THE TOXIC AVENGER (2023)

Un remake improbable avec Peter Dinklage en vengeur toxique, Kevin Bacon en businessman véreux et Elijah Wood en homme de main difforme…

THE TOXIC AVENGER

 

2023 – USA

 

Réalisé par Macon Blair

 

Avec Peter Dinklage, Jacob Tremblay, Taylour Paige, Kevin Bacon, Elijah Wood, Luisa Guerreiro, David Yow, Annette Badland, Sunil Patel, Margo Cargill

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I SAGA TOXIC AVENGER

En 1984, la petite maison indépendante Troma Entertainment met le feu aux salles de cinéma avec The Toxic Avenger, mélange de comédie potache, de satire sociale, de gore outrancier et de film de super-héros fauché. Produite pour une poignée de dollars et interdite aux moins de 17 ans, cette curiosité est devenue la mascotte de Troma, donnant naissance à trois suites, une comédie musicale, des comics Marvel et même un dessin animé du samedi matin (Toxic Crusaders, diffusé en 1990), preuve que le personnage pouvait séduire au-delà du cercle des amateurs de bisseries. Quarante ans plus tard, voilà que le vengeur toxique ressurgit dans un remake signé Macon Blair, acteur-réalisateur remarqué dans le circuit indépendant (I Don’t Feel at Home in This World Anymore). Annoncé depuis des années et teasé en festivals en 2023, son Toxic Avenger n’a pourtant trouvé distributeur qu’en 2025, Cineverse s’associant finalement avec Iconic Events Releasing pour sortir le film après une longue période d’errance. Ce qui frappe d’abord, dans ce remake, c’est son casting déroutant. Dans le rôle du grand méchant capitaliste, on retrouve un Kevin Bacon cabotin comme jamais, qui se délecte en PDG carnassier dînant avec politiciens, militaires et évêques corrompus, conforme aux seconds rôles caricaturaux qu’il aime tenir à ce stade de sa carrière. Elijah Wood, quasiment méconnaissable sous son maquillage, campe son frère difforme, évoquant autant Quasimodo que le Pingouin de Batman Returns.

Mais la vraie curiosité reste Peter Dinklage, choisi pour incarner le futur Toxie. L’ancien Tyrion Lannister n’endosse pourtant pas seul le costume : il joue le personnage avant sa mutation, puis cède la place, sous les kilos de mousse de latex, à l’actrice Luisa Guerreiro. Spécialiste des créatures costumées (elle a déjà été Oompa Loompa et Télétubbie, c’est dire), Guerreiro mime et prolonge le travail de Dinklage dans une prestation hybride, presque chorégraphiée à quatre mains. L’ex-star de Game of Thrones joue donc dans un premier temps Winston Gooze, un agent d’entretien sans histoires, veuf et beau-père d’un adolescent avec lequel il peine à nouer un lien. Son quotidien se réduit à son travail harassant à l’usine pharmaceutique BTH, dirigée par le redoutable Bob Garbinger (Kevin Bacon, donc). Quand Winston apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, l’espoir d’un traitement est aussitôt brisé par une mutuelle qui refuse de prendre en charge les frais astronomiques. Désespéré, il tente un braquage dérisoire dans l’usine, armé d’un simple balai imbibé de produits toxiques. Mais son geste maladroit attire l’attention des hommes de main de Garbinger, déjà lancés à la poursuite d’une journaliste trop curieuse. Winston est abattu, avant que son cadavre ne soit plongé dans une cuve de produits chimiques. Aussitôt, une étrange mutation s’opère…

Mini-Toxie

Visuellement, ce nouveau Toxie tient la route. Les prothèses et les mécanismes animatroniques conçus par Charlie Bluett (World War Z, 28 ans plus tard) et Kate Walshe (Ex Machina, The Crow) nous offrent un rendu pustuleux et visqueux à souhait. Mais là où le film original créait un décalage en transformant un gringalet timide en colosse difforme, Blair choisit une voie moins radicale : Winston reste petit et trapu, même après mutation (Peter Dinklage et Luisa Guerreiro ont à peu près la même taille, à dix centimètres près). L’effet comique s’en trouve fatalement amenuisé. L’idée d’injecter dans le film un peu d’émotion, via la relation qui lie Winston et son beau-fils, n’est pas inintéressante, et n’est pas sans évoquer quelques-uns des films de James Gunn, justement transfuge de Troma et maître dans l’art d’équilibrer trash et tendresse. Sur le papier, ce Toxic Avenger semble cocher beaucoup de cases : l’humour potache, le gore spectaculaire, l’impertinence, le grain de folie… et pourtant la mayonnaise ne prend pas totalement, peut-être justement parce que tous ces ingrédients ont l’air savamment dosés, comme trop calculés. Sans doute l’anarchie authentique du film original, son inconscience et son esprit ouvertement punk manquent-ils à l’appel. Le remake est certes plus convaincant que ne l’était par exemple la version modernisée de Street Trash réalisée en 2024 par Ryan Kruger, mais il a peu de chance de rester durablement dans les mémoires. Et puis, malgré tout le bien que nous pensons de Peter Dinklage, un Toxie « demi-portion » ne nous convainc finalement… qu’à moitié.

