TITANE (2021)

Après la claque de Grave, Julia Ducournau transforme l’essai sans concessions et rafle au passage une Palme d’Or controversée…

TITANE

 

2021 – FRANCE / BELGIQUE

 

Réalisé par Julia Ducournau

 

Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier, Laïs Salameh, Domonique Frot, Myriem Akheddiou, Nathalie Boyer, Théo Hellermann

 

THEMA TUEURS

Forte du succès de Grave, Julia Ducournau aura néanmoins prudemment peaufiné la préparation de son deuxième long-métrage pendant quatre ans. On y retrouve son sens aigu du cadrage et du mouvement de caméra chic, ainsi qu’une exploration carnassière de la chair qui relance la comparaison avec une de ses idoles, David Cronenberg. Cette flatteuse analogie s’avère quelque peu réductrice : si Titane s’ouvre sur un accident de voiture et érotise le rapport de son héroïne à la machine, évoquant immanquablement Crash, ici ce sont les modifications corporelles qui ont un impact sur le psychisme et non l’inverse. Il serait également hâtif de penser que la réalisatrice brandit un unique étendard féministe à travers l’histoire tourmentée d’Alexia : certes, cette dernière reste totalement maîtresse de sa sexualité qu’elle utilise comme une arme (telle une égérie de Paul Verhoeven), et danse lascivement devant des hommes en rut à des salons automobiles non pas pour satisfaire leur regard lubrique mais ses fantasmes personnels. Cependant Ducournau dépasse rapidement le débat en vogue de l’identité de genre pour transformer son personnage en hybride, ni masculin ni féminin, ni humain ni mécanique, mais tout à la fois. Cette démarche décomplexée faisant fi de toute logique et ne lésinant pas sur les outrances visuelles convoque une sensibilité déviante plus japonaise qu’hexagonale (on pense notamment à Tetsuo).

Mais là où l’œuvre désarçonne et s’élève au-delà de ses références pour acquérir une singularité marquante (passé une séquence de massacre souffrant d’un humour décalé maladroit), c’est lors de son virage inattendu vers le drame social, coïncidant avec l’entrée en scène d’un Vincent Lindon écorché vif, pompier shooté aux stéroïdes qui croit retrouver son fils perdu en recueillant la danseuse en fuite. Leur relation incandescente pénètre violemment le cœur du spectateur pour ne plus en sortir, union indéfinissable de deux solitudes dévastatrices : il fallait bien un combattant du feu pour prétendre dompter la rage intérieure d’Alexia, tueuse en série mutique en mal d’amour, monstre incapable de s’adapter à une société conservatrice où le jugement de l’autre règne en maître. Dès cette rencontre électrique, la cinéaste manie avec une infinie délicatesse les démences complémentaires de ce duo construit sur une imposture mais générant progressivement un amour inconditionnel absolu qui brise les codes avec une liberté de ton jouissive, laissant toute considération morale en suspens. Les dialogues se font rares, Ducournau privilégiant avec subtilité le simple échange entre les corps, voyant un conflit se régler dans une étreinte musicale aussi brutale que sensuelle, une danse sur le toit d’un camion révéler subrepticement des mâles alpha à eux-mêmes, ou une réanimation cardiaque s’effectuer sur le tempo de la Macarena (séquence à la fois miraculeusement drôle et lourde de sens dans la consolidation des liens des protagonistes, le tout ancré dans une réalité sordide que ne renierait pas le Gaspar Noé de Seul Contre Tous).

Mourir d’aimer

Trouver sa place au beau milieu du chaos quand on est un « freak » infréquentable, tutoyer une rédemption mystique même lorsqu’on est un assassin : Titane rappelle dans sa trajectoire humaniste le magnifique Bad Boy Bubby, autre plaidoyer vibrant pour les différences les plus inacceptables. A l’instar du chef-d’œuvre de Rolf de Heer, la famille élue se révèle bien plus importante et fondatrice que la famille de sang, souvent destructrice et départie d’une véritable objectivité quant à ses membres. Comme l’a confessé sa réalisatrice lors de la réception de sa prestigieuse Palme d’Or cannoise, ce nouvel essai n’est pas parfait : outre une introduction laborieuse qui sacrifie à quelques écueils du film de genre, on pourra déplorer un point d’orgue final pas aussi puissant émotionnellement qu’il ne l’aurait dû, dispensant un espoir salvateur mais surpassé par l’intensité de ce qui a précédé. Reste qu’en l’état cette fantaisie aux allures de conte cauchemardesque, parabole fascinante sur les préjugés et les prérequis aux fulgurances formelles incontestables et à la tendresse immanente pour les laissés pour compte, inaugure une ère passionnante pour un cinéma fantastique français qui semble enfin en passe de briser ses entraves thématiques.

