L’ATTAQUE DES TOMATES TUEUSES (1978)

Attention, c’est la panique : les tomates ont décidé de se révolter contre l’humanité et de dévorer tous ceux qu’elles croisent !

ATTACK OF KILLER TOMATOES !

 

1978 – USA

 

Réalisé par John De Bello

 

Avec David Miller, George Wilson, Sharon Taylor, J. Stephen Peace, Ernie Meyers, Eric Christmas, Ron Shapiro, Al Sklar, Jerrold Anderson, Don Birch

 

THEMA VÉGÉTAUX

En 1976, à l’âge de 24 ans, John De Bello réalise en 8 mm le court-métrage Attack of the Killer Tomatoes ! qui raconte l’attaque de la population par des tomates qui se révoltent du jour au lendemain. Maladroit, poussif et très modérément drôle, ce galop d’essai d’un quart d’heure laisse pourtant entrevoir le potentiel d’une parodie absurde des films d’attaques de monstres des années 50 (L’Attaque des crabes géants, L’Attaque des sangsues géantes). Deux ans plus tard naît donc la version longue, produite par J. Stephen Peace et John DeBello et réalisée par ce dernier d’après une idée originale de Costa Dillon. Le scénario définitif est l’œuvre commune de Dillon, Peace et DeBello. Réalisé pour un budget ridicule de moins de 100 000 dollars, avec beaucoup d’acteurs amateurs et un inévitable sens du bricolage, L’Attaque des tomates tueuses ne réfrène pas pour autant ses ambitions, osant des séquences extravagantes tournées sans la moindre autorisation (un homme-grenouille qui se jette dans une fontaine publique face à de vrais passants médusés) ou tirant parti d’un accident imprévu (un hélicoptère loué par la production atterrit en catastrophe après que son pilote en ait perdu le contrôle) pour le muer en cascade spectaculaire improvisée devant la caméra !

L’introduction du film donne le ton. Après un texte incongru se référant aux Oiseaux d’Alfred Hitchcock, une ménagère voit une tomate se promener toute seule dans sa cuisine en émettant d’étranges bruits et se met à hurler de terreur. Le générique de début est ponctué de mentions loufoques, annonçant notamment que le film met en scène les tomates de la Royal Shakespeare Company et que son scénario est tiré du célèbre roman « Les Tomates de la colère ». Le temps d’une série de saynètes absurdes, nous apprenons que les tomates se sont révoltées sans raison contre les humains et les attaquent pour les dévorer. Dépassées par les événements, les autorités se réunissent et commencent à envisager les solutions les plus excentriques, en particulier l’intervention d’une espèce de cyborg au sourire figé. Un commando improbable, constitué d’un plongeur sous-marin, d’une championne de natation, d’un parachutiste et d’un agent spécialisé dans les déguisements, finit par se regrouper pour lutter contre la menace végétale…

Maquettes, fumigènes et stop-motion

On sent bien que tout dans le film est bidouillé avec les moyens du bord, que les acteurs surjouent sans retenue, que les effets spéciaux font ce qu’ils peuvent (c’est-à-dire pas grand-chose) et que le scénario lui-même tient sur timbre-poste. Mais l’enthousiasme et la ténacité de l’équipe à l’origine de cette Attaque des tomates tueuses deviennent presque communicatifs et incitent à l’indulgence. Même s’ils sont souvent pesants, les gags annoncent parfois l’humour que déploiera avec talent le trio ZAZ à partir de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (de joyeux délires à l’arrière-plan, des personnages qui restent très sérieux malgré le caractère grotesque des situations dans lesquelles ils sont plongés). Poussé par une frénésie créative que n’entrave pas son cruel manque de moyens, John De Bello insère de fausses annonces publicitaires en cours d’action, concocte plusieurs séquences sous forme de comédie musicale, parodie Les Dents de la mer, réalise un passage en stop-motion où les tomates roulent sur les corps immobiles de clients d’un supermarché, montre une tomate géante (en caoutchouc bien sûr) qui poursuit une femme sur un parking. Nous avons même droit à des cascades, des poursuites de voiture, des fusillades et des scènes de batailles contre l’armée avec force maquettes et fumigènes, avant un climax situé dans le San Diego Stadium empli de figurants bariolés. Tout ça ne vole pas bien haut mais le succès est au rendez-vous, générant trois suites tout aussi anecdotiques : Le Retour des tomates tueuses en 1988, Les Tomates tueuses contre-attaquent en 1990 et Les Tomates tueuses mangent la France ! en 1991.

 

© Gilles Penso


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LE DANGER VIENT DE L’ESPACE (1958)

Une expédition spatiale avortée provoque une monstrueuse pluie de météorites qui se dirige tout droit vers la Terre…

LA MORTE VIENE DALLO SPAZIO

 

1958 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Paolo Heusch

 

Avec Paul Hubschmid, Fiorella Mari, Madeleine Fischer, Ivo Garrani, Dario Michaelis, Peter Meersman, Sam Galter

 