 

© Gilles Penso

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MONTE LÀ D’SSUS (1961)

Un scientifique farfelu et tête en l’air invente une matière gélatineuse capable de briser les lois de la pesanteur…

THE ABSENT-MINDED PROFESSOR

 

1961 – USA

 

Réalisé par Robert Stevenson

 

Avec Fred MacMurray, Nancy Olson, Keenan Wynn, Tommy Kirk, Leon Ames, Elliott Reid, Edward Andrews, David Lewis, Jack Mullaney, Belle Montrose, Wally Brown

 

THEMA BLOB

Quelques années avant de signer Mary Poppins et L’Apprentie Sorcière, Robert Stevenson réalise sous la houlette de Walt Disney une comédie de science-fiction au titre français pour le moins étrange : Monte là-d’ssus (« traduction » aberrante de The Absent-Minded Professor, autrement dit « Le professeur distrait »). Il s’agit du vingt-quatrième film en prises de vues réelles produit par le studio, et son origine remonte à la nouvelle A Situation of Gravity, publiée en mai 1943 par Samuel W. Taylor dans Liberty. L’idée du film ne se concrétise cependant qu’après une rencontre bien réelle entre Disney et la science. Dans les années 1950, au Pavillon international des sciences de l’Exposition universelle de Bruxelles, Walt assiste aux démonstrations spectaculaires du professeur de chimie de Princeton Hubert Alyea, surnommé « Dr Boom » par les observateurs russes à cause de ses expériences explosives et impressionnantes. Fasciné par le charisme et l’énergie du scientifique, Disney l’invite en Californie pour reproduire ses expériences devant l’acteur Fred MacMurray (Assurance sur la mort, Ouragan sur le Caine, La Garçonnière). Ce dernier, choisi pour être la tête d’affiche du film, s’inspire des gestes, des mimiques et de l’enthousiasme contagieux d’Alyea pour créer son personnage de savant excentrique.

MacMurray entre donc dans la peau du très distrait professeur Brainard, tellement obnubilé par ses recherches qu’il a déjà raté trois fois son propre mariage. La plupart de ses expériences chimiques se soldent par des explosions tonitruantes, non seulement dans son propre laboratoire mais aussi dans l’école où il enseigne. Suite à l’une de ces nombreuses déflagrations, il met au point accidentellement une matière malléable qui crée sa propre énergie et se soustrait aux lois de la gravité. Fasciné, il la baptise « flubber » (contraction de « flying rubber », c’est-à-dire « caoutchouc volant »). Sa fiancée Betsy (Nancy Olson) est évidemment furieuse d’avoir une fois de plus été laissée en plan dans sa robe de mariée, au milieu de tous ses invités, et se réfugie à contrecœur dans les bras de son prétendant Shelby (Elliot Reid). Un malheur n’arrivant jamais seul, le campus de Medfield, où travaillent Brainard et Betsy, menace de fermer ses portes, faute de financement. Confiant, notre scientifique exalté est persuadé que le flubber va permettre de résoudre tous les problèmes… mais il est bien le seul.

Le savant flou

Vétéran des écrans depuis la fin des années 1920, Fred MacMurray n’est pas exactement un jeune premier lorsqu’il tient la vedette de Monte là-d’ssus, surtout face à sa fiancée dans le film, qui est de vingt ans sa cadette et pourrait presque jouer sa fille. Mais il faut reconnaître que la défroque du savant totalement perdu dans ses réflexions, dont chaque explication floue et nébuleuse l’isole du reste du monde, lui va comme un gant. Seul son chien Charlie semble du reste l’écouter d’une oreille distraite. Pour se conformer aux folies du scénario, les effets spéciaux supervisés par Robert A. Mattey et Eustace Lycett déploient tout l’arsenal disponible, des incrustations aux objets suspendus par des fils en passant par les éléments en dessin animé, les rétro-projections, les cascadeurs portant des harnais et les maquettes. Le film ne manque donc pas de morceaux de bravoure, notamment le match de basket d’anthologie où les joueurs sont en apesanteur, l’interminable bondissement du cupide Hawk (Keenan Wynn) qui se transforme en attraction locale et bien sûr les nombreuses envolées de la Ford T du professeur, annonciatrices des séquences emblématiques de Chitty Chitty Bang Bang. Plusieurs idées de mise en scène originale se mêlent à la fête, comme cette caméra subjective qui bondit à plusieurs reprises du sol vers le ciel, encore ou ce plan que Steven Spielberg semble avoir fidèlement repris dans Rencontres du troisième type : la voiture de Brainard qui s’envole derrière celle de son rival, vue à travers la plage arrière. Gros succès au box-office, Monte là-d’ssus aura droit à une suite en 1963, Après lui, le déluge, et à un remake en 1997, Flubber.

 

© Gilles Penso

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LA COMPAGNIE DES LOUPS (1984)

Neil Jordan détourne l’imagerie du Petit chaperon rouge pour conter l’éveil à la sexualité d’une adolescente confrontée à des hommes-loups…

THE COMPANY OF WOLVES

 

1984 – GB/USA

 

Réalisé par Neil Jordan

 

Avec Angela Lansbury, David Warner, Graham Crowden, Brian Glover, Sarah Patterson, Kathryn Pogson, Stephen Rea

 

THEMA LOUPS-GAROUS

Sacré « meilleur jeune réalisateur de l’année » en 1982 grâce à son premier long-métrage Angela, le metteur en scène irlandais Neil Jordan s’attaque avec La Compagnie des loups à l’adaptation libre d’une nouvelle d’Angela Carter publiée dans le recueil The Bloody Chamber en 1979. Les intentions du film, écrit à quatre mains par Jordan et Carter, sont clairement établies : une approche psychanalytique des contes de fées en général et du Petit chaperon rouge en particulier, dans la droite lignée des travaux de Bruno Bettelheim, avec comme influence majeure La Belle et la Bête de Jean Cocteau, le tout saupoudré de séquences horrifiques prolongeant celles d’Hurlements et du Loup-Garou de Londres. Sur le papier, c’est donc très excitant. A l’écran, ça l’est un peu moins, tant la structure narrative du film s’avère déstabilisante et insaisissable. D’où le sentiment mitigé qui nous saisit face à ce conte lupin chargé de symboles. La Compagnie des loups s’amorce dans une chambre peuplée d’animaux en peluche, où la jeune Rosaleen (Sarah Patterson), adolescente mélancolique en proie à des tourments intérieurs, s’endort d’un sommeil agité. Et la fantaisie de s’inviter aussitôt dans le monde réel.

