TOXIC AVENGER 3 (1989)

Bricolée avec des séquences non utilisées du film précédent, cette troisième aventure confronte Toxie au diable en personne !

TOXIC AVENGER PART III : THE LAST TEMPTATION OF TOXIE

 

1989 – USA

 

Réalisé par Michael Herz et Lloyd Kaufman

 

Avec Ron Fazio, Phoebe Légère, John Altamura, Rick Collins, Lida Gaye, Jessica Dublin, Tsutomu Sekine, Michael J. Kaplan, Traci Mann, Bonnie Garvin

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I DIABLE ET DÉMONS I SAGA TOXIC AVENGER

Pour la troisième fois consécutive, Lloyd Kaufman et Michael Herz unissent leurs efforts et réalisent à quatre mains une aventure consacrée au personnage le plus célèbre de la minuscule compagnie Troma, selon une méthode de travail bien rodée. « J’étais plus spécifiquement responsable de l’écriture et de l’aspect technique du film, tandis que Michael prenait en charge la direction des acteurs », nous explique Kaufman. « Les choses se sont réparties naturellement entre nous, même si elles n’étaient pas totalement cloisonnées. » (1) Conçu majoritairement avec des chutes de Toxic Avenger 2, ce troisième opus commence par un résumé des deux premiers films puis installe son action dans un vidéoclub où des gangsters stupides saccagent les lieux (où l’amateur peut distinguer de nombreux posters de films Troma) jusqu’à ce que Toxie ne débarque pour redresser les torts. Un flash-back nous montre alors le vengeur toxique dans un bien piteux état. Comme au début du film précédent, il est déprimé à cause du manque de méchants à affronter. Pour pouvoir payer à sa petite amie Claire une opération qui lui rendra la vue, il accepte le pire des métiers : receveur des impôts. D’où un gag visuel très réussi de suicide manqué : le super-héros se place face aux phares d’un camion qui s’apprête à l’écraser… mais ce sont en réalité deux motos qui le contournent.

Hélas, le scénario se met vite à patiner, car on sent bien que le film est bricolé avec des bouts inutilisés du précédent. D’où un inévitable sentiment de déjà vu, comme si tout recommençait sans tenir compte de Toxic Avenger 2. Nous avons même droit à une version raccourcie de la grande réunion des méchants d’Apocalypse Inc. Si ce n’est que cette fois-ci, le président de la compagnie est un émule de Satan qui convainc Toxie de signer un pacte avec son sang en échange d’une coquette somme d’argent qui lui permettra de payer l’opération de Claire. Le héros boursouflé travaille donc naïvement pour les méchants sans se rendre compte qu’il participe à l’établissement d’un régime totalitaire. Bientôt, il devient la parfaite caricature d’un yuppie arriviste. Cet aspect-là du film est intéressant, mais il n’y a quasiment plus d’histoire, juste un enchaînement de saynètes plus ou moins distrayantes. Le film se rattrape avec de nouveaux excès gore cartoonesques (les intestins arrachés et transformés en corde à sauter, la main découpée dans le magnétoscope), des idées visuelles surprenantes (le cauchemar où Toxie affronte le Melvin du premier film incarné ici par Michael J. Kaplan) ou des gags absurdes (la scène d’amour avec Claire qui se termine en son et lumière avec des bulles, de la fumée et un feu d’artifice). Phoebe Légère elle-même prouve une nouvelle fois qu’elle n’est pas qu’une jolie bimbo mais aussi une chanteuse à la voix impressionnante et une musicienne qui taquine l’accordéon avec dextérité.

Tromatismes

La dernière partie du film prend une tournure spectaculaire avec la métamorphose du président d’Apocalypse Inc. en véritable diable. Le démon surgit littéralement de ses entrailles : d’abord une main griffue, comme à la fin de Evil Dead, puis une tête grimaçante vomissant des paquets de vers fumants. Son visage est hérissé de cornes, des ailes repliées derrière son dos, bref c’est un monstre digne de ce nom, que Toxie affronte vigoureusement, jusqu’à se décomposer pour se muer en squelette géant. Côté action, effets spéciaux et cascades (l’étonnante séquence du bus scolaire), le dernier acte de Toxic Avenger 3 s’avère donc généreux, même si le spectacle reste « sage » au regard du premier Toxic, pour que cet opus et son prédécesseur puissent bénéficier d’une distribution plus large. Les producteurs se rattraperont avec un quatrième épisode beaucoup plus graveleux et sanglant. « Effectivement, nous avons pu faire ce que nous voulions sans la moindre entrave dans Toxic Avenger 4 », nous confirme Lloyd Kaufman. « C’était une manière de nous racheter des compromis que nous avions fait sur le second et le troisième film. » (2)

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

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PREHYSTERIA (1993)

Le jeune protagoniste de Last Action Hero rencontre une demi-douzaine de dinosaures miniatures dans cette production Charles Band

PREHYSTERIA !

 

1993 – USA

 

Réalisé par Charles et Albert Band

 

Avec Austin O’Brien, Brett Cullen, Colleen Morris, Samantha Mills, Tony Longo, Stuart Fratkin, Stephen Lee, Tom Williams

 