THEMA CATASTROPHES

Heureux élu d’un tirage au sort international, l’astronaute John McLaren (Paul Hubschmid) s’apprête à traverser l’espace à bord d’une fusée américano-soviétique affectueusement baptisée XZ. Mais la mission échoue avant que McLaren n’ait pu mettre le cap sur la Lune, et le voilà obligé de s’éjecter, au grand dam des scientifiques de la base Cap Shark. De retour sur Terre, il apprend que les réacteurs nucléaires de la fusée ont explosé dans l’espace, projetant une gigantesque pluie d’astéroïdes vers la Terre. Scientifiques et militaires gardent la nouvelle secrète pour ne pas affoler l’opinion publique et tentent de trouver une solution pour éviter cette fin du monde imminente. Pendant un temps, on espère que la Lune saura stopper le groupe d’astéroïdes, mais ce n’est pas le cas, et la pluie mortelle s’approche inexorablement. En désespoir de cause, toutes les forces mondiales unissent leurs missiles nucléaires pour détruire les astéroïdes en plein ciel, avant que ceux-ci n’entrent dans l’atmosphère, afin d’éviter les retombées radioactives…

À trop vouloir se prendre au sérieux, le film de Paolo Heusch est risible, d’autant que les dialogues frôlent souvent la parodie involontaire et que les acteurs théâtralisent leur jeu à outrance. Cette sensation est accrue par les petites intrigues sentimentales bon marché (la scientifique froide comme la glace dont s’éprend le co-équipier) ou prétendument humoristiques (le savant soviétique amateur de bon vin) intégrées au sein de ce scénario catastrophe qui, pourtant, s’ouvrait en évoquant l’introduction du prestigieux Le Monstre des studios Hammer, mais qui finit par prendre la tournure d’un ancêtre du Meteor de Ronald Neame. Le film est terriblement bavard, l’action se résumant la plupart du temps à des stock-shots de l’armée (en particulier le lancement final de missiles de toutes sortes, qui s’avèrent les plans les plus impressionnants du film), de la NASA (le décollage des fusées) ou d’actualités (la foule qui se masse dans la rue, une espèce d’exode rural, la migration des animaux). Quant aux informations télévisées, conformément au cliché, elles nous tiennent régulièrement au courant de la gravité de la situation.

Des effets spéciaux de Mario Bava

À contre-courant des films de science-fiction américains des années 50 volontiers ancrés dans les prises de position liées à la guerre froide, Le Danger vient de l’espace présente tout de même l’originalité de montrer les militaires russes et américains œuvrer main dans la main pour contribuer à l’avancée de la conquête spatiale, puis additionner leurs forces nucléaires pour sauver la planète. Mario Bava, ici directeur de la photographie, signe également quelques effets spéciaux timides, afin de mettre en scène la fusée de McLaren, les satellites de la Terre (dont un Spoutnik conique), ou encore la pluie de météorites qui recouvre la lune et se dirige vers la Terre, obscurcissant bientôt les cieux de fort sinistre manière. Le film se pare également de toute une collection d’effets sonores pour le moins surprenants, dans le but d’accompagner chaque objet censé se déplacer dans l’espace.

 

© Gilles Penso

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LA MORT EN LIGNE (2003)

Une malédiction se transmet d’un téléphone portable à l’autre : chaque message reçu annonce une mort violente et spectaculaire…

CHAKUSHIN ARI / ONE MISSED CALL

 

2003 – JAPON

 

Réalisé par Takashi Miike

 

Avec Kô Shibasaki, Shinichi Tsutsumi, Kazue Fukiishi, Renji Ishibashi, Goro Kishitani, Yutaka Matsuhige, Mariko Tsutsui

 

THEMA FANTÔMES

Un soir, la lycéenne Yumi Nakamura (Kô Shibasaki) est témoin d’un étrange incident. Son amie Yoko (Anna Nagata) reçoit un message émanant de son propre téléphone mais daté de trois jours plus tard. Yoko reconnaît sa propre voix sur l’enregistrement : une phrase anodine suivie d’un cri d’effroi qui lui glace le sang. Trois jours plus tard, Yoko meurt à l’heure et dans les conditions exactes du message prémonitoire, tombant du haut d’un pont pour s’écraser sous un train lancé à vive allure. Quelques jours plus tard, un lycéen meurt dans des circonstances inexplicables, aspiré par le sol devant un ascenseur. A chaque nouvel appel, la sonnerie et le message spécifiques annoncent la mort de leur destinataire, avec la date et l’heure exactes. L’inquiétude et l’incompréhension de Yumi ne font que croître, jusqu’à ce qu’elle reçoive elle-même le fatidique message…

On l’aura compris, un parfum de déjà-vu plane sur La Mort en ligne, et il suffit de remplacer le téléphone par une cassette vidéo pour obtenir l’intrigue de Ring. De la part de l’auteur d’Audition, nous étions en droit d’attendre autre chose que ce plagiat pur et simple. Cette impression est confirmée par la réplique d’une écolière qui, sans autre raison qu’une manifeste paresse scénaristique, nous livre clef en main le mode d’emploi du film dès le premier quart d’heure : « On parle d’une femme décédée et rongée par la haine. Sa malédiction se transmet de portable en portable. Elle choisit sa prochaine cible dans le répertoire du téléphone de sa victime et les meurtres se succèdent. » Certes la mise en scène de Miike n’a rien perdu de son efficacité, de son austérité et de son étrangeté envoûtante. Mais le sujet ne lui permet guère de faire des merveilles. Le spectateur se distrait alors en essayant de deviner de quelle manière chaque victime s’apprête à périr, sur la base des indices laissés sur leur message téléphonique. En ce sens, La Mort en ligne présente plusieurs similitudes avec la saga Destination finale.