Le rêve de Rosaleen la transporte dans un village médiéval niché au cœur d’une forêt de conte, où vit une autre version d’elle-même. Là, les bois sombres et sinistres se referment autour de sa sœur Alice (Georgia Slowe). Cette dernière voit briller dans les bois d’inquiétantes lueurs avant que ne surgisse une meute de loups affamés qui la dévorent. Notre jeune héroïne assiste alors à son enterrement puis écoute sa grand-mère (Angela Lansbury, alors star de la série Arabesque) lui conter des histoires étranges de métamorphoses. « Méfie-toi des hommes dont les sourcils se rejoignent », lui dit-elle. Rosaleen rencontre elle-même un homme-loup avant de devenir à son tour une lycanthrope. Notre jeune héroïne finira par s’éveiller brusquement de sa chambre, à l’issue d’une odyssée onirique peuplée de fantasmes et de symboles freudiens. Mais ce retour à la norme dépasse celui – devenu archétypal – d’Alice au Pays des Merveilles, dans la mesure où ici le rêve déborde physiquement sur la réalité…

Alice au pays des lycanthropes

Ne sachant pas trop comment appréhender cette collection de vignettes surréalistes s’enchaînant sur un rythme languissant, le spectateur se réfugie dans les beaux décors de cette forêt de studio, signés Anton Furst (déjà à l’œuvre sur Moonraker et Alien), et dans les séquences étonnantes mettant en scène les effets spéciaux de Christopher Tucker (créateur de l’inoubliable Elephant Man). Pour éviter de rivaliser avec les métamorphoses révolutionnaires conçues par Rick Baker et Rob Bottin, Tucker opte pour la singularité et le jamais vu. Des langues immenses se secouent hors de bouches grandes ouvertes, des dos remuent comme des vagues, des peaux humaines se déchirent pour laisser apparaître les tissus musculaires avant que ne surgissent des traits bestiaux, des gueules de loups jaillissent hors des bouches humaines… Ces visions inédites rivalisent d’innovations, même si les mouvements s’avèrent souvent trop mécaniques, les gueules de loup trop rigides et les plans trop longs, trahissant à la longue la nature des effets utilisés. Mais cette artificialité joue presque en faveur de ces monstruosités dont elle a tendance à renforcer le caractère onirique. Filtré par le prisme d’une sexualité naissante, d’une féminité en construction et des peurs liées à l’âge adulte, ce conte horrifique reste une variante fascinante – même si elle n’est pas pleinement convaincante – autour du thème du lycanthrope. La Compagnie des loups remportera en 1985 le Prix Spécial du Jury du Festival d’Avoriaz.

 

© Gilles Penso

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THE WASHING MACHINE (1993)

Trois jeunes femmes qui partagent le même appartement croient voir le cadavre démembré d’un homme dans une machine à laver…

VORTICE MORTALE

 

1993 – ITALIE / FRANCE / HONGRIE

 

Réalisé par Ruggero Deodato

 

Avec Philippe Caroit, Ilaria Borrelli, Katarzyna Figura, Barbara Ricci, Laurence Regnier, Laszlo Borbély, Claudia Pozzi, Yorgo Voyagis, Vilmos Kolba

 

THEMA TUEURS

Soutenu par une musique langoureuse de Claudio Simonetti, The Washing Machine se déroule dans une luxueuse demeure où trois sœurs partagent un appartement. L’une d’elle est réveillée en pleine nuit par le chat noir qui cohabite avec elles. Dans un demi-sommeil, elle descend à l’étage inférieur et voit avec surprise que la machine à laver est en train de tourner, tandis que du sang coule autour du hublot. Curieuse, elle ouvre la porte de la machine et y découvre le cadavre ensanglanté d’un homme, dont on ne voit que la tête et la main. Cette vision atroce lui arrache un hurlement. Voilà comment commence The Washing Machine. « Cette histoire est à l’origine une pièce de théâtre expérimentale qui a été montée en Italie avec la même comédienne pour les trois rôles principaux », raconte Ruggero Deodato. « Le princope m’a plu et j’ai voulu en tirer une sorte de giallo mélangeant l’horreur et le sexe. J’ai tourné le film dans de magnifiques décors à Budapest. L’ambiance et les lieux là-bas étaient fantastiques. Financièrement, il était intéressant d’aller tourner en Hongrie à l’époque, et nous en avons tiré parti artistiquement. Le seul véritable inconvénient, quand on tourne dans cette ville, c’est le froid. Les températures peuvent y baisser très vite. » (1)

Cette fraîcheur ne semble pas gêner outre mesure les impudiques comédiennes de ce Wahing Machine dans lequel, comme souvent chez Deodato, le sexe et la mort s’entremêlent étroitement. Après que Vida Kolba (Katarzyna Figura), ait déclaré à la police avoir trouvé le cadavre de son amant Youri démembré dans la machine à laver, l’inspecteur Alexander Stacev (Philippe Caroit) se rend sur place pour constater qu’il n’y a aucune trace du corps. S’ensuit une enquête troublante dans l’appartement des trois colocataires qui livrent chacune une version différente de ce qu’il s’est passé. Les contradictions s’accumulent, les souvenirs divergent, et le doute s’installe. S’agit-il d’un crime réel ou d’une hallucination collective ? Le film adopte alors une construction éclatée, répétant les mêmes événements sous différents points de vue. En s’appuyant sur un principe calqué sur Rashomon, chaque sœur réinvente la scène du crime en la modelant selon ses désirs, ses rancunes ou ses fantasmes. Malheureusement, là où Kurosawa jouait de la subjectivité pour interroger la nature humaine, The Washing Machine s’égare dans un labyrinthe de récits mal agencés, confus, et souvent plus ennuyeux que déroutants.

