HIRUKO THE GOBLIN (1991)

Des hordes de démons s’apprêtent à déferler dans notre monde en empruntant les locaux d’une école construite sur l’une des portes de l’Enfer…

YÔKAI HANT : HIRUKO

 

1991 – JAPON

 

Réalisé par Shinya Tsukamoto

 

Avec Kenji Sawada, Masaki Kudou, Hideo Murota, naoto Takenaka, Megumi Ueno

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Après le choc de Testsuo et avant de se lancer dans sa séquelle Testsuo 2, Shinya Tsukamoto change de ton avec Hiruko the Goblin. Certes, il est toujours question d’altérations du corps humain, d’horreurs organiques et de visions cauchemardesques. Mais cette fois-ci, le cinéaste japonais brasse un public plus large et se lance dans une approche récréative du genre. Bénéficiant d’un budget plus conséquent que sur ses exercices de style précédents, il installe son équipe dans les légendaires studio de la Toho et adapte avec une vision très personnelle le manga « Ghost Hunter » de Daijiro Moroboshi. Pendant les vacances, le professeur Takashi Yabe explore les sous-sols de l’école où il travaille et y découvre une ancienne tombe d’origine inconnue. L’une de ses élèves, Tsukishima Reiko, passionnée d’archéologie, souhaite se joindre à lui, malgré ses protestations. Tous deux sont soudain attaqués par une force incroyable. À partir de là, les choses dégénèrent et un démon se met à ramper au sol en caméra subjective avec des grondements et des halètements, façon Evil Dead. Hieda Reijiro, un ami archéologue de Yabe venu à sa demande, entre alors en scène. Flanqué de trois étudiants, ce « Ghostbuster » nippon transporte dans sa valise tout un tas de gadgets de son invention bricolés pour chasser les esprits. Les visions folles s’enchaînent bientôt dans un tourbillon surréaliste, comme tous ces gens en proie à une malédiction qui s’arrachent la tête ou ce lycéen dont le dos se couvre d’une brûlure imitant le visage de chacune des victimes du démon.

Hiruko the Goblin adopte donc un ton indéfinissable, quelque part entre la comédie et l’horreur, avec en prime une pointe de poésie. Témoin cette scène incroyable où le visage de la lycéenne Tsukishima émerge à peine à la surface de l’eau, chantant une douce mélopée, jusqu’à ce que des monstrueuses pattes d’araignée surgissent de part et d’autre de sa tête et que le monstre hybride ainsi formé se déplace en rampant dans les fougères. Cette tête montée sur pattes dont la langue démesurée surgit de la bouche nous évoque bien sûr The Thing, une référence que le cinéaste assume, même si l’idée de ce démon lui trottait dans la tête avant que le film de Carpenter ne sorte sur les écrans. Inventifs en diable et réalisés pour la plupart en direct sur le plateau de tournage, les effets spéciaux du film sont souvent percutants, nimbés d’une patine « old school » du plus bel effet. C’est notamment le cas de l’animation image par image, sollicitée pour donner vie à la « tête araignée » dans les plans larges ou pour montrer les ailes qui poussent sur son corps afin de lui permettre de s’envoler dans les airs. Il faut cependant avouer que, bien souvent, la légèreté de ton et l’outrance du jeu des acteurs gâchent l’immense potentiel des nombreuses séquences horrifiques du film.

Têtes-araignées contre reptiles-insectes

Un flash-back situé à mi-parcours du métrage permet de comprendre l’origine du mal. Watanabe, le gardien de l’école, explique en effet que de tels événements funestes se sont déjà déroulés dans l’école soixante ans plus tôt. D’où ces visions hallucinantes de centaines de visages qui hurlent dans un brasier, ou encore d’un enfant dont le front est ceint de trois cornes et le dos orné de visages gravés. Il y a six décennies, la porte vers l’enfer avait été refermée. Mais Yabe vient de la rouvrir, et l’immense cratère ouvert dans les sous-sols de l’école laisse paraître des centaines de démons aux allures de grandes gueules reptiliennes montées sur des pattes d’insectes. Le grand final de Hiruko the Goblin nous offre donc l’affrontement délirant entre les araignées à tête humaines (toutes victimes de la malédiction) et les monstres reptiliens, tandis que les héros s’efforcent de refermer la porte infernale. Osant sans cesse le grand écart, Shinya Tsukamoto désamorce l’outrance de ces scènes folles par des touches d’humour incongrues (comme lorsque Hieda se défend avec une bombe insecticide !). D’une naïveté touchante, l’épilogue de ce long-métrage décidément hors-norme montre le visage de toutes les victimes voguer vers les cieux étoilés sous forme de comètes translucides et souriantes !

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

FLASH GORDON (1980)

Une adaptation kitsch, clinquante et disco du célèbre comic book d’Alex Raymond, navrante ou culte selon les goûts…

FLASH GORDON

 

1980 – USA / GB

 

Réalisé par Mike Hodges

 

Avec Sam Jones, Max Von Sydow, Melody Anderson, Ornella Muti, Timothy Dalton, Topol, Brian Blessed, Peter Wyngarde

 

THEMA SPACE OPERA

Flash Gordon est né le 7 janvier 1934 sous la plume d’Alex Raymond. Les aventures de ce héros intergalactiques aux prises avec un empereur Ming symbolisant sans fard le « péril jaune » est un succès immédiat. Le fier combattant des forces du mal, rebaptisé Guy l’éclair chez nous, sort bientôt des planches dessinées pour poursuivre ses exploits dans un feuilleton radiophonique de 1935, puis pour s’incarner en chair en os dans trois serials avec Buster Crabbe en 1936, 1938 et 1940. Curieusement, aucun long-métrage ne lui aura été consacré avant le début des années 80. Le producteur Dino de Laurentiis y pense pourtant dès les années 60, dans la foulée des deux autres adaptations de comic books qu’il a produites (Barbarella et Danger Diabolik). Mais le projet tarde à prendre son envol. George Lucas envisage lui-même de s’y coller, avant de se tourner finalement vers La Guerre des étoiles (qui de fait doit beaucoup à Flash Gordon). Federico Fellini y songe aussi, sans concrétiser l’idée. De Laurentiis revient donc à la charge, embauche le scénariste Lorenzo Semple Jr (déjà auteur du King Kong de 1976) et le réalisateur Mike Hodges (signataire du célèbre polar Get Carter avec Michael Caine). Le puissant producteur se paye un casting de luxe mais choisit de donner le rôle-titre à un inconnu, suivant la démarche des frères Salkind sur Superman. C’est donc Sam Jones qui est chargé de donner corps au puissant Flash Gordon.