 

© Julien Cassarino

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L’HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE (2018)

Après quinze ans de déconvenues et de faux départs, le film fou rêvé par Terry Gilliam a pu enfin prendre son envol…

THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE

 

2018 – ESPAGNE / PORTUGAL / GB / BELGIQUE / FRANCE

 

Réalisé par Terry Gilliam

 

Avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgård, Joana Ribeiro, Oscar Jaenada, Sergi Lopez, Rossy de Palma

 

THEMA CONTES

Ce film-là, on ne l’espérait plus. Tout le monde avait fait une croix dessus depuis belle lurette, le rangeant avec dépit dans la catégorie des « plus grands films jamais réalisés » aux côtés du Dune d’Alejandro Jodorowsky. Mais Terry Gilliam n’a peur de rien : ni des projets plus grands que nature, ni des coups de sort du destin. C’est en 1990 que l’ex-Monty Python formule pour la première fois l’envie de porter à l’écran les écrits de Cervantès. D’emblée, il souhaite s’éloigner d’une adaptation littérale en confrontant Don Quichotte à un comparse anachronique, en l’occurrence un publicitaire du monde moderne. Les deux acteurs qu’il choisit semblent taillés sur mesure pour le rôle : Jean Rochefort dans l’armure défraîchie du chevalier fantasque et Johnny Depp sous la défroque d’un Sancho Panza du vingtième siècle. Le budget tarde à se boucler et le tournage s’amorce enfin à Madrid en 2000. Mais dès les premiers tours de manivelle, les difficultés logistiques s’enchaînent, et finalement l’état de santé défaillant de Rochefort interrompt définitivement le tournage. Ce film inachevé fera l’objet d’un fameux documentaire baptisé Lost in la Mancha. Terry Gilliam passe les quinze années suivantes à tenter de remonter le projet avec d’autres acteurs potentiels (Robert Duvall, John Hurt ou Michael Palin pour Don Quichotte, Ewan McGregor, Owen Wilson ou Jack O’Connell pour son compagnon de route). Beaucoup auraient abandonné en cours de route, mais le cinéaste finit par ressembler à son personnage principal, opiniâtre et obstiné face aux moulins à vent de l’adversité. Et le destin lui donne raison : en 2017, il parvient enfin à mettre sur pied son Don Quichotte sous forme d’une coproduction européenne.

Cette longue gestation a forcément modifié le projet en cours de route et renforcé l’effet miroir entre Terry Gilliam et son protagoniste, incarné finalement par Adam Driver. Alors en pleine période Star Wars, l’interprète de Kylo Renn joue Toby, un réalisateur arrogant et désabusé parti en Espagne pour tourner un clip publicitaire qui détourne sans finesse l’imagerie de Don Quichotte et Sancho Panza. Un soir, à l’hôtel où réside l’équipe, il rencontre un gitan qui vend toutes sortes de DVD, parmi lesquels il reconnaît le film de fin d’études qu’il réalisa il y a fort longtemps. Son sujet ? Don Quichotte. Troublé, Toby revoit les images de son œuvre de jeunesse et, pris de nostalgie, part à la recherche du petit village de Los Sueños où il tourna. Sur place, il se retrouve impliqué dans des catastrophes en chaîne et découvre que ce film de fin d’étude a bouleversé la vie de tous ceux qui y ont participé. C’est notamment le cas de Javier, un vieux cordonnier que Toby engagea à l’époque pour incarner Don Quichotte et qui se prend désormais pour le personnage. Il était difficile de passer après Jean Rochefort, Robert Duvall, John Hurt ou Michael Palin, mais il faut bien avouer que Jonathan Pryce est sublime dans le rôle de ce faux chevalier fou, retrouvant avec un enthousiasme communicatif le réalisateur qui le dirigea avec panache dans Brazil, Les Aventures du baron de Munchausen et Les Frères Grimm.

Folie douce

Plusieurs connexions avec la filmographie passée de Gilliam se dessinent d’ailleurs à travers ce Don Quichotte factice qui s’avère plus vrai que nature. Il y a du Munchausen dans ce personnage haut en couleurs qui raconte ses exploits fantasmagoriques à une foule ébahie, mais aussi du Fisher King lorsqu’il se retrouve frappé par des visions cauchemardesques où les monstres et les manifestations magiques s’invitent dans son quotidien. On pense aussi à Sacré Graal et Jabberwocky via cette propension à tourner en dérision l’imagerie médiévale (un sens du pastiche qui était justement la raison d’être du roman original de Cervantès). Toute la folie et la démesure du réalisateur de Bandits bandits sont là, miraculeusement préservées, mêlées d’une tonalité douce-amère qui rend le film totalement inclassable. Au fil de ce récit cahotant, le spectateur est sans cesse balloté entre la réalité et l’illusion. Le monde réel, le film de fin d’études et les reconstitutions en costumes se mêlent aux images fantastiques (les sacs de vin qui adoptent des visages monstrueux, le moulin qui se transforme en trio de géants grimaçants) jusqu’à ce qu’il devienne impossible de départager le vrai du faux. Toby lui-même, devenu Sancho Panza malgré lui, se laisse porter par cette aventure incongrue sans beaucoup résister, comme si la folie douce de ce faux Don Quichotte était salutaire pour qu’il puisse abatre une à une toutes les couches de cynisme l’ayant anesthésié au fil des ans. Pour autant, le film n’est jamais moralisateur et se rit des codes classiques de la fable hollywoodienne. En définitive, rien ne semble être ce qu’il est dans cet Homme qui tua Don Quichotte, et ce jusqu’à un final délicieusement poétique porté par la magnifique partition de Roque Baños.