La grande lessive

Dans le rôle du policier pris au piège du désir, lointain émule du Michael Douglas de Basic Instinct, Philippe Caroit, peine à incarner la fascination morbide que son personnage est supposé éprouver. Sa performance trop sobre, presque absente, échoue à rendre crédible la spirale psychologique dans laquelle il est censé sombrer. Caroit nous paraît figé, parfois désintéressé, face à des partenaires qui ne ménagent pourtant pas leurs effets. Car le cœur du film réside dans sa dimension charnelle, souvent gratuite, toujours omniprésente. Le long-métrage est d’ailleurs un véritable festival de lingerie fine, de dessous sexy et de tenues fétichistes. L’esthétique du film, peu avare en filtres bleutés, évoque celle des téléfilms érotiques bourgeois alors très en vogue. Une sous-intrigue centrée sur un trafic de drogue vient encore complexifier inutilement un scénario déjà volontairement flou. Hormis le fameux démembrement dans la machine à laver – seul véritable éclat gore du film – la violence reste étonnamment contenue. Ce manque d’audace contraste avec la réputation sulfureuse de Deodato, connu pour son goût du choc frontal. Ici, il semble bien plus préoccupé par le pouvoir de séduction de ses héroïnes que par l’efficacité dramatique de son intrigue policière. Bref, voilà un pseudo-giallo mollasson, davantage destiné aux amateurs d’érotisme que de thrillers ou de films d’horreur, une parenthèse très facultative dans la carrière de son réalisateur.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2016

 

© Gilles Penso

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HYDRA (2009)

Quatre criminels sont lâchés sur une île où ils servent de gibier pour une chasse à l’homme. Mais dans l’ombre, un monstre rôde…

HYDRA : THE LOST ISLAND

 

2009 – USA

 

Réalisé par Andrew Prendergast

 

Avec George Stults, Dawn Olivieri, Michael Shamus Wiles, Alex McArthur, Texas Battle, Polly Shannon, James Wlcek, Ricco Ross, Roark Critchlow

 

THEMA MYTHOLOGIE

Tourné en Bulgarie pour la modique somme de 700 000 dollars, Hydra est l’un de ces téléfilms typiques de la société Cinetel Films, spécialisée dans les séries B à créatures. À première vue, le film réalisé par Andrew Prendergast (également producteur de l’étrange Parasite, sans lien avec ceux de Charles Band et de Bong Joon-ho) semble n’être qu’un banal ersatz des Chasses du comte Zaroff. Mais à y regarder de plus près, Hydra s’amuse à dépasser son postulat de départ en fusionnant le survival et le film de monstre. Résultat : Hydra est un film bancal, souvent fauché, mais pas dépourvu d’atouts. L’intrigue repose sur un concept simple et efficace. Quatre criminels sont exfiltrés de la prison où ils étaient détenus pour servir de gibier lors d’un safari clandestin organisé sur une île isolée. Les chasseurs sont quatre milliardaires, tous liés de près ou de loin aux victimes des crimes commis par leurs « proies ». Sauf que l’île en question n’a rien d’un simple terrain de jeu. En son cœur se dresse en effet un antique temple grec en ruine, vestige d’un passé mystérieux, et surtout, une créature terrée dans l’ombre. Le titre du film nous vendu la mèche : cette île maudite abrite l’Hydre de Lerne, gigantesque serpent multi-têtes doté d’un appétit insatiable qui ne fait pas dans la distinction morale. 

Ce mélange des genres est l’une des principales forces du film. Les chasseurs, bien que caricaturaux, bénéficient d’un certain développement, et les dialogues, sans briller par leur finesse, ont parfois des éclairs de noirceur grinçante. L’opposition entre les anciens criminels en quête de rédemption et les milliardaires sadiques offre même un semblant de commentaire social sur l’impunité des puissants. Bien sûr, le sujet reste à peine survolé, les ambitions du film n’allant pas aussi loin. La créature en elle-même est une création numérique très approximative. Prudemment, le réalisateur la sollicite régulièrement mais ne l’expose jamais très longtemps, et toujours dans un torrent d’effets sanglants. Malgré des effets d’incrustation très peu convaincants, son impact visuel ne laisse pas indifférent. Le rendu cartoon des effusions de sang, combiné à des attaques spectaculaires, confère au film une esthétique ouvertement kitsch. Et dire que Ray Harryhausen, avec des budgets ridicule et sans autre équipe que lui-même, nous concoctait quatre décennies plus tôt les splendeurs de Jason et les Argonautes !

Où donner de la tête ?

L’un des aspects les plus amusants de Hydra réside dans la manière dont la créature se mue presque en alliée des protagonistes. Là où la plupart des films du genre opposent les humains à une menace implacable, ici, la bête agit comme une sorte de deus ex machina carnassier, punissant les vrais « monstres » humains. Le casting, composé d’acteurs principalement issus de la télévision et du circuit des DTV, fait le job sans éclat. L’ex-marine interprété par George Stults (7 à la maison) joue la carte du héros musclé, torturé mais toujours prompt à défendre les opprimés. À ses côtés, Dawn Olivieri (Heroes) et Texas Battle (Destination finale 3) apportent un petit soupçon de charisme, tandis que les chasseurs milliardaires versent avec enthousiasme dans le cabotinage sadique. Sur le plan technique, Hydra souffre évidemment de son budget limité et du manque de temps manifeste dont a souffert l’équipe aux commandes de ce modeste DTV. Les décors naturels bulgares sont raisonnablement bien exploités, mais les scènes en studio trahissent rapidement les limites de la production. La musique banale, le montage un peu syncopé et la mise en scène fonctionnelle n’aident pas le film à sortir du lot des nombreux « creature features » de sa génération.