Au cours du prégénérique, le sinistre empereur Ming (Max Von Sydow) décide de tromper son ennui en déchaînant sur la Terre une série de cataclysmes (ouragans, séismes, volcans et tornades). C’est alors que retentit la célèbre chanson de Queen, délicieusement eighties, tandis que s’égrènent à l’écran des images empruntées au comic-strip d’Alex Raymond. Après ce générique plein d’emphase, les deux protagonistes principaux font leur apparition : Flash, le célèbre capitaine d’une équipe de football (Sam Jones donc), et sa petite amie Dale Arden (Melody Anderson). Au milieu d’une pluie de pierres lunaires et d’une étrange éclipse, ils sont obligés de faire atterrir en catastrophe leur avion de tourisme dans le laboratoire du professeur Hans Zarkoff (Topol), un savant paranoïaque et passablement dérangé, renvoyé de la NASA après avoir clamé que la Terre était menacée par un danger intergalactique. Zarkoff, qui a construit une fusée, oblige le couple à s’envoler avec lui. Ils font cap sur la planète Mongo, où les sbires de Ming les attendent de pied ferme…

« Flash ! Ah ah ! »

Fidèle en esprit aux péripéties excessives d’un serial, le script de Lorenzo Semple Jr multiplie les rebondissements au cours desquels Flash ne cesse de frôler la mort. Mais le scénariste peine à équilibrer les deux tendances exigées par De Laurentiis, à savoir un humour proche de celui de la série Batman et des moments plus sérieux. De fait, le film semble prétexter ses origines dessinées pour caricaturer ses personnages, se contenter de dialogues simplistes et de situations absurdes. La direction artistique oscille ainsi entre l’inventivité audacieuse (les belles maquettes de vaisseaux et de palais qui émaillent le métrage, les robots en armure mi-futuriste mi-médiévale, la garde-robe d’Ornella Mutti) et le kitsch outrancier (les affreux trucages optiques, le slip en cuir de Flash, la faune hétéroclite de la planète Mongo, le monstre baveux hérissé de tentacules qui surgit dans un marécage, les bruitages de jeux vidéo). Dans le même esprit, quelques séquences très réussies (Dale dont on vide l’esprit, le duel au fouet sur une plateforme mouvante hérissée de pointes) côtoient des passages plus embarrassants (le combat cartoonesque qui prend les allures de match de foot US, l’envol des hommes-oiseaux). Démodé dès sa sortie sur les écrans, accueilli par le public avec un enthousiasme très modéré, ce Flash Gordon clinquant et disco s’est mué en petit objet de culte et ne s’apprécie désormais plus qu’au second degré.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

RAWHEAD REX, LE MONSTRE DE LA LANDE (1986)

Dans cette adaptation à petit budget d’une nouvelle de Clive Barker, un démon au faciès carnassier surgit dans la campagne irlandaise…

RAWHEAD REX

 

1986 – IRLANDE

 

Réalisé par George Pavlou

 

Avec David Dukes, Kelly Piper, Cora Lunny, Ronan Wilmot, Niall Toibin, Niall O’Brien, Heinrich von Schellendorf 

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS I SAGA CHARLES BAND

La nouvelle « Rawhead Rex » de Clive Barker est publiée une première fois dans le tome 3 des « Livres de sang » en 1984 (le recueil portera le titre de « Confession d’un linceul » pour l’édition française). L’écrivain, pas encore porté aux nues par le succès d’Hellraiser, accepte les propositions de petites productions aux maigres ambitions pour porter à l’écran ses écrits. Ainsi, dans la foulée de l’anecdotique Transmutations dont il avait écrit le scénario, il se livre une fois de plus à l’exercice pour le même réalisateur (George Pavlou), sous l’égide de la compagnie Empire Pictures de Charles Band. Le budget étant ridicule et les délais étriqués, le passage du texte au film doit se heurter à de nombreuses concessions. Le monstre vedette, que Barker imagine comme une créature de trois mètres de haut avec un faciès de « viande crue » (d’où son nom de « Raw Head »), devient du coup une sorte d’ogre en latex au masque rigide que l’équipe des effets spéciaux n’a que quatre semaines pour sculpter, mouler et mécaniser. Après le désistement de Peter Mayhew (Chewbacca), aux exigences salariales trop élevées pour la production, c’est un jeune homme inconnu de 19 ans, Heinrich Von Schellendorf, qui endosse la panoplie du démon.