 

© Gilles Penso

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GATE II (1990)

Une séquelle du petit film culte de Tibor Takacs qui s’efforce de développer la mythologie des « minions » diaboliques…

GATE II : THE TRESPASSERS

 

1990 – CANADA

 

Réalisé par Tibor Takacs

 

Avec Louis Tripp, Simon Reynolds, James Villemaire, Pamela Segall, Neil Munro, James Kidnie, Irene Pauzer

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS PETITS MONSTRES

Pas totalement satisfait par The Gate, qu’il destinait à l’origine aux pré-adolescents, Tibor Takacs décide à la fin des années 80 de profiter de son petit succès pour en réaliser une séquelle mieux ciblée à son goût. Le jeune Terry (Louis Tripp) revient donc dans la maison de son ami Glen, envahie par les démons dans le film précédent. Pour que son père alcoolique retrouve son emploi de pilote de ligne, il invoque à nouveau les démons. Il est surpris en pleine incantation par deux loubards et leur amie Liz (Pamela Adlon), qui deviennent ses assistants improvisés. Étant donné les nombreuses maladresses de The Gate, que ne réussissaient pas à sauver totalement des trouvailles visuelles pourtant extraordinaires, le pire était à craindre avec cette séquelle. Effectivement, les choses s’amorcent de manière peu rassurante : le retour du héros du film précédent, désormais adolescent, un prétexte incohérent pour ramener dans notre monde les démons, une idylle pas crédible pour un sou, des teenagers bêtes et méchants, l’évacuation de toute allusion à H.P. Lovecraft…

Pourtant, Gate II se regarde sans trop de déplaisir. Peut-être est-ce dû à la légèreté volontaire avec laquelle le sujet est abordé cette fois-ci, à son rythme plus trépidant, aux débordements de ses effets spéciaux et à la dimension apocalyptique que prend peu à peu le récit. Certes, le scénario est presque strictement dénué d’intérêt, mais la frénésie qui règne dans le film au bout d’un petit quart d’heure est presque plus divertissante que les langueurs sans but du premier film. Tibor Takacs réussit même à retrouver les insolites atmosphères dont il a le secret dans la première partie du film, lorsque le petit démon gît, immobile mais inquiétant, dans un bocal de formol, ou lorsque la musique du film accompagne progressivement la mélodie sommaire d’une boîte à musique.

Démons de toutes tailles

Les maquillages de Craig Reardon pour le petit démon et les transformations finales sont très impressionnants. Quant aux effets d’animation de Randy Cook, d’une fluidité et d’une nervosité très étonnantes, ils matérialisent les agitations les plus frénétiques du démon en question. « C’est Andrea Ladányi, une grande danseuse hongroise, qui jouait le rôle du Minion, sous le costume de Craig Reardon », raconte Randy Cook. « J’étais très excité à l’idée d’avoir quelqu’un de son talent pour interpréter le monstre, et j’ai inventé beaucoup d’actions spectaculaires que seule une grande ballerine pouvait faire. Malheureusement, le costume de Craig, conçu en uréthane, était tellement rigide qu’il a fallu le couper aux articulations en laissant de grandes fentes. Andrea pouvait à peine bouger, les bords du costume lui coupaient la peau, et l’ensemble était tellement lourd qu’un jour elle a failli s’évanouir. J’ai donc dû reconcevoir beaucoup de plans en stop-motion. » (1) Vers la fin du film, l’animation est mise à contribution pour le démon simiesque de trois mètres de haut qu’est devenu l’un des deux voyous. Couvert d’écailles, doté de pattes de bouc à la Ray Harryhausen et de trois doigts griffus par main, le démon cligne de petits yeux globuleux et effectue des bonds très spectaculaires au-dessus des acteurs réels. Il demeure à vrai dire l’un des attraits principaux d’un film qui, par ailleurs, s’avère peu mémorable. La « saga » The Gate s’arrêtera du coup sur ce second opus.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mai 1999

 

© Gilles Penso

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L’EXPRESS NE RÉPOND PLUS (1979)

Un téléfilm catastrophe garni de visages familiers dans lequel deux trains lancés à vive allure menacent d’entrer en collision…

DISASTER ON THE COASTLINER

 

1979 – USA

 

Réalisé par Richard C. Sarafian

 

Avec Lloyd Bridges, Raymond Burr, Robert Fuller, Pat Hingle, E.G. Marshall, Yvette Mimieux, William Shatner, Paul L. Smith

 

THEMA CATASTROPHES

Vétéran de la télévision américaine, Richard Sarafian compte à son actif la réalisation de bon nombre d’épisodes de Maverick, Bonanza, La Quatrième dimension, Les Mystères de l’Ouest, La Grande vallée et Batman. Pour les besoins de la chaîne ABC, le voilà à la tête d’un téléfilm catastrophe sacrifiant aux clichés du genre et ne laissant guère de place à la surprise. Après les avions, les bateaux et les immeubles en détresse sur les grands écrans depuis le début des années 70, L’Express ne répond plus prend pour cible les chemins de fer. Deux rapides, l’express n°3 et l’express n°12, partent chacun dans une direction opposée, l’un venant de San Francisco, l’autre de Los Angeles, et doivent se croiser grâce à un aiguillage, le tout étant contrôlé, dirigé et surveillé par des ordinateurs sophistiqués réunis dans une salle de contrôle. Or l’aiguillage ne fonctionne pas, sans explication apparente, et les deux trains risquent d’un moment à l’autre d’entrer en collision. Le n°12 est en fait conduit par un certain Victor Prescott, qui semble prêt à tout pour qu’on exécute ses ordres. 