THEMA DINOSAURES I SAGA CHARLES BAND I PREHYSTERIA

Alors que Roger Corman avait exploité le filon Jurassic Park sous un jour sanglant et futuriste via son opportuniste et dispensable Carnosaur, Charles Band, lui, a choisi un style familial, presque disneyen. C’est l’occasion pour lui d’inaugurer Moonbeam Entertainment, une société sœur de sa compagnie de production Full Moon consacrée aux films pour enfants. Nous aurions largement tendance à préférer cette variation sur la vogue des dinosaures, cultivant l’originalité et la comédie là où Carnosaur jouait tranquillement la carte du déjà-vu. Assez curieusement, ce Prehysteria inspiré d’une idée du graphiste Peter Von Sholly serait même presque plus spielbergien que Jurassic Park lui-même, avec son prologue calqué sur celui des Aventuriers de l’arche perdue et ses créatures que les enfants cachent aux adultes comme ceux de E.T. Charles Band étant un très grand fan de Spielberg, ceci explique cela. Malin, le producteur/réalisateur sait que Jurassic Park va provoquer une « dinomania » mais que les plus jeunes spectateurs ne pourront pas aller le voir à cause de sa violence. Prehysteria a donc de bonnes chances de les attirer dans les rayons des vidéoclubs. Charles Band co-réalise le film avec son père Albert Band, mais leurs plannings respectifs les obligent à se passer le relais pendant le tournage sans jamais travailler simultanément. « C’était devenu une blague sur le plateau », se souvient le producteur. « Chaque matin, les acteurs se demandaient lequel des deux Band serait leur metteur en scène. » (1)

Ici, sous un prétexte très évasif, les dinosaures sont lilliputiens. L’archéologue Rico Sarno (Stephen Lee) les découvre d’abord sous forme de cinq œufs, dans une caverne inexplorée depuis l’aube de l’humanité. Par hasard, il perd sa fabuleuse cargaison qui échoue dans la ferme de Frank Taylor (Brett Cullen), père de Jerry (Austin O’Brien, partenaire d’Arnold Schwarzenneger dans Last Action Hero) et Monica (Samantha Mills). C’est là que les ennuis commencent. Le chien de la famille Taylor couve les œufs qui ne tardent pas à libérer des mini-dinosaures. Immédiatement adoptés par la progéniture du fermier, les cinq sauriens se voient affublés de noms de rock stars liés à leur physique (une idée drôle et finalement assez plausible de la part de deux enfants imaginatifs). Le T-Rex est donc baptisé Elvis (parce que c’est le « king » des dinosaures), le stégosaure Jagger (à cause de son bec rouge qui évoque la bouche du leader des Rolling Stones), le brachiosaure Paula (pour son regard charmant), le chasmosaure Hammer (son museau a des allures de bouc) et le ptéranodon Madonna (parce qu’il possède une crête décolorée). Ces créatures miniatures sèment une joyeuse zizanie dans la maison, jusqu’au jour où Rico Sarno et ses hommes surviennent pour les récupérer…

Chérie, j'ai rétréci les dinos !

Animés tour à tour en stop-motion ou mécaniquement par le talentueux David Allen et son assistant Chris Endicott, ces cinq sauriens miniatures sont crédibles et dotés de fortes personnalités – en particulier le tyrannosaure et le ptéranodon. « J’aurais préféré faire plus appel à l’animation sur ce film », avouait Allen quelques années plus tard, « mais Charles Band n’a mis à notre disposition que huit semaines pour la post-production complète du film. Les marionnettes nous ont donc permis de gagner du temps. » (2) Quand on sait que Ray Harryhausen passait en moyenne une année à animer les monstres de chacun de ses films, on comprend mieux les contraintes de temps évoquées par David Allen. Au-delà de ses effets spéciaux inventifs, Prehysteria présente l’avantage de mettre l’accent sur ses personnages humains et leurs caractères, au sein d’une famille un peu dysfonctionnelle : le père maîtrise moyennement son autorité parentale et le fils est partagé entre la complicité paternelle et celle de sa sœur. Comme en outre la mise en scène de Charles et Albert Band est tout à fait à la hauteur, Prehysteria demeure un divertissement fort réussi, qui sortira en France en VHS sous le titre Dinosaures Story et donnera naissance à deux séquelles tout à fait anecdotiques conçues elles aussi pour le marché de la vidéo.


(1) Extrait de l’autobiographie de Charles Band « Confessions of a Puppet Master » (2022)

(2) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998

 

© Gilles Penso

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TOXIC AVENGER 2 (1989)

Le vengeur toxique de Troma revient lutter contre le mal et part chercher ses origines en plein Japon…

TOXIC AVENGER PART II

 

1989 – USA

 

Réalisé par Michael Herz et Lloyd Kaufman

 

Avec Ron Fazio, John Altamura, Phoebe Legere, Rick Collins, Rikiya Yasuoka, Tsutomu Sekine, Mayako Katsuragi

 

THEMA SUPER-HÉROS I MUTATIONS I SAGA TOXIC AVENGER

C’est pendant la promotion du premier Toxic à Tokyo que naît dans l’esprit de Lloyd Kaufman l’envie d’une séquelle majoritairement située au pays du soleil levant. « L’idée que Troma, la plus petite compagnie de production du monde ou presque, se retrouve au Japon, qui était à l’époque le pays le plus riche de la planète, ne manquait pas d’ironie », nous avoue-t-il (1). Gentiment satirique, le prologue nous offre la vision caricaturale d’une ville américaine idéale où les citoyens dansent dans la rue, fabriquent du jus d’orange, font du vélo et baignent dans la jovialité. Le crime ayant été éradiqué, notre vengeur toxique accepte un travail de concierge dans un centre pour aveugles. Mais c’est le calme avant la tempête. Car la sinistre multinationale Apocalypse Inc. menace de prendre le contrôle de Tromaville pour lui redonner son statut de ville la plus polluée du monde. Au cours de la réunion d’une impressionnante bande de malfrats dans une vaste demeure qui ressemble à celle d’Al Pacino dans Scarface (avec parmi les gangsters un homme aux allures de Robert de Niro dans Angel Heart), nous avons droit à une improbable explication scientifique : ce sont des particules biochimiques nommées Tromatons, présentes dans le corps de Toxie, qui le poussent à détruire le mal. Pour se débarrasser de ces particules (et donc de leur ennemi juré), le PDG d’Apocalypse Inc. mobilise les plus grands spécialistes de la section japonaise. « Tout le monde sait que si vous voulez quelque chose qui fonctionne, vous achetez un produit japonais » commente l’une des vilaines.