L’écrivain Howard Hallenbeck (David Dukes) passe ses vacances dans la campagne irlandaise avec sa femme Elaine (Kelly Piper) et ses enfants Robbie et Minty (Hugh O’Connor et Cora Venus Lunny). Il profite de ce séjour pour enquêter sur les légendes et les vieux mythes religieux qui font l’objet de son prochain livre. D’où sa visite dans une église rurale où il photographie une série de tombes antiques. Pendant ce temps, trois fermiers tentent de retirer une colonne de pierre qui se dresse sinistrement au milieu d’un champ. Les conséquences de cet acte à priori anodin seront terribles. Après un orage surgi de nulle part, des volutes de fumée se dégagent du sol… Et voilà qu’émerge des entrailles de la terre le Rawhead Rex, un démon d’un autre âge qui s’apprête à multiplier les carnages sanglants dans la lande brumeuse…

Les dents de la terre

Les monstres diaboliques surgis d’ancestrales malédictions sont généralement plus attrayants que les tueurs psychopathes en série devenus monnaie courante depuis le début des années 80. Mais Rawhead Rex se contente de marcher sur la trace des slashers les plus basiques en empruntant gentiment tous les sentiers balisés. Les morts violentes se succèdent donc sans surprise, sans non plus s’embarrasser de définir de claires motivations pour le monstre en question. Celui-ci, dont le look semble combiner le Jupiter de La Colline a des yeux et un Tyrannosaurus Rex – sans doute pour cligner de l’œil vers le titre – est hélas desservi par des gros plans trop longs dévoilant la texture du masque et le mouvement mécanique des yeux. La créature souffre aussi d’une série d’effets optiques grossiers mêlant des éclairs et des rayons lumineux en rotoscopie incrustés sans finesse dans les prises de vue réelles. Un point de départ intéressant, une interprétation correcte et quelques bonnes scènes de suspense (comme le meurtre dans la voiture) sont les seuls atouts du film. C’est un peu court. Distribué dans une poignée de salles de cinéma américaines en avril 1987, Rawhead Rex sera exploité quelques mois plus tard en VHS et Laserdisc. Très déçu par ce film à mille lieues de ses attentes, Barker décide dès lors de se charger lui-même de la transformation de ses textes en films. Hellraiser lui donnera mille fois raison.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

TREMBLEMENT DE TERRE (1974)

Charlton Heston affronte le gigantesque séisme qui frappe Los Angeles dans l’un des films catastrophe les plus ambitieux de tous les temps

EARTHQUAKE

 

1974 – USA

 

Réalisé par Mark Robson

 

Avec Charlton Heston, Ava Gardner, George Kennedy, Lorne Greene, Geneviève Bujold, Richard Roundtree, Marjoe Gortner, Victoria Principal

 

THEMA CATASTROPHES

En 1970, le succès colossal du film Airport fait des émules et lance officiellement la vogue du film catastrophe. Tous les grands studios sentent qu’il y a là une brèche dans laquelle s’engouffrer. Du côté d’Universal, les méninges commencent à s’activer. Suite au tremblement de terre survenu en 1971 dans la vallée de San Fernando, le producteur Jennings Lang développe l’idée d’un film mettant en scène un séisme colossal en plein Los Angeles. Mario Puzo, qui vient de signer le scénario du Parrain d’après son propre roman, est embauché pour rédiger un script. Mais sa version de l’histoire s’intéresse à de très nombreux personnages et nécessite un budget titanesque. Puzo n’ayant pas le temps de revoir sa copie (il est sollicité par Le Parrain 2) et le succès de L’Aventure du Poséidon prouvant que le cinéma catastrophe a le vent en poupe, il faut réagir dans les plus brefs délais. Le journaliste George Fox est donc sollicité pour retravailler le scénario, épaulé par Mark Robson qui s’est vu confier entretemps la réalisation du film. Vétéran hollywoodien collectant à son actif des œuvres aussi variées que Bedlam, L’Express du colonel Ryan ou La Vallée des poupées, Robson se sent d’attaque pour ce projet mégalomane qui sera finalement budgété à 7 millions de dollars et dont le tournage débute en février 1974. Une course contre la montre s’amorce alors pour que Tremblement de terre puisse sortir sur les écrans avant La Tour infernale, autre blockbuster catastrophe que la 20th Century Fox vient de faire entrer en production.

Le premier plan de Tremblement de terre est très symbolique : Charlton Heston fait son footing devant la colline que surplombe le panneau Hollywood. De toute évidence, ce héros mythique de l’âge d’or du cinéma américain est toujours dans la course, prêt à faire la nique à ses confrères prestigieux (en l’occurrence Paul Newman et Steve McQueen dans La Tour infernale). Le Moïse des Dix commandements incarne un ancien footballer devenu ingénieur, marié à une femme acariâtre et alcoolique (Ava Gardner), travaillant sous la direction de son vénérable beau-père (Lorne Greene) et s’évadant dans les bras chaleureux d’une jeune comédienne (Geneviève Bujold). La première heure du film s’attarde sur les destins croisés d’une poignée d’habitants de la Cité des Anges. Outre le personnage campé par Heston, nous nous intéressons en vrac à un policier zélé mis à pied par sa hiérarchie (George Kennedy), un motard acrobatique (Richard Roundtree) et la sœur de son associé (Victoria Principal) ou encore le directeur d’un supermarché réquisitionné par l’armée (Marjoe Gortner). Les premières secousses arrivent très tôt et provoquent la mort d’un gardien du barrage d’Hollywood, noyé dans un ascenseur. Mais les autorités ne s’alarment pas outre-mesure. L’institut de sismologie prévoit pourtant un cataclysme à très grande échelle. « Cela dégagerait davantage d’énergie que les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki réunies » s’entend dire le maire. Et effectivement, le désastre prend des proportions quasi-bibliques.