Prescott se nomme en réalité Jim Waterman, et sa femme et son fils ont jadis été tués dans un accident ferroviaire à cause de la négligence de la compagnie des trains. Informaticien chevronné, il exige fermement que le directeur de cette compagnie avoue devant les caméras de la télévision qu’elle est coupable. Si on ne l’écoute pas, la collision aura lieu, car il a déréglé les ordinateurs et brouillé la radio. La compagnie cèdera-t-elle ? Les deux trains pourront-ils être stoppés à temps ? Le suspense et la tension inhérents à la situation fonctionnent plutôt bien, même si le rythme s’étire un peu en longueur et supporte mal une durée de 90 minutes. D’autant que la construction dramatique, la caractérisation des protagonistes et les dialogues laissent quelque peu à désirer. Malgré tout, Sarafian se paie des cascades et des effets spéciaux physique d’un niveau fort honorable, parant ainsi son film d’une poignée de séquences impressionnantes. On se souviendra notamment de la poursuite de la locomotive par un hélicoptère ou du fameux déraillement final tant attendu.

Y a-t-il un pilote dans le train ?

Dans les rôles principaux, on reconnaît bon nombre de visages familiers, notamment Lloyd Bridges, qui se parodiera un an plus tard dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Raymond Burr, transfuge de la série TV L’Homme de fer, Yvette Mimieux, délicieuse héroïne de La Machine à explorer le temps, ce bon vieux William Shatner, tête d’affiche la même année de Star Trek le film, et E.G. Marshall, futur ennemi juré d’une horde de cafards dans Creepshow. Quant au terroriste désespéré, il est incarné par le comédien Paul L. Smith (futur psychopathe cartoonesque de Mort sur le gril), lequel s’avère très convaincant dans le registre du protagoniste déséquilibré et pathétique à qui on ne peut pas franchement en vouloir, malgré la gravité de ses actes. Depuis, Richard Sarafian a tenu des petits rôles dans une bonne vingtaine de films et a réalisé le thriller de science-fiction Solar Crisis, dont il fut tellement peu fier qu’il le signa sous le pseudonyme Allen Smithee.

 

© Gilles Penso

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NE NOUS JUGEZ PAS (2010)

Une famille de cannibales vivant chichement dans un quartier pauvre de Mexico doit subvenir quotidiennement à ses besoins…

SOMOS LO QUE HAY

 

2010 – MEXIQUE

 

Réalisé par Jorge Michel Grau

 

Avec Paulina Gaitan, Francisco Barreiro, Carmen Beato, Alan Chavez, Daniel Gimenez Cacho, Miriam Balderas

 

THEMA CANNIBALES

Réalisé au Mexique sous le titre original Somos lo que hay (littéralement « nous sommes ce que nous sommes »), ce récit singulier s’efforce de mixer en un tout cohérent la chronique sociale et le genre horrifique. Son réalisateur et scénariste Jorge Michel Grau, venu du documentaire et de la télévision, souhaite initialement brosser une chronique réaliste sur le thème d’une famille se désagrégeant inexorablement. Sa première approche est donc ancrée dans une réalité crue. Mais au cours du processus de la rédaction du scénario s’impose peu à peu le besoin de recourir aux thématiques du cinéma d’horreur pour mieux servir le propos. L’univers perturbant de Michael Haneke, l’étonnant Buffalo 66 de Vincent Gallo et l’éprouvant Trouble Every Day de Claire Denis nourrissent peu à peu son écriture.

Tout commence par la mort d’un vieil homme en plein centre commercial, laissant sans ressources sa femme et ses trois enfants. Très éprouvée, la famille, issue d’un milieu extrêmement modeste, doit maintenant subvenir seule à ses besoins. Or Alfredo, Julian, Sabina et Patricia ont une particularité : ils ne se nourrissent que de chair humaine, au cours de cérémonies rituelles bien particulières. Leur père ayant toujours ramené lui-même les victimes à domicile, c’est maintenant Alfredo, l’aîné de la famille, qui doit prendre le relais. Mais cet adolescent marginal et timoré ne semble pas prêt à assumer une telle responsabilité. Saura-t-il trouver dans les rues de Mexico le gibier nécessaire pour nourrir les siens ?