Appel manqué

Fort heureusement, Takashi Miike n’est pas un cinéaste comme les autres, et après une demi-heure assez convenue, il transcende brutalement le thème en exposant à sa manière la médiatisation de l’affaire. Natsumi, la meilleure amie de Yumi, ayant été prévenue par sa propre voix de sa mort prochaine, une équipe de télévision s’empare avidement du sujet et décide de diffuser en direct le trépas annoncé. D’où une séquence de suspense redoutablement efficace qui s’achève fort brutalement. Le style de Miike transparaît également dans un flash-back révélant le passé douloureux de l’héroïne, et au cours d’un climax dans un hôpital désaffecté qui sait réserver son lot de frissons malgré l’héritage trop manifeste des films de fantômes japonais codifiés par des œuvres telles que Ring, Dark Water ou The Grudge. Ici, le téléphone est surtout un prétexte dans l’air du temps, le véritable sujet du film résidant dans la relation que nouent les vivants et les morts, comme en témoigne cette réplique affirmant qu’« il existe autant de ciels que d’êtres humains ». Dommage que la fin, absurde et incompréhensible, laisse le spectateur sur une impression d’œuvre bancale et inachevée.

 

© Gilles Penso


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DOUBLE DATE (2017)

Une comédie horrifique britannique déjantée qui oppose deux amis à un duo de séductrices prêtes à les sacrifier au cours d’un rituel sanglant…

DOUBLE DATE

 

2017 – GB

 

Réalisé par Benjamin Barfoot

 

Avec Danny Morgan, Georgia Groome, Michael Socha, Kelly Wenham, Dougie Poynter, Tom Sturridge, Brooke Norbury, Maria Barr, Benny Bereal

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Benjamin Barfoot est un cinéaste britannique originaire de Torbay, dans le Devon. Homme à tout faire autodidacte (monteur, cadreur, graphiste, créateur d’effets visuels), il travaille d’abord pour plusieurs chaînes de télévision anglaises tout en réalisant une demi-douzaine de courts-métrages. Puis en 2017, il dirige son premier long-métrage, Double Date, écrit par son ami et collaborateur Danny Morgan qui en tient aussi le rôle principal. Cette œuvre rafraîchissante exhale un humour « so british » décomplexé proche de celui de Nick Frost, Edgar Wright et Simon Pegg (Shaun of the Dead), tout en se teintant d’un soupçon d’érotisme et surtout d’éléments purement horrifiques. Le cocktail slasher/comédie romantique/sorcellerie aurait pu s’avérer totalement indigeste. Mais le miracle opère, grâce à l’enthousiasme communicatif de la petite équipe à la tête de Double Date. Dès le générique de début – des séquences animées vintage écarlates s’insérant entre les titres « empruntant » la police de caractère d’Halloween – le ton décomplexé est donné, sur le tempo frénétique du « Run to your Mama » chanté par le groupe Goat.

En raison de sa timidité et de son manque de confiance en lui, Jim (Danny Morgan), à bientôt trente ans, n’a toujours pas couché avec une femme. Son ami Alex (Michael Sacha), dragueur invétéré, compte bien l’aider à franchir enfin le pas. Or la veille de son anniversaire, Jim réalise que deux jolies jeunes femmes lui font de l’œil dans un bar. Alex le pousse aussitôt à passer à l’attaque. Mais le prégénérique a donné un coup d’avance aux spectateurs. Nous savons donc que les deux tentatrices séduisantes, Kitty (Kelly Wenham) et Lulu (Georgia Groome), sont des tueuses d’hommes qui poursuivent un bien macabre projet. Si la nature exacte du sanglant rituel qu’elles préparent reste mystérieuse, le sort qu’elles réservent aux deux garçons nous semble fort peu enviable. Mais si Jim et Alex ne sont pas au bout de leurs surprises, les deux meurtrières non plus. Une série d’événements imprévus s’apprête en effet à leur mettre des bâtons dans les roues…

Sanglant rencart

Très drôle, évacuant tout temps mort, porté par des acteurs qui jouent tous le jeu avec beaucoup d’entrain (et visiblement avec une bonne dose d’improvisations favorisées par le réalisateur), Double Date séduit dès ses premières minutes. L’argument fantastique, à mi-chemin entre la sorcellerie et le pacte satanique, n’est en réalité qu’un prétexte pour railler les clichés liés aux relations hommes/femmes dans la société anglaise. La patine réussie de ce premier film (dont Barfoot signe le montage lui-même) force le respect. Quant au scénariste/acteur principal Danny Morgan, il n’hésite pas à jouer la carte de l’autodérision en se moquant ouvertement de son propre physique. Double Date collecte les séquences absurdes et excessives, notamment un repas familial qui tourne au délire pur, et se paie un mémorable climax mouvementé où la violence graphique est systématiquement désamorcée par des répliques absurdes. Ce petit plaisir sans prétention est hélas passé totalement inaperçu, privé d’une distribution digne de ce nom malgré son passage remarqué dans de nombreux festivals.