Les failles se creusent

Cru, violent, impressionnant, le monstrueux tremblement de terre qui crève l’écran à mi-parcours du métrage prend les spectateurs par surprise. Malgré la vaste campagne publicitaire orchestrée par Universal, qui vantait notamment le système révolutionnaire Sensurround accentuant les infrabasses dans les salles de cinéma pour que le public ressente lui-même les vibrations du séisme, malgré le titre du film lui-même (difficile d’être plus explicite !), nous n’étions tout simplement pas prêts à affronter un tel déchaînement de folie destructrice. Pendant dix minutes ininterrompues, le chaos et la mort saturent les écrans. La combinaison des effets spéciaux mécaniques, des cascades, de la pyrotechnie, des maquettes et des matte-paintings s’avère redoutablement efficace. Il faut notamment saluer le travail prodigieux des superviseurs des effets visuels Albert Whitlock (Les Oiseaux) et Clifford Stine (L’Homme qui rétrécit). À une faute de goût près (l’ajout de gouttes de sang en animation au moment de la chute d’un ascenseur), cette catastrophe dantesque n’a rien perdu aujourd’hui de son caractère immersif et spectaculaire. La suite de l’intrigue s’attarde sur des séquences de sauvetage extrêmement tendues au cours desquelles le vernis craque et les personnalités se révèlent. À ce titre, le comportement excessif du personnage incarné par Marjoe Gortner est édifiant. Tremblement de terre parvient ainsi à trouver le juste équilibre entre la description du désastre à taille humaine et à très grande échelle. Les failles se creusent finalement autant dans le sol que dans l’esprit des protagonistes. Le film de Mark Robson sort sur les écrans le 15 novembre 1974, soit un mois avant La Tour infernale, et remporte un immense succès. Le procédé Sensurround sera réutilisé à trois reprise (dans La Bataille de Midway, Le Toboggan de la mort et Galactica) puis relégué au rang des gadgets obsolètes d’Hollywood.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

LA MALÉDICTION DE LA VEUVE NOIRE (1977)

Un détective privé enquête sur une série de morts mystérieuses qui tournent toutes autour d’une jeune femme énigmatique…

THE CURSE OF THE BLACK WIDOW

 

1977 – USA

 

Réalisé par Dan Curtis

 

Avec Anthony Franciosa, Donna Mills, Patty Duke Astin, June Lockhart, June Allyson, Max Gail, Jeff Corey, Roz Kelly

 

THEMA ARAIGNÉES

Mixant l’enquête policière et l’argument purement fantastique, un mariage dont il s’est souvent fait une spécialité, Dan Curtis se lance ici dans un téléfilm que ne nous convainc hélas qu’à moitié. Pourtant, le point de départ était pour le moins intrigant. Tout commence un soir, avant la fermeture d’un bar. Deux hommes boivent un dernier verre. Soudain, une étrange jeune femme (Patty Duke) fait irruption dans l’établissement et demande si quelqu’un veut l’aider à faire démarrer sa voiture. Frank Chatam (James Storm), l’un des deux consommateurs, sort et accompagne la jeune femme jusqu’au parking. Quelques instants plus tard, le barman et Mark Higbie (Anthony Franciosa), le second client, entendent des hurlements horribles. Ils se précipitent et découvrent Chatam mort, gisant sur l’asphalte. Higbie est détective, ce qui tombe plutôt bien. Il marche ainsi sur les traces de Carl Kolchak, un reporter spécialisé dans les affaires surnaturelles que Dan Curtis imagina pour le téléfilm The Night Stalker en 1972.

Engagé par la fiancée de la victime, Higbie doit mener une enquête qui s’annonce périlleuse, jonchée de cadavres vidés de leur sang et couverts de toiles d’araignée. Quant aux rares témoins, ils n’osent délier leur langue tant ce qu’ils ont vu semble terrifiant et difficile à croire. Higbie parvient à identifier la jeune femme du bar, une certaine Valerie Steffan, et en vient à soupçonner un amant jaloux dans la mesureb où la plupart des victimes semblent avoir eu une liaison avec cette étrange demoiselle aux longs cheveux noirs. Mais cette piste aboutit vite à une impasse, et il faut visiblement chercher ailleurs. En remontant jusqu’aux vieilles légendes indiennes, Higbie aboutit alors à une incroyable conclusion : la jeune femme, piquée dans sa jeunesse par une veuve noire en pleine jungle, se métamorphose régulièrement en araignée géante et tue ses proies en les vidant de leur sang.

Une bête échappée des fifties

L’argument semblait prometteur mais hélas c’est le carton-pâte qui tient ici la vedette, comme en témoigne l’araignée tueuse qu’on entrevoit à la fin, sorte de baudruche géante nantie de longues pattes qui n’aurait guère dépareillé dans une petite série B de SF des années 50, façon Cat Women on the Moon ou Queen From Outer Space. Le monstre tarde d’ailleurs beaucoup à montrer le bout de ses mandibules, la majeure partie du film se contentant de visions subjectives à huit yeux du plus curieux effet. Si l’araignée géante semble échappée des fifties (accompagnée en outre d’effets sonores empruntés au Rodan d’Inoshiro Honda), la bande originale de Bob Cobert, collaborateur régulier de Dan Curtis, verse en revanche sans concession dans le disco alors très en vogue en cette bonne vieille année 1977, irrémédiablement marquée par La Fièvre du samedi soir. Pour le reste, l’action est la plupart du temps remplacée par de longs dialogues et se trouve parsemée d’invraisemblances. Régulièrement, des fausses pistes s’efforcent de relancer l’intérêt de l’intrigue policière. Seul le dénouement, situé dans l’antre sinistre du monstre, empli de toiles gluantes et de squelettes desséchés, réussit un peu à surprendre. Mais le grand incendie final et le faux happy-end de dernière minute, inscrivant la malédiction dans un cycle prêt à recommencer, sacrifient sagement aux lieux communs du genre.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LA MORT VOUS VA SI BIEN (1992)

Robert Zemeckis entraîne Meryl Streep, Goldie Hawn et Bruce Willis dans un tourbillon de folie où la quête de jeunesse éternelle tourne au cauchemar grotesque…

DEATH BECOMES HER

 

1992 – USA

 

Réalisé par Robert Zemeckis

 