Nous sommes ce que nous sommes

Ne nous jugez pas est une œuvre qui se cherche, se drapant de tous les atours d’un film d’auteur sans assumer pleinement le caractère fantastique de son intrigue. L’idée du cannibalisme comme métaphore de la misère humaine est pourtant excellente, mais il eut fallu que Jorge Michel Grau appuie son long-métrage sur une mise en scène moins hésitante et sache effacer les nombreuses incohérences qui amenuisent l’impact de son scénario. De nombreux éléments intéressants constellent pourtant le métrage, notamment les relations ambiguës et conflictuelles établies entre chacun des membres de cette famille fragilisée que le père parvenait tant bien que mal à maintenir soudée dans un équilibre instable. Son absence soudaine ne prive pas seulement son épouse et ses enfants de nourriture. Elle supprime leurs repères et les force à se réorganiser autour de ce rituel dont nous ne comprendrons jamais vraiment la nature. Hélas, le décalage entre les intentions initiales et le résultat final s’avère trop grand pour que le film fonctionne à plein régime, d’autant que l’ajout artificiel d’une enquête policière censée suivre la trace sanglante de cette famille anthropophage fait perdre à Ne nous jugez pas sa qualité principale : le réalisme. Le film de Jorge Michel Grau sera tout de même récompensé en 2011 par le Prix du Jury du Festival du Film Fantastique de Gérardmer et fera l’objet d’un remake américain réalisé en 2013 par Jim Mickle, reprenant son titre original : We Are What We Are.

© Gilles Penso

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SPLASH ! (1984)

Tom Hanks tombe éperdument amoureux de Daryl Hannah. Petit problème : c’est une sirène

SPLASH !

 

1984 – USA

 

Réalisé par Ron Howard

 

Avec Tom Hanks, Daryl Hannah, Euegne Levy, John Candy, Dody Goodman, Shecky Greene, Richard B. Schull

 

THEMA CONTES

C’est en 1977 que le producteur Brian Grazer a l’idée de Splash !, une relecture moderne de « La Petite sirène » d’Andersen dont il aimerait bien tirer un film. Il commence donc la tournée de studios hollywoodiens, en vain, jusqu’à ce que Disney se montre intéressé. La maison de Mickey, alors dirigée par Ron Miller, cherche en effet à créer une branche adulte qui permettrait de mettre en chantier des longs-métrages ciblant un autre public que les enfants. Cette branche s’appellera Touchstone, et Splash ! sera le premier film produit sous ce label. À vrai dire, ce conte de fées urbain est tout à fait inoffensif et parfaitement calibré pour un public familial, si ce n’est quelques allusions sexuelles bon enfant, un peu de consommation d’alcool et un plan sur les fesses de la sirène (qui sera sagement retouché numériquement lors de la diffusion du long-métrage sur la plateforme Disney +). Séduit par le projet, Ron Howard refuse Footloose et Mister Mom pour pouvoir réaliser Splash !, qu’il s’engage à mettre en boîte en un temps record afin de couper l’herbe sous le pied d’un autre film de sirène que prépare Warner avec Warren Beatty – et qui finalement ne se fera pas. À l’époque, Ron Howard est surtout connu comme acteur (notamment sous la défroque du Richie Cunningham de Happy Days), même s’il a déjà dirigé plusieurs téléfilms et deux comédies pour le grand écran : Lâchez les bolides et Les Croque-morts en folie. Dans les deux rôles principaux de Splash !, toutes les stars d’Hollywood ou presque sont envisagées, avant que le choix ne se porte sur deux étoiles montantes : Tom Hanks et Daryl Hannah.

Hanks incarne Alan Bauer, un jeune homme un peu fantasque qui dirige une entreprise de vente de fruits et légumes avec son frère turbulent Freddie (John Candy). Incapable de vivre une histoire de couple stable, lassé par la monotonie de son existence, Alan décide sur un coup de tête de retourner à Cape Code où, à l’âge de dix ans, il fut sauvé de la noyade par une mystérieuse fillette. Mais Alan ne sait toujours pas nager. Lorsque le bateau qu’il a loué tombe en panne, il perd l’équilibre en essayant de remettre en marche le moteur et coule à pic. Le voilà à nouveau sauvé des eaux, cette fois-ci par une étrange créature blonde dont il tombe éperdument amoureux et qu’il baptise Madison, faute de pouvoir prononcer son vrai prénom. Une folle passion naît entre eux. Mais que se passera-t-il lorsqu’Alan découvrira que celle qui fait battre son cœur n’est pas un être humain ?

Une sirène à New York

Le langage corporel, le débit et le sens du tempo de Tom Hanks induisent naturellement une dynamique comique plus proche du cartoon que de la comédie romantique traditionnelle. Splash ! enchaîne donc les gags visuels excessifs (les postes de télévision qui explosent lorsque la sirène prononce son nom, les pitreries balourdes de John Candy, les tentatives ratées du scientifique qui veut percer à jour le secret de Madison, les excentricités de la secrétaire qui a été frappée par la foudre). Malgré cette approche extravagante, le moteur principal de Splash ! reste la love story. Il faut dire que Tom Hanks et Daryl Hannah sont irrésistibles, lui dans le rôle de l’adolescent attardé nerveux et volubile, elle dans celui de l’être candide et décalé (on pense parfois à l’extra-terrestre campé la même année par Jeff Bridges dans Starman). De fait, l’expression « un poisson hors de l’eau » prend avec Splash ! tout son sens. « Dans ma carrière, j’ai joué autant de rôles « normaux » que ceux relevant du genre fantastique », affirme Daryl Hannah. « Mais j’avoue être particulièrement attirée par ceux qui font appel à l’imagination. » (1) On peut cependant regretter que le scénario du film s’appuie tellement sur le charme de son duo vedette qu’il en oublie de développer une dramaturgie digne de ce nom, se contentant la plupart du temps de glisser au fil de l’eau en collectant les saynètes souvent anecdotiques. Cette légèreté à la limite du laxisme n’a pourtant pas altéré l’enthousiasme des spectateurs, venus en masse faire un triomphe au film et le muer en petit phénomène de société. C’est sans conteste grâce à Splash ! que Ron Howard est devenu un cinéaste à succès et Tom Hanks l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. Daryl Hannah n’ira pas aussi loin, malgré quelques inoubliables prestations dans des œuvres aussi diverses que L’Affaire Chelsea Deardon, Wall Street ou Kill Bill.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 1994