 

© Gilles Penso

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LES AVENTURES DE TARZAN À NEW YORK (1942)

Boy ayant été enlevé par un chasseur de fauves peu scrupuleux, Tarzan et Jane s’envolent pour Manhattan afin de le retrouver…

TARZAN’S NEW YORK ADVENTURE

 

1942 – USA

 

Réalisé par Richard Thorpe

 

Avec Johnny Weissmuller, Maureen O’Sullivan, Johnny Sheffield, Virginia Grey, Charles Bickford, Paul Kelly, Chill Wills, Cy Kendall, Russell Hicks

 

THEMA EXOTISME FANTASTIQUE I TARZAN

Les Aventures de Tarzan à New York marque le point final du cycle des aventures de l’homme-singe inspiré par Edgar Rice Burroughs sous l’égide du studio MGM. Johnny Weissmuller continuera à incarner le roi de la jungle par la suite, mais ce seront des productions plus modestes, plus « pulp » et souvent moins mémorables. Enchaîné seulement un mois après la fin du tournage du Trésor de Tarzan, ce sixième opus part d’un contexte familier – la famille soudée que constituent Tarzan, Jane et Boy, isolés dans leur petit paradis sauvage en compagnie d’animaux complices – pour mieux nous transporter ailleurs à mi-parcours du métrage. Conscients qu’il s’agit d’un chapitre final, le réalisateur Richard Thorpe et les producteurs se « débarrassent » presque des passages obligatoires, quitte à réutiliser encore bon nombre de stock-shots empruntés notamment à Tarzan trouve un fils, pour pouvoir ensuite casser la mécanique et changer de contexte. Le motif du « poisson hors de l’eau » est annoncé dès le titre du film, qui juxtapose deux éléments qui n’ont à priori rien à faire ensemble – Tarzan et New York – afin de surprendre les spectateurs. Le défi est d’autant plus audacieux que le film s’efforce d’équilibrer deux tonalités contraires : le drame et la comédie.

Le scénario assure d’emblée une continuité directe avec le film précédent, dans la mesure où Boy, qui a beaucoup entendu parler d’avions dans Le Trésor de Tarzan, a développé une fascination qui le pousse désormais à désirer en voir un vrai de ses propres yeux. L’occasion se présente lorsqu’un appareil atterrit dans la jungle, tout près de l’escarpement sauvage où Tarzan, Jane et lui ont bâti leur havre de paix digne du jardin d’Eden. N’y résistant pas, il rend visite aux hommes venus de la civilisation : un pilote (Paul Kelly), un chasseur (Charles Bickford) et un dompteur (Chill Wills) venus capturer des lions pour le cirque qui les emploie. En découvrant la manière étonnante avec laquelle Boy parle aux animaux et la complicité qui le lie à un trio d’éléphanteaux, le dompteur imagine déjà les affiches : « L’enfant roi de la jungle ». Attaqués par un lion, puis par la peuplade des Jaconis, ils prennent la fuite en avion et emmènent Boy avec eux, persuadés que Tarzan et Jane sont morts dans un incendie provoqué par la tribu belliqueuse. Mais notre couple vedette a survécu et prend un avion postal depuis le village du coin en direction de New York…

La jungle urbaine

Beaucoup plus porté sur l’humour que les films précédents, Les Aventures de Tarzan à New York s’amuse même à cligner de l’œil vers le célèbre dialogue « Moi Tarzan, toi Jane ». Les situations cocasses nées de la confrontation de Tarzan avec une civilisation qui lui est inconnue abondent, comme l’essayage de costume chez un tailleur ou la découverte d’une douche dans un hôtel. Mais bien souvent, c’est Cheeta qui lui vole la vedette. La guenon sème la zizanie un peu partout où elle passe, essaie une fontaine à eau, passe des coups de fil, provoque le chaos dans le vestiaire d’un music-hall, bref s’en donne à cœur joie. Cela dit, la comédie n’est pas le seul ressort du film. Lorsque Tarzan se retrouve confronté à la justice des hommes, au sein d’un tribunal qui doit statuer sur le sort de Boy, et voit sa légitimité de père remise sérieusement en question, le ton se durcit et le drame affleure. Pour compléter ce cocktail déjà ambitieux, Richard Thorpe concocte plusieurs séquences spectaculaires d’anthologie, comme l’escalade des buildings (récurrente de King Kong), le vertigineux plongeon depuis le pont de Brooklyn ou la charge finale des éléphants dans le cirque. Après ce bouquet final, Maureen O’Sullivan abandonnera définitivement la peau de bête de Jane pour s’occuper de ses sept enfants, notamment la toute jeune Mia Farrow. Johnny Weissmuller et Johnny Sheffield, eux, reprendront leurs rôles de père et de fils à cinq autres reprises.