Victime d’une grave dépression à cause du manque de méchants à affronter, Toxie apprend que son père Phinneas T. Junko, alias Big Mac, vit au Japon. Il traverse donc l’océan sur une planche à voile, serpillère à la main, et débarque sur une plage nippone « à la manière de Godzilla », c’est-à-dire en terrorisant les Tokyoïtes. Prenant la relève de Mark Torgl, Ron Fazio endosse le costume du monstre dans ce second opus. Le maquillage ayant évolué, la physionomie de Toxie n’est plus tout à fait la même, avec notamment un œil gauche pendouillant plus mobile que dans le premier film. La petite amie du héros aussi a changé de visage. « Andree Maranda, qui jouait Sara dans le premier Toxic Avenger, a disparu de la circulation après le film », explique Lloyd Kaufman. « Nous avons perdu son contact et nous n’avons pas pu l’engager pour la séquelle. Un soir, dans un night-club, j’ai découvert la comédienne et chanteuse Phoebe Légère. Je me suis dit qu’elle s’intègrerait parfaitement à l’univers des films Troma. Elle n’avait pas d’expérience dans le cinéma, mais ça m’importait peu. Nous lui avons fait passer une audition et elle était parfaite. » (2) C’est effectivement une très bonne pioche, Phoebe Légère s’avérant bien plus pétillante et drôle que sa devancière.

Moins de gore, plus de gags

Bien sûr, la subtilité n’a pas fleuri depuis l’épisode précédent et la mise en scène reste très maladroite (assurément, Michael Hertz et Lloyd Kaufman sont meilleurs commerçants que réalisateurs). Pour autant, ce second Toxic Avenger se regarde avec entrain, en grande partie grâce à ses penchants burlesques pleinement assumés. L’humour omniprésent se partage entre les gags absurdes à la ZAZ (le nombre incalculable de méchants qui s’extraient d’une Limousine apparemment aussi grande que le sac de Mary Poppins), les gags scatos (Toxie déclenche des éclairs électriques lorsqu’il est aux toilettes) et les clins d’œil référentiels (le cinéma qui projette Apocalypse Now). Victime de son succès, le vengeur toxique est devenu depuis le premier film héros de bandes dessinées et de dessins animés, ce qui entraîne l’atténuation des effets gore par rapport au premier volet. « C’est l’une des raisons », avoue Kaufman. « L’autre est liée à l’accord que nous avons signé avec Warner Bros qui s’est occupé de la distribution du film en vidéo. Pour que cet accord soit accepté, il nous fallait une classification R au moment de la sortie au cinéma, autrement dit une autorisation aux mineurs accompagnés d’un adulte. Nous avons dû nous réfréner sur le sexe et l’horreur pour éviter l’interdiction aux moins de 18 ans. » (3) Le sort réservé aux malfrats qui se heurtent au héros radioactif relève donc plus du cartoon à la Tex Avery que du film d’horreur (l’un est coupé en morceaux par la machette d’un cuisinier, l’autre transformé en ballon de basket humain, un troisième a son nez réduit à l’état de friture en forme de poisson, un autre encore est plongé dans un jacuzzi bouillonnant devenu marmite pleine de légumes…). Face au premier montage du film – qui dure quatre heures – Herz et Kaufman prennent la sage décision de le couper en deux pour alimenter un troisième épisode post-produit dans la foulée.

 

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2018

 

© Gilles Penso

 

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BLACK WIDOW (2021)

Sacrifiée dans Avengers Endgame, la Veuve Noire de Marvel revient faire un tour de piste le temps d’une prequel centrée sur son passé…

BLACK WIDOW

 

2021 – USA

 

Réalisé par Cate Shortland

 

Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour, Rachel Weisz, O.T. Fagbenle, William Hurt, Ray Winstone, Olivier Richters

 

THEMA SUPER-HÉROS I SAGA MARVEL I AVENGERS

Il fut longtemps question d’un long-métrage entièrement consacré à la pugnace Natasha Romanoff. Mais depuis son apparition sous les traits de Scarlett Johansson dans Iron Man 2, la Veuve Noire créée par Stan Lee s’est contentée de jouer les seconds rôles au sein des aventures collégiales des Avengers, laissant souvent la vedette à ses partenaires masculins. Il semblait légitime que l’espionne russe reconvertie en super-héroïne ait enfin droit à son propre film. Seulement voilà : Black Widow a-t-il été mis en chantier pour les bonnes raisons ? Après son décès spectaculaire dans Avengers Endgame, la fière combattante donnait le sentiment d’avoir fait son temps et de s’être inscrite dans tous les arcs narratifs susceptibles de la concerner. Alors pourquoi une prequel si tardive ? Manifestement, la réponse est liée à des raisons beaucoup moins scénaristiques que politiques. Si Black Widow existe, ce n’est pas tant pour enrichir narrativement le Marvel Cinematic Universe que pour sacrifier à la mode idéologique du moment qui, sous prétexte de lutter contre les discriminations, favorise un communautarisme excessif où chaque groupe se cloisonne et s’isole des autres. De fait, lorsqu’est née l’idée de Black Widow, Disney n’a pas cherché à se rapprocher d’un metteur en scène susceptible d’apposer une vision et un univers adaptés au scénario, mais s’est simplement mis en quête d’une réalisatrice – entendez une femme – peu importe laquelle ! Près de 70 candidates ont été interviewées pour le poste, preuve que le studio avançait à l’aveuglette, s’intéressant plus au sexe de son metteur en scène qu’à sa personnalité.