 

© Gilles Penso


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EMPRISE (2001)

Un père de famille est persuadé que Dieu lui a donné comme mission de tuer des démons déguisés en humains…

FRAILTY

 

2001 – USA

 

Réalisé par Bill Paxton

 

Avec Bill Paxton, Matthew McConaughey, Powers Boothe, Matt O’Leary, Jeremy Sumpter, Luke Askew, Levi Kreis, Derk Cheetwood, Missy Crider, Alan Davidson

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I DIEU, LES ANGES, LA BIBLE

Acteur fétiche de James Cameron (on l’a vu dans Terminator, Aliens, True Lies, Titanic), Bill Paxton est apparu dans bon nombre de films populaires des années 80 et 90 (Une créature de rêve, Commando, Aux frontières de l’aube, Predator 2, Apollo 13, Twister…). Au tout début des années 2000, il se lance dans la réalisation de son propre long-métrage, un thriller surnaturel aux multiples rebondissements qui s’inspire très librement du cas d’un tueur en série américain ayant commis ses crimes avec son fils de 13 ans au nom de Dieu. Le scénario porte le nom de Frailty, autrement dit « fragilité ». « Le film parle à la fois de la fragilité de la perception, de la fragilité de la moralité et de la fragilité de la limite entre le bien et le mal », expliquait à l’époque le scénariste Brent Hanley. « J’aimais bien l’idée d’avoir un titre abstrait ». Plus triviaux, les distributeurs français choisissent d’appeler le film Emprise, faisant fi de la quasi-homonymie avec L’Emprise de Sidney J. Furie. Paxton s’octroie l’un des rôles principaux et confie l’autre à Matthew McConaughey, qui fut son partenaire de jeu dans U-571. Galvanisé par ses premiers pas derrière la caméra, inspiré en partie par La Nuit du chasseur de Charles Laughton et motivé par les conseils éclairés de James Cameron, l’acteur/réalisateur nous plonge avec maestria dans une ambiance tendue et oppressante.

Porté par une musique envoûtante de Brian Tyler (Constantine) et une photo crépusculaire de Bill Butler (Les Dents de la mer), Emprise commence par la rencontre nocturne entre l’agent du FBI Wesley Doyle (Powers Boothe) et un étrange individu nommé Fenton Meiks (Matthew McConaughey). Ce dernier affirme que son frère Adam est le coupable des meurtres en série signés « La Main de Dieu ». « Parfois, la vérité défie la raison », affirme-t-il face à la perplexité de l’agent. La narration s’articule alors autour d’un grand flash-back nous ramenant à l’été 1979, époque à laquelle Fenton et Adam, enfants, vivent avec leur père mécanicien (Bill Paxton) dans la petite ville de Thurman. Leur équilibre paisible se brise le soir où le père les réveille au milieu de la nuit pour leur expliquer la mission dont Dieu vient de le charger : détruire plusieurs démons déguisés en humains à l’aide de trois outils « divins », autrement dit une paire de gants, un tuyau et une hache. Une série de meurtres « au nom de Dieu » s’enchaîne alors dans le domaine de la famille Meiks. Adam est persuadé que son père a raison et que cette mission divine a du sens. Fenton pense au contraire qu’il s’agit d’une folie meurtrière terrifiante qu’il faut faire cesser à tout prix…

L’engrenage infernal

L’atmosphère dans laquelle nous plonge Emprise est d’autant plus inquiétante qu’elle est ancrée dans la réalité. La bigoterie qui transforme le père qu’incarne Bill Paxton en chasseur de démons est ainsi traitée avec beaucoup de demi-mesure et de subtilité. Malgré cette « emprise divine », il reste jusqu’au bout un père aimant et attentionné. Et si son fils cadet le suit jusque dans ses excès les plus horribles, aveuglé par l’amour qu’il lui porte, son fils aîné est en révolte sans pouvoir se décider à le dénoncer ou à prendre la fuite. Cet engrenage infernal que rien ne semble pouvoir enrayer pose en substance plusieurs questions morales complexes. Jusqu’où est-on prêt à aller par attachement aux siens ? Jusqu’où la foi peut-elle abattre les barrières qui permettent de distinguer le bien du mal ? La grande finesse de jeu des acteurs adultes et enfants et la solidité de la mise en scène de Paxton (un homme aux talents décidément multiples) renforcent l’implication du spectateur, jusqu’à un habile twist final. L’ambiance générale d’Emprise n’est pas sans évoquer l’univers de Stephen King, l’un des éléments scénaristiques faisant directement écho à « Dead Zone ». L’écrivain a d’ailleurs exprimé publiquement son admiration pour le film. Bill Paxton réalisera ensuite le drame sportif Un parcours de légende puis le court-métrage Tattoo avant de disparaître en février 2017 à l’âge de 61 ans suite à une insuffisance cardiaque.