 

© Gilles Penso

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LA PLANÈTE DES CANNIBALES (2001)

Pour attirer l’audimat, une chaîne de télévision futuriste transforme un tueur cannibale en animateur de talk-show…

PLANET DER KANNIBALEN

 

2001 – ALLEMAGNE

 

Réalisé par Hans-Christoph Blumenberg

 

Avec Minh-Khai Phan-Thi, Florian Lukas, Vadim Glowna, Barbara Auer, Fatih Akin, Peter Fitz, Gustav-Peter Wöhler, Nina Petri

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION I CANNIBALES I EXTRA-TERRESTRES

La Planète des cannibales : derrière ce titre grand-guignolesque ne se cache pas une aventure de science-fiction haute en couleurs mais une satire sociale acerbe et futuriste. Nous sommes en 2020 et l’Allemagne est devenue un état policier. Le gouvernement ayant décidé qu’une seule chaîne de télévision serait bientôt autorisée à émettre, les deux diffuseurs concurrents Alphaplus et Eurolux se livrent une guerre de l’audimat sans pitié. Le programme clef d’Alphaplus s’appelle « L’or ou la mort ». Le candidat doit y répondre à une série de questions de culture générale, à l’issue desquelles il remporte un kilo d’or ou meurt électrocuté, au choix ! Sur Eurolux, c’est le talk shaw « Cannibal Talk » qui remporte tous les suffrages. Là, un tueur anthropophage façon Hannibal Lecter (Vadim Glowna, vu notamment dans Police Python 357, Croix de fer et La Mort en direct) répond en direct aux questions des téléspectateurs et les aide à résoudre leurs problèmes ! Le pastiche de notre télévision est d’autant plus réussi que les dérives de la télé-réalité s’approchent dangereusement de ces programmes fantaisistes…

L’héroïne de cette inquiétante Planète des cannibales, Emma Trost (Minh-Khai Phan-Thi), occupe les fonctions de directrice des tendances sur Alphaplus. Un jour, son patron, le docteur Brest (Peter Fitz), lui confie une mission des plus surprenantes : retrouver des extra-terrestres qui se seraient dissimulés parmi la population… Avant qu’Emma n’ait pu rétorquer quoi que ce soit, Brest est assassiné et la voilà accusé du meurtre. En cavale, elle se joint au spécialiste de la falsification des informations Adam Singer (Florian Lukas) et finit par comprendre que les médias en général et les chaînes de télévision en particulier sont dirigés par des aliens déguisés en humains dont le but est de contrôler le cerveau des Terriens !

Les aliens sont aux commandes !

L’idée maîtresse de ce long-métrage allemand n’est finalement pas si éloignée de celle d’Invasion Los Angeles de John Carpenter, dans laquelle les extra-terrestres nous poussaient à consommer pour mieux nous asservir. La Planète des cannibales est donc une fable subversive délectable, tournée dans un somptueux noir et blanc se référant aux films de science-fiction des années cinquante. Pour des raisons à la fois budgétaires et stylistiques, le réalisateur Hans-Christoph Blumenberg évacue tout effet spécial, ce qui lui permet de mieux ancrer son récit dans un inquiétant réalisme. La satire y fait mouche, et cette œuvre méconnue mériterait une meilleure popularité, histoire de donner à réfléchir avant que ce détestable futur imaginaire ne finisse par nous rattraper.

 

© Gilles Penso

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LE CYCLOPE (1957)

Dans la jungle mexicaine, une petite expédition découvre toute une faune ayant muté à cause des radiations ainsi qu’un géant à l’œil unique…

THE CYCLOPS

 

1957 – USA

 

Réalisé par Bert I. Gordon

 

Avec Dean Parkin, James Craig, Gloria Talbot, Lon Chaney Jr, Manuel Lopez, Tom Drake, Vincent Paluda, Marlene Kloss

 

THEMA NAINS ET GÉANTS  I MUTATIONS

Avec Le Roi des dinosaures et Le Début de la fin, le cinéaste Bert I. Gordon avait déjà largement justifié l’acronyme formé par ses initiales en mettant en scène des reptiles et des insectes aux proportions alarmantes. Tourné dans la foulée, Le Cyclope permet à « Mister Big » de poursuivre ses expérimentations dans le domaine du gigantisme animalier tout en ajoutant un nouvel élément contre-nature à sa collection : le géant humain, qui deviendra une autre de ses figures fantastiques récurrentes. L’intrigue se situe au Mexique. Bien décidée à retrouver son fiancé, qui s’est crashé dans la jungle trois ans plus tôt, Susan Winter (Gloria Talbot, héroïne la même année de La Fille du docteur Jekyll) parvient à convaincre trois hommes de l’accompagner à sa recherche. Si l’un des membres de la petite expédition n’est pas insensible aux charmes de la jolie commanditaire, les deux autres n’ont d’yeux que pour les réserves d’uranium qu’ils espèrent trouver sur place. Le plus cupide des deux est incarné par ce bon vieux Lon Chaney Jr qui, dans le registre bourru et rustre, en fait des caisses.