 

© Gilles Penso

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TRANSFIGURATION (2016)

Cette vision crue et réaliste du vampirisme, sous haute influence du Martin de George Romero, ne nous convainc qu’à moitié…

THE TRANSFIGURATION

 

2016 – USA

 

Réalisé par Michael O’Shea

 

Avec Eric Ruffin, Chloe Levine, Aaron Moten, Danny Flaherty, James Lorinz, Larry Fessenden, Jorge Cordova, Lloyd Floyd, Anna Friedman

 

THEMA VAMPIRES

Monstres et misère sociale cohabitent dans Transfiguration, un film indépendant à très petit budget filmé dans les rues crues et délavées du Queens. Visiblement très influencé par Martin de George Romero (référence explicite dès les premières minutes, lorsque le jeune héros le désigne comme le plus réaliste des films de vampires), Michael O’Shea évite soigneusement les canons du genre pour s’ancrer dans un cadre résolument naturaliste, quasi documentaire. Ici, point de capes noires ni de canines scintillantes. La figure du vampire est intériorisée, tragique et angoissante, portée par un adolescent mutique et déconnecté du monde, Milo. Ce dernier vit avec son frère aîné, une épave casanière incapable de sortir de son canapé, et passe ses journées à visionner frénétiquement des films de vampires ou à consulter des forums dédiés au sujet. Il les classe, les commente, les compare, avec une fascination presque clinique, excluant au passage la saga Twilight, trop fantaisiste selon lui. Cette obsession vampirique n’est pas qu’un refuge symbolique. Milo tue effectivement des gens, dans des toilettes publiques ou des coins de rue sombres, pour leur sucer le sang. Mais Michael O’Shea prend soin de ne jamais l’enrober d’effets de style ou d’une imagerie gothique. Ici, le vampirisme est traité comme un symptôme, une pathologie mentale, une métaphore d’un mal-être plus profond, celui d’un garçon enfermé dans un quotidien sans amour ni avenir.

La force du film réside d’abord dans ce décalage : insérer une figure mythologique dans un environnement aussi prosaïque et brutal que les HLM du Queens, là où le danger réel vient des gangs, de la pauvreté et de l’isolement social. Milo est un monstre, certes, mais c’est avant tout un enfant abandonné, qui tente de donner un sens à son existence à travers la mythologie vampirique, comme on se raccroche à une fiction pour survivre à la réalité. Le film dégage alors une étrangeté fascinante dans cette manière de traiter le fantastique comme une strate presque invisible, enfouie sous une couche de morosité urbaine. D’où le rejet d’effets spéciaux spectaculaires ou de poétisation de la figure vampirique. Les meurtres sont ici froids, mécaniques, jamais esthétisés. Le problème, c’est que cette démarche, aussi intéressante soit-elle, finit par tourner à vide. Le récit patine, incapable de faire évoluer réellement la trajectoire de Milo. Il rencontre bien Sophie, une jeune fille paumée comme lui, voisine solitaire qui traîne ses blessures et sa fragilité, mais leur relation reste plate, sans véritable intensité.

La langueur monotone

Cette dynamique ne prend donc jamais totalement, tant le film semble se refuser à toute montée dramatique ou toute progression dans la mise en scène de la tension. Michael O’Shea choisit une mise en scène épurée, presque absente, privilégiant les plans fixes, les silences, une lumière naturelle souvent dépressive. Là encore, l’option peut séduire sur le papier, mais elle finit par desservir le film. Faute d’un point de vue affirmé, le récit devient fade, l’ambiance monotone. Transfiguration s’installe dans une langueur mélancolique qui devient pesante, jusqu’à créer une distance entre le spectateur et son personnage principal. L’ambiguïté du postulat – Milo est-il vraiment un vampire ou un adolescent dérangé ? – n’est d’ailleurs jamais vraiment exploitée, comme si le film refusait d’assumer ses propres promesses. On peut certes saluer la sincérité du projet, l’absence de cynisme ou d’effets faciles, ainsi que la volonté audacieuse d’intégrer le mythe du vampire dans un contexte social réaliste. Il y a dans Transfiguration des idées fortes, un malaise sourd et une tristesse poisseuse. Mais on y trouve surtout une inertie narrative qui laisse le film à l’état d’esquisse.

 

© Gilles Penso

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QUEEN CRAB (2015)

Une jeune femme s’est liée d’amitié avec un crabe mutant grand comme un dinosaure qui sème la panique dans une petite ville américaine…

QUEEN CRAB

 

2015 – USA

 

Réalisé par Brett Piper

 

Avec Michelle Miller, Kathryn Metz, Richard Lounello, Ken Van Sant, A.J. DeLucia, Danielle Donahue, Steve Diasparra, Yolie Canales, Houston Baker, Liberty Asbury

 

THEMA INSECTES ET INVERTÉBRÉS

Brett Piper n’a jamais laissé le manque de moyens entamer son opiniâtreté. Avec un budget d’à peine 60 000 dollars et l’appui de son producteur Mark Polonia, ce véritable couteau suisse (réalisateur, scénariste, co-producteur, superviseur des effets spéciaux) se lance dans Queen Crab, qui s’appréhende autant comme un hommage aux films de Ray Harryhausen que comme un clin d’œil aux kaiju-eigas japonais dans lesquels les monstres ne sont pas forcément plus agressifs que les humains. Dans une démarche proche de celle de tous les films qu’il a signés depuis le début des années 2000 (Arachnia, Shock-O-Rama, The Dark Sleep), notre homme ne se laisse pas tenter par l’image de synthèse. S’il est passionné de créatures géantes, il souhaite continuer à les concevoir et à les animer en stop-motion, à l’ancienne, comme il le faisait à l’époque de Mystérieuse planète ou A Nymphoïd Barbarian on Dinosaur Hell. Voilà qui distingue agréablement Queen Crab de tous les « creature features » à petit budget qui pullulent alors sur le marché du « direct-to-video ». Le film se déroule à Crabbe Creek, dans l’Amérique profonde. Le père de la petite Melissa est un scientifique qui travaille sur un moyen d’accroître la taille de la nourriture pour régler les futurs problèmes de famine, comme jadis le capitaine Nemo de L’Île mystérieuse. Or la fillette vient de recueillir au bord de l’eau un gros crabe qu’elle surnomme Pee-Wee.