 

© Gilles Penso


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LE MYSTÈRE DE L’ÎLE DES MONSTRES (1981)

Le réalisateur Juan Piquer Simon se lance dans une aventure fantastique improbable où Peter Cushing et Terence Stamp pointent le bout de leur nez…

MISTERIO EN LA ISLA DE LOS MONSTRUOS

 

1981 – ESPAGNE / USA

 

Réalisé par Juan Piquer Simon

 

Avec Terence Stamp, Peter Cushing, Ian Sera, David Hatton, Gasphar Ipua, Bianca Estrada, Ana Obregon

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I DINOSAURES

Quatre ans après son Continent fantastique s’inspirant librement du « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne, Juan Piquer Simon se lance dans une nouvelle aventure fantaisiste avec Le Mystère de l’île des monstres, qui bénéficie une fois de plus d’effets spéciaux signés Emilio Ruiz, ainsi que de décors, de costumes et d’extérieurs naturels témoignant de moyens assez confortables mis à la disposition du cinéaste ibérique. Les péripéties fantastiques s’appuient ici sur un postulat pour le moins évasif. Avant de se marier, le jeune Jeff Morgan (Ian Sera) souhaiterait voir du pays et vivre une aventure mouvementée. Son oncle William (le vénérable Peter Cushing) lui organise donc un long voyage en mer en compagnie de son tuteur (le balourd David Hatton, qui assure l’aspect « comique » du film). Le navire quitte le port de San Francisco, mais en cours de traversée un incendie se déclare à bord et tout l’équipage semble avoir trépassé. C’est alors que surgissent d’étranges hommes-poissons armés de torches. L’impact de ces monstres (variantes improbables de L’Étrange créature du lac noir) auprès des spectateurs est sérieusement amenuisé par le caractère grotesque de leur costume en caoutchouc. Affublés d’une grosse tête rigide et de mains palmées, ils déclenchent quelques éclats de rire involontaires. Pour échapper à cette menace improbable, les deux hommes se jettent à l’eau et s’échouent sur une île inconnue.

À partir de là, c’est à un véritable parc d’attractions que nous convie Juan Piquer, semant le chemin de ses héros de rencontres inattendues (un chimpanzé, des cannibales adeptes du sacrifice humain, des bandits enturbannés que mène le charismatique Terence Stamp, une jolie naufragée qui se déguise en bête effrayante et danse au son d’un vieux phonographe), et surtout des monstres tous plus ridicules les uns que les autres. Le premier d’entre eux – supposé être un dinosaure – annonce la couleur. Il s’agit d’un homme dans un costume en plastique aux allures de tatou bipède, aux dents pointues et aux yeux globuleux. Si les effets de perspectives forcée qui le combinent aux autres acteurs sont habiles, son look ressemble à une énorme blague, ce que semble vouloir confirmer la musique guillerette qui accompagne son apparition.

« Ça n’a aucun sens, tous ces monstres ! »

Cette créature impensable sera suivie d’espèces d’amas d’algues anthropomorphes qui attaquent nos héros sur la plage ainsi que de chenilles géantes qui sifflent et crachent de la fumée dans une jolie caverne tapissée d’or. « Ça n’a aucun sens, tous ces monstres », affirme Jeff en un éclair de lucidité. On ne saurait lui donner tort ! La chute du film – retournement de situation amusant mais relativement absurde – permet de comprendre l’aspect artificiel de toutes ces créatures, sans toutefois justifier les maladresses d’une aventure qu’on eut aimée moins balourde. Le générique affirme que ce récit est une adaptation de Jules Verne, le film étant d’ailleurs sorti en France en VHS sous le titre tout à fait trompeur de L’Île mystérieuse. Mais en réalité, Le Mystère de l’île des monstres ne présente aucun rapport avec le classique de Verne, si l’on excepte le principe de naufragés s’efforçant de survivre sur une île inconnue.

 

© Gilles Penso


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EBOLA SYNDROME (1996)

Dans ce festival de mauvais goût made in Hong-Kong, un psychopathe obsédé sexuel contamine tous ceux qu’il croise avec le virus Ebola…

EBOLA SYNDROME

 

1996 – HONG-KONG

 

Réalisé par Herman Yau

 

Avec Anthony Wong, Whan Yeung-ming, Shing Fui-On, Wong Tsui-ling, Miu-Ying Chan, Meng Lo, Edward Corbett, Lori Shannon, Michael Tam, Bobby Yip

 

THEMA CATASTROPHES I TUEURS I CANNIBALES

En 1993, Herman Yau réalise The Untold Story, un film d’horreur ouvertement excessif ne reculant devant aucune outrance et s’inscrivant sans fard dans le « ghetto » de la catégorie III, autrement dit l’interdiction aux moins de 18 ans établie en 1988 par le gouvernement de Hong-Kong afin de déterminer la classification des films. Ebola Syndrome est quasiment un remake de The Untold Story dont il reprend la trame, les péripéties mais aussi l’acteur principal Anthony Wong. Un élément narratif important est cependant ajouté à l’intrigue : le virus Ebola, qui fait alors des ravages dans le monde réel et qui servit déjà de support au film Alerte de Wolfgang Petersen. Apparu à l’époque dans des films plus « respectables » (À toute épreuve, Full Contact, Black Mask), Anthony Wong s’en donne ici à cœur joie, incarnant sans le moindre garde-fou ce tueur psychopathe obsédé sexuel chez qui les notions de bien et de mal semblent avoir été abolies et que le spectateur va devoir bon gré mal gré choisir comme personnage principal. Tout commence comme une banale histoire d’adultère : un employé qui couche avec la femme de son patron. Mais en quelques secondes, le Vaudeville graveleux bascule dans l’hystérie ultra-violente : le gore, la souillure et l’abjection éclaboussent l’écran. Nous voilà prévenus : Ebola Syndrome ne va pas faire dans la dentelle.