Après avoir atterri en catastrophe, notre quatuor installe un camp de fortune et Bert I. Gordon reprend ses habitudes. Car aussitôt, la forêt révèle une faune disproportionnée : une araignée géante qui pousse des miaulements stridents (!), un rongeur gros comme un chien que saisit un rapace titanesque, et deux lézards colossaux (fort mal incrustés) qui se lancent dans un combat similaire à ceux qui émaillaient Le Roi dinosaure. Dans le scénario, le pugilat était peut-être épique, mais à l’écran c’est une autre paire de manches. Les sauriens apathiques, probablement titillés par quelques techniciens désabusés, se contentent en effet de se coucher l’un sur l’autre avant d’enchaîner de molles cabrioles. Toutes ces étranges mutations sont dues à la radioactivité particulièrement virulente en ces lieux.

Cyclope m’était conté

Lorsque surgit enfin le cyclope du titre, Gordon parvient à ménager quelques beaux moments d’épouvante. La créature, haute d’une bonne dizaine de mètres, apparaît subitement alors que nos héros exploraient sa caverne et exhibe un faciès particulièrement hideux. La partie droite de son visage n’est plus que de la chair flasque. La moitié de sa bouche, décharnée, arbore des dents démesurées et le monstre n’a plus qu’un œil, sous forme d’un globe oculaire rond et énorme sur la partie gauche de son visage. Saisissant, le maquillage est l’œuvre de Jack H. Young. Il ne faut pas longtemps à nos protagonistes pour comprendre que ce géant peu recommandable, chauve et vêtu d’une espèce de peau de bête, est en réalité l’ex-fiancé de Susan, transformé comme les animaux par les radiations environnantes. Sous l’influence de King Kong, Gordon nous offre quelques morceaux de choix : le cyclope se laisse attendrir par la belle, la capture, l’observe énamouré, se bat contre un serpent géant, puis poursuit les explorateurs dans la forêt, avec pour toute répartie des grognements pathétiques. Le final, quant à lui, puise aux sources mythologiques, le destin du colosse se calquant sur celui du Polyphème de l’Odyssée. Le Cyclope sera le premier volet d’une sorte de trilogie, suivi par Le Fantastique homme colosse et Le Retour de l’homme colosse.

 

© Gilles Penso

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HOUSE OF THE DEAD (2003)

Invités à participer à une rave party sur une île isolée, de jeunes fêtards doivent affronter une horde de zombies déchaînés…

HOUSE OF THE DEAD

 

2003 – CANADA / USA / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Uwe Boll

 

Avec Jonathan Cherry, Jürgen Prochnow, Tyro Leitso, Clint Howard, Ona Grauer, Ellie Cornell, Will Sanderson, Enuka Okuma

 

THEMA ZOMBIES

Certains producteurs hollywoodiens ne vont pas chercher leurs idées bien loin. Le succès de Resident Evil ayant laissé entendre que l’équation « jeu vidéo + zombies » était rentable, il n’était pas étonnant outre mesure de voir débarquer dans la foulée une autre adaptation de jeu à base de morts-vivants, en l’occurrence le bien nommé « House of Dead » de Sega. Dès les premières séquences, le film d’Uwe Boll ne laisse guère germer d’espoirs. Qu’on en juge donc : un groupe de jeunes fêtards embarque à bord d’un bateau dirigé par un capitaine nommé Kirk (d’où quelques jeux de mots destinés aux amateurs de Star Trek et de nombreux rires gras). Peu enclin à la rigolade, l’imperturbable marin est interprété par rien moins que Jürgen Prochnow (il porte d’ailleurs le même uniforme que dans Das Boot), et ses passagers souhaitent atteindre une petite île sur laquelle se déroule la rave party du siècle. Peu sensibles au fait que le lieu porte le charmant nom de « Isla del Muerte », les joyeux drilles découvrent bien vite que les autres participants de la fête ont été décimés par une horde de zombies, et qu’ils sont les prochains au menu. Rejoignant un groupe de survivants menés par une jeune femme répondant au nom évocateur de Liberty (Kira Clavell), ils s’emparent de l’armement de contrebande contenu dans la cale du capitaine Kirk et organisent une vaillante résistance contre leurs assaillants en décomposition.

Peut-être aurait-on accepté le scénario inepte, les dialogues ridicules, les personnages inexistants, les comédiens qui n’y croient pas du tout et les réactions stupides si House of Dead s’était au moins contenté de fournir au public un spectacle horrifique digne de ce nom. Mais même en ce modeste domaine, le film échoue lamentablement. Inefficace et tape à l’œil, la mise en scène d’Uwe Boll emprunte tous les tics possibles et imaginables au cours des séquences de bataille : « bullet time » à la Matrix, ralentis à la John Woo, cascades improbables, mouvements de caméra hystériques, extraits incongrus du jeu vidéo insérés dans le montage, insupportable musique techno, tout y est !