Avec Bruce Willis, Meryl Streep, Goldie Hawn, Isabella Rossellini, Ian Ogilvy, Adam Storke, Nancy Fish, Sidney Pollack

 

THEMA MORT I SORCELLERIE ET MAGIE

Robert Zemeckis n’aime pas la facilité. C’est le moins qu’on puisse dire si l’on considère sa filmographie post-À la poursuite du diamant vert. Après les défis vertigineux que représentaient la trilogie Retour vers le futur et Qui veut la peau de Roger Rabbit, le voilà lancé dans une satire sociale vitriolée qui bascule dans le fantastique le plus débridé. En s’attaquant à La Mort vous va si bien, dont le scénario est co-écrit par Martin Donovan et David Koepp, on le sent partiellement sous l’influence de la série Les Contes de la crypte dont il est alors producteur. De fait, cette histoire de quête de jeunesse éternelle qui bascule dans le cauchemar burlesque n’est pas sans évoquer le cynisme macabre des EC Comics. Pour autant, La Mort vous va si bien n’est pas un film d’horreur mais plutôt une comédie noire tout public portée par un casting extrêmement prestigieux. Meryl Streep et Goldie Hawn sont heureuses de s’offrir une prestation à contre-emploi (même si les vicissitudes d’un tournage complexe dominé par la présence des superviseurs d’effets spéciaux les feront déchanter). Quant à Bruce Willis, il casse son image de héros d’action en reprenant un rôle peu flatteur laissé vacant par Kevin Kline (qui le refuse) et Jeff Bridges (qui n’est pas retenu).

L’histoire commence à Broadway en 1978. Héroïne d’un spectacle musical kitsch, l’actrice Madeline Ashton (Meryl Streep) s’agite sur scène sans convaincre le public qui déserte la salle en masse. Les autres ronflent ou regardent le show l’air consterné. Seul le docteur Ernest Menville (Bruce Willis), chirurgien esthétique réputé, semble la trouver « sensationnelle ». Menville est fiancé à la romancière Helen Sharp (Goldie Hawn) qui entretient depuis toujours une intense rivalité avec Madeline. Fausses « meilleures amies du monde », les deux femmes se détestent cordialement, d’autant que Madeline a tendance à voler tous les petits amis d’Helen. Ernest ne fera pas exception et l’épousera, au grand dam d’Helen qui entre dans une profonde dépression, devient obèse, vit seule entourée de chats et se nourrit de conserves dans un appartement mué en dépotoir. Expulsée de chez elle, elle finit dans une institution psychiatrique. Du côté de Madeline et Ernest, le tableau n’est pas beaucoup plus reluisant. La comédienne sur la pente descendante est désormais acariâtre et refuse de se voir vieillir. Quant à Ernest, porté sur la bouteille, il est devenu toiletteur pour morts. Un rayon de soleil semble vouloir percer ce paysage morose lorsque Madeline est invitée à rejoindre le groupe secret d’une certaine Lisle Von Rhuman (Isabella Rossellini) qui lui propose « une touche de magie dans ce monde obsédé par la science », autrement dit un sérum d’immortalité/de rajeunissement…

La revanche des mortes-vivantes

Autour du thème de l’hypocrisie, de la vanité, de la sauvegarde des apparences et de la lutte contre les ravages du temps, le trio Streep/Hawn/Willis se confronte dans une première partie savoureuse gorgée d’humour noir gentiment vitriolé. La critique est cruelle mais bien sentie, même si le scénario laisse déjà apparaître une faille qui ne fera que s’agrandir au fil du métrage : l’incapacité pour les spectateurs de s’attacher à ces trois personnages, tous plus minables, pleutres ou sournois les uns que les autres. Lorsque survient l’élément fantastique, l’intrigue est déjà bien avancée et notre empathie pour les deux rivales et le piteux mari brille définitivement par son absence. Le film change de tournure au moment de visualiser les conséquences du sérum « magique ». Dès lors, Madeline et Helen se comportent comme des zombies cartoonesques qui cherchent en vain à s’entretuer à coup de pelle ou de fusil ! Les trucages numériques d’ILM sont incroyables, altérant la morphologie des comédiennes avec une démesure encore jamais vue à l’écran (le film sera à juste titre récompensé par l’Oscar des meilleurs effets visuels). Mais le récit se met alors à piétiner, à tourner en rond et à sombrer dans le grotesque. Les ambitions technologiques du film croissent en effet de manière inversement proportionnelle à celles du script, muant la satire sociale que nous étions en droit d’espérer en version live d’un épisode de Tom et Jerry ou de Bip Bip et le Coyote. C’est drôle et excessif, certes, mais finalement aussi creux et bancal que l’estomac troué de Goldie Hawn ou le cou désarticulé de Meryl Streep.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

QU’EST-IL ARRIVÉ AU BÉBÉ DE ROSEMARY ? (1976)

Peu de gens se souviennent que Rosemary’s Baby eut droit à une séquelle télévisée officielle au milieu des années 70…

LOOK WHAT’S HAPPENED TO ROSEMARY’S BABY / ROSEMARY’S BABY PART II

 

1976 – USA

 

Réalisé par Sam O’Steen

 

Avec Patty Duke, George Maharis, Ruth Gordon, Ray Milland, Stephen McHattie, Broderick Crawford, Lloyd Haynes, David Huffman

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

L’impact de Rosemary’s Baby reposait sur une alchimie difficile – voire impossible – à retrouver : un roman choc, un cinéaste surdoué, des comédiens en état de grâce… Désireux malgré tout de capitaliser d’une manière ou d’une autre sur le classique de 1968, le studio Paramount se lance dans une séquelle tardive destinée directement au petit écran. Pas question de demander à Roman Polanski – ni à n’importe quel cinéaste de renom – de s’embarquer dans une telle aventure. C’est donc Sam O’Steen, monteur talentueux (Qui a peur de Virginia Woolf, Le Lauréat et justement Rosemary’s Baby) qui hérite du bébé. O’Steen n’en est pas à son coup d’essai derrière la caméra, avec une poignée de téléfilms à son actif, mais il n’est visiblement pas à la hauteur d’une telle mission. Le casting est à l’avenant, remplaçant Mia Farrow et John Cassavetes par Patty Duke et George Maharis, deux grands habitués des séries TV qui n’ont hélas pas l’once du charisme de leurs prédécesseurs. Quant au scénario, il est signé Anthony Wilson, dont la filmographie disparate compte des épisodes de Bonanza, La Quatrième dimension, Voyage au fond des mers, La Famille Addams, Ma sorcière bien aimée, Le Fugitif, Les Envahisseurs ou La Planète des singes.