Dès ce prologue, alors qu’il a encore une taille normale, le crabe est animé en stop-motion dans un certain nombre de plans. L’animation est très subtile, pleine de caractère, et l’incrustation de la figurine dans les plans avec la petite fille est remarquable. Puis deux événements aux lourdes conséquences s’enchaînent : Melissa donne à Pee-Wee des grains de raisin génétiquement modifiés, et plusieurs produits chimiques se mélangent par accident dans le laboratoire en provoquant une explosion qui tue ses parents. Vingt ans plus tard, Melissa est devenue une jeune femme peu sociable (incarnée par Michelle Miller) qui vit seule dans la campagne et a noué des liens fusionnels avec son crabe favori, devenu aussi grand qu’un dinosaure. Dès lors, Brett Piper met en scène une série de séquences surréalistes au cours desquelles des crabes de tailles variés (car il y a des rejetons) s’en prennent aux humains. Tout commence avec l’attaque d’un homme dans les bois, au milieu de la nuit. Des crustacés gros comme des chats se jettent sur lui et le tuent puis prennent en chasse une jeune femme. Lorsque les bêtes sont écrasées par une voiture, la maman réclame alors vengeance…

La grande aventure de Pee-Wee

Car Pee-Wee est une femelle, ce qui explique le titre du film. Sa première apparition sur une route nocturne est très dramatique, face à un pare-brise avec à l’avant-plan un regard affolé dans le rétroviseur. La bête s’intègre avec beaucoup de dynamisme dans les plans réels et son design est assez intéressant. Si sa forme globale s’inspire grandement du crabe de L’Île mystérieuse, son faciès est humanisé avec deux grands yeux et une bouche dans laquelle s’articulent deux mandibules très expressives. Grâce à l’emploi d’une pince grandeur nature, de décors miniatures très réalistes, de figurines pour remplacer certains humains et de nombreux plans en mouvement, Piper nous surprend sans cesse et parvient à faire interagir chaque fois que possible les acteurs et le monstre. Parmi les moments les plus marquants du film, on retiendra la destruction d’une ferme par une mère crabe furieuse, la créature qui soulève entre ses pinces gigantesques une jeep pour la jeter au sol (un clin d’œil manifeste au climax du Scorpion noir) ou encore Melissa qui est transportée sur le dos de son crustacé favori et traverse ainsi la forêt au clair de lune. Voilà donc un petit film de monstre très sympathique, dont les maladresses et les défauts sont d’autant plus pardonnables qu’il ne place jamais ses ambitions au-delà de celles d’un honnête divertissement de série B.

 

© Gilles Penso

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J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE (2010)

Sur les traces du tueur psychopathe qui a assassiné sa fiancée, un agent des services secrets se lance dans une croisade sanglante…

I SAW THE DEVIL

 

2010 – CORÉE DU SUD

 

Réalisé par Kim Jee-woon

 

Avec Lee Byung-hun, Choi Min-sik, Jeon Kuk-hwan, Cheon Ho-jin, Oh San-ha, Kim Yun-seo, Choi Moo-sung

 

THEMA TUEURS

Après avoir marqué les esprits avec A Bittersweet Life (2005), film noir stylisé sur fond de tragédie romantique, et s’être essayé au western déjanté avec Le Bon, la brute et le cinglé (2008), Kim Jee-woon revient en 2010 avec un projet plus sombre, viscéral et radical : J’ai rencontré le diable. Figure majeure du cinéma sud-coréen de sa génération, Jee-woon est un réalisateur caméléon, capable d’alterner les registres avec une étonnante fluidité tout en imposant une mise en scène virtuose et une sensibilité baroque. L’idée du film naît d’un scénario de Park Hoon-jung (futur réalisateur de New World), qui propose une relecture moderne du thriller de vengeance, poussé jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes. Sur la base de ce récit, l’ambition de Kim Jee-woon consiste à explorer les limites morales de la justice personnelle tout en confrontant deux figures antagonistes jusqu’à leur point de rupture. Le projet ne manque pas d’audace et suscite rapidement l’attention… mais aussi la polémique. En raison de sa violence graphique, le film doit être remonté à plusieurs reprises pour obtenir l’agrément de la commission de censure sud-coréenne. Ce contexte tendu ne freine pas l’enthousiasme de Kim Jee-woon, qui retrouve ici son acteur fétiche Lee Byung-hun et dirige pour la première fois Choi Min-sik, inoubliable interprète de Old Boy.

L’histoire s’ouvre sur une scène glaçante : une jeune femme enceinte, Joo-yun (Oh San-ha), tombe en panne de voiture par une nuit d’hiver et se fait enlever par un inconnu. Ce dernier est Kyung-chul (Choi Min-sik), un tueur en série sadique qui prend un plaisir bestial à torturer ses victimes. Très vite, la police découvre le corps mutilé de la jeune femme. Son fiancé, Kim Soo-hyeon (Lee Byung-hun), agent des services secrets sud-coréens, est anéanti. Incapable de se contenter de la justice classique, il décide de traquer le meurtrier lui-même. Mais il ne veut pas simplement le tuer : il veut le faire souffrir, lentement, méthodiquement, jusqu’à l’épuisement. Commence alors un jeu de chasse inversée, cruel et pervers, où le prédateur devient proie, avant que les rôles ne s’inversent à nouveau. Une mécanique de vengeance difficilement soutenable s’installe, faisant monter la tension à mesure que le film avance…

La descente aux enfers

Le sixième long-métrage de Kim Jee-woon est donc un véritable coup de poing dont on ne peut ressortir totalement indemne. Le scénario s’appuie pourtant sur un schéma narratif simple et très classique. Mais rien ne ressemble à J’ai rencontré le diable. Les deux rôles masculins principaux y sont pour beaucoup. A priori, tout oppose le bel et athlétique agent du gouvernement, dévasté par la mort de sa promise, et l’assassin compulsif et indestructible qui ne semble connaître ni peur ni remords. Pourtant, plus le mécanisme de la vengeance s’engage, plus les deux hommes se rapprochent, et le fameux adage nietzschéen selon lequel on ne combat un monstre qu’en devenant monstre soi-même s’illustre de manière terrifiante. Incidemment, J’ai rencontré le diable dresse le portrait d’un des serial killers les plus effrayants de l’histoire du cinéma, prenant en cours de métrage une nouvelle dimension inattendue, tout en bâtissant les fondations d’un cauchemar à mi-chemin entre Le Silence des agneaux et Massacre à la tronçonneuse. Kim Jee-woon montre une fois de plus toute l’étendue de son talent de metteur en scène : découpage chirurgical, photographie glacée, maîtrise absolue du rythme et des ruptures de ton. La violence, bien que stylisée, reste viscérale, choquante, dérangeante. J’ai rencontré le diable transcende alors sa nature de film de vengeance pour se muer en véritable descente aux enfers, sans catharsis ni rédemption.