Après avoir massacré la femme adultère, son époux et son garde du corps, Ah Kai quitte Hong Kong et s’installe à Johannesburg pour échapper aux autorités. Là, il travaille dans un restaurant chinois pour un salaire minable. Un jour, il se rend avec son patron dans le village d’une tribu sud-africaine pour acheter du porc à bas prix. Lorsqu’il tombe nez-à-nez avec une femme prise d’étranges convulsions, il laisse ses bas instincts prendre le dessus et la viole sans complexe. Mais elle était infectée par le virus Ebola, comme toute la tribu, et lui transmet l’agent infectieux avant de mourir dans d’horribles souffrances. Pour que nous puissions mesurer la gravité de la situation, un médecin s’adresse bientôt à ses pairs en ces termes : « Les gens qui ont contracté Ebola ont d’abord les symptômes de la grippe, mais 72 heures après l’infection le virus dissout leurs organes internes. Les personnes infectées commencent à saigner par tous les orifices. C’est terrifiant ! » Nous apprenons aussi qu’un individu sur dix millions est miraculeusement immunisé. C’est bien sûr le cas de notre « héros » qui va pouvoir tranquillement continuer ses exactions tout en transmettant le virus à tous ceux qu’il croise…

Fluides corporels

Avec un penchant pour le mauvais goût qui ferait presque passer Virus cannibale pour un épisode de Dora l’exploratrice, Herman Yau laisse tous les fluides corporels possibles et imaginables jaillir avec panache : le sang, le pus, le vomi, l’urine, rien ne nous est épargné ! Le sexe et le gore sont étroitement liés, avec quelques effets spéciaux bien gratinés : langues tranchées, corps mutilés, têtes arrachées, membres découpés à la scie sauteuse, autopsies dégoulinantes… Et comme à l’époque des films de cannibales italiens, la caméra s’attarde aussi sur des massacres d’animaux qui hélas sont bien réels, notamment des grenouilles et des volatiles au sort particulièrement atroce. L’outrance monte d’un cran lorsque Kai transmet le virus à son nouveau patron et à son épouse, les assassine, fabrique de la viande hachée avec leur cadavre et vend des centaines de hamburgers dont raffolent les clients de son restaurant. Le virus se propage alors dans tout Johannesburg, puis à Hong-Kong où Kai décide de retourner. Ebola Syndrome emprunte dès lors ses codes à ceux du cinéma catastrophe, se permettant au passage quelques plans inventifs comme cette vue subjective à l’intérieur d’une bouche où flottent des bactéries. Le climax délirant, au cours duquel le fugitif est pris en chasse par la police et crache sur tout le monde en criant « Ebola ! », achève sur une note frénétique un film qui ne plaira définitivement pas à tout le monde.

 

© Gilles Penso

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DR. GOLDFOOT AND THE BIKINI MACHINE (1965)

Vincent Price incarne un savant fou qui fabrique une armada de femmes robots conçues pour séduire et ruiner des hommes riches…

DR. GOLDFOOT AND THE BIKINI MACHINE

 

1965 – USA

 

Réalisé par Norman Taurog

 

Avec Vincent Price, Frankie Avalon, Dwayne Hickman, Susan Hart, Jack Mullaney, Fred Clark, Alberta Nelson, Milton Frome, Hal Riddle, Patti Chandler

 

THEMA ROBOTS I ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION

C’est James H. Nicholson, président de la compagnie de production American International Pictures (AIP pour les intimes), qui développe l’idée de Dr Goldfoot and the Bikini Machine, motivé par deux envies complémentaires : mettre en valeur les talents variés de la comédienne sous contrat Susan Hart (Les Dompteurs du Pacifique, War-Gods of the Deep) et pasticher la saga James Bond alors au sommet de sa vogue (Goldfinger vient à l’époque de sortir sur les écrans). La réalisation est confiée à Norman Taurog, un vétéran de la comédie américaine qui œuvre depuis le temps du cinéma muet et qui dirigea entre autres Dean Martin, Jerry Lewis et Elvis Presley. Pour tenir le rôle masculin principal du film, James Nicholson ne va pas chercher bien loin : Vincent Price, héros des adaptations d’Edgar Poe réalisées par Roger Corman pour AIP, fera l’affaire. Ce dernier s’embarque avec joie dans l’aventure, enthousiaste à l’idée de sortir du registre mélancolique des « Histoires extraordinaires » pour s’exprimer dans le domaine de l’humour et du burlesque. Sur ce point, cependant, il connaîtra une déception de taille. Dr Goldfoot est en effet conçu au départ comme une comédie musicale et Price enregistre même un numéro élaboré où il chante les vertus de sa « machine à bikini ». Mais Sam Arkoff, partenaire de James Nicholson, n’aime pas la scène et demande à la couper. L’aspect musical du film est donc évacué au profit d’une comédie plus « classique ». Vincent Price en sera profondément frustré.

Le héros taciturne de La Chute de la maison Usher et de L’Homme au masque de cire incarne ici un savant fou dont le nom (pastiche évident de celui de Goldfinger) est justifié par la ridicule paire de chaussons dorés à grelots qu’il porte aux pieds. Avec l’aide de son assistant idiot Igor (Jack Mullaney), dont nous apprenons qu’il a été ressuscité, Goldfoot a conçu une machine capable de fabriquer en série de très jolis robots féminins en bikini doré (joués principalement par des playmates habituées aux photos de charmes). Ces androïdes sexy sont chargés de séduire des hommes riches pour ensuite voler leur fortune. Ce plan machiavélique s’enraye lorsque l’un des robots, Diane alias n°11 (Susan Hart), fait tourner la tête de deux hommes : Craig Gamble (Frankie Avalon), un agent secret médiocre dont le matricule est double zéro et demi, et Todd Armstrong (Dwayne Hickman), un businessman fortuné qu’elle épouse pour pouvoir le dépouiller. En découvrant que la belle est un robot, tous deux mènent l’enquête pour tenter des déjouer les stratagèmes de Goldfoot.