Lorsque le film commence, Adrian, le bébé de Rosemary Woodhouse, est âgé de huit ans. Traqués par les membres de la secte d’adorateurs du diable qui orchestrèrent la naissance de l’enfant, la mère et son fils trouvent refuge dans une synagogue, mais des phénomènes surnaturels se mettent soudain à affecter les fidèles du lieu saint. Guy Woodhouse, de son côté, est désormais un acteur de cinéma très populaire. Toujours en contact avec le couple Castevet (les « gentils » voisins qui ne jurent que par Satan), il apprend la fuite de Rosemary et Adrian. Ces derniers sont momentanément hébergés par une prostituée dans sa caravane… Mais le Malin réussit à enlever le jeune garçon, éloignant de lui Rosemary en l’emmenant dans un bus démoniaque qui se conduit tout seul. Des années plus tard, Adrian est devenu un jeune homme, mais il semble possédé. Pourra-t-on lui faire retrouver son âme ?

Un fils pour le diable

Comme on pouvait le craindre, cette séquelle est autant inutile qu’injustifiée. Inutile, car la fin de Rosemary’s Baby, tout en suggestion, laissait une empreinte quasi-indélébile dans l’esprit des spectateurs troublés et n’appelait aucune suite. Injustifiée, dans la mesure où les indices donnés dans le film original empêchaient de concevoir le bébé de Rosemary comme un mignon petit garçon très équilibré que Satan se voit obligé de capturer pour lui faire gagner sa cause. Quant à la possession supposée d’Adrian devenu adulte et les efforts pour chasser le démon de son esprit, ce ne sont à l’évidence que des tentatives – fréquentes à l’époque – de récupérer le succès remporté par L’Exorciste. Pour couronner le tout, la mise en scène de Sam O’Steen collectionne les temps morts, malgré l’intention manifeste de créer un sentiment de malaise et de paranoïa. Seule scène à sauver du naufrage : celle du car fantôme qui emporte Rosemary vers des limbes inconnues, angoissante et adroitement menée. Mais une scène intéressante pour un film tout entier, c’est très court. Qu’est-il arrivé au bébé de Rosemary fut diffusé une première fois sur ABC, le 29 octobre 1976, puis un peu plus tard dans le reste du monde, avant de sombrer dans un oubli quasi complet. Vingt ans plus tard, Ira Levin écrira lui-même la suite de son roman, « Le Fils de Rosemary », qui présentera quelques similitudes avec le scénario d’Anthony Wilson tout en développant un récit très différent.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

POSEIDON (2006)

Wolfgang Petersen signe le remake réussi d’un des plus célèbres films catastrophe des années 70

POSEIDON

 

2006 – USA

 

Réalisé par Wolfgang Petersen

 

Avec Josh Lucas, Kurt Russell, Jacinda Barrett, Richard Dreyfuss, Jimmy Bennett, Emmy Rossum, Mike Vogel, Mia Maestro

 

THEMA CATASTROPHES

Au début des années 2000, suivant la vogue des remakes fleurissant partout sur les écrans hollywoodiens, les studios Warner ont senti le fort potentiel commercial et artistique d’une nouvelle version de L’Aventure du Poséidon. Et c’est à Wolfgang Petersen qu’échut la lourde tâche de succéder à Ronald Neame. Un choix qui semble évident lorsque l’on sait que ce vétéran du cinéma d’action s’est déjà frotté par deux fois aux navires en perdition, à l’occasion de Das Boot et En pleine tempête. En guise de prologue, un magnifique plan-séquence nous fait découvrir le fier paquebot sillonnant l’océan Atlantique, une acrobatique caméra aérienne le dévoilant sous toutes ses coutures aux accents de l’emphatique partition de Klaus Badelt. Poséidon respecte la trame narrative de son modèle, tout en proposant aux spectateurs de s’attacher à de nouveaux protagonistes. Au lieu de multiplier les stars (qui s’alignaient avec opulence sous forme de vignettes sur les posters des films catastrophes des années 70), le casting ne s’octroie que deux têtes d’affiches (l’impérial Kurt Russell et le savoureux Richard Dreyfuss), confiant les autres rôles clé à de solides comédiens moins surexposés, notamment Josh Lucas (Un homme d’exception), Emmy Rossum (Le Fantôme de l’Opéra), Mike Vogel (Massacre à la tronçonneuse) et Kevin Dillon (Le Blob).

En un petit quart d’heure, le scénario de Mark Protosevich nous familiarise avec les héros et leurs problématiques, mais bien vite la catastrophe survient, et dès lors le film fait monter la tension crescendo, palier par palier, sans la moindre perte de rythme, soumettant du coup les nerfs de spectateurs à une bien rude épreuve. Car dans Poséidon, nous sommes soumis aux peurs les plus basiques, aux terreurs les plus primaires et les plus animales : la claustrophobie, le vertige, la noyade, le feu, l’obscurité, l’inconnu… et la mort, qui vient régulièrement faire la nique à nos infortunés rescapés à travers les innombrables cadavres jonchant chacun des vingt étages du majestueux navire mué en titanesque cercueil flottant.