C’est donc la cinéaste australienne indépendante Cate Shortland qui hérite de la réalisation du film. Spécialisée dans les drames intimistes (Le Saut périlleux, Lore, Berlin Syndrome), on la sent fatalement comme un poisson hors de l’eau à la tête d’une telle production. Il lui semble surtout impossible d’imprégner le film de sa propre sensibilité, tant le scénario coche avec minutie les cases de son cahier des charges. Commercialement, Black Widow est conçu pour relancer la franchise Marvel en laissant éclore un nouveau personnage susceptible de succéder à Natasha Romanoff dans d’éventuelles séquelles (sa jeune sœur Yelena Belova incarnée par Florence Pugh). Pourquoi pas ? Après tout, il faudra bien combler le vide laissé par la mort de la Veuve Noire. Éthiquement, c’est plus compliqué. Sous couvert de pamphlet contre le sexisme, Black Widow opte pour la caricature sans jamais chercher la nuance (dans la même mouvance que le navrant Charlie’s Angels d’Elizabeth Banks). Tous les personnages féminins du film sont donc des combattantes émérites victimes de l’oppression que leur font subir les hommes. Les figures masculines, de leur côté, se divisent en quatre catégories : les super-vilains odieux (le général Dreykov), les montagnes de muscles stupides (Alexei Shostakov et tous ses compagnons de prison), les faire-valoir insipides (Rick Mason) ou les militaires hostiles (Thaddeus Ross et ses soldats). Quant à l’intrigue, elle raconte avec la finesse d’un marteau piqueur l’émancipation de la femme hors du joug du mâle dominateur qui se protège derrière ses phéromones (au sens propre) ! 

Être une femme libérée, c’est pas si facile !

Le pire, dans cette affaire, c’est que les dirigeants de Marvel se soucient probablement de la cause féministe comme de leur première liquette. Mais c’est dans l’air du temps, ça donne bonne figure et ça redore le blason d’un grand studio désireux de véhiculer une image progressiste aux yeux de l’opinion publique. Black Widow se complaît tant dans cet opportunisme qu’il en oublie de construire une intrigue digne de ce nom. Les scènes s’accumulent sans la moindre progression dramatique, les séquences d’action se parent de cascades certes audacieuses mais gâchées par une mise en scène dénuée de point de vue (ces plans très larges en plongée qui s’insèrent n’importe comment dans le montage pour tenter de le dynamiser), la quête de l’émotion facile fait long feu (une blague ici, une larme là) et la musique assommante de Lorne Balfe (qui recycle la cacophonie de Mission Impossible Fallout) parachève le massacre. La phase IV du Marvel Cinematic Universe démarre donc sans grand panache. C’est d’autant plus dommage que nous étions tout disposés à soutenir une super-héroïne féministe digne de ce nom. Mais en ce domaine, la Wonder Woman de Charles Moulton semble décidément indétrônable.

 

© Gilles Penso

 

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TETSUO (1989)

Un film expérimental et inclassable dans lequel un individu se métamorphose progressivement en « homme-métal »…

TETSUO

 

1989 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Tomorowo Taguchi, Kei Fujiwara, Nobu Kanaoka, Renji Ishibashi, Shinya Tsukamoto, Naomasa Musaka

 

THEMA MUTATIONS

Shinya Tsukamoto a de la suite dans les idées. Pendant ses études, il écrit et met en scène des pièces de théâtre expérimentales dans lesquelles le corps de ses héros se recouvre de pièces métalliques. Plus tard, il se lance dans des courts-métrages en 8 mm reprenant les mêmes thématiques (notamment Futsû saizu no kaijin et Les Aventures de Denchu Kozo). Il décide logiquement de creuser le même sillon à l’occasion de son premier long-métrage, qu’il réalise dans des conditions extrêmement modestes, avec un budget et une équipe technique réduits à leur plus simple expression. Abordant pour la première fois le format 16 mm, il finance Testuo avec ses propres deniers et tourne pendant près de deux ans. Deux des rôles principaux sont tenus par lui-même et Kei Fujiwara, qui s’occupe avec lui des prises de vues et prête son appartement pour une grande partie des séquences du film. Le reste des décors est principalement constitué de décharges publiques où le réalisateur puise la grande majorité de ses accessoires. Testuo se tourne dans des conditions si difficiles que les membres de l’équipes jettent l’éponge les uns après les autres, Tsukamoto se retrouvant quasiment seul avec son acteur Tomorowo Taguchi pour finir le film. L’expérience est douloureuse, à tel point que le réalisateur pense abandonner plus d’une fois. Mais il tient bon, et l’avenir lui donnera raison : Testuo est devenu une œuvre culte sur les cinq continents.

Dans le recoin sinistre d’une ruelle glauque où s’entremêlent des tuyaux, des câbles et de la ferraille, un homme s’isole, fébrile, s’entaille profondément la cuisse et y insère une grande tige filetée. Puis il bande sa plaie, souffre, transpire abondamment. Lorsqu’il découvre que sa blessure est infestée de vers grouillants, il panique, s’enfuit en hurlant et est violemment heurté par une voiture, tandis que résonne soudain une ritournelle enjouée au saxophone. Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que Shinya Tsukamoto nous annonce la couleur : Testuo sera inconfortable, insaisissable et imprévisible. Nous changeons alors de protagonistes pour nous intéresser à celui qui – nous l’apprendrons plus tard – était au volant de la voiture au moment de l’accident. En se rasant le matin, il constate qu’un morceau de métal sort de sa joue. En essayant de l’extirper, il provoque une belle gerbe de sang. Poursuivi dans le métro par une femme dont le corps est envahi par le métal, il subit bientôt lui-même une terrible métamorphose…