 

© Gilles Penso

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SORORITY BABES 2 (2022)

Les bimbos, le bowling hanté et le petit démon malicieux sont de retour dans cette suite qui reprend les mêmes recettes que son modèle…

SORORITY BABES IN SLIMEBALL BOWL-O-RAMA 2

 

2022 – USA

 

Réalisé par Brinke Stevens

 

Avec Kelli Maroney, Jessie Gill, Audrey Neal, Justin Lupo, Glory Rodriguez, Michelle Bauer, Brinke Stevens, Nate Blair, Katie O’Neill, Hannah Tullett, Luka Parente

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I PETITS MONSTRES I SAGA CHARLES BAND

En 2019, Charles Band se met en tête de revisiter dix films de son catalogue en demandant à différents réalisateurs d’y apporter une vision nouvelle, tout en permettant aux fans de suivre en direct l’évolution des tournages sur la plateforme de streaming de Full Moon. La pandémie du Covid 19 ne lui permettra d’aller au bout de son idée, mais une poignée de films naîtra tout de même de cette initiative, notamment ce Sorority Babes 2 qui prend la suite du film original réalisé par David DeCoteau en 1988. Lorsqu’il appelle l’actrice Brinke Stevens pour lui proposer de participer à ce nouvel opus, celle-ci est enchantée mais se permet de lui rappeler que son personnage meurt dans le premier film. Or Band a une autre idée en tête : il souhaite lui confier la mise en scène. L’ancienne scream queen accepte sans hésiter – et finira tout de même par jouer dans le film un petit rôle d’outre-tombe aux côtés de sa collègue Michelle Bauer. Linnea Quigley aurait aussi dû être de la partie, mais une blessure au genou l’empêche de se déplacer sur le lieu du tournage. L’actrice Kelli Maroney joue donc sa sœur. La production de Sorority Babes 2 commence début 2020 puis s’interrompt – Covid oblige – pour ne reprendre que deux ans plus tard.

Le scénario de Kent Roudebush reprenant fidèlement la trame du film original, Sorority babes 2 s’apprécie autant comme une suite que comme un remake de son modèle. La situation est donc très familière. Pour intégrer une prestigieuse sororité, trois jeunes recrues, Ginger (Audrey Neal), Tiffany (Katie O’Neill) et la « bad girl » Bitsy (Glory Rodriguez), acceptent de jouer les bizuts auprès de deux étudiantes autoritaires, Sarah (Jessie Gill) et Ginger (Audrey Neal). Celles-ci leur donnent comme tâche d’entrer par effraction en pleine nuit dans une salle de bowling pour aller subtiliser le plus gros des trophées qui y trône. Comme si nous ne nagions pas déjà en plein déjà-vu, trois garçons (Nate Blair, Justin Lupo et Luka Parente) jouent les voyeurs en installant des caméras cachées dans les douches et la chambre des jeunes filles pour pouvoir les espionner. Pris sur le vif, ils ont le choix entre finir au poste de police ou accompagner leurs camarades dans leur mission nocturne. Tout ce beau monde se retrouve donc dans le fameux bowling, bouscule accidentellement le trophée et libère comme prévu un malicieux diablotin qui promet d’exaucer leurs vœux les plus chers. Bref, on ne peut pas dire que Kent Roudebush se soit beaucoup foulé la rate.

Faites un vœu !

La première moitié du film est franchement laborieuse, Brinke Stevens comblant le vide de l’intrigue avec des scènes de douches à répétition permettant de découvrir Audrey Neal, Katie O’Neill et Glory Rodriguez sous toutes leurs coutures. La balourdise des personnages saute assez vite aux yeux, notamment lorsqu’ils pénètrent dans le fameux bowling. Les filles dansent alors en buvant de la bière tandis que les garçons imitent des paires de seins et des pénis avec les boules et avec les quilles. Amis de la finesse, bonjour ! Heureusement, les choses deviennent plus distrayantes lorsqu’apparaît enfin le diablotin. Car la manière dont les vœux formulés par nos protagonistes se retourne contre eux prend une tournure cartoonesque réjouissante. Celui qui veut être populaire et apprécié se transforme en snack, celui qui désire « une chiée de dollars » expulse soudain des billets de banque par son anus, la fille qui veut rester pour toujours avec l’homme de ses rêves voit son corps fusionner avec celui de l’heureux élu, celle qui souhaite qu’on la laisse tranquille se retrouve projetée dans le cosmos, sa camarade qui rêve de vie éternelle se mue en zombie… En guise de clin d’œil, les fantômes de Lisa (Michelle Bauer) et Taffy (Brinke Stevens), toutes deux mortes dans le film précédent, surgissent furtivement pour pimenter l’intrigue, laquelle s’achève par une petite révélation finale bien sentie. Rien d’inoubliable, certes, mais une séquelle raisonnablement divertissante. Nous n’en attendions pas beaucoup plus.

 

© Gilles Penso

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