Le cercueil marin

On n’en finirait plus de citer les morceaux d’anthologie qui scandent cet excellent remake, de l’impact colossal de la vague sur le flanc du bateau jusqu’à l’ultime échappatoire des derniers survivants, en passant par l’éprouvante séquence du pont suspendu et l’effroyable traversée d’une étroite canalisation s’emplissant progressivement d’eau bouillonnante. Certes, les effets numériques d’ILM et les monumentaux décors édifiés dans les studios Warner participent pleinement à l’efficacité de ce spectacle à mi-chemin entre le train fantôme et le parcours du combattant. Mais les moments les plus marquants du film se déroulent souvent dans quelques mètres carrés plongés dans la pénombre, preuve que le savoir-faire de Wolfgang Petersen et la conviction de ses comédiens sont les atouts majeurs de Poséidon. Le film parvient même à éviter la comparaison avec Titanic dont il reproduit pourtant plusieurs motifs visuels et thématiques. Bref, le pari a été remporté haut la main, à tel point qu’on passe volontiers l’éponge sur les grosses incohérences qui ponctuent parfois le script et sur une caractérisation à la limite de la caricature.

 

© Gilles Penso

À découvrir dans le même genre…

 

Partagez cet article

DRACULA CE VIEUX COCHON (1969)

Dracula sort de sa tombe et transforme un homme en loup-garou pour qu’il lui fournisse des jeunes femmes à dénuder et à vider de leur sang !

DRACULA (THE DIRTY OLD MAN)

 

1969 – USA

 

Réalisé par William Edwards

 

Avec Vince Kelly, Ann Hollis, Bill Whiton, Libby Caculus, Joan Puckett, Sue Allen, Ron Scott, Bob Whitton, Rebecca Reynolds

 

THEMA DRACULA I VAMPIRES I LOUPS-GAROUS

C’est la rançon de la gloire : victime de sa popularité, le Dracula de Bram Stoker aura fini par être mangé à toutes les sauces, même les plus indigestes ! L’avantage de Dracula ce vieux cochon est que son titre annonce tout de suite la couleur. Avant même de voir le film, nous savons que la finesse et le bon goût ne seront pas au rendez-vous. Rien ne nous prépare pour autant à l’ampleur du désastre. Tout commence par une voix off qui semble sous l’emprise d’on ne sait quelles drogues, commentant un panorama de collines et de montagnes bleues avec un lyrisme grotesque qui traîne déjà en longueur. Ce prologue n’a d’ailleurs aucun lien avec le reste du film et fait donc visiblement office de remplissage. Dans la scène suivante, un Dracula ridicule, barbu et grimaçant (Vince kelley), surgit de sa tombe isolée au fond de ce qui ressemble à une grotte, se transforme en chauve-souris en plastique soutenue par des fils, traverse les murs et observe par la fenêtre une jeune femme qui se déshabille. Le strip-tease est complet, preuve que le public visé est celui des « nudies » si populaires dans les années soixante. Mais si Dracula ce vieux cochon surfe sur cette vogue en plein essor de la sexploitation, il semble aussi vouloir conserver un aspect horrifique (sans y parvenir le moins du monde) ainsi que certains éléments comiques (qui tombent tous à plat).

Après cette première séquence de voyeurisme gratuit, attention, l’intrigue se noue. Un homme (Billy Whitton) se promène dans un coin perdu du désert et tombe par hasard sur la grotte de Dracula qui se présente sous le nom d’Alucard (un jeu de mot d’une grande subtilité déjà présent dans Le Fils de Dracula). Aussitôt, le vampire l’hypnotise avec son médaillon en forme de tête de lion. Désormais, le malheureux se transforme chaque soir en Jackal-man, un loup-garou au maquillage à hurler de rire. Les babines retroussées, le poil hirsute, il part en quête de jeunes femmes qu’il kidnappe pour les ramener dans la grotte de Dracula. Celui-ci (le titre aurait dû nous mettre la puce à l’oreille) déshabille les victimes hurlantes, les attache à une espèce de potence en bois, les couvre de baisers et leur suce le sang. Une fois son forfait commis, il éclate d’un interminable rire sardonique. Parfois il se transforme en chauve-souris au moment de « l’acte » et reste suspendu à la poitrine de ses captives. D’autres fois, c’est le loup-garou lui-même qui, incapable de réfréner ses instincts, viole les victimes avant de les livrer au vampire. Bref, c’est un joyeux boxon qui part dans tous les sens jusqu’à ce que le lycanthrope, fâché de découvrir que sa fiancée est destinée à devenir la future proie de Dracula, se révolte contre lui…

Le pire des vampires

Plagiant tranquillement le scénario de The Return of the Vampire de Lew Landers qui, vingt-sept ans plus tôt, racontait à peu près la même histoire (sans dénuder pour autant ses victimes), Dracula ce vieux cochon est tourné dans des conditions tellement précaires que le réalisateur William Edwards, animé d’un bref éclair de lucidité, est pris d’un doute en découvrant les rushes. Non seulement les images sont d’une qualité très discutable, mais en plus la prise de son est totalement inutilisable. Jouant le tout pour le tout, il décide donc de postsynchroniser – très approximativement – l’intégralité du film en ajoutant de l’humour, des blagues et de l’autodérision dans tous les dialogues. Les personnages énoncent donc des pensées absurdes en voix off et les répliques sont toutes plus incohérentes les unes que les autres. L’initiative n’est pas plus bête qu’une autre. Encore aurait-il fallu qu’elle soit drôle. Pour parachever le massacre, la bande son est saturée du début à la fin du métrage par une petite musique de fond aux allures de jazz d’ascenseur qui devient très vite agaçante. Du coup, malgré sa courte durée atteignant à peine les 70 minutes, Dracula ce vieux cochon semble durer dix fois plus longtemps.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article