L’homme aux pieds d’or

Avec un budget dépassant le million de dollars, Dr Goldfoot and the Bikini Machine est le film le plus coûteux jamais produit par AIP. Pour autant, les moyens restent faibles au regard de ses grandes ambitions. Le système D opère donc, comme souvent dans les productions Arkoff/Nicholson. Plusieurs scènes réutilisent par exemple des décors édifiés pour La Chambre des tortures (le souterrain gothique, la salle des instruments de torture, le pendule). Certains panoramas larges sont même directement « empruntés » au film de Roger Corman. Dans le même ordre d’idée, quelques plans de maquettes de bateaux militaires qui lancent des missiles proviennent de Mothra contre Godzilla (dont AIP fut le distributeur américain). Susan Hart est l’atout majeur du film, son charme indiscutable s’accompagnant d’un sens du timing comique très appréciable. Face à elle, le duo Frankie Avalon / Dwayne Hickman surjoue sans finesse, tandis que Vincent Price et Jack Mullaney cabotinent plus que de raison. Malgré quelques gags visuels réussis hérités du cartoon (le lait qui jaillit du corps de Diane quand elle boit après avoir été criblée de coups de feu) et une poursuite finale bourrée de cascades burlesques dans les rues de San Francisco, l’humour du film est globalement poussif, à base de grimaces et de pantalonnades souvent embarrassantes. Si Dr Goldfoot ne connaît qu’un succès modéré au box-office, il génère assez vite un certain culte (sans doute grâce à l’équation Vincent Price + filles sexy + science-fiction) et sera doté d’une suite en 1966, sortie chez nous sous le titre L’Espion qui venait du surgelé.

 

© Gilles Penso


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LES AMOURS ENCHANTÉES (1962)

Tournée en format Cinérama, cette somptueuse adaptation de trois contes des frères Grimm est gorgée de féerie et de créatures magiques…

THE WONDERFUL WORLD OF THE BROTHERS GRIMM

 

1962 – USA

 

Réalisé par Henry Levin et George Pal

 

Avec Laurence Harvey, Karlheinz Böhm, Claire Bloom, Walter Slezak, Barbara Eden, Oskar Homolka, Arnold Stang

 

THEMA CONTES I DRAGONS

L’idée d’un film conçu autour de l’œuvre des frères Grimm trottait dans la tête du cinéaste George Pal depuis le milieu des années 40. Mais ce n’est qu’en 1962 que le créateur des Puppetoons concrétisa ce projet en adaptant trois contes du fameux duo allemand : « Le Bûcheron et la princesse », « Le Savetier et les enfants » et « L’Os qui chantait ».  Dans le premier, un jeune coupeur de bois (Russ Tamblyn) utilise une cape d’invisibilité pour espionner une princesse (Yvette Mimieux) dont il est tombé amoureux. Dans le second, un vieux fabricant de souliers qui croule sous le travail (Laurence Harvey) est aidé dans sa tâche par cinq lutins facétieux. Et dans le troisième, le couard chevalier Sir Edward (Terry-Thomas) et son écuyer Hans (Buddy Hackett) doivent affronter un redoutable dragon dans une caverne. La première chose qui frappe, dans Les Amours enchantées (connu aussi sous le titre Les Merveilleux contes de Grimm), c’est son système de projection. Tourné en Cinérama, le film s’étale sur un triple écran, et la composition de chaque plan est conçue en fonction de cette immense latitude. Évidemment, le procédé perd beaucoup de sa superbe lors d’un visionnage du film sur un écran de télévision. Il faut imaginer le spectacle que représentait un tel film sur écran géant à l’époque.

Certaines scènes des Amours enchantées vont jusqu’à annoncer les « rides » des parcs d’attractions, immergeant le spectateur dans des plongeons vertigineux en caméra subjective. C’est le cas lorsque le palefrenier maladroit est suspendu dans la grotte du dragon et se balance interminablement, dans le segment « L’Os qui chante », et surtout lorsque Russ Tamblyn est accroché à une carriole qui file à vive allure sur un chemin rocailleux, dans « Le Bûcheron et la princesse ». Les trois contes qui ponctuent le récit baignent dans une naïveté pleine de charme, typique de l’univers de George Pal, riches en décors multicolores, en costumes bariolés et en jolis effets spéciaux. Dans ce dernier domaine, l’animation image par image demeure la technique la plus souvent mise à contribution. Ce fut d’ailleurs celle qui permit à George Pal de donner naissance aux personnages de sa série à succès Les Puppetoons.