Métal hurlant

Interrogé sur ses sources d’inspiration, Tsukamoto cite Federico Fellini, David Cronenberg et David Lynch. Si le caractère onirique des films du réalisateur de Huit et demi vient effectivement à l’esprit, on pense surtout aux expérimentations achromes d’Eraserhead et au concept de la « nouvelle chair » de Videodrome, où fusionnaient déjà l’homme et le métal. Pour autant, Testuo ne ressemble à rien de connu. Inscrit résolument dans la mouvance cyberpunk, porté par une musique industrielle, filmé dans un noir et blanc rugueux, cadré souvent par une caméra portée accidentée, le film est sans cesse déstabilisant. La pauvreté des moyens mis à la disposition du réalisateur finit par stimuler son inventivité, prompt à déployer toutes les techniques à sa disposition (montage nerveux, accélérés, hyperlapses, stop-motion, pixillation, mixage de 16 mm et de vidéo) pour renforcer le caractère expérimental de son premier long-métrage. Chacun sera libre de lire entre les lignes de ce récit chaotique les métaphores qu’il voudra (la déshumanisation de la société, la dépendance aux machines, l’addiction, la culpabilité, les déviances, le fétichisme), mais Testuo est une expérience bien plus viscérale qu’intellectuelle, ponctuée d’imageries biomécaniques démentielles où vient se nicher un étrange sens de l’humour (le pénis foreuse !) et un anarchisme insolent qui s’expose ouvertement au moment du dénouement. Chouchou des festivals du monde entier, Tetsuo fait connaître son instigateur aux amateurs d’un cinéma « autre » et sera suivi par deux séquelles : Tetsuo 2 en 1992 et Tetsuo : the Bullet Man en 2009.

 

© Gilles Penso

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SUPERMAN 4 (1987)

Cannon Films récupère la franchise du plus célèbre des super-héros et plonge Christopher Reeve dans une aventure parfaitement improbable…

SUPERMAN 4 : THE QUEST FOR PEACE

 

1987 – USA

 

Réalisé par Sidney J. Furie

 

Avec Christopher Reeve, Gene Hackman, Mark Pillow, Jackie Cooper, Marc McClure, Mariel Hemingway, Margot Kidder

 

THEMA SUPER-HÉROS I EXTRA-TERRESTRES I SAGA DC COMICS I SUPERMAN

Dans la foulée de Superman 3, les frères Alexandra et Ilya Salkind confient à Jeannot Szwarc la réalisation d’un très anecdotique Supergirl, qui sort en 1984 et ne rameute guère les foules. Persuadés d’avoir exploité le héros et ses personnages dérivés au maximum de leurs possibilités, les producteurs en cèdent les droits à Menahem Golan et Yoram Globus, dont la société de production Cannon s’est alors spécialisée dans les films d’action musclés avec des têtes d’affiches telles que Chuck Norris ou Lou Ferrigno. Golan et Globus, heureux de pouvoir récupérer la franchise, persuadent Christopher Reeve de réendosser la cape de Kal-El (en échange d’un droit de regard sur le scénario) et Gene Hackman de revenir jouer le maléfique Lex Luthor (en contrepartie d’un chèque généreux). Sur leur lancée, ils proposent successivement la réalisation de Superman 4 aux deux Richard (Donner et Lester) mais aucun des deux n’est intéressé. Même Wes Craven est un temps sollicité, même si son incursion précédente dans l’univers des comic books (La Créature du marais) n’était pas particulièrement concluante. C’est finalement Sidney J. Furie, signataire de l’excellent thriller surnaturel L’Emprise, qui occupe le siège du réalisateur.

Inspiré d’une idée que Christopher Reeve élabora lui-même, le scénario surfe sur les craintes générées par la Guerre Froide et par la course à l’armement nucléaire. L’idée se défend, mais la naïveté de sa mise en application lui ôte toute pertinence. Qu’on en juge : Superman reçoit un jour la lettre d’un écolier qui lui demande d’intervenir contre la menace atomique. Touché, le super-héros réunit alors toutes les armes nucléaires de la planète et les jette dans le soleil pour les détruire ! Mais Lex Luthor, qui vient de s’évader de prison, se débrouille pour que l’une des armes expulsées par Superman contienne de l’ADN du super-héros (récupéré sur une de ses mèches de cheveux exposées dans un musée). La réaction ne tarde pas à se manifester sous forme d’un Homme Nucléaire qui menace le monde tout entier !

Plus dure sera la chute…

Avec un script aussi puéril, ce quatrième opus court évidemment à la catastrophe, malgré la volonté manifeste d’évacuer tout l’humour parodique du troisième épisode pour mieux se recentrer sur le concept initial. Comme en outre les effets spéciaux s’avèrent souvent abominables (à cause d’un budget initialement chiffré à 36 millions de dollars et brusquement réévalué à 17 millions en cours de tournage), le film ne convainc personne et s’avère être un échec cuisant. Les coupes budgétaires entraînent des raccourcis à tous les niveaux de la production : décors au rabais, séquences abandonnées, et l’emploi d’un comédien inconnu (au look invraisemblable) dans le rôle de l’homme nucléaire. La logique aurait voulu que Christopher Reeve l’incarne aussi, dans la mesure où il s’agit d’une sorte de jumeau maléfique. Mais Golan et Globus oublient cette idée, moins par crainte de l’effet de déjà vu avec Superman 3 que de peur que l’acteur star ne réclame un cachet trop élevé ! C’est donc un échec sur toute la ligne. Un Clark Kent adolescent poursuivra ses aventures sur le petit écran dans la série Superboy, entre 1988 et 1990, et le héros figurera dans de nombreuses séries animées, mais le cinéma lui fermera longtemps ses portes. Ce ne sont pourtant pas les projets qui manquent pendant les deux décennies qui suivent. Entre le Superman 5 d’Albert Pyun, le Superman Reborn de Kevin Smith et le Superman Lives de Tim Burton (avec un Nicolas Cage euphorique à la perspective d’incarner le rôle-titre), « l’homme d’acier » jouera ainsi l’Arlésienne pendant vingt ans sans jamais crever l’écran, jusqu’à ce que Bryan Singer ne parvienne enfin à mettre fin à cet interminable jeu des chaises musicales avec Superman Returns en 2006.