LAST ACTION HERO (1993)

Six ans après Predator, John McTiernan retrouve Arnold Schwarzenegger pour un film d’action parodique et vertigineux…

LAST ACTION HERO

 

1993 – USA

 

Réalisé par John McTiernan

 

Avec Arnold Schwarzenegger, F. Murray Abraham, Austin O’Brien, Charles Dance, Tom Noonan, Anthony Quinn

 

THEMA CINÉMA ET TÉLÉVISION

Au début des années 90, le cinéma d’action américain semble avoir atteint un point de non-retour. Boosté par les productions de Joel Silver (L’Arme fatale, Piège de cristal) et Gale Anne Hurd (Aliens, Terminator 2), le genre a atteint une limite qu’il semble difficile de dépasser sans basculer dans l’auto-parodie. Suivant un schéma qui rappelle la fin de l’âge d’or des films de monstres du studio Universal, qui s’était naturellement orienté vers le pastiche avec les pantalonnades d’Abbott et Costello, Last Action Hero détourne donc les codes des productions les plus survoltées de la décennie précédente pour les dynamiter de l’intérieur. Et pour y parvenir, rien de tel qu’un expert aux commandes (en l’occurrence John McTiernan) et l’un des acteurs les plus populaires du genre face à la caméra (rien moins qu’Arnold Schwarzenegger). Le duo gagnant de Predator se retrouve ainsi avec un enthousiasme manifeste. Last Action Hero s’appuie sur un scénario original d’Adam Leff et Zak Penn initialement titré Extremely Violent. Acheté par le studio Columbia, le script est proposé à la star de Terminator, qui se laisse immédiatement séduire par ce concept auto-parodique à condition d’en atténuer la violence (il s’implique pour la première fois dans la production et souhaite que le film soit tout public). Shane Black et David Arnott réécrivent donc le scénario, qui sera affiné par William Goldman. Le principe du film évoque beaucoup celui de La Rose pourpre du Caire, dont Last Action Hero semble être une sorte de relecture musclée et explosive, frôlant par moment l’humour nonsensique des ZAZ sans jamais y céder totalement.

Le protagoniste de Last Action Hero est Danny Madigan (Austin O’Brien), un garçon de onze ans tellement fan de l’acteur Arnold Schwarzenegger qu’il va voir tous ses films plusieurs fois, notamment la série de longs-métrages d’action dans lesquels il incarne Jack Slater, un policier dur à cuire de Los Angeles. Voilà longtemps que Danny a sympathisé avec un vieux projectionniste qui lui propose parfois de voir les films avant tout le monde. Un soir, alors que sa mère est partie travailler, le jeune cinéphile se retrouve dans sa salle de cinéma préférée et s’apprête à assister en avant-première à une séance du tout dernier Jack Slater. Mais à cause des effets d’un ticket magique hérité du célèbre magicien Houdini, Danny se retrouve soudain projeté à l’intérieur du film. Le voilà co-équipier malgré lui de son héros préféré, plongé dans des péripéties exagérément spectaculaires et hautement improbables. Slater refuse de croire qu’il est un héros de fiction et que Danny vient d’un monde parallèle – celui de la « réalité ». Mais lorsque le sinistre Benedict (Charles Dance) s’empare du ticket magique et se retrouve dans le monde réel, Slater est bien obligé de se rendre à l’évidence. Pour stopper les agissements de Benedict, le flic fictif et son jeune admirateur vont devoir le suivre et « passer de l’autre côté du miroir »…

Écran total

C’est avec une jubilation étonnante qu’Arnold Schwarzenegger et John McTiernan s’amusent à pulvériser les codes du cinéma d’action qui fit leur gloire et leur renommée. Mais dénuée d’un véritable discours, la démarche a quelque chose d’un peu suicidaire, ce que prouvera l’infléchissement ultérieur de leurs carrières respectives. Pourtant, tous les ingrédients semblaient réunis. Last Action Hero abonde en effet en morceaux de bravoure à couper le souffle, collectionne les guest stars de prestige (Anthony Quinn, Tina Turner, James Belushi, Jean-Claude Van Damme) et multiplie les clins d’œil parodiques. Les plus mémorables ? Le compositeur Michael Kamen qui reprend l’espace de quelques secondes les accords de L’Arme fatale lorsqu’un flic noir projeté dans un arbre rappelle qu’il est à quelques semaines de la retraite ; le jeune héros qui reconnaît en F. Murray Abraham l’assassin de Mozart dans Amadeus ;  Sharon Stone et Robert Patrick, tout droit échappés de Basic Instinct et Terminator 2, qui sortent d’un commissariat ; Sylvester Stallone lui-même qui apparaît sur l’affiche de T2 dans un vidéoclub ; et le fin du fin : Arnold Schwarzenegger qui devient le héros d’une version brutale de Hamlet. Hélas, tout ce déploiement d’énergie et d’idées ne suffit pas à charpenter un récit désespérément déséquilibré, sous-tendu par un argument fantastique (le ticket magique) des plus évasifs. Il faut dire que le film n’a pas le temps d’être affiné en post-production, Columbia refusant de décaler la date de tournage malgré les retards pris par la production. Une semaine avant sa première, Last Action Hero est encore en tournage ! Soutenu par une campagne de promotion mégalomane (dont une publicité affichée dans l’espace sur un vaisseau de la NASA !), le film est loin d’être le succès escompté. Le public s’enthousiasme alors pour les dinosaures de Jurassic Park, sorti à peine une semaine plus tôt, et n’accorde pas beaucoup d’attention à ce blockbuster impertinent et post-moderne qui ne deviendra culte que plus tard.

 

© Gilles Penso

Partagez cet article