Des contes très animés

Discrète dans le premier conte, l’animation permet à une fleur de bailler puis de s’endormir de manière très anthropomorphique après avoir absorbé un somnifère. Elle est largement mise à contribution dans le second, lorsque les cinq lutins entonnent un chant de travail digne de celui des nains de Blanche Neige tout en s’attelant à la tâche dans l’atelier du savetier. Dans le troisième conte, l’animation donne vie à un somptueux dragon au flanc incrusté de joyaux, conçu par Wah Chang et animé par Jim Danforth. Cet animal, qui ressemble à une version cartoon du dragon du Septième voyage de Sinbad et qui crache d’ailleurs des flammes en dessin animé, s’avère très expressif. Ses paupières clignent, ses pupilles sont très mobiles, ses lèvres se retroussent et sa langue frétille en permanence. Bref, c’est une belle réussite. Il est regrettable que George Pal ne s’en soit pas tenu à ces trois contes et qu’il ait confié à Henry Levin la réalisation d’une biographie romancée des frères Grimm qui, entre chaque segment, traîne en longueur et suscite plus d’ennui que d’intérêt. Carl Boehm, échappé du Voyeur, et Laurence Harvey (Romeo et Juliette) y incarnent les duettistes éponymes. Il faut noter tout de même un bel épilogue, dans lequel Wilhelm Grimm, mourant, voit apparaître dans sa chambre tous ses futurs héros qui le supplient de vivre pour qu’ils puissent exister.

 

© Gilles Penso

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LA MAISON DE FRANKENSTEIN (1944)

Dans ce délirant crossover des monstres du studio Universal, Frankenstein, Dracula et le loup-garou se partagent la vedette…

HOUSE OF FRANKENSTEIN

 

1944 – USA

 

Réalisé par Erle C. Kenton

 

Avec Boris Karloff, Lon Chaney Jr, John Carradine, Glenn Strange, Anne Gwynne, J. Carrol Naish, Elena Verdugo

 

THEMA FRANKENSTEIN I DRACULA I LOUPS-GAROUS I SAGA UNIVERSAL MONSTERS

Conçue dans la foulée de Frankenstein rencontre le loup-garou, cette œuvre chorale prend les allures d’un film à sketches dont le fil conducteur est assuré par la présence du docteur Niemann, disciple du baron Frankenstein (incarné par Boris Karloff en personne), et de son assistant bossu Daniel (J. Carrol Naish). Après quinze ans de réclusion à Neustadt, les deux hommes s’évadent avec des projets plein la tête. Niemann a en effet promis à Daniel de transférer son cerveau dans un corps sain. Pendant leur cavale, ils rencontrent le forain Lampini (George Zucco) qui leur montre sa « Chambre des Horreurs » où repose le squelette de Dracula, un pieu planté dans le corps. La première partie du film est ainsi consacrée au célèbre vampire, interprété par John Carradine qui fut pressenti dans le rôle du monstre de Frankenstein en 1931. N’y allant pas par quatre chemins, Daniel tue le forain dont l’identité est dès lors usurpée par Niemann. Ayant ressuscité Dracula en ôtant le pieu fiché dans ses ossements, il lui propose de lui fournir un abri si le vampire l’aide à se venger de ceux qui l’ont condamné. Dracula se transforme dès lors en chauve-souris (via un trucage simple mais charmant signé John P. Fulton employant tour à tour un dessin animé puis une marionnette), mais finit par se désintégrer, surpris par le soleil à l’issue d’une spectaculaire poursuite en carriole.

Voilà pour le premier acte. Niemann débarque ensuite dans le village de Frankenstein. Dans les souterrains du château du savant, il découvre les corps de la créature et du loup-garou Larry Talbot, emprisonnés tous deux dans un bloc de glace. Ayant récupéré les notes de Frankenstein, il ramène les monstres à son laboratoire de Visaria. Son intention, peu louable, est de transférer les cerveaux de ses ennemis dans le corps de la créature et du loup-garou. La seconde partie du film est consacrée à Talbot (toujours joué par Lon Chaney Jr), qui remet la main sur le livre « Experience of Life and Death by Henry Frankenstein ». Au cours d’une astucieuse scène de transformation, la caméra rampe au sol et montre des empreintes de pas d’abord humaines puis de plus en plus bestiales. Une jolie Bohémienne tombée amoureuse de lui (Anne Gwynne) finira par le tuer d’une balle en argent avant de mourir à ses côtés, au cours d’une séquence étonnamment émouvante qui inspirera de nombreux films de l’acteur/scénariste espagnol Paul Naschy.

La foire aux monstres

Le Monstre de Frankenstein, quant à lui, est interprété par un acteur/cascadeur nommé Glenn Strange, Bela Lugosi n’ayant pas fait très bonne impression sous le maquillage de Jack Pierce dans Frankenstein rencontre le loup-garou. L’imposante créature ne se réveille qu’à cinq minutes de la fin pour défenestrer Daniel, se faire attaquer par les villageois et périr enlisé avec Niemann dans le marais voisin, au cours d’un final pour le moins précipité. Strange s’avère assez impressionnant sous la défroque du monstre, d’autant qu’il eut le privilège d’être conseillé pendant le tournage par Boris Karloff en personne. Dommage que son intervention soit aussi brève, malgré un titre qui laissait imaginer une présence plus importante. On pourra également regretter que la structure du film ne permette guère de confrontations entre les créatures, parmi lesquelles le prince Kharis de La Momie faillit également faire une apparition si le budget l’avait permis. Mais le réalisateur Erle C. Kenton, auteur de l’excellent L’Île du docteur Moreau, comblera cette lacune dans le non moins mouvementé La Maison de Dracula.

 

© Gilles Penso


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