 

© Gilles Penso


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LE DERNIER WEEK-END (2011)

Trois collègues de travail vont mettre leur amitié à l’épreuve le temps d’un week-end de détente qui vire au cauchemar

EL ÚLTIMO FIN DE SEMANA

 

2011 – ESPAGNE

 

Réalisé par Norberto Ramos del Val

 

Avec Irene Ubio, Alba Messa, Silma López, Nacho Rubio, Marián Aguilera, Javier Albalá, Jorge Anegón

 

THEMA TUEURS I EXTRA-TERRESTRES

Le Dernier week-end est le troisième long-métrage de Norberto Ramos del Val, après son thriller policier Muertos comunes et le pilote d’une série inachevée baptisée Hienas. Réalisateur de nombreux courts-métrages, le cinéaste opiniâtre sait que son univers se prête mal aux financements officiels et aux compagnies de production argentées. Il décide donc de persister dans le domaine du cinéma indépendant en autoproduisant avec les moyens du bord Le Dernier week-end, une fausse comédie légère qui bascule sans préavis dans l’horreur puis dans la science-fiction. Le film est co-écrit avec Javier Sánchez Donate, les deux hommes gardant toujours en tête le fait que le budget pour porter les mots à l’écran sera anémique. Norberto Ramos del Val embarque donc avec lui un petit groupe de comédiens peu connus, une équipe technique réduite au nombre ridicule de quatre personnes et part s’installer dans les décors naturels de sa Cantabrie natale, dans le nord de l’Espagne, pour un tournage de deux semaines dans des conditions forcément précaires.

Pour fêter sa promotion professionnelle, Diana (Irene Rubio) décide d’inviter ses collègues de travail Lisi (Alba Messa) et Leo (Silma López) le temps d’un week-end de détente dans la maison de sa grand-mère, au fin fond d’un village isolé sur la côte. Les trois amies semblent sur le point de passer un moment joyeux et agréable, mais chacune d’elle cache des failles qui ne demandent qu’à se rouvrir. Le traumatisme que Diana a vécu suite à l’accident de voiture qu’elle a provoqué est encore très vif. Leo, de son côté, souffre de l’emprise d’une mère extrêmement possessive dont elle vient de se séparer au cours d’une altercation très violente. Quant à Lisi, elle cache ses tourments derrière un comportement libertin à la limite de la nymphomanie. C’est d’ailleurs dans l’espoir de passer du bon temps qu’elle greffe à la dernière minute leur collègue Roque (Nacho Rubio) à ce week-end de filles. Le soleil, la plage, l’alcool, tous les ingrédients semblent réunis pour deux jours parfaits. Ce n’est bien sûr qu’un mur de fumée, car les rancœurs, les ressentiments et les petits secrets commencent à affleurer. Puis il y a ces rumeurs sur d’étranges expériences qui seraient menées aux confins du village. L’inquiétude monte d’un cran lorsque Leo voit surgir un homme étrange en bleu de travail qui semble la suivre en silence…

Dans la tradition de l’épouvante espagnole à l’ancienne

Lorsqu’on lui demande de citer ses sources d’inspiration, Norberto Ramos del Val brasse large : John Carpenter, Mario Bava, David Cronenberg, Michael Haneke, Lars Von Trier, et surtout deux de ses compatriotes dont l’influence se ressent de manière plus manifeste dans Le Dernier week-end, Jess Franco et Amando de Ossorio. A ces derniers, il emprunte l’idée de construire une atmosphère insolite et pesante, à confronter l’étrangeté de son récit au naturalisme de ses décors réels et à mêler le fantastique et l’érotisme. Certes, la nudité reste relativement « sage » dans le film, mais les comédiennes ne sont pas avares de leurs charmes et la sexualité (qu’elle soit évoquée par les mots ou par les actes) y occupe une place relativement importante. L’influence de l’épouvante ibérique des années 70 et 80 se reflète aussi dans les choix musicaux du compositeur Nicklas Barker, dont la partition étrange accompagne efficacement le métrage. Mais les très faibles moyens à la disposition de Ramos del Val sautent aux yeux et dotent Le Dernier week-end d’une patine non-professionnelle qui finit par lui porter préjudice. Le rythme est languissant, les dialogues sont envahissants et l’on se demande assez rapidement où cette histoire anecdotique compte bien nous mener. Certes, la tension s’installe durablement et les rebondissements du dernier tiers du film permettent une accélération inespérée du rythme. Mais à trop vouloir tromper les spectateurs sur la tournure que prend leur scénario (Slasher ? Histoire de fantômes ? Récit de science-fiction ?), le réalisateur et son co-auteur prennent le risque de les perdre en chemin. Projeté dans de nombreux festivals, Le Dernier week-end n’a pas eu droit à une distribution digne de ce nom, ce qui explique la confidentialité dans laquelle il est resté cantonné.

 

© Gilles Penso


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ANGEL-A (2005)

Luc Besson dirige Jamel Debbouze dans un conte moderne en noir et blanc mettant en scène un ange féminin d’un genre très spécial…

ANGEL-A

 

2005 – FRANCE

 

Réalisé par Luc Besson

 

Avec Jamel Debbouze, Rie Rasmussen, Gilbert Melki, Serge Riaboukine, Akim Chir, Loïc Pora, Jérome Guesdon

 

THEMA DIEU, LES ANGES, LA BIBLE I SAGA LUC BESSON

Au début des années 2000, Luc Besson interrompt momentanément sa carrière de réalisateur pour fonder Europacorp, une société de production et de distribution ambitieuse appelée à se muer en quelques années en véritable major capable de rivaliser avec des géants tels qu’UGC ou Gaumont. Producteur et souvent scénariste de superproductions marchant sur les traces des grands succès américains (Taxi, Le Transporteur, Danny the Dog), le réalisateur du Grand bleu attend 2005 pour repasser derrière la caméra. Et là, surprise : au lieu de prendre les commandes d’un mastodonte de la trempe du Cinquième élément, il revient au scope noir et blanc de son premier long-métrage, Le Dernier combat, et concocte un scénario concentré sur une poignée de protagonistes. « J’avais besoin de prouver qu’à n’importe quel moment, même entre un Jeanne d’Arc et un Arthur et les Minimoys, j’étais capable de prendre une caméra et de faire du cinéma simplement, avec deux acteurs dans Paris », confie-t-il (1). Angel-A raconte l’histoire d’André, un petit escroc incarné par Jamel Debbouze. Criblé de dettes, menacé de mort, il s’apprête à mettre fin à ses jours. Mais au moment de faire le grand saut du haut d’un des ponts surplombant la Seine, il aperçoit Angela (Rie Rassmussen, substitut apparent de Milla Jovovich), une sculpturale jeune femme qui est sur le point de faire la même chose. Du coup, au lieu de se suicider, il sauve la belle des eaux, et celle-ci s’estime désormais redevable, le suivant partout pour l’aider à régler ses problèmes. Bientôt, André découvre qu’Angela est un ange envoyé par le ciel pour s’occuper de son cas…

