le script de The Shallows circule à Hollywood depuis 2014 mais tarde un peu à se concrétiser. Si la plume du scénariste Anthony Jawinski traduit sans mal la terreur liée à l’isolement d’une infortunée héroïne coincée sur un territoire sauvage devenu hostile, les différents studios qui étudient le projet sont circonspects quant à la capacité d’intéresser les spectateurs à un personnage unique dans un seul décor sans susciter l’ennui. C’est finalement Sony Pictures qui se lance en proposant le film à Jaume Collet-Serra. Réalisateur de deux films d’épouvante très remarqués (La Maison de cire et Esther) et de trois thrillers musclés avec Liam Neeson (Sans identité, Non-Stop et Night Run), il semble l’homme de la situation. C’est effectivement une bonne pioche : avec The Shallows, Collet-Serra réalise probablement son long-métrage le plus abouti. A l’efficacité imparable de sa mise en scène s’adjoint la pleine implication de Blake Lively, ultra-populaire depuis la série Gossip Girl et bien décidée à s’investir à fond dans ce survival – comme le fit avant elle son époux Ryan Reynolds dans Buried. Si le titre original The Shallows évoque les bas-fonds dans lesquels se déroule la grande majorité de l’intrigue, les distributeurs français optent pour Instinct de survie, désireux d’annoncer sans détour la pulsion tenace de préservation qui animera la protagoniste tout au long de ces 90 minutes éprouvantes.

Après la mort de sa mère des suites d’un cancer, Nancy Adams, brillante étudiante en médecine, décide de faire une pause dans sa vie texane pour une échappée solitaire sur une plage isolée du Mexique. Ce lieu n’a pas été choisi au hasard : c’est là que sa mère aimait venir surfer, notamment lorsqu’elle était enceinte d’elle. Comme un pèlerinage personnel, Nancy ressent le besoin de marcher dans ses pas, loin de la civilisation, des hôpitaux et des responsabilités. Alors qu’elle surfe avant le coucher du soleil, Nancy aperçoit au loin la carcasse en décomposition d’un jeune rorqual à bosse. Un mauvais présage. Très vite, l’eau se teinte de sang et la menace se précise : un grand requin blanc rôde dans les parages, invisible et implacable. Notre héroïne vient de pénétrer sans le savoir sur son terrain de chasse. Lorsqu’il attaque, Nancy n’a que le temps de se réfugier sur un minuscule rocher à quelques centaines de mètres du rivage. Piégée, blessée, seule au milieu de l’océan, elle va devoir mobiliser tout ce qu’il lui reste de ressources mentales, de connaissances médicales et de courage pour espérer survivre aux assauts du squale, alors que la marée monte inexorablement…

Seule au monde

Malgré son traitement réaliste, Instinct de survie met en scène un véritable monstre de cinéma, doté d’une force, d’une agressivité et d’une voracité hors du commun. Pour autant, Jaume Collet-Serra parvient miraculeusement à évacuer toute allusion aux Dents de la mer pour bâtir sa propre version de la terreur aquatique, s’appuyant sur de remarquables effets visuels qui nous font croire non seulement à la tangibilité de la bête mais aussi au naturalisme du décor extérieur – alors que la grande majorité du tournage s’effectue dans un bassin devant un fond vert. L’isolement, la douleur, le froid, la chaleur, la faim et bien sûr la peur de la dévoration sont les obstacles que va devoir affronter cette survivante soumise à rude épreuve. D’ailleurs, s’il fallait rapprocher Instinct de survie d’un film de Steven Spielberg, ce serait plutôt de Duel, avec lequel il partage de nombreux points communs, le moindre n’étant pas la figure d’un personnage central inlassablement traqué par un monstre qui le harcèle et veut sa peau, avec une insistance presque irrationnelle, et dont toutes les échappatoires s’envolent cruellement les unes après les autres, jusqu’à l’inévitable affrontement final où les vestiges d’humanité devront céder la place à une rage animale primaire et libératrice. Le requin n’est pas seulement une menace physique mais une métaphore, celle de la force implacable contre laquelle on lutte même lorsque tout semble perdu. À travers Nancy, c’est aussi le combat de sa mère contre la maladie qui se rejoue, cette volonté de ne rien lâcher. Sous ses atours de survival tendu et de creature feature, The Shallows cacherait-il une leçon de vie, celle de la résilience, de la combativité et du refus de céder face à la fatalité ?

 

© Gilles Penso

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