L’ennui des morts-vivants

Quant aux zombies, ils courent et font des acrobaties, suivant la mode relancée par 28 jours plus tard, et sont affublés de maquillages assez grotesques. Quand ils ne ressemblent pas vaguement à des momies, ce sont des comédiens aux visages blafards ou de gros bibendums portant un masque de latex. Ridicule de bout en bout, House of Dead ose même la mauvaise imitation des Dents de la mer, avec la fille nue qui se jette à la mer tandis que son copain ivre l’attend sur le sable, les prises de vues sous-marines et même une musique plagiant celle de John Williams. Du coup, le clin d’œil cinéphilique formulé par l’un des protagonistes (« on se croirait dans un film de George Romero ») tombe comme un cheveu dans la soupe. L’édifiante révélation finale (un prêtre maléfique du 16ème siècle fabrique des zombies pour devenir immortel) s’enchaîne sur un ultime combat à l’épée, d’autant plus stupide qu’on nous a lourdement annoncé tout au long du film que l’héroïne suit des cours d’escrime. Finalement, House of Dead n’a qu’un seul avantage : faire ressembler Resident Evil à Citizen Kane !

 

© Gilles Penso

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LE DERNIER RIVAGE (1959)

Stanley Kramer décrit les conséquences d’un monde ravagé par une guerre nucléaire ayant anéanti la majorité de la population…

ON THE BEACH

 

1959 – USA

 

Réalisé par Stanley Kramer

 

Avec Gregory Peck, Ava Gardner, Fred Astaire, Anthony Perkins, Donna Anderson, John Tate, Harp McGuire, Lola Brooks

 

THEMA POLITIQUE FICTION

Nous sommes en 1964, autrement dit dans le futur – car rien n’est plus relatif que le futur, surtout au royaume de la science-fiction. La guerre nucléaire tant redoutée a finalement eu lieu. Personne ne sait trop comment elle a commencé, mais les conséquences sont catastrophiques. La totalité de la population a été anéantie, sauf sur le continent Australien. Mais pour les survivants, ce n’est qu’un sursis, car le nuage radioactif avance à grands pas et ne tardera pas à éradiquer le semblant de vie qui résiste encore. Pour mesurer le niveau de radiations sur terre et évaluer la date fatidique au-delà de laquelle tout espoir sera perdu, le capitaine Dwight Little (Gregory Peck) part en mission à bord du sous-marin Sawfish. Il est notamment épaulé par le professeur Julian Osborne (Fred Astaire, dans son premier film non musical) et par le lieutenant Peter Holmes (Anthony Perkins, un an avant Psychose). Avant que le submersible ne quitte le port, chacun s’efforce de profiter comme il peut de ses derniers instants de bonheur. A l’instar du roman de Nevil Shute dont il s’inspire (publié en 1957), Stanley Kramer opte pour un parti pris très réaliste.

Dans sa première partie, le ton du Dernier Rivage s’annonce bizarrement léger, les protagonistes n’ayant pas l’air excessivement traumatisés par leur situation post-apocalyptique. La musique est guillerette, les membres des clubs huppés sont principalement préoccupés à l’idée de ne pas avoir le temps de boire tous les grands crus de leur cave avant la fin du monde, et le professeur Osborne déclare même « on dirait un film français » en voyant le commandant Little chahuter sur la plage avec la belle Moira dont il s’est épris (Ava Gardner). Mais la légèreté n’est qu’apparente, et certains ne pensent bientôt plus qu’à une chose : comment se procurer ces fameuses pilules qui promettent une mort douce et euphorique quand le moment sera venu ? Osborne, lui, est prêt à mourir au volant d’une Ferrari qu’il a achetée une bouchée de pain. Quant à Moira, elle constate avec amertume qu’elle n’a « pas le temps d’aimer, de créer des souvenirs », n’osant arracher l’homme qu’elle aime au deuil de sa femme et de ses enfants, morts en Amérique suite aux multiples explosions nucléaires.

Une lueur d’espoir ?

Lorsque le Sawfish s’enfonce sous les eaux en direction de San Francisco et San Diego, une lueur d’espoir brille bientôt, car un message morse est capté sans discontinuité par les membres de l’équipage. La révélation de l’origine de ce message mystérieux est une extraordinaire trouvaille, dérisoire et désespérée, à l’instar du film tout entier qui bascule progressivement dans la mélancolie, tandis que les plus démunis se réfugient tardivement dans la religion (face à une grande banderole annonçant « Il est encore temps, mes frères »), à moins qu’ils n’orchestrent discrètement leur suicide pour ne pas faire face à la mort lente promise par les radiations. Les dernières images du film sont celles des grandes rues désertées de Melbourne, faisant écho à l’une des répliques de Fred Astaire : « Qui aurait pu croire l’homme assez stupide pour se rayer lui-même de la carte du monde ? ».

 

© Gilles Penso


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