De petite comédie urbaine, le film bascule donc dans le fantastique pur, sans que Luc Besson ne parvienne à aborder le sujet sous un angle d’attaque cohérent. Au lieu de laisser planer le doute quant à la nature angélique de son héroïne, il décide d’annoncer la couleur sans détour au beau milieu du métrage, mais via une poignée de petits tours de passe-passe sans envergure : un cendrier qui vole, une cigarette consumée qui se reconstitue… Du coup, lorsque les effets spéciaux spectaculaires de Buf Compagnie (fort réussis au demeurant) se déchaînent au moment du climax, déployant de larges ailes dans le dos d’Angela et la transportant dans les airs, on a beaucoup de mal à y croire.

Aime-toi toi-même

Angel-A souffre donc de son hésitation permanente entre deux partis pris (le réalisme et l’onirisme), d’autant que le scénario, peu palpitant, s’évertue à asséner à son spectateur des messages sans finesse. « Aime-toi toi-même », « Ne mens pas », « N’oublie pas que la beauté est intérieure » nous dit Angel-A, enfonçant beaucoup de portes ouvertes. Cela dit, Besson semble pleinement assumer le caractère sommaire de son conte moral. « Le sujet m’importait beaucoup, cette espèce de relation au miroir et d’acceptation de soi-même », déclare-t-il. « Nous avons tous souffert de ça, et il était normal que ce sujet me préoccupe à la quarantaine. Forcément, les gens plus jeunes, c’est-à-dire 80% du public, se sentent moins touchés. On savait donc que le film ne serait pas un triomphe au box-office, mais ce n’était pas le but. Il est quand même sorti dans quarante pays, et j’en suis très fier. » (2) Mais le film s’est depuis estompé dans les limbes de l’oubli et ressort rarement lorsqu’on évoque la carrière du cinéaste.

 

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2006

 

© Gilles Penso


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ELVIRA, MAÎTRESSE DES TÉNÈBRES (1988)

La sulfureuse présentatrice TV incarnée par Cassandra Peterson quitte les petits écrans pour tenter sa première aventure cinématographique

ELVIRA, MISTRESS OF THE DARK

 

1988 – USA

 

Réalisé par James Signorelli

 

Avec Cassandra Peterson, Morgan Sheppard, Edia McClury, Danoel Greene, Jeff Conaway, Morgan Shepard, Susan Kellerman

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Au tout début des années 80, la comédienne Cassandra Peterson s’inspire du personnage de Vampira, campé par Maila Nurmi dans les années 50 pour le programme « Movie Macabre » de la chaîne ABC, et invente son propre alter-égo gothico-comico sexy : Elvira. Maila Nurmi n’apprécie gère ce qu’elle considère comme un plagiat et porte même l’affaire devant les tribunaux, sans succès. Toujours est-il qu’Elvira devient, comme son inspiratrice, une icône de la culture populaire de son époque. Animatrice du show « Elvira’s Movie Macabre » pour KHJ, elle illumine de sa présence inoubliable (grande robe noire fendue, crinière spectaculaire, décolleté plongeant, maquillage excessif) les petits écrans américains entre 1981 et 1985 en présentant des séries B d’horreur et de science-fiction sur un ton sarcastique qui fera même des émules en France (ah, la fameuse Sangria des « Accords du diable » !). Inévitablement, Cassandra Peterson finit par caresser le rêve de porter son personnage sur le grand écran et convainc NBC de produire ce qui deviendra Elvira, maîtresse des ténèbres, en collaboration avec la compagnie New World de Roger Corman. C’est James Signorelli (réalisateur de nombreuses fausses publicités parodiques pour le « Saturday Night Live » et de la comédie Easy Money) qui hérite de la mise en scène, le scénario étant l’œuvre conjointe de Peterson, Sam Egan et John Paragon.

Après un bref extrait de It Conquered the World de Roger Corman, nous découvrons Elvira dans un exercice auto-parodique de présentatrice de films fantastiques fauchés. Blasée et aigrie, elle rêve de quitter les plateaux télévisés pour monter un grand spectacle à Las Vegas, mais les finances lui manquent cruellement pour concrétiser un tel projet. Or elle apprend que sa grand-tante Morgane – dont elle ignorait l’existence – vient de mourir et la cite dans son testament. Elvira s’embarque donc dans sa « Macabre Mobile » et débarque avec fracas dans une petite ville ultra-conservatrice du Massachusetts où sa présence délurée fait grincer toutes les dents. À l’hostilité généralisée se mêle la déception de la lecture du testament : Morgane n’a légué à Elvira que sa vieille maison en ruines (qui semble presque échappée de Psychose), un petit chien et un livre de cuisine. Or ce dernier attire la convoitise de l’antipathique oncle Vincent. Se pourrait-il que cet ouvrage contienne autre chose que de simples recettes familiales ?

Les feux de la vamp

A priori, la mécanique d’Elvira, maîtresse des ténèbres semblait taillée sur mesure pour Tim Burton et même annoncer certains des motifs d’Edward aux mains d’argent, notamment l’être gothique et « différent » parachuté au beau milieu d’une petite ville étriquée et traditionaliste. Burton, qui avait déjà brièvement dirigé Cassandra Peterson dans Pee Wee’s Big Adventure, était d’ailleurs le premier choix de la comédienne, mais il dut décliner la proposition pour se consacrer à Beetlejuice. C’est sans doute mieux ainsi. Car honnêtement, à part une mise en scène forcément plus inventive et stylisée que celle – plate et anonyme – de James Signorelli, on ne voit pas bien ce que le réalisateur d’Ed Wood aurait pu tirer d’une intrigue aussi peu palpitante. Au-delà des frictions répétées d’Elvira avec la communauté collet-monté qui la regarde d’un très mauvais œil, cette Maîtresse des ténèbres ne raconte en effet rien de très passionnant pendant une bonne heure, d’autant que le comportement vulgaire et snob de la star ne la rend pas particulièrement attachante, ce que ne tempère guère un humour balourd situé volontiers en-dessous de la ceinture. Ce n’est que dans son dernier acte que le film décolle un peu, grâce aux manifestations surnaturelles provoquées par le vieux grimoire. Les moments les plus mémorables en la matière sont probablement le surgissement du monstre dans la casserole (une marionnette conçue par l’équipe de Doug Beswick) et l’affrontement final contre le sorcier qui lance des éclairs en rotoscopie et crache des flammes en dessin animé. Sorti en salles sans grand succès, le film deviendra culte au fil des ans et finira même par générer une séquelle tardive, Elvira et le château hanté.

 

© Gilles Penso


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GORGO (1961)

Un dinosaure est ramené à la civilisation pour y être exhibé… jusqu’à ce que sa mère ne débarque pour le libérer !

GORGO

 

1961 – GB

 

Réalisé par Eugène Lourié

 

Avec Bill Travers, William Sylvester, Vincent Winter, Christopher Rhodes, Joseph O’Connor, Bruce Seton, Martin Benson

 

THEMA DINOSAURES

Le cinéaste Eugène Lourié avait déjà réalisé par le passé deux films de dinosaures attaquant la civilisation, Le Monstre des temps perdus en 1953 (avec de magnifiques effets spéciaux signés Ray Harryhausen) et The Giant Behemoth en 1959 (animé avec talent par Willis O’Brien et Pete Peterson malgré des moyens très limités). En 1961, il tente une nouvelle variante sur le thème et signe un classique du genre : Gorgo. Le prologue du film se rattache au mythe du monde perdu, puisque nous y découvrons les péripéties de Joe et Sam (Bill Travers et William Sylvester), deux aventuriers spécialisés dans la récupération des cargaisons englouties, confrontés à un raz-de-marée que provoque une éruption sous-marine en mer d’Irlande. Obligés de faire escale sur l’île de Nara, ils apprennent que les fouilles archéologiques d’un certain Mc Cartin (Christopher Rhodes) sont entravées par la disparition de deux plongeurs. Soudain, un dinosaure surgit des eaux et sème la panique parmi les insulaires. Insensible aux balles, il est mis en fuite par des jets de torches. Joe et Sam décident de s’attaquer au monstre. Au terme d’une lutte acharnée, ils le capturent et le trainent dans un filet jusqu’à Londres, où ils le vendent à un directeur de zoo qui fait très rapidement fortune. Mais la mère du saurien antédiluvien ne l’entend pas de cette oreille et décide de venir le libérer…

Gorgo se distingue d’abord de ses prédécesseurs par les monstres qu’il décrit, une mère et son rejeton victimes de la cupidité humaine. Du coup, leur violente réaction n’est que justice. Les créatures s’entourent d’une sorte d’aura mythologique induite par leur nom (« Gorgo » étant un dérivé de la gorgone des légendes grecques). Ensuite, pour une fois, les spectaculaires déploiements de l’armée (à grand renfort de stock-shots d’archive) ne servent ici strictement à rien. Les deux créatures semblent en effet indestructibles et finiront par retourner en toute quiétude au milieu marin duquel on les avait arrachées. D’ailleurs, Eugène Lourié insistera longtemps pour écarter toute intervention militaire du scénario, absurde à ses yeux. Mais Frank, Herman et Maurice King, les producteurs du film, n’envisagent pas un film de grand monstre sans le déploiement massif de l’arsenal. Ce sera l’un des regrets du cinéaste, qui récupèrera plus tard à titre privé une copie en 35 mm de Gorgo qu’il expurgera de toutes les séquences militaires.

Sous l’influence de Godzilla

L’exceptionnelle qualité des trucages optiques (qui nous offrent des tableaux surréalistes où se côtoient hommes et monstres), la très belle photographie en couleurs (privilégiant la nuit pour les apparitions des colosses préhistoriques) et la nervosité efficace du découpage font oublier que Gorgo et sa mère sont des dinosaures complètement fantaisistes, à mi-chemin entre le tyrannosaure et l’iguanodon, exagérément démesurés (l’adulte atteint près de 80 mètres de haut), affublés d’oreilles plutôt ridicules et surtout interprétés par un acteur costumé (le marionnettiste Bob Bura qui incarne tour à tour le fils et sa mère dans le même costume). Alors qu’il avait pu collaborer par le passé avec les maîtres de la stop-motion Ray Harryhausen et Willis O’Brien, Eugène Lourié doit ici composer avec les techniques popularisées par le cinéma de science-fiction japonais. Son savoir-faire technique et son sens de l’esthétique permettent tout de même de les transcender, les très spectaculaires scènes de destruction de Londres dépassant en panache celles, pourtant mémorables, du premier Godzilla. Pour payer son tribut à sa principale source d’inspiration – le « kaiju eiga » nippon -, le film sera projeté en avant-première au Japon en janvier 1961, neuf mois avant sa sortie sur les écrans du monde entier. En 1967, le réalisateur Haruyasu Noguchi en réalisera un quasi-remake avec Gappa, même si la filiation entre les deux films ne sera jamais officiellement affirmée.

 

© Gilles Penso

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